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Romanian personalities within the French diaspora. A common view. The period before the second World War/Personnalites roumaines dans la diaspora de France. Une vision partagee. La periode d'avant la Seconde Guerre Mondiale.

Introduction

La France du XXe siecle a certainement eu le pouvoir d'adopter des personnalites de culture d'origine roumaine, qui, sans vouloir perpetuer un cliche, ont contribue a l'enrichissement du patrimoine culturel de ce pays, d'autant plus que certains d'entre ces intellectuels etaient meme des fondateurs de mouvements artistiques. Il est notre dessein d'identifier les plus importants d'entre eux, tout en nous concentrant sur la periode avant la Seconde guerre mondiale, afin d'etablir un parcours biographique pertinent pour chacun et de souligner leur contribution a l'affirmation de l'identite roumaine au sein de l'exil. Le choix d'une vision plus vaste sur la culture est explicable par l'essai d'offrir une perspective comprehensive de l'ampleur des contributions que l'intelligentsia roumaine a eues en France a l'epoque soumise a notre investigation. L'emploi d'une methodologie claire qui comprend une approche comparative, afin d'identifier des elements de continuite dans le message de la diaspora roumaine de France, nous a permis de nous arreter sur des categories bien definies d'intellectuels, comme les surrealistes, qui ont forme un veritable pole culturel roumain a Paris par leur revolution artistique, aussi bien que des chanteurs, sculpteurs et peintres. Pourtant, nous estimons que le paysage serait reste incomplet sans mentionner au moins une figure emblematique du paysage politique roumain qui a deroule sa carriere sous les auspices de la culture francaise--Nicolae Titulescu. La demarche de recherche, qui s'appuie sur une bibliographie vaste, filtree a l'aide des methodes de recherche qualitatives, fait partie d'un ouvrage beaucoup plus detaille, dedie au message pro-europeen de la diaspora roumaine de France, qui fait encore l'objet d'un travail intensif dans le cadre de nos etudes doctorales.

Le mouvement surrealiste--une revolution culturelle a la francaise

Emmenage a Paris en 1919, le poete et essayiste Tristan Tzara est considere l'un des fondateurs du dadaisme, suite aux interactions avec le monde culturel de France, represente par Andre Breton ou Louis Aragon, pour citer quelques noms. L'importance de Samuel Rosenstock--son nom reel, va plus loin que le nombre impressionnant de textes qu'il a ecrits en francais, si l'on prend en consideration son implication active dans la Resistance francaise pendant la Seconde guerre mondiale. Sa sympathie pour le communisme l'a pousse a s'inscrire dans le PC de France en 1947 et il a tache de mettre en evidence des connections entre le Marxisme et le mouvement surrealiste. C'est l'an 1956 qui s'est avere crucial pour l'orientation politique de Tristan Tzara, car, suivant l'exemple d'autres intellectuels qui sympathisaient encore avec les ideaux communistes, il a demissionne du Parti suite a l'intervention des troupes de l'Union sovietique en Hongrie. (1)

La meme attraction exercee par l'espace francais a ete ressentie dans le cas de Benjamin Fondane, critique litteraire, poete et essayiste roumain d'origine hebraique, qui represente un autre exemple univoque d'artiste qui a choisi de valoriser son ceuvre par le biais de la francophonie. Etabli a Paris en 1923, il s'interesse a la culture europeenne de son epoque et maintient des relations avec des ecrivains de Roumanie. Entre temps, il fait des tentatives utiles de promouvoir les valeurs litteraires roumaines dans son pays adoptif, en traduisant en francais des oevres ecrites par George Bacovia, Ion Minulescu et Tudor Arghezi. (2) La raison pour laquelle nous considerons que le cas de Fondane est representatif pour notre argumentation est simplement le fait que celui-ci ne s'est pas contente de se servir de la langue francaise et de son emmenagement a Paris afin de s'integrer au sein des ecrivains europeens. Au contraire, il admet la difficulte de s'exprimer dans une autre langue et tache de promouvoir des valeurs culturelles roumaines, ce qui demontre que le cas de Fondane est distinctif pour le processus d'europeanisation de la culture roumaine, achevee par l'intermediaire de la francophonie, avant la Seconde guerre mondiale.

En outre, le destin de cet ecrivain prouve un autre aspect que nous jugeons essentiel dans l'analyse de la diaspora roumaine de France, c'est-a-dire la solidarite entre ses representants. Dans ce cas, lorsque Banjamin Fondane a ete arrete a cote de sa sceur, Lina, pour etre Juifs, et emprisonne a Drancy (3), c'est Mircea Eliade qui a fait des efforts considerables pour moyenner sa liberation. Malheureusement, le prix de la liberte a ete trop grand pour Lina et Fondane a refuse de quitter l'endroit de sa detention en l'absence de sa scur, ce qui s'est avere fatal pour l'intellectuel roumain, tombe victime des exterminations nazies a Birkenau, en 1944. (4)

Tenant compte de tout cela, il est a remarquer l'apport des surrealistes roumains qui ont embrasse la langue francaise et ont meme emmenage en France (pour certaines periodes de temps ou meme de maniere permanente), comme Gherasim Luca, Gellu Naum, Paul Paun, Dolfi Trost, Virgil Teodorescu et Victor Brauner. Ceux-ci ont forme le Groupe surrealiste roumain, sous l'inspiration des ecrivains francais de l'epoque, tout en adoptant la langue francaise pour leurs ouvrages. Afin d'achever une meilleure comprehension de l'importance de ces artistes pour la diaspora roumaine de France, il est utile de s'arreter brievement sur chacun.

Gherasim Luca (1913-1994) a ete un poete et theoricien du surrealisme et un polyglotte, dont l'experience francaise a commence en 1938, lorsqu'il a entrepris une serie de voyages en France, pour s'y etablir en 1952, apres une longue serie de persecutions de la part du regime communiste. Collaborateur fidele de Dolfi Trost, Gherasim Luca a ete l'un des fondateurs du Cercle surrealiste avant l'arrivee au pouvoir du gouvernement Petru Groza et a continue sa ligne creatrice dans l'exil. Pour cela, il a etabli de fortes liaisons avec Paul Celan et d'autres artistes de l'epoque, tout en commencant une longue serie de voyages aussi en Europe qu'aux Etats-Unis.5 L'oevre de Gherasim Luca est d'ailleurs une preuve de l'attachement pour la langue francaise des ecrivains roumains qui ont embrasse le courant surrealiste, si l'on tient compte du fait que la plupart de ses volumes (dont il faut tout d'abord mentionner Dialectique de la dialectique) ont ete publies en cette langue, meme avant le choix de l'exil. Le tragique de ce representant des artistes roumains en exil qui ne devrait pas etre oublie a commence depuis l'avenement du regime du marechal Antonescu, a cause des origines juives de Luca, et s'est perpetue apres le moment fatidique du 6 mars 1945. C'est malheureusement le meme destin qui a poursuivi cet artiste le long de sa vie, car, par manque de formes legales de sieger a Paris, il a du quitter son habitation et, a l'age de 80 ans, il a commis suicide. (6) Son heritage persiste quand meme, malgre le fait que l'opinion publique roumaine a ete plutot ignorante a l'egard de cet intellectuel non seulement avant la Revolution (ce qui ne serait pas surprenant), mais meme des lors, ce qui le rend l'un des noms importants qui courent le risque de s'effondre dans l'oubli collectif. Ce n'est pas le cas pourtant de la philosophie francaise contemporaine, qui a fait appel a l'heritage culturel de Gherasim Luca par le biais de Gilles Deleuze et son proche collaborateur, Felix Guattari, philosophes et militants francais.7

En ce qui concerne Gellu Naum, c'est lui qui est normalement associe le plus frequemment avec la naissance de l'ecole surrealiste de Bucarest. L'experience francaise de Naum est differente de celle de ses collaborateurs, car c'est un intellectuel qui n'a pas pris la voie de l'exil apres l'installation de l'oppression communiste en Roumanie. En effet, Gellu Naum a fait ses etudes doctorales a Paris entre 1938 et 1941, d'ou il a pris l'inspiration pour la creation du Cercle surrealiste, suite aux interactions avec l'ecrivain Andre Breton, le fondateur du surrealisme francais, par son Manifeste de 1924. (8) Il est tres important d'acquiescer le fait qu'encore une fois, l'inspiration des courants litteraires ou, dans un sens moins restreint, artistiques, a connu en Roumanie une forte contribution francaise. Pourtant, Gellu Naum n'a utilise qu'assez peu le francais dans ses ouvrages, mais il l'a fait dans des moments cruciaux, comme la publication du manifeste L'infra-noir, a cote de ses collaborateurs surrealistes roumains. (9) L'abandon de la langue francaise dans ses oevres litteraires a ete joint par un relatif et dispute alignement a l'orientation litteraire du Parti communiste, ce qui rend introuvable toute contribution remarquable de Naum aux mouvements de dissidence a l'interieur du pays. En fait, ce n'est qu'apres 1989 qu'il reprend le contact avec l'espace francophone, en faisant des voyages a l'Occident. Le tout encadre l'activite de Gellu Naum dans une categorie particuliere d'intellectuels roumains, qui ne se sont pas exiles suite a l'avenement du communisme, mais ont survecu avec plus ou moins de compromis, afin de revenir a l'ouverture vers la culture occidentale lorsque le contexte interieur le lui a permis. (10)

Pour aller plus loin dans notre investigation du Cercle surrealiste de Bucarest, adepte de l'usage du francais, il faut mentionner le nom de Paul Paun. Le poete, essayiste et docteur roumain represente un cas interessant de plusieurs points de vue, dont on s'arretera sur l'evolution de l'emploi de la langue francaise dans ses oevres. C'est l'esprit de L infra-noir de 1946 qui a ouvert la voie de la francophonie pour Paul Paun et la collaboration etroite avec les autres representants de l'ecole surrealiste de Bucarest. Ainsi, le volume collectif Eloge de Malombre a ete suivi par les ouvrages individuels Les esprits animaux et La conspiration du silence, tous les trois parus en 1947, juste avant l'ecroulement du mouvement surrealiste de Roumanie. Grace a ses origines juives, Paul Paun a trouve le refuge en Israel, ou il n'a pas cesse d'employer le francais comme principale langue de ses ecritures, qui se sont desormais orientees vers la poesie. Le cas presente differe des anterieurs, car ici il ne s'agit pas d'un representant de la diaspora roumaine de France, mais, malgre cela, l'attachement de toute une generation d'artistes roumains pour l'heritage francais s'est avere trop fort pour que Paun abandonne l'usage de cette langue. (11) Il s'agit bien sur d'encore une preuve au dossier des interactions culturelles au niveau de l'intelligentzia entre la Roumanie et la France, temoignant de l'existence d'un mecanisme viable de propager l'information culturelle, et parfois meme ideologique, provenant de l'espace roumain, vers l'Occident, par ce biais linguistique et culturel.

Le cas de Dolfi Trost est egalement peu connu en Roumanie, bien que son heritage soit important pour comprendre le mouvement surrealiste et son message. Meme si l'exil a l'Occident lui a ete initialement prohibe par la machine communiste, Trost y parvient probablement en 1948 (les preuves ne sont pas concretes), car on le retrouve a Paris, a cote d'Andre Breton a ce moment-la. Victime de la censure raciste pendant la Seconde guerre mondiale, Dolfi Trost reprend la publication des articles en 1945, au sein du Groupe surrealiste, avec des titres valeureux, en francais, comme Vision dans le cristal. Oniromancie obsessionnelle et neuf graphomanies entoptiques (1945), Le profil navigable. Negation concrete de la peinture (1945), La connaissance des temps (1946), Le plaisir de flotter. Reves et delires (1947), Le meme du meme (1947) et Le Sabie nocturne (1947), ce dernier inclus dans le catalogue parisien Le surrealisme en 1947. A ces ouvrages s'ajoutent ceux publies avec Gherasim Luca, Gellu Naum, Virgil Teodorescu et Paul Paun :

L infra-noir et Eloge de Malombra. Malgre sa fin de vie abrupte, dans l'anonymat de l'exil aux Etats-Unis, la contribution de Dolfi Trost au rapprochement culturel des intellectuels roumains de l'espace francais reside dans le fait qu'il a ete accepte dans les cercles surrealistes de Paris et qu'il a systematiquement employe le francais pour toute manifestation culturelle organisee dans le cadre du mouvement dont il faisait partie. Par exemple, etant donne son attachement a la graphie, l'exposition qu'il a organisee au debut de l'an 1945 a ete baptisee Presentation de graphies colorees, de cubomanies et d'objets. (12)

Un autre representant du mouvement surrealiste roumain, dont les contours ont ete tires a l'inspiration de Paul Eluard et de l'esprit du meme courant manifeste a Paris a ete Virgil Teodorescu. (13) Quoiqu'il n'appartienne pas a la diaspora roumaine de France, dans ses essais et poesies, Teodorescu tache de garder l'essence du surrealisme authentique et manifeste, en consonance avec ses camarades, un attachement initial pour la langue francaise. En tant que co-auteur aux ouvrages de chevet de ce mouvement artistique, Teodorescu trouve l'apogee de son oevre, qui comprenait deja des titres en francais, comme les poemes Au lobe du sel et La provocation. Les interactions de cet artiste avec la langue francaise ne s'arretent pas seulement sur ces oevres, car il entreprend egalement des traductions en roumain de Paul Eluard, l'un des fondateurs du mouvement surrealiste, et de Guillaume Apollinaire, un precurseur de ce courant artistique. Malgre son detachement partiel des valeurs du nouveau style (et de la langue francaise, qu'il emploie seulement pour la publication du volume bilingue Repos de la voyelle en 1976) et des inclinations vers la litterature de l'esprit communiste, Virgil Teodorescu reste l'un des ecrivains qui ont fait preuve d'attachement a l'egard de la langue francaise et qui ont reussi, pour une courte periode de temps, a resister aux pressions de la part du regime totalitaire, afin de manifester un esprit litteraire compatible avec les valeurs occidentales. (14)

Afin de completer les breves biographies des artistes surrealistes roumains qui ont eu des liaisons profondes avec l'espace francais avant et meme apres la Seconde guerre mondiale, il ne faut pas omettre le nom Victor Brauner. Poete et peintre, Brauner est vraiment un intellectuel emblematique pour la these que nous soutenons, c'est-a-dire l'attachement evident et generalise des elites roumaines a l'egard de la culture et la civilisation francaises pendant les decennies entourant la Seconde guerre mondiale. Ainsi, Brauner commence a peindre sous l'inspiration de l'impressionniste Paul Cezanne meme avant d'entreprendre son premier voyage a Paris, en 1925. Saisissant la compatibilite entre sa propre vision de l'art et le courant dominant qui s'y manifeste, Brauner demeure a Paris entre 1930 et 1935, ou il beneficie du soutien de Constantin Brancusi et d'Andre Breton, ce dernier etant l'un des principaux theoriciens du mouvement surrealiste, embrasse par Brauner. Apres un retour en Roumanie pendant trois ans, lorsqu'il reste attache a l'emploi de la langue francaise dans ses expositions, Victor Brauner rentre et s'etablit definitivement en France. Son integration y est naturelle, de sorte qu'il est choisi en 1966, avant sa mort, de representer la France a une exposition internationale a Venise. (15)

Le succes de Victor Brauner et des autres representants du surrealisme temoigne d'une compatibilite quasi-parfaite entre les manifestations de ce courant en Roumanie et en France, un synchronisme dans le sens d'Eugen Lovinescu--qui d'ailleurs a emprunte ce terme des theoriciens sociologues de France. Il s'agit egalement d'un echange d'idees et de la creation de liaisons interpersonnelles qui ont contribue a la propagation de l'esprit de l'epoque parmi les elites de la culture roumaine. On remarque en outre les interactions extremement dynamiques aussi entre les elites roumaines trouvees en exil qu'entre celles-ci et les representants francais des courants qu'elles manifestent, ce qui temoigne de l'existence d'un veritable circuit des valeurs qui se transmettaient et se metamorphosaient pendant la periode qui nous interesse, afin de tracer des lignes directrices communes des elites des deux pays. Il est important de remarquer la facilite avec laquelle on franchissait la barriere linguistique et les obstacles culturels, qui ne s'erigeaient pas de maniere a entraver ces echanges vitaux pour la creation des liaisons culturelles entre les intellectuels roumains et francais. Nous considerons que toute interpretation simpliste pretendant que la direction prise par les influences culturelles etait seulement depuis l'espace francais vers le roumain est fausse, car les preuves montrent que l'apport des elites artistiques roumaines au developpement des courants manifestes a l'occident (dans notre cas, le surrealisme) a ete considerable. Le fait que des ecrivains francais, par exemple, avaient l'habitude de citer leurs homologues d'origine roumaine et non seulement vice-versa et qu'ils les accueillaient dans leurs cercles de debats visant l'evolution des tendances artistiques de l'epoque sont des preuves encourageantes pour le renforcement de notre demonstration et aussi pour admettre l'existence des mecanismes destines a faciliter les echanges d'idees entre l'intelligentzia des deux pays.

La sculpture--vehicule de la culture roumaine entre les deux guerres

La retrospective des artistes qui ont vecu cette double identite culturelle, roumaine et francaise, peut continuer et il est essentiel que certains noms n'y soient pas omis. Dans l'univers de la sculpture, cet esprit cosmopolite qui a cree des liens spirituels extraordinaires entre les deux cultures a ete represente par Idel Ianchelevici. Ayant fini ses etudes d'arts a Liege, en Belgique, le sculpteur roumain de Bessarabie emmenage en France apres la Seconde guerre mondiale, ou il beneficie de la chance d'inaugurer son propre musee, a Maisons Laffitte. L'importance de cet artiste talentueux augmente si l'on prend en consideration le fait qu'il n'a jamais abandonne les liaisons avec son pays natal, ni avant, ni pendant la periode communiste. En effet, en 1935, Ianchelevici presente une exposition impressionnante a Bruxelles sous le patronage de l'ambassadeur roumain en Belgique, l'ancien ministre des affaires etrangeres, le prince Dimitrie Ghica. La meme annee accueille la contribution de Ianchelevici au Pavillon roumain de l'Exposition internationale de Bruxelles. Tous ces tributs au pays natal ont rendu connue l'origine de cet artiste apprecie dans les milieux francophones avant la Seconde guerre mondiale, de sorte que l'opinion d'Ianchelevici dans une interview avec le journaliste Andrei Magheru devient edificatrice : en repondant a la question quelles sont les raisons pour lesquelles il n'a pu jamais oublier la Roumanie, le sculpteur affirmait : Je ne peux pas oublier la chaleur sentie lorsque je courais pieds nus sur le porche parental, rechauffe par le soleil du Pays ou je suis ne. (16)

Restant dans l'univers de la sculpture, il faut mentionner le nom Ion Irimescu, qui a constitue un cas particulier d'interaction avec l'espace francais. Ainsi, apres avoir fini les cours de l'Ecole nationale de beaux arts de Bucarest, il part a Paris en 1930, grace a une bourse d'etudes et joint l'Academie de la grande chaumiere, ou il cree quelques-unes de ses meilleures ceuvres, sous l'inspiration d'artistes francais comme Antoine Bourdelle. Deux ans plus tard, il est distingue avec un prix offert par la Societe des artistes francais, qui confirme l'appreciation d'Irimescu par ses confreres occidentaux. Neanmoins, Ion Irimescu rentre en Roumanie en 1933, avec un esprit modele dans l'esprit cosmopolite, qui le pousse a etaler ses oevres a des expositions dans tous les coins de l'Europe et non seulement, meme apres l'arrivee du regime communiste. En fait, Irimescu a une contribution appreciee a l'Exposition de sculpture contemporaine qui a lieu a Paris en 1961 et ainsi, il reste fidele non seulement a son style, forge sur le territoire francais, mais aussi a l'heritage culturel acquis pendant sa periode d'etudes a Paris. Son activite academique, ses demarches de mecenat et son omnipresence aux expositions de sculpture les plus prestigieuses rendent Ion Irimescu un profil en concordance avec celui recherche par ce papier : il s'agit de l'intellectuel qui--bien que dans ce cas il n'ait pas appartenu a la diaspora roumaine--a reussi a trouver non seulement une source d'inspiration dans le paysage culturel francais, mais aussi la reconnaissance internationale qui l'a transforme en une autorite dans le monde academique de son domaine. (17)

La creation musicale roumaine sous les auspices d'Enescu

Pour aller plus loin dans le meme paysage des arts, on tourne l'attention maintenant vers celui qui est encore considere le plus grand musicien roumain, George Enescu. Esprit typique de son epoque parmi les elites artistiques roumaines, il entreprend ses etudes a Vienne et Paris et commence a se faire remarquer par les personnalites de la musique francaise, ce qui lui permet de faire son debut en tant que compositeur a Paris, en 1898. (18) La periode de la Premiere guerre mondiale et celle d'entredeux-guerres accueillent Enescu, ses compositions et son talent de chef d'orchestre aussi a Bucarest qu'a Paris, bien qu'il s'engage egalement dans des voyages qui l'amenent plusieurs fois meme plus loin des frontieres europeennes, jusqu'aux Etats-Unis. De nouveau on remarque un esprit cosmopolite, avec un talent indeniable, qui est desormais regarde comme une autorite en matiere de musique classique. (19) L'attachement d'Enescu pour la France est prouve maintes fois, comme par exemple, grace au choix de Paris pour la premiere de son seul opera, CEdipe, le 13 mars 1936. En effet, il n'y a que le declanchement de la Seconde guerre mondiale qui a mene au declin de cette oevre de grande ampleur en France, quoique dans la Roumanie communiste, les festivals dedies au grand musicien incluent cet opera. (20) La fin de la guerre et l'installation des communistes au pouvoir ont pousse George Enescu sur la voie de l'exil, ou le choix naturel a ete la capitale de la France. Son image exploitee par le nouveau regime de Bucarest, Enescu reste egalement apprecie par l'intellectualite francaise, au sein de laquelle il s'est parfaitement integre spirituellement, malgre les conditions precaires dans lesquelles il a passe ses dernieres annees de sa vie. L'interet des communistes pour ce symbole est demontre par la visite du Dr. Petru Groza a Paris en 1950, dont le dessein etait de persuader Enescu de revenir dans son pays natal. (21) Son refus a ete, a notre avis, la preuve la plus concrete qu'il s'agit d'un veritable membre de l'exil, puisque les promesses des communistes visant une vie en luxe ont ete ignorees par le grand compositeur, face au gout de la liberte d'esprit. Si l'on reflechit davantage, on aurait peut-etre raison d'avouer qu'en ce qui concerne l'impact, la forme la plus dure de resistance dans le cas d'Enescu a ete tout simplement l'interpretation de ses compositions ou bien sa presence sur la scene. Un echo du talent d'Enescu est venu de Marcel Mihalovici (22), un autre musicien roumain qui, ayant choisi l'exil a Paris en 1921, avait ete decouvert par le grand compositeur et a apporte sa pierre a la creation d'une communaute musicale roumaine en France, qui a inclus egalement Dinu Lipatti ou Clara Haskil.

Les dames roumaines du theatre et du cinema parisien

Dans le domaine du theatre et du cinema, le nom d'Elvira Popescu reste emblematique pour illustrer la connexion entre l'intellectualite de Roumanie et de France. Pour 65 ans, l'actrice d'origine roumaine a emerveille le public parisien, aussi sur la cellulose, que--plus particulierement--sur la scene. Depuis 1923, l'accent d'Elvira Popescu avait ensorcele la critique de Paris, qui n'a pas hesite de la nommer Notre Dame du theatre et de lui paver la voie vers le prix Moliere, confere aux meilleurs acteurs de France, tout comme vers la Legion d'honneur (a deux reprises). Sans que nous nous proposions de faire une retrospective des pieces de theatre, ou bien des films dans lesquels Elvira Popescu a apparu, il est quand meme a noter l'impact de cette artiste sur l'opinion publique de France. (23) Par sa grace et son talent, elle a reussi a attirer a son salon non seulement des elites de son domaine, mais aussi des politiciens, de sorte que les presidents Valery Giscard d'Estaing et Jacques Chirac etaient parmi les admirateurs de l'actrice. En tant que representant de l'exil roumain, il est a noter que c'est Elvira Popescu qui a abouti a moyenner le depart du chanteur roumain Jean Moscopol aux Etats-Unis, en 1947, a cause de l'incompatibilite totale entre la conception de celui-ci et les exigences du regime communiste de Bucarest concernant le role d'un tel artiste dans la societe. (24)

Pour continuer avec la sphere du theatre, on fait mention du nom de Maria Ventura, une autre actrice roumaine de succes, qui, apres avoir accompli ses etudes a Paris, a joue dans des spectacles aussi en Roumanie qu'en France. Ayant interprete des roles d'importance majeure a Paris et devenant familiarisee avec les classiques du theatre francais, Maria Ventura a apporte en Roumanie les tendances culturelles de profil des grandes stages parisiennes, ce qui s'est materialise en une contribution remarquable au developpement du theatre roumain. En tete de son ensemble, elle a gagne une reputation solide parmi les intellectuels roumains, tout en beneficiant de l'appreciation des elites francaises (25)--le tout nous determine d'ajouter le nom de Maria Ventura parmi les artistes d'origine roumaine qui ont rapproche davantage notre culture de celle de la France, dans la periode d'entre-deux-guerres et apres.

Le message europeen des elites roumaines dans l'esprit de Titulescu : le Ministre (francophone) d'Europe

Afin de s'eloigner intentionnellement du domaine des beaux arts et de se diriger vers l'enjeu primordial de notre recherche, celui d'observer la contribution des elites roumaines de la diaspora francaise a la perpetuation d'un message pro-europeen de la Roumanie, il s'impose en premier lieu une mention des noms les plus sonores des personnalites du monde politique liees de maniere decisive a l'espace francais avant et apres la Seconde guerre mondiale--une liste qui commence avec Nicolae Titulescu. Pour celui-ci, l'experience francaise debute avec les etudes de droit accomplies a Paris par un doctorat et continue a cote du vaste parcours international en tant que delegue permanent et ensuite president en deux reprises (1930 et 1931) de la Ligue des Nations. (26) L'echo du message de Titulescu sur la scene des relations internationales s'est fait entendre par l'intermediaire de ses visions pacifistes de gauche, a un moment ou la menace fasciste, voire nazie, commencait a planer au-dessus du continent. Son image favorable sur le plan europeen lui a permis d'avoir une contribution significative dans l'etablissement de l'Entente Balkanique, en 1934, qui se proposait de creer une zone de securite entre deux poles potentiellement dangereux qui prenaient contour en Europe : le fasciste et le communiste. (27) Neanmoins, c'est justement cet attachement aux politiques de gauche qui a mene a l'eloignement de Titulescu de la scene politique, sous les pressions des Legionnaires, de sorte qu'il a pris la voie de l'exil, d'abord en Suisse et, ulterieurement, en France, a Cannes. L'accueil de Titulescu y est favorable, c'est pourquoi l'homme politique, dont l'esprit cosmopolite lui a permis de ne se trouver sous aucune contrainte de franchir des obstacles culturels ou linguistiques, continue a propager ses messages de paix et d'unite europeenne. Profitant de son talent remarquable d'orateur, celui qui a ete surnomme Le Ministre d'Europe a continue a promouvoir son idee de spiritualiser les frontieres d'Europe, a cote des mesures pratiques vouees a renforcer et a legitimer le droit international. Son rapprochement a l'egard de la France avait deja genere des prises de position dans cette direction, par la condamnation des violations par l'Allemagne des clauses militaires prevues dans le Traite de Versailles en 1935, en concordance avec la position extremement ferme de Titulescu a l'egard de l'invasion de l'Abyssinie par Mussolini. (28) Pourtant, etant donne la sante precaire du diplomate roumain, son exil en France a ete plutot ephemere, durant jusqu'a sa mort en 1941. (29)

Malgre cela, l'importance de Nicolae Titulescu en tant que representant de la Roumanie dans les structures institutionnelles europeennes les plus vastes de l'entre-deux-guerres et, ensuite, comme membre eminent de l'intelligentzia roumaine en exil, reste emblematique. Son amitie a l'egard de la France a ete tout d'abord en consonance avec les tendances des politiciens roumains de cette epoque-la, mais la qualite d'expression de ce sentiment a surpasse de loin les autres diplomates qui partageaient cette vision. A part les messages pacifiques transmis depuis les tribunes de la Societe des Nations et l'essai de rapprocher les pouvoirs occidentaux de l'Union sovietique, aux depens de l'Allemagne nazie, il nous reste un heritage de Titulescu qui touche particulierement la conscience d'unite spirituelle des peuples roumain et francais pendant les annees 1930. Nous souhaitons faire appel a un exemple qui ait la capacite de justifier l'existence de ce sentiment, verbalise dans le style unique de Titulescu.

L'occasion que nous prenons en consideration est la visite historique a Bucarest de Paul Boncour, le ministre des affaires etrangeres de France, en 1934, dont l'agenda accablant l'a amene devant son homologue roumain. C'est alors que Nicolae Titulescu a prononce son discours, qui comprend sa vision envers l'espace francais et se focalise sur des aspects essentiels, tels les relations franco-roumaines, l'attachement commun a l'egard des valeurs supremes de l'humanite et le dessein similaire des deux nations dans le cadre institutionnel mondial represente premierement par la Ligue des Nations. En faisant des eloges a ce qu'il appelle l'amitie la plus desinteressee qu'il connaisse, Titulescu n'hesite pas a recourir a une flatterie qui aujourd'hui serait qualifiee comme exageree--definie par les raisons pour lesquelles les Roumains aiment la France et meme son representant de haut rang, le ministre Boncour. Il est vrai pourtant que l'une des intentions de Titulescu lors de ce discours etonnant a ete de rassurer son homologue francais de la cooperation entre la Petite Entente et la France, etant donne l'identite parfaite de conception entre la Roumanie et la France. (30)

Bien que le texte soit abondant en figures de style et que la maniere de s'adresser adoptee par Titulescu depasse les cadres habituels contemporains de familiarite du langage diplomatique, le ton et le contenu de ce discours sont parfaitement justifiables si l'on tient compte du contexte dans lequel il a ete donne. Il s'agit d'un ministre des affaires etrangeres de France qui est accueilli en Roumanie avec un degre d'enthousiasme inoui et qui a des rencontres non seulement avec le Roi, mais qui delivre des allocutions aussi devant le Parlement de Bucarest et l'Academie Roumaine, devenant citoyen d'honneur de Roumanie--si l'on mentionne seulement quelques-unes des occasions officielles lui etant dediees, car il faut y ajouter les banquets et les receptions.

Le tout demontre une hypothese fondamentale de cette recherche, qui soutient que l'attitude des elites roumaines a l'egard de la France etait absolument favorable pendant les decennies precedant la Seconde guerre mondiale, ce qui explique encore une fois la raison pour laquelle une partie de ces elites n'ont pas hesite de choisir ce pays en tant qu'hote de leur exil, fuyant la repression politique.

Conclusion

Les interactions des intellectuels roumains de la periode entre les deux guerres avec la culture francaise ont ete indeniables et sont devenues la marque d'une generation entiere, dont les consequences restent bien visibles meme a presente. Quoique l'espace francais se soit avere un lieu de formation intellectuelle et un forum de debats extremement propice aux elites roumaines, qui y ont abouti a exprimer des idees innovatrices dans l'aire de la culture et de la politique, le desir de crayonner un message unitaire pour la modernisation de la Roumanie n'a pas encore ete necessaire avant l'avenement du communisme. Tenant compte de tout cela, il devient presque impossible de faire une analyse exhaustive des personnalites roumaines de la periode entre les deux guerres qui ont fait preuve d'un rapprochement exceptionnel a l'egard de la culture francaise, par l'intermediaire de la langue et des contacts directs avec celle-ci. La raison en est tres simple : l'abondance des noms qui appartiennent a la categorie anterieurement mentionnee est si grande que nous avons ete obliges de les cerner de sorte que les categories intellectuelles les plus illustratives a ce propos soient representees, a partir des beaux arts, allant jusqu'a la politique, que notre Titulescu a sans doute egalement transformee en une forme sublime d'art rhetorique. Ces brefs parcours biographiques, appuyes sur des sources roumaines et etrangeres, favorisent la continuation de cette recherche, dont la suite logique serait de ne pas cesser d'appliquer les methodes de recherche y adoptees non seulement pour tracer le parcours des personnalites decrites dans la creation d'un eventuel message pro-europeen de la Roumanie, mais aussi pour trouver d'autres noms de l'intellectualite roumaine en exil dans l'espace francais. Pour l'achever, il est a suivre la meme combinaison de methodes de recherche qualitatives et quantitatives, afin de mesurer l'ampleur de ces elites sur la scene francophone des debats visant l'avenir de la Roumanie communiste, tout en recourant au pouvoir suggestif des comparaisons. Ce sont en fait ces dernieres qui permettront de tracer les idees convergentes, mais aussi divergentes, de ces representants roumains de la diaspora qui ont apporte leur pierre a l'elaboration d'un plan coherent pour un avenir democratique et pro-europeen de l'Etat roumain.

Bibliographie :

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* Investing in people! Ph.D. scholarship, Project co-financed by the SECTORAL OPERATIONAL PROGRAMME FOR HUMAN RESOURCES DEVELOPMENT 2007-2013 Priority Axis 1. "Education and training in support for growth and development of a knowledge based society". Key area of intervention 1.5: Doctoral and post doctoral programmes in support of research. Contract nr.: POSDRU/88/1.5/S/60185--"INNOVATIVE DOCTORAL STUDIES IN A KNOWLEDGE BASED SOCIETY"

(1) Janos Farkas, Tristan Tzara in Ungaria. Octombrie 1956, dans Apostrof, Vol. XVII, No. 12, p. 199.

(2) Paul Daniel, Destinul unul poet, dans Barbu Fundoianu, Poezii, Bucarest: Ed. Minerva, 1978, p. 626.

(3) Ibidem, p. 637.

(4) Dieter Schlesak, "Statia terminus a istoriei. Marturii ale unei prietenii necunoscute: Emil Cioran si Benjamin Fondane", dans Apostrof, No. 8, 2009.

(5) Ilina Gregori, L'ultra-surrealisme de Gherasim Luca, dans Archiv fur das Studium der neueren Sprachen und Literaturen, Halbsjahrsb., 1982.

(6) Jean-Christophe Bailly, "Mort de Gherasim Luca", dans Liberation, 14 mars 1994.

(7) Gilles Deleuze, Felix Guattari, Mille Plateaux, Paris: Ed. Minuit, 1980, p. 168.

(8) Biographie de Gellu Naum, site officiel: www.gellunaum.ro.

(9) V. Vasile Spiridon, Gellu Naum (micromonografie), Ed. Aula, Brasov, 2005.

(10) Walter Cummins, Shifting Borders: East European Poetries of the Eighties, Madison: Fairleigh Dickinson University Press, 1993, p. 328.

(11) Ionel Jianu et al., Articti romani in Occident, Institutul National pentru Memoria Exilului Romanesc, Ed. Logos, 2005, p. 138.

(12) Geo Serban, Ascensiunea lui Dolfi Trost. Scene din viata avangardei la Bucurecti, dans Observator cultural, [www.observatorcultural.ro], 12 octobre 2011.

(13) Constanta Calinescu, Ion Faiter, Dimensiunile unor vocatii, Bibliotheque departementale de Constanta, 1979, pp. 177-180.

(14) Alexandru Stefanescu, La o noua lectura: Virgil Teodorescu, dans Romania literara, No. 36, 11-17 septembre 2002, pp. 10-11.

(15) Pavel Susara, "Victor Brauner si Romania", Calende, No. 1 (133), janvier-mars 2005.

(16) Andrei Magheru, "Centenarul marelui artist Idel Ianchelevici", dans Clipa, avril 2009.

(17) Grigore Ilisei, Intalniri cu Ion Irimescu, dans Romania literara, 2003, [http://www.romlit.ro/ntlniri_cu_ion_irimescu], consulte le 12 octobre 2011.

(18) Noel Malcom, George Enescu. His Life and Music, Londres: Ed. Toccata Press, 1990, p. 61.

(19) Pascal Betoiu, George Enescu, the Composer, International Enescu Society, 2005, [http://www.enescusociety.org/georgeenescu.php], consulte le 12 octobre 2011.

(20) George Enescu, Institut d'histoire de l'art, Academie de la Republique populaire roumaine, Ed. Musicale de l'Union des compositeurs roumains de la RPR, 1964, p. 98-100.

(21) V. Alain Cophignon, Georges Enesco, Paris: Ed. Artheme Fayard, 2006.

(22) V. Marcel Mihalovici, Amintiri despre Enescu, Brancuci si alti prieteni, Bucarest: Ed. Eminescu, 1987.

(23) Teatrul, Ministere de l'enseignement et de la culture, Conseil de la culture et de l'education socialiste, Ed. 1-6, Bucarest, 1986, pp. 89-91.

(24) [http://www.rezistenta.net/2009/03/jean-moscopol-cantaretul-disident.html], consulte le 12 octobre 2011.

(25) Tudor Arghezi, Scrieri, Vol. 28, Editura pentru Literatura, Bucarest, 1962, p. 340.

(26) George Potra, Pro si contra Titulescu, Fondation europeenne Titulescu, Editura Bucarest: Enciclopedica, 2002, p. 71.

(27) Ion Grecescu, Nicolae Titulescu: conceptie juridica si diplomatica, Craiova: Ed. Scrisul Romanesc, 1982, pp. 216-217.

(28) Gheorghe Buzatu, Titulescu si strategia pacii, Iasi: Ed. Junimea, 1982, p. 199.

(29) Ion Grecescu, op. cit., p. 46.

(30) Ion Scurtu, Istoria Romanilor de la Carol I la Nicolae Ceaucescu, Ed. Mica Valahie, 2010, pp. 158-159.

Adrian-Gabriel Corpadean **

** Adrian-Gabriel Corpadean est doctorant et enseignant a la Faculte d'etudes europeennes, Universite Babes-Bolyai de Cluj-Napoca, Roumanie. Contact: adi_corpadean@yahoo.com
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Author:Corpadean, Adrian-Gabriel
Publication:Studia Europaea
Article Type:Report
Geographic Code:4EUFR
Date:Dec 1, 2011
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