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The involvement of forest co-operatives in the economic and social development of Quebec's peripheral regions/Les cooperatives forestieres dans le developpement economique et social des regions peripherique.

Given that the economic and social spheres are increasingly being pitted against each other in modern societies, it has become imperative to evaluate the social impact of regional development strategies with the use of precise indicators. Forest co-operatives in Quebec represent a regional development strategy because they are considered a response of forest communities to economic insertion and to economic innovation. By using an novel approach centred on quantitative methods, this article measures social cohesion generated by Quebec forest co-operatives within their community, according to their level of economic innovation.

This article is divided into four major parts. The first explores the relation between social cohesion and economic innovation. Our methodological approach enabled us to create an average index of social cohesion according to the economic level of innovation of our sample forest co-operatives. The average indices of social cohesion reveal that the more innovative forest co-operatives generate greater social cohesion than traditional co-operatives. This leads us to reassess the apparent contrast between the economic and social spheres within a regional development dynamic.

The second part identifies the social cohesion dimensions commonly shared by Quebec forest co-operatives according to innovation level or category. The interest of our statistical approach comes from its capability to define the nature or aspects of social cohesion observed among Quebec forest co-operatives according to their innovation level. We identified seven social cohesion dimensions commonly shared by all different innovation categories: the legitimacy of co-operative governance authorities, the strategic participation of members within their co-operative, the usual participation of members within their co-operative, equity among members relating to economic insertion, the insertion of members within the co-operative, and the mutual involvement of the co-operative and the community in community development. The third part of our research shows which social cohesion dimensions characterize each innovation category.

Finally, the fourth part measures the impact of each social cohesion dimension on the forest co-operatives' capacity to innovate. To this end, it appears that the members' capacity to be substantially involved, or to take an active role in the co-operative, particularly through committees and decisional and administrative authorities, constitutes a significant variable influencing forest co-operatives' capacity to innovate. The strategic participation of members within their co-operative shows greater involvement in key functions. Thus, with respect to the definition and direction of their common business organization, members in more innovative co-operatives play a more active role than members in traditional co-operatives. Concerning this last point, an ordinal regression analysis illustrates that the strategic participation of members within their co-operative has the greater impact on the capacity to innovate. This variable sets apart the more innovative forest co-operatives.

Dans un contexte ou il est admis que l'economique et le social s'opposent de plus en plus dans nos societes, il devient imperatif d'evaluer l'impact social des strategies de developpement regional a l'aide d'indicateurs precis. Les cooperatives forestieres du Quebec sont une strategie du developpement regional puisqu'elles constituent une reponse des communautes forestieres quant a leur insertion economique et, surtout, parce qu'elles tentent de plus que jamais d'innover economiquement. A l'aide d'une approche novatrice axee sur les methodes quantitatives, cet article tente de mesurer la cohesion sociale que les cooperatives forestieres du Quebec reussissent a generer dans leur communaute selon leur niveau d'innovation economique.

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Ce texte s'inscrit dans un projet de recherche sur les cooperatives forestieres du Quebec dans leur relation avec l'innovation economique et la cohesion sociale. Plus specifiquement, cet article est voue a l'application d'une approche methodologique visant a mesurer, quantitativement, la cohesion sociale selon le niveau d'innovation economique des cooperatives forestieres du Quebec. L'article se divise en trois parties. La premiere est consacree a une mise en contexte, ou la problematique dans laquelle nous nous inscrivons ainsi que les principaux resultats de nos travaux anterieurs seront exposes. La deuxieme partie est dediee a la presentation de notre methodologie, alors que la troisieme fait etat de nos resultats et analyses de recherche.

Problematique

Le developpement economique a permis, surtout au lendemain de la Seconde guerre mondiale, un developpement social substantiel et indeniable dans les societes occidentales. Paradoxalement, au cours des recentes decennies, a la faveur de la mondialisation actuelle et de la montee du neo-liberalisme, le developpement economique est souvent percu comme la principale cause d'une certaine degradation des conditions sociales des individus dans les societes capitalistes avancees. Le probleme viendrait du fait que le modele de la modernite neo-liberale des societes capitalistes, domine par le marche et l'economisme, serait le mecanisme dominant de la regulation sociale. Dans la mesure ou ce modele s'articule par l'echange marchand, la demande solvable et la maximisation des profits, et que cette logique gouvernerait l'evolution de l'ensemble de la societe, il s'installerait une dissociation entre l'economique et le social (Comeliau 2000: 113). Ainsi, a la faveur de cette logique, plusieurs auteurs notent que l'evolution d'importants <<indicateurs sociaux>>, comine la disparite entre riches et pauvres, l'exclusion sociale, la pauvrete, la precarisation des menages, la qualite de vie des individus et la cohesion des institutions sociales, ne semblent plus suivre necessairement la croissance economique actuelle (Gorz 2004; Jenson 1999; Comeliau 2000; Breton 2002; Thompson 2004; Dupuy 2005; Coutrot 2002; Boltanski et Chiapello 1999). D'autres auteurs signalent la problematique de l'atomisation des ensembles regionaux, mais aussi des groupes sociaux au sein de communautes diverses, qui en viennent a se percevoir, sous la force du marche, comine des adversaires en competition, destructurant ainsi les liens sociaux entre les individus d'une meme communaute, ainsi que les solidarites interregionales (Walzer 1997; Klein 1997; Billi et Boccella 2005; Stiglitz 2002). Enfin, les tensions sociales liees a la montee des inegalites de richesse et de conditions entre les individus occupent aussi une large place dans la litterature (Billi et Boccella 2005; Stiglitz 2002; OCDE 1999; Touraine 1999).

En developpement regional, il existe une abondante litterature qui met en lumiere differentes strategies susceptibles d'induire le developpement economique dans une diversite de territoires et de communautes locales (Guillaume 2005; Jessop 2002; Benko et Lipietz 2000; Fontan et ai 2003). Cependant, la demonstration de la reussite de ces strategies pour les regions dites peripheriques, c'est-a-dire les regions situees, au Canada, a plus d'une heure trente minutes de route en voiture d'un centre metropolitain de plus de 500 000 habitants, reste limitee (Polese et Shearmur 2003: 32). De plus, la relation entre le developpement economique et le developpement social, au sein de ces strategies, est nebuleuse. C'est donc sur ces deux considerations que nous nous inscrivons ici. A partir de l'etude des cooperatives forestieres du Quebec, nous tenterons de savoir comment ces entreprises collectives, quijouent un role economique important en region periphenque, assurent une adequation entre leurs spheres economique et sociale, c'est-adire en assumant ce que nous appellerons ici un role de vecteur de cohesion sociale au sein de leurs communautes d'appartenance. La cohesion sociale peut se definir comme etant l'ensemble des processus sociaux qui influencent l'ordre social, c'est-a-dire la perennite des liens sociaux unissant les individus qui composent, de ce fait, une communaute ou la societe. Le degre de cohesion sociale exprime le niveau de partage de valeurs et d'interets entre des individus qui se regroupent pour participer, pacifiquement, a diverses entreprises communes desquelles chacun peut tirer equitablement profit (Maxwell 1996:13; Jenson 1998: 3-5, 15-22; Bernard 1999: 19-20). La cohesion sociale est un concept fort utile pour observer les relations entre les spheres economique et sociale. En effet, ce concept se veut multidimensionnel dans la mesure ou les processus sociaux dont il se nourrit relevent des conditions economiques, sociales et politiques dans lesquelles evoluent les individus (Maxwell 1996; Jenson 1998; Bernard 1999; Berger-Schmitt 2002; Chan et al 2006).

Deux raisons president au choix des cooperatives forestieres pour etudier la relation entre innovation economique et cohesion sociale en regions peripheriques. Premierement, les cooperatives forestieres du Quebec sont issues d'une relation dynamique ou l'economique et le social sont en symbiose. Elles sont en effet creees par des acteurs locaux qui s'unissent pour mettre en commun les ressources qu'ils detiennent afin de creer une entreprise collective qui repose sur la volonte et la capacite du milieu a creer localement de l'emploi a partir des ressources disponibles (CCFQ 2002). Elles sont enracinees dans leur milieu et constituent une reponse des communautes forestieres quant a leur insertion economique. De plus, les cooperatives forestieres du Quebec constituent une structure sociale et economique qui occupe l'ensemble du territoire de la province. En effet, dans les annees 1970, le gouvernement du Quebec s'est assure d'avoir une cooperative forestiere par unite de gestion publique de la foret (CCFQ 2002).

Deuxiemement, plusieurs cooperatives forestieres cherchent maintenant a identifier de nouveaux creneaux d'activite, de meme que des solutions originales pour stimuler leur developpement, ce qui pourraient contribuer au developpement economique de plusieurs regions peripheriques du Quebec. Notons que l'exploitation forestiere constitue la structure economique de base de plus de 500 municipalites rurales au Quebec, massivement localisees dans le Bouclier Laurentien et en Gaspesie (Dumas 2000: 26). Les cooperatives forestieres du Quebec, en cherchant a innover, s'inscrivent dans une strategie de developpement regional que nous avons appele, dans nos travaux anterieurs, la gouvernance forestiere. La gouvernance forestiere est le processus par lequel les cooperatives forestieres reussissent a innover et a prendre le virage de la valeur ajoutee. Cette gouvernance met en lumiere, a travers les interets economiques particuliers des principaux acteurs forestiers de l'industrie (Etat quebecois, communautes forestieres, grande entreprise forestiere et cooperatives forestieres), la namre des relations de dependance qui lient ces differents acteurs forestiers dans la realisation de leurs objectifs strategiques specifiques en un systeme coherent. Ainsi, plus une cooperative forestiere veut innover, plus elle a besoin de s'imbriquer ou d'interagir, sous differentes formes (partenariats, alliances strategiques, cooperation, sous-traitance), avec les autres acteurs de l'industrie forestiere pour aller chercher les ressources (argent, information, connaissances, competences, avantages concurrentiels, nouveaux intrants) qui lui font defaut pour reussir a innover. (Gingras et Carrier 2006).

Le principal objectif vise dans cet article sera dono de mesurer, a l'aide d'un indice statistique, la cohesion sociale que generent des cooperatives forestieres qui se differentient quant a leur niveau d'innovation economique. Ultimement, il s'agit de savoir si les cooperatives forestieres les plus innovantes economiquement sont celles qui generent ou non le plus de cohesion sociale. La realisation de cet objectif nous permettra, cerres, d'apprecier les differences entre les niveaux d'innovation des cooperatives forestieres quant a la cohesion sociale, mais aussi de tester les outils methodologiques que nous avons crees et utilises pour mesurer la cohesion sociale. Ce qui constitue notre deuxieme objectif.

Mise en contexte

Les cooperatives forestieres du Quebec traversent, depuis le debut des annees 1990, une periode ou leur developpement se caracterise par une timide phase de diversification des activites productives. Quelques cooperatives essaient d'innover en investissant le secteur de la transformation et en elargissant l'eventail de leurs activites de production. Ce virage vers la diversification et la transformation semble de plus en plus necessaire en raison du contexte actuel de l'industrie forestiere. La diminution de 20 % de la possibilite forestiere dans le domaine public quebecois, selon les recommandations du rapport Coulombe, (1) taxe a l'exportation que doit imposer le gouvemement canadien dans le cadre de l'entente canado-americaine sur le bois d'oeuvre, le taux de change actuel qui augmente le prix des exportations canadiennes sur les marches internationaux et un declin de la demande americaine pour les produits forestiers de masse canadiens, constituent les principales difficultes que doivent affronter actuellement les cooperatives forestieres quebecoises (Commission Coulombe 2004; Dumas 2000; Canada 2005).

Dans ce contexte, la transformation de la matiere ligneuse et non ligneuse qui reste disponible, pour en augmenter la valeur ajoutee, devient une option capitale pour maintenir les niveaux de profits et d'emplois dans les cooperatives forestieres (Gingras et Carrier 2006).

Dans une contribution anterieure, nous avons identifie trois types de cooperatives forestieres au regard de leur capacite d'innovation (Gingras et Carrier 2006). Cette contribution montre que l'une des principales notions sur laquelle se fonde l'innovation dans les cooperatives forestieres du Quebec est celle de la valeur aj outee. Ainsi, les cooperatives forestieres dont les activites productives accentuent la valeur ajoutee de leur production, c'est-a-dire qui transforment de plus en plus la matiere ligneuse et non ligneuse, ou qui investissent de nouveaux champs d'activites axees sur la transformation, sont considerees comine plus innovantes que les autres. Selon ces deux criteres, trois classes de cooperatives forestieres apparaissent clairement. Il s'agit des cooperatives forestieres innovantes, moyennement innovantes et traditionnelles. Le tableau 1 fait la synthese de la definition de chacune de ces classes. A partir de cette nomenclature, nous voulons maintenant mesurer la cohesion sociale que ces differentes classes de cooperatives forestieres peuvent generer dans leurs communautes d'appartenance.

L'identification des cooperatives forestieres selon leur niveau d'innovation, telle que realisee dans le tableau precedent, s'est falte a partir d'un echantillon de 12 cooperatives forestieres. Quatre cooperatives forestieres ont ete analysees dans chacune des classes d'innovation decrites. En appliquant nos deux criteres d'innovation, a savoir la valeur ajoutee et la diversification des activites productives, 14 des 41 cooperatives forestieres du Quebec correspondaient aux exigences de ces deux criteres. De ces 14 cooperatives, 12 ont accepte de participer a nos travaux de recherche, ce qui correspond a 86% de la population qui nous interesse, c'est-a-dire les cooperatives forestieres qui innovent.

Methodologie

Pour mesurer la cohesion sociale, il faut d'abord savoir quoi mesurer. En d'autres termes, il faut savoir de quoi est faite la cohesion sociale pour en mesurer les principales dimensions. L'identification de ces dimensions s'est faite a partir d'un modele d'analyse developpe par Paul Bernard (1999). Dans la litterature, la cohesion sociale est presque exclusivement definie selon ses attributs ou ses manifestations possibles. Il s'agit de definitions purement descriptives ou qui s'articulent par ce que l'on pourrait appeler les symptomes de la cohesion sociale (Maxwell 1996; Helly 1999; Saint-Martin 1999; Jenson 1998, 1999; Berger-Schmitt 2002; Chan et al 2006). La perspective de Bemard est de definir la cohesion sociale en fonction des relations dialectiques qui relient entre eux les principes fondamentaux de ce concept. Dans cette perspective, l'auteur ne fait pas qu'identifier les dimensions de la cohosion sociale. Il met en lumiere la structure sous-jacente qui articule chacune de ces dimensions de facon dialectique. Par consequent, Bernard peut non seulement definir la cohesion sociale, mais il peut aussi faire de ce concept un systeme coherent dont les parties sont en lien logique.

Le modele de Bernard suppose que la cohesion sociale sous-tend l'ordre social. L'auteur identifie trois valeurs fondamentales rencontrees dans les societes democratiques actuelles: la liberte, l'egalite et la solidarite. Ces valeurs sont en tension dialectique: elles se contredisent l'une l'autre, mais sont pourtant necessaires l'une a l'autre. Le modele de Bernard se veut une analyse qui permet de comprendre et de controler evenmellement les tensions qui existent entre ces trois valeurs.

C'est a travers les trois grandes spheres d'activite des individus en societe, soit les spheres economique, politique et socioculturelle, que peut s'articuler l'action individuelle et collective permettant dejouer sur les tensions entre les trois valeurs fondamentales de la democratie. Cette action se fonde, dans chacune des spheres d'activites, a partir de principes fondamentaux que Bernard identifie comme les dimensions de la cohesion sociale. Ces principes ou dimensions sont presentes dans le tableau 2.

Il est a noter que ces dimensions de la cohesion sociale sont, selon Bernard, en relation dialectique. Comine il est possible de le constater dans ce dernier tableau, les dimensions de la cohesion sociale chez Bernard se divisent selon deux types de relation. La premiere de ces relations est dite formelle, c'est-a-dire qu'elle sollicite une action ou une attitude relativement accessible pour la plupart des individus. La deuxieme est une dimension substantielle, c'est-a-dire qu'elle sollicite un engagement des individus a travers le temps. La dimension formelle constitue un pre-requis pour atteindre la dimension substantielle. Le caractere dialectique entre ces deux dimensions vient du fait que les relations formelle et substantielle sont interdependantes. Pour Bernard, une societe qui serait exclusivement orientee vers une implication substantielle des individus dans chacune des spheres d'activite deviendrait anarchique. Le caractere dialectique du modele de Bernard tient aussi au fait que les dimensions de la cohesion sociale mettent toutes en lumiere l'importance centrale de la justice sociale et de l'egalite (c'est-a-dire de la dimension Egalite-Inegalite), les seules valeurs unificatrices qui peuvent encore mobiliser les individus autour d'entreprises communes au sein des societes democratiques actuelles. Ainsi, l'egalite est un element essentiel de l'ordre social democratique, lie a la liberte et a la solidarite en une relation dialectique. (2)

Nous avons deja eu l'occasion dans nos travaux de developper, a partir de la grille d'analyse de Paul Bernard, un outil de mesure de la cohesion sociale que nous pourrons appliquer ici aux cooperatives forestieres (Gingras et al 2006). Cet outil prend la forme d'un questionnaire destine aux membres des cooperatives forestieres. (3) Le questionnaire vise a fournir de l'information pour construire des echelles de mesure concernant les dimensions de la cohesion sociale. Ces echelles visent surtout a mesurer des attitudes, c'est-a-dire des predispositions a agir. Il s'agit dono de mesurer les predispositions a agir des membres des douze cooperatives forestieres diversement innovatrices de notre echantillon face aux indicateurs des dimensions de la cohesion sociale de P. Bernard.

Le questionnaire s'articule a l'aide d'echelles de type Likert. Ce type d'echelle est constime de questions avec choix de reponses allant de << tout a fait en desaccord >> a << tout a fait d'accord >> relies au concept mesure, soit l'un des indicateurs des dimensions de la cohesion sociale. Les enonces donnent lieu a une repartition des opinions favorables ou defavorables en quatre ou cinq classes. Chacun des choix des individus recoit un score et ceux-ci sont additionnes pour obtenir un indice de cohesion sociale total pour chaque repondant. La somme des scores de toutes les questions nous amene a apprecier la cohesion sociale sur une echelle de 98 points au total. Cette somme suppose que chaque indicateur ale meme poids, une contrainte qui sera relaxee lors de nos analyses statistiques. Le tableau 3 montre les indicateurs des dimensions de la cohesion sociale de P. Bernard que nous avons elabores pour mesurer la cohesion sociale dans les cooperatives forestieres.

L'enquete que nous avons realisee aupres du membership des cooperatives forestieres a l'aide de notre questionnaire s'est faite a partir de notre echantillon de 12 cooperatives (4 innovantes, 4 moyennement innovantes et 4 traditionnelles). En tout, 301 membres ont repondu au questionnaire, ce qui represente un taux de reponse de 21% du membership total des cooperatives forestieres diversement innovatrices au Quebec (evalue a 1434 membres lors de l'enquete, en 2006) de toutes les cooperatives forestieres diversement innovatrices au Quebec. Les membres qui ont repondu a notre questionnaire sont distribues comme suit: 117 membres dans les cooperatives forestieres innovantes (taux de reponse de 16 % pour les cooperatives de cette classe d'innovation), 78 membres dans les cooperatives forestieres moyennement innovantes (pour un taux de reponse de 20 %) et 106 membres dans les cooperatives forestieres traditionnelles (pour un taux de reponse de 34 %). Le questionnaire a ete administre en personne, lors de rencontres de groupe organisees dans les differentes cooperatives 06 travaillent les membres. Ces rencontres etaient mises sur pied avec l'appui de la direction des cooperatives forestieres etudiees. Les membres, sur une base volontaire, se presentaient a ces rencontres pour repondre individuellement au questionnaire. La premiere etape de l'analyse des resultats issus de notre enquete par questionnaire consiste a comparer les indices moyens de cohesion sociale obtenus dans chacune des classes d'innovation des cooperatives forestieres etudiees. Cette comparaison est presentee dans la section qui suit.

Resultats

La prochaine section est consacree a la presentation des resultats issus de l'enquete par questionnaire aupres des membres des cooperatives forestieres de notre echantillon. Les resultats sont presentes en quatre volets. Le premier explore la relation entre cohesion sociale et innovation economique, le deuxieme identifier les dimensions de la cohesion sociale communes a toutes les cooperatives forestieres du Quebec, alors que le troisieme volet tente de demontrer quels aspects ou dimensions de la cohesion sociale caracterisent chacune des classes d'innovation des cooperatives forestieres. Enfin, le quatrieme volet mesure l'impact des dimensions et aspects de la cohesion sociale sur la capacite d'innovation des cooperatives forestieres du Quebec.

Niveau d'innovation et cohesion sociale: premieres observations

Rappelons que la cohesion sociale se mesure, a partir du total des scores obtenus a chacune des questions repondues par les membres, sur une echelle de 98 points au total. Le tableau 4 montre la moyenne du score total de l'indice de cohesion sociale pour les cooperatives forestieres innovantes, moyennement innovantes et traditionnelles.

Dans ce dernier tableau, nous constatons que l'indice moyen de cohesion sociale pour les cooperatives forestieres innovantes (64,32) et moyennement innovantes (64,12) sont extremement rapprochees. Avec une moyenne de 59,64, les cooperatives forestieres traditionnelles semblent etre moins performantes en ce qui a trait a notre indice de cohesion sociale. Le tableau 5 fait etat d'une analyse de variance qui permet de corroborer ces observations. En effet, le lecteur constatera dans ce tableau que les differences statistiquement significatives ne sont observables qu'entre les cooperatives forestieres innovantes et moyennement irmovantes d'une part, et les cooperatives forestieres traditionnelles d'autre part. Le lecteur remarquera aussi que lorsque l'indice moyen de cohesion sociale des cooperatives forestieres traditionnelles est compare avec ceux des cooperatives innovantes et moyennement innovantes, les differences notees sont negatives. Par consequent, nous pouvons confirmer que les cooperatives forestieres traditionnelles sont moins performantes quant a la cohesion sociale que les cooperatives innovantes et moyennement innovantes.

Les aspects de la cohesion sociale dans les cooperatives forestieres diversement innovatrices

Au-dela de la comparaison entre les trois types de cooperatives forestieres au regam de leur moyenne quant a l'indice global de cohesion sociale, l'interet de notre demarche reside surtout dans sa capacite eventuelle a dessiner les contours des dimensions de la cohesion sociale que nous pouvons observer dans les cooperatives forestieres diversement innovatrices au Quebec. En d'autres termes, l'interet de notre demarche statistique vient du fait qu'elle nous permettra de repondre a la question suivante: quelle est la nature ou quels aspects de la cohesion sociale il est possible d'observer dans les cooperatives forestieres du Quebec et ce, selon leur niveau d'innovation? Theoriquement, une analyse factorielle devrait generer six facteurs (les six dimensions de la cohesion sociale de P. Bernard), chacun ayant des saturations se rapprochant de 1,000 pour les indicateurs qui leur sont associes. Cependant, dans la mesure ou notre analyse factorielle se veut exploratoire plutot que confirmatoire, puisque l'identification de nos indicateurs et la construction de notre questionnaire peuvent presenter un caractere arbitraire, et que le modele de la cohesion sociale de P. Bernard, se situant a une echelle macrosociale, ne s'applique pas forcement identiquement a l'echelle mesosociale des cooperatives forestieres, nous nous accorderons une relaxe de la contrainte d'orthogonalite. L'objectif ici etant d'illustrer comment se dessine la cohesion sociale dans les cooperatives forestieres diversement innovatrices du Quebec. A cet effet, le tableau 6 illustre les resultats de l'analyse factorielle.

Le tableau 6 constitue plus precisement une matrice des composantes apres rotation. Cette matrice identifie, a l'aide des chiffres en decimales en surbrillance, les six facteurs de la cohesion sociale dans l'ensemble des cooperatives forestieres diversement innovatrices de notre echantillon. Tous les indicateurs que nous avons mesures lors de notre enquete sont lies a une ligne de chiffres en decimale. Plus les chiffres en decimale se rapprochent de 1, dans l'un ou l'autre des facteurs, plus les saturations sont fortes, c'est-a-dire que plus la proportion de la variance prise en compre par un facteur, pour l'indicateur concerne, est importante.

Ainsi, le facteur 1 monge l'importance de la dimension << Legitimite-Illegitimite >>, ou les indicateurs Consentement des membres (0,660), Adhesion des membres aux objectifs de la cooperative (0,736) et Satisfaction des membres face a la gestion de la cooperative (0,834) presentent des saturations elevees. Ces indicateurs evaluent, respectivement, dans quelle mesure les membres considerent les administrateurs de leur cooperative ainsi que les membres qui les representent au sein de l'administration comine competents dans leur fonction, la capacite de ces memes administrateurs et representants a etre a l'ecoute des interets des membres et enfin, le niveau de satisfaction des membres face a la gestion de leur cooperative en fonction de leur communaute d'interets. Le facteur 1 montre aussi des saturations elevees pour les indicateurs Revenu (0,623), dans la dimension << Egalite-Inegalite >>, et Receptivite (0,734), dans la dimension << Reconnaissance-Rejet >>. L'indicateur Revenu evalue dans quelle mesure les membres se considerent justement retribues pour leur travail et leur implication au sein de leur cooperative, alors que l'indicateur Receptivite evalue, selon la perspective des membres, le degre d'ouverture des administrateurs de leur cooperative face aux idees qui sont differentes des leurs en ce qui concerne la gouverne de l'entreprise. Dans la mesure ou le premier facteur est domine par les indicateurs relatifs a la dimension << Legitimite-Illegitimite >>, il apparait evident que ce facteur en est un de legitimation ou de validation des instances de gouverne de la cooperative. Ces instances sont d'autant plus legitimes que les membres semblent considerer, selon l'analyse factorielle, que la direction de leur cooperative est somme toute ouverte aux idees des membres face a l'orientation et a la gouverne de leur entreprise selon leur communaute d'interets. Quant a cerre communaute d'interets, celle-ci est, notamment, fortement liee aux questions financieres, en particulier a celles qui touchent le revenu. Il n'est donc pas surprenant de constater la presence de l'indicateur Revenu dans un facteur lie a la legitimite. Ce premier facteur sera donc identifie comme etant celui de la legitimite des instances de gouverne de la cooperative.

Toujours en se referant aux saturations de la matrice des composantes, les facteurs 2 et 3 revelent l'importance de la dimension << Participation-Passivite >>, puisque tous les indicateurs utilises pour mesurer cette dimension presentent, soit dans le facteur 2, soit dans le facteur 3, de fortes saturations. L'interet des facteurs 2 et 3 est qu'ils semblent faire la difference entre deux types de participation des membres au sein de leur cooperative. Les indicateurs Implication des membres dans les comites de la cooperative (0,802) et Responsabilite (0,780) evaluaient, respectivement, la frequence de l'implication des membres dans les differents comites (comite de travail, de l'amelioration continue, de la vie cooperative de sante-securite, etc.) de leur cooperative, et la frequence de l'implication des membres dans les differents postes de responsabilites (a la tete d'un comite, sur le conseil d'administration ou dans la direction de la cooperative, etc.) au sein de leur cooperative. Ces indicateurs portent sur une participation des membres que l'on pourrait definir comme substantielle ou strategique pour l'entreprise collective. En effet, cette participation revele un engagement particulier des membres dans les postes cles de leur entreprise. C'est la raison pour laquelle nous identifierons le facteur 2 comme etant celui de la participation strategique des membres au sein de leur cooperative.

Le facteur 3 quant a lui met d'abord en evidence l'indicateur Presence des membres aux reunions de la cooperative (0,695), qui evalue la frequence a laquelle les membres se presentes aux differentes reunions et assemblees de leur cooperative, et auxquelles ils sont appeles a participer. Le facteur attire aussi l'attention sur l'indicateur Exercice du droit de vote (0794), qui evalue la frequence a laquelle les membres exercent leur droit de vote lorsque celui-ci est sollicite. Manifestement, nous nous situons ici dans une forme de participation qui ne commande pas la meme implication ou le meme engagement des membres que la participation sollicitee par les indicateurs du facteur 2. Par consequent, le facteur trois sera identifie comme celui de la participation usuelle des membres au sein de leur cooperative.

Le facteur 4 met d'abord en evidence, dans la dimension Egalite-Inegalite, l'indicateur Travail (0,544), c'est-a-dire la mesure dans laquelle les membres sont pres a reamenager les conditions de leur emploi (salaire et heures de travail) pour

permettre a plus de membres possibles de garder leur travail si jamais une crise obligeait leur cooperative a supprimer des emplois. Evidemment, dans la perspective ou les cooperatives forestieres jouent un role de premier plan dans le developpement economique de leur communaute, une telle perspective quant au partage de l'emploi dans les cooperatives forestieres diversement innovatrices n'est pas sans avoir un impact important dans leurs communautes d'appartenance. C'est sans doute la raison pour laquelle nous retrouvons des saturations elevees pour l'indicateur Communaute (Implication de la cooperative dans sa communaute d'appartenance), qui mesurait dans quelle mesure les membres considerent que leur cooperative joue un role important dans le developpement de leurs communautes. Compre tenu du fait que se sont les membres qui doivent, selon la nature de l'indicateur Travail, se concerter pour s'entendre sur les modalites d'exercice de leur emploi pour en favoriser le partage, il apparait aussi evident d'observer des saturations elevees pour l'indicateur Interet accorde aux idees des membres (0,691). En effet, cet indicateur evaluait dans quelle mesure il etait important, pour les membres, de prendre en consideration les idees des autres membres dans les decisions collectives. Etant donne la nature de ce facteur, oriente, selon notre analyse, vers l'acces a l'emploi dans la cooperative, et donc vers l'insertion des membres dans les marches du travail et de la consommation, nous identifierons le quatrieme facteur comme etant celui de l'egalite face a l'insertion economique.

Le facteur 5 attire l'attention sur le poids de la dimension << Insertion-Exclusion >>, ou les indicateurs Condition d'acces au membership (0,675) et Selection des membres (0,697) montrent des saturations elevees. Le premier de ces indicateurs evalue, selon la perspective des membres, le niveau d'exigence des conditions a remplir pour devenir membre, alors que le second cherche a savoir si les membres considerent que des caracteristiques personnelles ou autres que professionnelles ont ete des obstacles a l'obtention de leur statut de membre regulier. Dans ce facteur d'insertion des membres au membership des cooperatives, de fortes saturations sont aussi observees pour l'indicateur Interet accorde aux idees des membres (0,456). Manifestement, il semblerait que la definition des exigences pour avoir acces au membership des cooperatives forestieres, de meme que des modalites de selection des membres, soit correlee a la capacite des membres a etre attentifs aux idees defendues par les autres membres. Dans une perspective exploratoire, nous avancerons que dans un processus de mediation qui doit interpeller les membres concernant les normes entourant l'acces au membership de leur cooperative, la capacite d'ouverture et de conciliation des membres a ce sujet passerait inevitablement par leur capacite a s'ecouter. Le facteur 5 pourrait ainsi s'identifier comme etant le facteur d'insertion des membres a la cooperative.

Enfin, le facteur 6 montre d'abord des saturations plus fortes pour deux des trois indicateurs de la dimension << Appartenance-Isolement >>, c'est-a-dire pour l'indicateur Implication de la cooperative dans sa communaute d'appartenance (0,477), qui demandait aux membres des cooperatives etudiees d'evaluer l'importance de leur cooperative dans le developpement de leur communaute, et pour l'indicateur Appui de la population locale (0,468), qui demandait aux membres d'evaluer jusqu'a quel point leur communaute appuie le developpement de leur cooperative. I1 appert donc que ce sixieme facteur met en evidence le niveau d'appartenance mutuei entre la cooperative et sa communaute. En d'autres termes, ce facteur est celui de l'engagement mutuei de la communaute et de la cooperative. Le fait que nous observions des saturations elevees pour l'indicateur Ratio (0,768) dans ce facteur nous amene a penser que plus une cooperative forestiere favorise l'acces au membership a des travailleurs forestiers de sa communaute d'appartenance, plutot que d'engager des travailleurs non membres, plus elle participe substantiellement au developpement social et economique sa communaute d'appartenance. Le tableau 7 reprend les facteurs de la cohesion sociale que nous avons identifies dans les cooperatives forestieres diversement innovatrice au Quebec, et tente de les associer aux differentes dimensions de la cohesion sociale du modele de P. Bernard.

Les facteurs de la cohesion soeiale propres a chaeune des classes d'innovation

Dans ce present point, nous voulons savoir si les differents aspects de la cohesion sociale, que nous venons d'identifier suite a l'analyse factorielle, caracterisent davantage les cooperatives forestieres irmovantes, moyennement innovantes ou traditionnelles. Pour observer les differences entre les groupes de cooperatives a cet egard, nous analyserons les notes en facteurs de l'analyse factorielle. En definissant les facteurs de la cohesion sociale dans les cooperatives forestieres diversement innovatrices, l'analyse factorielle a aussi produit des notes en facteurs. Celles-ci constituent un indice calcule en meme temps que les saturations de l'analyse factorielle. Cet indice permet d'obtenir la note de chacun des repondants au questionnaire sur chacun des facteurs de notre analyse factorielle. En d'autres termes, les notes en facteur permettent de definir l'importance de chacun des facteurs, en terme de variance prise en compte, dans les reponses des membres qui ont repondu au questionnaire.

Nous allons donc faire une analyse de variance sur les moyennes des notes en facteur pour les trois classes de cooperatives forestieres. L'analyse de variance nous indiquera s'il y a des differences statistiquement significatives entre les moyennes des notes en facteur pour les trois classes d'innovation des cooperatives etudiees. L'ANOVA ci-dessous nous montre pour quels facteurs des differences statistiquement significatives ont ete reperees.

Comme on peut le constater dans le tableau 8, il y a au maximum 2,8 % de chance de se tromper en acceptant H1 pour les facteurs 2, 3 et 5. Par consequent, des differences statistiquement significatives entre les trois classes de cooperatives forestieres sont observables pour ces trois facteurs seulement. L'indice de Scheffe dans le tableau ci-dessous nous permettra d'identifier precisement quelles classes de cooperatives forestieres sont concernees par ces differences statistiquement significatives.

En consultant le tableau 9, on constate d'abord des differences statistiquement significatives concernant les notes en facteur pour le facteur 2, ou pour le facteur de la participation strategique des membres au sein de leur cooperative. Ces differences favorisent les cooperatives forestieres innovantes par rapport aux cooperatives moyennement innovantes et traditionnelles. Ce resultat nous amene donc a croire que la participation substantielle ou strategique des membres au sein de leur entreprise est l'apanage des cooperatives forestieres les plus innovantes. Par consequent, nous pouvons emettre l'hypothese que la participation strategique des membres au sein de leur cooperative contribue a l'innovation ou permet aux cooperatives forestieres d'innover.

Le tableau 9 montre aussi que le facteur 3, ou le facteur de la participation usuelle des membres au sein de leur cooperative, caracterise davantage les cooperatives moyennement innovantes et traditionnelles, que les cooperatives forestieres innovantes. Ce qui est logique, puisque nous venons de constater que le facteur de participation strategique des membres dans leur cooperative est davantage lie aux cooperatives forestieres innovantes. Ce dernier constat va dans le sens de notre hypothese a l'effet que la participation substantielle des membres joue un role important dans la poursuite de l'innovation dans les cooperatives forestieres.

Enfin, le facteur 5, ou le facteur de l'insertion des membres dans la cooperative, caracterise davantage les cooperatives moyennement innovantes, mais seulement lorsqu'elles sont comparees aux cooperatives traditionnelles. Les cooperatives forestieres moyennement innovantes sont donc plus inclusives que les cooperatives forestieres traditionnelles. La surprise ici est de constater que les cooperatives forestieres innovantes qui ont, globalement, un indice moyen de cohesion sociale plus eleve que les cooperatives forestieres moyennement innovantes et traditionnelles, ne sont pas, selon notre analyse de variante, significativement plus inclusives que ces deux demieres classes d'innovation.

Cohesion sociale et innovation : la contribution des facteurs

Dans la section precedente, la comparaison entre les classes de cooperatives forestieres quant aux facteurs de la cohesion sociale est limitee par son caractere bivarie : les effets des facteurs de cohesion sur l'innovation sont consideres en prenant chaque facteur a tour de role. Nous voulons ici aller plus loin en proposant une methode de comparaison plus globale, une methode multivariee. Plus particulierement, nous voulons mesurer, a l'aide de l'analyse de regression, la contribution a innover de chacun des facteurs a l'aide d'un coefficient, calcule en maintenant constants les effets des autres facteurs. La methode que nous proposons permet de mesure l'importance de chacun des facteurs de la cohesion sociale dans la probabilite d'appartenir a l'une des trois classes de cooperatives forestieres.

La regression est une operation statistique qui permet d'analyser les relations de correspondance entre une variable dependante, c'est-a-dire les classes d'iunovation des cooperatives forestieres, et une ou plusieurs variables independantes, soit les facteurs de la cohesion sociale issus de l'analyse factorielle. La regression a pour but d'etudier, apartir de cette relation entre variables dependantes et independantes, le degre et le signe (positifou negatif) de leurs associations. Bien que cette demarche ne permet pas, au sens strict, d'etablir des relations de type causal, il sera possible neanmoins de postuler de telles relations et de conclure qu'elles ne peuvent etre rejetees ou acceptees, sur une base temporairement, dans la mesure ou les tests s'averent concluants. Nous aurons recours ici a la regression ordinale, puisque la variable dependante releve d'un ordre ou d'une gradation, soit les cooperatives forestieres au regard de leur niveau d'innovation. Ainsi, les cooperatives forestieres ont ete codees de la facon suivante : 1 = cooperatives traditionnelles, 2 = cooperatives moyennement innovantes et 3 = cooperatives innovantes. L'aspect le plus important de la variable dependante est donc qu'elle va de la cooperative la moins innovante a la cooperative la plus innovante. Des lors, il faut voir chaque facteur explicatif et significatifde notre analyse de regression comme ayant un impact positif ou negatif plus ou moins important, selon la valeur du coefficient de regression, sur la propension a innover des cooperatives forestieres

de notre echantillon. Le tableau 10 fait etat des resultats de l'analyse de regression.

Le tableau 10 nous apprend d'abord et avant tout que notre analyse de regression est valable. La validite du modele (Goodness-of-Fit Statistics), par ses seuils de signification eleves (Pearson : 0,764 et Deviance : 0,854), nous permet de rejeter l'hypothese a l'effet qu'il n'y a pas de rapport entre les facteurs de cohesion sociale et la capacite a innover des cooperatives forestieres. La variance expliquee (indice de Nagelkerke dans le Pseudo R-Square), nous montre que l'analyse de regression peut expliquer jusqu'a 33 % de la variance, ce qui est tres acceptable dans une perspective exploratoire.

Ence qui concerne les coefficients de regression, l'attention sera attiree sur les facteurs 2 et 3, dans la colonne << Estime >> dans les parametres de localisation. Le facteur 2, ou la participation strategique des membres au sein de leur cooperative (avec un estime de 0,746) a l'impact le plus important sur la propension a innover dans les cooperatives diversement innovatrices du Quebec. Ainsi, plus les membres interroges lors de l'enquete ont un score eleve pour les indicateurs de participation strategique, plus leur contribution a la propension a innover est elevee et, consequemment, plus les membres des cooperatives 3, c'est-a-dire les cooperatives forestieres innovantes, auront un score moyen plus eleve sur ce facteur que les membres des cooperatives forestieres moyennement innovantes et traditionnelles. Ce constat constitue une decouverte majeure, puisqu'elle confirme notre hypothese a l'effet que les cooperatives forestieres innovantes ont besoin de cohesion sociale, et plus particulierement de la participation strategique de leurs membres au sein de la cooperative, pour innover. Plus generalement, nous pouvons avancer que pour innover, les cooperatives forestieres du Quebec ont besoin de cohesion sociale et de l'implication de leurs membres dans la recherche et l'implantation de l'innovation dans leur entreprise.

Le facteur 3, c'est-a-dire la participation usuelle des membres au sein de leur cooperative, est le deuxieme facteur (-0,452) qui a le plus d'impact sur l'innovation. Cet impact est cependant negatifici, dans la mesure ou il reduit la propension a innover des cooperatives de notre echantillon, ce qui est logique, puisque c'est la participation substantielle des membres qui ale plus d'impact sur l'innovation. Dans la mesure ou l'un des obstacles les plus importants a l'innovation dans les cooperatives forestieres est l'opposition que peuvent dresser les membres face aux changements et a l'incertitude induits par la recherche de l'innovation au sein de leur entreprise, et que c'est justement l'implication strategique des membres au sein de leur cooperative ence qui concerne, notamment, la mediation des conflits dans la cooperative issus de la recherche de l'innovation elle-meme, il devient evident qu'une participation plus molle ou plus usuelle constituera ne contribuera pas a l'innovation au sein des cooperatives forestieres du Quebec.

Conclusion

L'article permet quelques eclairages nouveaux ence qui concerne l'etude de la cohesion sociale dans une perspective de developpement regional concernant les milieux peripheriques au Quebec. Nous les resumerons ici en trois points. Premierement, les indices moyens de cohesion sociale revelent que les cooperatives forestieres les plus innovantes, c'est-a-dire les cooperatives innovantes et moyennement innovantes, generent davantage de cohesion sociale que les cooperatives forestieres traditionnelles. Cette observation est d'ailleurs confirmee par l'analyse de variance effectuee sur les indices moyens de la cohesion sociale obtenus par chacune des classes d'innovation. Cette realite nous amene donc a considerer autrement l'opposition, que nous avons notee en introduction, entre l'economique et le social au sein d'une dynamique de developpement regional.

Les cooperatives innovantes et moyennement innovantes tentent, a travers leurs nouvelles activites de transformation, de gestion et de diversification productive, de s'adapter aux nouvelles structures de regulation du capitalisme contemporain. Ces cooperatives ameliorent leur productivite et developpent leur competitivite en essayant, par diverses operations de transformation du bois, de se nicher dans des marches specifiques. Pourtant, si l'on en croit nos indices moyens de cohesion sociale, le fait que les cooperatives forestieres innovantes et moyennement innovantes se mettent au diapason du developpement economique actuei ne les empeche pas d'assumer, mieux que les cooperatives forestieres traditionnelles, leur fonction sociale quant a la promotion de la cohesion sociale.

Evidemment, il ne faut pas perdre de vue la nature de l'entreprise que nous etudions. Rappelons-le, les cooperatives forestieres sont creees pour repondre aux besoins d'insertion professionnelle et socio-economique exprimes par une communaute. Les cooperatives regroupent des personnes qui expriment ces besoins communs et qui, en vue de les satisfaire, s'associent pour exploiter une entreprise collective. Pour survivre, les cooperatives forestieres du Quebec se doivent de reconcilier les dynamiques economiques et sociales afin de ne pas s'aliener leur membership et ainsi courir le risque de s'effriter et de disparaitre. I1 est donc evident que les cooperatives forestieres sont, de par leur nature, des entreprises collectives enracinees dans leur milieu. Cependant, il faut aussi souligner, a la lumiere de nos observations, que le fait de s'engager ou de s'adapter aux realites du capitalisme moderne n'entrave pas, a priori, cette capacite de reconcilier dynamiques economiques et dynamiques sociales.

Deuxiemement, les cooperatives forestieres innovantes et moyennement innovantes constituent un outil de developpement regional efficace pour les regions peripheriques du Quebec, ou la foret joue un role important dans leur economie. I1 en est ainsi puisque les cooperatives forestieres innovantes et moyennement innovantes articulent, comme nous l'avons souligne dans notre mise en contexte, des initiatives a partir de la gouvernance forestiere qui leur permettent de stimuler leur croissance au sein de ce que nous pourrions appeler la nouvelle economie forestiere. Cependant, dans la mesure ou le developpement regional refere, du moins nous l'esperons, a la transformation des conditions materielles, mais aussi sociales des individus, traduisant ainsi le progres et l'amelioration de leur bien-etre global, la meilleure performance des cooperatives forestieres innovantes et moyermement innovantes quant a l'indice moyen de cohesion sociale ne fait que renforcer leur attrait au sein d'une strategie de developpement regional pour les regions peripheriques quebecoises.

Cependant, l'attrait des cooperatives forestieres dans une strategie de developpement regional doit evidemment depasser le cadre des cooperatives en ellesmemes pour s'elargir sur celui de leurs communautes d'appartenance. L'objet de la presente recherche etait de savoir si les dynamiques sociales et economiques peuvent s'arrimer pour susciter le developpement des regions peripheriques. Pour ce faire, nous avons utilise l'un des principaux vecteurs du developpement economique et social dans les regions peripheriques quebecoises, a savoir les cooperatives forestieres. Nous avons donc voulu demontrer, a travers la recherche de l'innovation dans les cooperatives forestieres, qu'il n'y a pas necessairement incompatibilite entre l'economique et le social dans le developpement regional. Au contraire, l'un des apports importants de cet article a ete de demontrer avec rigueur comment les deux dynamiques jouent un role complementaire a cet effet. Nous avons compris qu'elles ont tout avantage a se coordonner l'une a l'autre. Cependant, apres en avoir fait la demonstration, la suite logique a cette recherche est d'explorer l'origine des cooperatives forestieres innovantes, c'est-a-dire leurs communautes d' appartenance. Pour s'inscrire dans une reelle strategie de developpement regional, il faudra eventuellement comprendre les parametres des communautes forestieres d'ou emergent les cooperatives forestieres les plus irmovantes. En d'autres termes, il faudra savoir si les cooperatives les plus innovantes sont originaires de territoires ou l'on trouve d'autres indicateurs d'une culture d'innovation ou d'un esprit innovateur. C'est ce a quoi une recherche subsequente devrait se consacrer.

I1 importe cependant pour le moment de bien circonscrire les dimensions de la cohesion sociale qui permettent aux cooperatives forestieres innovantes et moyermement innovantes d'etre de meilleurs vecteurs de la cohesion sociale dans leurs cornmunautes d'appartenance que les cooperatives traditionnelles. Parce que c'est ce qu'elles sont. Les cooperatives forestieres sont des outils de mobilisation sociale ou de cohesion sociale. Les aspects de la cohesion sociale sur lesquels les cooperatives forestieres ont ete evaluees ici nous renseignent sur leur capacite a jouer ce role de vecteur de la cohesion sociale dans leur communaute. A ce sujet, 1' analyse de variance effectuee sur les facteurs de l'analyse factorielle montre que la participation strategique des membres au sein de leur cooperative (facteur 2), de meme que l'insertion des individus (facteur 6), caracterisent davantage les cooperatives forestieres innovantes et moyennement innovantes.

La participation strategique des membres au sein de leur cooperative montre, de part les indicateurs qui y sont associes, une plus grande importance de l'implication des membres dans les postes cles de leur cooperative. Ainsi, les membres jouent, dans les cooperatives innovantes et moyennement innovantes, un role plus actif que dans les cooperatives traditionnelles quant a la definition et l'orientation de l'entreprise commune qui lie l'ensemble des membres au sein de l'organisation. Le facteur de l'insertion des individus, quant a lui, nous montre la plus grande importance de l'equite, ence qui concerne les conditions d'acces au membership et la selection des membres, pour les cooperatives forestieres innovantes et moyennement innovantes. Par consequent, nous croyons que la participation strategique des membres au sein de leur cooperative et/ou l'insertion des individus, sont les facteurs qui contribuent le plus a differentier les cooperatives forestieres innovantes et moyennement innovantes par rapport aux cooperatives traditionnelles. A cet effet, l'analyse de regression ordinale effectuee precedemment montre tres bien que c'est la participation strategique des membres au sein de leur cooperative qui ale plus d'impact sur la propension a innover des cooperatives forestieres et qui singularise, de ce fait, les cooperatives forestieres les plus innovantes.

Enfin, il faut attirer l'attention sur la precaution a prendre face aux resultats de nos analyses. Tous les constats qui nous ont permis d'etayer nos conclusions dans les deux points precedents doivent en effet etre consideres avec circonspection. En effet, notre demarche se voulait ici exploratoire et non confirmatoire. Il en est ainsi puisque l'identification de nos indicateurs et la construction de notre questionnaire sont perfectibles et teintees d'un certain arbitraire. De plus, le modele de la cohesion sociale de P. Bernard, se situant a une echelle macrosociale, ne s'applique pas forcement identiquement a l'echelle mesosociale des cooperatives forestieres.

Soulignons aussi que le questionnaire avec lequel nous avons effectue notre enquete est actuellement trop court. Etant donne que le questionnaire visait un maximum de repondants, il a ete reduit a un minimum de questions. De plus, celles-ci ont ete presentees sous leur aspect le plus simple. Dans ce contexte, il est difficile de bien mesurer, avec un nombre limite de questions, les indicateurs des dimensions de la cohesion sociale qui elle-meme est, en soi, une abstraction assez complexe. Ainsi, en posant une seule question par indicateur, il n'a pas ete possible d'exploiter toute la richesse des indicateurs de la cohesion sociale, ni meme de rendre compre de tous les aspects qu'ils recouvrent.

Il est donc evident qu'une premiere facon d'ameliorer l'adequation de la relation entre les questions d'enquete et les indicateurs de la cohesion sociale serait d'augmenter le nombre de questions pour chacun des indicateurs de cohesion sociale. Les nouvelles questions auraient pour objectif d'observer toutes les nuances, les facettes et les implications que peuvent prendre les indicateurs des dimensions de la cohesion sociale au sein des cooperatives forestieres du Quebec. Il s'agirait donc d'avoir une appreciation plus complete des indicateurs. Actuellement, ceux-ci ne sont que partiellement exploites.

Evidemment, toutes nouvelles questions destinees a mesurer de facon plus complete les indicateurs de cohesion sociale constituent, de ce fait, de nouvelles hypotheses, concernant leur adequation avec les indicateurs qu'elles sont supposees mesurer, a verifier. Par consequent, une deuxieme facon d'ameliorer notre enquete sur la cohesion sociale aupres des membres des cooperatives forestieres du Quebec serait d'effectuer une enquete avec un questionnaire plus complet aupres de plusieurs echantillons de membres. L'idee est de reussir, par un processus iteratif, a reperer les indicateurs des dimensions de la cohesion sociale et surtout, les questions qui ont ete posees pour les mesurer, qui reviennent a travers les analyses factorielles effectuees sur les differents echantillons etudies au sein de l'enquete. Ainsi, il serait plus aise d'identifier les questions qui permettent de confirmer l'existence des dimensions de la cohesion sociale si les indicateurs auxquels elles sont rattachees reviennent systematiquement a travers les analyses factorielles. Bien que non absolues, ces deux dernieres recommandations s'averent fondamentales pour ameliorer la methode que nous avons utilisee pour mesurer la cohesion sociale dans les cooperatives forestieres du Quebec.

Annexe 1

[ILLUSTRATION OMITTED]

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Patrick Gingras

Institut canadien de recherche en politiques et

administration publiques (ICRPAP)

Pavillon Leopold-Taillon, piece 410

Universite de Moncton

Moncton, NB E1A 3E9

Mario Carrier et Paul Y. Villeneuve

Ecole superieure d'amenagement du territoire et

de developpement regional (ESAD)

1624, Pavillon F.-A. Savard

UNIVERSITE LAVAL

Quebec, Quebec G1K 7P4

(1.) Commission gouvenementale d'etude scientifique, technique, publique et independante chargee d'examiner la gestion des forets du domaine de l'Etat quebecois et ayant deposee son rapport en decembre 2004.

(2.) Pour une presentation complete du modele de la cohesion sociale de P. Bernard, voir Bernard (1999).

(3.) Une copie du questionnaire est disponible en annexe.
TABLEAU 1 Les trois classes de cooperatives forestieres selon le
niveau d'innovation

 Activites
Types de tradtionnelles communes
cooperative Activites innovantes a foutes les coops

Cooperatives Premiere transformation : --Production de plants
innovantes Production de bois d'oeuvre
 --Reboisement
 Deuxieme transformation :
 Produits finis pourla --Travaux aylvicoles et
 construction domiciliaire et amenagements
 industrielle, l'ameublement et foresiers
 l'outillage, equipement
 recreatif, etc. --Voirie forestiere

 Troisieme transformation : --Recolte de bois
 Huiles essentielles, produits
 pharmaceutiques, biofuel, etc.

 Service-conseil-formation :
 Services de support technique
 et en gestion pour
 l'amenagament forestier, pour
 l'implantation des normes ISO,
 mise en place des procedes
 environnementaux de recolle de
 bois

 Premiere transformation :
 Production de bois d'oeuvre

Cooperatives Aucune activite de
moyennement transformation
innovantes
 Gestion multiressource,
 amenagement recrectouristique

Source : Gingras et Carrier (2006)

TABLEAU 2 Les dimensions de la
cohesion sociale daos le
modele de Bernard

 Caractere de la relation
Spheres
d'activite Formel

ecottamique Insertion-Exclusion
 Insertion face aux marches du travail
 et de la consommation

Palitique Legitimite-Illegitimite
 Legitimite des institutions de regulation
 sociale

Socioculturelle Reconnaissance-Rejet
 Tolerer les differences de valeurs et
 d'idees entre individus

 Caractere de la relation
Spheres
d'activite Substantiel

ecottamique Egalite-Inegalite
 Poursuite de la justice sociale

Palitique Participation-Passivite
 Implication des citoyens dans les
 institutions de regulation

Socioculturelle Appartenance-Isolement
 Engagement des citoyens dans la
 construction d'une communaute plurielle

Source : Bernard (1999)

TABLEAU 3 Indicateurs de la cohesion sociale destines aux cooperatives
forestieres du Quebec

Spheres Caractere de la relation
d'activite

 Formel Substantiel

Economique Insertion-Exclusion Egalite-Inegalite

 Indicateurs : Indicateurs
 1. Conditions d'acces au 1. Revenu (gains du travail)
 membership 2. Travail (partage,
 2. Mode de selection des conditions d'exercice)
 membres 3. Apprentissage (lie au
 3. Ratio entre le nombre travail, a la cooperative)
 de membres et de
 non-membres

Politique Legitimite-Illegitimite Participation-Passivite

 Indicateurs : Indicateurs
 1. Consentement des l. Presence des membres a
 membres (face a la l'assemblee generale et
 direction de la aux reunions
 cooperative) 2. Implication des membres
 2. Adhesion des membres daos les comites de la
 aux objectifs de la cooperative
 cooperative 3. Interit des membres a
 3. Satisfaction des prendre un poste de
 membres face a la responsabilice au sein de
 gestion de la la cooperative
 cooperative 4. Exercice du droit de vote

Socio- Reconnaissance-Rejet Appartenance-Isolement
culturelle
 Indicateurs : Indicateurs
 1. Possibilite de donner 1. Comites (nombre de comites
 son avis (pour les daos la coop)
 membres) 2. Implication de la
 2. Interit accorde aux cooperative daos sa
 idees des membres communaute d'appartenance
 (possibilite pour les 3. Appui de la population
 membres d'exprimer locale
 leurs idees au sein de
 la cooperative)

 3. Receptivite des
 responsables de la
 cooperative face aux
 idees des membres

Source : Gingras et al (2006)

TABLEAU 4 Moyenne de l'indice de cohesion sociale pour les trois
classes de cooperatives forestieres et principales statistiques
descriptives

Classes de Moyenne de Valeur mini- Valeur maxi-
cooperatives N l'indice mum mum

Traditionnelles 106 56, 64 34 89
Moyennement 78 64, 12 45 86
Innovantes 117 64, 32 25 93
Total 301 -- -- --

TABLEAU 5 Analyse de variance pour les moyennes des indices de
cohesion sociale pour les cooperatives forestieres innovantes,
moyennement innovantes et traditionnelles, Variable dependante :
score total, Scheffe

 Difference
 de
 moyenne Erreur
(I) type coop (J) type coop (I-J) type Sig.

Tradionnelles Moyennement -4,474 * 1,647 ,026
 Innovantes -4,883 * 1,481 ,007

Moyennement Tradionalles 4,474 * 1,647 ,026
 Innovantes -,209 1,614 ,992

Innovantes Tradionalles 4,883 * 1,481 ,007
 Moyennement -,205 1,614 ,992

 Nivea de confiance 95%
 Limite Limite
 inferieure superieure
(I) type coop

Tradionnelles -8,53 -,42
 -8,33 -1,04

Moyennement ,42 8,53
 -4,18 3,78

Innovantes 1,04 8,33
 -3,76 4,18

Note: * = La difference de moyenne est significative au seuil de 0,05

TABLEAU 6 Analyse factorielle sur indicateurs de la cohesion sociale
de Bernard appliques au cas des cooperatives forestieres du Quebec

 Facteurs

Dimensions Indicateurs 1 2 3

Insertion- Conditions ,161 ,017 ,069
Exclusion d'acces
 Selection ,081 ,222 ,107
 Ratio -,011 -,084 ,011

Egalite-Inegalite Revenu ,623 ,211 ,085
 Travail ,174 ,158 ,143
 Apprentissage -,062 ,640 -,197

Legitimite- Consentement ,660 -,163 ,029
Illegitimite
 Adhesion ,736 ,140 ,077
 Gestion ,834 ,040 ,031

Participation- Presence ,220 ,138 ,695
Passivite
 Implication ,049 ,802 ,247
 Responsabilite ,051 ,780 ,226
 Droit de vote ,021 ,093 ,794

Reconnaissance- Avis ,346 ,306 ,343
Rejet
 Interit idee -,064 -,019 ,095
 Receptivite ,734 -,085 ,094

Appartenance- Comite ,184 ,368 -,378
Isolement
 Communaute ,212 ,155 -,084
 Appui local ,279 ,346 -,044

 Facteurs

Dimensions Indicateurs 4 5 6

Insertion- Conditions ,107 ,675 ,112
Exclusion d'acces
 Selection -,040 ,697 -,018
 Ratio -,049 ,173 ,768

Egalite-Inegalite Revenu -,042 ,198 -,021
 Travail ,544 -,029 ,019
 Apprentissage ,094 ,298 ,148

Legitimite- Consentement ,076 ,001 ,194
Illegitimite
 Adhesion -,045 ,056 -,033
 Gestion ,167 ,066 ,132

Participation- Presence ,056 ,094 ,056
Passivite
 Implication ,107 -,035 -,005
 Responsabilite ,044 ,151 -,078
 Droit de vote ,121 ,077 -,060

Reconnaissance- Avis ,273 ,113 -,198
Rejet
 Interit idee ,691 ,456 -,140
 Receptivite ,333 ,002 -,124

Appartenance- Comite ,263 -,046 -,349
Isolement
 Communaute ,586 -,124 ,477
 Appui local ,156 -,190 ,468

Note: 1. Matrice des composantes apres rotation, rotation realisee
en 9 iterations.
2. Methode d'extraction: Analyse en composantes principales
3. Methode de rotation: Varimax avec la normalisation Kaiser.

TABLEAU 7 Les facteurs de la cohesion sociale dans les
cooperatives forestieres diversement innovatrices du Quebec et
leur association avec les dimensions de la cohesion sociale de P.
Bernard

Facteurs de cohesion sociale Dimensions de la cohesion
 sociale de P. Bernard
Facteur 1
Legitimite des instances de gouverne de Legitimite-Illegitimite
 la cooperative

Facteur 2
Participation strategique des membres au Participation-Passivite
 sein de leur cooperative

Facteur 3
Participation usuelle des membres au sein Participation-Passivite
 de leur cooperative

Facteur 4
Egalite face a l'insertion economique Egalite-Inegalite

Facteur 5
Insertion des membres a la cooperative Insertion-Exclusion

Facteur 6
Engagement mutuel de la communaute et Appartenance-Isolement
 de la cooperative

TABLEAU 8 Test sur les differences des moyennes entre les differentes
classes d'innovation concernant les notes en facteurs

 Somme Moyenne des
 des
 carres df carres F Sig.

Facteur 1 Entre les classes 4,626 2 2,313 2,334 ,099
 A l'interieur des
 classes 295,374 298 ,991 -- --
 Total 300,000 300 -- -- --

Facteur 2 Entre les classes 51,334 2 25,667 30,759 ,000
 A l'interieur des 248,666 298 ,834 -- --
 classes
 Total 300,000 300 -- --

Facteur 3 Entre les classes 27,860 2 13,930 15,254 ,00
 A l'interieur des 272,140 298 ,913 -- --
 classes
 Total 300,000 300 -- -- --

Facteur 4 Entre les classes 4,410 2 2,205 2,223 ,110
 A l'interieur des 295,590 298 ,992 -- --
 classes
 Total 300,000 300 -- -- --

Facteur 5 Entre les classes 7,126 2 3,563 3,626 ,028
 A l'interieur des 292,874 298 ,983 -- --
 classes
 Total 300,000 300 -- -- --

Facteur 6 Entre les classes 1,033 2 ,517 ,515 598
 A l'interieur des 298,967 298 1,003 -- --
 classes
 Total 300,000 300 -- -- --

Note: 1. HO : Il n'y a pas de difference statistiquement
significative entre les 3 groupes de cooperatives en ce qui a
trait au score total de f indice de cohesion sociale.
2. H1 : Il y a au moms un des 3 groupes de cooperatives qui
differe significativement des autres en ce qui a trait au score
total de l'indice de cohesion sociale

TABLEAU 9 Analyse de variance sur les notes en facteurs

Variable Difference de
dependante (I) type coop (J) type coop moyenne (I-J)

Facteur 2 Traditionnelles Moyennement -,14056033
 Innovantes -,89942575(*)
 Moyennement Traditionnelles ,14056033
 Innovantes -,75886542(*)
 Innovantes Traditionnelles ,89942575(*)
 Moyennement ,75886542(*)

Facteur 3 Traditionnelles Moyennement -,11222557
 Innovantes ,57018030(*)
 Moyennement Traditionnelles ,11222557
 Innovantes ,68240586(*)
 Innovantes Traditionnelles -,57018030(*)
 Moyennement -,68240586(*)

Facteur 5 Traditionnelles Moyennement -,38921922(*)
 Innovantes -,23178811
 Moyennement Traditionnelles ,38921922(*)
 Innovantes ,15743111
 Innovantes Traditionnelles ,23178811
 Moyennement -,15743111

Variable
dependante (I) type coop (J) type coop Erreur type Sig.

Facteur 2 Traditionnelles Moyennement ,13627260 ,588
 Innovantes ,12249163 ,000
 Moyennement Traditionnelles ,13627260 ,588
 Innovantes ,13352941 ,000
 Innovantes Traditionnelles ,12249163 ,000
 Moyennement ,13352941 ,000

Facteur 3 Traditionnelles Moyennement ,14255968 ,734
 Innovantes ,12814292 ,000
 Moyennement Traditionnelles ,14255968 ,734
 Innovantes ,13968993 ,000
 Innovantes Traditionnelles ,12814292 ,000
 Moyennement ,13968993 ,000

Facteur 5 Traditionnelles Moyennement ,14789065 ,033
 Innovantes ,13293478 ,220
 Moyennement Traditionnelles ,14789065 ,033
 Innovantes ,14491359 ,555
 Innovantes Traditionnelles ,13293478 ,220
 Moyennement ,14491359 ,555

 Niveau de confiance 95%

Variable Limite Limite
dependante (I) type coop (J) type coop superieure inferieure

Facteur 2 Traditionnelles Moyennement -,4758048 ,1946841
 Innovantes -1,2007676 -,5980839
 Moyennement Traditionnelles -,1946841 ,4758048
 Innovantes -1,0873614 -,4303695
 Innovantes Traditionnelles ,5980839 1,2007676
 Moyennement ,4303695 1,0873614

Facteur 3 Traditionnelles Moyennement -,4629369 ,2384858
 Innovantes ,2549357 ,8854249
 Moyennement Traditionnelles -,2384858 ,4629369
 Innovantes ,3387544 1,0260573
 Innovantes Traditionnelles -,8854249 -,2549357
 Moyennement -1,0260573 -,3387544

Facteur 5 Traditionnelles Moyennement -,7530453 -,0253932
 Innovantes -,5588212 ,0952450
 Moyennement Traditionnelles ,0253932 ,7530453
 Innovantes -,1990711 ,5139333
 Innovantes Traditionnelles -,0952450 ,5588212
 Moyennement -,5139333 ,1990711

TABLEAU 10 Regression ordinate sur les facteurs de la cohesion
sociale en function de 1'appartenance aux classes d'innovation
des cooperatives forestieres

Validite du modele (Goodness-of-Fit Statistics)

 Chi carre Degre de liberte Sig

Pearson 559,43 584 ,764
Deviance 548,095 584 ,854

H0: Il n'y a pas de rapport entre les facteurs de cohesion
sociale et la capacite a innover des cooperatives forestieres

H1 : Il y a un rapport entre les facteurs de cohesion sociale et
la capacite a innover des cooperatives forestieres

Link function: Logit.

Variance expliquee (Pseudo R-Square)

Cox and SnellI 0,288
Nagelkerke 0,325
McFadden 0,156
Link function: Logit.

Coefficients de regression

 Erreur Test de
 Estime type Wald

Seuils [t_coop = 1] -,861 ,157 30,062
 [t_coop = 2] ,409 ,154 7,077

Localisation Facteur 1 ,083 ,090 ,846
 Facteur 2 ,746 ,122 37,432
 Facteur 3 -,452 ,127 12,673
 Facteur 4 ,354 ,111 10,171
 Facteur 5 ,317 ,114 7,765
 Facteur 6 -,162 ,090 3,245

Echelle Facteur 1 ,013 ,091 ,020
 Facteur 2 ,281 ,098 8,184
 Facteur 3 -,326 ,104 9,768
 Facteur 4 -,068 ,097 ,493
 Facteur 5 -,205 ,099 4,282
 Facteur 6 ,000 ,092 ,638

 Niveau de confiance 95%

 Degre de Limite Limite
 liberte Sig. inferieure superieure

Seuils [t_coop = 1] 1 ,000 -1,169 -,553
 [t_coop = 2] 1 ,008 ,108 ,710

Localisation Facteur 1 1 ,358 -,093 ,259
 Facteur 2 1 ,000 ,507 ,985
 Facteur 3 1 ,000 -,701 -,203
 Facteur 4 1 ,001 ,137 ,572
 Facteur 5 1 ,005 ,094 ,540
 Facteur 6 1 ,072 -,339 ,014

Echelle Facteur 1 1 ,888 -,165 ,191
 Facteur 2 1 ,004 ,089 ,474
 Facteur 3 1 ,002 -,531 -,122
 Facteur 4 1 ,483 -,258 ,122
 Facteur 5 1 ,039 -,399 -,011
 Facteur 6 1 ,424 -,107 ,255
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Author:Gingras, Patrick; Carrier, Mario; Villeneuve, Paul Y.
Publication:Canadian Journal of Regional Science
Date:Mar 22, 2008
Words:10734
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