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QUELS TEMPS POUR LE CLIMAT? L'erosion cotiere au temps des changements climatiques (Cote-Nord, Quebec).

RESUME

Cet article questionne les processus d'anticipation et les registres temporels auxquels ils sont associes dans le probleme de l'erosion du littoral. A partir d'une ethnographie de l'erosion cotiere dans la region quebecoise de la Cote-Nord, il analyse les rapports aux multiples logiques temporelles au sein des collectifs d'acteurs concernes, leurs consequences en termes de production de connaissance sur l'erosion mais aussi leur implication dans le processus de <<defamiliarisation>> des riverains vis-a-vis du phenomene et de leur mode <<d'habiter>> le littoral.

Mots cles: Breda, erosion cotiere, changements climatiques, rapports au temps, attachement, Quebec

ABSTRACT

This article questions the multiple temporal scales along which the study and scheduling processes around coastal erosion phenomenon are handled. Based upon an ethnographical investigation of coastal erosion in North-Coast (Quebec), it analyses multiple temporal registers invoked by concerned actors among several communities and the way they shape knowledge production mechanisms and, especially the emerging <<un-familiarization>> process the inhabitants do support.

Keywords: Breda, Coastal Erosion, Climate Change, Temporality Relationship, Attachment, Quebec

RESUMEN

Este articulo cuestiona los procesos de anticipacion y los registros temporales que estan vinculados con el problema de la erosion del litoral. A partir de una etnografia de la erosion costera en la region quebequense de la Costa-Norte, analiza las relaciones de multiples logicas temporales en el seno de los actores colectivos concernidos, sus consecuencias en terminos de produccion de conocimientos sobre la erosion y su implicacion en el proceso de <<desfamiliarizacion>> de los riberenos frente a ese fenomeno y a su modo de <<habitar>> el litoral.

Palabras clave: Breda, erosion costera, cambios climaticos, relaciones con el tiempo, apego, Quebec

What Time for Climate? Coastal Erosion at the Age of Climate Change (North-Coast, Quebec)

?Que epoca para el clima? La erosion costera en tiempos de cambio climatico (Costa-Norte, Quebec)

Introduction

L'erosion des cotes est devenue un des emblemes des impacts locaux des changements climatiques. Bien qu'elle mene souvent a de nombreuses interrogations sur les amenagements du territoire passes, c'est generalement dans la perspective de l'avenir que l'erosion mobilise. Cette tension entre passe et futur se retrouve au coeur des processus d'anticipation et de prevision des risques d'erosion du littoral.

Au Quebec comme ailleurs, l'anticipation experte des impacts est presentee comme l'un des enjeux politiques majeurs dans les amenagements du territoire et les politiques de protection des cotes. C'est pourquoi les acteurs publics se positionnent regulierement en faveur du financement de nouvelles etudes scientifiques sur les impacts des changements climatiques. Pour les regions maritimes, cela se traduit principalement par des etudes sur les phenomenes cotiers qui produisent une connaissance qui se sime largement dans la perspective de l'anticipation. Pour les gestionnaires, davantage de connaissances, a fortiori scientifiques, permet de mieux planifier et d'anticiper les actions a entreprendre pour tenter de concilier les differents enjeux.

Mais les logiques d'anticipation ne sont pas l'apanage du seul savoir scientifique expert. Chez les riverains, la connaissance se fonde sur l'experience passee et sur un processus de familiarisation quotidienne avec le phenomene. Cette experience est <<ce qui finit par se savoir sans s'etre transmis comme savoir, [et qui] s'est cependant transmis>> (Delbos et Jorion 1984:34). L'approche de l'<<habitant>> (Tricot 2014), du fait de son experience du lieu et de ses attachements (Hennion 2010), participe a la constitution d'un savoir sur le phenomene, souvent implicite, qui peut etre l'heritage de plusieurs generations de riverains. S'appuyant sur cet heritage plus ou moins long, les processus d'anticipation ne sont pas absents des discours des riverains. En se referant a des observations de recurrence, de regularite, qui introduisent une tension entre ce qui est de l'ordre du <<normal >> et de l'<<anormal>>, ils disposent d'un registre de prevision propre qui leur permet de preparer leur cohabitation avec le phenomene d'erosion.

Pourtant, lorsque l'on se penche sur la temporalite dans laquelle s'inscrivent ces differentes logiques d'anticipation, l'erosion cotiere semble d'autant plus complexe a apprehender qu'elle met en scene une multitude d'echelles temporelles. En effet, coloree par le discours d'urgence et catastrophiste vehicule par l'actualite mediatique, l'erosion apparait generalement comme un phenomene du present et du court terme: des maisons inondees ou menacant de tomber dans la mer sont en situation d'<<imminence>> et il s'agit d'intervenir rapidement pour sauver les personnes et les biens menaces. Par contre, lorsque les changements climatiques sont designes comme la cause principale de l'erosion, comme ce peut etre le cas dans certains rapports ou discours mediatiques, l'attention se porte principalement sur des enjeux globaux, universels et a venir. Cette apprehension de l'erosion inscrit alors celle-ci dans un espace temporel tout autre: celui de l'anticipation et de la prevision a moyen et a long terme.

Les modes d'apprehension de l'erosion occupent de nombreuses autres temporalites et echelles. A titre d'exemple, les couches sedimentaires et la memoire des riverains sont les temoins d'espaces temporels du passe a des echelles differentes; aussi differentes que l'anticipation du niveau marin a cent ans l'est de l'affaissement de la plage au prochain hiver. A cet egard, certaines recherches montrent d'ailleurs que la mobilite des rivages evolue dans trois echelles temporelles imbriquees l'une dans l'autre: l'echelle geologique, qui a faconne des cotes actuelles; l'echelle seculaire, qui fait le dessin des traits de cote; et l'echelle meteorologique des evenements tempetueux (Henaff et al. 2013).

Cet article a pour objectif de montrer que l'analyse des registres d'anticipation et de previsions mobilises par les acteurs concernes par l'erosion devoile une pluralite d'echelles temporelles. Cet enchevetrement des temporalites peut entrainer de la confusion et donner la preeminence a un temps de reference singulier. En quoi consiste l'anticipation des futurs impacts locaux des changements climatiques? Comment l'anticipation de situations futures se traduit-elle localement? Que veut dire <<prevoir>> dans un contexte et un phenomene multiscalaires? Quels sont les effets de ses previsions? Quels sont les registres temporels de l'anticipation et comment s'articulent-ils? Comment les processus anticipateurs gerent-ils les incertitudes? A partir de donnees collectees par enquete ethnographique (1), l'article questionne les <<processus anticipateurs>> (Berthoz et Debru 2015), leurs modes de production et de mobilisation de connaissances specifiques et les registres temporels auxquels ils sont lies chez les acteurs concernes par la problematique de l'erosion du littoral dans la region de la Cote-Nord du Quebec oo sa gestion fait l'objet de nombreuses tensions, notamment dans le processus de <<defamiliarisation>> des riverains avec le phenomene (Breda 2017) et pour le choix des actions a mener (Breda 2013).

Temporalite climatique: entre urgence et peur

L'erosion du littoral n'est pas un phenomene nouveau dans la region de la Cote-Nord. Le phenomene est bien connu des riverains qui cohabitent de maniere permanente avec celui-ci depuis plus d'une centaine d'annees, voire, pour les populations autochtones, depuis plusieurs millenaires. Il fait cependant l'objet d'une attention nouvelle depuis la fin des annees 1990, lorsque les autorites politiques ont signe une entente qui le met a l'agenda politique (2). Cette mise a l'agenda de l'erosion est concomitante avec l'emergence de l'interet mediatique pour les impacts locaux des changements climatiques. Les etudes menees etablissent d'ailleurs un fort lien entre l'aggravation de l'erosion dans les zones littorales et les changements climatiques (GIEC 2014). Actuellement, ce lien (notamment a travers la question de la fonte de la glace qui ne peut plus proteger les berges) tend a devenir la cause privilegiee et parfois exclusive (3) dans les discours mediatiques et officiels des ministeres impliques ainsi que dans certaines spheres scientifiques. Ce contexte particulier encourage un traitement catastrophiste du probleme et projette la situation dans une temporalite de l'urgence et de l'action immediate (Breda 2017).

<<Vivre sur du temps emprunte>>, la transformation du rapport au temps des riverains par les previsions

Le traitement catastrophiste des inondations par les medias n'est pas nouveau non plus. On le retrouve souvent a l'occasion des tempetes automnales (Breda 2013). Mais la nouveaute dans le traitement de l'information vient de la mobilisation de l'autorite du discours scientifique pour expliquer le phenomene et pour appuyer l'argument selon lequel il est justifie de s'alarmer. Ainsi, depuis le debut des annees 2000, les journaux jouent un role particulierement important dans la diffusion d'un discours catastrophiste sur l'erosion: en mettant en avant le discours d'experts et de scientifiques sur l'aggravation du phenomene, ils donnent un ton alarmiste aux descriptions qu'ils en font et sur son lien avec les changements climatiques. Le vocabulaire utilise insiste particulierement sur la dimension alarmante des phenomenes tout en mettant en scene des situations d'urgence. Ces exemples de titres et d'extraits illustrent bien cette tendance:

La Cote-Nord en peril. L'erosion ravage la region, dont le littoral a fondu de 300 m en 70 ans. Et plus la planete se rechauffe, plus le Saint-Laurent voit ses cotes reculer !

L'Actualite, 15 juin 2006 (4)

Un fleuve en colere: des dizaines de maisons pourraient disparaitre sur la Cote-Nord, en Gaspesie et dans le Bas-Saint-Laurent en raison de l'erosion des berges. Les scientifiques sont a pied d'oeuvre dans une course contre la montre.

L'Actualite, 24 avril 2012 (5)

Cote-Nord: un littoral attaque.

La Presse, 4 fevrier 2015 (6)

Ce discours catastrophiste est generalement etroitement associe a une temporalite de l'urgence. Il est egalement relaye par les gestionnaires de l'erosion qui travaillent dans les institutions municipales ou gouvernementales. La description du phenomene de l'erosion par plusieurs agents des ministeres, des municipalites ou encore des associations et organismes sans but lucratif conforte cette vision catastrophiste de la situation. Les riverains rendent compte egalement de la reception de ce discours des risques littoraux. Ainsi, un riverain me decrit sa rencontre avec l'expert de l'erosion a la municipalite:
   Avant d'acheter notre maison, je suis alle voir a maintes reprises
   le responsable du dossier de l'erosion a la Ville. Il m'a vraiment
   fait peur par la facon avec laquelle il parlait de l'erosion. Apres
   ca, on s'est dit qu'on ne voulait plus acheter car il nous avait
   fait peur. Il me parlait des inondations de 1960 oo il y a eu de
   l'eau jusqu'a la deuxieme rue. Ensuite, il y a eu une autre tempete
   en 1983. Il me disait qu'en automne, il y avait des vagues jusqu'a
   la maison. Il y a toujours une tempete recurrente a tous les 30 ans
   ... et la, ca fait en 1982. Il a ensuite dit que tout allait
   disparaitre, qu'il n'y avait rien a faire a cause des changements
   climatiques et qu'aux plages, on vivait sur du temps emprunte.


<<Le passe n'est plus le garant de l'avenir>>: peur et discours catastrophiste

La peur que suscitent ces discours empreints de catastrophisme serait d'une autre nature que celle qui pouvait exister jusqu'a present. Dans les esprits, le risque est tel qu'il justifie que des etudes scientifiques, qui ont d'ailleurs perceptiblement et significativement transforme l'apprehension du phenomene, soient menees depuis plusieurs annees. Ainsi, parce qu'elle est liee aux changements climatiques, la gravite de la situation suscite des discours de nombreux gestionnaires et experts qui mettent l'emphase sur la nouveaute du risque encouru dans le but, notamment, d'une prise de conscience chez les riverains. Ce risque <<nouveau>> s'inscrit dans une temporalite qui lui est propre. <<Il faut regarder 25 ans en avant en se disant que le passe n'est pas garant de l'avenir>>, m'explique un expert d'un ministere. Dans cette meme perspective, un employe responsable du dossier de l'erosion a la municipalite declare:
   Avec les changements climatiques, tout change ... une tempete qui
   arrivait une fois par cinquante ans arrivera aux vingt ans, celle
   qui arrivait aux vingt ans arrivera aux dix ans et celle qui
   arrivait aux dix ans arrivera aux trois ans ! [...] Toute la Cote
   est touchee, les vieux voient la plage disparaitre, ca va se poser
   partout, il y a un village qu'il faudrait delocaliser au complet
   ... Je tente de le faire comprendre aux gens de quoi il s'agit ...
   je leur explique [...] Mais il y a des centaines de maisons
   menacees a chaque tempete. Le risque qu'une personne perde sa
   maison sur le bord de mer est de 1 sur 4, la probabilite est
   enorme!


La strategie du recours a une vision catastrophiste et ses consequences sur la temporalite percue de l'erosion ont pour objectif de dissuader les riverains de vivre au bord de la mer et de s'exposer au danger de l'erosion. Elle s'inscrit dans la logique du devoir incombant aux agents municipaux d'informer des dangers auxquels les riverains pourraient etre exposes. En eifet, on retrouve cette strategie issue de la <<culture du risque>> dans la communication officielle que font les ministeres du Gouvernement du Quebec de leur strategie de gestion des impacts des changements climatiques. Dans cette perspective, elle renvoie au modele decrit par Hans Jonas de l'<<hcuristique de la peur>>, c'est-a-dire <<une disposition generique et fondamentale mobilisant la peur comme une disposition a conscientiser le danger et a agir sur lui >> (Chauvier 2007:6).

Paradoxalement, il semble que l'intention soit, en faisant peur a la population, de la rassurer sur la prise en charge d'un probleme grave qui souleve des inquietudes mais qui est en voie d'etre controle par des decisions a prendre par les responsables politiques locaux a partir des etudes realisees par des experts <<qui savent>>.

Le projet d'eradiquer les peurs, autre face de celui d'eradiquer les risques, est probablement intrinsequement lie au projet ideologique global de developpement continu de la science et de la rationalite techniques. La peur est a mettre au registre des emotions, des pulsions irrationnelles, de l'ignorance, bref, de tout ce qui appartient a l'etat prescientifique du monde. On a donc la un des plus puissants tabous de la modernite, qui empeche que l'on reconnaisse cette evidence, a savoir que sans la peur il n'y a pas de perception du risque, que c'est elle qui donne son impulsion a la fois a la demarche de connaissance et a la demarche de prevention.

[...] Le langage, encore une fois, a sa pedagogie propre: apprehender les risques, c'est tout a la fois les craindre et s'en saisir, c'est-a-dire au fond les apprivoiser et non pas les eradiquer. Le traitement technique et administratif du risque, traverse par ce desir d'eradiquer les peurs, minimise et circonscrit etroitement l'etape de la mise en scene locale. [...] Tandis que les experts de la prevention sont reduits a se livrer a d'impossibles calculs de probabilite de realisation du risque, les riverains, suspendus dans l'attente d'une catastrophe annoncee, sont en proie a une situation indefinie de crise.

Decrop 1997:16-17 et 18

L'analyse de Genevieve Decrop (1997) eclaire le fonctionnement des institutions en matiere de gestion des risques. Elle identifie un mouvement paradoxal des administrations qui ont pour role d'alerter la population des risques afin d'eviter des reactions irrationnelles et de panique.

Une telle representation nous renseigne bien plus sur les schemas mentaux de l'administration que sur le comportement reel des dites populations dans les circonstances envisagees. [...] le theme de la panique a eviter est omnipresent dans le discours de l'administration, avec son corollaire du souci obsessionnel de rassurer [...] Comme la panique procede de la peur, on en a tire la conclusion que la peur menait ineluctablement a la panique. De fil en aiguille, cette <<peur de la peur>>, qui prend parfois l'allure d'une veritable phobie, a contamine tout le champ des risques, placant les acteurs en charge de la communication sur les risques devant la tache paradoxale d'alerter la population sur les risques qu'elle encourt tout en la rassurant sur sa securite.

Decrop 1997:16

Mais, outre ces contradictions, ce dispositif induit sur la population un changement determinant dans son rapport au temps. En effet, le risque etant celui de la catastrophe, il devient non seulement particulierement angoissant mais egalement imminent: l'urgence s'installe. Or, les actions annoncees, les etudes menees, les scenarios etablis portent sur plusieurs annees. Aussi le riverain, plonge dans la temporalite de l'urgence, n'a-t-il d'autre recours que d'attendre.

<<Temporaliser l'erosion>>

Un enjeu de connaissance scientifique et de prevision

Il est 10 heures, on arrive sur la plage. J'aide Virginie et Caroline a preparer le materiel. Il faut prendre le GPS, l'appareil photo, les piquets, le maillet, le galon, les tags en metal, l'agrafeuse, le carnet, le crayon, et bien sur nos lunchs, car nous en avons pour la journee ... Lorsque nous arrivons sur le rivage, nous descendons directement a l'extreme ouest de la zone a baliser. Elles commencent par chercher la limite de la plage. Oo commence-t-elle precisement? Des reperes leur ont ete donnes par les riverains qu'elles ont interroges. La journee est consacree a la mise en place de bornes: des piquets en bois vont etre disposes tous les 100 a 200 metres selon l'erosion en cours. Le calcul du recul du trait de cote ne reposera pas uniquement sur les donnees issues des poteaux mais sur une combinaison de donnees obtenues par des techniques variees, comme la photo aerienne.... Comme il y a peu d'erosion sur cette zone du littoral, on n'en mettra que tous les 200 metres dans la majorite du secteur.

Il faut aligner deux piquets pour etre sur que l'angle soit droit depuis le trait de cote. La limite du trait de cote, c'est la vegetation, c'est-a-dire la oo les marees d'automne n'arrivent pas. Tous les 200 metres, la procedure est la meme. Virginie marque les deux batons au marqueur. J'ecris la meme indication au crayon sur les tags en metal qu'elle agrafera sur les batons. Puis elle les plante dans le sable a l'aide d'un maillet: le premier sur le trait de cote, le deuxieme a 5 ou 10 metres du premier. Pendant ce temps, Caroline prend des notes: type de sol, processus (vent, vagues, glace), commentaires particuliers (chemin de 4 roues, VTT ...), les caracteristiques du haut de l'estran (semi-vegetalise ou vegetalise ...) et enfin, je lui donne le point GPS que je dois egalement enregistrer dans l'appareil. Caroline photographie la zone afin d'avoir une vue de chaque profil de plage.

Enfin, la derniere etape consiste a mesurer la plage. Bien que j'essaye de les assister au mieux en tenant le metre ruban, je ne parviens jamais a anticiper l'endroit exact oo je vais devoir me positionner pour prendre la mesure des 3 zones de la plage: le haut de plage, le haut estran et le bas estran. Le regard experimente dont elles font la demonstration est remarquable ! Elles m'expliqueront que, au cours de la formation en geomorphologie, elles ont fait beaucoup de terrains oo il s'agit notamment d'apprendre a lire les paysages littoraux et a delimiter ces espaces qui laissent aveugles les yeux profanes. Aujourd'hui, elles ironisent du fait qu'elles ne parviennent plus a contempler une plage sans en tracer le zonage de maniere quasi automatique. La segmentation permet d'apprehender les differentes parties d'une plage, de caracteriser chacune d'entre elles et de savoir oo planter les balises pour mesurer le mouvement de la ligne de rivage. Ces mesures sont fondamentales car il faut determiner les differentes parties de la plage pour voir les transformations au cours du temps.

Extrait du carnet de terrain, septembre 2010

Ce recit relate seulement une partie du travail de terrain realise par les geomorphologues qui travaillent sur l'erosion. En effet, la methode de plantation de piquets n'est qu'une des nombreuses techniques complementaires necessaires pour produire des donnees sur l'erosion (7). La plantation des balises va permettre de mesurer son taux de recul. L'enregistrement de leurs coordonnees GPS servira a definir des points equivalents sur une carte et a les rendre consultables a distance, depuis le laboratoire. Mises en rapport avec d'autres elements variables tels que le trait de cote et les processus qui l'affectent, elles constituent les mesures meme de l'erosion. La distance qui separe la balise du haut estran est l'information primordiale dans cette mesure du recul du littoral. Ces donnees produites localement sont ensuite utilisables globalement dans la production de connaissances sur le phenomene d'erosion dans cette region, et plus largement sur les dynamiques cotieres en lien avec les changements climatiques.

Cette etape du travail technoscientifique produit un effet double: elle rend present le phenomene par les traces qu'elle laisse, d'une part, et l'inscrit dans une temporalite, d'autre part. En premier lieu donc, ce travail technoscientifique rend concret et visible le phenomene d'erosion par les traces qu'il va laisser sur le trait de cote. Ces traces seront traduites en mesures integrees dans une base de donnees. Ces donnees chiffrees sont des indices du phenomene qui contribuent a le faire exister, a le rendre present. Neanmoins, c'est bien l'impact physique du phenomene qui sera rendu visible par sa traduction en donnees chiffrees. En second lieu, le travail effectue inscrit le phenomene d'erosion dans une temporalite du fait que les traces enregistrees vont devenir la memoire du phenomene grace a laquelle il sera possible de l'inscrire dans une histoire, c'est-a-dire dans un deroulement du temps passe qui permettra de retracer son evolution. Combine a d'autres variables, ce passe de reference donne lieu a la prevision de ses evolutions probables dans l'avenir via les consequences plausibles des evenements futurs.

L'enjeu de ce processus de <<temporalisation de l'erosion>> est la production de connaissance << actionnable >> pour les decideurs. En effet, les projets de recherche qui visent a produire du savoir sur l'erosion s'inscrivent souvent dans une perspective de science appliquee. Ils <<produisent des outils d'aide a la decision>> en <<emettant des recommandations>> a partir de leur capacite a prevoir les risques. Enfin, ces outils et recommandations se retrouvent souvent compiles sous la forme de plans d'amenagement ou des reglements municipaux ou provinciaux.

Ce mecanisme d'extrapolation est l'expression des logiques d'anticipation generales identifiees tant en philosophie qu'en neurophysiologie: anticiper, prevoir des scenarios est toujours lie au passe. Il resulte d'un va-et-vient permanent entre la memoire du passe et les precisions futures (Berthoz et Debru 2015).

Temps de reference et objets techniques

Cette possibilite de rendre concret et present un phenomene aussi difficilement prehensible que l'erosion et de synthetiser le savoir qui s'y rapporte en objets techniques repond a une attente des citoyens, des elus et des gestionnaires, notamment en termes de planification dans l'amenagement du territoire. Ces objets figurent dans de nombreux documents officiels du gouvernement du Quebec dans lesquels il s'agit d'expliquer l'erosion du littoral (8). Ce sont souvent les memes cartes, parfois remplacees par de plus recentes et donc plus precises, que l'on retrouve d'un document a l'autre, d'une institution a l'autre. Ces objets contribuent a diffuser une image standardisee du phenomene oo, par exemple, figure une tranche de littoral sur laquelle un trait rouge trace la delimitation d'une zone a risque. D'autres images techniques montrent une vue prise a partir de la plage tracant les differentes zones de la plage en insistant sur la falaise.

Si la connaissance des geosciences apparait parfois peu efficiente, <<actionnable>> (Mormont 2007) aux yeux des riverains et des gestionnaires, elle s'accroit et se diffuse neanmoins par les dispositifs qu'elles mettent en place. Utilisee d'abord a des fins de gestion par les autorites, les riverains se l'approprient a leur tour lorsqu'ils cherchent de l'information sur le phenomene ou lorsqu'ils veulent identifier les solutions de protection qui tardent a etre mises en place ou qu'ils contestent. Les <<connaissances scientifiques>> designent un ensemble de savoirs qui prennent des formes variees: des rapports, des cartes, des images aeriennes, des documents de synthese parfois adaptes au grand public, ou encore des articles scientifiques (voir figures 1, 2, 3). Elles apparaissent comme des connaissances objectives, autonomes, << decorporeisees >> (Haraway 2009), universelles, atemporelles et detachees des humains qui les ont produites. Ces proprietes sont d'ailleurs precisement identifiees par leurs producteurs comme garantes de legitimite. <<Dans les publications ou les rapports scientifiques, les objets de recherche sont orphelins, coupes des reseaux qui les portent>> (Mougenot 2011:46). Ainsi, ces <<rapports orphelins>> sont connectes a un contexte de production et a une temporalite qui permettent de <<situer>> (Haraway 2009) le savoir et les outils produits par la recherche.

Les images d'anticipation et les rapports presentant les scenarios envisages, qui contribuent ainsi a produire une <<temporalite fictionnelle>> (Lakoff 2007; Keck et Manceron 2011; Keck et Lakoff 2013), sont porteurs d'une representation particuliere de l'avenir. En effet, les objets scientifiques produits dans le cadre des recherches sur l'erosion agissent tout autant qu'ils font agir de multiples manieres. Objets <<mediateurs>> (Hennion 1993; Hennion et Latour 1993; Latour 2006), <<intermediaires>> (Vinck 1999) ou encore <<ephemeres>> (Mougenot et Stassart 2008), ils influencent l'action et produisent des effets au-dela de ce que les chercheurs y inscrivent (Vinck 1999). Ils sont porteurs d'un espace et d'une temporalite propres a une pratique scientifique singuliere issue du paradigme scientifique et d'une ontologie particuliere (9) (Descola 2005, 2010).

Ces objets construits dans le cadre de l'anticipation instaurent ainsi un temps de reference relativement inaccessible qui est avant tout le resultat du contexte structurel dans lequel les scientifiques ont pu produire leurs donnees dans une perspective d'anticipation des risques futurs (Van Tilbeurgh 2015). Enfin, porte par les outils techniques d'aide a la decision, ce cadre temporel de reference devient le cadre temporel de la decision, de la gestion, et par consequent, celui de l'ensemble des acteurs concernes.

Et en termes de gestion du phenomene, il olfre peu de prise a l'esprit quant a l'action et n'est pas sans poser quelques difficultes. La premiere des difficultes porte sur les tensions cognitives qu'il rencontre et qui lui resistent. En effet, les objets construits dans le processus de production du savoir scientifique sur l'erosion ont des implications qui depassent parfois l'intention originelle des chercheurs qui les produisent (Vinck 1999). Ils impliquent la transformation progressive des manieres de penser le phenomene d'erosion et, plus largement, le littoral. Par exemple, la carte de zonage du risque a pu faire l'effet d'un choc traumatique chez certains riverains, qui decouvraient la gravite du risque auquel les experts les considerent exposes et dont ils ignoraient l'ampleur jusque-la (Tricot 2007; Brisson et Richardson 2009; Breda 2013). Initialement destinee a <<encadrer>> et rassurer la population, la carte a eu l'effet inverse. De meme, le Reglement de Controle interimaire qui proscrit certains amenagements, dont certains modes de protection des habitations situees en zone a risque: avec son application par les autorites municipales, la situation de certains riverains est telle qu'elle implique une paralysie, une impossibilite d'action tellement absolue qu'elle semble figer le temps au coeur, pourtant, de l'urgence. Ainsi encore, la oo il etait probablement souhaite de l'en preserver, le RCI aura surtout accru l'insecurite, reelle ou percue, du citoyen.

La seconde difficulte que pose ce cadre temporel de reference concerne l'incertitude dans la production du savoir scientifique.

L'incertitude [...] decoule d'une complexite, au sens oo est complexe un phenomene sur lequel aucun point de vue (et ils sont necessairement plusieurs) ne reussit a saisir l'ensemble des consequences d'une action. [...] l'incertitude est a la fois sociale et naturelle.

Mormont 2010: VI

En effet, le defi des scientifiques consiste a anticiper l'evolution du phenomene et ses impacts bien qu'ils ne disposent pas de tous les elements qui permettraient d'acceder a un <<savoir complet>>. Plus que de fournir des outils de prediction (dire ce qui va arriver), il s'agit d'eclairer l'action a mener dans le present en prevision d'un futur incertain.

Il existerait un savoir de l'avenir (une <<futurologie>>) qui commanderait d'agir ici et maintenant pour se preserver autant que possible de ce que l'on juge, par ailleurs, quasiment ineluctable. Cette primaute de la connaissance scientifique sur l'action politique repose sur une conception etroite de la raison, mais aussi sur une objectivation du temps qui rompt avec la valorisation democratique de l'incertitude.

Foessel 2012, cite dans Chollet et Felli 2015:13

Dans le cas de l'erosion, Y action attendue par les riverains est avant tout l'installation de dispositifs de protection efficaces. Or, compte tenu des incertitudes, il semble impossible de garantir l'efficacite d'une protection contre l'erosion. Des lors, les decideurs peuvent parfois se retrancher dans un principe d'abstention qui paralyse l'action (Callon et al. 2001; Breda 2013), ouvrant la porte a un changement dans la dynamique decisionnelle (Callon et al. 2001). Ainsi, le phenomene de l'erosion sur la Cote-Nord, bien qu'il est verbalise par les medias dans le registre de l'urgence et voue a une acceleration globale, aura connu dans sa gestion des periodes d'arret etonnamment longues en raison des incertitudes intrinseques a la production de connaissance dans une demarche d'anticipation des impacts des changements climatiques.

L'attachement au littoral dans les processus d'anticipation

Face aux discours mediatiques et gestionnaires, de nombreux riverains convoquent un autre rapport au phenomene d'erosion, sous-tendu par une autre temporalite qui ne se situe pas dans une logique de prediction ou d'anticipation pour les decennies futures.

Mais il faut y croire aux scenarios de 30 ans. En tout cas, moi, je n'y crois pas necessairement parce que je comprends le territoire d'une autre facon et parce qu'ils nous ont souvent montre qu'ils se trompaient. C'est difficile de prevoir. Au Quebec, on aime la securite. C'est important de prevoir et d'anticiper. Et on fait des modeles ... si je voulais anticiper beaucoup, je me serais mise en haut de la cote ou pres du Cegep. Donc c'est un choix de vie. J'ai choisi d'etre heureuse au risque de ma securite. Mais comme n'importe qui, je vais proteger ce que j'ai. Je vais proteger mon acquis mais je n'ai pas choisi la securite absolue. [...] L'avenir, on le sait pas, personne ne le sait [...] Faire des modeles, ca va mais connaitre les effets, on ne sait pas. Est-ce qu'on peut prevoir les evenements naturels? [...] On fait des modeles, on essaye de prevoir mais souvent, on se trompe parce qu'il arrive des choses qu'on n'avait pas prevues. Si je croyais completement les scientifiques, je ne serais pas ici, je serais ailleurs, j'aurais vendu ma maison. Je pense qu'on n'a pas les connaissances suffisantes pour etre capables de prevoir a l'echelle mondiale. On peut juste constater. [...] Je pense qu'il n'y aura jamais de modele sur.

Riveraine, 50 ans

C'est beau les changements climatiques mais faut avoir une limite a vouloir tout prevoir [...] Il faut vivre l'instant present ... Si dans 30 ans la mer vient, ce n'est pas grave.

Riveraine, 65 ans

Ce qui compte pour moi, c'est que j'aurai vecu heureuse, meme si ca ne dure pas ... peut-etre que l'annee prochaine, ma maison ne sera plus la. Et si la maison n'est plus la, j'aurai vecu 10 belles annees ici.

Riveraine, 55 ans

Ces temoignages devoilent une autre perspective sur l'erosion qui implique une relation differente a l'<<habiter>> au bord de mer. La prevision de l'avenir a moins d'importance que le fait de vivre <<aujourd'hui>> dans ce lieu. Ce qui est valorise dans le discours des riverains est la relation qu'ils ont avec le lieu de vie actuel. Le vecu au present semble conforter que le temps est dependant de la relation au littoral.

Dans cette logique, la perspective innue est eclairante. Pour certains Innus, avoir un chalet au bord de la mer permet aussi d'etre Innu aujourd'hui autant que d'aller dans le bois. Autrement dit, si l'on etend le <<lieu>> de realisation de l'identite innue aux lieux oo sont vehiculees, consciemment ou non, les valeurs de l'identite innue, il peut comprendre autant la reserve (Bousquet 2002) que le bord de mer (Breda 2017). L'experience du littoral, le <<vecu littoral>> des Innus representent une opportunite de reifier des valeurs auxquelles ils s'identifient en tant qu'Innus (13). Des lors, ce qui compte est de faire exister la relation innue dans le mode de vie actuel avant tout, et celle de l'avenir dans une moindre mesure (14).

Dans ces configurations, la prediction de ce qui pourrait arriver dans le futur, dans un avenir a moyen et long terme, ne peut dependre que de ce que sera la relation au lieu dans l'avenir. Le rapport au temps serait ainsi indissociable de la qualite de la relation que les riverains entretiennent avec le littoral et la maniere de l'habiter. Autrement dit, le tandem temps et espace depend de la relation d'attachement au lieu.

La notion d'attachement (Latour 2000; Hennion 2004, 2010) du riverain au littoral est a comprendre dans le sens d'une relation qui affecte reciproquement <<ce a quoi nous tenons>> et <<ce qui nous tient>> (Hache 2011), ou encore, <<ce qui fait lien>> et <<le lien que l'on fait>> (Leclerc-Olive 2015:25). La oo l'erosion comme risque renvoie a une temporalite evenementielle (avant et apres) et a une temporalite d'anticipation (notamment par scenarisation), l'attachement deploie une temporalite differente. Il invite a penser l'erosion sous un autre angle: en la projetant dans une autre perspective, elle est re-contextualisee et redefinie, entrainant avec elle de nombreuses autres relations qui lui donnent sa nouvelle forme. En effet, le concept de <<l'attachement>> permet de laisser se deployer les assemblages cognitifs et sensoriels (Botea et Rojon 2015). Parmi ces assemblages, la competence d'ajustement avec l'environnement, qui permet de se le rendre familier (Botea et Rojon 2015:12).

Conclusion: relations de prevision

Dans la region quebecoise de la Cote-Nord, l'erosion des berges n'est pas nouvelle et les populations locales y sont habituees de longue date. Au tournant du siecle, lorsque les changements climatiques ont ete davantage integres aux recherches scientifiques et qu'il est apparu qu'un lien pouvait exister entre leur acceleration et une aggravation du phenomene d'erosion, une rupture epistemologique s'est produite dans les relations au littoral et aux phenomenes qui l'affectent. Encourage par les discours mediatiques et officiels, le risque est alors devenu predominant dans le mode de gestion. La production de connaissance et la prevision du risque sont devenues des enjeux majeurs afin de determiner les actions a mener pour preserver les structures humaines exposees. Or, les methodes mobilisees a cette fin inscrivent leurs logiques d'anticipation et de production de savoir dans une temporalite insaisissable, de l'ordre de plusieurs decennies, tandis que le paradigme du risque les inscrit dans la temporalite de l'urgence immediate. Ces decalages, percus comme des conciliations impossibles, menent certains riverains a mettre en doute les etudes et des gestionnaires a opter pour la strategie de l'inaction.

Mais le rapport a l'erosion et a l'habiter au bord de mer au temps des changements climatiques ne se reduit pas a la logique du risque (Breda 2016, 2017). Il existe bien d'autres relations que les riverains etablissent avec le territoire littoral et qui s'inscrivent dans d'autres temporalites loin de l'urgence des catastrophes vehiculee par des gestionnaires et des medias, et de celles de la production de connaissance scientifique. Ces temporalites de l'experience quotidienne qui autorisent les mecanismes de l'attachement au lieu et permettent que l'erosion revete un caractere familier peuvent etre << invisibilisees>> par la mediatisation de la temporalite de l'urgence et de l'anticipation. Mais leur eventuelle prise en compte pourrait-elle ouvrir la voie a une coexistence plus durable entre l'humain et les risques lies aux phenomenes climatiques?

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Charlotte Breda

Unite de Socio-Economie, Environnement et Developpement (SEED) Universite de Liege--Arlon Campus Environnement Avenue de Longwy 185 6700 Arlon Belgique

charlotte.breda@uliege.be

(1.) Depuis 2006, j'ai effectue six sejours de recherche dans la region de la Cote-Nord, au Quebec. Au total, j'ai consacre pres d'une annee a la realisation de terrains ethnographiques et ai effectue plus de 80 entretiens sur la problematique de l'erosion cotiere dans le cadre de ma these de doctorat en anthropologie (Breda 2017).

(2.) <<L'Entente specifique interministerielle sur l'erosion cotiere de la Cote-Nord>> a ete passee entre le Conseil regional de developpement de la Cote-Nord de l'epoque (actuelle Conference regionale des elus) et six ministeres du gouvernement du Quebec: le ministere des Affaires municipales et de la Metropole (devenu le ministere des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire), le ministere de l'Environnement (devenu le ministere du Developpement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques), le ministere du Developpement economique regional (devenu ministere de l'Economie, de l'Innovation et des Exportations), le ministere de la Securite publique, le ministere des Transports et le ministere des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs (devenu le ministere de l'Energie et des Ressources naturelles).

(3.) Il existe de nombreuses causes possibles a l'erosion cotiere: pression anthropique due au developpement urbain, construction de barrages contribuant a appauvrir l'apport sedimentaire, construction de digues, etc. Sur les causes de l'erosion, voir notamment Paskoff et Clus-Auby (2007).

(4.) Voir Rey (2006).

(5.) Voir Guericolas (2012).

(6.) Voir Cote (2015).

(7.) Il existe en effet d'autres manieres de pratiquer l'evaluation de l'evolution du trait de cote: par vue aerienne, releves laser a partir d'un avion, releves de bathymetrie, ou encore par satellite.

(8.) Qu'ils soient pris en compte ou non, ils sont souvent necessaires a la legitimation des decisions politiques.

(9.) Ce rapport a l'espace en partie decrit ici est a mettre en lien avec les debats sur le paysage, et le paysage scientifique en particulier, tels qu'ils ont ete abordes par Corbin (2001, 2010) pour le paysage littoral, et Descola (2012) pour la notion meme de paysage.

(10.) Source: Ministere de la Securite publique. Documents fournis a l'auteure sur support CD en 2011.

(11.) Source: Ministere des Ressources naturelles du Canada (2015).

(12.) Source: Ministere des Ressources naturelles du Canada (2014).

(13.) De la meme maniere, Capitaine (2012) demontre que les pratiques de peche commerciale en haute mer, si elles peuvent etre qualifiees de recentes chez les Innus, permettent la continuite des valeurs identitaires innues.

(14.) Il ne s'agit pas de dire qu'il n'y a ni besoin, ni interet strategique pour les Innus de prevoir l'evolution du territoire dans le futur. Au contraire, c'est une preoccupation tres importante pour les membres de la communaute. Des etudes sur les risques d'erosion ont par ailleurs ete menees et soutenues par les Conseils de bande. J'evoque ici davantage le vecu des riverains dans le contexte de la problematique de l'erosion.

Veuillez noter que l'iIllustration(s) est non disponible(s) en raison des restrictions de droits d'auteur.

Legende: Figure 1: Reglement No 02-2005, carte 185 (10)

Legende: Figure 2: Modele montrant les scenarios projetes des zones a risque (11)

Legende: Figure 3: Carte montrant les zones sensibles a l'elevation du niveau marin (12)
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Author:Breda, Charlotte
Publication:Anthropologie et Societes
Geographic Code:1CQUE
Date:May 1, 2018
Words:8467
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