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Therapies traditionnelles dans la societe kabyle: pour une anthropologie psychanalytique.

Nadia MOHIA-NAVET, Les therapies traditionnelles dans la societe kabyle. Pour une anthropologie psychanalytique. Preface de M. Sami-Ali, coll. Sante, Societes et Cultures. Paris, L'Harmattan, 1993, 268 p., bibliogr., ann.

Ce livre bien installe aux frontieres de l'anthropologie et de la psychanalyse a ete publie en 1993. Il m'a semble interessant de l'evoquer avec celui de la meme auteure publie en 1995 et recense dans ce meme numero. Il s'agit de la these de doctorat de Nadia Mohia-Navet ou l'on trouve deja les themes que son livre de 1995 developpera: l'anthropologie ne peut construire un discours adequat a l'Autre sans remettre en cause le statut de ses Verites et prendre pleine conscience des differences de l'Autre.

L'auteure analyse certaines formes de la pathologie propre aux femmes kabyles et leur traitement traditionnel qu'elle compare au traitement clinique psychiatrique en Kabylie. Cette analyse installe immediatement la reflexion au plus profond des differences. Pour les aborder sans risquer de les reduire aussitot, l'auteure insiste sur l'importance de l'imaginaire et des croyances kabyles qui expliquent les resultats des therapies traditionnelles. Elle se place dans la ligne des travaux de Sami-Ali, qui signe la preface de son livre, pour developper cette hypothese. Il m'a semble sur ce point que l'auteure ne developpait pas assez les debats si importants qui reglent la distinction entre les croyances culturelles et le discours anthropologique et psychanalytique, puisque le travail de l'imaginaire et le <<croire que ca marche>> comme conditions de l'efficace des therapies ne signifient pas que ca marche pour les raisons que l'on croit.

La scene culturelle a laquelle nous adherons -- comme un adhesif -- par nos croyances porte les leurres necessaires a ces adhesions. Comment penser alors les rapports entre une anthropologie psychanalytique et les therapies traditionnelles? Ou bien cette anthropologie se limitera a des interpretations du dehors, sans acces a ce qui fait l'efficace des therapies, ou bien elle voudra participer aux therapies, les renouveler ou les fonder autrement et dans ce cas, elle ne pourra faire l'impasse sur les nouveaux leurres qu'elle mettrait en place et les croyances qu'ils supposent. Les rencontres entre l'anthropologie, la psychanalyse et les therapies ne devront-elles pas, en effet, aborder la question des leurres si actifs aussi bien en anthropologie et en psychanalyse que dans les croyances des cultures traditionnelles?

Nadia Mohia-Navet met en route la reflexion sur bien des dossiers et n'est pas avare de propositions; elle produit de nombreuses hypotheses, parfois tres affirmatives, mais notre reflexion est stimulee et les debats sont nombreux et ouverts. Debut d'une oeuvre plus qu'oeuvre accomplie, ce livre participe de plein droit aux debats relances des anthropologues et des psychanalystes. J'ai lu ce livre avec un interet constant et les envies de reagir n'ont pas manque. Analyser ce livre dans un seminaire d'anthropologie psychanalytique porterait a coup sur la discussion sur un terrain dialogique dont les enjeux seraient vite apparents.

Yvan Simonis

Departement d'anthropologie

Universite Laval

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Publication:Anthropologie et Societes
Article Type:Book Review
Date:Jan 1, 1996
Words:481
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