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Rastignac et son art de parvenir.

ENGLISH ABSTRACT

In the nineteenth century, social ambition became an important theme for many French writers in their role as observers of society. Thus, there appear in the literature of this period characters driven by a will to succeed at any cost. All novelists of the age scatter throughout their works the various rules of the art of success, and it may well be this that constitutes their secret charm, giving readers the illusion that, by reading these novels, they learn about life itself. Balzac is one of the most systematic of these theoreticians of success. This study looks at the art of success as practiced by Eugene Rastignac, the ambitious protagonist of La Comedie humaine, and asks whether a future synonymous for Rastignac with glory and social power does indeed bring him happiness and complete personal fulfillment. The Balzacian hero who succeeds is dissatisfied because no person can be completely happy while a member of society. What Rastignac obtains through his social success is not happiness but rather self-esteem and overweening vanity. His marriage of convenience, devoid of love, fails to make him happy; in Balzac's eyes, love is essential to the pursuit of happiness. Balzac most admires ambitious persons who complement their ambition with a fine character and an honorable vocation.

Introduction

Le personnage romanesque de l'ambitieux est evidemment le produit d'une situation historique: le developpement industriel et urbain fait naitre de nouveaux types de richesses, occasions que des etres avides de reussite savent saisir. Le roman realiste, particulierement attentif a la peinture sociale, ne pouvait pas ne pas prendre en compte cet aspect important de la societe qu'il decrivait. D'ailleurs, l'epoque est allee fort loin dans l'analyse du phenomene, dans le domaine de la fiction comme dans le domaine de la litterature d'idees.

Rastignac fait partie des << lions >> (1) de Balzac, selon l'expression de Felicien Marceau; le lion de Balzac << est lion au sens propre du mot: animal carnassier aux detentes redoutables, cherchant sans cesse qui devorer >> (Marceau 39). Rastignac, devore d'appetits de gloire et de puissance, apparait dans une bonne demi-douzaine de romans balzaciens, mais surtout dans << Le Pere Goriot, >> << Les Illusions perdues >> et << La peau de chagrin. >> C'est le modele des ambitieux, comme Harpagon est celui des avares. Rastignac vient de province. C'est la qu'il reve. Il est etudiant, travailleur, aime de ses soeurs. La ville de Paris et le Diable sont au coude a coude pour le hisser jusqu'en enfer. Il veut. Et il comprend qu'il peut. Il finira ministre de la Justice.

Le petit homme est parti de rien, il a monte l'echelle sociale a la force du poignet apres avoir vendu son ame et son corps, renoncant a son temps et a son plaisir, il a occupe le terrain opiniatrement. Ce n'est pas sans resistance qu'il progresse (2) comme porte par des forces qu'il hait, qu'il dedaigne, et qu'il finit par accepter. La mort atroce du pere Goriot, victime de l'ingratitude de ses filles, marque le terme de cette evolution. Rastignac voit desormais le monde tel qu'il est, tisse de crimes impunis, indifferent au travail et a l'honnetete, impitoyable pour tous ceux qui refusent de se soumettre a sa loi, celle de la jungle. Des hauteurs du Pere-Lachaise, ou il vient de suivre l'enterrement de Goriot, Rastignac jette son defi a la societe. La vie est une proie qu'il faut posseder par tous les moyens et sans aucun scrupule. Il suffira de quelques annees pour faire de l'etudiant courageux et idealiste un roue accompli, expert en intrigues mondaines et poussant sa carriere grace a une maitresse riche en relations.

On a souvent compare Julien Sorel de Stendhal a Rastignac (3) de Balzac. Tous les deux sont de grands ambitieux, certes. Mais chez l'un, il s'agit d'amour et de vanite; chez l'autre, il s'agit d'argent, de pouvoir et de reussite. Que faire pour etre aime? Que faire pour meriter ma propre estime? Que va-t-on penser de moi? Telles sont les questions de Julien Sorel. Rastignac n'a pas de ces innocences. Il se moque bien de sa propre estime et de celle d'autrui. Se vaincre luimeme? Il n'y pense pas. Ce que Rastignac veut, c'est vaincre le monde. L'amour meme en general ne l'agite guere. Si Rastignac prend des femmes, c'est pour pouvoir, grace a elles, triompher dans le monde, dominer et s'enrichir.

Une decheance morale

La reussite materielle et la reussite morale ne sont pas compatibles. Dans le monde de Balzac, l'ascension sociale va toujours de pair avec une certaine decadence morale. Tout homme ambitieux dissimule au fond de lui-meme sa part d'ombre. Eugene repudie Vautrin (4), mais il se conforme aux principes appris de l'ancien forcat. Bien qu'il en soit fortement incite par son ambition, Rastignac ne voulait pas contrevenir aux regles d'une moralite elementaire. La volonte de puissance n'etait pas au premier plan. L'egoisme sacre s'est trouve limite par des sentiments inspires par la pitie et la moralite. Neanmoins, apres la disparition du pere Goriot, il plaide en faveur de l'egoisme et a l'enterrement de son vieux commensal << ensevelit sa derniere larme de jeune homme ... larme arrachee par les saintes emotions d'un coeur pur >> (Le Pere Goriot 79). Il se croise les bras et en regardant presque avidemment entre la colonne de la place Vendome et le dome des Invalides, << ou vivait ce beau monde, dans lequel il avait voulu penetrer, >> il annonce dans un defi sa volonte de puissance (id. 89). Mais ce n'est qu'une profession de foi. Il s'accommode neanmoins assez facilement du cote negatif de l'egoisme.

S'ils n'ont pas totalement disparu, les elans du coeur sont desormais masques par un mepris apparent des regles morales communes (Hourdin 164). Une sorte de cruaute, de cynisme et d'acceptation du monde sans scrupule remplace la sensibilite du jeune homme qui a pleure sur les malheurs du pere Goriot: << Ce qu'il vient de mener au cimetiere (5), c'est non un vieux marchand de vermicelle, mais son ame, son honneur, sa jeunesse>> (Marceau 56).

Autour de Rastignac, tout semble contredire sa purete: n'est-ce pas l'une des plus grandes dames de Paris, Mme de Beauseant qui revele au jeune homme le secret des reussites rapides et grandioses: calculer froidement, cacher tout sentiment vrai, se pousser sans pitie. Rastignac est un realiste, un homme qui comprend tout sauf l'incomprehensible, sauf les forces a la fois plus genereuses et plus brouillonnes qui fraient un chemin vers le coeur des peuples. Rastignac ne croit a rien, il se contente de reflechir. Si Lucien de Rubempre, un autre ambitieux balzacien, se montre incapable de suivre les regles de conduite prescrites par ses amis des membres du Cenacle, il faut noter que Rastignac ne reussit pas non plus en utilisant les nobles moyens de ce cercle exemplaire: il s'agit d'un groupe compose de jeunes ambitieux vertueux vivant dans une austere misere. S'ils sont ambitieux, c'est pour repandre leurs idees et faire de belles oeuvres. Ils travaillent avec ardeur, preparant leurs futurs succes. D'Arthez travaille a son oeuvre. Joseph Bridau n'est qu'un jeune peintre prometteur. Et il en va de meme pour les autres. Mais quand le roman les presente, il affirme leur reussite a venir. Et si certains d'entre eux sont voues a l'obscurite et a la mort, le texte les credite de << l'immense portee de leur savoir et de leur genie >> (6) (Levy-Delpla 34). Dans Les Secrets de la princesse de Cadignan, Balzac montre Rastignac nettement inferieur a Daniel d'Arthez. Rastignac n'a ni le beau talent ni le beau caractere que Balzac admire chez ses hommes de genie, mais il est pret a se compromettre et il sait tirer profit de tous ses compromis. L'avenir appartient aux coeurs secs et aux tetes froides, a ceux qui ont sacrifie leur etre moral a leur image sociale. Voila une belle formule pour le succes parisien.

Dans l'univers balzacien, il ne suffit pas d'etre corrompu pour reussir. Il faut aussi etre habile, bien lie, energique et rester maitre de soi dans toute situation qui se presente. Il faut juger froidement la vie et savoir en profiter: << Il se rencontre des hommes qui apprennent la vie tout a coup, la jugent ce qu'elle est, voient les erreurs du monde pour en profiter, les preceptes sociaux pour les tourner a leur avantage, et qui savent calculer la portee de tout. Ces hommes froids sont sages selon les lois humaines. Puis il existe de pauvres poetes, gens nerveux qui sentent vivement, et qui font des fautes; j'etais de ces derniers >> (Medecin de campagne 598). Le medecin de campagne de La Comedie humaine, Monsieur Benassis, que nous citons ici, tombe sous la rubrique des faibles poetes. Rastignac, de l'autre cote, se range parmi les << hommes froids >> qui savent tourner les evenements de la vie a leur avantage.

Une reputation efficace

Rastignac constitue un type d'ambitieux qui a reussi non seulement par sa soif de prestiges, mais aussi parce qu'il sait se constituer un personnage << qui lui fournit de puissants signes pour en accroitre la verite et la valeur >> (Pommier 10). La force de Rastignac n'est pas tellement dans ses eclairs de profonde reflexion, mais dans l'utilisation qu'il fait de sa reputation. Il sent d'ailleurs confusement, des le debut, la difficulte d'acquerir une reputation. Il faut savoir manier les signes sociaux qui entrainent chez les autres les reponses attendues. La plupart d'entre eux n'ont pas de signification determinee, mais leur utilisation convenable ouvre les portes, mieux que ne le ferait une contrainte physique. L'enfant doit savoir demander pour obtenir et il arrive aussi que des parents obtiennent des enfants plus par la dignite affectueuse que par les coups. Le pouvoir social accompagne l'utilisation convenable des signes, qui entrainent la confiance et la soumission. Certains ambitieux aiment a utiliser ces prestigieux leviers, meme si leur reussite ne doit etre que momentanee. Mais l'ambitieux mieux inspire sait s'en servir, dans la mesure ou il le peut, pour grandir son personnage. Ainsi serait Rastignac. Les debuts de Rastignac a Paris sont sans doute marques par des erreurs. Il se vante chez Madame de Restaud de connaitre le pere Goriot, son pere, et le mari lui interdit sa porte. Il interpelle la vicomtesse de Beauseant, en l'appelant cousine, et s'attire un impertinent regard. Les signes doivent etre manies avec prudence et dependent de la situation deja acquise. Eugene l'apprend a ses depens, mais l'apprend vite. Il devient rapidement un <<gentleman qui sait le jeu et que la galerie respecte >> (Le Pere Goriot 85). Si Nucingen a confie a Rastignac l'affaire par laquelle ce dernier s'enrichit, c'est que le banquier connait la reputation de son auxiliaire et prevoit son influence sur ses creanciers. Il lui faut un homme intelligent doue de bonnes manieres, un veritable diplomate. Or Rastignac est de toutes les intrigues et tient plus ou moins les fils de diverses existences. Ce n'est pas qu'en se melant a ces diverses intrigues, il poursuive toujours des desseins determines, mais il joue admirablement des signes et asseoit ainsi une reputation efficace. Il est mele aux intrigues qui entourent le mariage de Godefroid de Beaudenord avec Isaure d'Aldrigger et aux entrevues de Malvina d'Aldrigger avec du Tillet ou Desroches. Il ne joue pas dans ces diverses aventures un role tres actif, mais quelques mots jetes habilement font reflechir les interesses et lui assureront une place dans leur vie. Son habilete lui permet ensuite de se servir du prestige acquis et le renforce dans la mission que lui a confiee Nucingen. Rastignac triomphe par sa reputation que son succes, d'ailleurs, assure davantage. D'autre part, demolir une reputation en train de naitre, ne peut que grandir le demolisseur, s'il joue a coup sur et montre ainsi sa clairvoyance. Ainsi Rastignac abat-il Lucien de Rubempre a son arrivee a Paris. Lorsque le pauvre Lucien se laisse voir a l'Opera aux cotes de Madame de Bargeton et de la marquise d'Espard, Rastignac sera le colporteur de medisances - il revele a Paris la petite naissance de Rubempre et a Angouleme sa mauvaise conduite - qui obligeront la marquise a abandonner Lucien (Hourdin 165-7).

L'amour au service de l'arrivisme

Les lions de Balzac sont les << freres cadets de ces colonels de trente ans qui, derriere Napoleon, ont derange toute l'Europe >> (Miller 328). Napoleon a disparu, mais il a laisse un grand reve brutal. Il a appris a la jeunesse que tout lui etait du et que tout etait possible. Or cette jeunesse debouche dans un monde ou elle est brimee, dans un monde ou triomphent les vieillards, les vieux ducs revenus d'emigration, les vieux ruses qui ont su surnager, les courtisans muris par le malheur. A diverses reprises, Balzac insiste sur << l'ilotisme auquel la Restauration, bardee de ses vieillards eligibles et de ses vieux courtisans, avait condamne la jeunesse >> (Cabinet des Antiques 289), << la gerontocratie sous laquelle tout se fletrit en France >> (Prince de la boheme 61), << l'inertie et l'abattement auxquels la condamnent d'outrecuidants vieillards >> (id. 80). L'ambition militaire mise en veilleuse, le pont d'Arcole ferme, cette jeunesse affamee cherche une autre voie. Quelle est la seule que lui laissent les vieillards? Les femmes. Les Marsay et les Rastignac vont donc s'occuper de leurs gilets, mais, ne nous y trompons pas, le but est reste le meme que celui vers lequel, sur leurs chevaux, montaient les Murats et les Lasalle. Gandins certes mais portant leur gandinerie comme d'autres portent un pistolet ou un coup-de-poing americain. Ces gilets sont des armes. Des outils, dit Rastignac. << Des outils avec lesquels on pioche la vigne dans ce pays-ci >> (Le Pere Goriot 102). Le voila << dans sa bonne armure de Milan, >> dit Blondet en voyant Rastignac bien habille (Le Pere Goriot 97). << Arme de la beaute qui est l'esprit du corps, arme de l'esprit qui est une grace de l'ame, >> ecrit Balzac (La Fille aux yeux d'or 1087). Des armes: le mot revient sans cesse. Des armes dangereuses, qui tuent les geneurs, qui blessent les heritieres, qui blessent meme parfois ceux qui sont malhabiles a les manier. On peut se moquer des angoisses de Rastignac lorsque, debarquant a Paris, il s'apercoit que son habit est ridicule et son pantalon de nankin demode, mais son amertume est pareille a celle du jeune soldat qui s'irrite de n'avoir point de regiment a mener a la conquete de Saragosse. <<Quelle femme eut devine ses jolis pieds dans la botte ignoble qu'il avait apportee d'Angouleme>> (Le Pere Goriot 67). << Le fat est le colonel de l'amour, >> dit de Marsay (La Fille aux yeux d'or 1087). Ne vingt ans plus tot, ce fat serait devenu marechal. Un regiment! s'ecrie le lion de 1800. Une maitresse riche! s'exclame celui de 1815. << Nous sommes passes du Fait a l'Idee, >> dit Rastignac (Cabinet des Antiques 398). Rastignac voulait sans doute dire: nous sommes passes des combats d'Iena a ceux des boudoirs, des batailles aux coulisses (Marceau 40-42).

L'amour au service de l'arrivisme constitue donc un element necessaire au succes social. La, le choix d'une femme est de la premiere importance. La reussite mondaine de Rastignac vient en grande partie du fait que ce << gars a eu le bon esprit de s'attacher a une femme riche >> (Maison de Nucingen 167). Balzac nous dit nettement: << La fortune de Rastignac, c'est Delphine de Nucingen (7), femme remarquable, et qui joint l'audace a la prevision >> (id. 211). Le journaliste Bixiou explique les deux doctrines de l'amour. L'une (l'ideale) n'a aucune place dans la societe et l'autre (la pragmatique) utilise la femme comme un marchepied pour monter l'echelle sociale: << Aussi, ceux a qui le monde est connu, les observateurs, les gens comme il faut, les hommes bien gantes et bien cravates, qui ne rougissent pas d'epouser une femme pour sa fortune, proclament-ils comme indispensable une complete scission des interets et des sentiments. Les autres sont des fous qui aiment, qui se croient seuls dans le monde avec leur maitresse! ... Il y a des niais qui aiment sans aucune espece de calcul, et il y a des sages qui calculent en aimant >> (id. 198).

Le baron Nucingen veut proceder a une liquidation et a besoin d'un homme qui puisse lui servir chez ses creanciers et soit diplomate de bonnes manieres. La tendresse de Rastignac pour Delphine de Nucingen le pousse a se devouer aux interets du baron. Mais le jeune homme fera ainsi sa propre fortune sans le savoir. La reussite de ses ambitions est donc en partie la suite de ses amours (8). Sans Delphine, Rastignac n'est rien parce qu'il n'a pas d'autre profession que le dandysme. Aupres de Delphine, il adopte l'hypocrisie et les belles manieres qui sont exigees par son metier. Il n'est pas clair s'il l'aime ou non. Rastignac convoite bien d'autres femmes: madame d'Espard (cf. L'Interdiction), madame de Listometre (cf. Etude de femme), madame de Maufrigneuse (cf. Secrets de la princesse de Cadignan), Esther (cf. Splendeurs et Miseres des courtisanes), Suzanne du Val Noble (cf. Illusions perdues) et une riche veuve allemande (cf. La Peau de chagrin), mais il n'oublie jamais ce qu'il a a perdre en quittant Delphine. Il est frappant de noter que des le debut Rastignac se rend compte qu'il arrivera par les femmes (9). Des son arrivee a Paris, il fut << seduit ... par la necessite de se creer des relations, il remarqua combien les femmes ont d'influence sur la vie sociale, et avisa soudain a se lancer dans le monde afin d'y conquerir des protectrices ... >> (La Peau de chagrin 299). Vautrin voit tout de suite qu'Eugene trouvera la fortune sur cette route: << Vous irez coqueter chez quelque jolie femme et vous recevrez de l'argent. Vous y avez pense! ... car, comment reussirez-vous, si vous n'escomptez pas votre amour? >> (id. 316). En effet, pendant vingt ans Rastignac se donne a Delphine (10). Il passe son temps a lui ecrire des billets doux; il supporte ses fantaisies et subit le poids de ses migraines et de ses confidences; il la mene au spectacle et la promene au Bois; en un mot, il sacrifie << sa precieuse jeunesse pour combler le vide de l'oisivete de cette Parisienne >> (Maison de Nucingen 200).

Rastignac est conscient de jouer la comedie de l'amour et l'avoue meme a Bianchon: << ... en amour, le devouement est bien pres de la speculation >> (Le Pere Goriot 165). Aupres de Delphine, Rastignac calcule lucidement les benefices de son role: << J'ai de l'ambition. Ou peut me mener madame de Nucingen? Encore un an, je serai chiffre, case, comme l'est un homme marie. J'ai tous les desagrements du mariage et ceux du celibat sans avoir les avantages ni de l'un ni de l'autre, situation fausse, a laquelle arrivent tous ceux qui restent trop longtemps attaches a une meme jupe >> (La Maison de Nucingen 203). Le succes de Rastignac, atteint grace a sa capacite a calculer ses sentiments, n'est pas un ideal que Balzac nous propose mais une observation amere qu'il fait d'une realite de son epoque. Le choix d'une femme, le placement, l'investissement de ses affections, determinent en grande partie le succes ou l'echec d'un jeune ambitieux dans la societe.

Rastignac, on l'a dit souvent, emprunte quelques-uns de ses traits a M. Thiers. Comme Rastignac, Thiers est un meridional qui a garde une pointe d'ail dans l'accent. Ne en 1797, debarque a Paris en 1821, ministre en 1830, sa carriere est parallele a celle d'Eugene. Son hotel garni du passage Montesquieu devait etre pareil a la maison Vauquer et son amitie pour Mignet assez semblable a celle de Rastignac pour Bianchon. Il epouse une Mlle Dosne, fille de Mme Dosne. C'est un dandy aussi et les journaux du temps se moquent de << certaines cravates bleues qui ont fait rire tout Tortoni a gorge deployee >> (Le Pere Goriot 125). Voila de quoi donner naissance a un personnage de roman. Ne poussons pas plus loin le parallele. Thiers est un homme autre que Rastignac. Dans sa reussite, il entre certes une part d'intrigue, mais il y a aussi son travail d'historien, ses labeurs de journaliste, sa culture, son intelligence. Toutes choses qui manquent a Rastignac, paresseux, << propre a tout et bon a rien >> (id. 198). Sans Mme Dosne, Thiers est encore quelqu'un. Sans Delphine, Rastignac n'est rien. Rastignac est avant tout un gigolo. Son dandysme des lors est obligation professionnelle. Chez Thiers, ce n'est qu'un detail. Comme l'a remarque Felicien Marceau, pas un instant, Rastignac ne songe a parvenir autrement que par les femmes. Rubempre a au moins fait l'effort d'ecrire un livre, des articles. Rastignac ne fait rien. Il s'avoue lui-meme << paresseux comme un homard >> (id. 204).

La desillusion

Selon le systeme de references balzaciennes, celui qui garde ses illusions ne parviendra jamais a la maturite, a l'age ou l'on est efficace. Les illusions sont l'indice de la jeunesse, c'est l'age ou l'on reve au lieu de penser et ou l'on s'amuse au lieu d'agir. Ce n'est qu'en perdant toutes ses illusions qu'un personnage balzacien devient capable d'epouser les circonstances, de calculer froidement sa conduite. <<La jeunesse n'ose pas se regarder au miroir de la conscience quand elle verse du cote de l'injustice, tandis que l'age mur s'y est vu: la git toute la difference entre ces deux phases de vie >> (Le Pere Goriot 156). La reflexion vient trop tard chez les jeunes qui sont esclaves de leurs sentiments. Le jeune homme << se livre au sentiment pour le reproduire en images vives, il ne juge qu'apres; >> l'homme mur << sent et juge a la fois >> (Splendeurs et miseres des courtisanes 398). Meme au cours de sa jeunesse, Rastignac << sent et juge a la fois >>. Comme Felicien Marceau l'a souligne: << Il y a dans tout ce que fait Rastignac quelque chose de matois, de reserve, de reflechi >> (Marceau 44). S'il commence par poetiser son existence, par vivre dans ses desirs effrenes, il apprend vite les realites sociales et le role qu'il doit y jouer. La premiere journee sur le champ de bataille de la civilisation parisienne, << entre le boudoir bleu de madame de Restaud et le salon rose de madame de Beauseant, il avait fait trois annees de ce Droit parisien dont on ne parle pas, quoiqu'il constitue une haute jurisprudence sociale qui, bien apprise et bien pratiquee, mene a tout >> (Le Pere Goriot 41). Apres les conseils de Vautrin, il s'assied et reste << plonge dans une etourdissante meditation >> (id. 90). Aupres de madame de Beauseant il eprouve d'<< ameres reflexions >> (id. 103). Et dans ses relations avec Delphine, il calcule des leur premiere rencontre lorsqu'il la quitte en se disant: << Le mors est mis a ma bete, sautons dessus et gouvernons-la >> (id. 85). A travers quelques remords, il est conscient de ce qu'il fait: << En s'initiant aux secrets domestiques de monsieur et madame Nucingen, il s'etait apercu que, pour convertir l'amour en instrument de fortune, il fallait avoir bu toute honte, et renoncer aux nobles idees qui sont l'absolution des fautes de la jeunesse >> (id. 77).

D'une maniere assez generale, les heros de Balzac ne reflechissent qu'en parlant ou, du moins, nous ne connaissons leurs reflexions que par leurs discours. Rastignac, lui, parfois se tait. Rastignac pense et calcule avant d'agir. Il se mefie de ses reactions initiales comme des mobiles d'autrui. Selon Marceau, ces reflexions donnent a Rastignac une << demarche de chat >> (Marceau 40). Comme un vieux matou qui dort, il a toujours la presence d'esprit et la sournoiserie qu'il faut pour s'eveiller lorsqu'un rat ou une dupe s'approche de lui. Trop egoiste pour se deranger pour autrui, il sait quand il faut attaquer pour son propre profit.

Il faut bien ranger le << chat >> Rastignac avec le << tigre >> de Marsay et les autres << lions >> froids qui jugent la vie et les circonstances pour mieux s'en servir. Ils sont habiles parce qu'ils gardent la tete froide et le coeur vide. Dans La Maison Nucingen, le journaliste Blondet dit que Rastignac est << l'heritier direct du feu de Marsay >> (La Maison Nucingen 165). Il laisse voir la meme maitrise de soi, le meme scepticisme profond. Comme Felix de Vandenesse, apres la crise du Lys dans la vallee, Rastignac est devenu un homme politique qui ne se permet plus les impulsions d'autrefois. Son succes lui donne un equilibre parfait. Bien qu'il fasse carriere dans le systeme parlementaire, il n'y croit aucunement. Plus encore que de Marsay, il joue consciemment. Son detachement par rapport a la scene politique et sociale lui vient d'un scepticisme et d'un cynisme plus profonds meme que chez de Marsay. Plus fort et moins torture que serait un idealiste qui tiendrait a ameliorer un systeme defectueux, Rastignac n'est jamais victime de son propre jeu, de ses propres illusions.

Amenagement d'energie

La force d'un ambitieux comme Rastignac est dans l'emploi conscient et lucide de son energie; c'est-a-dire que dans un monde ravage par la guerre des interets, Rastignac garde l'energie de reagir, la lucidite de chiffrer une situation et le pouvoir d'executer les decisions qu'il prend. Selon la definition physiologique de Balzac, tout homme dispose d'une certaine quantite d'energie et la maniere dont il la depense determine la qualite de sa vie. Pendant toute la periode de conquete d'une femme et d'un rang social, le jeune ambitieux doit savoir canaliser son energie. L'homme pratique, pragmatique, economise son energie, en depense quand il le faut et puis se detend: << C'est l'hygiene de vie que Balzac prete a Napoleon et qui est imitee par ses jeunes ambitieux>> (Bardeche 380). Le meilleur exemple de cet amenagement d'energie est Eugene de Rastignac: Rastignac a tout l'esprit qu'il faut avoir dans un moment donne, comme un militaire qui ne place son courage qu'a quatre-vingt-dix jours, trois signatures et des garanties. Il paraitra cassant, brise-raison, sans suite dans les idees, sans constance dans ses projets, sans opinion fixe. Mais s'il se presente une affaire serieuse, une combinaison a suivre, il ne s'eparpillera pas, comme Blondet qui discute pour le compte du voisin. Rastignac, lui, se concentre, se ramasse, etudie le point ou il faut charger, et il charge a fond de train. Avec la valeur de Murat, il enfonce les carres, les actionnaires, les fondateurs et toute la boutique; quand la charge a fait son trou, il rentre dans sa vie molle et insouciante, il redevient l'homme du Midi, le voluptueux, le diseur de riens, l'inoccupe Rastignac qui peut se lever a midi parce qu'il ne s'est pas couche au moment de la crise (La Maison de Nucingen 190).

La volonte

Le vouloir est une conquete faite et refaite a chaque instant sur les instincts, sur les fantaisies et sur tout genre de difficulte que la vie nous oblige a surmonter. C'est une sorte de perseverance et de tenacite au-dela du desir et qui exige sa recompense. La difference entre un homme superieur et un etre dechu est justement, selon Balzac, cet element de volonte. Ainsi Vautrin dit a Rastignac: << Je ne blame pas vos vouloirs. Avoir de l'ambition, mon petit coeur, ce n'est pas donne a tout le monde >> (Le Pere Goriot 44). Chez Rastignac, l'ambition se dedouble de volonte. C'est un etre qui monte en agissant. Plein de volonte, il est toujours maitre de ses actions et ainsi l'architecte de son propre edifice social.

Le refoulement

Rastignac a suivi les cours de la faculte de droit. Il n'a pas pousse tres loin son Droit. Mais il en a retenu la difference entre les crimes, toujours dangereux, et les petites saletes ou l'on ne risque rien. Il poussera bien quelques exclamations, dont le fameux: <<A nous deux maintenant >> (Le Pere Goriot 290). Joli cri! A condition de lire aussi les deux lignes suivantes: << Et pour premier acte de defi qu'il portait a la societe, Rastignac alla diner chez Mme de Nucingen >> (id. 291). Voila ou s'arrete son defi. Voila sa limite. En Vautrin, il a flaire le hors-la-loi, l'insoumis, la liaison dangereuse. Il se mefie. Il refuse avec horreur d'epouser la petite Taillefer devenue riche grace a un assassinat manigance par l'ingenieux Vautrin, mais en meme temps, il ecrit a ses soeurs pour leur extorquer leurs petites economies. Voila Rastignac tout entier, reculant devant le crime, non devant le petit geste vil. Il risque parfois un pied dans le monde leger, chez Esther, chez Suzanne du Val Noble, mais il y reste prudent, guinde. C'est l'homme qui se surveille, qui ne se compromet pas, qui refoule.

Le succes de Rastignac repose sur un choix fait par le romancier qui joue le role de la Providence. En tout ce que Rastignac fait, la fortune lui sourit. Sa cousine, madame de Beauseant, reste a Paris juste assez longtemps pour l'aider avant de s'exiler du beau monde. Delphine vient d'etre abandonnee par son amant, de Marsay, quand Eugene commence a s'interesser a elle. Et apres avoir joue << la difficile >> pendant plusieurs mois, Delphine rappelle Eugene au moment ou il est pret a se lier a Victorine Taillefer et a etre complice du meurtre du frere de Victorine. Rastignac est le favori du Hasard. Il est souvent aide et meme sauve par l'apparente fortuite des evenements. Vautrin est arrete, par exemple, le jour meme du meurtre du fils Taillefer. Alors si Eugene pense a se donner a Victorine, l'arrestation de Vautrin suffit pour le detourner de cette fortune basee trop nettement sur le crime.

Rastignac fait partie de la clique qui s'empare du pouvoir en 1830. Trois ans plus tard, le voila sous-secretaire d'Etat. Il epouse la fille de Delphine, recompense traditionnelle du gigolo fidele. << Vous etes heureux, vous! lui dit de Trailles. Vous avez fini par epouser l'unique heritiere des millions de Nucingen, et vous l'avez bien gagne. Vingt ans de travaux forces! >> (La Maison de Nucingen 195). Rastignac accepte le compliment sans broncher. Ce trait l'acheve. Il devient ministre, comte, pair de France. Sa femme est recue chez les Grandlieu, chez Mme de d'Espard. Il a trois cent mille livres de rentes. Il a dote ses soeurs, marie l'une d'elles a Martial de La Roche-Hugon. Son frere est eveque. Dans la partie suivante, cette etude permettra de voir si cet avenir, synonyme de gloire et de pouvoir social pour Rastignac, lui apporte le bonheur et le plein epanouissement de soi. Nous constaterons l'insatisfaction du heros balzacien qui a reussi.

Un mariage sans amour

Dans La Maison Nucingen, un groupe de journalistes essai de definir << le bonheur d'un homme de vingt-six ans qui vit a Paris ... >> (La Maison de Nucingen 153) en partie pour voir si Rastignac satisfait toutes les exigences pour etre heureux. Toutes les conditions sociales et financieres ne posent pas de probleme pour le dandy reussi. Il peut << sortir a cheval, en tilbury ou en cabriolet; >> il sait << se montrer elegamment tenu suivant les lois vestimentaires >> (La Peau de chagrin 103); il est << bien recu dans toutes les ambassades >> (id. 109); il a une beaute et un nom supportables; il loge dans une charmante garconniere; il a assez d'argent pour inviter ses amis au restaurant, etc., etc. Mais tous les journalistes, << gens superieurs, tous repondraient que ce bonheur est incomplet ... qu'il faut aimer et etre aime >> (11) (id. 149). L'amour tient une place essentielle dans la quete du bonheur. Henriette de Mortsauf ne dit-elle pas a Felix: << Etre aime, cher, etre compris, est le plus grand bonheur>> (Le Lys dans la vallee 1091). Aux yeux de Balzac, l'amour est une necessite emotionnelle aussi bien que physique: l'ame a besoin de communion avec une autre ame. Cette sorte de communion est la base pour l'epanouissement des sentiments veritables qui font partie integrale du bonheur. Helas, le monde ne tolere pas d'epanouissement. Rastignac a contracte un bon mariage de convenance (il a epouse la fille des Nucingen, qui est recue dans tous les salons parisiens), mais il n'y a pas trouve le bonheur absolu. Ceux qui veulent rester en societe seront obliges d'etouffer ou de bien cacher tout sentiment vrai. La seule liaison profondement heureuse qui nait a Paris, c'est l'amour entre la princesse de Cadignan et Daniel d'Arthez (12). La celebre coquette, apres une existence tres aventureuse pour une femme de son rang, aime vraiment, profondement, d'Arthez, << car, jamais un caractere si beau, un homme si complet, une ame si pure, une conscience si ingenue ne s'etaient mis sous sa main >> (La Maison de Nucingen 190). D'Arthez, pour sa part, est enivre par la princesse, << trompeuse ou vraie. >> Balzac ne peut se passer d'ajouter un mot d'auteur: << S'il est permis de risquer une opinion individuelle, avouons qu'il serait delicieux d'etre ainsi trompe longtemps >> (id. 357). Diane le trompe en ce qui concerne la legerete de son passe mais son amour pour lui est vrai et profond. Elle eprouve << un tressaillement qui l'agita jusque dans les principes de sa vie >> (id. 407). Pour elle, d'Arthez est, en un mot, le bonheur. Pour d'Arthez aussi, cet amour est des lors sa raison de vivre.

Cet amour se preserve en s'eloignant de la capitale. A partir du jour ou ils s'avouent leur amour reciproque, il n'est plus question d'eux a Paris. << La princesse a herite de sa mere quelque fortune, elle passe tous les etes dans une villa avec le grand ecrivain, et revient pour quelques mois d'hiver a Paris (13). D'Arthez ne se montre qu'a la Chambre >> (id. 434). C'est-a-dire qu'ils echappent tous les deux a la societe sans coeur ou ils se sont rencontres. Le probleme pour Rastignac est qu'il n'a pas d'autre << metier >> que son role de dandy parisien. Quel chef-d'oeuvre pourrait-il produire au fond d'une villa suisse? Il n'a plus que son etre social et donc sa raison d'etre est etroitement liee a sa place dans la societe parisienne. Son role politique fait partie de ce jeu ainsi que son mariage. Nul ne peut etre completement heureux dans la societe. Ce que Rastignac obtient par sa reussite sociale n'est pas le bonheur mais la satisfaction de son amour-propre et sa vanite exigeante. Il n'est pas aime (dans le sens profond que souhaite Balzac: la communion, l'unite de deux ames)14 et sa celebrite n'est que l'applaudissement des spectateurs qui, pendant un certain temps, pensent qu'il joue bien son role de dandy et de ministre sur la scene parisienne.

Balzac ne nous depeint pas la villa suisse de d'Arthez et sa princesse, mais nous pouvons supposer qu'elle ressemble en grande partie a l'univers clos de Clochegourde, l'utopie creee dans Le Lys dans la vallee. Au jeune Felix de Vandenesse, le chateau a Clochegourde semble un << castel ouvrage comme une fleur, et qui semble ne pas percer sur le sol >> (Le Lys dans la vallee 1129). Admirant le clos de vignes, les vergers et les terres plantees de noyers qui descendent jusqu'aux bords de l'Indre, Felix respire <<un air charge de bonheur >> (15) (id. 1187). Dans leur refus du passionnel, dans leur menage sans exces, ils etablissent un equilibre fonde sur une base de vie suffisante et sagement gardee a l'ecart des grandes familles et des grandes exigences sociales.

La perte de l'ame eternelle

Rastignac marche d'honneur en honneur dans la haute societe parisienne, mais il ne trouve ni bonheur profond ni pleine eclosion de soi dans la poursuite de la fortune et du rang social, ce que l'on peut soupconner des le debut de sa carriere. Il perce deja le creux de la sphere sociale le jour ou il assiste au bal de madame de Beauseant. Il y voit les larmes de sa belle cousine, la vicomtesse de Beauseant, abandonnee par celui qu'elle aime sincerement depuis trois ans. Chez l'amant qui a trompe la vicomtesse, Rastignac voit le desespoir d'un homme qui regrette deja sa decision de quitter sa maitresse noble pour epouser la fille d'un nouveau riche. Le lendemain matin Eugene rentre a la maison Vauquer ou il rencontre son voisin, l'etudiant en medecine, Horace Bianchon; la tete pleine de sombres reflexions, Rastignac dit a son ami: << Va, poursuis la destinee modeste a laquelle tu bornes tes desirs. Moi, je suis en enfer, et il faut que j'y reste. Quelque mal que l'on te dise du monde, crois-le! il n'y a pas de Juvenal qui puisse en peindre l'horreur couverte d'or et de pierreries >> (Le Pere Goriot 343). Puis, au chevet du pere Goriot, Eugene entend juger de nouveau l'egoisme de cette haute societe qui se prostitue pour l'or et le plaisir. Le pere Goriot qui accuse la toute-puissance de l'argent accuse en meme temps la societe qui ne veut pas d'autre maitre. Pendant quelques instants de lucidite, ce pere mourant reconnait l'avidite et l'egoisme de ses filles qui ne l'aiment que pour son or. Ayant deja depense toute sa fortune pour ces ingrates, Goriot n'est plus bon a rien. << L'agonie du sentiment paternel reduit a l'impuissance >> (id. 312) suffit pour le tuer. Abandonne par ses filles au moment de sa mort, Goriot s'ecrie: << L'argent donne tout, meme des filles >> (id. 378). A la fois attriste et degoute par cette scene, Rastignac ne saurait plus longtemps ignorer la veritable nature de cette autocratie de l'or et de la vanite ou il s'est plonge. Il voit que l'argent est la premiere condition du bonheur en societe. Mais une fois qu'il est entre dans cet << egout moral >> de la haute societe parisienne pourra-t-il jamais en sortir? Son etre moral est mine par le jeu social ou il s'est engage et Rastignac ne trouvera plus la force de resister aux imperatifs sociaux qui l'environnent. Nous n'avons qu'a comparer les heros romantiques (Rene ou Rolla) au heros ambitieux de Balzac pour voir combien la sensibilite de ce dernier est detruite par l'avidite. De quoi le jeune Rastignac souffre-t-il? D'un manque de ressources fixes pour se procurer des << outils >> (vetements et carrosses) indispensables a sa reussite sociale! Mais cette chasse a la fortune qui prepare Rastignac a vivre ne le prepare aucunement a mourir. C'est-a-dire qu'il apprend chez Balzac a conquerir la societe, mais il perd son ame eternelle. << Que servira-t-il donc a l'homme de gagner le monde entier, s'il ruine sa propre vie? >> demande le Christ (Miller 310). Voila la question amere et desillusionnee que Balzac pose a son heros ambitieux qui a su arriver au sommet du beau monde. Fortune et succes social lui ont obtenu bien des plaisirs d'une vanite satisfaite, mais ce bonheur calme, cette plenitude et cette paix profonde qui n'appartiennent qu'aux coeurs purs, Rastignac ne les connait pas. Rastignac decouvre le desenchantement qui accompagne la possession de l'argent. Dans l'univers balzacien, il n'y a pas de bonheur complet sans fortune, mais l'argent ne suffit pas a assurer le bonheur. C'est peut-etre le plus grand paradoxe du monde moderne que Balzac a ete un des premiers romanciers a mettre en valeur: l'argent qui promet d'acheter la liberte de poursuivre le bonheur finit par rendre l'homme esclave de sa Fortune qu'il est sans cesse oblige de proteger, sans cesse tente d'augmenter.

Complice du banquier Nucingen, nul personnage balzacien n'a vu mieux que Rastignac l'inhumanite de ce systeme de l'argent et la nature illusoire de la liberte qu'il pretend laisser aux hommes. Lie a la maison Nucingen, Rastignac ne dirige plus sa vie personnelle. Il est reduit a mener l'existence machinale de ceux qui se sont imprudemment - ou fatalement - cognes aux rouages du mecanisme social et financier du monde moderne. La fortune et le rang social lui permettent de bien soigner sa famille, << chacune de ses soeurs a ete richement dotee, noblement mariee, et il a laisse l'usufruit du domaine a sa mere >> (La Maison de Nucingen 200), mais il n'a pas su acheter le bonheur pour lui-meme. Dans La Peau de chagrin, un jeune ami de Rastignac (Raphael de Valentin) decrit le bonheur qu'on eprouve en societe: << ... des amusements sans plaisir, de la gaiete sans joie, des fetes sans jouissance, du delire sans volupte, enfin le bois ou les cendres d'un foyer, mais sans une etincelle de flamme >> (id. 179). Cette description pourrait s'appliquer a la vie de Rastignac aussi bien qu'a celle de Valentin. Ces deux jeunes heros balzaciens trouvent des satisfactions de vanite en montant l'echelle sociale, mais une fois arrives au sommet de la societe, ils se rendent compte du vide et de l'inanite de leur existence. << Pourquoi cela, pourquoi ce vide alors que l'on a tout ce que l'on avait desire? C'est que la reussite, au lieu de deboucher sur cette plenitude que l'on attendait, laisse le coeur, le corps et l'ame insatisfaits du monde et d'eux-memes >> (Gerard 334). Le monde des hommes est regi par des lois qui condamnent les purs a l'exil, et font des heureux des complices. L'insatisfaction qu'eprouve l'homme reussi est la decouverte de cet ecartelement (Barberi, tome I 130).

Rastignac pourrait renoncer a la Lutte en refusant de se lancer dans l'aventure. Mais en se repliant sur lui-meme il serait en proie a ses desirs croissants. Il s'exteriorise alors afin d'echapper a lui-meme, afin de calmer, d'apaiser l'ambition qui le ronge. Mais la reussite, loin de lui procurer de durables jouissances, ne lui donne que l'enveloppe du bonheur sans le contenu. Dans les salons elegants que Rastignac frequente, on parle beaucoup mais on pense peu. << Les manieres sont tout ... la forme emporte le fond>> (La Duchesse de Langeais 1009). Le jeune ambitieux n'est pas longtemps a voir << l'infertilite des salons, leur vide, leur peu de profondeur, et la repugnance que les gens superieurs eprouvent a faire le mechant commerce d'y echanger leurs pensees >> (id. 1134). Au fond des salons dores on apprend donc a se faire un bel exterieur, a sacrifier l'amitie et l'amour aux bons mots, a enterrer la generosite et la spontaneite dans un coeur de pierre. Chez Rastignac, ce double processus d'egoisme et d'exteriorisation aboutit a un sentiment de sterilite et de solitude. Le noble enthousiasme qui animait sa jeunesse lui a fait voir la reussite sociale comme la voie du bonheur mais apres avoir fait son chemin, il n'est pas plus heureux qu'au depart. En fait, il sacrifierait volontiers l'apparence du bonheur qu'il a obtenue pour ranimer son coeur eteint. Mais, Balzac le repete, le choix de Rastignac est irrevocable. Alors, c'est un etre triste, lucide et damne qui regrette le charme du << bonheur plein, continu et sans angoisses >> qu'il aurait pu trouver a Angouleme << au milieu des etres dont il etait cheri >> (Le Pere Goriot 198). A la souverainete qu'il a acquise, il prefererait sans doute le bonheur plus paisible, plus authentique, dont il s'est ecarte pour entrer dans la Lutte moderne.

Conclusion

Dans La Comedie humaine, le seul personnage qui a reussi a etre celebre et a etre aime est Daniel d'Arthez. Celui-ci a la sensibilite du medecin de campagne; il a la force de caractere, la perseverance dans le travail et la puissance de creation de David Sechard; il eclipse Rastignac dans les salons de la haute societe parisienne; il finit par etre un auteur celebre et par se faire aimer par une des plus ravissantes femmes de Paris. Examinons de plus pres cet artiste viril qui incarne l'ideal de Balzac et qu'il a offert comme modele a tous les jeunes ambitieux tentes de suivre les pas de Rastignac. Il est ambitieux mais bon (16). En d'Arthez Balzac nous offre << l'accord d'un beau talent et d'un beau caractere >> (17) (Illusions Perdues 339). C'est un homme vraiment superieur qui garde la flamme juvenile de charite pour les autres tout en la temperant avec la lucidite desabusee qu'il a acquise par l'experience de la vie en societe. Chez lui, pas de doute, pas d'illusion sur les realites de la vie: il sait ce qu'elle est; il sait ce que valent les hommes. Mais il sait aussi qu'il a une oeuvre a accomplir, et << fort d'intelligence et de volonte, >> il marche droit devant lui, arme pour la lutte. Il offre des conseils a Lucien de Rubempre: << On ne peut pas etre grand homme a bon marche, lui dit Daniel de sa voix douce. Le genie arrose ses oeuvres de ses larmes. Le talent est une creature morale qui a, comme tous les etres, une enfance sujette a des maladies. La societe repousse les talents incomplets, comme la nature emporte les creatures faibles ou mal conformees. Un grand ecrivain est un martyr qui ne mourra pas, voila tout >> (18) (id. 423).

Les hommes que Balzac admire le plus sont ceux qui, comme les membres du Cenacle, savent accorder leur ambition avec un beau caractere et une vocation honorable. Avoir du succes et rester vertueux, il y a tres peu de gens qui y parviennent dans le monde balzacien. Un des seuls a y reussir est justement l'ecrivain Daniel d'Arthez. Des 1833, d'Arthez a acquis une gloire meritee. Il devient depute a la Chambre en restant fidele a ses penchants monarchistes. Rastignac, il est vrai, arrive a une certaine celebrite et un succes social et financier enviable, mais on ne peut parler d'<<extreme felicite>> pour decrire cet ambitieux parce qu'il n'a pas su se trouver un amour ideal. Dans la Comedie humaine, il n'y a que d'Arthez qui trouve et la pleine eclosion de soi et le bonheur grace a la gloire litteraire et a l'amour noble et profond.

Note

(1) On trouve une quantite de lions dans La Comedie humaine: Lucien de Rubempre (Illusions perdues), Raphael de Valentin (La Peau de chagrin), Henri de Marsay (La Fille aux yeux d'or), le marquis de Ronquerolles (La Duchesse de Langeais), Armand de Montriveau (La Duchesse de Langeais), Maxime de Trailles (Gobseck), Paul de Manerville (Le Contrat de mariage) et tant d'autres. Ces jeunes gens ont l'insouciance, la camaraderie, l'impatience au plaisir, le mepris du danger, l'impudeur, l'indifference pour les victimes. L'insouciance: ils sont perclus de dettes et ils s'en moquent. <<Nous ne pouvons perdre que la fortune que nous cherchons,>> dit Blondet (Illusions perdues 593). <<A cette epoque, florissait une societe de jeunes gens, riches ou pauvres, tous desoeuvres, appeles viveurs, et qui vivaient en effet avec une incroyable insouciance ... tous bourreaux d'argent et melant les plus rudes plaisanteries a cette existence non pas folle mais enragee, ils ne reculaient devant aucune impossibilite, se faisaient gloire de leurs mefaits>> (id. 629). La camaraderie: un honnete officier comme Montriveau trouve tout naturel d'aider Marsay dans ses entreprises. Le mepris du danger: ils ont des duels; ils y vont comme a la promenade. L'impudeur: ils ont des liaisons et ils les racontent partout, les crient sur les toits. <<En Boheme, le secret s'observe peu sur les amours legeres>> (Prince de la boheme 79). Victurnien d'Esgrignon tient ses amis au courant de ses progres aupres de Mme de Maufrigneuse. Personne n'ignore la liaison de Savinien de Portenduere avec Mme de Serizy. L'indifference enfin: un lion qui disparait, le lendemain, il est oublie. Victurnien d'Esgrignon s'ecroule, Savinien de Portenduere est emprisonne, Beaudenord s'effondre, Rubempre se pend. Leurs amis ne font qu'en plaisanter. Mme de Langeais meurt. <<Allons, dit Ronquerolles a son amant, jetons-la dans la mer et n'y pense plus>> (Duchesse de Langeais 941). Tous celibataires, il va sans dire. Une fois marie, le lion disparait. Ou il se marie pauvrement et ce boulet au pied le supprime, comme Beaudenord. Ou il se marie richement et, comble, il s'en va pour digerer. Le lion se fait gros chien. C'est Rastignac (Marceau 43).

(2) Rastignac se cabrait devant les exhortations de Vautrin, les conseils de mepris que lui prodiguait Mme de Beauseant.

(3) Balzac a cree un modele des ambitieux que chaque jour mechants et parvenus essaient d'egaler. Balzac a peint ce jeune homme sous ses propres traits; il lui a donne une soeur qui portait le nom de la sienne; il l'a fait timide et gauche, exalte, ardent, comme il l'etait lui-meme. Tres, tres sympathique. Seulement Balzac n'a jamais ete ministre: il avait des creanciers a ses basques; il n'a pas epouse la fille de sa maitresse, comme l'a fait Rastignac: la sienne, Mme Hanska, il devait se contenter de lui ecrire. Apres avoir suivi le meme chemin que son heros, a moins que ce ne fut l'inverse, Balzac s'en detourna; au lieu de s'enchainer a son coffre, a cet or dont Baudelaire dit << je le hais comme vous haissez Dieu >> (Baudelaire 54), il se vissa fermement a sa table de travail, et ecrivit son oeuvre.

(4) Vautrin se prend pour Rastignac de la meme passion que pour Lucien de Rubempre. En moins vif. Eugene est moins joli garcon. L'oeil bleu, le teint blanc, la taille courte. Brun, alors que Lucien etait blond. Si Lucien cede incontinent a cette volonte de fer (Vautrin) alors que Rastignac, lui, renacle, c'est parce que tous les deux, au moment de leur rencontre avec le meme demon, ne se trouvent pas tout a fait dans les memes conditions. Rubempre, a ce moment-la, a deja subi bien des mecomptes et toutes les averses de la vie parisienne. Rastignac est encore sec. <<Ma jeunesse est encore bleue comme un ciel sans nuage>> (Le Pere Goriot 66). Il y a du desespoir dans le consentement de Rubempre, de l'hebetude. L'hebetude de quelqu'un qui a frole la mort. Rastignac n'est pas desespere. Il n'a aucune raison de l'etre. Vautrin, pour lui, se presente trop tot. Il aurait fallu d'autres epreuves. Ne les ayant pas eues, Rastignac garde la tete froide. <<Moi et la vie, nous sommes comme deux fiances ... Vautrin m'a fait voir ce qui arrive apres dix ans de mariage>> (id. 59). Il faut dire que ce qui l'en detourne, c'est plutot la peur du gendarme, non une droiture innee. C'est le cri d'un homme qui, acceptant la corruption, ne veut s'y aventurer qu'a bon escient.

(5) Rastignac est presque seul derriere le corbillard de Goriot, presque seul egalement derriere celui de Lucien.

(6) Ce groupe de personnages, tous unis malgre leurs profondes differences - d'origine sociale, d'opinion politique, d'activite - est la trace d'une des obsessions de Balzac: les amis qui s'entraident et assurent la reussite de chacun d'entre deux.

(7) En fait, la premiere femme riche que Rastignac prend en joue, c'est Mme de Restaud. Celle-ci etant pourvue, Rastignac reste dans la famille et s'en prend a sa soeur, Delphine de Nucingen, la femme du fameux financier.

(8) Nucingen laisse des amants a sa femme, mais les choisit. <<Il avait en horreur de Marsay qui n'etait pas maniable.>> Le comte de Rastignac lui a plu et le financier l'a exploite, sans que le jeune homme s'en doutat, en lui faisant endosser tous les caprices de Delphine, car son amant la menait au bois, subissait ses migraines, choisissait ses parures. Nucingen est ravi de deleguer a un autre les mortels plaisirs du menage.

(9) Malgre tout, il faut dire qu'au tout debut, cet etudiant de bonne famille, digne dans sa pauvrete, intelligent, idealiste, impetueux, ne songe a satisfaire ses appetits de gloire et de puissance qu'a force de travail.

(10) Dans l'univers balzacien, les femmes qui ont tout - nom, rang, fortune, beaute - n'ont pas la liberte de se donner a ceux dont elles ont envie. L'amour sincere, la passion vraie n'ont pas de place dans le monde. La veritable passion s'etouffe, s'exile ou bien finit par detruire celle qui l'eprouve. Madame de Beauseant et la duchesse de Langeais, etoiles de leur sexe, quittent Paris a la suite d'une deception amoureuse trop eclatante (cf. Le Pere Goriot, La Duchesse de Langeais). Madame de Mortsauf d'un amour trop intense n'a pas su trouver d'issue selon les convenances sociales. Madame de Jules (cf. Ferragus), qui commet la faute irreparable d'aimer son mari, excite la jalousie de ceux qui la voient et dechaine ainsi une serie de complots qui finissent par la tuer. Le monde n'accepte que la comedie de l'amour, la coquetterie de ceux qui se sont rapproches par calcul, par ennui ou par convenance.

(11) L'alternance de ces deux buts - etre celebre et etre aime - a torture Balzac depuis son jeune age. Dans Les Illusions perdues, Balzac a nettement divise ces deux exigences de son etre, ces deux profils de lui-meme, en deux personnages distincts: Lucien Chardon et David Sechard, l'aigle et le boeuf, l'homme de la gloire et l'homme du foyer. 12 D'Arthez inspire une veritable passion a la sublime Diane de Maufrigneuse, princesse de Cadignan. Balzac nous raconte l'histoire de leur rencontre et les debuts de leur liaison dans Les Secrets de la princesse de Cadignan. Diane fut attiree par d'Arthez parce qu'elle <<pensa que les hommes de genie devaient aimer avec beaucoup plus de perfection que n'aiment les fats, les gens du monde, les diplomates et meme les militaires, qui cependant n'ont que cela a faire>> (La Peau de chagrin 455).

(13) C'est evidemment son reve que Balzac decrit ici: Daniel, celebre par ses romans publies, se fait aimer par une princesse qui a le bon sens d'heriter d'une fortune qui leur permet de vivre a leur guise.

(14) Sans etre aime, Rastignac n'est pas heureux, malgre sa gloire. On trouve en David Sechard le cas contraire: David avait tout pour lui, l'intelligence, la volonte, l'amour de sa femme, mais son reve de faire fortune par son travail s'ecroule devant l'escroquerie de ses adversaires. Il ne semble pas brise par l'echec, et se resigne sans se plaindre a la vie privee et calme du proprietaire provincial. Renoncant a la vocation d'inventeur, il rompt toutes les relations qui le liaient a la societe. Il cultive, par delaissement, les terres amassees par feu son pere et vit pour un modeste bonheur familial, <<aime par sa femme, pere de deux fils et d'une fille, ayant le bon gout de ne jamais parler de ses tentatives ...>> (Illusions perdues 1143). Heureux et sage, David est quand meme un vaincu si nous le regardons par rapport a ce qu'il revait d'etre. Un ambitieux resigne, il sera aime mais il ne connaitra pas la gloire, sans laquelle nul bonheur balzacien n'est complet.

(15) De meme, le medecin de campagne raconte comment la nature offrait comme un cadre ideal, propice a l'amour: <<Ah! ... la vie en plein air, les beautes du ciel et de la terre, s'accordent si bien avec la perfection et les delices de l'ame! Se sourire en contemplant les cieux, meler des paroles simples aux chants des oiseaux sous la feuillee humide, revenir au logis a pas lents en ecoutant les sons de la cloche qui vous rappelle trop tot, admirer ensemble un petit detail de paysage, suivre les caprices d'un insecte, examiner une mouche d'or, une fragile creation que tient une jeune fille aimante et pure, n'est-ce pas etre attire tous les jours un peu plus haut dans les cieux? Il y eut pour moi, dans ces quarante jours de bonheur, des souvenirs a colorer toute une vie ...>> (Le Medecin de campagne 577).

(16) D'Arthez avait une belle fortune et vivait comme un etudiant; il ne jouissait de rien, ni de son or ni de sa gloire.

(17) Comme Balzac aurait aime pouvoir, comme d'Arthez, etre a la tete d'un groupe intime d'hommes superieurs! Parmi eux <<l'estime et l'amitie faisaient regner la paix entre les idees et les doctrines les plus opposees. Ils se communiquaient leurs travaux, et se consultaient avec l'adorable bonne foi de la jeunesse>> (Illusions perdues 412).

(18) Balzac aime bien cette image romantique du martyr de l'Art. Balzac en est proche par la force de son travail mais il n'accepte pas volontiers la pauvrete et la solitude que lui, Balzac, impose aux nobles artistes qui reussissent dans ses oeuvres. Gautier explique que malgre un coeur <<tres-bon et tres tendre,>> Balzac avait <<l'egoisme du grand travailleur>> (Portraits contemporains 29).

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Author:Chen, Wei-ling
Publication:Fu Jen Studies: literature & linguistics
Geographic Code:4EUFR
Date:Jan 1, 2005
Words:9725
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