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Racines citoyennes : la communaute locale au cceur de la transition ecologique L'impact des initiatives climatiques locales et citoyennes a Montreal.

Introduction

Les villes comme entites geographiques et politiques sont reconnues comme ayant un role primordial a jouer dans la question relative aux changements climatiques. En raison de la concentration des activites economiques qui y prennent place, de la forte concentration demographique qu'on y retrouve et de la consommation de ressources qui y est faite, les milieux urbains sont consideres comme etant responsables d'une grande part des emissions mondiales de gaz a effet de serre (Bulkeley 2005; Bulkeley et Castan Broto 2012; Boyd et Juhola 2015; Hoornweg et al. 2011; Schroeder, Burch et Rayner 2013). Les villes sont aussi tres vulnerables face aux nombreux effets et consequences des changements climatiques (Giest et Howlett 2013).

Au cceur de la question climatique urbaine et dans un contexte de gouvernance multi-niveaux, la portee des acteurs a l'echelle locale (de la ville ou du quartier), notamment les citoyens ou representants de la societe civile, prend une autre envergure. De fait, compte tenu de leur role de premier plan en ce qui a trait aux defis poses par l'enjeu climatique, les acteurs locaux ont etabli au cours des dernieres annees des collaborations et ont mis en place des solutions concretes et innovantes afin d'attenuer leurs impacts sur le climat, pour s'adapter aux variations de celui-ci ou encore pour materialiser des actions dans un objectif de transition ecologique (Aylett 2015; Betsill et Bulkeley 2006; Bulkeley et Castan Broto 2012; Cloutier, Papin et Bizier 2018; Gore, Robinson et Stren 2012 ; Hopkins 2008).

Dans cet enjeu, la societe civile peut etre associee a un espace de contestation et de reflexion d'ou peuvent emerger des solutions de rechange face a la crise climatique, independamment de l'etat ou du marche (De Souza 2006; Smith 2012). Les residents, les groupes et organismes locaux ont le potentiel d'etre des agents de changement et de participer a la transition vers des villes a plus faibles emissions de carbone. De plus, en raison d'une grande tolerance au risque comparativement aux gouvernements municipaux, la societe civile permet d'assurer une mise en place rapide d'initiatives ainsi qu'une souplesse et une capacite d'adaptation face au systeme en place (Aylett 2013; Folke et al. 2005 ; Forsyth 2014; Schroeder, Burch et Rayner 2013).

Cela dit, ce role des representants de la societe civile dans l'amorce d'une transition et son possible effet dans la gouvernance urbaine climatique meritent d'etre mieux documente (Seyfang et Haxletine 2012). Cet article s'interesse a l'acteur citoyen qui intervient a une echelle urbaine ou micro-urbaine, a savoir celle du quartier. Il vise a mettre en lumiere des initiatives citoyennes pour les aborder comme des mecanismes de participation et d'action citoyenne dans la gouvernance urbaine des changements climatiques. S'interessant plus specifiquement a huit initiatives citoyennes de transition ecologique dans l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie a Montreal, il cherche a comprendre l'objectif de ces interventions realisees par les acteurs locaux et leur portee dans les processus de decisions et d'actions urbaines. Prenant appui sur une analyse documentaire et des entretiens semi-diriges aupres de repondants-cles (leaders des initiatives, elus locaux, etc.) les initiatives citoyennes sont analysees en les considerant comme, d'une part, des experimentations dans la gouvernance climatique (Hoffmann, 2011; Bulkeley et al., 2015; Hargreaves et al., 2011), et d'autre part, des espaces d'innovation dans une perspective de transitions sociotechniques (Loorbach, 2007; Geels et Schot, 2007).

Il apparait que ces initiatives a visee environnementale jouent un role pour: 1) realiser des experiences et proposer des solutions de rechange ecologiques dans l'espace urbain, 2) creer des milieux de vie par et pour les citoyens, 3) mobiliser et faire participer les citoyens en s'ancrant a lechelle locale et en materialisant des retombees concretes, immediates et de proximite et 4) etablir des liens et partenariats entre les citoyens et les autorites municipales pour gerer et planifier la ville.

La suite du texte se structure en quatre parties. Apres avoir trace, dans la premiere partie, les contours du modele analytique et ses ancrages theoriques, la seconde partie presente l'approche methodologique de la recherche. La troisieme partie presente les caracteristiques du cas d'etude montrealais, en detaillant les initiatives citoyennes ciblees. La quatrieme partie revient sur la contribution citoyenne et ses defis dans la gouvernance climatique urbaine.

1. Sur les experimentations de gouvernance climatique et l'innovation dans les systemes socio-techniques

Pour repondre aux defis poses par l'enjeu des changements climatiques, diverses formes de gouvernance peuvent se mettre en place, parmi lesquelles certaines sont dites collaboratives. Celles-ci mettent a profit les ressources des agents institutionnels au meme titre que celles des representants de la societe civile et de la recherche (Armitage et al. 2009; Folke et al. 2005; Walker et al. 2004 ; Aylett 2015a ; Cloutier et al., 2015). Face au pouvoir d'action limite des autorites municipales sur la question climatique, cette interaction avec d'autres acteurs urbains est souhaitable afin de reellement mettre en marche une transition ecologique et sociale (Burch et al. 2014; Wamsler 2016).

Dans le meme temps, de nouveaux reseaux emergent au sein des villes et donnent lieu a des facons inedites de gouverner la question des changements climatiques en faisant interagir divers acteurs qui ne l'auraient peut-etre pas fait autrement (Schroeder et al., 2013). Actrice de premier plan et directement concernee, la societe civile peut, par exemple, participer a concevoir des politiques en lien avec l'environnement et mettre en place des mesures d'attenuation ou d'adaptation face au climat (Aylett 2014; Ross et al. 2015). La co-creation, la co-production, la planification collaborative, la gouvernance participative ou encore la co-gestion adaptative sont autant de termes renvoyant aux formes que prend cette gouvernance a l'echelle urbaine (Baird et al., 2014; Bremer 2015). La multiplication de ces formes invite a considerer les membres de la societe civile comme des partenaires legitimes dans la gouvernance des changements climatiques (Castan Broto et al. 2015). Ces effets relatifs de la mobilisation citoyenne sur les institutions gouvernementales et sur les politiques publiques contribuent a la prise d'action des representants de la societe civile en dehors des processus traditionnels.

L'Etat et les administrations locales montrent un interet a supporter les initiatives civiques. Par leurs interventions, les parties prenantes se renforcent ainsi mutuellement, confirmant en quelque sorte les theses tant de l'ecologie politique que celles de la modernisation ecologique (Mol 2003). D'une part, la force combinee de l'Etat et des initiatives citoyennes permet aux initiatives sociales de prendre une ampleur et de transformer les systemes urbains, notamment en permettant aux municipalites de mettre de l'avant des politiques plus ambitieuses en matiere de changements climatiques (Aylett 2013). D'autre part, ces partenariats horizontaux entre l'Etat et la societe civile permettent aux autorites municipales d'augmenter leurs capacites d'intervention (Cloutier et al., 2018 ; Bulkeley et Castan Broto 2012).

Cependant, il demeure complexe de mesurer adequatement le resultat de cette participation civique a la prise de decision, et plus largement a la gouvernance climatique (Scanu, 2015 ; De Souza 2006; Wamsler 2016). D'une part, leurs retombees sont difficiles a systematiser. Celles-ci sont multiples, diversifiees et constituent souvent des noyaux declencheurs d'une serie d'impacts inattendus mais relies, a l'instar de la theorie du rhizome de Deleuze et Guattari (1980). D'autre part, il semble que le nombre grandissant de dispositifs et de moyens de participation citoyenne puisse constituer une fragmentation et puisse etre contreproductif pour l'implication citoyenne (Bherer et Breux 2012). En outre, il y a un risque que les gouvernements deleguent leurs responsabilites et s'en remettent aux citoyens pour agir (Castan Broto et al. 2015).

Dans la perspective de la gestion de la transition (transition management), les niches--qui correspondent a des projets et creneaux developpes au sein d'organisations et d'institutions--doivent etre gerees de maniere strategique pour qu'une societe reussisse sa transition vers le developpement soutenable (Geels 2005). Les niches les plus solides et performantes sont celles qui se traduisent par des formes d'apprentissages techniques (premier niveau) et par une reflexion critique plus large (second niveau) (Kemp et al. 1998). Ces niches sont jugees en mesure d'activer une transition sociotechnique dans les systemes et structures de societe en place. Suivant cette perspective, les projets citoyens a objectifs divers (production locale d'energie, reduction demissions de gaz a effet de serre, echange de pratiques, etc.) representent des niches capables de faire evoluer le systeme.

Cela dit, pour qu'elles aient des retombees, les idees et les actions derriere ces projets doivent favoriser l'experimentation et en meme temps autoriser les periodes d'essais et erreurs. La phase d'experimentation, qui precede la multiplication des effets de la niche et sa stabilisation par une eventuelle institutionnalisation est jugee importante dans le processus de transition (Seyfang et Haxeltine 2012). Ici, les experimentations locales de gouvernance climatique sont comprises comme etant des manieres de tester temporairement de nouvelles idees et de nouvelles pratiques sur des espaces urbains sans les affecter de facon irremediable. Elles questionnent, par la pratique, les facons de faire institutionnelles et engendrent des apprentissages sociaux et techniques (Bulkeley, Castan Broto et Edwards 2015).

Si ces experimentations presentent un potentiel interessant, leur capacite d'engendrer de reels changements demeure variable autant que leur influence pour mettre en place des programmes et des politiques publiques efficaces (McFadgen et Huitema 2017; Millard-Ball 2012). Il y a lieu d'interroger le role des experimentations, notamment celles qui sont developpees par les citoyens, comme outils de persuasion aupres des autorites locales et acteurs institutionnels, surtout dans une perspective de transition sociotechnique. En lien avec la perspective de la gestion strategique des niches, on peut etablir certains facteurs determinant le succes des initiatives experimentales (voir Figure 1) : 1. elles induisent une nouvelle configuration, technologie ou service integre socialement, 2. elles favorisent un apprentissage pour les participants et 3. elles entrainent un changement dans l'interpretation des cadres ou la definition des problemes par les participants (Brown and Vergragt 2008).

Pour les fins de cette etude exploratoire, le postulat est que les initiatives experimentales des individus et des groupes evoluant au sein de leur quartier servent de catalyseurs favorables aux apprentissages, a la mise en place de formes de collaboration entre la societe civile et les organisations publiques et privees autour des questions climatiques et qu'elles peuvent contribuer a revoir les pratiques et les decisions dans la ville. Autrement dit, les experimentations civiques contribuent a la gouvernance climatique urbaine. L'approche methodologique utilisee pour etayer ce postulat est presentee dans la section suivante.

2. Methodologie

La demarche qualitative empruntee vise a identifier la specificite des initiatives citoyennes pour aborder la transformation des milieux urbains, particulierement en contexte de changements climatiques. La methode des entretiens semi-diriges est retenue comme principal outil de collecte de donnees sur chacun des cas etudies. La presentation formelle des initiatives citoyennes--lorsqu'elle existe--les travaux academiques dont elles font l'objet et ce qui peut etre lu sur diverses plateformes web et mediatiques a leur propos sont les donnees secondaires sur lesquelles prennent egalement appui cette analyse.

Au total, six entretiens ont ete realises, permettant de couvrir un total de huit initiatives citoyennes. Certaines personnes interviewees etaient donc impliquees dans la creation de plus d'une intervention. Quatre entretiens, d'une duree entre 70 et 95 minutes ont ete realises avec des initiateurs de differentes initiatives citoyennes ainsi qu'une entrevue plus courte de 25 minutes avec un participant actif d'une autre initiative. Un elu de l'arrondissement a egalement ete interviewe afin d'obtenir le point de vue d'un acteur de la scene politique municipale. Les entretiens ont ete realises entre les mois d'octobre et decembre 2016.

Afin de selectionner des initiatives pertinentes, cette recherche s'est inspiree du cadre des experimentations de Bulkeley, Castan Broto et Edwards (2015). Les criteres etablis pour choisir les initiatives citoyennes ciblees sont les suivants : 1) qu'elles soient independantes, donc initiees par des citoyens, sans affiliation a une organisation ou a un parti politique ; 2) que leur action contribue a diminuer les repercussions des activites urbaines sur les changements climatiques et qu'elles aient comme objectif d'offrir une solution de rechange au regime en place 3) qu'elles se materialisent concretement dans l'espace urbain ; 4) qu'elles cherchent a susciter un certain engouement ou une implication d'autres citoyens 5) qu'elles prennent place dans l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie ou a ses abords. Ces criteres nous ont permis de retenir huit initiatives presentant divers cas de figure quant aux interactions, reseaux et spheres d'autorites creees. Elles seront decrites dans les pages suivantes.

Le processus de selection des initiatives se base ainsi sur des criteres precis et leur recrutement est de l'ordre de l'echantillonnage par reseau ou boule-de-neige. Puisque ces initiatives sortent d'un cadre plus institutionnel et que certaines n'ont pas de caractere officiel et agissent meme de maniere informelle, elles peuvent etre plus complexes a reperer. Elles ont donc ete selectionnees suite a des mises en relation grace au reseau de contacts personnels de la chercheuse. Des initiatives ont egalement ete choisies grace a la connaissance de leur existence par le biais de leur apparition dans des medias locaux ainsi que dans les reseaux sociaux. Le nombre d'entretiens est limite en termes de nombre et reflete dans quelques cas l'appartenance a un meme reseau, ce qui constitue un element essentiel a la reussite de cette recherche et qui reflete en soit un resultat interessant de l'analyse et ne represente donc pas un enjeu majeur pour cette recherche.

Cette etude adopte ainsi une approche basee sur une etude de cas afin de comprendre et d'expliquer un certain phenomene sans toutefois tenter d'obtenir des donnees ou conclusions generalisables (Loorbach 2007). Cette methode permet de decrire et de rendre compte d'une situation propre a un contexte urbain specifique a une epoque donnee. Letude de cas developpee ici traite specifiquement d'initiatves dans l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie et de ses abords, situe dans la ville de Montreal. Cet arrondissement a ete retenu en raison du dynamisme communautaire et des nombreuses initiatives citoyennes qui y emergent depuis les dernieres annees (Cournoyer-Gendron 2014). Finalement, le choix de cette methodologie permet d'investiguer et de comprendre les caracteristiques et dynamiques d'initiatives citoyennes d'un contexte montrealais specifique a une epoque donnee.

3. Rosemont-La Petite-Patrie : un quartier vert engage et enracine

La Ville de Montreal est composee d'une administration centrale et de 19 arrondissements. Ces deux paliers politiques se partagent des pouvoirs et des responsabilites pour agir sur le territoire montrealais. La Ville est reconnue pour faire preuve d'un certain leadership quant a ses actions menees en lien avec le climat (Gore, Robinson et Stren 2012), notamment par son adherence a plusieurs reseaux internationaux sur le climat, comme le Conseil international pour les initiatives ecologiques locales (ICLEI) et le Cities Climate Leadership group (C40). Divers plans et programmes ont egalement ete elabores depuis les annees 2000 par rapport a l'action municipale en matiere de changements climatiques et de developpement durable (Simonet 2011). Depuis les 20 dernieres annees, on observe a Montreal et au Quebec une integration grandissante de la participation citoyenne dans les processus d'elaboration et de mise en place de programmes et politiques environnementales (Gariepy et Roy-Baillargeon 2017). Il convient de souligner que les actions entreprises par l'administration de Montreal s'apparentent davantage a des strategies d'attenuation ou d'adaptation face aux changements climatiques.

Localise approximativement au centre de l'ile de Montreal, l'arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie (RPP) est le troisieme plus populeux de la ville. En qui a trait a la politique municipale, Francois William Croteau du parti Projet Montreal est maire de l'arrondissement depuis 2009. Au cours de la derniere decennie, l'arrondissement a joue un role de pionnier dans la mise en place de nombreuses initiatives d'attenuation et d'adaptation face aux changements climatiques. Son programme de verdissement dans les ruelles (1) s'est particulierement demarque. Alors que l'administration en place au sein de RPP entreprend des actions en matiere d'environnement, d'autres acteurs mettent egalement en place des initiatives. A cet egard, l'arrondissement de RPP se caracterise notamment par un tissu associatif et communautaire fort (Cournoyer-Gendron 2014).

3.1 Huit initiatives urbaines et citoyennes

Les huit initiatives selectionnees ont pour denominateur commun un espace geographique local: elles sont toutes situees dans l'arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie. Les huit initiatives se distinguent par la nature des interventions, par leur duree de vie, par le rapport entretenu avec les institutions ou les autres acteurs publics, communautaires et prives et par leur ambition. Le tableau 1 presente les grands traits distinctifs de chaque experimentation.

Les initiatives citoyennes etudiees varient dans leurs modalites d'intervention, mais elles se rejoignent sur plusieurs aspects, notamment dans leur rapport a l'espace social et physique du quartier (3.2), par la valorisation qu'elle font de la demonstration comme premier pas vers le changement (3.3) et par leur desir de s'inscrire durablement ou non dans le milieu (3.4). Les sections qui suivent reviennent sur ces distinctions, en soulignant particulierement les nouveautes induites par les experimentations, les apprentissages favorises et les changements dans la definition du probleme (modele analytique). L'analyse des resultats permet ensuite d'interroger la portee de ces initiatives experimentales citoyennes sur l'action publique (3.5).

3.2 L'espace de proximite comme catalyseur d'action

Les initiatives citoyennes etudiees partagent la caracteristique commune d'un ancrage a une echelle tres localisee, soit celle du quartier. Comme les experimentations etudiees ailleurs, les demarches montrealaises font appel a un sens d'appartenance geographique local (Middlemiss et Parrish 2010; Rogers et al. 2012). Les actions citoyennes mobilisees repondent aux besoins du milieu dans lequel elles s'inserent et leur visibilite dans l'espace de proximite contribue a leur succes. A l'instar des initiatives d'urbanisme tactique ou DIY (Lydon 2012), leurs retombees sont concretes et immediates et ces caracteristiques sont recherchees par les initiateurs des projets. Les citadins perfoivent le changement qu'ils mettent en place, tout en beneficiant souvent directement des retombees de leurs actions (Jouve 2004) comme l'exprime un participant :
C'est sur que ce sont des petites affaires comme fa qui redonnent du
pouvoir, et de valoriser cela, fa enleve l'image d'incapacite. Tu ne
vas pas changer le monde, et non, tu ne vas pas le faire seul, mais tu
peux changer ton environnement immediat, et c'est fa qu'il faut faire.
Et il faut voir fa comme etant quelque chose d'incroyable, d'etre
capable de faire fa! [...] Il faut penser petit et agir petit. Et se
contenter de fa aussi. (Participant 3)


L'intention explicite des experimentations est de renforcer le caractere agreable du milieu de vie. Cette notion de confort et de qualite du milieu de vie est souvent associee a des interventions de verdissement, mais elle se concretise egalement par le biais de l'animation de l'espace et la creation de communaute d'interets similaires.
Je trouve que c'est ca le plus grand impact, c'est juste creer des
espaces ou des gens qui ont les memes valeurs peuvent se rencontrer et
discuter, et creer une communaute ou les gens se connaissent et il se
passe des choses par la suite meme si tu ne sais pas exactement ce que
fa va etre. (Participante 1)


En mettant l'accent sur des transformations de petite echelle, l'objectif des initiatives citoyennes apparait plus comprehensible et accessible pour les citoyens qui y prennent part (Seyfang et Haxeltine, 2012). Tel que souligne par quelques participants, ces initiatives ont ainsi le potentiel d'augmenter les capacites des communautes et les stimuler a realiser d'autres projets de la sorte, ce qui a egalement ete observe dans d'autres contextes (Aylett 2014; Simard 2000).

En effet, les repondants ont manifeste leur impression de voir leurs capacites renforcees par la realisation des projets. Cela dit, cette capacite concerne davantage le rapport a l'autre que le rapport a des objectifs environnementaux. Bien qu'ils soient motives a mettre en place des initiatives ecologiques environnementales, les experimentateurs considerent que leurs actions sont plus significatives si elles parviennent a mobiliser la communaute. Lelement << action pour l'environnement >> constitue un levier pour initier un mouvement social plutot qu'une fin en soi.

Parmi les huit experimentations, plusieurs visaient a amenager des espaces devalorises pour en faire des lieux d'echanges et de rencontres qui soient auto-geres, c'est-a-dire planifies, animes et administres par les citoyens a l'origine de l'initiative. Dans certains cas, l'occupation du lieu temoigne d'une revendication de solidarite citoyenne. Aussi, pour certains, la demarche experimentale dans le quartier permet de prendre position contre une conception neoliberale du developpement urbain qui valorise le developpement prive au detriment de l'amenagement et de la preservation des espaces publics. Comme ailleurs, les initiatives ayant emerge dans RPP visent d'une certaine facon a remettre en question l'urbanisme institutionnel et la domination de la propriete dans la ville (Certoma et Tornaghi 2015). Ainsi, les citoyens procedent a des interventions dans l'espace urbain pour materialiser et manifester leur existence, pour affirmer la place de la societe civile dans la ville et pour participer a la creation de la ville (Follmaan et Vihoff2014).

Le fait que les initiatives soient entamees par des citoyens du milieu donne une certaine confiance aux autres citoyens du quartier et ceci stimule une plus grande acceptabilite des initiatives mises en place. Selon la majorite des repondants, les experimentations ont ete bien accueillies par la population de l'arrondissement. Leur intention d'amelioration et de valorisation des elements naturels en ville est peu controversee dans RPP, ou les residents affichent un profil de valeurs plutot progressistes. Toutefois, le rapport aux differentes representations de l'espace urbain reste ambivalent et induit des biais, souvent involontaires ou inconscients. Les leaders des initiatives disent agir pour tous les citoyens, tout en specifiant qu'il y a de meilleures fafons de faire et de voir la ville que d'autres.
Moi je ne crois fortement pas a cette maniere de fonctionner, qui est
comme la bureaucratie urbaine. Je pense que les gens se reapproprient
les lieux en les travaillant. Et je pense que la meilleure chose que
la ville peut faire c'est de laisser place aux gens de creer leur
propres choses, parce qu'ils vont vraiment faire des choses qui sont
plus profondes et qui vont faire plus de sens qu'un parc qui ne reflete
pas necessairement les vrais besoins des gens qui y habitent
(Participant 3).


En outre, il importe de mentionner que les individus qui collaborent aux experimentations affichent un profil relativement homogene. Il s'agit souvent de jeunes dans la vingtaine ou trentaine sans enfants, formes dans les disciplines diverses touchant des enjeux environnementaux ou sociaux et venant de milieux socioeconomiques relativement aises.

Les initiatives observees permettent d'identifier certains facteurs favorables a la mise en place et au maintien des experimentations citoyennes a l'echelle infra-locale. En ce qui concerne l'etape de la mise en place de l'experimentation, il ressort que les leaders doivent posseder quelques atouts personnels : ils doivent etre motives a donner de leur temps, a deployer de l'energie pour interagir et etre disponibles. La traduction de l'idee en gestes concrets depend de la capacite de ces individus a prendre un certain risque (occuper un espace qui appartient a quelqu'un d'autre, frapper a la porte des voisins pour les inviter a participer, installer des objets dans l'espace public, etc.) et a sortir des activites connues ou habituelles. Lorsqu'ils possedent des competences techniques et une certaine confiance interne, cette prise de risque apparait facilitee.

Ensuite, l'elargissement du reseau et l'appropriation de l'initiative par d'autres que les leaders se revelent des moments-cles de l'existence de l'initiative experimentale. Le nom du projet, son identification visuelle, letablissement d'un horaire d'occupation ou d'activites sont autant d'elements qui formalisent l'initiative et la rendent visible. La realisation de partenariats, pour faciliter l'acces a des ressources humaines, materielles et financieres est observee dans tous les cas. Cela dit, l'etape du maintien de l'experimentation est celle qui permet aussi d'observer les contraintes a la mobilisation. Les huit initiatives etudiees laissent voir que la disponibilite de l'equipe initiatrice du projet tend a diminuer dans le temps--la deuxieme saison estivale ou la deuxieme annee s'avere nevralgique. Aussi, le partage de la prise en charge avec d'autres citoyens que l'equipe initiatrice ne se fait pas toujours facilement. A cet egard, le manque d'identification des roles et des responsabilites de chacun-e peut contribuer a creer un flou, surtout que l'implication dont il est question ici est volontaire et benevole.

De fafon plus symbolique, un certain decouragement peut poindre au cours de l'initiative, qui se revele etre de faible impact par rapport aux enjeux plus vastes (changements climatiques, transition energetique, etc.) ou aux acteurs politiquement plus puissants (elus, promoteurs, etc.). En outre, des conflits peuvent aussi survenir entre les organisateurs ou porteurs de l'initiative. Il demeure que dans tous les cas etudies les interventions et leur deploiement ont ete suffisamment explicites et visibles pour en faire des initiatives reconnues et connues. Toutes ont reussi a faire demonstration de gestes pouvant etre poses dans l'espace urbain.

3.3 La participation par la demonstration

Les initiatives citoyennes analysees jouent en quelque sorte un role de demonstration d'alternatives a l'urbanisme traditionnel. Elles refletent bien les changements souhaites en termes de planification urbaine. Les concepteurs de ces initiatives n'ont pas la pretention de contribuer a reduire directement les repercussions des villes sur le climat par leurs interventions. Neanmoins, ils abordent leurs projets comme des bancs d'essai pour des experimentations a plus vaste echelle et prenant appui sur plus de ressources pour faire de la ville un espace moins polluant et pollue.

Les projets de verdissement, d'agriculture urbaine et de demineralisation sont associes a une strategie visant une forme de co-benefices pour les acteurs impliques (Lydon 2012). Pour les citoyens, ces initiatives constituent les racines pour une transition de plus grande ampleur vers des villes post-carbone. Pour l'administration locale, c'est l'image dynamique, d'ouverture et d'innovation qui est renforcee. En effet, le marketing territorial de RPP est renforce sans que des efforts importants aient a etre deployes par les elus ou par leur equipe. Les initiatives citoyennes de verdissement et d'agriculture urbaine representent ainsi un potentiel, une niche pour reprendre les termes de la gestion de la transition, pour imaginer, developper et amenager la ville autrement (Certoma et Tornaghi 2015).

Au plan procedural, les experimentations observees dans RPP se demarquent des formes plus conventionnelles de participation publique dont les assemblees, audiences et consultations publiques, les referendums populaires ou encore les conseils de quartiers (Bacque et Gauthier 2011; Folmann et Viehoff 2014). Elles s'en distinguent par leur agencement des ressources : les connaissances techniques des uns servent a la realisation concrete du projet, alors que les savoir-etre des autres contribuent a rendre le projet inclusif et apprecie du plus grand nombre. Ainsi, les initiatives etudiees offrent aux citoyens le potentiel de devenir des acteurs de changement. Elles favorisent aussi leur apprentissage des rapports de force et de collaboration avec les organismes et les institutions locales. Pour certains, cet apprentissage des jeux de pouvoir et du pouvoir citoyen est une premiere etape structurante, qui les incite a formaliser leur action. Pour d'autres, la necessite d'interagir avec le cadre institutionnel et organisationnel tel qu'il existe est plutot un element demobilisant, qui les incite a passer a autre chose.

3.4 Le rapport au changement, a la transition et a la duree

Parmi les projets realises dans RPP, tous n'ont pas la meme ambition par rapport au maintien ou a la duree de leur intervention. La moitie des repondants ont exprime l'intention de realiser une action de maniere ephemere. Pour eux, planter des vegetaux sur un lot vacant ou organiser le verdissement de la ruelle permet de marquer les esprits et de mobiliser la communaute locale. Il s'agit d'une bougie qu'on allume et tant mieux si des changements, portes par d'autres, s'enclenchent. Leur experimentation constitue une etape qui s'inscrit dans une sequence plus longue, a une echelle plus vaste mais qui ne les concerne pas directement comme le mentionne un participant :
C'est quand meme des etapes tres necessaires a faire, qu'il y ait des
moments ephemeres, que les gens voient que c'est possible, et je pense
que c'est un processus qui doit passer par la, jusqu'a temps qu'on
aille des milieux qui soient forts. Des milieux qui restent en vie. Je
pense que c'est oblige selon moi de passer par toutes sortes d'embuches
comme fa, et oui il va y avoir des terrains qu'on va perdre, mais qu'au
long terme il y a cette idee qui peut jaillir de la collectivite.
(Participant 3)


Pour d'autres, l'intention est que l'initiative s'inscrive dans la duree et puisse offrir des parametres pouvant etre repliques ailleurs. L'idee est d'avoir prise, au moins minimalement, sur l'enjeu enorme des changements climatiques ou de la transition ecologique. Pour ces repondants qui temoignent d'une reflexion articulee aux idees de la transition sociotechnique la reproduction de leurs interventions et leur appropriation par les riverains est un element fondamental. De fait, la capacite a se repliquer et se multiplier est un critere pour qu'une niche, soit un projet local, participe a une reelle transition durable des systemes en place (Grin et al. 2010). En repliquant les initiatives, une certaine culture d'experimentation peut ainsi se mettre en place car le potentiel de diminuer les freins du regime face aux changements est eleve (Kivimaa et al 2015).

Par contre, les initiatives etudiees ont toutes un caractere tres local et leur ancrage dans le voisinage represente une composante forte de leur identite et de leur succes. Neanmoins, certaines initiatives offrent le potentiel de se repliquer plus facilement que d'autres. Les conditions gagnantes pour que les citoyennes se repliquent sont entre autres choses la disponibilite d'un espace a transformer et la mobilisation evolutive des citoyens. La collaboration de l'arrondissement et des pouvoirs locaux est aussi un element favorable a lelargissement du mouvement. Sur cette collaboration, les repondants sont egalement partages.

Dans le meme sens, les leaders des experimentations realisees dans RPP ne convergent pas dans leur perception de l'influence que peuvent avoir leurs projets. Certains considerent que l'initiative citoyenne est complementaire a d'autres formes et ordres d'actions. Selon ces repondants, de telles initiatives sont utiles pour demontrer ce qu'il est possible de realiser comme interventions urbaines, mais une forme de contestation du systeme en place a plus grande echelle doit etre faite pour esperer un reel changement de paradigme. La materialisation concrete de leurs ideaux dans le paysage urbain est un element a relier a leur discours et a leur prise de parole pour influencer des orientations plus systemiques.
Autant j'y crois beaucoup aux petits changements locaux, autant j'ai
l'impression que fa ne change rien dans un systeme qui ne change pas.
Je suis tres divisee entre les deux. [...] Si on veut reagir aux
changements climatiques, c'est ca. Il faut a la fois construire une
transition, des initiatives qui participent a une transition, [...] et
en meme temps, on est tellement loin de cette transition la que si on
veut au minimum penser que c'est possible, il faut bloquer tous ces
projets [qui nuisent a l'environnement]. (Participante 1)


D'autres considerent que la mise en place d'initiatives par des citoyens doit se realiser en collaboration avec les decideurs locaux. Pour ces repondants qui se distinguent par un profil un peu plus age que ceux mentionnes precedemment, la collaboration est necessaire pour donner un effet de propulsion aux projets et pour accelerer les changements dans les manieres d'orchestrer diverses interventions urbaines. Ceux-la estiment que l'opposition est un pari risque, dans un contexte ou toutes les structures institutionnelles tardent a agir pour faire face aux changements du climat. Cette collaboration citoyen/arrondissement permettrait, selon eux, de multiplier les projets d'amelioration du milieu et les ressources qu'on leur alloue.

Le risque de recuperation politique des actions citoyennes existe. De meme, certains propos amenent a reflechir a l'instrumentalisation possible de ces citoyens qui se voient valorises pour les responsabilites qu'ils endossent et qui sont traditionnellement des responsabilites municipales (verdissement des rues et trottoirs, arrosage des plantations, pression sur les proprietaires immobiliers qui laissent leurs terrains en friche, etc.).

Ainsi, les initiatives citoyennes environnementales dans RPP renforcent un potentiel pour participer a une transition sociotechnique 1) parce que certaines peuvent se repliquer dans l'espace urbain et ainsi accumuler une somme d'effets, 2) parce qu'elles stimulent une participation citoyenne et cherchent a prendre une ampleur dans les actions qu'elles realisent et 3) parce qu'elles offrent une possibilite de transformer certaines methodes au sein du regime en place. Toutefois, l'existence seule de ces << niches d'innovation >> ne serait pas suffisante pour engendrer une transition sociotechnique durable. Leur action se revele pertinente mais doit s'accompagner d'une ouverture des regimes en place. Le changement ne peut s'inscrire qu'a ce niveau de decision. L'etude du cas montrealais amene a constater que les porteurs des initiatives perfoivent un certain changement, mais que celui-ci est diffus et qu'il ne correspond pas forcement a une reelle integration des elements de ces creneaux au sein des institutions. D'autres recherches sur le sujet demontrent que l'effet de transition sur les regimes en place passe par une replique des interventions dans l'espace et les systemes (Kivimaa et al. 2015). En se repliquant, les initiatives, y compris celles de RPP, peuvent contribuer a la definition d'un nouveau design urbain par leur manifestation et impact dans l'espace physique urbain plus vaste (Geels 2005).

3.5 Vers un rapprochement graduel des actions citoyennes et des institutions ?

A l'etape de la mise en place, les initiatives ressemblent souvent a des actions isolees davantage qu'a des projets coherents. Le type et la nature des interventions menees sont pour leur part souvent reflechis et planifies. Toutefois, les premieres actions posees sont plutot spontanees et fragmentees. Elles suivent l'elan d'un ou de quelques individus. Puis, si l'elan persiste, la reflexion se deploie et invite a faire une coordination des actions. Cette coordination s'effectue a deux echelles. Dans un premier temps, il y a mise en commun des ressources et des idees des citoyens entre eux, lors de la premiere saison ou annee d'existence de l'initiative. Dans un second temps, lorsque l'initiative se poursuit et s'etend sur plus d'une saison ou d'une annee, on observe une coordination des experimentateurs avec d'autres acteurs, representants de la societe civile, mais aussi des commerfants et representants de l'administration municipale (Aylett 2013).

Au depart, dans la plupart des cas, des citoyens occupent et animent des espaces sans plan determine ou direction claire et etablie. Les initiatives sont mises en place de maniere naturelle et plutot spontanee. Le caractere imprevisible de l'evolution de la demarche est meme recherche par les initiateurs qui valorisent la creativite et voient l'absence d'encadrement ou de controle des actions comme une affirmation de leur caractere innovant. Cette approche suivant l'inspiration du moment et sans but precis rappelle la demarche des Situationnistes (Chollet 2004). Elle porte une volonte de revoir les manieres de faire la ville, mais sans separer l'amenagement urbain de l'art, du vivre ensemble ou de la politique.

On observe une transition au fil de l'evolution des initiatives vers une maniere plus coordonnee et transparente de realiser les actions. Certains << indicateurs >> nous amenent a voir que la coordination qui se fait graduellement se solidifie dans le temps. Cette structuration va de pair avec la durabilite du projet. Elle accompagne aussi l'apprentissage, l'experience et la comprehension du fait que certaines demarches peuvent contribuer au deploiement de l'initiative locale. Ainsi, la coordination menee par les citoyens experimentateurs et leur projet sont perceptibles par le biais d'une strategie de diffusion des activites, du choix d'un nom pour l'experimentation en encore par la constitution en organisme du groupe d'experimentateurs. Dans la suite de la sequence, les initiatives qui se maintiennent dans le temps se rapprochent d'au moins une institution au fil de leur evolution.

Si les initiatives citoyennes se rapprochent des institutions, elles ne tissent pas les memes liens ou partenariats avec celles-ci. La nature du partenariat depend notamment du type d'espace que ces initiatives occupent et de la vision des leaders. Plusieurs scenarios peuvent ensuite s'etablir. Par exemple, dans les cas a l'etude, des partenariats financiers, des relations de cohabitation d'espace ou des ententes de co-gestion d'espace ont ete constitues. Ces relations multiformes et multi-acteurs offrent aux citoyens la possibilite d'entrer dans des dynamiques de gouvernance diverses dans le but de realiser leurs initiatives et de les maintenir dans le paysage urbain.

Bien qu'employe de maniere generale dans les paragraphes precedents, le terme << institution >> englobe une diversite d'acteurs. En effet, certaines initiatives ont privilegie un rapprochement avec l'administration municipale locale. Les organisateurs qui n'ont pas collabore avec l'arrondissement ont parfois etabli des partenariats avec des acteurs prives ou semi-publics pour occuper des espaces dans la ville et developper leurs projets. D'autres ont simplement commence a occuper des terrains, sans demander d'autorisation aux proprietaires des terrains, qu'ils soient prives ou publics. Chaque initiative etudiee illustre ainsi un cas de figure different de partenariat ou de rapprochement institutionnel. La variation entre les cas releve en grande partie des motivations poursuivies par les initiateurs.

Deux visions s'affrontent sur le rapport a entretenir avec l'institution publique et son cadre. Certains repondants considerent que les citoyens ont la legitimite d'intervenir dans l'espace urbain. Pour eux, l'usage de l'espace et la connaissance du milieu constituent des sources de legitimate suffisantes. Ils ne cherchent pas a s'assurer que leurs interventions soient conforment aux regles ni aux orientations de l'arrondissement. Pour d'autres repondants, une occupation informelle est illegale et illegitime. Eux ne souhaitent pas s'imposer dans le paysage urbain, mais plutot le transformer en respectant les regles et en faisant evoluer ces regles. Pour eux, la collaboration entre acteurs locaux est necessaire pour reellement repondre aux besoins de la collectivite.

A l'instar des travaux de Bulkeley, Castan Broto et Edwards (2015), les resultats demontrent que les initiatives citoyennes qui parviennent a se maintenir dans le temps dans RPP s'ajustent au cadre urbain et aux fafons de gouverner deja en place. La sequence de leur evolution illustre qu'au depart, leurs actions sont davantage spontanees et qu'au fil du temps elles deviennent plus concertees et organisees. La plupart des cas evoluent en rapprochant les experimentateurs d'une institution, d'une fafon ou d'une autre. Certaines initiatives tentent de rendre legitime leur action aupres de l'arrondissement. Les liens avec l'institution renforcent l'efficacite et un relais plus optimal de la mobilisation (Neveu 2002).

Les resultats concourent egalement a demontrer qu'un esprit << mutualiste >> peut s'observer entre les pouvoirs locaux et certaines initiatives : les deux parties beneficient de l'existence et du support de l'autre. Par exemple, les institutions obtiennent une reconnaissance pour leur engagement civique et environnementale, alors que les initiatives citoyennes refoivent des ressources comme un support financier et une legitimate qui leur permet de continuer a exister (Walker 2011). Comme l'avancent des travaux sur l'urbanisme tactique, les interventions citoyennes dans RPP nous semblent plus efficaces pour operer un changement si elles travaillent de pair avec les objectifs de planification urbaine sur un plus long terme (Lydon 2012). La creation de reseaux sociaux forts est egalement garante du succes des initiatives et des innovations developpees (Kemp et al. 1998).

En outre, ces reseaux ne sont pas tous uniquement articules a des partenariats ou collaboration avec les autorites municipales. Il ressort de cette recherche, comme d'autres cas d'etudes, qu'un modele de gouvernance appuye sur des partenariats entre citoyens et acteurs prives peut aussi insuffler un changement dans la maniere de concevoir et d'utiliser les espaces de propriete privee (Certoma et Tornaghi 2015). Il peut notamment transformer des espaces prives ou semi-prives en espace pour le public (Werkele et Classens 2015). Par exemple, l'occupation de terrains prives pour realiser des projets d'agriculture urbaine est une pratique en expansion dans les villes du Nord depuis une dizaine d'annees (Johnson 2010). Pour certains auteurs, on serait a l'aube d'une ere post-politique dans laquelle les citoyens ne collaborent pas necessairement avec les autorites politiques pour mener leurs projets. Dans une perspective ou les structures politiques peuvent etre plus limitees ou lentes a mettre en place un changement, une collaboration avec des partenaires prives peut s'averer plus rapide et efficace pour permettre aux initiatives de se realiser dans l'espace urbain (Aylett 2015).

4. Conclusion

La gouvernance des changements climatiques donne lieu a des interactions a diverses echelles geographiques et de pouvoir, ainsi qu'entre de nombreux acteurs qui aspirent a relever les multiples defis que presente cet enjeu du 21e siecle transcendant les frontieres du temps et de l'espace. Les citoyens a l'echelle locale apparaissent desormais comme des acteurs a part entiere de cette gouvernance.

En effet, la societe civile est appelee a agir par l'entremise de mecanismes de participation citoyenne institutionnalises, mais elle peut aussi etre porteuse d'initiatives concretes et independantes dans la ville. Ces initiatives venant de la communaute peuvent etre analysees comme des experimentations urbaines ou comme des niches d'innovations sociales et parfois techniques, s'inscrivant dans une transition sociotechnique vers des systemes et des villes plus durables (Bulkeley, Castan Broto et Edwards 2015; Smith 2012).

Les experimentations locales, comme celles etudiees dans l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie a Montreal dans le cadre de cette recherche, refletent le potentiel des modes d'action collectifs informels. Dans la plupart de ces initiatives, la question climatique est l'element declencheur et l'argument cle pour mobiliser et legitimer les gestes poses. Cependant, dans le deroulement pas a pas de l'initiative, c'est plutot la solidarite et l'echange avec les autres qui constitue le fondement du projet.

Meme s'il demeure impossible de faire un lien de cause a effet parfait entre ces initiatives realisees et leurs impacts, leurs benefices ne sont pas pour autant inexistants, et ce bien au contraire. Bien qu'il soit idealiste de dire qu'elles influent directement sur les autorites locales ou l'elaboration de politiques publiques, elles exercent certainement un pouvoir d'influence et de mobilisations aupres des plusieurs acteurs. D'abord, en mettant a profit leur reseau social et leurs savoir-faire, les porteurs des initiatives citoyennes etablissent leur legitimite en tant qu'acteurs capables de mettre en place des alternatives et reussissent a interagir avec l'administration municipale. Ce faisant, ils fafonnent de nouveaux ecosystemes, s'appuyant sur des partenariats. Alors que certaines initiatives misent sur la diversite des tactiques pour esperer activer un changement dans les modes operatoires et les conceptions de la ville, d'autres misent davantage sur une collaboration avec les institutions pour realiser une transformation des fafons de faire dans une perspective davantage axee sur le long terme. Ensuite, ces initiatives generent des retombees immediates, concretes et benefiques aux communautes impliquees directement ou indirectement dans les processus. Ceci encourage l'action citoyenne sur un enjeu aussi insaisissable et complexe que celui du rechauffement climatique. Finalement, a duree variable, ces initiatives permettent de rendre visible des alternatives et d'agir comme declencheur pour materialiser d'autres manieres de faire dans l'espace urbain. Elles invitent ainsi a concevoir une nouvelle fafon d'exercer un pouvoir citoyen par l'action directe et collective, ce qui marque sans aucun doute l'imaginaire et la culture de l'epoque.

Il apparait que certains facteurs contribuent a lemergence et au maintien des initiatives : 1. Les experimentations doivent pouvoir tisser des liens avec les institutions et creer des partenariats avec d'autres acteurs urbains; 2. Elles doivent pouvoir se repliquer dans l'espace urbain, en mettant au point des interventions qui peuvent s'adapter a des contextes semblables ou etre generalisees a l'echelle du quartier; 3. Elles gagnent a mobiliser un nombre grandissant de citoyens au cours de leur demarche.

Certes, le verdissement d'un espace ou la creation de jardins sur les trottoirs constituent des interventions presqu'anecdotiques si elles sont prises separement. Cependant, leur porte s'avere significative en se multipliant, en se diversifiant en se cumulant et en influenfant a diverses mesures une serie d'acteurs differents. Elles peuvent ainsi contribuer a redefinir les enjeux urbains et demontrer la faisabilite et l'acceptabilite de solutions simples afin de contribuer a une transition urbaine face aux enjeux climatiques, tel qu'explique dans les theories sur la gestion de la transition. Les resultats de cette recherche appuient cette idee que la recurrence des actions peut etre aussi puissante, sinon plus, que l'elaboration de nouvelles politiques publiques, pour activer la transformation des pratiques.

Cela dit, cette idee que la transition doit passer par une replique des initiatives demonstratrice pose la question de la legitimite de ceux qui les portent et de la nature des interventions. Qui decide de ce qui est approprie pour l'espace urbain? La legitimate des citoyens/initiateurs merite d'autant plus d'etre soulevee dans le contexte ou les initiatives sont de plus en plus portees par des partenaires prives, sans implication des decideurs publics. Si les initiatives citoyennes peuvent contribuer a la definition d'un nouveau design urbain et a la mise en place d'alternatives ecologiques, elles peuvent aussi reproduire, sans doute malgre elles, des logiques de pouvoir plus ou moins equitables. Des mecanismes assurant que les transformations ont des benefices pour l'ensemble de la collectivite doivent etre preserves. L'institutionnalisation des experimentations apparait ainsi comme une fafon de faire durer les demarches de transformation et comme un rempart contre le caractere particulier des projets.

L'eclosion des initiatives citoyennes urbaines menees du bas vers le haut participe a la construction d'un ecosysteme post-carbone, solidaire, circulaire et alternatif a la societe capitaliste actuelle axe sur la croissance et le profit. Cette nouvelle tendance du 21e siecle pourrait egalement etre categorisee comme un mouvement citoyen preconisant l'environnement, la collaboration, la durabilite, la decentralisation et l'autogestion. Dans une optique de diversite des tactiques, ces racines citoyennes ou rhizomes en devenir s'averent ainsi etre des initiatives necessaires qui permettront de realiser une reelle transition ecologique face a la crise climatique actuelle.

Remerciements

Remerciement special a Alexander Aylett pour son soutien precieux et l'inspiration a ce travail. Cette recherche a beneficie d'un soutien financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. (CRSH - 2016). Bourse Armand Bombardier du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH).

Notes

([dagger]) Deceased 23 July 2016.

(1) Dans les quartiers de Montreal amenages entre les annees 1860 et 1950, les ruelles constituent des espaces de socialisation. De plus, une multitude d'initiatives ont ete mises en place pour encourager la vie de quartier.

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Alexandra Nadeau

Genevieve Cloutier

Claire Poitras

Alexander Aylett ([dagger])

Centre Urbanisation Culture Societe de l'INRS
Tableau 1 - Caracteristiques des initiatives etudiees

Nom de l'experimentation  Description

                          Espace autogere d'experimentation ecologique,
L'Espace Ex               social et culturel ayant pour mission de
                          tester des alternatives agricoles urbaines et
                          de production d'energie renouvelable.
                          L'espace est aussi utilise pour organiser
                          divers evenements alimentant les reflexions
                          sur des questions environnementales et
                          sociales
Les Jardins Cra-terre     Jardins biologiques, locaux, citoyens et
                          collaboratifs mis en place par une
                          cooperative sur un espace urbain sous-utilise
                          Cooperative citoyenne de participation et
Solon                     d'innovation citoyenne environnementale
                          (elaboration de prototype pour un systeme de
                          geothermie dans les ruelles, systeme de
                          partage d'automobile, ateliers populaires,
                          etc.)
Parc Sans Nom             Transformation d'un espace sous-utilise en un
                          espace vert et de jardinage autogere informel
                          Occupation informelle et transformation
Parc Ken Saro Wiwa        citoyenne d'un espace betonne sous-utilise en
                          un espace de jardinage et devenements sociaux
                          environnementaux
Pepiniere anarchiste      Culture d'arbres et d'arbustes informelle
                          pour leur distribution gratuite pour verdir
                          des espaces urbains
Parc des Gorilles         Espace urbain sous-utilise converti en un
                          espace de biodiversite informel
Le Fridge                 Collectif qui recupere les aliments
                          non-vendus de commerces locaux pour les
                          redistribuer aux citoyens
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Author:Nadeau, Alexandra; Cloutier, Genevieve; Poitras, Claire; Aylett, Alexander
Publication:Canadian Journal of Urban Research
Geographic Code:1CQUE
Date:Dec 22, 2019
Words:9167
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