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Reflexion.

La societe marocaine ebranlee par ses pathologies de violence

La societe marocaine va-t-elle s'inscrire dans une logique de denonciation a long terme ? Est-elle capable de transgresser la regle et elaborer une strategie pour faire face a celle de ESSATTR qui domine la societe actuelle et fait passer sous silence un ensemble de pratiques anti-humaines sans que cette strategie de denonciation soit un moyen de controle de libertes individuelles et de vie intime ? Cela se fera t-il sans que cette derniere soit recupere pour instaurer encore et plus fort une moralisation theorique qui ne reponde plus a la realite sociale ?

Losqu'on discute de la paix de la societe marocaine, on aborde essentiellement un semblant de paix construit sur le deni, l'ettouffement et le silence d'un ensemble de pratiques qui violentent la morale sociale idealisee. La societe marocaine dans un sens commun traditionnel est organise pour ne pas denoncer le sujet du derapage. Elle condamne le fait de nommer, de dire , de rendre tangible un fait derangeant la paix sociale. Elle s'est toujours defendue par ses mecanismes moralistes pour asphyxier la realite de la violence sexuelle dans la societe marocaine. Ainsi, tout ce qui ne se dit pas, ne se nomme pas , n'existe pas comme realite. La societe marocaine a construit tout un systeme d'idealisation pour designer le dysfonctionnement, non comme le sien, mais certes une composante des autres civilisations et d'autres [beaucoup moins que] countries [beaucoup plus grand que] qui sont a l' origine de perturbations et troubles moraux de notre paix. Toute forme de comportement immoral est vu comme [beaucoup moins que] batard [beaucoup plus grand que], un etranger a notre systeme de valeurs solide et protecteur. La societe marocaine a occulte et occulte toujours dans son auto-perception ses pathologies sexuelles ; viol de femmes et d'hommes, inceste, consommation de prostitution, et pourtant, la violence sexuelle n'est pas inedite en son sein. L'inedit pour les citoyens marocains c'est d'en parler, non entre les portes, non plus dans des cercles proteges et fermes, non avec censure, mais sur l'espace public.

Voir defiler des citoyens marocains pour creer leur colere, leur rejet, leur peur, leur envie d'agir, fait naitre certes dans le plus profond de chaque citoyen marocain un plaisir douleureux, le plaisir d' observer son reveil amer sur une realite tant occultee et enterree dans son profond conscient, mais avec amertume, car la societe marocaine aurait bien aime se passer de cette exposition sociale qui fait saigner ses blessures et assassiner sa paix. Le citoyen marocain est brime dans sa chair, dans son etre.

La marche blanche de Casablanca par ses acteurs ; artistes, medias, politique, mouvements associatifs et la societe civile laisse entendre sa motiviation de crier sa revolte contre un systeme qui ne les protege pas. Par leur marche blanche, la societe marocaine ne denonce pas seulement la pathologie sexuelle dans son pays , mais annonce fortement qu'elle y est depuis longtemps. Neanmoins, le danger devient eminent, fortement present meme dans ses lieux profonds consideres les plus proteges et les plus paisibles. La societe marocaine fait troquer son ideal imaginaire illusoire, miroite depuis longtemps contre la denonciation et l'exigence de la protection sociale. Elle vit le sentiment d'etre en danger, ses citoyens s'organisent tant qu'ils peuvent pour se proteger, proteger les leurs par un controle grandissant sur l'individu ; censure de deplacement, accompagnement d' enfants, multiplication des moyens de transport et pourtant le sentiment d'etre expose au danger s'amplifie. Ils ont peur pour eux, pour leurs enfants, pour leur entourage. Ils prennent conscience du danger, des dangers , du sentiment de vivre dans une societe ou l'impunite est devenue par excellence la regle generale qui se confirme.

La banalisation de la violence sexuelle , un acte qui tue l'etre en chacun, enfants, adultes, femmes et hommes assassine l'innocence et la purete du corps et de l'ame. L'humain est eduque dans l'idee de preservation de son integrite. Devant ce fait destructurant , les victimes se sentent defaillantes, elles rejettent leurs corps, sont habitees par un sentiment de souillure, d'impurete. Elles se trouvent assez souvent prisonnieres de leur silence, de leur incapacite de reparation. Pour les enfants, c'est un reveil violent sur la sexualite, une [beaucoup moins que] initiation [beaucoup plus grand que] destructrice de leurs sensations humaines. Dans la societe marocaine, par peur d' un ordre social qui les positionne comme des coupables, elles se trouvent isolees face a elles, face a leur silence, sans mots, sans droit de dire, sans therapie possible. Elles sont otages de leurs sentiments : vivre et mourir avec, sans aucune liberation possible.

La marche blanche de casablanca declare dans ses propos l'envie de vengeance, car notre systeme moraliste et moralisant est borne. Il impose une vision educative qui se restreint a faire vehiculer des reperes , des valeurs et des principes pour maintenir l'idealisation de son ordre social, sans remise en cause possible de ses fondements. La marche blanche a marque aussi un fait insolite, la violence sexuelle, n'est plus une conception intellectualisee , elle est ressentie dans leur chair, dans leur corps, et transmis par des cris et des paroles violentes. Il est important, meme essentiel de constater que la marche blanche Casablanca, comme d'autres auparavant a revele les limites et les derapages du systeme de regulation sociale. Elle met en evidence le fait que ce systeme n'est plus fecond de securite ; la recherche d'une alternative possible devient une urgence, elle instruit l'idee de reflechir sur l'alternative.

La question est de savoir si la societe marocaine va user de l'ensemble de ses forces sociales, politiques, de ses acquis pour s'inscrire davantage dans sa modernite et instaurer une gestion plurielle de l'humain, de sa perception et de sa mesure, a savoir que notre systeme de mesure de l'humain se construit sur les apparences : les manifestations exterieures des appartenances et des convictions.

La question est aussi de s'interroger sur le systeme juridique en terme de lois et hommes de loi. Evoluera -t -il ? Pourra t-il s'inscrire dans une nouvelle approche pour remettre de l'ordre dans sa vision, une remise de l'ordre dans les roles et les places, que l'inculpe soit bien identifie et que la victime ait le droit de se sentir non responsable du fait, qu'on cesse de l' agresser, de culpabiliser sa famille pour prouver le degre de defaillance dans son role ?

Le systeme judiciaire doit revoir sa maniere de se positionner comme un representant/regulateur de l'ordre moral et religieux de la societe, qu'elle apprehende autrement sa place, sa profession.

Il est important que le legislateur se mette a reflechir sur des notions fortes et determinantes du viol, comme la notion de la liberte ou l'adhesion de la victime, qui se limite a chercher la relation entre le coupable et la victime. Il est important de saisir le sens exact de l'agression qui est enfouie en elle, la violation d'une liberte, le viol d'un corps humain. Le legislateur ne peut continuer a tergiverser sur la notion de la liberte en la reduisant a un accord sur la frequentation ,l'accompagnement ou la cohabitation avec une personne. Il ne faut pas reduire le corps humain, surtout le feminin a un champ de marchandage afin de qualifier le degre de degats et de pertes et statuer sur sa qualite, [beaucoup moins que] de virginite ou pas, [beaucoup plus grand que] etc. Par cette conception du viol, l'humanisme marocain est secoue et n'a pas lieu d'etre.

La societe marocaine est derangee dans son organisation morale et sociale par la violence sexuelle, par la pedophilie. Rappelons que celle-ci est codifiee socialement, legitimee par le groupe et un ensemble de pratiques coutumieres et des dires religieux. Le systeme social dit coherent legitime le viol des petites filles par l'acte de mariage dans plusieurs regions du Maroc, mariage a huit ans, neuf ans etc. Ces fillettes sont repudiees au lendemain. La societe s'empiete de plus en plus, entre l'envie de droit ,de droits humains et le maintien fort du conservatisme dangeureux pour l'humain. Le systeme conservateur constuit ses propres moyens de legitimation de viol, satisfait ainsi des besoins pathologiques, de pedophilie, reduisant ainsi, la femme enfant, la femme adulte, a un sexe capable de repondre a un imaginaire debordant, fantasmant sur une transe sexuelle et une virilite debordante.

La violence sexuelle, la pedophilie ebranlent la societe marocaine. Elles la mettent face a elle-meme, face a son systeme de regulation, a ses moyens de repondre a son evolution, a sa forme humaine de reflechir l'humain autrement et dans son integralite. Il est evident que la societe marocaine se fait rattrapper pas ses demons et pathologies sexuelles. La societe marocaine se trouve ainsi, face a sa relation, sa gestion et sa conception de la sexualite.

*Professeure de sociologie a la Faculte des Lettres et des Sciences Humaines-Mohammedia

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Publication:Al Bayane (Al Dar Al Bayda', Morocco)
Date:May 12, 2013
Words:1460
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