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Scribes and Schools in Monarchic Judah: A Socio-Archeological Approach.

Dans l'introduction (pp. 11-47), l'auteur evoque rapidement les diverses positions actuelles sur l'existence d'ecoles dans le royaume de Juda et se propose de resoudre ce probleme a l'aide d'un modele socio-archeologique. Ayant defini l'ecole comme l'institution specialisee ou des enseignants professionnels retribues formaient de futurs administrateurs, il postule qu'une telle institution etait liee a un modele de societe comportant un controle administratif central, une stratification sociale et divers specialistes a plein temps. Il etudie donc trois parametres archeologiques: nombre et taille des installations, importance des travaux publics et nombre des objets de luxe afin de caracteriser l'evolution de la societe judeenne a l'epoque du Fer (|12.sup.e~-|6.sup.e~ s. av. J.-C.); cette analyse est illustree par 15 tableaux, 22 cartes et 16 graphiques. Il conclut cette recherche socio-archeologique en soulignant que le modele d'un "etat," ou d'une societe avec controle administratif central, ne s'applique au royaume judeen qu'au 8/|7.sup.e~ s. av. J.-C. Des lors, puisque "specialized training in administrative skills was apparently needed on a broad basis only in the 8th-7th centuries", "formal scribal training would, therefore, take place primarily if not exclusively in Jerusalem".

L'etude des scribes et des ecoles dans le royaume de Jerusalem avait deja fait appel aux donnees de l'archeologie et a l'evolution de la societe judeenne, cependant l'essai de D. W. Jamieson-Drake est original par sa systematisation: les donnees epigraphiques et bibliques ne sont evoquees que pour memoire: la solution proposee est fournie par la conformite des donnees archeologiques a un modele theorique. Un tel essai pose un certain nombre de problemes methodologiques: plusieurs sont evoques par l'auteur mais d'autres sont passes sous silence, ainsi:

Limiter a priori le role des ecoles judeennes a la formation des administrateurs c'est supposer que l'ecriture, le calcul et une certaine culture sapientiale et historique etaient totalement inconnues et inutiles chez des agriculteurs ou des bergers, des artisans ou des commercants. Un peu plus tard, en Transjordanie du Nord, l'existence de plusieurs milliers d'inscriptions safaitiques montre pourtant probablement que de nombreux bergers y savaient lire et ecrire. Bien plus, l'epigraphie paleo-hebraique elle-meme atteste, a cote d'inscriptions cursives de scribes professionnels, l'existence d'inscriptions plus irregulieres dues a des scripteurs occasionnels.

L'emploi de l'ecriture et l'existence d'ecoles peuvent-ils vraiment se deduire de donnees archeologiques non inscrites? Cela n'est pas sur: en Palestine meme, la civilisation du Bronze ancien semble avoir ete a peu pres aussi florissante que celle du Fer II en fait d'installations, de travaux publics et d'objets de luxe (cf. un site tel que Tell Yarmouth: P. de Miroschedji, Yarmouth 1 |Paris, 1988~); cependant l'emploi de l'ecriture y est encore une question non resolue.

La pretention d'utiliser une datation archeologique independante des donnees historiques, afin d'eviter un raisonnement circulaire, est en grande partie illusoire. Mises a part les datations au carbone 14, relativement recentes, peu nombreuses et approximatives, la datation des principales decouvertes archeologiques, pour la periode etudiee, s'est faite, explicitement ou implicitement, directement ou indirectement, a tort ou a raison, en reference a des donnees historiques.

Il semble donc que, meme si elle peut eclairer le probleme de l'emploi de l'ecriture et de l'existence d'ecoles, l'approche socio-archeologique ne puisse, a elle seule, resoudre ce probleme independamment d'une etude approfondie des donnees epigraphiques et historiques.

En fait, du simple point de vue archeologique, la mise en oeuvre de l'approche socio-archeologique de ce livre laisse quelque peu a desirer; on y recontre plusieurs lacunes, incoherences, contradictions et erreurs. Signalons les plus importantes:

Les donnees utilisees sont incompletes, tant pour la liste des sites evoques (absence de Tell Batash/Timnah, Khirbet 'Ouzza, Qadesh-Barnea...) que pour les donnees archeologiques publiees sur chaque site (ex.: l'information s'arrete en 1984 pour Jerusalem et en 1978 pour Lakish). Ces lacunes sont d'autant plus graves qu'elles portent sur des sites ayant fourni des inscriptions paleo-hebraiques et que, par ailleurs, l'auteur a inclu les donnees de sites philistins (Ashdod, Ashqelon, Tell Jemmeh, Sharuhen...) ne faisant pas partie du territoire judeen.

L'auteur reconnait volontiers les limites des informations archeologiques publiees et son "approche simpliste" de leur interpretation, cependant sa mise en oeuvre quantitative reste parfois etonnante. Ainsi, il compte seulement l'epaisseur des murs pour les murs d'enceinte de ville tandis que, pour les batiments publics, il utilise toute leur surface, et que, pour les forteresses, il adopte un systeme mixte. Sa conception des "objets de luxe" est aussi etonnante: il inclut dans cette categorie tous les objets inscrits et tous les objets de metal. Avec cette methode, la vie a Lakish devait etre particulierement "luxueuse" puisqu'on y a trouve plusieurs centaines d'anses de jarre estampillees (plusieurs pouvant provenir d'une meme jarre: D. Ussishkin, "Royal Judean Storage Jars...," BASOR 223 |1976~: 1-13) et plus de 850 pointes de fleche en fer (id., "The Assyrian Attack...," Tel Aviv 17 |1990~: 53-86, spec. p. 75).

Une incoherence au moins aussi grave apparait dans les datations archeologiques: il y a deux systemes incompatibles entre eux: celui de la p. 43 (Fer 1: 12/|11.sup.e~ s.; Fer 2a: |10.sup.e~ s.; Fer 2b: 9/|8.sup.e~ s.; Fer 2c: |7.sup.e~ s.; Fer 3: |6.sup.e~ s. et ss.) et celui des pp. 115, 117 (Fer 1: 12-|10.sup.e~ s.; fer 2: 9-|6.sup.e~ s.). Bien plus, p. 62, le Fer 2c est identifie au |8.sup.e~ s. tandis qu'il distingue parfois le |12.sup.e~ du |11.sup.e~ s. et le |9.sup.e~ du |8.sup.e~, sans preciser sur quelle base archeologique. Ces divers systemes ne tiennent apparemment aucun compte des destructions operees par Sennacherib en 701 av. J.-C. et par Nabuchodonosor c. 587 av. J.-C. Cette incoherence des systemes de reference est encore aggravee par des erreurs de datation; ainsi les estampilles royales sont parfois datees du |7.sup.e~, voire du |6.sup.e~ s., sans tenir compte de leur datation archeologique (D. Ussishkin, "The Destruction of Lachish...", Tel Aviv 4 |1977~: 28-60) et historique avant 701 (N. Na'aman, "Sennacherib's Campaign...", VT 29 |1979~: 61-86), ni de leur typologie (A. Lemaire, "Classification...", EI 15 |1981~: 54*-60*).

D'autres erreurs semblent dues a l'inadvertance: ainsi Gezer n'aurait comporte aucune construction publique au |10.sup.e~ s. (p. 94; cf. la porte salomonienne), ni Lakish au |7.sup.e~ s. (pp. 106, 182, 188, 190; cf. le mur d'enceinte, le bastion, et les magasins du niveau II). De meme, la forteresse d'Arad n'aurait mesure que "50 |m.sup.2~" (p. 179; en fait, 50 x 50 = 2500 |m.sup.2~) et, selon p. 78, "David failed ... to take a census in Samuel 24": en fait, 2 Samuel 24:4-9 indique que ce recensement a bien eu lieu et l'organisation des prefectures salomoniennes (1 Rois 4:7-19) en depend probablement.

Enfin certaines contradictions, liees aux conclusions, en revelent le caractere quelque peu a priori. Ainsi, malgre "the absence of data for public buildings at Jerusalem" et la non prise en compte de Jerusalem dans le chapitre sur les objets de luxe, l'auteur conclut, a la suite de ce chapitre: "The picture of Jerusalem's primacy based on its size and control of building programs was confirmed and functionally refined". De meme, la correlation des importations et de l'importance des artisans, non confirmee ou douteuse, p. 138, devient forte, p. 155. A cette meme p. 155, il note, "At a site of the regional position of importance that Lachish occupied, it is natural to find evidence that people may have been learning to write"; cependant, puisqu'il avait affirme auparavant qu'il ne pouvait y avoir de formation administrative que dans la capitale, Jerusalem, il ajoute que l'abecedaire de Lakish "should not be interpreted as evidence for a school. Schools would be located in Jerusalem, if schools ever existed".

Dans ces conditions, toutes les conclusions de D. W. J.-D. ne sont probablement pas a retenir: quitte a la nuancer, l'existence d'un certain centralisme administratif judeen au 8/|7.sup.e~ s. parait confirme par l'epigraphie (A. Lemaire, Les Ecoles ... |1981~, 48, 70), mais celles-ci rendent aussi probables l'existence d'autres centres de formation administrative, en particulier a Lakish (ibidem, 45, 66, nn. 154, 254), sans compter divers lieux d'enseignement "elementaire" (lecture, ecriture, calcul...: ibidem, 63-64). Meme si l'approche socio-archeologique est utile et si "In archaeology, theory has a tremendous amount of catching up to do", une plus grande rigueur dans leur mise en oeuvre aurait ete souhaitable.
COPYRIGHT 1992 American Oriental Society
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Author:Lamaire, A.
Publication:The Journal of the American Oriental Society
Article Type:Book Review
Date:Oct 1, 1992
Words:1404
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