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Une assise au developpement des PPP: la confiance institutionnelle, interorganisationnelle et interpersonnelle.

A la suite de la vague de dereglementation des economies initiee de la fin des annees 1970 au milieu des annees 1980, entre autres par les gouvernements du Royaume-Uni et des etats-Unis, la collaboration entre des organisations publiques et des entreprises privees pour la realisation de projets communs s'est developpee. Ce phenomene est connu sous l'appellation de << partenariat public-prive >> ou PPP. Cette nouvelle orientation a caractere politico-economique repond, principalement dans les pays occidentaux, a un besoin de << reinventer le gouvernement >> pour ameliorer les services aux citoyens et pour construire de nouvelles infrastructures publiques dans un contexte ou les ressources des gouvernements se rarefient. (1) Cette forme de collaboration permet aux organisations impliquees de mettre en commun leurs forces, expertises et ressources en vue de creer une synergie pour atteindre des objectifs d'efficacite, de qualite de service et d'efficience tout en repondant aux attentes des citoyens. Certaines initiatives se sont averees tellement prometteuses que plusieurs projets dans des domaines relevant exclusivement du secteur public sont maintenant delegues ou realises en collaboration avec le secteur prive. (2)

Cet ecrit part de l'hypothese largement repandue dans les theories organisationnelles que le fonctionnement d'une organisation depend en grande partie de la capacite des acteurs a se comprendre, donc a se coordonner et par consequent a cooperer. Dans le contexte d'un PPP, l'efficience de la relation de collaboration entre partenaires serait donc primordiale au succes du projet. Neanmoins, cette collaboration serait inconcevable sans confiance, confiance non seulement entre les partenaires mais aussi dans le contexte de cette relation. La reussite d'un PPP reposerait donc en une grande partie sur la collaboration, elle-meme basee sur la confiance, reconnue comme facteur crucial pour le developpement d'un comportement cooperatif entre les individus, les groupes et les organisations. (3)

Dans le contexte particulier d'un partenariat public-prive, la revue de la litterature a permis d'identifier la presence de trois principaux types de confiance, a savoir la confiance institutionnelle, la confiance interorganisationnelle et la confiance interpersonnelle. Cette recherche se penche sur les elements declencheurs du passage d'un type de confiance a l'autre et tente de decrire l'evolution de la confiance dans le contexte d'un PPP ou la duree de la relation est connue, un echeancier est determine et un budget doit etre respecte. Pour ce faire, l'article se divise en cinq sections. La premiere definit le concept de confiance, en presente quelques typologies et aborde le contexte particulier des partenariats public-prive. Dans la seconde section, un modele de recherche est propose et quelques propositions avancees. Suit la methodologie utilisee pour realiser l'etude de cas et l'analyse des donnees. En quatrieme partie, les resultats de la recherche sont presentes et accompagnes d'une breve discussion. Enfin, la conclusion inclut certaines implications liees aux resultats obtenus de meme que quelques pistes de recherche et reflexion.

Concept de confiance, typologie et PPP

La confiance est, selon Holland, (4) une variable multidimensionnelle qui se definit en reference au contexte dans lequel elle est appliquee. Depuis 1968, Kenneth Arrow n'a cesse de mettre l'emphase sur l'importance de la confiance qu'il qualifie << d'institution invisible >>. (5) Dans la meme veine d'idees, Dasgupta (6) la considere comme etant centrale a toute transaction. Ceci explique possiblement le fait que depuis plusieurs decennies, la notion de confiance a ete largement exploree par les chercheurs de plusieurs disciplines comme l'economie, la gestion, la sociologie et la psychologie; chaque discipline a tente d'en donner une definition claire et precise selon ses caracteristiques, sa nature, son mode et son niveau de developpement. Toutefois, etant donne les differences de perspectives, les chercheurs ne sont jamais parvenus a un veritable consensus quant a la definition de la notion de confiance.

Le concept de confiance

Ainsi que releve par Holland, (7) il y a tellement de definitions du terme de confiance qu'une seule definition serait insuffisante pour capturer l'essence du concept. Cet auteur considere deux types de confiance : la confiance naturelle et la confiance subjective. Le premier concept fait reference a la tendance naturelle d'un individu a croire les autres personnes; elle est fonction de ses attitudes, de sa personnalite et de ses experiences passees. Elle est independante d'une situation specifique; elle varie d'un individu a l'autre et peut changer dans le temps. Il s'agit, selon l'auteur, d'une simple mesure de la confiance generale. Quant a la confiance subjective, elle depend d'un ensemble particulier de circonstances et d'un partenaire economique specifique. La confiance subjective est donc fonction de la confiance naturelle et de facteurs structurels et situationnels. Elle varie selon l'identite de l'autre partenaire, le contexte particulier et la nature de la transaction.

Parmi les auteurs ayant apporte une definition generale a la notion de la confiance, Arrow (8) et Bennis (9) y integrent une dimension sociale. Ils parlent de la confiance comme etant le << lubrifiant >> a la base du fonctionnement du systeme social et de son efficience. Dans le meme ordre d'idees, Zucker (10) souligne que la confiance est une serie d'attentes sociales partagees par les personnes impliquees dans un echange economique. Dans ce sens, cette vision sociologique implique qu'au cours de cet echange, les parties en presence partagent des valeurs communes pouvant se transformer en objectifs communs a atteindre. Cette vision rejoint egalement la definition de Fukuyama qui postule que la confiance se compare aux << attentes des membres d'une communaute >> dans laquelle les individus partagent habituellement certaines normes et adoptent en consequence un comportement regulier, base sur l'honnetete et la cooperation. (11) Notons toutefois que cette dimension sociale de la confiance est occultee par des disciplines comme l'economie.

Pour Thuderoz et Mangematin, la confiance est generalement definie comme << la croyance qu'un autre individu, une organisation ou une institution agira de facon conforme a ce qui est attendu de lui >>. (12) Quant a Nooteboom et al., ils avancent que la confiance comporte une dimension altruiste et gratuite qui amene un individu faisant confiance a un autre a croire en la reciprocite de ce sentiment, nonobstant tout interet personnel. (13) Ainsi, selon cette definition, la confiance est associee aux sources altruistes de la cooperation et a la loyaute envers le partenaire plutot qu'a la coercition ou a l'interet materiel. Toutefois, lorsque l'on evoque la confiance entre deux partenaires d'affaires, il existe, selon ces auteurs, une relation d'agence dans laquelle le principal, appele trustor, fait confiance a un agent ou trustee. En principe, le trustor accorde sa confiance au trustee pour que ce dernier realise le mandat dans le respect des attentes du premier. Cette relation trustor-trustee sied parfaitement aux partenariats public-prive puisqu'elle reflete le type de relation existant entre l'organisme gouvernemental donneur d'ordres et son ou ses partenaires prives qui doivent realiser le contrat.

Selon l'ecole de l'economie institutionnelle, Williamson a elabore sa theorie des couts de transaction dans laquelle la firme assure, par le biais de l'autorite hierarchique, la coordination des decisions et le reglement des conflits internes a l'organisation. (14) L'auteur reconnait l'importance de la confiance dans les relations industrielles. (15) Toutefois, il maintient qu'ex-post, elle sert l'atteinte des interets respectifs : calcul, confiance et interet personnel deviennent conciliables, bien que ce soit toujours l'opportunisme qui domine. Ainsi, la confiance n'est pas evacuee de l'analyse ; elle n'est que soumise au principe de l'opportunisme. Selon cet auteur, la relation de contrat passe necessairement par le developpement de relations de confiance; il serait rare de rencontrer des comportements opportunistes lors de negociations initiales. Au contraire, les parties sont davantage soucieuses d'assurer un bon deroulement de la negociation. Ce n'est que lorsque des possibilites de sur-profits apparaissent que le comportement opportuniste gagne en importance. Le principe est qu'il serait moins couteux et plus operationnel de proceder sur parole donnee que de realiser des arrangements juridiques. Ainsi, le comportement calculateur ne disparait pas de la relation mais la confiance apparait avant tout comme un moyen d'economiser des couts de transaction.

Parallelement, dans le cadre d'une perspective socio-economique, Granovetter souligne que ce sont les relations sociales concretes qui engendrent la confiance dans la vie economique. (16) L'action economique est encastree dans le reseau de relations interpersonnelles et la poursuite d'objectifs economiques est socialement construite et toujours accompagnee d'objectifs non economiques tels que << la sociabilite, l'approbation, le statut social et le pouvoir >>. Par consequent, on ne saurait minimiser la composante sociale de tout echange economique. C'est en effet sur la base de relations personnelles durables et d'une longue familiarite entre les personnes, que s'etablissent les relations de confiance. Donc, les pratiques relativement informelles des contrats predominent dans les relations d'affaires. Les relations amicales personnelles affectent fortement les relations d'affaires et generent des standards de comportements attendus superieurs aux relations autoritaires et decouragent la malhonnetete. La confiance est alors analysee comme une croyance des individus a propos d'une relation qui depend de reseaux sociaux plus vastes. Ce n'est pas une relation qui ne peut etre instauree que par la seule evaluation rationnelle des individus, tel que preconise par Williamson. Elle se fonde sur les croyances collectives et les pratiques sociales. Ainsi, Granovetter met l'eclairage sur une dimension essentielle de la confiance : l'interaction entre les differents types de relations interindividuelles simultanement economiques et sociales. Ce ne sont pas les caracteristiques des personnes qui importent mais les relations qu'elles entretiennent : expertise, dignite de confiance et liens sociaux, souvent specifiques aux personnes plutot qu'aux organisations.

Partant d'une perspective relationnelle et se basant sur une etude empirique menee aupres de 204 detaillants americains faisant rapport de leurs relations avec leurs fournisseurs, Morgan et Hunt insistent sur le role de la confiance dans les relations d'echange comme facteur facilitant et consolidant ces relations. (17) Ces auteurs se sont particulierement interesses a la cooperation en tant que consequence de la confiance. A cet effet, ils ont demontre que la cooperation entre les partenaires d'un echange est influencee a la fois par le niveau de confiance et par le degre d'engagement. Leur commitment-trust theory largement reconnue en marketing, stipule que la performance d'un reseau d'affaires est largement induite par la cooperation, elle-meme tributaire de l'engagement et de la confiance partages par les membres. D'autres dimensions de la confiance sont egalement ressorties d'etudes menees sur la relation client-fournisseur. Ainsi, Kumar et al. introduisent le concept d'honnetete (croyance qu'un partenaire tiendra parole et sera sincere) et celui de bienveillance (interet envers la firme et protection de ses interets). (18) Ganesan pour sa part, remplace la dimension d'honnetete par celle de credibilite, ou croyance dans la capacite du partenaire de realiser son travail efficacement et serieusement. (19)

Finalement, dans le cadre d'un effort de synthese des differents ecrits sur la confiance, Rousseau et al. (20) affirment que les chercheurs s'accordent pour souligner que le risque et l'interdependance sont deux conditions pour le developpement de la confiance. Le risque represente l'evaluation par le trustor de la perte probable qu'il encourt en faisant confiance au trustee. (21) Il existe donc une interrelation entre les notions de confiance et de risque. C'est seulement en situation d'incertitude et donc de risque que la notion de confiance est de mise. A son tour, la confiance implique une prise de risque car comme note par Lewis et Weigert, la confiance n'a aucune utilite s'il n'y a aucun risque. (22) Ceci n'en exclut toutefois pas la presence. Par ailleurs, l'interdependance constitue egalement une condition necessaire au developpement de la confiance. Sheppard et Sherman soulignent a ce titre que la nature du risque et de la confiance change en fonction du degre d'interdependance: si une personne depend fortement de l'autre, elle encourt plus de risques que cette derniere et le niveau de confiance que cette relation necessite serait alors eleve. Par contre, si le niveau d'independance est eleve, les risques encourus sont moderes et par consequent, le niveau de confiance requis serait plutot faible. (23)

Les trois principaux types de confiance

L'economie, la psychologie et la sociologie proposent quelques typologies de la confiance qui peuvent se resumer en trois grands types : la confiance interpersonnelle, la confiance interorganisationnelle, et la confiance institutionnelle ou systemique.

La confiance interpersonnelle ou relationnelle (24) telle que definie aussi bien par Luhmann que par Giddens caracterise la confiance placee par des individus dans d'autres individus. (25) Sako va encore plus loin en distinguant deux niveaux de confiance interpersonnelle : la confiance intentionnelle et la confiance de competence. Le premier niveau de confiance suggere qu'un individu fait confiance a un autre parce qu'il croit que ce dernier respectera ses engagements sans faire preuve d'opportunisme. Le deuxieme niveau suggere plutot qu'un individu fait confiance a un autre parce que ce dernier detient les capacites et les competences requises, notamment en termes de formation et d'expertise professionnelle. (26) En se basant sur les realites des organisations, Zaheer et al. suggerent que la confiance interpersonnelle refere a << la confiance placee par un individu dans l'individu associe de la partie opposee >>. (27) Ce type de confiance renvoie entre autres aux notions de dependance et de vulnerabilite d'un individu par rapport a un autre, car les individus ne sont pas dans une relation de pouvoir equilibree dans laquelle le partage de toutes les formes de pouvoir est symetrique. (28) La confiance interpersonnelle est basee sur la reputation et/ou la competence reconnues souvent suite a des experiences anterieures. (29) Elle se developpe lors de la poursuite d'objectifs communs qui necessitent des communications frequentes et une certaine proximite. Elle se manifeste par un sentiment de bonne foi, de bienveillance, de respect et de loyaute plutot qu'un comportement opportuniste. Elle se traduit principalement par la cooperation et l'entraide que se temoignent les individus les uns envers les autres.

La confiance interorganisationnelle est definie par Zaheer et al. comme etant << l'etendue de la confiance placee dans l'organisation partenaire par les membres d'une organisation centrale >>. (30) En d'autres termes, la confiance interorganisationnelle depasse la relation personne a personne pour embrasser l'organisation partenaire avec laquelle s'effectue un echange. Pour Livet et Reynaud, la confiance interorganisationnelle est une confiance grace a laquelle les membres d'un groupe impliques dans une action collective estiment raisonnable de s'y engager. (31) La confiance interorganisationnelle s'opere entre au moins deux organisations--en tant que personnes morales--et tout comme la confiance interpersonnelle, implique des personnes physiques. Elle peut avoir comme determinants la reputation, les competences et l'expertise des organisations, leurs experiences passees, le pouvoir relatif des parties issu d'une relation de dependance et d'autres aspects specifiques a la nature des organisations, tels que la taille et la culture. (32) Comme pour la confiance interpersonnelle, elle se developpe au cours de relations d'affaires et se manifeste par des elements tels la bonne foi, la bienveillance, le respect des regles sans necessite d'un controle formel et l'adoption d'un comportement cooperatif plutot qu'opportuniste.

Finalement, Mangematin, inspire de Zucker, definit la confiance institutionnelle ou systemique << comme une autorite superieure au sein de la societe. Elle protege les individus ou les organisations contre les risques d'alea moral. >>. (33) Elle se fonde sur une structure sociale formelle garantissant les attributs d'un individu ou d'une organisation tels que le code d'ethique, les contrats, les normes ou les lois. Sa creation n'est pas le produit d'une relation d'echange ni d'une experience anterieure. Ainsi, on ne fait pas uniquement confiance a un individu ou une organisation mais plutot a l'ensemble du contexte dans lequel s'inscrit la relation. (34) La construction de la confiance institutionnelle s'apparente davantage a la souscription a un contrat social; contrat dans lequel chacun accepte d'abandonner une partie de sa liberte pour fixer des regles de jeu et accepte de deleguer l'autorite et les moyens de coercition a une tierce partie comme l'Etat, un ordre professionnel, une eglise, etc. (35) Zucker explique le caractere institutionnel de la confiance en insistant sur deux caracteristiques particulieres: l'intersubjectivite et l'objectivite. La confiance institutionnelle est intersubjective dans la mesure ou elle reste independante des individus et que, bien que developpee localement, elle est reconstruite a l'exterieur d'une situation donnee. Cet eloignement a la fois des personnes et du contexte specifique de leur action, lui garantit toute son objectivite. (36) Plus precisement, pour les relations reposant sur des ententes contractuelles, Williamson presente la confiance institutionnelle comme faisant reference a la confiance dans le contexte social et organisationnel, a l'interieur duquel s'inscrivent les contrats ou toutes formes de transactions. (37) La confiance institutionnelle se developpe par la reconnaissance et l'acceptation des regles regissant la vie sociale, politique et economique. Elle se manifeste principalement par le recours des deux parties a diverses institutions telles que les lois, le cadre reglementaire et les contrats avec l'acceptation des regles qui en decoulent.

En resume, la confiance interpersonnelle peut etre associee aux relations developpees par deux employes de deux entreprises a travers leurs contacts noues durant leurs etudes ou au cours de leurs activites personnelles ou professionnelles. Quant a la confiance interorganisationnelle, elle refere plutot aux relations entre organisations, basees sur la reputation ou la qualite de relations anterieures et leur frequence. Elle s'exprime par l'externalisation d'activites, leur partage ou leur realisation en collaboration. Enfin, la confiance institutionnelle se manifeste a travers le recours a un tiers parti et/ ou a un type particulier de contrat. Par exemple, dans le cas d'un PPP, les partenaires en presence se fient aux normes et aux exigences requises pour la prestation d'un service public et aux regles regissant les marches publics. Les caracteristiques et determinants de chacun de ces trois types de confiance sont presentes au Tableau 1 afin de mieux illustrer ce propos.

Les partenariats publics-prives

Tout comme pour la confiance, il est difficile de trouver une definition du concept de partenariat public-prive qui fasse l'unanimite parmi les chercheurs. Ainsi dans le contexte quebecois, un PPP << est une entente contractuelle entre des partenaires public et prive qui vise la prestation d'un service public ou son amelioration >>. (38) Les partenaires partagent les responsabilites, les investissements, les risques et les benefices. (39) De plus, cette entente doit comporter un investissement significatif du partenaire prive dans le projet, dont la remuneration se fait en fonction de criteres preetablis.

Reijniers propose quant a lui une definition qui est elle-meme enrichie par celle de Grant. Ces auteurs voient le partenariat public-prive comme << une collaboration entre des entreprises, des organisations sans but lucratif, et / ou le gouvernement dans laquelle les risques, les ressources et les competences sont partages dans des projets qui sont benefiques pour chaque partenaire mais egalement pour la communaute >>. (40) Cette definition est interessante, car non seulement elle est representative de la volonte de mettre en commun les efforts des partenaires mais elle considere egalement la satisfaction de la communaute comme etant un objectif a atteindre. Dans le cas d'un partenariat public-prive, force est de constater que la poursuite de l'interet general demeure << la >> priorite, depassant en importance les interets des partenaires.

Modele de recherche et propositions

Comme l'existence de la confiance dans les organisations requiert la presence minimale de deux entites, il n'est pas possible d'envisager la relation trustor-trustee uniquement de maniere unilaterale comme le preconisent Mayer et al. ainsi que Nooteboom et al. (45) En effet, la relation de confiance a un caractere plutot bilateral, c'est-a-dire qu'elle est mutuelle, tel que releve par Loilier et Tellier ainsi que Zaheer et al. (46) Ces derniers trouvent egalement que la nature et le role de la confiance changent au gre du temps. Ceci confirme que la relation de confiance n'est pas statique mais resolument dynamique. Parmi les nombreux chercheurs qui se sont interesses a la confiance, Greenwald et Stiglitz, Luhmann et Zucker acceptent l'existence de deux types de confiance et avancent que la confiance institutionnelle peut se substituer a la confiance interpersonnelle. (47) Quant a Mangematin, il affirme que la confiance institutionnelle et la confiance interpersonnelle sont plutot complementaires et que la signature d'un contrat ne fait que renforcer le developpement des confiances interpersonnelle et interorganisationnelle. (48) Dans une recherche anterieure, Zucker a constate que lorsque les memes organisations interagissent frequemment dans le temps, elles developpent des mecanismes institutionnalises et en meme temps des relations de confiance interpersonnelle au sein des structures organisationnelles. (49) Dans la meme veine, Zaheer et al. confirment que si les relations interpersonnelles sont positives, cela genere la confiance interpersonnelle et decourage les comportements opportunistes entre les organisations, impliquant ainsi la presence d'une confiance interorganisationnelle. (50)

Face aux assertions precedentes, Karpik releve que ces differentes interpretations de la confiance sont reductrices et que la confiance institutionnelle et les autres formes de confiance peuvent soit coexister, soit exister l'une sans l'autre, soit s'auto-renforcer ou meme encore se substituer l'une a l'autre. (51) Forts des resultats de ces differentes recherches, nous proposons le modele conceptuel presente a la Figure 1. Cette figure illustre egalement les trois propositions de recherche explorees a travers l'etude de cas d'un partenariat public-prive realisee dans le cadre de cette recherche.

[FIGURE 1 OMITTED]

Presentation du cas et methodologie generale de la recherche

Le projet qui fait l'objet de cette analyse est un partenariat public-prive impliquant un ministere quebecois et une entreprise privee internationale evoluant dans le domaine du service-conseil en systemes d'information.

Au milieu des annees 1990, pour reussir sa vaste reforme du systeme cadastral, le ministere quebecois en charge de la reforme lance un appel d'offres pour rechercher une organisation ayant les ressources necessaires pour realiser un mandat d'integration de biens et de services pour la mise en oeuvre et l'exploitation des systemes d'information soutenant les nouvelles orientations du ministere. Le partenaire prive est responsable de l'integration et les resultats lui sont entierement imputables. Le ministere a retenu les services d'une entreprise canadienne d'envergure. L'entente signee entre les deux partenaires etait d'une duree de cinq ans; les trois premieres annees consacrees au developpement des applications et le reste du mandat au fonctionnement et a l'entretien du systeme. Tel que mentionne dans le document du CEFRIO, (52) le mandat de l'entreprise retenue << consiste a developper une solution technologique pour integrer les donnees numeriques a reference spatiale et les donnees alphanumeriques descriptives des proprietes, a mettre en place une infrastructure informatique pour supporter une telle quantite d'information, ainsi qu'a assurer la formation du personnel et l'entretien du systeme >>. (53)

Il est important de souligner que les deux parties n'en sont pas a leur premier contrat car le ministere a utilise l'expertise de cette firme-conseil a deux reprises pour des mandats touchant la reforme des cadastres. Afin de mieux visualiser l'historique des evenements relatifs aux relations entre les deux parties, une chronologie des faits marquants est presentee dans le Tableau 2. Cette information permet d'avoir des points de reference et une meilleure contextualisation des propos tenus par les repondants pour appuyer la presence ou non de la confiance tout au long de la relation.

Comme le specifie Yin, lorsque la question de recherche vise a comprendre un phenomene, l'analyse de cas en tant que methode de recherche offre plus d'avantages que d'autres methodes. (54) Elle s'avere donc une strategie de recherche pertinente pour mieux comprendre la manifestation et l'evolution de la confiance a travers le temps et selon les circonstances. Le cas utilise provient de la banque de cas du groupe de recherche PIVOT sur les nouveaux modeles de collaboration pour la prestation des services publics. Dans le cadre de cette etude, neuf etudes de cas canadiens qui se differencient au niveau des projets, du type de collaboration, des technologies impliquees, de la nature et de l'ampleur des services offerts et des domaines d'application, ont ete realisees. (55) Les cas resultent d'entrevues semi-structurees menees par l'equipe de recherche aupres des partenaires publics et prives. Les chefs de projet publics et prives ainsi que les responsables de la technologie, des ressources humaines et des operations ont tous ete interviewes. Le Groupe PIVOT a teste et developpe un guide d'entrevue qui a ete utilise lors des entrevues. Les cas rediges ainsi que les transcriptions des entrevues ont servi de base a cette recherche. Pour la presente recherche, une analyse des entrevues des repondants du ministere d'une part, et des cadres de l'entreprise privee d'autre part, a ete realisee.

Tout au long de l'analyse des donnees secondaires, plusieurs caracteristiques et elements ont ete retenus pour identifier la manifestation et l'evolution des types de confiance (voir Tableau 1). Au niveau institutionnel, toutes les references faites par les repondants quant au cadre reglementaire, aux normes et aux politiques regissant la relation entre les deux parties ont ete retenues. Pour ce qui concerne la relation entre les organisations, la compatibilite et les divergences des objectifs de chacune des parties, leurs caracteristiques propres, les outils mis en place pour une gestion efficace de la relation et les facteurs determinants pour la reussite du mandat ont tous ete pris en compte. Tous ces elements ont permis de cerner les determinants de l'emergence et de l'evolution de la confiance interorganisationnelle. Enfin, par rapport a la confiance interpersonnelle, toutes les caracteristiques pertinentes pour cerner sa presence ont ete relevees. Hormis les allusions directes a la confiance, les determinants de la confiance interpersonnelle retenus sont entre autres, les references a l'expertise, a la communication, a la proximite spatiale, aux relations interpersonnelles developpees et a la qualite des relations entre les individus issus des deux organisations.

Des codes ont ete developpes pour pouvoir clairement identifier les types de confiance et les contextes precis au cours desquels ils se manifestaient, se developpaient, se maintenaient ou se deterioraient. L'analyse des entrevues a ete faite separement, les responsables du ministere d'une part et ceux de l'entreprise privee d'autre part, afin d'observer et comprendre les similitudes et les divergences. La codification des entrevues a ete realisee separement par deux des auteurs du present article afin de verifier le niveau de convergence. Le taux de convergence etait d'environ de 85% des occurrences, ce qui indique une comprehension largement partagee des elements a retenir pour l'analyse du cas. Les dissensions ont ete discutees et une entente est survenue dans tous les cas.

Manifestation et evolution des trois types de confiance dans le contexte du PPP

Les donnees empiriques recueillies lors de l'etude de cas permettent d'illustrer quelques manifestions des confiances institutionnelle, interorganisationnelle et interpersonnelle et fournissent aussi divers exemples de l'evolution de la confiance en cours de projet. Chacune des propositions de recherche est donc reprise et discutee a la lumiere de ces informations.

A la base, la confiance institutionnelle

Comme il est mentionne au Tableau 2, le ministere et l'entreprise privee sont a leur troisieme entente contractuelle en l'espace de six ans. Cette situation est interessante car elle laisse sous-entendre que la relation contractuelle entretenue entre les deux parties est basee sur le partage de valeurs et de systemes de sens communs, dont la confiance dans l'environnement socio-politique du Quebec. Plus encore, cette relation reciproque basee en partie sur la credibilite, la reputation, la competence et l'expertise de chacune des deux parties prend cependant sa source d'informations objectives--telles la transparence des procedures administratives et d'octroi du contrat, et le respect des ententes contractuelles. Pour signifier cet ensemble de valeurs partagees par les deux partenaires, Meyer et Rowan utilisent l'expression << taken for granted >>. (56) En effet, en se basant sur leur confiance dans la reglementation--les lois d'attribution des contrats publics, les normes regissant les soumissions aux appels d'offres, les procedures transparentes de selection des partenaires et les sens partages--le ministere provincial et l'entreprise privee ont respectivement lance l'appel d'offres et presente une soumission. Cette realite constitue une manifestation de la confiance institutionnelle telle que definie par Zucker: elle reste independante des individus ou des organisations mais se fonde sur la structure sociale formelle qui garantit, entre autres, le respect des ententes contractuelles. (57) En effet, si l'une des organisations impliquees n'avait pas confiance dans les elements institutionnels (reglementaire, cognitif et normatif) regissant les marches publics au Quebec et que ses propres interets pouvaient en etre ainsi alteres, elle n'aurait entrepris aucune demarche pour conclure ce partenariat. De fait, la confiance dans les systemes de references sociaux et organisationnels du Quebec dans lesquels s'inscrit cette relation de partenariat represente l'assise de la confiance institutionnelle dans ce partenariat. Elle se manifeste par la signature d'un contrat renfermant les regles et normes auxquelles adherent les signataires.

Bien que cela soit souvent pris pour acquis dans certains pays industrialises d'Amerique du Nord et d'Europe occidentale, le manque de confiance dans les institutions peut paralyser et rendre tres perilleux le developpement de PPP. Comme le soulignent certains auteurs ayant analyse des PPP en Amerique Latine (Hommes; Jimenez), (58) le risque a encourir est tellement eleve que les partenaires (souvent prives) doivent se premunir d'artifices juridiques et se proteger contre tout alea. Ces couts invisibles de transactions constituent autant de raisons d'abandon ou d'echec de certains projets PPP dans plusieurs parties du monde. La confiance des partenaires dans les institutions qui regissent leurs accords constitue un element crucial a leur realisation.

Vu l'existence de ce premier type de confiance dans ce PPP tel qu'identifie par de nombreux auteurs (Brousseau, Shapiro, Zucker), il est interessant de suivre son evolution dans les phases de negociation sur le partage des responsabilites, des risques et dans la formulation des objectifs incombant a chaque partenaire. (59) De son cote, la partie publique a signifie ses exigences en matiere d'echeanciers, de couts, de qualite des livrables et de risques consideres comme acceptables. Quant a l'entreprise privee, elle a formule ses capacites a remplir les diverses conditions du contrat et ses attentes en matiere de paiement des biens et services livres. Suite aux negociations, ces differentes exigences ont constitue les termes et les clauses du contrat de partenariat. En outre, au-dela de l'entente sur l'atteinte des objectifs, les regles operationnelles de fonctionnement ont ete negociees entre les partenaires pour assurer un meilleur ajustement entre les deux organisations dont les cultures organisationnelles, les pratiques et les normes etaient fort differentes. Cette recherche d'une adequation entre les systemes de sens, les regles et normes de chacune des deux parties constitue un point de depart pour le developpement de la confiance interorganisationnelle. De plus, la frequence des relations entretenues au cours des mandats sur la reforme du cadastre quebecois a permis aux partenaires de faire connaissance. Ces relations d'affaires laissent entrevoir qu'il existe une presomption favorable de confiance entre ces deux organisations qui est le resultat des experiences passees. Les propos tenus par le gestionnaire public du projet quelques mois apres la signature du contrat demontrent bien l'evolution realisee durant cette premiere phase du projet : << l'entreprise privee avait une prestation de service et une vision qui plaisaient au ministere pour trouver des solutions adequates >>. Ainsi, la frequence de la relation, les experiences passees et l'affirmation de cette reconnaissance de la competence du partenaire illustrent bien le developpement de la confiance interorganisationnelle des la signature du contrat.

Par ailleurs, la decision meme de conclure un PPP necessite directement ou indirectement un niveau de confiance eleve entre les deux organisations car elles se mettent en situation de dependance et de grande vulnerabilite l'une par rapport a l'autre. Ces deux conditions au developpement de la confiance sont presentes dans ce partenariat. En effet, ce projet d'une duree de cinq ans impliquait des risques technologiques, financiers et sociaux. Il s'agissait pour le ministere d'une relance d'un programme majeur qui avait connu une premiere ratee et pour le partenaire prive, du recours a une technologie non eprouvee dans le domaine de la geomatique. Le risque commercial encouru par l'entreprise privee est proportionnel aux promesses d'ouvertures potentielles de marches que procurerait le developpement d'une telle expertise. Pour le ministere, le projet revetait une valeur hautement strategique et innovatrice. Comme le mentionne un fonctionnaire, << c'est le plus gros contrat en technologie de l'information et en geomatique civile au Quebec. Il n'y avait pas de contrat de cette dimension au monde >>.

Pour realiser le projet et accommoder les parties, le ministere provincial public a amenage des locaux dans lesquels les deux partenaires allaient dorenavant coexister. Des equipes de travail interdependantes ont ete constituees et des processus de travail impliquant les deux partenaires mis en place. Ainsi, tous les participants sont mobilises autour de l'objectif et des resultats a atteindre. Chaque livrable suit les etapes suivantes: le dossier fonctionnel est developpe par les analystes du partenaire prive qui le soumettent a l'equipe de pilotage du partenaire public pour approbation; en cas de desaccord, un comite mixte de coordination prend la releve et resout le dilemme. Tres souvent, analystes et pilotes parvenaient a une entente. Les frontieres structurelles entre les deux organisations tendaient a disparaitre. Au fil du temps et sur la base d'interactions quotidiennes, chaque partie reconnaissait les competences distinctives et les valeurs ajoutees de l'autre. La bonne foi et la bienveillance marquaient leur relation. La necessite d'un recours a des regles et des controles formels diminuait. Les comportements opportunistes s'estompaient pour faire place a la collaboration.

Finalement, interagissant et travaillant etroitement chaque jour dans les memes locaux et ce, en synergie pour atteindre un objectif commun, les membres du ministere provincial affectes au projet se sont rapproches de leurs vis-a-vis de l'entreprise privee. Ils ont peu a peu developpe des relations qui ont transcende les clivages organisationnels pour devenir des relations entre les individus. Ainsi, apres l'emergence d'une confiance mutuelle entre les organisations, nait une confiance individuelle basee sur la reconnaissance des expertises et des competences personnelles. Tout comme c'etait le cas entre les organisations, les determinants de l'emergence et du developpement de la confiance interpersonnelle sont la reputation et la reconnaissance de la competence qui se renforcent par la poursuite d'objectifs communs. Les membres des organisations partenaires apprennent a s'apprecier et developpent des affinites et des relations qui vont meme audela des relations de travail. Lorsque des echeances approchaient, ils travaillaient ensemble jusqu'a des heures tardives, se motivaient et s'entraidaient mutuellement pour les respecter. Tout en respectant le cadre de l'entente contractuelle, des relations amicales se sont developpees entre les individus et ont contribue a renforcer la confiance interpersonnelle. Ainsi, au fur et a mesure que ce type de confiance se developpait jusqu'a la fin du projet, la confiance interpersonnelle a permis de maintenir une excellente entente et un sentiment de bonne foi, de bienveillance et de loyaute entre les personnes, ce qui se traduisit par un climat exceptionnel de collaboration en vue de la realisation du mandat. Meme apres la fin du projet, certains employes ont entretenu des relations personnelles avec leurs homologues de l'organisation partenaire. Une certaine mobilite du personnel entre les deux organisations a meme ete observee. Dans ce contexte, il est clair que les relations interpersonnelles ne se sont developpees que suite au developpement et au maintien de la confiance ainsi que de la collaboration interorganisationnelles.

Si ces faits confirment la presence de trois types de confiance bien distincts, ils laissent egalement entrevoir l'evolution de cette confiance, migrant d'une confiance institutionnelle vers une confiance interorganisationnelle pour enfin donner lieu a une confiance interpersonnelle qui elle, consacre la qualite des relations entre les individus. Le fait d'arriver a l'emergence de cette organisation informelle dans le contexte d'une relation tres encadree comme celle d'un PPP, impliquant de surcroit des organisations culturellement et structurellement differentes, constitue un puissant indicateur de la symbiose qui s'est instauree entre les parties. Partager la meme structure de gestion, les memes processus de travail, les memes locaux et avoir ainsi des communications et interactions frequentes, n'est certes pas etranger a cette situation. Toutefois, il est a noter que la confiance interpersonnelle n'est pas toujours generalisee. Certains individus impliques dans une relation d'echange peuvent collaborer sans pour autant developper de relations interpersonnelles.

La confiance institutionnelle comme recours ultime

La qualite de toute relation impliquant au moins deux entites, organisations ou individus, necessite le respect des engagements et des responsabilites de chacune des parties. Il faut reconnaitre que les occasions de crise et de rupture sont nombreuses tout au long d'une relation. Il incombe aux parties de trouver les solutions pour maintenir l'harmonie et l'adaptation lorsque les problemes surgissent.

Dans le cadre du PPP, le ministere provincial et l'entreprise privee ont connu une crise majeure qui a ebranle leur relation et compromis la confiance creee entre organisations et individus. Si au depart, la phase initiale du contrat se presentait sous les meilleurs auspices, apres plusieurs mois de travail, l'entreprise privee a commence a rencontrer de serieux obstacles pour la realisation de l'architecture generale du systeme. Ce premier livrable, du 12 mois apres la signature du contrat, prit quelque six mois de retard. En effet, l'architecture basee sur la technologie Oracle (60) n'avait pas d'application similaire connue dans le monde et telle quelle, ne pouvait pas supporter les donnees geomatiques et les algorithmes constituant la base de donnees a mettre en place.

Lorsqu'il fut clair que l'entreprise privee ne pouvait remettre le premier livrable dans les delais et les conditions enonces dans le contrat, le climat de travail entre les deux parties a commence a devenir de plus en plus tendu. Les propos tires d'une entrevue realisee avec un responsable de l'entreprise privee et partages par des responsables des deux parties refletent bien l'ambiance qui prevalait alors : << C'etait assez tendu, les couteaux se promenaient pas mal ... Il fallait respecter le contrat, s'assurer de garder le cap. >> Le capital << confiance >> dont jouissait l'entreprise privee s'effritait.

Toutefois, afin de remedier a son probleme, l'entreprise privee a pris l'initiative de recruter des experts en informatique de Oracle, fournisseur de la technologie, a meme ses fonds propres. Les frais engages pour recourir a ces ressources externes n'etaient pas prevus dans l'enveloppe financiere. Seul le depot du premier livrable permettait au ministere de debloquer des fonds pour attenuer la situation financiere critique de l'entreprise privee qui n'avoit recu aucun paiement malgre plus d'un an de travail, avec des equipes depassant regulierement 75 employes. Les chances de reussite du projet etaient desormais chancelantes. Par ailleurs, conformement aux clauses du contrat, le non respect de l'echeance par l'entreprise privee etait passible d'une amende de 10 000 dollars par jour de retard.

Etant conscients des moyens mobilises par l'entreprise privee, les membres impliques dans le projet ont collabore et coopere, meme les fins de semaines, pour trouver des solutions aux problemes technologiques. De plus, devant la bonne foi de l'entreprise privee qui s'est fortement engagee dans cette relation en y investissant temps et argent, le ministere n'a pas exerce son droit d'appliquer les penalites. Les responsables du ministere ont fait une entorse au contrat, car d'une part, ils avaient confiance dans les competences des responsables de l'entreprise privee a mener a bien le projet et, d'autre part, la notoriete et la credibilite de l'entreprise jouaient encore a son avantage. L'intense cooperation entre les individus, la confiance interpersonnelle developpee durant cette annee de travail en equipe et la confiance organisationnelle basee sur la reputation et l'expertise reconnue du partenaire ont evite que le partenariat ne soit mis a risque par des amendes non meritees bien que legalement pertinentes.

Pour faire face aux eventuels autres problemes et pour s'assurer de continuer dans les meilleures conditions, les partenaires ont convenu de l'elaboration d'un nouveau manuel de gestion pour encadrer leur fonctionnement quotidien, tout en tenant compte des nouvelles contraintes technologiques survenues lors de la realisation de l'architecture. Le manuel de gestion comporte six mecanismes de gestion, dont un mecanisme portant sur << le processus de gestion de la revision et de l'approbation des biens livrables >>. Ce manuel stipule que tout livrable n'ayant pas ete juge acceptable par le ministere devra desormais passer a travers differents cycles et niveaux de negociation avant que l'objet du conflit ne soit presente aux charges de projet de l'entreprise privee et du partenariat. La mise en place de ce mecanisme tend a recreer la confiance interorganisationnelle et a maitriser d'eventuels dysfonctionnements.

La confiance interorganisationnelle a donc ete fortement ebranlee durant cette premiere phase du partenariat. Mais le refus du ministere d'imposer des penalites, l'elaboration du manuel de gestion et son modus operandi demontrent la volonte du partenaire public a continuer d'accorder sa confiance a son homologue prive. Conscients de l'embarras financier vecu par leur partenaire, les fonctionnaires ont relegue au second plan le respect scrupuleux des clauses du contrat conclu entre les deux parties et ont devance une partie du paiement prevu a la livraison du premier livrable. Ces faits et evenements permettent de constater que, contrairement a la these de Luhmann et Zucker qui stipulait que seule la confiance institutionnelle peut se substituer a la confiance interpersonnelle, dans le cadre de ce PPP, ce sont plutot les confiances interpersonnelle et interorganisationnelle qui ont eu preseance sur la confiance institutionnelle.

Neanmoins, bien que par souci de pragmatisme et de realisme, le ministere n'ait pas eu recours a l'application rigide du contrat, il est interessant de relever que la confiance institutionnelle est demeuree presente tout au long du projet: divers processus de prise de decision, de gestion des equipes de travail, de gestion des changements et de resolution des conflits furent mis en oeuvre pour mieux soutenir le travail des deux organisations et leur permettre d'assumer leurs roles respectifs dans un climat de collaboration.

En fait, les trois types de confiance etaient presents durant la realisation du mandat mais dans des proportions differentes, dependamment du contexte, de la bonne foi et des actions aussi bien des organisations que des personnes. En periode de crise, apres avoir analyse les impacts d'un recours au contrat, les deux partenaires ont plutot eu recours a la discussion pour regler le probleme. Cette situation valide la proposition 2 qui avance que << si une crise surgit, la confiance institutionnelle n'est invoquee qu'en l'absence des confiances interorganisationnelle et interpersonnelle >>.

En cours de projet, substitution et complementarite des trois types de confiance

Doublant d'efforts et de rigueur a tous les niveaux et avec l'arrivee d'une nouvelle directrice des cadastres ayant une formation en informatique, les deux parties recommencent graduellement a travailler dans un meme esprit. Comme le soulignait un fonctionnaire : << Le haut niveau de technicite et de rigueur de la directrice generale des cadastres n'est pas etranger a la confiance que son organisation inspirait par rapport au partenaire prive. >> Ainsi, la remise du livrable 3 dans le respect du delai et des exigences technologiques, qui etait le plus strategique pour le ministere, a permis de retablir la confiance entre les partenaires et surtout de redorer la credibilite de l'entreprise privee vis-a-vis du ministere. En effet, jusqu'a la remise du livrable 3, la confiance etait au plus bas et la confiance institutionnelle (le recours aux clauses contractuelles) avait constitue a maintes reprises, le garant du comportement cooperatif des parties. Les responsables du secteur prive ont mentionne << qu'apres les livraisons 3 et 4, il y a eu un declic et le partenariat s'est bien mis en place >> ou encore << une des tres belles realisations etait la livraison 3 qui a permis de cicatriser toutes les plaies>>. En fait, la confiance envers l'organisation et les membres de l'equipe a ete reinstauree, car l'entreprise privee est parvenue a livrer en respectant les exigences. Meme la semantique utilisee par les personnes impliquees evolue car la relation n'est desormais plus de type << client-fournisseur >> mais elle est devenue vraiment partenariale. Tel que mentionne dans la proposition 3, les trois types de confiance se substituent et se completent, en cours de projet voire se renforcent mutuellement. Les partenaires ont successivement recours au contrat, aux processus de travail partages, a la cooperation et a la discussion entre collegues pour realiser les objectifs du projet et resoudre les difficultes et problemes qui surgissent.

La confiance envers les personnes et l'organisation etant re-acquise, << les livraisons 4 a 9 vont plus rondement, c'est une periode intense dans la realisation >>, souligne un responsable prive. L'entente entre les parties etait telle que les deux equipes ont pu developper une comprehension mutuelle, un esprit de collaboration et le partage d'une vision commune si bien que les differences entre les secteurs public et prive se sont estompees devant l'objectif commun a atteindre.

Conclusion

Cette recherche realisee dans le contexte d'un partenariat public-prive avec une duree de relation connue, un echeancier determine et un budget devant etre respecte, a revele que l'existence de la confiance demeure un element crucial, mais pas necessairement suffisant, pour la reussite des relations interorganisationnelles, specialement lorsque les cultures organisationnelles sont differentes. Ce partenariat base sur l'integration d'une nouvelle technologie a ete couronne d'un franc succes reconnu par les deux parties. La confiance a joue divers roles a plusieurs niveaux: rapprochement entre les membres des equipes; atteinte de la performance et resolution de conflits. Comme le soulignent Rousseau et al., face a un haut niveau d'incertitude, la confiance demeure un element sur lequel les parties se fondent pour attenuer les impacts des incertitudes technologique, economique et comportementale.

L'etude a egalement permis de confirmer l'existence des trois types de confiance: confiance institutionnelle, confiance interorganisationnelle et confiance interpersonnelle. Dans le contexte d'un PPP, la presence de ces differents types de confiance peut pallier l'incompletude des contrats pour assurer la realisation du mandat. Conformement aux conclusions de Karpik, les types de confiance institutionnelle, interorganisationnelle et interpersonnelle peuvent coexister, exister l'une sans l'autre, s'auto-renforcer ou meme se substituer l'une a l'autre.

Il ressort de l'analyse des entrevues que l'evolution des types de confiance n'est ni stable, ni lineaire mais varie en fonction des evenements et des individus. La confiance est ainsi resolument dynamique et evolue ou regresse a travers le temps. Les trois types de confiance ne sont pas antinomiques mais ils se completent et / ou se substituent l'un a l'autre au cours de la relation. Neanmoins, la confiance de type institutionnel est une condition necessaire pour envisager une relation partenariale performante, ce que confirment les partenaires issus du public autant que du prive.

Toutefois, la presente etude releve le caractere non permanent et quasi << volatile >> de la confiance entre organisations. En effet, meme si une organisation choisit un partenaire sur la base d'un processus de selection strict et fait preuve d'une confiance initiale elevee envers son ou ses partenaires--compte tenu de leur reputation, d'experiences passees de collaboration communes--cette confiance n'est pas pour autant permanente. Il est imperatif que le trustee fasse preuve d'efforts constants et permanents pour realiser les objectifs a atteindre et s'assurer de maintenir le capital de confiance durement gagne.

Il est difficile de parler de confiance sans soulever certaines questions d'ordre ethique issues d'abus de confiance pouvant survenir en ce qui concerne les procedures d'attribution des contrats, les mecanismes de controle de la qualite des biens ou services livres, les profits indus ou meme les accords informels pouvant survenir entre << amis >> pour deroger aux regles prescrites. Rappelons a ce titre que la confiance agit, selon les dires de Arrow, comme une << institution invisible >> qui protege les parties des aleas moraux et des comportements opportunistes. Ainsi, la confiance constitue une protection contre le risque de manquements a l'ethique bien qu'elle ne l'elimine pas. Dans le contexte particulier des PPP, il incombe principalement au partenaire public de se premunir contre les manquements a l'ethique, de par son role de defenseur de l'interet general de la nation et des citoyens.

Certaines limites entravent la comprehension des manifestations et de l'evolution de la confiance ainsi que la generalisation des conclusions de cette etude. D'une part, l'etude d'un seul cas reduit a la fois le nombre et la variance des manifestations observees et la portee des resultats. D'autre part, la relation entre la presence de ces trois types de confiance et la performance du partenariat n'a pas ete etablie, ce qui pourrait constituer un sujet interessant pour de futures recherches. Qui plus est, des recherches faisant la comparaison entre des partenariats public-prive realises dans d'autres pays, seraient egalement interessantes pour faire ressortir l'influence de la culture sur la manifestation et l'evolution de la confiance entre des partenaires impliques dans un PPP.

Quelques lecons pratiques peuvent cependant etre tirees de cette etude sur la confiance, en particulier en ce qui a trait aux mecanismes mis en place pour favoriser le developpement d'un sentiment de confiance au detriment d'un comportement opportuniste: pour la confiance institutionnelle, un cadre reglementaire adequat; pour la confiance organisationnelle, des expertises complementaires; et pour la confiance interpersonnelle, un milieu de travail commun. Un cadre institutionnel et reglementaire regissant les PPP et un contrat comportant des objectifs mesurables se sont averes essentiels pour encadrer adequatement le developpement de la confiance institutionnelle. Au niveau organisationnel, des mecanismes de decision, de gestion et de resolution de problemes bien definis et partages offrent l'avantage de regulariser les processus de travail et de fournir un guide en cas de conflits. Finalement, des equipes interdependantes, des locaux communs et une communication reguliere et directe entre les employes des deux parties favorisent un climat de collaboration qui mene au developpement et au maintien de la confiance interpersonnelle tout au long du projet. Ces divers outils ressortent comme autant de moyens pour les gestionnaires de mettre en place les conditions essentielles au developpement de la confiance dans le cadre de partenariats public-prive.

Notes

(1) D. Osborne et T. Gaebler, << Reinventing Government: How the Entrepreneurial Spirit is Transforming the Public Sector >>, Addisson-Wesley Publishing Company, 1992; voir aussi P. Vaillancourt Rosenau, << Public-Private Policy Partnerships >>, edite par Pauline Vaillancourt Rosenau (Cambridge, MA: MIT Press, 2000).

(2) S. Domberger et P. Fernandez, << Public-Private Partnerships for Service Delivery >>, Business Strategy Review--4, 1999, pp. 29-39.

(3) P.S. Ring et A.H. Van de Ven, << Structuring Cooperative Relationships between Organizations >>, Strategic Management Journal--13, 1992, pp. 483-98; voir aussi J.B. Thomas et L.K. Trevino, << Information processing in strategic alliance building: A multiple-case approach >>, The Journal of Management Studies--5, 1993, pp. 779-815.

(4) C.P. Holland, << The Importance of Trust and Business Relationships in The Formation of Virtual Organisation >>, dans P. Sieber et J. Griese, Organisational Virtualness, 1998, pp. 53-64.

(5) K. Arrow, << The Economics of Moral Hazard: Further Comment >>, American Economic Review, 1968, pp. 537-39.

(6) P. Dasgupta, << Trust as commodity >>, dans D. Gambetta, Trust: making and breaking cooperatire relations (Oxford: Blackwell, 1988), pp. 49-71.

(7) C.P. Holland, op. cit.

(8) K. Arrow, The limits of organization (New York: Norton, 1974).

(9) W. Bennis, Leaders: the Strategiesfor Taking Charge (New York: Harper & Row, 1985).

(10) L.G. Zucker, << Production of Trust: Institutional Sources of Economic Structure: 1840-1920 >>, dans B. Staw et L. CummIngs, Research in Organization Behaviour--8 (Greenwich, CT: JAI Press, 1986), pp. 53-111.

(11) F. Fukuyama, Trust: The Social Virtues and the Creation of Prosperity (New York: Free Press, 1995).

(12) C. Thuderoz et V. Mangematin, Des mondes de confiance (Paris : CNRS editions, 2003).

(13) B. Nooteboom, << Trust, opportunism and governance: A process and control model >>, Organisation Studies--17, 1996, pp. 985-1010; voir aussi B. Nooteboom, H. Berger et N.G Noorderhaven, Effects of trust and governance on relationaI risk, Academy of Management Journal--40, 1997, pp. 308-38.

(14) O.E. Williamson, Markets and Hierarchies: Analysis and Antitrust hnplications (New York: Free Press, 1975); voir aussi Id., The Economic Institutions of Capitalism (New York: Free Press, 1985).

(15) Id., Calculativeness, Trust, and Economic Organization, Journal of Law & Economics--36, 1993, pp. 453-86.

(16) M. Granovetter, << Economic action and social structure: A theory of Embeddedness >>, American Journal of Sociology--91, 1985, pp. 481-510; voir aussi Id., Getting a Job: A Study of Contacts and Careers, deuxieme edition (Chicago: University of Chicago Press, 1994).

(17) R. Morgan et S. Hunt, << The commitment-trust theory of relationship marketing >>, Journal of MarketIng--58, July 1994, pp. 20-38.

(18) N. Kumar, L. K. Scheer et J-B. Steenkamp, << The Effects of Perceived Interdependence on Dealer Attitudes >>, Journal of Marketing Research--32, 1995, pp. 348-56.

(19) S. Ganesan, << DetermInants of Long-term Orientation in Buyer-seller Relationships >>, Journal of Marketing--58, no 2, 1994, pp. 1-19.

(20) D.M. Rousseau, S.B. Sitkin, R.S. Burt et C. Camerer, << Not so different after all: A cross discipline view of trust >>, Academy of Management Review--23, 1998, pp. 393-404.

(21) T.H. Chiles et J.F. McMackin, << Integrating variable risk preference, trust and transaction cost economics >>, The Academy of Management Review--21, 1996, pp. 73-99; voir aussi K.R. MacCrimmon et D.A. Wehrung, Taking Risks: The Management of Uncertainty (New York: Free Press, 1986).

(22) J.D. Lewis et A. Weigert, <<Trust as a social reality>>, Social Forces--63, 1985, pp. 967-85.

(23) B.H. Sheppard et D.M. Sherman, <<The grammars of Trust: A Model and General Implications>>, Academy of Management Review--23, 1998, pp. 422-37.

(24) Traduction de << Personal Trust >>.

(25) N. Luhmann, Trust and Power (Chichester: Wiley, 1979); voir aussi A. Giddens, The consequences of modernity (Cambridge, MA: Polity Press, 1990).

(26) M. Sako, << The role of trust in Japanese Buyer-Supplier Relationships >>, Ricerche Economiche, 1991, pp. 375-99.

(27) A. Zaheer, B. McEvily et V. Perrone, << Does trust matter? Exploring the effects of interorganizational and interpersonal trust on performance >>, Organization Science--9, 1998, p. 142.

(28) Voir P.S. Ring et A.H. Van de Ven, << Developmental Processes of Cooperative Interorganizational Relationships >>, Academy of Management Review--19, 1994, pp. 90-118; voir aussi M. Sako, << Does trust improve business performance? >> dans C. Lane et R. Bachman, Trust within and between organizations (Oxford: Oxford University Press, 1997); voir aussi P.M. Doney, J.P. Cannon et M.R. Mullen, << Understanding the influence of national culture on the development of trust >>, Academy of Management Review--23, 1998, pp. 601-20.

(29) Voir C. Johnson-George et W. Swap, << Measurement of Specific Interpersonal Trust: Construction and Validation of a Scale to Assess Trust in a Specific Other >>, Journal of Personality and Social Psychology--43, 1982, pp. 1306-1317; voir aussi J.K. Rempel, J.G. Holmes et M.P. Zanna, << Trust in Close Relationships >>, Journal of Personality and social Psychology--49, 1985, pp. 95-112.

(30) Zaheer et al., op. cit.

(31) P. Livet et B. Reynaud, <<Organizational Trust, learning and implicit commitment>>, dans N. Lazaric et E. Lorenz, Trust and Economic Learning (Londres: Edward Elgar Publishers, 1998).

(32) C. Koenig et G. Van Wijk, << Alliances interentreprises : le role de la confiance >>, dans A. Noel, Perspectives en management strategique (Paris: CETAI Economica, 1992).

(33) V. Mangematin, << La confiance : un mode de coordination dont l'utilisation depend des conditions de production >>, dans D. Harrison, V. Mangematin et C. Thuderoz, La confiance : approche economique et sociologique (Paris: Editions Gaetan Morin, 1999), pp.30-56.

(34) E. Brousseau, << La gouvernance des processus de cooperation >>, dans B. Bellon, C. Voisin et A. Plunket, La Cooperation Industrielle, Paris, 2000.

(35) C. Thuderoz et V. Mangematin, op. cit.

(36) L.G. Zucker, op. cit.

(37) O.E. Williamson, 1993, op. cit.

(38) Gouvernement du Quebec, Secretariat du Conseil du Tresor, sous-secretariat aux marches publics, 2004, site : http://www.tresor.gouv.qc.ca/fr/modernisation/partenariat/question.asp [Acces le 23 janvier 2006].

(39) S. Dawes et L. Prefontaine, << Understanding New Models of Collaboration for Delivering Government Services >>, Communications of the ACM--46, no 1, 2003, pp. 40-2.

(40) J.J.A.M. Reijniers, << Organization of Public-Private Partnership Projects: The Timely Prevention of Pitfalls >> International Journal of Project Management--12, 1994, pp. 137-42; voir aussi T. Grant, << Keys to Successful Public-Private Partnerships >>, Canadian Business Review--23, 1996.

(41) R. Friedman, << Bringing Mutual Gains Bargaining to Labor Negotiations: The Role of Trust, Understanding, and Control >>, Human Resource Management--32, 1993, pp. 435-59.

(42) F. Bidault et J.C. Jarillo, << La confiance dans les theories economiques >>, dans F. Bidault, P-Y. Gomez et G. Marion, Confiance, entreprise et societe (Paris : ESKA, 1995), pp. 109-23.

(43) B. Greenwald et J.E. Stiglitz, Information, Finance and Markets: the Architecture of Allocative Mechanisms, Finance and The Enterprise (Londres: Academic Press, 1992).

(44) L. Karpik, Les avocats : entre l'Etat, le public et le marche, chapitre 8 (Paris: Gallimard, 1995).

(45) R.C. Mayer, J.H. Davis et F.D. Schoorman, << An Integration Model of Organizational Trust >>, Academy of Management Review--20, no 3, 1995, pp. 720-34; voir aussi B. Nooteboom, H. Berger et N.G. Noorderhaven, op. cit.

(46) T. Loilier et A. Tellier, << Comment peut-on se faire confiance sans se voir? Le cas du developpement des logiciels libres >>, M@n@gement--17, 2004, pp. 275-306; voir aussi A. Zaheer, B. McEvily et V. Perrone, op. cit.

(47) Greenwald et Stiglitz; Luhmann; Zucker, op. cit.

(48) V. Mangernatin, << The Simultaneous Shaping of Organization and Technology within Cooperative Agreements >>, dans R. Coombs, P. Saviotti, A. Richards et V. Walsh, Networks and Technology Collaboration (Londres et New York: Edward Elgar Publishers, 1996).

(49) L.G. Zucker, op. cit.

(50) Zaheer et al., op. cit.

(51) L. Karpik, op. cit.

(52) L. Prefontaine L. Ricard et H. Sicotte, << Nouveaux modeles de collaboration pour la prestation des services publics: constats et defis>>, Groupe de recherche PIVOT, Rapport de recherche du CEFRIO, 2001.

(53) L. Prefontaine, et C. Maziade, << Cas : projet de renovation cadastrale >>, dans << Nouveaux modeles de collaboration pour la prestation des services publics : constats et defis>>, L. Prefontaine, L. Ricard et H. Sicotte, Groupe de recherche PIVOT, Rapport de recherche du CEFRIO, 2001.

(54) R.K. Yin, Case study research: design and methods (Beverly Hills, CA: Sage Publications, 1984).

(55) L. Prefontaine, L. Ricard et H. Sicotte, << Nouveaux modeles de collaboration pour la prestation des services publics : constats et defis >>, Rapport de recherche du CEFRIO, 2002.

(56) J. Meyer et B. Rowan, << Institutionalized Organizations: Formal Structures as Myth and Ceremony >>, American Journal of Sociology--83, 1977, pp. 340-63.

(57) L.G. Zucker, op. cit.

(58) Voir A. Jimenez, << La gouvernance d'un partenariat public-prive dans un milieu sociopolitique turbulent: analyse d'un cas latino-americain >>, Management International--8, ete 2004, pp. 59-76; voir aussi R. Hommes, << The Problems of Public Administration, Tinker Forum on the Role of the State in Latin America and the Caribbean >>, Cancun, Mexique.

(59) Voir E. Brousseau, op. cit.; voir aussi S.P. Shapiro, << The Social Control of Impersonal Trust >>, American Journal of Sociology--93, 1987, pp. 623-58, et L. Zucker, op. cit.

(60) Nom commercial d'une application de gestion de bases de donnees.

M. Valery Ramonjavelo est professeur de management a la Faculte d'administration de l'Universite de Moncton. Lise Prefontaine est professeure titulaire a l'Ecole des sciences de la gestion de l'Universite du Quebec a Montreal. Dorra Skander est etudiante au PhD en administration de l'Universite du Quebec a Montreal. Line Ricard est professeure agregee a l'Ecole des sciences de la gestion de l'Universite du Quebec a Montreal.
Tableau 1. Caracteristiques et determinants
de chacun des trois types de confiance

Type de confiance Caracteristiques et determinants

Interpersonnelle * Reputation personnelle
 * Competence personnelle
 * Experiences anterieures
 * Objectifs communs
 * Frequence des communications
 * Proximite spatiale
 * Bonne foi, bienveillance
 * Loyaute envers les personnes
 * Comportement non opportuniste

Interorganisationnelle * Reputation de l'organisation
 * Competence, expertise
 * Experiences anterieures
 * Interit mutuel, objectif
 commun
 * Pouvoir relatif, dependance
 * Processus de travail partage
 * Bonne foi, bienveillance
 * Respect des regles
 * Mode de controle informel
 * Comportement non opportuniste

Institutionnelle * Structure sociale formelle
 * Systeme juridique credible
 * Regles, lois et normes
 institutionnelles
 * Contexte organisationnel
 et social
 * Contrat et transactions
 * Respect des institutions,
 lois et regles

Type de confiance Auteurs

Interpersonnelle Zucker, 1986;
 Friedman, 1993; (41)
 Ring et Van de Ven, 1994;
 Granovetter, 1994;
 Kumar et al., 1995;
 Morgan et Hunt,1994;
 Thuderoz et
 Mangematin, 2003.

Interorganisationnelle Granovetter, 1985;
 Williamson, 1985;
 Koenig et Van Wijk, 1992;
 Ring et Van de Ven, 1994;
 Bidault et Jarillo, 1995, (42)
 Fukuyama, 1995;
 Sako, 1997;
 Doney, Cannon et
 Mullen, 1998;
 Thuderoz et
 Mangematin, 2003.

Institutionnelle Zucker, 1986;
 Greenwald et Stiglitz,
 1992; (43) Williamson, 1993;
 Karpik, 1995; (44)
 Mangematin,1999;
 Thuderoz et
 Mangematin, 2003.

Tableau 2. Chronologie des evenements cles

Dates Evenements

1986 L'entreprise realise l'analyse preliminaire des problemes
 technologiques auxquels pourrait itre confronte le
 programme de reforme du cadastre quebecois.

1989 Elargissement du mandat a une analyse de l'impact de la
 reforme sur la structure organisationnelle du ministere.

1992 * Modification et adoption de la Loi favorisant la reforme
 du cadastre quebecois qui ouvre de nouvelles perspectives
 pour l'informatisation des cadastres.
 * Obtention du contrat d'integration par l'entreprise
 privee pour la maitrise d'oeuvre du developpement
 geomatique de la reforme cadastrale. Une premiere
 au Quebec.

1992-1997 Pour la periode, neuf livrables sont dus par l'entreprise
 privee
 * 1992-1995: developpement des applications avec principaux
 livrables
 * Livrable 1 (apres 18 mois) : realisation de
 l'architecture
 * Livrables 2-3 (apres 3 ans) : operationnalisation et
 debut du traitement des donnees
 * 1995-1997: fonctionnement et entretien des systemes
 * Livrable 4 a 9 : rapports et demandes de changement.

Tire de Prefontaine et Maziade (2001)
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Article Details
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Author:Ramonjavelo, Valery; Prefontaine, Lise; Skander, Dorra; Ricard, Line
Publication:Canadian Public Administration
Geographic Code:1CANA
Date:Sep 22, 2006
Words:9925
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