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The Inquisition: A Global History, 1478-1834.

The Inquisition: A Global History, 1478-1834, par Francisco Bethencourt, traduit par Jean Birrell. Past and Prescrit Publications series. New York, Cambridge University Press, 2009. xii, 491 pp. $110.00 US (couverture rigide), $39.99 US (poche).

A sa maniere, le present volume est deja un classique. Publie en 1995 dans sa version originale sous le titre <<L'inquisition a l'epoque moderne>>, il a ete rapidement traduit en portugais et en espagnol. La version anglaise, par contre, s'est tait attendre jusqu'en 2009--mais elle a ete revue et mise a jour. Si le titre de l'ouvrage a egalement ete modifie, il met dorenavant l'accent sur la <<globalite>> du phenomene etudie, tandis que le titre original proposait une delimitation temporelle du sujet, a savoir les temps modernes. Dans l'un comme dans l'autre cas, on ne peut que deplorer le peu d'espace accorde a l'epoque medievale dans ce livre. C'est pourtant l'epoque qui a vu la gestation de ce que l'on n'ose pas trop appeler--avant l'etablissement de l'inquisition espagnole--<<l'>>inquisition dans un sens institutionnel. Toujours est-il que le bas Moyen Age a vu surgir des <<proto-inquisitions>> qui anticiperent a bien des egards l'inquisition <<moderne>> telle qu'elle est traitee par Francisco Bethencourt. Ce dernier fait d'ailleurs commencer son livre en 1478 par la fondation--suite a une demande royale--d'une nouvelle inquisition en Espagne par le pape Sixte IV. Rappelons dans ce contexte l'existence de regions ou l'inquisition etait deja solidement implantee en 1478, a l'instar de l'Italie du Nord et de la Suisse occidentale.

Apres ce caveat visant une des rares lacunes de l'ouvrage, nous nous tournons maintenant vers tout ce que le grand livre de Francisco Bethencourt nous apporte. En premier lieu, J'auteur rompt avec un recit lineaire, habituel, racontant l'histoire de l'inquisition des son etablissement jusqu'a sa suppression, en faveur d'une approche plus structurelle. Certes, le fil rouge <<traditionnel>> qui commence par la fondation de l'inquisition et se termine par son abolition au cours du XVIIIe siecle dans les Etats de la peninsule italienne, en 1821 au Portugal et en 1834 en Espagne, n'est pas completement abandonne, mais il laisse une place considerable a un traitement plus thematique. Sont ainsi examines l'organisation et l'auto-representation de l'inquisition, les nominations et les differentes fonctions au sein de cet organisme, sa facon de rendre publics ses edits, les visites effectuees a l'interieur des differentes circonscriptions inquisitoriales, le statut de l'inquisition et l'image que l'on en avait de l'exterieur. La piece maitresse de ce travail est l'analyse minutieuse de l'acte de foi (<<auto-da-fe>>), ceremonie hautement solennelle, reflet meme de la raison d'etre de l'inquisition, au cours duquel ses victimes etaient jugees en public. Soit elles etaient contraintes a abjurer leurs <<heresies>> et frappees de peines variees, soit elles etaient remises au bras seculier.

Tous ces elements sont abordes dans une perspective comparatiste qui tient compte de l'inquisition (ou faut-il plutot dire <<inquisitions>> au pluriel?) romaine, espagnole et portugaise. La premiere, fondee en 1542 sur la base de tribunaux d'inquisition de type <<medieval>> alors existants--au point que l'auteur parle plutot de <<reorganisation>> que de <<fondation>> garda sa structure primaire, a savoir un grand nombre de tribunaux avec un inquisiteur dominicain ou franciscain a la tete de chacun, qui devait repondre de ses initiatives au Conseil de Rome. En Espagne, les circonscriptions etaient beaucoup plus grandes, de sorte que l'on compte une vingtaine de tribunaux (la peninsule italienne en avait deux fois plus).

La portee de l'inquisition espagnole incluait les possessions lointaines de la couronne, que ce soit--dans l'ordre de l'etablissement des tribunaux--en Sicile, a Majorque, en Sardaigne, sur les iles Canaries ou en Amerique du Sud avec des tribunaux dans la ville de Mexico, a Lima et a Cartagena de Indias. Quant aux inquisiteurs, dont deux, voire trois etaient rattaches a chaque tribunal, il ne s'agissait pas de freres mendiants comme dans le cas romain, mais de membres du clerge seculier. Ces derniers ne dependaient pas non plus d'une <<centrale>> romaine, mais de l'inquisiteur general et du <<Consejo de la Suprema>> dont la nomination incombait pour une grande partie au roi. Par consequent, le <<Consejo>> etait considere par la royaute comme un organe de la monarchie, ses membres etant assimiles a ceux des autres conseils royaux. Cela assurait a l'inquisition, par rapport a la papaute, un degre d'autonomie sans pareil dans la peninsule italienne.

En ce qui concerne l'inquisition portugaise etablie en 1536, elle etait la plus jeune des <<soeurs>> (si l'on considere l'inquisition romaine plutot comme le resultat d'une reorganisation que comme celui d'une veritable fondation) et profitait grandement des experiences hispaniques. Elle avait des etablissements a Lisbonne--egalement responsable des iles atlantiques, du Bresil et de la cote ouest de l'Afrique--, Evora, Coimbra et Goa, dont la juridiction couvrait l'ensemble des possessions portugaises sur la cote est du continent africain et en Asie.

Malgre le soutien papal pour l'inquisition romaine et le soutien monarchique pour ses consoeurs iberiques, les inquisiteurs ne s'imposaient pas ipso.facto dans leurs circonscriptions. Quelle que soit l'epoque, leur action etait sujette a des negociations constantes avec les autorites civiles et ecclesiastiques, a savoir les eveques locaux, que ce soit dans les differents Etats italiens--Venise etait particulierement soucieuse de ses propres prerogatives juridictionnelles et surveillait de pres les inquisiteurs actifs dans ses territoires--ou dans la peninsule iberique. Dans ce contexte, l'auteur attire l'attention sur un sujet jusqu'alors peu exploite, mais hautement revelateur des difficultes de cohabitation entre l'inquisition et les autres pouvoirs en place, c'est-a-dire les questions d'etiquette et de preseance lors des ceremonies publiques.

Avec son livre hautement stimulant, nourri d'une impressionnante connaissance de sources inedites, Francisco Bethencourt incite tous ceux et celles qui travaillent dans le domaine de l'inquisition a vouer une attention particuliere a des questions de structure. Il s'avere en effet qu'une institution aussi <<globalement>> active que l'inquisition (pour reprendre un mot du titre) a produit des modes de fonctionnement standardises. Et seule la connaissance de ces parametres generaux permet d'apprecier les traits propres a chaque cas etudie.

Georg Modestin

Universite de Fribourg (Suisse)
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Author:Modestin, Georg
Publication:Canadian Journal of History
Article Type:Book review
Date:Mar 22, 2011
Words:994
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