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Y A-T-IL UNE PENSEE DU STYLE DANS LES CENSURES DES LUMIERES?

On admet communement que le dix-huitieme siecle constitue, pour la notion de style, un moment de bascule. Entre l'evidence du concept dans l'Antiquite et son retour massif a partir du dix-neuvieme siecle dans la litterature francaise, de Flaubert a Proust qui voient dans le style un absolu et jusqu'a <<la condition meme de l'ecriture>>, le dix-huitieme siecle marquerait, selon Christine Noille-Clauzade, un temps faible dans l'histoire de la notion, un moment de crise. A la fin de l'epoque classique s'observaient en effet la superposition voire le telescopage de deux modeles, de deux manieres de penser le style: le style comme concept rhetorique d'un cote, le style comme concept hermeneutique de l'autre (1).

Tenter de comprendre la maniere dont les differentes instances censoriales du dix-huitieme siecle traiterent ce <<je ne sais quoi>> pour cerner ce qui, dans les textes, pouvait etre l'objet de leur jugement et pour fonder leur eventuelle condamnation, c'est donc d'abord pour nous faire oeuvre archeologique, oublier Flaubert et Proust, nous deprendre de ce que le dix-neuvieme siecle et le debut du vingtieme siecle ont elabore autour de la notion. Nous defaire aussi, nous Francais biberonnes a l'exercice de l'explication de texte transposee du modele de l'exegese biblique, d'une pensee du style bien specifique: celle que nous avons heritee de Gustave Lanson, par ailleurs excellent connaisseur des philosophes des Lumieres et redecouvreur des Lettres philosophiques de Voltaire, dans laquelle le sentiment du style est strictement defini comme la construction d'un sens. Cela ne signifie pas que cette definition ou une definition analogue n'apparaitront pas dans telle ou telle des censures que nous examinerons, cela signifie que ce n'est pas ainsi que les censeurs laics ou ecclesiastiques de la fin de l'epoque moderne, ou les lecteurs qu'ils pretendaient proteger, pensaient prioritairement la notion de style.

Le temps des Lumieres se situe donc en-deca, ou plutot au coeur meme de cette bascule qui voit cohabiter sous une meme etiquette, de maniere non explicite qu'il nous appartiendra de demeler au cas par cas, au moins deux manieres de concevoir le style. On peut en effet distinguer a cette epoque:
- d'un cote, une conception quasi sophistique de la notion ou <<les
styles [au pluriel] definissent des genres d'ecriture indexes sur des
corpus attestes (2)>>. Dans cette conception rhetorique et selon le
modele medieval (souvent simplifie) de la roue de Virgile, on definit
separement le style grand, le style mediocre et le style simple, quitte
a decliner encore sous forme de listes les termes specifiques relevant
de tel ou tel style. La hierarchie classique assigne quant a elle a
tous les textes un style, quel que soit leur genre. L'epanouissement de
la tragedie ou de la comedie releve de cette culture rhetorique qui est
celle des registres de style ou le style signale un genre, de meme que
l'essor plus difficile de l'epopee (en France au moins);

- de l'autre, une conception hermeneutique du style, liee a l'emergence
dans la philosophie du dix-septieme siecle francais d'une
representation de l'homme pensant et souffrant dans l'acte meme de sa
parole (3). Dans cette pensee, le style implique et devient signature.
Cette conception, que les Lumieres heritent de la philosophie moderne
de la connaissance et des passions elaboree par Descartes, Malebranche
ou la Logique de Port-Royal avec lesquels elles vont rompre de maniere
tonitruante sur d'autres sujets, est certes plus discrete: ce n'est pas
celle qu'on enseigne dans les colleges. Mais elle rapatrie deja en
quelque sorte la notion de style du cote de la globalite (de l'oeuvre)
voire de la totalite (d'une pensee), ou en tout cas laisse la place a
l'idee de stylisation par opposition a l'elocutio qui distingue la
pensee de la forme. On connait la fameuse formule--souvent comprise a
contresens--de Buffon: <<Le style, c'est l'homme meme (4)>>,
c'est-a-dire en tant qu'il est la marque d'un sujet dans la langue.
C'est <<le mouvement d'une argumentation, le style d'une pensee vive,
l'homme meme comme intelligence actualisee dans une dynamique verbale
(5)>>.


Dans ce contexte complexe lie a l'equivocite du concept de style, je me propose d'interroger les sens et les usages pris par la notion dans les censures du dix-huitieme siecle francais, en essayant de ne pas limiter mes exemples aux seules Lumieres canoniques (je pense aux grands philosophes Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot) dont toute l'oeuvre de Robert Darnton a demontre depuis une quarantaine d'annees qu'elles doivent etre replacees au sein d'une production bien plus vaste, interrogees avec une somme de titres beaucoup plus divers qu'embrassent tres partiellement les censures (6). Par le terme de censure et comme c'est l'usage pour les etudes portant sur l'Ancien Regime, on designera ici aussi bien tout systeme d'autorisation prealable visant a empecher la publication des textes non autorises que la censure operee a posteriori par divers acteurs (inspecteurs de la police, theologiens de la Sorbonne ou de Rome) procedant a la saisie de textes deja publies ou emettant une interdiction de lecture (7). A la suite de Barbara de Negroni qui s'est attachee a interroger <<positivement>> le travail des censeurs du dix-huitieme siecle (8), l'idee de cet article est d'essayer de voir comment les textes parfois publics, parfois reserves au fonctionnement interne des institutions respectivement produits par la censure royale, la Sorbonne et enfin l'Index et le Saint-Office romains, pensent et utilisent la notion de style. Etant entendu qu'une enorme part de la production de la librairie echappe aux differentes censures car tous les textes ne lui sont pas soumis--loin s'en faut--, une pensee du style de l'epoque des Lumieres s'y definit-elle malgre tout?

* * *

Commencons par examiner la censure royale francaise, meme si celle-ci a fait l'objet de nombreux travaux d'historiens, extremement eclairants, ces vingt dernieres annees (9). Le style est toutefois reste un peu en marge de ces enquetes et l'on va vite comprendre pourquoi. Pour la censure royale, en effet, le style, quelle que soit la categorie d'ouvrages examines (medecine, theologie ou droit mais aussi Belles-Lettres), ne fait theoriquement pas partie des criteres de jugement, qui sont situes du cote de l'enonce. Pour etre officiellement approuve, c'est-a-dire pour pouvoir exhiber au sein du volume lui-meme l'autorisation d'imprimer portant le nom du censeur et pour beneficier de ce fait de la caution souveraine du roi, l'ouvrage doit verifier trois criteres essentiels qui sont de ne bafouer ni la religion, ni la moralite, ni l'Etat (le Roi). A ceux-ci s'ajoute un quatrieme critere: il faut eviter les <<applications>>, c'est-a-dire ne pas attaquer, directement ou meme indirectement le nom ou la reputation d'individus, qu'il s'agisse d'autres auteurs, ou pire de Grands.

En droit, le style n'a donc pas de place dans le controle des manuscrits soumis a la censure royale prealable comme l'enonce tres clairement par exemple le censeur Jolly a propos des Comedies nouvelles du baron de Bielfeld en juillet 1753: <<Sans prononcer sur le merite des pieces ni sur la pauvrete du style, je crois qu'on peut en permettre la vente, n'y ayant rien contre les bonnes moeurs (10).>> Notons que le censeur se prononce implicitement sur le style par cette preterition. En theorie, toutefois, les considerations de style n'ont pas a entrer dans l'examen des textes; bien plus, il convient de les eviter a tout prix.

Quiconque a un peu frequente les registres de la censure royale sait cependant que, dans la pratique, les choses sont un peu differentes et ce des les premieres annees du dix-huitieme siecle, j'entends par la les annees 1699-1715 qui sont celles de la mise en place et du perfectionnement, sous l'egide de l'abbe Bignon, du systeme lie a l'examen des livres (11). Dans ce systeme, la censure prealable doit d'abord <<ecarter ce qui est heretique, subversif ou immoral--[mais] que l'on risque fort de ne pas lui soumettre, de toute facon (12)>>. C'est ainsi que l'essentiel de la production des philosophes des Lumieres echappa paradoxalement au systeme de censure: certes quand cela lui parut opportun, Voltaire soumit bien tel ou tel texte a l'approbation officielle (13) mais ce ne fut de loin pas la regle, comme on sait, et l'essentiel de sa tres abondante production parut sans controle prealable, soit sous fausse adresse a l'interieur des frontieres du royaume, soit a l'etranger, a Amsterdam, Geneve ou Lausanne. Mais le systeme mis en place au moment meme ou Bignon reforme les Academies et donne sa forme moderne au Journal des savants impose aussi aux ouvrages autorises de respecter les criteres de la Republique des lettres que sont l'exactitude et le bon usage de la raison, et de <<s'assurer que les ecrits soient a la hauteur de la caution souveraine par la dignite, la bienseance, l'elevation du style (14)>>. <<En tant que produit [du] systeme, ecrit Robert Darnton, le livre symbolisait le regime tout entier (15)>>. Dans cette optique, le style est donc a prendre tout a fait au serieux: il n'en va rien moins que de l'image du Roi.

Ainsi quoique theoriquement exclu, le critere stylistique n'est-il pas completement absent du processus qui conduit a approuver ou, au contraire, a refuser l'approbation d'un ouvrage (ce qui est en fait assez rare, car on aura compris qu'on a tendance a ne soumettre a la censure que ce qu'elle est susceptible d'accepter). Dans ce second cas, parce qu'il faut argumenter, le critere stylistique intervient plus systematiquement. Le critere stylistique, en outre, n'est alors pas reserve a la categorie des belles-lettres, il peut s'appliquer a tout type d'ouvrages: Robert Darnton mentionne par exemple le <<ton leger et gaillard>> d'un ouvrage sur la cosmologie (16).

Enfin, le critere stylistique est un critere mineur: il prend sens au sein d'une constellation de notions-soeurs, comme la dignite et la bienseance. Le cadre des jugements sur le style qui apparaissent dans la censure royale est celui de l'episteme classique et l'on est donc clairement du cote d'une conception rhetorique voire sophistique de la notion. Dans ce cadre, celle-ci n'est pas pensee au singulier mais au pluriel (celui des registres de style), dans un etroit rapport au genre et a la hierarchie des genres. Cette conception du style entre dans une pratique fluide et souvent tres sobre de l'exercice censorial qu'illustre parfaitement le cas de Fontenelle, acteur central de la censure royale de novembre 1699 a mai 1754. Symptomatiquement, le motif stylistique n'apparait que tres rarement sous sa plume, de maniere minimaliste (<<bien ecrit>>, lit-on a l'occasion), et presque exclusivement pour evoquer les qualites d'ecriture d'auteurs consacres et generalement disparus (17). Pour Fontenelle, pourrait-on dire, un bon auteur (ou du moins un auteur dont on peut commenter le style) est un auteur mort, tels La Fontaine, Malebranche ou Gabriel Daniel qui ont pris une place de choix dans les genres qu'ils pratiquent (respectivement dans les genres poetique, philosophique ou historiographique). Implicitement, le style n'apparait defini que comme ce qui a su recueillir l'assentiment de la Republique des Lettres et que l'on peut reconnaitre, dans une saisie retrospective du concept. On est a l'exact oppose de la pensee du style comme vision prophetique qui emergera au dix-neuvieme siecle, l'idee d'un style qui porte un regard sur le monde et lui delivre un message (18).

Les collegues de Fontenelle furent heureusement pour nous beaucoup plus bavards que lui. Il est certes bien difficile de dire s'ils identifierent un style propre aux Lumieres en tant que mouvement philosophique: celles-ci pour l'essentiel, par leur nature meme, echapperent a la censure prealable en refusant de s'y soumettre. Leurs rapports pointent en revanche clairement du doigt ce qu'il convient de rejeter fermement et qui se situe plutot du cote des anti-Lumieres: <<les themes [...] superstitieux, la naivete et le style desordonne et non classique (19)>>. En aout 1703, un censeur designe ainsi une Vie abregee de saint Antoine de Padoue comme <<un livret [...] plein de faits fabuleux, de miracles non suffisamment autorises, de pratiques de devotion superstitieuses, de louanges outrees de ce saint et [...] par-dessus tout cela le style est pitoyable (20)>>. L'idee du style est tres explicitement celle de l'elocutio qui, dans la perspective rhetorique, vient en dernier lieu orner comme un vetement la pensee deja formee de l'orateur. D'une biographie de Marguerite d'Anjou cette fois--le genre de la biographie emerge alors et se revele delicat--, un autre censeur ecrit, en mai 1713, qu'elle combine <<le desagreable de l'histoire et le fade du roman, et est d'ailleurs ecrit(e) avec beaucoup de negligence (21)>>. L'approche du style se fait clairement en termes de registre: qu'on rattache le nouveau genre a l'histoire ou au roman (mis ici sur le meme plan, ce qui est en soi pourtant une premiere entorse a la hierarchie classique des genres), l'individuation stylistique est une individuation negative (en effet, les auteurs sont blames pour n'avoir pas bien surveille leur style) dans une pensee de la convenance (notamment generique, comme le montre la haine du melange qu'on peut trouver a l'oeuvre aussi bien dans la censure d'un texte de medecine que de chimie) (22). Dans la redaction des jugements souvent tres brefs des censeurs royaux, la qualification stylistique generalement negative intervient donc a titre de surplus, distinctement de ce qui a trait au fond et souvent dans un second temps. Mais parfois, le style retient a l'inverse l'attention en premiere approche. De La Belle Espagnole, ou les Amoureuses aventures du marquis de la Niberdiere et de la charmante Odile, le censeur Simon ecrit ainsi:
Ce roman est mal ecrit, d'un mauvais style, la plupart des termes etant
impropres et pas francais: cette historiette n'est susceptible d'aucune
vraisemblance, et les aventures pueriles qu'elle contient n'interessent
pas assez le lecteur pour l'amuser; n'y ayant trouve aucune utilite ni
instruction pour le public, j'ai cru devoir refuser de l'approuver (23).


Ici, les considerations de style qui ouvrent la censure relevent d'abord de l'inconvenance linguistique qui a tout du lese-majeste (<<pas francais>>) mais l'inconvenance est egalement generique: La Belle Espagnole peche contre la seule definition acceptable du roman comme genre, par lui-meme deja illegitime, celle d'histoire vraisemblable. Proche de l'idee de style, le <<ton>> polemique souleve egalement un probleme, en tant qu'il contrevient aux regles de bonne conduite admises dans la Republique des lettres, qui guident l'exercice des censeurs royaux. En 1752, un manuscrit de theologie, <<excellent>>, oblige ainsi son censeur a convoquer l'auteur pour attenuer son ton <<excessivement polemique>> et qui outrage les <<bienseances litteraires>> (24). Et paradoxalement, en 1777, a propos du manuscrit De l'ordre social de Guillaume Le Trone, le censeur Cadet de Saineville en arrive presque a faire d'un style <<sage>> le critere ultime de toute censure legitime: <<La verite me parait toujours precieuse, independamment de tout parti, ecrit-il, et pourvu que les discussions soient sagement presentees, sans declamation ni personnalites, je crois qu'on ne peut lui laisser un champ trop vaste (25).>> Comme Edoardo Tortarolo l'a recemment demontre, a la fin des annees 1770, l'idee d'une <<liberte de penser et d'ecrire>> avait emerge de ce qu'il appelle <<l'ambiguite fonctionnelle>> de la censure francaise, et d'autres griefs, percus comme illegitimes, etaient sur le point d'etre abandonnes (26). Le style demeurait le seul critere valide a cette date.

Ainsi, dans leur forme succincte (la plus frequente) comme dans leurs developpements argumentes (qui sont en fait assez rares), les avis des censeurs royaux semblent peu varier quant a leur conception du style, qui reste distinct du sens et peu susceptible de permettre d'y acceder. Le traitement de l'ironie fournit la preuve par l'absurde de cette dichotomie. En 1761, la censure royale autorise en effet l'imprimeur Duchesne a editer L'Histoire de Jean Sobieski de l'abbe Coyer au prix de quelques coupes et remaniements. Devant la colere de Louis XV furieux de la permission d'imprimer accordee a cet ouvrage percu comme republicain, Malesherbes est alors contraint d'adresser un memoire. Le directeur de la Librairie, au lieu d'accabler son censeur, l'y justifie en avancant d'abord que tout censeur peut etre distrait et passer a cote de propositions condamnables. Mais surtout, il affirme qu'on ne peut pretendre d'un censeur qu'il <<interprete les intentions secretes de l'auteur (27)>>, en l'occurrence qu'il repere (voire corrige) le style ironique de Coyer: cela, pour Malesherbes, ne releve tout simplement pas des attributions de la censure. Ainsi, le style ironique--celui que nous associons sans doute aujourd'hui le plus immediatement aux Lumieres--echappe-t-il a la censure royale, qui campe sur une definition univoque et strictement rhetorique de la notion.

On a evoque jusqu'ici la censure prealable. Mais qu'en est-il des censures a posteriori? Avec le Conseil du Roi, le Parlement de Paris et l'Assemblee du Clerge de France, la Sorbonne en tant que Faculte de Theologie est alors l'une des grandes instances censoriales de la France de l'Ancien Regime. Et a la difference de la censure royale qui est une censure prealable et secrete, celle de la Sorbonne intervient a posteriori, apres parution de l'ouvrage, en publiant ce que Barbara de Negroni a appele des condamnations <<a grand spectacle>>. A l'exception de la celebre censure de l'Emile de Jean-Jacques Rousseau (28), les censures de la Sorbonne ont ete peu etudiees jusqu'ici. Celles prononcees contre le traite De l'Esprit d'Helvetius (en 1759), le Belisaire de Marmontel (en 1767), l'Histoire naturelle de Buffon (en 1780), L'Histoire philosophique et politique des deux Indes de l'abbe Raynal (en 1781) et les Principes de morale de Mably (en 1784) sont aujourd'hui reliees ensemble dans un volume conserve a la Bibliotheque nationale de France (cote D88293). Si elles ne constituent certes qu'un sondage au sein d'un ensemble peu voire pas etudie, ces censures permettent toutefois d'approcher l'idee que les theologiens de la Sorbonne se faisaient du style en general, et du style des oeuvres des Lumieres qu'elles poursuivent de leurs foudres en particulier.

Ce qui frappe d'emblee quand on les compare aux censures royales, c'est l'usage tres tactique qui est fait de la notion de style dans ces censures de la Sorbonne. En effet, celles-ci interviennent presque toujours apres les autres instances censoriales et elles ont donc pour fonction premiere, quasi performatrice, de reaffirmer l'autorite malmenee et fort discreditee de la Faculte de Theologie. C'est le cas, en 1767, de la censure de Belisaire qui parait dans un beau format in-4, en francais et en latin, en presentant contre le roman de Marmontel--et surtout contre son chapitre 15 qui accordait le salut aux heros paiens--une quinzaine de propositions precedees d'une preface et suivies d'une breve conclusion. L'ensemble s'ouvre sur une longue preterition, dans laquelle le <<style trop licencieux>> du grand nombre de libelles impies parus dans les annees 1760 semble paradoxalement mettre l'ouvrage examine <<a l'abri de[s] traits>> de la censure, au motif que celle-ci lui <<donnerait quelque eclat et plus d'importance qu'[il] ne merit[e]>> (29). C'est donc au sein d'une constellation de titres <<infames>> partageant un meme style (pas singulier, des lors) que le censeur replace Belisaire. Au regard de ce flot de livres de <<style trop licencieux>>, Belisaire semblerait presque sans danger, mais le theologien note aussitot que le roman a paru <<muni du sceau de l'autorite publique par surprise>> (30): l'autorite de l'Eglise apparait remise en cause et il faut donc agir. Pour l'Histoire des deux Indes, c'est la condamnation prononcee par le Parlement de Paris (25 mai 1781) qui precede la censure de la Sorbonne, et celle-ci non plus n'en fait pas mystere (31). Dans les deux cas, le scandale est deja la, de sorte que la censure theologique ne prend aucun risque a rendre publiques des propositions qui le sont deja. Dans la balance des avantages et des inconvenients, il parait donc avantageux, ou en tout cas pas contre-productif, de censurer publiquement.

Ce qui frappe aussi, c'est l'evolution formelle de ces censures de la Sorbonne qui, meme si elles conservent une structure globalement identique--un preambule ou une preface, suivi(e) d'une censure doctrinale au sens strict--, s'apparentent de plus en plus clairement par leur style a des refutations, voire a des predications enflammees a mesure que l'on avance dans le siecle. Non seulement les censures de la Sorbonne ne laissent pas de cote la question du style, quelle que soit la labilite de l'idee qu'elles en forment, mais elles ont du style: bien loin de l'exercice de sobriete auquel se plient Fontenelle et ses collegues, elles adoptent un style ampoule, rhetorique, tout plein de lieux communs mais habite aussi par une haine si violente qu'elle ne peut que resonner intimement dans le for (le corps?) du censeur. Ainsi celui de l'Histoire des deux Indes denonce-t-il d'abord <<la ligue nombreuse et sacrilege et le temps d'affliction>> qui marquent son epoque, avant de renoncer a toute censure particuliere et jugement de detail pour invectiver contre ces propositions <<fausses, absurdes, blasphematoires, pleines de frenesie, [...] excitant a la sedition, au parricide meme des rois, des princes, des magistrats, et preparant par consequent une perte certaine aux rois, aux peuples et a tout le genre humain>>. Sa conclusion est eloquente: <<Ces delires d'une ame scelerate meritent la haine et l'execration de tous les hommes (32).>> Alors que cent ans plus tot, Bernard Lamy avait pense le style <<comme trace scripturaire de la 'passion' de l'ecrivain (33)>>, certains theologiens pratiquent manifestement la censure sur un mode qui engage entierement leur etre et leur vision du monde, lequel modifie en retour leur perception du style des textes qu'ils examinent.

Quant au style des ouvrages censures, sa convocation est pleinement legitime. Il faut rappeler en effet qu'a la difference de ce qu'on a pu constater chez les censeurs royaux, celui-ci avait doctrinalement toute sa place dans l'ars censoria, la science des qualifications et des censures doctrinales qui s'etait constituee lentement et de maniere essentiellement jurisprudentielle a l'epoque moderne, atteignant son apogee au dix-huitieme siecle selon Bruno Neveu (34). A cote des notes strictement theologiques qui marquent l'opposition a la verite d'un enonce (baeretica, erronea), on trouve ainsi dans les censures de la Sorbonne des qualifications relevant non seulement de fautes psychologiques ou morales (temeraria, perniciosa, scandalosa), mais frappant aussi les defauts de raisonnement et/ou de style (aequivoca, captiosa, obscura).

Ainsi, a plusieurs reprises, la censure du Belisaire de Marmontel releve des propositions captieuses. Par exemple lorsque Belisaire affirme qu' <<une religion qui m'annonce un dieu propice et bienveillant est la vraie>>, le censeur commente: <<Cette proposition est captieuse et ne s'accorde pas avec ce que l'auteur meme dit ailleurs (35).>> On voit poindre ici l'idee de totalite: c'est en effet non seulement dans le detail mais a l'aune du texte tout entier que la proposition doit etre jugee. Et il poursuit: <<Sous un voile de piete et sous le pretexte d'annoncer aux hommes un Dieu propice et bienfaisant, on y presente un sens faux et tres mauvais (36)>>, puisque la vraie religion punit aussi le crime. Est egalement qualifiee de captieuse cette autre affirmation mise dans la bouche du meme Belisaire: <<Aimer Dieu et ses semblables, quoi de plus naturel, heureusement la religion que je crois la vraie est selon mon coeur>>. Le censeur commente: <<Au premier coup d'oeil, cette exclamation ne semble presenter qu'un grand eloge de la morale de l'Evangile: mais en faisant plus attention, on y decouvre quelque chose de contraire a la verite et a la doctrine du christianisme (37).>> De fait, selon la definition qu'en donne le theologien lui-meme dans l'article 2 de sa censure, sont captieuses les propositions qui
ont [...] une couleur de verite a la faveur de laquelle on insinue et
on veut faire recevoir un sens faux et condamnable. [...] Outre cela,
elles renferment d'autres vices qui leur sont propres. On y decouvre un
dessein marque de faire illusion aux lecteurs peu attentifs: elles
favorisent ouvertement l'erreur pernicieuse des rationalistes et des
enthousiastes; et tendent a la ruine de la foi et de la revelation
chretienne (38).


Dans ces quelques lignes, le censeur de Belisaire livre ainsi une utile grille de lecture qui montre que pour la Sorbonne de 1767 au moins, la notion de style excede largement le concept rhetorique qu'on avait vu a l'oeuvre chez les censeurs royaux, meme si le style apparait aussi, a l'occasion, pense en termes de dignite et de bienseance. Si l'on devait s'en tenir a cette definition purement rhetorique, toutefois, il n'y aurait souvent pas lieu de censurer, les ouvrages examines etant generiquement <<indignes>> et par la faibles et peu efficaces:
A en juger par le titre [qui evoque] une fable ou un conte moral,
l'ouvrage aurait paru d'abord peu digne de notre attention et nous
l'aurions laisse dans la foule de ces fictions frivoles, que des
ecrivains se parant du nom de philosophes, composent avec beaucoup
d'effort et peu de fruit pour charmer l'ennui et repaitre la vaine
curiosite des gens oisifs et inutiles comme eux (39).


On retrouve le meme soupcon d'indignite dans la preface de la censure du De l'Esprit ou trouve refuge le grief stylistique, absent de l'examen doctrinal:
Nous ne dirons rien de son style, parce que notre objet n'est pas de
censurer ces ornements puerils, ces tours effemines, ce vain appareil
de grands mots, indignes d'une matiere grave, et qui ne sont bons que
pour tromper les esprits superficiels. Que l'auteur jouisse de ce
merite, si c'en est un (40).


En fait, la preterition du censeur Herissant (<<Nous ne dirons rien de son style...>>) a tout d'une denegation car comme on l'a compris, c'est bien le style mais le style en tant qu'il seduit et engage une interpretation, le style comme concept hermeneutique donc, qui pose probleme dans les textes de ceux que le censeur decrit comme <<attentifs a saisir tous les moyens de pervertir les esprits>>, <<maitres en seduction>>, <<maitres infatigables pour tous les ages, pour les differents sexes et pour toute sorte de condition>> (41). A la difference de ce qu'on observait sous la plume des censeurs royaux, la rhetorique et l'intention sont ici considerees ensemble, donc.

C'est qu'helas, poursuit Herissant, <<il y a un art singulier de faire illusion aux lecteurs peu attentifs>>; dans cet art du <<simulacre>> seditieux du style impie qui s'oppose au concert harmonieux celebrant <<la force, la saintete et les triomphes de la religion>>, Helvetius est passe maitre, au point de tirer parti des contraintes memes de la censure:
et apres avoir vomi tant de paradoxes monstrueux, osant encore affecter
de la pudeur, il fait entendre que s'etant souvent eleve jusqu'aux
grandes idees, il a ete force de les taire, ou du moins contraint d'en
enerver la force par le louche, l'enigmatique et la faiblesse de
l'expression; mais cette precaution, dont l'art n'est point nouveau,
n'etait qu'une maniere plus sure de piquer la curiosite, et d'enseigner
l'erreur sans se compromettre (42).


Pas plus que les juges statuant en matiere de liberte d'expression que Thomas Hochmann evoque dans ce meme volume (43), les censeurs de la Sorbonne ne se laissent donc prendre a l'ambiguite strategique des textes de Marmontel ou d'Helvetius. Le style, comme c'est naturel, est bien percu comme un moyen mais il apparait surtout comme une maniere: celui d'Helvetius seduit parce qu'il categorise et simplifie, proposant <<une grammaire destinee a former des impies (44)>>. Ambigus, les textes n'en sont que plus seduisants, ce qui constitue le style en facteur aggravant de la censure. Des lors, non seulement il n'y a pas lieu de se retenir de censurer au pretexte que l'ouvrage se distingue sur le plan du style mais c'est meme l'inverse qui est vrai: c'est precisement parce qu'un ouvrage a un style qui l'identifie qu'il doit, plus qu'un autre, etre censure (45). Le troisieme et dernier volet de cette enquete illustrera cette meme idee: on l'appuiera sur l'examen des censures de Voltaire, un corpus tres remarquable de trente-deux dossiers constitues de 1748 a 1804 par les deux congregations romaines de l'Index et du Saint-Office (46).

* * *

III. Les censeurs de l'Index et du Saint-Office--les deux congregations en charge de la censure des livres a Rome--partagent avec leurs homologues parisiens, theologiens eux aussi, une meme culture doctrinale, a savoir ce degrade de qualifications subtiles evoque plus haut et notamment la note qui consiste a denoncer le caractere captieux ou obscur--on dirait aujourd'hui ambigu--d'un enonce. Considerees sous cet angle, les considerations stylistiques sont donc de droit dans la censure romaine, comme vient d'ailleurs le rappeler la constitution Sollicita ac provida (1753), le grand texte juridique reformant la censure romaine prepare dans l'entourage de Benoit XIV au tout debut des annees 1750 au moment meme ou sont examines et condamnes les premiers textes des Lumieres, L'Esprit des lois de Montesquieu (en 1751) et les OEuvres completes de Voltaire (en 1752).

Dans son paragraphe18 (<<Que le jugement resulte d'un examen complet et compare>>), la constitution Sollicita ac provida indique en effet qu'il faut examiner les enonces de maniere a eclairer <<le sens de l'auteur>>, l'intention de l'auteur: pour le censeur romain, il ne s'agit pas de se contenter de qualifier des propositions detachees, isolees de leur contexte, mais de saisir la pensee generale de l'ouvrage et la these defendue par l'auteur (47). Le style y participe, si du moins on concoit la notion dans la lignee des reflexions morales et politiques qui, de Platon a Hermogene en passant par Ciceron et Longin, avaient fait emerger une apprehension du langage en termes de style (48). La censure permet d'interroger et d'evaluer par le moyen du style la qualite du discours.

Culturellement cependant, les censeurs romains, qui sont presque tous italiens, viennent d'un monde bien different de celui de leurs collegues theologiens parisiens et a fortiori des censeurs de Malesherbes ou de l'abbe Bignon. D'une part, on compte parmi eux un certain nombre de membres de l'Arcadie romaine tel Giovanni Antonio Bianchi, poete et dramaturge qui examine La Henriade de Voltaire (sans qu'une condamnation soit finalement prononcee) en 1748 (49). Or cette institution qui s'etait constituee en reseaux a travers toute l'Italie assignait une fonction heuristique a la poesie, qu'elle chargeait de devoiler une verite inedite et inaccessible (50). Mutatis mutandis, on n'est etrangement pas loin de la celebre formule de Proust evoquant le style comme <<la revelation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la difference qualitative qu'il y a dans la facon dont nous apparait le monde (51)>>: pour les Arcadiens, par-dela la lettre du texte, il y a un monde, un univers singulier, auquel la poesie permet d'acceder. Ainsi, la tres forte empreinte laissee par l'Arcadie sur les conceptions poetiques de la peninsule, particulierement sensible a Rome ou elle etait nee, explique sans doute en partie que les censures romaines presentent une conception du style assez differente de celle developpee par les censeurs royaux en France a la meme epoque. Elles accordent notamment une place importante a la diction, a l'idee selon laquelle lorsque nous refermons un livre, nous restons habites par son rythme, sa melodie--une forme de magie tout a fait diabolique aux yeux des theologiens romains quand elle est mise au service des idees de Voltaire.

D'autre part, il faut rappeler qu'au seizieme siecle, la culture italienne avait ete fortement marquee par l'idee de physiognomonie selon laquelle l'observation de l'apparence physique d'une personne, essentiellement de son visage, permettait d'acceder a son caractere et a sa personnalite. Elle avait, dans ce cadre, developpe le concept d'ingegno lequel, des 1636, etait passe dans la definition du style proposee par le jesuite romain Agostino Mascardi dans la <<Digressione intorno allo stile>> de son traite sur l'art de l'histoire (Dell'arte istorica trattati cinque). Or cette definition faisait une place importante a l'idee de <<caractere>> et, plus encore, a l'idee d'un <<caractere>> qui s'exprimerait dans la langue, laissant entrevoir pour la premiere fois l'idee d'un style personnel, ancre sur l'ethos, au coeur de l'episteme classique (52).

Ces deux facteurs expliquent peut-etre la singularite du traitement reserve a la question du style dans les censures romaines de Voltaire. Celui-ci pose en effet a l'Index et au Saint-Office des difficultes inedites parfaitement resumees par le consulteur Giovanni Antonio Bianchi dans la conclusion du jugement (votum en latin) qu'il donne de La Henriade en 1748. Une premiere difficulte tient a ce que le poete francais est deja a cette date un maitre reconnu en maniere de style qui, par ce moyen, <<a su gagner a son parti de nombreuses personnes de notre Italie>>: Bianchi pense sans doute alors au cardinal Querini, prefet de l'Index, qui avait traduit et publie quelques vers du Poeme de Fontenoy deux ans plus tot--patronage, il faut le reconnaitre, bien embarrassant. Mais surtout, <<il s'agit d'un auteur qui, outre sa qualite de poete, est d'un esprit tout a fait extravagant et bizarre (di un cervello stravagantissimo e bizzarro), et d'un temperament facetieux (di un umore faceto)>>. Ainsi, certes, La Henriade merite la censure pour le sort <<injurieux>> qu'il reserve au nom catholique et a la memoire de nombreux princes et personnages catholiques, mais Bianchi juge finalement preferable de surseoir a la condamnation publique du poeme epique, ou bien de publier cette condamnation de maniere discrete en l'accompagnant de la clausule donec corrigatur, c'est-a-dire en feignant de ne pas comprendre que Voltaire s'est mis par son texte hors de la communaute des auteurs catholiques a qui cette clausule est reservee (53). Le style, pour cette fois, a evite la censure a Voltaire.

De fait, les censeurs romains ne sont pas les derniers a reconnaitre la <<nettete du style>> voltairien (le franciscain Gabrini, a propos de L'Homme aux quarante ecus (54)), la force voire la <<purete>> de ce meme style (le servite Baldoriotti a propos de l'edition parisienne de La Pucelle laquelle n'echappera pas pour autant a la censure et sera meme condamnee en 1757 dans la forme la plus severe des institutions, a savoir par decret specifique du Saint-Office l'excluant de toute autorisation accordee pour la lecture d'ouvrages interdits (55)).

Etre sensible aux effets litteraires ou au style du texte ne signifie donc en aucun cas ne pas condamner l'ouvrage, bien au contraire ! En effet, comme dans les censures de la Sorbonne presque contemporaines, le style du poete apparait a Rome comme un facteur aggravant, dans la mesure precisement ou ce qui avait fait le succes et la renommee de Voltaire dans la Republique des Lettres (en Italie notamment ou ses textes historiques et tragiques furent traduits des 1734) met desormais ses textes a la portee de tous les lecteurs, les plus fragiles notamment. Ainsi, le censeur Baldoriotti souligne-t-il d'emblee que La Pucelle <<est ecrite dans un style populaire, facile et plaisant, dans des vers de metre italien>>: le livre <<par le doux moyen de la poesie insinue le libertinage, l'impiete et le mepris de la sainte religion catholique>> (56). De meme, la prose enchanteresse de Candide par l'abondance du style (facilis dicendi copia), par le choix des mots (verborumque delectus), par l'agreable liaison des evenements (cum lepida quadam eventuum serie conjuncta), permet a Voltaire, comme naguere le <<chant doux et chatouilleux de Luther et Calvin, de faire tomber dans les filets de son recit (fallere, irretire) les lecteurs incompetents, a savoir les curieux (curiosos), les imprudents (incautos)... et les femmes bien sur (mulieres) (57). Pour les hommes de la censure romaine, la premiere caracteristique du style de Voltaire--et plus generalement des Lumieres, est donc sans conteste ce remarquable pouvoir de seduction qu'en juin 1765, un certain marquis Mosca, dans la lettre de denonciation du Dictionnaire philosophique qu'il adresse au Saint-Office, apres quatre lignes de griefs doctrinaux, resume en quelques mots cinglants:<<[...] il est ecrit avec grace et esprit. Pauvre jeunesse (58)!>>

Mais l'autre caracteristique frappante est la maniere dont les censures romaines se distinguent d'une conception rhetorique du style, laissant emerger l'idee d'un style personnel plus ou moins clairement identifiable relevant au moins autant d'une hermeneutique que d'une pragmatique (59). En temoignent, dans les censures en latin, les tres nombreux verbes commencant par les prefixes in-/im (insimulat, insultat, insurgit, improbat, invehit, impugnai) qui decrivent l'agressivite de la prose voltairienne. Le style de Voltaire est certes un style elegant (Le Siecle de Louis XIV est ecrit multa cum venustate, <<avec beaucoup de grace>>) mais surtout un style agissant--idee qu'inclut le concept de venustas--, percu comme tel des les toutes premieres censures. Ainsi, pour Ganganelli, le futur pape Clement XIV, qui redige pour le Saint-Office les deux premieres condamnations voltairiennes, les idees du poete sont d'autant plus perilleuses qu'elles se presentent travesties sous les dehors engageants du rythme et des vers, <<d'ou elles impregnent plus facilement les ames et s'y enracinent plus fermement (60)>>.

En temoignent egalement les adjectifs qui qualifient le style de Voltaire dans les trente-deux dossiers de la censure romaine, signalant la maniere voltairienne (61): un style <<satirique>> que Voltaire possederait en propre et qui rapproche par exemple Les Rendez-vous et Le Monde comme il va au moyen duquel il stigmatise (traducit) et diffame (lacerat) les gens d'Eglise et les ordres religieux selon Ganganelli; un <<style provocant>> (stile mordace) identifie par le censeur de l'Examen important de Milord Bolingbroke et que Tommaso Soldati, le secretaire de l'Index, reprend a son compte a propos de L'Homme aux quarante ecus dans l'une des dernieres censures des Lumieres, celle d'une edition des Romans et contes de Voltaire en 1804 (62).

* * *

Ainsi, les trois corpus examines nous permettent de confirmer que la censure telle qu'elle est pratiquee par les censeurs royaux, par la Sorbonne et par les institutions romaines se situe bien en-deca de la bascule qui verra le style, initialement objet d'une saisie retrospective, devenir une vision, un regard prophetique porte sur le monde et porte par la langue (l'idee n'emerge que timidement d'une <<petite musique>> voltairienne). Au terme de ce parcours, on voit cependant qu'au sein du systeme de censure de l'Ancien Regime, deux conceptions et deux usages distincts de la notion de style s'opposent et se font jour, lies a la fonction qu'assignent a l'acte de censure les institutions qui les prononcent: un usage discret et limite de la notion, prise dans son acception principalement rhetorique par la censure royale; un usage beaucoup plus complexe pour la censure ecclesiastique (qu'elle emane de la Sorbonne ou de Rome), qui ne meconnait pas l'aspect rhetorique mais l'articule fortement a la question du sens et de l'effet des textes via le concept d'<<intention de l'auteur>>.

Dans un article consacre a <<L'individuation du style entre Lumieres et Romantisme>>, Jose-Luis Diaz, interpretant la celebre citation de Buffon prononcee lors de sa reception a l'Academie affirmait: <<Le style apparait bien comme marque individuante, mais d'une maniere negative et policiere: afin d'inviter l'ecrivain a bien se tenir dans la langue s'il veut que ses ouvrages deviennent immortels.>> En rappelant la porosite parfois troublante entre censure et critique sur le plan des methodes et des discours (63), on serait tentee d'aller plus loin et d'avancer cette hypothese: que l'exercice de la censure a la fin de l'age classique contribua paradoxalement a faire emerger notre moderne idee de style en renouant avec l'idee de qualification morale propre a la tradition philosophique de ce concept.

Universite de Rouen/CEREdI

OEuvres citees

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(1) Christine Noille-Clauzade, Le Style, GF Flammarion, 2004, <<Corpus>>, p. 16 et p. 36-38.

(2) Ibid., p. 35.

(3) Ibid., p. 36-38.

(4) Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, Discours sur le style, prononce a l'Academie Francaise par M. de Buffon le jour de sa reception (25 aout 1753), OEuvres philosophiques, Paris, PUF, <<Corpus General des Philosophes Francais>>, 1954, t. XLI, p. 509. Sur les enjeux philosophiques et stylistiques de cette formule, voir notamment les articles de Christine Noille, <<Styles ou style? L'invention du singulier dans la reflexion rhetorique classique>> et de Patrick Brasart, <<De Buffon a Danton: "l'homme meme" et les cas d'espece>>, dans le numero special de la revue Litterature, no 137. La Singularite d'ecrire au XVIe-XVIIIe siecles, 2005, respectivement p. 55-68 et p. 83-92.

(5) Christine Noille-Clauzade, Le Style, op. cit., p. 38.

(6) Notamment Robert Darnton, The Forbidden Best-Sellers of Pre-Revolutionary France, New York, Norton, 1995.

(7) Sur cette distinction entre les deux formes de censures dont l'attelage caracterise l'Ancien Regime de la censure par opposition au dix-neuvieme et au vingtieme siecle ou la censure n'interviendra plus qu'a posteriori, on renvoie a l'ouvrage collectif Censure et critique. XVIIe-XXe siecles, dir. Laurence Mace, Claudine Poulouin, Yvan Leclerc, Paris, Classiques Garnier, 2015.

(8) Barbara de Negroni, Lectures interdites. Le Travail des censeurs au XVIIIe siecle (1723-1774), Paris, Albin Michel, <<Bibliotheque Albin Michel Histoire>>, 1995.

(9) Principalement Barbara de Negroni, Lectures interdites, op. cit., Robert Darnton, Censors at Work. How Censorship Shapes Literature, New York, Norton, 2014 (trad. francaise De la censure. Essai d'histoire comparee, Paris, Gallimard, 2014) et Raymond Birn, La Censure royale des livres dans la France des Lumieres, Paris, Odile Jacob, 2007 (repris et enrichi dans la version anglaise: Royal Censorship of Books in Eighteenth-Century France, Stanford, Stanford University Press, 2012).

(10) Paris, Bibliotheque nationale de France (desormais BnF), Ms. Fr. 22137, f. 162.

(11) Voir Francoise Blechet, <<Pouvoir et censure a la Librairie et a la Bibliotheque du Roi: regles et exceptions>> dans Siecle des Lumieres. II. Censure et statut de l'imprime en Russie et en France au siecle des Lumieres, dir. Jean-Dominique Mellot et Serguei Karp, Moscou, Academie des sciences--Naouka, 2008, p. 26-53.

(12) Jean-Dominique Mellot, <<La centralisation censoriale et la critique a la fin du regne de Louis XIV>>, Censure et critique, op. cit., p. 45-46.

(13) Voir Jean-Daniel Candaux, <<Voltaire, auteur permis, approuve, privilegie>>, Voltaire et le livre, ed. Francois Bessire et Francoise Tilkin, Ferney-Voltaire, Centre International d'etude du XVIIIe siecle, 2009 p. 139-146.

(14) Jean-Dominique Mellot, <<La centralisation...>>, art. cite, p. 46. Sur ces criteres, voir Anne Goldgar, Impolite Learning. Conduct and Community in the Republic of Letters 1680-1750, New Haven-London, Yale University Press, 1995.

(15) Robert Darnton, De la censure, op. cit., p. 29.

(16) BnF, Ms. fr. 22137, f. 90; rapport non date de l'abbe Foucher cite ibid., p. 31.

(17) Jean-Dominique Mellot, <<Fontenelle censeur royal ou approbateur eclaire?>>, Revue Fontenelle, no 6-7, 2011, p. 71.

(18) Voir Jose-Luis Diaz, <<L'individuation du style entre Lumieres et romantisme>>, Romantisme, vol. 148, no. 2, 2010, p. 45-62.

(19) Raymond Birn, La Censure royale des livres..., op. cit., p. 54.

(20) BnF, Ms. fr. 21939, f. 77v, cite ibid., p. 52-53.

(21) BnF, Ms. fr. 21942, f. 154, cite ibid., p. 58.

(22) Sur l'idee de bon ou de mauvais gout, voir plus generalement Jennifer Tsien, The Bad Taste of Others. Judging Literary Value in Eighteenth-Century France, University of Pennsylvania Press, 2011.

(23) BnF, Ms. fr. 22139, f. 124, cite par Barbara de Negroni, Lectures interdites, op. cit., p. 49.

(24) BnF, Ms. fr. 22139, f. 141, cite par Robert Darnton, De la censure, op. cit., p. 52.

(25) BnF, Ms. fr. 22014, f. 139r, cite par Raymond Birn, La Censure royale, op. cit., p. 37. Sur Cadet de Saineville, voir William Hanley, A Biographical Dictionary of French Censors. 1742-1789, Ferney-Voltaire, Centre International d'etude du XVIIIe siecle, 2016, t. II, p. 1-75 et Raymond Birn, <<A Royal censor at work (1769-1784): the reports of Jean-Baptiste-Claude Cadet de Saineville>>, Le Siecle des Lumieres, op. cit., p. 402-419.

(26) Edoardo Tortarolo, The Invention of the Free Press: Writers and Censorship in Eighteenth Century Europe, Springer, 2016.

(27) D'apres Barbara de Negroni, Lectures interdites, op. cit., p. 70.

(28) Jean-Robert Armogathe, <<Emile et la Sorbonne>>, Jean-Jacques Rousseau et la crise contemporaine de la conscience. Colloque international du 2e centenaire de la mort de Jean-Jacques Rousseau, Chantilly, 5-8 septembre 1978, ed. J.-L. Leuba, Paris, Beauchesne, 1980, p. 53-76. Il n'existe pas, pour le dix-huitieme siecle, l'equivalent du travail de Francis M. Higman, Censorship and the Sorbonne: A Bibliographical Study of Books in French Censured by the Faculty of Theology of the University of Paris, 1520-1551, Geneve, Droz, 1979. B. de Negroni souligne la perte d'influence des censures de la Sorbonne dans un contexte politique defavorable (Lectures interdites, op. cit., p. 102-103). Sur le role limite de la Sorbonne dans la censure d'Helvetius, voir David Smith, Helvetius. A Study in Persecution, Oxford, Clarendon Press, 1965.

(29) Censure de la Faculte de Theologie de Paris contre le livre, qui a pour titre Belisaire, Paris, Veuve Simon, 1767, p. 3.

(30) Dans le volume consulte a la BnF, les mots <<par surprise>> ont ete rayes a l'encre, ce qui laisse penser que l'auteur de cette rature, ou bien revendique et assume le permis d'imprimer accorde par le pouvoir laic contre l'autorite de la Sorbonne, ou bien conteste violemment cette autorisation, en denoncant le laxisme delibere du systeme de la Librairie sous Malesherbes. Dans un cas comme dans l'autre, il montre que le fonctionnement de ce systeme etait relativement transparent pour le public eclaire.

(31) Censure de la Faculte de Theologie de Paris contre le livre, qui a pour titre: Histoire philosophique et politique des deux-Indes, Paris, Clousier, 1781, p. v.

(32) Ibid., p. 113.

(33) Marc Escola, <<Une singularite d'esprit et consequemment de style: De Montaigne a La Bruyere et de Pascal a Marivaux>>, Litterature, no 137, op. cit., p. 97.

(34) Bruno Neveu, L'Erreur et son juge. Remarques sur les censures doctrinales a l'epoque moderne, Naples, Bibliopolis, 1995.

(35) Censure... qui a pour titre Belisaire, op. cit., p. 45.

(36) Ibid., p. 48-49.

(37) Ibid., p. 56-57.

(38) Ibid., p. 39.

(39) Ibid., p. 4.

(40) Censure... De l'Esprit, op. cit., p. 11.

(41) Ibid., p. 8.

(42) Ibid., p. 10.

(43) Voir dans ce volume Thomas Hochmann, p. 91-102.

(44) Censure... De l'esprit, op. cit., p. 8.

(45) Sur ce point, voir Jean-Baptiste Amadieu, <<Le style comme circonstance attenuante ou aggravante d'une censure? Les considerations litteraires dans la mise a l'Index du Paris de Zola>>, Le Demon de la categorie. Retour sur la qualification en droit et en litterature, edite par Arnaud Latil, Anna Arzoumanov, Judith Sarfati Lanter, Presses Universitaires de Sceaux, Mare et Martin, 2017, p. 47-60.

(46) Sur ce corpus, voir Laurence Mace, Voltaire en Italie (1734-1815). Lecture et censure au siecle des Lumieres, these de Doctorat de l'Universite Paris-Sorbonne Paris IV soutenue le 1er decembre 2007 sous la direction de Sylvain Menant.

(47) Trad, francaise d'Auguste Boudinhon, La Nouvelle Legislation de l'Index, Paris, Lethielleux, [s.d. 1924], p. 331-359: <<Nous leur demandons de bien se rappeler qu'on ne peut porter un jugement eclaire sur la veritable pensee d'un auteur qu'en lisant attentivement le livre en son entier, en comparant les divers passages, en examinant avec soin et la pensee generale de l'ouvrage et la these defendue par l'auteur; car on ne doit pas juger un livre par une ou deux propositions detachees et separees du contexte. En effet, il arrive frequemment que certaines propositions, enoncees en passant et d'une maniere obscure, sont developpees dans une autre partie de l'ouvrage d'une facon nette, etendue et precise, de telle sorte que l'obscurite de ce premier expose qui semblait lui donner une apparence d'erreur soit completement dissipee et que cette proposition soit reconnue parfaitement correcte.>>

(48) Pour cette approche philosophique de la notion de style, voir Christine Noille, Le Style, op. cit., p. 30-33.

(49) Laurence Mace, <<Les premieres censures romaines de Voltaire>>, Revue d'histoire litteraire de la France, no. 98, vol. 4, 1998, p. 531-551.

(50) Sur l'Arcadie, voir Amedeo Quondam, <<L'istituzione Arcadia. Sociologia e ideologia di un'Accademia>>, Quaderni storici, VIII, 1973, p. 339-438 et Francoise Waquet, Rhetorique et poetique chretiennes: Bernardino Perfetti et la poesie improvisee dans l'Italie du XVIIIe siecle, Firenze, Olschki, 1992.

(51) Proust, Le Temps retrouve [1927], ed. Bernard Brun, Paris, GF, 1986, p. 289.

(52) Voir Philippe Audegean, <<Beccaria et l'histoire du concept de style. Empirisme et poetique>>, Poetique, no 136, 2003, p. 487-509. Sur Mascardi, voir Marc Fumaroli, L'Age de l'eloquence, Paris, Albin Michel, 1994, p. 223-225.

(53) Rome, Archivio delia Congregazione per la Dottrina delia Fede (desormais ACDF), Sant'Uffizio, Censura librorum 1752, dossier 10, f. non numerote.

(54) ACDF, Index, Protocolli 1771-1773, dossier 19, f. 73r.

(55) ACDF, Sant'Uffizio, Censura librorum 1757, dossier 2, f. non numerote.

(56) Ibid.

(57) ACDF, Index, Protocolli 1759-1762, dossier 81, f. 334r.

(58) ACDF, Sant'Uffizio, Censura librorum, 1766, dossier 1, f. non numerote.

(59) Voir dans ce meme volume les reflexions d'Eric Bordas, p. 53-69.

(60) Rome, ACDF, Sant'Uffizio, Censura librorum 1752, dossier 10, f. non numerote.

(61) Sur la notion de maniere, voir Marc Escola, art. cite, p. 95 et Bernard Vouilloux, <<La portee du style>>, Poetique, vol 154, no. 2, 2008, p. 197-223.

(62) ACDF, Index, Protocolli 1800-1808, dossier 129. Sur cette derniere censure, voir Jean-Baptiste Amadieu et Laurence Mace, <<Les mises a l'Index des Lumieres francaises au XIXe siecle>>, La Lettre clandestine, no 25, 2017, p. 19-39.

(63) Sur cette porosite, voir Censure et critique, op. cit.
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Author:Mace, Laurence
Publication:The Romanic Review
Date:Jan 1, 2018
Words:8819
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