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REJETER LA GREFFE : FILIATIONS COURT-CIRCUITEES ET BIOGRAPHIQUE REINVENTE DANS THE AUTOBIOGRAPHY OF MY MOTHER.

Publie en 1996, The Autobiography of My Mother prolonge les thematiques abordees dans Lucy et Annie John, tout en faisant un double pas de cote concernant le motif de la maternite. Si la mere reste un spectre obsedant pour Xuela, la narratrice et protagoniste principale de l'oeuvre, ce n'est plus en tant que presence etouffante mais comme une absence, dont la mort laisse un vide abyssal et impossible a combler (Brancato, 2005). Par ailleurs, la maternite n'y est pas uniquement envisagee par l'enfant racontant son rapport a la mere, elle est aussi remise en question par la jeune femme qui risque de devenir mere a son tour. Dans les deux cas, l'experience maternelle se construit sur la negation, l'heroine orpheline mettant un terme a chacune de ses grossesses, celle qui n'a derriere elle qu'un vide insondable (<< at my back was always a bleak, black wind >>, Kincaid, 1996, p. 3) choisissant de prolonger cet abime a travers les avortons qu'elle voue au precipice (<< In their day of life, I would walk them to the edge of a precipice >>, p. 97). Xuela n'est pas la seule protagoniste a envisager ou a realiser une interruption de grossesse, et l'avortement s'inscrit dans deux poles thematiques centraux de l'oeuvre de Kincaid : l'usage des plantes et le rapport a la maternite. Les breuvages emmenagogues ou abortifs occupent un domaine feminin du savoir, un element du << travail domestique >> (Kincaid, 2000, p. 90) fonde sur un ensemble de pratiques transmises de mere en fille. Dans Lucy, la narratrice se rappelle ainsi les enseignements recus pendant l'enfance :
Without telling me exactly how I might miss a menstrual cycle, my
mother had shown me which herbs to pick and boil, and what time of day
to drink the potion they produced, to bring on a reluctant period. She
had presented the whole idea to me as a way to strengthen the womb, but
underneath we both knew that a weak womb was not the cause of a missed
period. (p. 69)


L'introduction de Lucy a la sexualite se fonde sur un jeu de dupe feminin entre une mere qui, sans nommer ni decrire la sexualite, apprend a sa fille a se defaire d'une grossesse indesirable, et une fille qui formule silencieusement les non-dits de sa genitrice (<< She knew that I knew >>, p. 70). De la meme maniere, dans At the Bottom of the River, l'une des recommandations de la mere et narratrice de << Girl >>, soucieuse d'empecher sa fille de devenir une << catin >>, concerne paradoxalement la maniere de preparer un breuvage abortif : << this is how to make a good medicine to throw away a child before it even becomes a child >> (1983, p. 5). La discussion fille / mere qui accompagne les premieres regles et sanctionne le passage a l'age adulte prend la forme d'une formation acceleree en plantes emmenagogues et passe par la transmission matrilineaire d'une connaissance et d'une pratique de sante non medicalisee. Contrairement a d'autres representations litteraires de l'avortement, celle de Paule Marshall dans Daughters ou d'Alice Walker dans Meridian, ou la scene abortive prend place dans un cadre hospitalier, professionnel et majoritairement masculin, l'acte repose toujours chez Kincaid sur les preceptes d'une pharmacopee afro-caribeenne feminine, ensemble des savoirs et pratiques d'heroines qui cultivent, recoltent et preparent elles-memes les moyens d'agir sur leur corps. Dans une nature colonisee et pillee par les botanistes europeens (Kincaid, 2000 ; Schiebinger, 2004), ces avortements marquent la survie d'un matrimoine scientifique caribeen, fonde sur un savoir empirique des corps et des plantes.

En outre, les scenes d'avortements s'inscrivent dans le tableau que dresse Kincaid des maternites conflictuelles, en particulier lorsqu'elles sont envisagees par un personnage qui se croit ou se sait ne de l'echec des avortements de sa mere. Dans Mr. Potter, la narratrice revient ainsi sur une confidence faite par sa mere qui lui avoua, quelques annees plus tot, avoir tente de mettre un terme a sa grossesse pendant qu'elle l'attendait : << And when my mother tried to force her menstruation unnaturally for the fifth time, she failed and that failure was because of me, I could not be expelled from my mother's womb at her own will >> (p. 136). De la meme maniere, dans My Brother, Devon, qui semble avoir lu les passages de Lucy ou la mere tente d'interrompre sa derniere grossesse, lui demande : << ("Ah me de trow'way pickney") (Am I an unwanted child?) >> (p. 174).

The Autobiography of My Mother est l'oeuvre dans laquelle l'avortement occupe la place la plus grande, a la fois par la recurrence des scenes et discours s'y rapportant et du fait de l'importance de ces episodes dans la construction du personnage principal. Quatre specificites distinguent les avortements de Xuela de ceux evoques dans Lucy, My Brother, Mr. Potter ou My Garden (Book): : pour la premiere fois, l'avortement n'est pas uniquement mentionne, envisage ou imagine, il est vecu et decrit a la premiere personne, s'inscrivant ainsi dans le reseau des experiences corporelles qui jalonnent le recit de Xuela et cimentent sa conscience subjective. Ensuite, le geste ne releve pas d'un choix ponctuel et circonstanciel, mais d'un refus global et systematique, rendu explicite par la narratrice qui declare : << I had never had a mother, I had just recently refused to become one, and I knew then that this refusal would be complete >> (p. 97). Xuela evoque ici une autre particularite du refus de maternite dans son recit : le lien entre cette decision et la mort de sa mere qui influence a la fois son rapport a la filiation et son acces aux savoirs abortifs, la privant du reseau matrilineaire de transmission dont pouvait profiter Lucy. Enfin, les avortements sont integres a une oeuvre intitulee The Autobiography of My Mother et mettent en question le fondement biographique du recit d'une mere caracterisee precisement par son refus de devenir mere. Tandis que, dans Annie John et Lucy, Kincaid remontait en arriere pour mettre en fiction ses annees d'enfance, elle sonde ici les decennies qui precedent sa naissance et remonte jusqu'au spectre a la fois obsedant et angoissant de l'avortement maternel.

C'est en nous fondant sur ces specificites que nous aborderons le motif abortif dans The Autobiography of My Mother, envisage comme le moyen de resister aux greffes que tentent de lui imposer Monsieur et Madame LaBatte, les premiers employeurs de Xuela, son pere ou son amant Roland, qui tentent d'implanter dans sa matrice un fruit etranger qu'ils sont seuls voues a recolter. Xuela rejette la greffe, a la fois de maniere consciente et volontaire, refusant de porter le fruit d'une hybridation non-consentie, et de maniere instinctive, portee par la reaction intuitive d'un sujet que toute sa condition individuelle, collective et historique rend incapable de devenir mere. L'avortement est donc a la fois un symptome et un perturbateur, un indice de la condition individuelle et historique de Xuela et, dans le meme temps, un acte de << resistance gynecologique >> (Beckles, 1989) contre l'alienation d'un corps sur lequel Xuela fonde toute son identite. En ce sens, il permet de representer a la fois un corps decolonise, court-circuitant les logiques de son exploitation, et un corps sur-colonise, temoignant de la permanence d'un schema colonial antagoniste des valeurs et fonctions associees a la maternite.

Greffe de corps : fecondation, possession, colonisation ; La machine (re)productive : ventre-ressources

Dans la Dominique coloniale qu'habite Xuela, la maternite reste un objet politique sur lequel repose une partie de la survie de l'Empire. Colonisation et maternite se trouvent donc indefectiblement liees dans leurs principes, leurs valeurs et leurs realisations. Cette association s'ancre dans le contexte historique caribeen, prenant source dans le systeme plantationnaire ou les ventres etaient exploites pour produire des esclaves et la reproduction subordonnee aux logiques d'accumulation du capital, ainsi que le decrit Hazel Carby dans le contexte etats-unien : << Black women gave birth to property and, directly, to capital itself in the form of slaves >> (1987, p. 24). La maternite blanche a aussi occupe les politiques et discours coloniaux, a la fois litteralement, lorsque les meres britanniques etaient encouragees a soutenir l'expansion de l'Empire en mettant au monde et en elevant ses futurs agents (Davin, 1978 ; Perry, 1991), et metaphoriquement, la metropole coloniale etant alors designee comme la mere-patrie que doivent honorer ses enfants colonises, a l'image de cette maxime inventee par l'institutrice Mrs. Hinds dans Crick Crack Monkey : << Not an eyelid must bat not a finger must twitch when we honour the Mother Country >> (Hodge, 1970, p. 26).

La maternite est aussi une question coloniale pour Xuela, qui associe parente et expansion coloniale comme deux expressions d'un meme desir de pouvoir. Cette association s'annonce dans l'episode des trois tortues dont Xuela tombe amoureuse pendant son enfance et qu'elle parque dans un endroit clos afin d'assurer leur subsistance tout en les rendant entierement dependantes ; elle les soigne et les nourrit jusqu'a ce que, vexee de les voir rentrer leur tete dans leur carapace, elle bouche le trou qui leur permettait de survivre, les oublie et les laisse mourir (pp. 11-12). Cette scene se deploie sur plusieurs niveaux de sens : elle est a la fois une miniature de l'existence de Xuela (Brancato, 2005), une representation de l'amour maternel omnipotent et destructeur ou la mere qui nourrit est aussi celle qui punit et une replique de la conquete et de la colonisation. Dans cette derniere lecture, les tortues figurent les iles caribeennes victimes, elles aussi, d'un desir destructeur de posseder et de soumettre. Reapparait ici la metaphore employee par Derek Walcott dans << The Star-Apple Kingdom >> ou il represente l'archipel comme un ensemble de tortues de tailles et d'especes differentes : << Islands that coupled as sadly as turtles / engendering islets, as the turtle of Cuba / mounting Jamaica engendered the Caymans, as, behind / the hammerhead turtle of Haiti-San Domingo / trailed the little turtles from Tortuga to Tobago >> (Walcott, 1979, p. 104). C'est le meme desir de maternite / colonisation qui conduit tour a tour Lise La Batte a vouloir epouser Monsieur LaBatte, a souhaiter devenir mere, a esperer trouver en sa jeune domestique une fille de substitution, et, finalement, a envisager de lui faire porter l'enfant qu'elle ne peut pas concevoir. Dans cette quete de possession, Lise cherche a la fois a greffer ces identites a la sienne, a exister grace a l'epoux ou l'enfant, et a se greffer sur eux dans une union organique indefectible :
[Lise] wanted only to have [Monsieur LaBatte]; he would not be had, he
would not be contained. To want what you will never have and to know
too late that you will never have it is a life overwhelmed with
sadness. She wanted a child, but her womb was like a sieve; it would
not contain a child, it would not contain anything now (p. 76).


A la source du desir maternel de Lise se trouve une volonte de contenir (<< contain >>) l'autre dans un sens a la fois spatial et affectif, de le porter comme une mere et de le maitriser comme un maitre. Confrontee a sa sterilite biologique, Lise est forcee de transferer ce desir sur l'enfant que pourrait porter Xuela, placant ses esperances dans une grossesse qu'elle organise en silence jusqu'a ce que Xuela comprenne finalement la teneur de son projet secret : << She wanted something again from me, she wanted a child I might have >> (p. 77). Jamais Xuela n'est vouee a devenir la mere de l'enfant a naitre, aussi est-ce Lise qui lui revele cette grossesse (<< She said I was "with child" >>, p. 81), prenant soin de ne pas utiliser l'adjectif << enceinte >> pour insister sur le seul rapport contenant/contenu qui lie Xuela et cet enfant qu'elle considere comme le sien. A la disparition du foetus, c'est encore Lise seule qui porte le deuil : << She was in mourning. Her eyes were black and shiny with tears >> (p. 94). Ainsi, lors de son premier avortement, Xuela refuse non pas de devenir mere mais de devenir une genitrice pour les LaBatte, une terre passive, a ensemencer et dont les fruits lui seraient enleves pour satisfaire les desirs de possession d'une autre. En avortant de cet enfant-greffon, Xuela met en echec ce schema colonial fonde sur l'externalisation de la (re)production et s'extrait de cette exploitation organisee de sa matrice.

<< I refused to belong to a race, I refused to accept a nation >>: Saboter les lignees

La premiere grossesse de Xuela ne s'inscrit pas uniquement dans le projet elabore par Lise, elle repond aussi au dessein d'un pere qui semble avoir lui-meme offert le corps de sa fille au couple des LaBatte, organisant sa descendance selon ses propres plans et attentes. Aussi les avortements prennent-ils egalement sens a l'echelle familiale et permettent a Xuela de saboter une lignee paternelle dont elle se sait irremediablement exclue. Deux branches genealogiques distinctes emergent en effet dans The Autobiography of My Mother : d'une part, une branche masculine et euro-descendante, dans laquelle les fils heritent de leur pere un nom, un destin et une apparence, de l'autre, une branche feminine, caribeenne ou afro-descendante, constituee d'aieules sans prenom, sans histoire et sans visage. D'un cote, la dynastie des John et des Alfred, de l'autre la lignee decimee de ainees anonymes, a la fois du cote maternel, Xuela ne connait ni sa mere ni la grand-mere qui a abandonne sa fille a la naissance, et du cote paternel, Mary, la grand-mere africaine, n'ayant laisse presque aucune trace dans la memoire d'un fils qui ne dispose meme pas d'une photo pour se rememorer son visage (<< I do not know if his mother was beautiful; there was no picture of her and my father never spoke of her in that way >>, p. 182). Inconnus ou oublies, les personnages feminins ne prennent pas place dans le reseau intergenerationnel de transmission qu'est la lignee, n'ayant aucun bien ni richesse dont pourraient heriter leurs fil-le-s sinon un legs de defaite et de depossession : les traits caraibes de Xuela (p. 15), le prenom inscrit sur la couverture qui enveloppait sa mere quand elle fut abandonnee (p. 80) ou la lampe qui eclaire son premier rapport sexuel avec Philip (p. 150).

Les personnages masculins, au contraire, transmettent a leurs enfants une partie de ce qu'ils sont, possedent et projettent. Comme dans Mr. Potter les figures paternelles sont representees comme des fecondateurs en serie, essaimant derriere eux des fil-le-s illegitimes qui leur permettent, a la maniere d'un colonisateur, de modeler le paysage a leur image et de laisser trace de leur passage. Ainsi John Richardson, l'ancetre ecossais de Xuela, survit dans les memoires grace aux enfants a cheveux roux qu'il seme derriere lui et qui peuplent les iles qu'il a habitees, semblables a des vestiges architecturaux d'une civilisation coloniale (p. 182). Meme les personnages les plus depossedes saisissent cette paternite en serie comme le seul mode de conquete auquel ils sont susceptibles d'avoir acces, a l'image de Roland qui jauge sa reussite au nombre des amantes qu'il a rendues meres, substituant aux noms des pays conquis ceux des enfants concus : << His life was reduced to a list of names that were not countries, and to the number of times he brought the monthly flow of blood to a halt >> (p. 175). La paternite offre a ces personnages une forme d'immortalite, a la fois par la transmission de leur patrimoine materiel et par la reproduction de soi dans un fils transforme, comme le frere de Xuela, en un double malheureux du pere : << [My father] had imagined himself as continuing to live on through the existence of someone else >> (p. 110). Prenant exemple sur son propre geniteur, Alfred Richardson reve d'etablir sa petite dynastie familiale (<< his own small dynasty of red-haired boys >>, p. 182) et de greffer sa descendance sur les corps de ses compagnes, dans un geste botanique que souligne Xuela lorsqu'elle presente les avortons comme des fruits dont elle serait la vigne : << I would bear [children] in abundance ; they would hang from me like fruit from a vine >> (p. 97). Kincaid reprend ici l'image biblique du raisin, symbole de la reproduction humaine dans des textes ou l'epouse est designee << comme [la] vigne feconde dans l'interieur de [la] maison >> (Psaume, 128:3). Un peu plus loin, le << grape >> devient << grapefruit >> lorsqu'elle se rappelle sa visite dans les jardins de son pere :
He told me that the grapefruit was natural to the West Indies, that
sometime in the seventeenth century it had mutated from the Ugli fruit
on the island of Jamaica. He said this in a way that made me think he
wanted the grapefruit and himself to be One. (p. 102)


En introduisant Xuela chez les LaBatte, le pere reve de reproduire par l'hybridation cette mutation genetique dont il est a la fois le jardinier et le fruit, plantant, croisant et cultivant sa descendance jusqu'a faire germer des pamplemousses sur ses graines de tangelo. Par la, il cherche aussi a reactiver le schema d'exploitation qu'il mit en place, enfant, avec la poule offerte par une voisine :
That chicken became a hen and laid eggs and those eggs were set and
became chickens and those chickens laid eggs and so on, an endless
cycle interrupted only by the sale of some eggs and some chickens, and
with the farthings, halfpennies, and pennies that they brought in
exchange and profit. He never ate eggs after that (not all the time I
knew him); he never ate chickens after that (not all the time I knew
him), only collecting the bright red copper of money and polishing it
so that it shone and giving it to his mother, who placed it in an old
sock and kept it in her bosom awake and asleep. (p. 194)


Les femelles sont, pour le pere de Xuela, garantes de la production et de la conservation des biens masculins, qu'il s'agisse de la poule couvant ses oeufs ou de la mere chargee de garder les pieces de son fils. Dans cet extrait, le rapport entre production et reproduction est renforce par l'image des pieces de cuivre, equivalent pecuniaire des descendant-e-s aux cheveux cuivres de John Richardson, et par la cyclicite d'une exploitation vouee a renaitre et a se prolonger indefiniment.

En interrompant ses grossesses et en aidant sa demi-soeur a avorter, Xuela met en echec les reves dynastiques de son geniteur et proclame son refus d'etre la vigne, l'arbre, ou la poule, de transmettre un heritage masculin de conquete et de depossession. Dans le meme temps, elle renoue avec l'heritage des vaincues, des meres caraibes ou des descendantes d'esclaves, exclues d'une lignee qu'elles participent pourtant a prolonger. Ainsi, au terme de son premier avortement, et apres avoir parcouru mentalement son ile, elle peut declarer : << I walked through my inheritance >> (p. 89). Mettant en pratique sa devise << I am not a people, I am not a nation >> (p. 216), Xuela s'autonomise de toute construction collective genealogique ou nationale, de toute contribution biologique a la "nation" ou a la "race" (Raiskin, 1996, p. 7). Comme une ile en recherche d'autonomie, elle assouvit aussi sa pulsion auto-emancipatrice (Snodgrass, 2008), cette obsession autarcique qui la pousse a refuser la structure du foyer quelle que puisse y etre sa place (fille, soeur, compagne ou mere), a rejeter toutes les potentielles meres de substitution et a preferer au couple le trio amoureux. Cette quete effrenee d'autonomie la pousse, enfin, a dicter sa loi a un corps qu'elle finit par maitriser a la seule force de sa volonte, subordonnant son fonctionnement biologique a la regle qu'elle s'est elle-meme choisie : << For years and years, each month my body would swell up slightly, mimicking the state of maternity, longing to conceive, mourning my heart's and mind's decision never to bring forth a child >> (p. 226). L'avortement est ainsi un geste offensif dans une lutte qui l'oppose tour a tour aux LaBatte, a son pere, a Roland ou a son propre corps.

Semences steriles : le destin abortif

Si l'on peut lire les avortements de Xuela comme des gestes de revendication et de resistance, il faut aussi se pencher sur le refus de la maternite dans une perspective historique et collective comme etant la trace d'une incapacite heritee a devenir mere. Dans The Daughter's Return: African-American and Caribbean Women's Fictions of History (2000), Caroline Rody se penche sur les rapports mere/fille conflictuels dans les litteratures africaines-americaines et caribeennes et propose de les lire comme des metaphores du rapport problematique des heroines a l'Histoire (<< mother-as-history >>). Le refus de maternite signe l'entree des heroines dans une << mauvaise >> ou dans une << fausse histoire >>, il materialise la presence obsedante d'un passe traumatique qui detruit dans l'oeuf toute perspective de futur. Dans The Autobiography of My Mother, la systematisation de l'avortement, le rejet instinctif de la greffe revelent aussi la condition d'une heroine incapable de devenir mere, non pas sur le plan biologique mais sur le plan affectif.

Grossesse, pathologie, invasion : le parasite foetal

La sterilite volontaire de Xuela fonctionne en miroir avec l'absence originelle de la mere, parametre qui conditionne integralement son rapport a la maternite biologique et affective. Cette maternite lui apparait d'abord comme un evenement anormal et inquietant, un phenomene rendu etranger par le manque d'une interlocutrice feminine pour le lui expliquer. Jusqu'a sa premiere grossesse, Xuela parvient a comprendre seule le fonctionnement de son corps, affirmant par exemple, a l'arrivee de ses regles : << I knew immediately that its failure to appear regularly after a certain interval could only mean a great deal of trouble for me >> (p. 57). Reliant instinctivement menstruation et maternite, Xuela occupe la fonction maternelle vacante et recree un enseignement que dans Lucy il incombait a la mere de transmettre a sa fille : << And then she said that finding blood in my underpants might be something one day I would get down on my knees and pray for >> (Kincaid, 1990, p. 69). Ce rapport de transparence entre Xuela et son corps se brise des les premiers signes de sa grossesse : << One day I became very sick. I was with child but I did not know it. I had no experience with the symptoms of such a state and so did not immediately know what was happening to me >> (p. 81). Nee d'une mere morte pendant l'accouchement, Xuela envisage irremediablement la grossesse comme un evenement pathologique, dangereux et mortel, une maladie feminine a laquelle n'a pas survecu sa propre genitrice. En se decouvrant enceinte, elle ne pense ni aux LaBatte, ni a l'enfant qu'elle porte, seulement a l'intense et brutale angoisse de mort qui s'empare d'elle : << I believed that I would die, and perhaps because I no longer had a future I began to want one very much >> (p. 82). Deja, en decouvrant le projet de Lise, Xuela s'etait imaginee a la fois morte et enceinte, liant instinctivement ces deux experiences fondamentalement inconnues :
She wanted something again from me, she wanted a child I might have; I
did not let her know that I heard that, and this vision she would have,
of a child inside me, eventually in her arms, hung in the air like a
ghost, something only the special could see. Not for every eye, it was
for my eyes, but I would never see it, and it would go away and come
back, this ghost of me with a child inside me. I turned my back to it;
my ears grew deaf to it; my heart would not beat. (p. 77)


L'image du fantome dit la depossession d'un personnage que le projet de Lise exclurait de son propre corps, separant le << je >> de cette image spectrale de lui-meme. Elle traduit en meme temps l'angoisse de Xuela face a une grossesse qu'elle s'imagine lui etre fatale. L'avortement est des lors dicte par un reflexe de survie, il constitue d'abord un geste therapeutique voue a provoquer l'expulsion necessaire et vitale d'un amas de cellules pathologiques.

Xuela avorte pour ne pas connaitre le meme destin que sa mere morte pendant l'accouchement. Parallelement, ses avortements la mettent plus que jamais en contact avec cette genitrice inconnue, avec les douleurs de l'enfantement et avec le sang uterin qui la ramene a la scene de sa propre naissance :
I was wet between my legs; I could smell the wetness; it was blood,
fresh and old. The fresh blood smelled like a newly dug-up mineral that
had not yet been refined and turned into something worldly, something
to which a value could be assigned. The old blood gave off a sweet
rotten stink, and this I loved and would breathe in deeply when it came
to dominate the other smells in the room; perhaps I only loved it
because it was mine. (p. 91)


Avec son odeur de pierre, le sang neuf incarne a la fois l'origine, la matiere brute et atemporelle, et la naissance d'un objet tout juste extrait du sol-matrice. Mais par son odeur de pourriture et de degradation, il evoque aussi la mort, le temps passe et le corps maternel morbide. Dans ces deux sangs, Xuela se lie avec le corps parental retrouve, enivree par son parfum comme l'est la jeune Annie John lorsqu'elle colle son nez contre la peau de sa mere afin de prolonger olfactivement l'indistinction originelle de leurs deux corps (p. 22). Les avortements ne sont pas uniquement une experience de la rupture, ils mettent Xuela au contact de sa mere, de ses aieul-e-s, et, plus generalement, d'une communaute des vaincus partageant avec les avortons une existence incomplete et anonyme. En les vouant a une souffrance eternelle, a une non-existence dans un monde sans amour, Xuela introduit les avortons dans l'espace qu'elle habite et en fait les membres de la lignee des desherites qu'ils n'auraient que partiellement habitee s'ils etaient venus au monde. De la meme maniere que son frere ne le devient qu'au moment de sa mort (<< In death he became my brother >>, p. 110), et sa soeur qu'apres son avortement (p. 114), les avortons de Xuela ne peuvent etre ses enfants qu'a condition de toujours appartenir, comme elle, au clan des vaincus et de partager son existence de souffrance et de desespoir. La seule parente que peut reconnaitre Xuela est celle de la defaite, de la depossession et de l'anonymat.

L'impossible maternite affective

Des ses premieres regles, Xuela sait qu'elle n'aura jamais la capacite emotionnelle de devenir mere : << Perhaps I knew then that the child in me would never be stilled enough to allow me to have a child on my own >> (p. 57). Enceinte, elle doit composer avec deux enfants en elle : celui qu'elle a interiorise faute de l'avoir jamais incarne et celui qui s'est loge dans sa matrice, deux presences concurrentes qui s'excluent mutuellement. L'enfant a naitre met en peril la strategie de survie narcissique elaboree par Xuela, qui s'abime dans l'amour-propre et l'observation autarcique de soi pour pallier l'absence d'amour maternel : << No one observed and beheld me, I observed and beheld myself; the invisible current went out and it came back to me >> (p. 56). Au sein de ce couple parental reconstitue ou Xuela est a la fois la mere et l'enfant, l'observante et l'observee, le foetus apparait comme un perturbateur et un concurrent, une presence indesirable qu'elle elimine pour ne pas avoir a transformer son amour propre en amour maternel. Cette rivalite jalouse s'exprime dans la pulsion violente dirigee contre des avortons qu'elle s'imagine devorer, fracturant leur squelette et ornant leur cadavre de plaies purulentes dans une longue tirade susceptible d'etre lue comme l'expression de la haine jalouse d'un enfant face aux rivaux qu'il tente d'eliminer et sur qui il exerce sa toute-puissance divine et meurtriere (pp. 96-98). La cruaute de la narratrice peut aussi etre mise en rapport avec le sentiment de jalousie exprime par d'autres personnages de Kincaid a la naissance de leurs jeunes freres (Kincaid 1990, p. 129).

Acte de destruction et d'extermination, l'avortement de Xuela constitue aussi une forme d'auto-generation et d'accouchement de soi, une experience sanglante et si douloureuse qu'elle la considere comme une definition meme de la douleur (<< it was as if it defined pain itself >>, p. 82), utilisant la une expression qui reapparait, dans Mr. Potter pour decrire la naissance du pere de la narratrice (<< ... a definition of pain itself... >>, p. 66). Xuela accouche d'elle-meme en expulsant le foetus indesirable, declarant au terme de ces quatre jours de souffrance etre devenue une nouvelle personne (<< I was a new person then...I had carried my own life in my own hands >>, p. 83) avant de revenir au monde sous les traits d'un ermite a la fois femme et homme, dote d'une apparence et d'une identite nouvelle. L'avortement lui permet donc de survivre et de renaitre, de ne pas se laisser vaincre par un enfant qui l'expose a la disparition, a la fois sur le plan physique et sur le plan affectif. Preferant l'auto-generation a la maternite, Xuela refuse de detruire la scene narcissique sur laquelle elle est a la fois la mere et l'enfant et exhibe sa propre incapacite a devenir mere sans avoir connu la sienne et a alimenter un desir maternel qui lui est entierement etranger.

Cette incapacite est egalement le reflet d'une constitution collective modelee par l'Histoire et incompatible avec les valeurs de la filiation, de la famille, voire de la communaute. Xuela envisage l'amour comme un sentiment inconnu, etranger aux vaincus qui sont depossedes de tout : << all that is unreal, all that is not human, all that is without love, all that is without mercy >> (p. 37). Partant, aucune forme d'amour ou d'affection ne peut s'etablir entre mere (biologique ou de substitution) et enfant, ainsi que l'observe Xuela chez Ma Eunice :
Ma Eunice was not unkind: she treated me just the way she treated her
own children--but this is not to say she was kind to her own children.
In a place like this, brutality is the only real inheritance and
cruelty is sometimes the only thing freely given. (p. 5)


A cause de sa condition sociale et historique, Ma Eunice ne peut devenir la mere tendre, douce et aimante qui fonde l'ideal de la maternite blanche mythifiee et essentialisee, (Greenfield & Barash, 1999 ; Welter, 1966), elle se trouve contrainte a incarner la << mauvaise mere >> brutale, cruelle et maltraitante. Representant l'amour maternel comme un privilege dont l'Histoire a prive les vaincus, Kincaid met en scene le lien indefectible entre les conceptions de la maternite et les logiques de race, de classe et de genre qui les informent et les modifient (Collins, 1994). Aucune des relations mere/enfant depeintes dans The Autobiography of My Mother ne semble ainsi plus enviable que la condition d'orpheline de Xuela, les meres etant toujours des inconnues pour leurs fils et des ennemies pour leurs filles. Haissant naturellement ce qui leur ressemble, rejetant la fonction mimetique essentielle a tout systeme familial (Spartacus, 2014), elles repoussent l'image dupliquee d'elles-memes que leur presente leur fille, a l'image de l'epouse du pere de Xuela qui << preferait son fils parce qu'il n'etait pas comme elle >> :
That she did not think very much of the person who was most like her, a
daughter, a female, was so normal that it would have been noticed only
if it had been otherwise: to people like us, despising anything that
was most like ourselves was almost a law of nature. (p. 52)


Pour des meres eduquees a detester tout ce qui constitue leur identite, les filles ne sont que des doubles repoussants et naturellement haissables, trop ressemblants pour qu'elles ne les meprisent pas. Ce legs de brutalite et de haine de soi contribue aussi au refus de maternite formule par Xuela, dont les avortements ne sont pas en ce sens antithetiques de la maternite puisqu'ils reproduisent et accentuent la pulsion de violence observee chez Ma Eunice ou l'epouse de son pere. En brisant ces futurs enfants qu'elle se sait incapable d'aimer, Xuela realise un geste paradoxalement maternel et exhibe le mode de maternite propre aux vaincu-e-s et aux depossede-e-s. Cette maternite monstrueuse reapparait d'ailleurs dans les angoisses infantiles d'autres jeunes narratrices de Kincaid qui decrivent leur mere comme une figure ambivalente et dangereuse. Ainsi, la mere anthropophage incarnee par Xuela (<< I would eat them at night, swallowing them whole, all at once >>, p. 97) rappelle les craintes de Lucy qui, evoquant la grossesse de sa mere, parle de l'epoque ou elle etait dans son << estomac >> (<< This woman he had children with tried to kill me when I was in my mother's stomach >>, p. 80) et substitue l'organe de la gestation a celui de la devoration. Le refus de maternite est, pour Xuela, un symptome de sa realite individuelle et historique ainsi qu'un revelateur de la sterilite affective de sujets sans amour, sans histoire, sans lignee.

Auto-generations : steriliser la mere, accoucher (de) la genitrice

Dans Caribbean Genesis: Jamaica Kincaid and the Writing of New Worlds (2009), Jana Evans Braziel revient sur le conflit central, dans The Autobiography of My Mother, entre l'aspect biographique de l'oeuvre, indique par le titre et l'image de couverture, et le fait qu'elle soit designee comme un << roman >>. Ce paradoxe est alimente par les scenes d'avortement qui semblent fermer la possibilite d'une lecture biographique pourtant encouragee par le retour de scenes reprises d'autres recits et qui invitent a lire en Xuela une version legerement modifiee de la mere d'Annie ou de Lucy, voire une version fictive de la veritable mere de Kincaid. Ainsi, dans Mr. Potter, la narratrice cree une miniature du recit de Xuela lorsqu'elle retrace brievement l'histoire de sa mere, tandis que l'episode du caillou lance au visage par un singe rappelle un souvenir d'enfance vecu et raconte par la mere de Lucy. Kincaid semble ainsi livrer, avec The Autobiography of My Mother, une fiction partiellement biographique construite a partir des recits de sa mere. Elle brise pourtant ce rapport d'identification en faisant de Xuela un personnage sans descendance, detruisant le lien de filiation qui pourrait la rattacher a ce << je >> dont elle ne deviendra jamais la fille. Ce noeud de contradiction permet a Kincaid de redefinir le rapport de son oeuvre avec le reel et le factuel, ainsi qu'elle l'expose a Dwight Garner en 1996 :
It was a deliberate choice. It is somewhat explained in the book--that
the main character is a fertile woman who decides not to be. And that
is drawn from an observation I've made about my own mother: That all
her children are quite happy to have been born, but all of us are quite
sure she should never have been a mother. I feel comfortable saying
that publicly, I think. I try not to corner my mother anymore. Because
I have at my disposal a way of articulating things about her that she
can't respond to. But I feel comfortable saying that the core of the
book--and the book is not autobiographical except in this one
way--derives from the observation that my own mother should not have
had children. (p. 5)


Le seul element biographique admis par Kincaid est le rapport problematique de son heroine a la maternite. Dans une tentative d'avortement reussie, contre-point positif a l'echec enregistre plus tard dans Mr. Potter, corrigeant les choix de sa genitrice en l'empechant de devenir mere, Kincaid reecrit son histoire familiale en s'effacant du tableau. Par ce jeu de greffe sur le reel d'elements antinomiques du reel, Kincaid construit une autobiographie du non-realise, le recit d'une vie semi-fictive fondee sur ce qui aurait du etre autant que sur ce qui a ete, actualisant ce qui, jusque-la, etait reste latent. Elle ancre ainsi son oeuvre dans un espace intermediaire entre le reel et le fictif, lieu de reprise et de transformation qui caracterise pour elle la fiction : << The process of fiction, for me, is using reality and then reinventing reality, which is the most successful way to do what I do >> (Vorda, p. 92).

Le refus de maternite de Xuela fonctionne aussi comme un revelateur du lien entre fiction et filiation, entre mise en recit et mise au monde. Par cette oeuvre qui se signale comme autobiographique, Kincaid donne naissance a une mere qu'elle rebaptise et dont elle change la destinee, faisant d'elle un personnage partiellement autonome de son modele non-fictif. Inversant les roles entre celle qui cree et celle qui est creee, elle s'affirme comme la genitrice litteraire de cette mere devenue Xuela, ainsi que l'indique l'apparition par etape de sa photographie, devoilee de la tete aux hanches au fil du recit, comme le corps d'un nourrisson naissant de la matrice litteraire creee par Kincaid. Cette inversion du rapport parent/enfant reapparait de maniere plus explicite dans Mr. Potter ou l'illettrisme du pere de la narratrice donne a la fille un ascendant quasi maternel sur son geniteur :
I still managed to acquire the ability to read and the ability to write
and in this way I make Mr. Potter and in this way I unmake Mr. Potter,
and apart from the fact that he is now dead, he is unable to affect the
portrait of him I am rendering here, the scenes on the bolt of cloth as
he appears in them: the central figure. (p. 158)


Pouvoir ecrire le pere, c'est pouvoir le creer, inverser le rapport de filiation et tenir dans sa main celui qui, de son vivant, refusa d'occuper la fonction parentale. Puisqu'il n'est jamais devenu un pere pour sa fille, il devient pour elle un enfant, une creature litteraire qu'il sera incapable de corriger ou de contester. Les recits familiaux de Kincaid et ses intrusions dans le champ biographique indiquent ainsi sa maniere de creer un espace concurrent au reel, dans lequel elle bouleverse le rapport hierarchique parent/enfant. La representation de l'avortement nous indique ainsi comment Jamaica Kincaid, s'emparant d'un motif-cle des discours et luttes feministes, en fait un objet a la fois intime, politique et litteraire. Plus qu'un sujet de revendication, l'avortement sert a la construction de son personnage principal, a la revelation des mecanismes de pouvoir en jeu dans son recit et a la mise en lumiere de son mode d'ecriture et de fictionnalisation du reel. Si ces recits peuvent etre qualifies de feministes, c'est seulement de maniere indirecte et non-revendicative, comme le temoignage d'une condition, d'une intimite et d'une pensee feminine individuelle, ainsi qu'elle le declare lors d'un entretien en 1990 : << I wrote that way because that was the way I could write, so it does not feel to me that this is the way women write >> (Cudjoe, p. 222).

REFERENCES

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Natacha d'Orlando

Universite Paris 8 Vincennes Saint Denis

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Title Annotation:EIGHT
Author:d'Orlando, Natacha
Publication:Wagadu
Date:Jun 22, 2018
Words:6774
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