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Programme d'intervention de groupe aupres de jeunes exposes a la violence conjugale: savoire, savoir-etre et savoir faire.

Ann Paquet

Ecole de Service social

Universite de Montreal

Montreal (Qc)

Chantal Hamel

Universite de Montreal

Montreal (Qc)

Hoda Choueri

Centres de la jeunesse et de la famille Batshaw

Montreal (Qc)

Johanne Proulx

Centres de la jeunesse et de la famille Batshaw

Montreal (Qc)

De plus en plus de recherches documente les effets nocifs de la violence conjugale sur les enfants qui y sont exposes. Mais l'intervention aupres des enfants exposes a la violence conjugale est relativement recente et peu repandue. Le CJF Batshaw a developpe un programme d'intervention de groupe aupres d'enfants et d'adolescents et une recherche est en cours pour evaluer cette intervention.

More and more research documents the negative effects of domestic violence on children who are exposed to it. But intervention with children exposed to domestic violence is a relatively recent phenomenon and is not very widespread. CJF Batshaw developed a group intervention program for children and youth and research is underway to evaluate this intervention.

INTRODUCTION

Depuis vingt ans, il s'est graduellement developpee une reconnaissance a l'effet que la violence conjugale est un probleme social. Cette prise de conscience de l'etendue et de la severite du phenomene a permis de developper et d'elargir les services aux femmes qui vivent cette violence, tels que les maisons d'hebergement, les lignes telephoniques, les programmes de sensibilisation et de formation. L'efficacite de modeles d'interventions feministes et psychosociaux qui repondent aux besoins specifiques des femmes violentees a ete demontree (Rinfret-Raynor et al., 1992). Durant ce parcours, la situation juridique s'est aussi modifiee et depuis 1986, la violence conjugale cesse d'etre un geste prive et requiert le meme traitement criminel que toute autre voie de fait.

Meme si certains des services offerts aux femmes, tel l'hebergement, s'adressent aussi a leurs enfants, ce n'est que recemment que les recherches ont documente les effets nocifs de la violence conjugale sur les enfants qui y sont exposes et que l'on voit apparaitre des pratiques specifiques pour repondre a leurs besoins. Encore aujourd'hui, peu de statistiques precises sont disponibles sur le nombre d'enfants qui sont exposes. Dans son rapport sur la situation des jeunes Quebecois, Bouchard (1991) souligne que plusieurs enfants n'apparaissent pas dans les statistiques de signalement et souffrent en silence. Une auteure americaine (Rosenberg, 1984, cite dans Rosenberg, 1987) conclut que presque tous les incidents de violence sont entendus ou vus par les enfants. Ces recherches ont demontre que dans plusieurs situations ou les parents croient leurs enfants endormis, ces derniers rapportent avoir entendu les chicanes et les coups et avoir eu trop peur de quitter leur chambre. Une recherche realisee au Quebec aupres de femmes vivant la violence conjugale revele que 75% des enfants ont assiste aux scenes de violence et que 20% d'entre eux ont cherche a interrompre la violence (Kerouac et al., 1986).

C'est tres dur emotivement pour un enfant d'etre expose aux chicanes et aux gestes de violence entre ses parents, c'est-a-dire entre les deux etres qui lui sont les plus chers. Rosenberg (1987) suggere que d'assujettir un enfant a voir ou a entendre la victimisation repetee de sa mere constitute en soi un mauvais traitement pour l'enfant. La mafia, qui en connait bien les effets, utilise depuis longtemps la menace de faire mal a un proche comme strategie d'extorsion. Cet exemple nous montre a quel point l'enfant peut etre touche lorsque sa mere ou un proche est victime ou menacee de violence. Paradoxalement, dans notre societe, un enfant qui voit sa mere avoir une relation sexuelle avec un homme qui n'est pas son pere souffre d'un danger moral, mais celui qui voit son pere commettre une voie de fait envers sa mere n'est toujours pas considere comme etant en danger moral.

De plus, les enfants exposes a la violence conjugale sont a tres haut risque de devenir eux-memes victimes, soit en devenant le bouc emissaire de la frustration ou colere d'un des parents, soit en etant accidentellement frappes par un objet, ou encore en aidant le parent victimise (Kerouac et al., 1986; Rosenberg, 1987). Dans ce dernier cas, il s'agit surtout d'adolescents-es qui essaient de proteger leur mere.

En 1990, le Centre des services sociaux Ville-Marie, maintenant connu sous l'appellation Centres de la jeunesse et de la famille Batshaw (CJF Batshaw), decide de porter une attention particuliere a la dynamique de la violence conjugale qui s'avere de plus en plus presente et inquietante. Apres avoir consulte la litterature, les intervenantes decident que leur intervention majeure en matiere de violence conjugale serait l'intervention de groupe aupres d'enfants, d'adolescents et de meres vivant dans ce contexte. Trois ans plus tard, les intervenantes constatent a partir de leur experience clinique que l'intervention de groupe constitue une methode tres efficace. Elles souhaitent alors confirmer leurs evaluations a partir d'un moyen plus formel et une recherche evaluative leur apparait appropriee. C'est dans cette optique qu'un partenariat se cree entre le CJF Batshaw et l'Ecole de service social de l'Universite de Montreal (Proulx et al., 1992). La Regie regionale de la sante et des services sociaux de Montreal-centre octroie une subvention pour cette recherche qui portera sur l'evaluation de l'intervention de groupe aupres d'enfants et adolescents exposes a la violence conjugale.

Cet article a pour but de presenter le programme d'intervention au niveau du savoir, du savoir-etre et du savoir-faire. Le role de la recherche reliee a ces dimensions et certains aspects de l'evaluation sont egalement exposes. Dans un premier temps, nous traiterons de la problematique en abordant les consequences chez les enfants d'etre exposes a la violence de leurs parents. La seconde partie traite du premier volet de la recherche, soit l'articulation du lien theorie-pratique dans le cadre theorique de l'intervention ainsi que la definition des objectifs de l'intervention. La presentation du programme d'intervention de groupe et quelques activites d'intervention pour les enfants font l'objet de la troisieme partie. Les dimensions reliees a la methodologie de la recherche completees de quelques resultats preliminaires terminent notre presentation.

Les consequences chez les enfants et les adolescents

Vivre dans un contexte de violence conjugale comme temoin, mais aussi parfois comme victime, amene plusieurs consequences negatives. Nous les avons regroupes sous quatre aspects qui sont les effets sur la sante mentale et physique des jeunes, l'inihibition du developpement de certaines habiletes et attitudes, l'isolment et la transmission intergenerationelle de la violence. Nous verrons qu'il y a des facteurs, les factuers mediateurs, qui influencent de facon positive ou negative ces consequences.

Les effets sur la sante mentale et physique des jeunes

Pour les effets sur la sante mentale et physique des enfants et des adolescents, la plupart des recherches parlent de problemes interiorises ou exteriorises, selon qu'il s'agisse de problemes vecus sous forme de souffrance interieure ou qu'ils se manifestent sous formes de comportements qui derangent ou qui sont observables.

Les recherches nous revelent, pour les problemes interiorises, que les jeunes exposes a la violence conjugale ont une estime d'eux-memes plus faible, des troubles d'anxiete, des peurs, des troubles de sommeil, de multiples desordres psychosomatiques (otite, problemes respiratoires, mal au ventre, a l'estomac, etc.), des difficultes d'attention et de concentration (Hilberman, 1980; Hofeller, 1982; Hughes, 1982, cite dans Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990; Kerouac et al., 1986; Hughes, 1988; Hughes et al., 1989; Pepler et Moore, 1989, cites dans Moore et al., 1990; Chenard et al., 1990).

Les problemes exteriorises font reference, entre autres, a des comportements agressifs, de la delinquance ainsi que des attitudes de retrait (Rosenbaum et O'Leary, 1981; Jaffe et al., 1986; Pepler et al., 1988, cites dans Moore et al., 1990; Hughes, Parkinson et Vargo, 1989). De plus, certaines recherches nous indiquent deja que ces effets sont plus marques chez les jeunes doublement victimises, c'est-a-dire ceux qui sont a la fois temoins et victimes de cette violence conjugale (Davis et Carslon, 1987; Hughes, 1988). Chez les adolescents, les problemes peuvent aussi etre caracterises par des comportements et attitudes associes a leur stade developpemental tels que la fugue, la delinquance, la consommation de drogue et l'agression envers les parents (Carlson, 1990 et 1991).

Les differences selon le sexe constituent un aspect interessant compte tenu de la problematique de violence conjugale ou garcons et filles voient leur mere subir la violence et leur pere infliger cette violence. A cet effet, une revue de litterature releve le manque d'unanimite quant aux differences reliees au sexe de l'enfant (Fantuzzo et Lindquist, 1989). Ils observent que certains auteurs rattachent plus l'agressivite aux garcons et le renfermement sur soi aux filles tandis que d'autres parlent plutot de problemes d'anxiete independamment de l'identite sexuelle et une recherche releve meme aucun probleme de competence sociale chez les filles. Meme si de facon generale la stereotypie des comportements demeure, les recherches recentes nous montrent qu'on se doit d'etre nuance en fonction de l'age, de l'experience de violence, des autres types de violence vecus, et d'autres caracteristiques (les facteurs mediateurs par exemple).

L'inhibition dans le developpement de certaines habiletes et attitudes, l'isolement et le cycle intergenerationnel

Les recherches indiquent que les jeunes qui vivent dans une famille ou il y a de la violence conjugale eprouvent beaucoup plus de difficulte au niveau de leur competence sociale. Il peut s'agir d'une baisse au niveau de la performance scolaire, d'une plus faible participation aux activities et aux sports organises et une implication sociale diminuee par rapport aux autres enfants (Jaffe, Wilson et Wolfe, 1986; Wolfe et al., 1986).

D'un point de vue relationnel, ils peuvent avoir davantage de difficultes a reconnaitre leurs emotions et prendre la perspective d'autrui durant les conflits interpersonnels (Rosenberg, 1984, cite dans Rosenberg, 1987). Davis (1988) suggere meme que ces enfants manifestent une capacite d'empathie diminuee; cette carence serait a la base de l'incapacite pour eux de developper et de maintenir des relations intimes futures a cause d'une inhabilite a identifier les besoins de l'autre et a reagir en consequence. De plus, ces jeunes sont tres sujets a vivre de l'isolement qui peut etre provoque de quatre facons. Il peut decouler de la dynamique de la violence familiale soit par le pere qui maintient l'isolement pour mieux controler ou soit par l'enfant qui a honte et cache la situation aux amis (Gelles, 1974; Borland, 1976; Frey-Angel, 1989). Il peut etre provoque par le manque d'habilete du jeune a entrer en relation avec ses pairs, ou par le rejet des pairs suite aux comportements antisociaux de l'enfant tels que le repli sur soi et l'agressivite (Moore et al., 1990).

Le cycle intergenerationnel est souvent cite comme cause de la violence dans les familles. Plusieurs recherches ont demontre qu'il y avait de fortes probabilites d'etre soit abuseur, soit victime, lorsque l'on a vecu dans un foyer ou il y avait de la violence conjugale. Par exemple, une recherche nous indique que les garcons ayant ete exposes a la violence de leur pere envers leur mere ont dix fois plus de chance d'etre des conjoints violents que des garcons issus de familles non violentes (Straus, Gelles, et Steinmetz, 1980, cites dans Jaffe, Wilson et Wolfe, 1986). Une autre recherche indique que les femmes sont trois fois plus aptes a etre violentees si le pere de leur conjoint etait un homme violent (Statistique Canada, 1993). D'autre part, on s'apercoit de plus en plus qu'il y a un lien tres fort entre la violence conjugale et les mauvais traitements physiques et psychologiques infliges aux enfants. Par exemple, Chenard et al. (1990) citent plusieurs recherches indiquant qu'environ 33% des victimes en maison d'hebergement et pres de 60% de leurs partenaires ont ete maltraites durant leur enfance. Rinfret-Raynor et Cantin (1994) rapportent que 54% des femmes violentees interrogees ont ete maltraitees durant leur enfance ou leur adolescence.

Jaffe et al., (1985) mentionne que la victimisation et le developpment d'attitudes conduisant a la tolerance de la violence chez un eventuel partenaire sont des d'effets possibles a long terme non mesures touchant davantage les filles

Malgre tout, les auteurs consultes nous invitent a faire preuve d'une certaine prudence car le lien intergenerationnel n'est pas inevitable: ce ne sont pas tous les enfants qui developpent des problemes ou deviennent violents ou victimes une fois adulte (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990; Moore et al., 1990). La question a se poser mainteneant n'est pas de savoir si ces enfants deviennent victimes ou abuseurs, mais plutot quelles sont l'ensemble des conditions qui favorisent ou ne favorisent pas la reproduction de ces comportements? Autrement il existe un risque de reduire a des facteurs psychologiques et individuels le probleme de la violence conjugale et de perdre de vue les facteurs d'ordre sociaux et politiques.

Les facteurs mediateurs

Les facteurs mediateurs, qui influencent de maniere positive ou negative la situation vecue par l'enfant, peuvent nous aider a comprendre les differences observees au niveau des consequences. Suite a une revue de litterature, des chercheurs ont releve quatre types de facteurs mediateurs (Moore et al., 1990). (1) Ces auteurs mentionnent les facteurs inherents a l'enfant, a la relation mere-enfant, a la fatrie et avec les pairs.

Les facteurs inherents a l'enfant concernent des caracteristiques reliees directement a l'enfant telles que l'importance de l'estime de soi et du sentiment de controle sur les evenements violents. Ainsi, les enfants qui ont le sentiment de controler leurs emotions et comportements lors d'episodes parentaux violents ont moins d'anxiete et ont une image de soi plus positive. Au niveau de la relation mere-enfant, il semble par exemple que le sentiment depressif de la mere ait un impact negatif sur l'interiorisation et l'exteriorisation des emotions, le comportement prosocial et le fonctionnement cognitif de l'enfant. Les relations fraternelles des enfants vivant dans un foyer violent peuvent devenir le lieu d'un apprentissage de comportements agressifs plutot que prosociaux. Les relations avec les pairs, quant a elles, peuvent etre aussi grandement affectees par les comportements antisociaux (agression, repli sur soi, isolement). Les difficultes scolaires agiraient sur l'acceptation par le groupe de pairs: ceux qui reussissent mieux sont plus acceptes. Donc les difficultes scolaires des enfants temoins et/ou victimes peuvent contribuer a les isoler de leur groupe de pairs et ainsi diminuer leur sentiment de competence.

Les dimensions socio-economiques telles que les nombreux demenagements, les conditions de logement mediocres, les changements d'ecole, les pertes d'amis, s'ajoutent aux facteurs mediateurs et interagissent les uns avec les autres pour augmenter ou diminuer l'impact negatif de la situation de violence vecue par l'enfant (Rutter, 1979, cite dans Jaffe et al., 1985).

Nous aimerions conclure cette partie descriptive sur les consequences en se rappelant qu'il ne faut pas oublier les sentiments ressentis par ces jeunes et le climat dans lequel ils vivent leur quotidien. Le cycle de la violence amenent des sentiments de confusion extremement important chez les enfants temoins (2) (Rosenberg, 1987). Ils vivent dans un climat de violence psychologique ou peur, menace et denigrement sont omnipresent. En reference aux theories d'apprentissage et d'identification aux parents, Jaffe et al. (1985 et 1990) concluent que les enfants peuvent apprendre des lecons specififiques reliees a un tel contexte de vie:

1) la violence constitue une forme appropriee de resolution de conflit

2) la violence a une place a l'interieur de la vie familiale

3) lorsque la violence est reportee a l'exterieur du contexte familial (a des professionnels ou autres personnes), il n'y a aucun ou tres peu d'impact

4) le sexisme est encourage (tel que defini comme une inegalite de pouvoir, de possibilite de decision et des roles a l'interieur de la famille)

5) la violence est un moyen approprie de gestion du stress

6) les victimes de cette violence tolerent le comportement violent dans les meilleurs cas et dans les pires cas, elles se croient responsables de l'avenement de ce comportement

Les chercheurs et les cliniciens parlent des blessures psychologiques encourues par ces enfants qui apprennent a etre complices de la conspiration du silence, a mentir pour prevenir des comportements non-appropries et a mettre de cote leurs propres besoins plutot que de risquer une autre confrontation (Walker, 1979, cite dans Alessi et Hearn, 1984). Comme nous avons pu le constater, il s'agit de strategies de survies qui leur coutent cheres.

Le Cadre Theorique

L'intervention aupres des enfants temoins est relativement recente et peu repandue, alors la theorie et les experiences pratiques sont donc minimes. Le programme du CJF Batshaw s'inspire principalement des experiences de Jaffe et al. (1990) et Alessi et Hearn (1984) et a des points en commun et des differences avec les groupes d'enfants temoins effectues dans l'ancien Bureau des services sociaux (BSS) de l'est du Centre des services sociaux du Montreal-metropolitain (Vaillant, 1992; Alarie et Rose, 1989).

Un premier volet de la recherche a consiste a articuler plus en detail les fondements theoriques et les strategies d'intervention. Cette articulation a ete elaboree a partir d'un va et vient entre la theorie et la pratique des intervenantes. Il y a d'abord eu une familiarisation avec le programme d'intervention developpe par les intervenantes. Nous avons ensuite ressorti de la revue de la litterature des elements qui nous semblaient refleter l'intervention. Nous avons eu des rencontres et utilise des outils afin de les aider a preciser plus en detail leurs strategies d'intervention et les resultats escomptes. Le savoir, represente par les fondements theoriques du programme ainsi que le savoir-etre, defini par les valeurs, les croyances et les presupposes ideologiques, sont expliques. Le savoir-faire qui inclu les objectifs, les strategies et les modalites d'intervention est brievement presente et sera complete dans la partie abordant le programme de l'intervention de groupe.

Le savoir: les fondements theoriques du programme

Les quatre grandes orientations qui inspirent le programme proviennent de la theorie feministe, du developpement de l'enfant, de l'impuissance apprise et de l'apprentissage social. Le tableau suivant expose les principaux emprunts theoriques et ideologiques faits a chaque approche et les principes d'intervention qui en decoulent pour notre problematique. [voir le tableau 1]

Le savoir-etre: les valeurs guidant l'intervention

L'intervention est basee sur des valeurs, croyances ou presupposes ideologiques qui sont partages par les intervenantes de l'equipe de violence conjugale. En plus de celles deja incluses dans le tableau, les intervenantes adherent a des valeurs humanistes, telles que l'authenticite, l'empathie et l'ecoute. Les intervenantes sont d'accord avec le principe que les difficultes et les emotions sont universelles, qu'il en decoule que les experiences peuvent etre communes dans des situations particulieres differentes. Deuxiemement, elles considerent que l'altruisme est benefique autant a l'aidant qu'a l'aide.

 Tableau 1: LES FONDEMENTS THEORIQUES DU PROGRAMME

FONDEMENTS THEORIQUES PRINCIPES D'INTERVENTION
ET IDEOLOGIQUES


La perspective feministe
(tiree principalement de Larouche, 1987; Vaillant, 1992)
-Toutes les formes de violence -Informer sur la violence et la
interper-
sonnelle ou familiale sont responsabilite
inacceptables
et aucun enfant ne devrait y -Questionner les valeurs
etre expose
-L'egalite des sexes et des -Questionner les stereotypes
roles sociaux
-L'agresseur est responsable -Travailler en groupe
des
agressions
 -Favoriser l'expression des emotions
-Il existe un vecu commun
d'oppression
 -Briser l'isolement
 -Travailler l'estime de soi
 -Favoriser "l'empowerment"

La theorie du developpement de
l'enfant
(basee sur Erikson et Piaget, cites principalement dans Davis, 1988)
-La vulnerabilite de l'enfant -Developper des strategies et des
et sa
fragilite reliees a son stade scenarios de protection
cognitif et
emotif
 -Deresponsabiliser le jeune face a la
-Le jeune enfant s'attribue la violence
respons-
abilite pour la violence -Renforcer l'estime de soi
-Les jeunes ont des capacites, -Adapter les activites, reformuler les
des forces
et un potentiel de emotions et le vecu de violence en
developpement
 tenant compte de l'age intellectuel et
 emotif du jeune.

La theorie sur l'impuissance
apprise
(Segilman, 1975, cite principalement dans Davis, 1988 et Carlson, 1991)
-On apprend a etre impuissant -Travailler a identifier et exprimer ses
en:
 sentiments
vivant l'impuissance et en
n'ayant pas
de controle sur ce qui nous -Validation de l'experience vecue
arrive
-L'impuissance se desapprend -Faire naitre l'espoir
 -enseigner que l'enfant peut avoir un
 certain pouvoir sur son vecu
 ("empowerment")

L'apprentissage social
(Bandura, 1973, cite principalement dans Carlson, 1991, Davis, 1988 et
Jaffe et al., 1986)
-Imitation -Enseigner certaines habiletes sociales
-Observation pour interagir en groupe (respect des
 personnes, objects et consignes)
-Renforcement des -Enseigner la resolution non-violente
comportements
positifs des conflits
 -Questionner les mythes et les croyances
 -Travailler en groupe


Ce travail n'est pas neutre et demande un engagement personnel de l'intervenante pour aider a eliminer la violence. Le contexte d'aide est un contexte professionnel; cependant, l'intervenante reste une personne et doit accepter d'etre touchee par le vecu des enfants sans etre envahie. Ainsi, l'empathie et la distanciation sont des attitudes importantes dans le savoir-etre.

La croyance dans la capacite des enfants est au centre de l'approche. Elle se traduit dans le savoir-faire d'une facon tres specifique. L'intervention se fait toujours par reconnaitre et aller chercher ce que les enfants savent deja. Par exemple, l'on demande aux jeunes quelles sont leurs idees, leurs actions, avant de leur donner de l'information.

En resume, on constate que ce programme d'intervention se base sur une approche eclectique: feministe, humaniste, educative et socialisante qui est fondee sur "l'empowerment." Il en decoule trois objectifs generaux et plusieurs objectifs specifiques:

I. L'acquisition de connaissances

1. acquerir de l'information precise reliee a la violence conjugale et familiale

2. connaitre ses droits, ses responsabilites

3. comprendre le role de chacun des acteurs dans une situation de violence (pere, mere et le sien), ce qu'il peut faire et ce qu'il ne doit pas faire

II. Le developpement d'habiletes

1. amorcer le processus d'amelioration de l'estime de soi (se sentir bien) en travaillant sur certains aspects de la connaissance de soi (etre capable d'identifier des forces, des talents en soi et chez les autres et etre capable de les reconnaitre; etre capable de donner son appreciation et de la recevoir des autres)

2. nommer et reconnaitre des scenarios pour se proteger contre la violence conjugale et familiale (ex.: le recours aux reseaux sociaux)

3. developper des scenarios pour se proteger contre la violence lorsque la situation l'exige

4. mettre en application des scenarios pour se proteger contre la violence lorsque la situation l'exige (intervention vise plus ici a estimer dans quelle mesure ils les mettent en application par les faits qu'ils rapportent au cours des rencontres)

5. identifier et nommer ses emotions et ses sentiments et ceux des autres

6. exprimer ses emotions et ses sentiments d'une facon socialement acceptable

7. briser l'isolement en etant capable de partager avec des adultes et des pairs le vecu relie a la violence

8. developper certaines habiletes sociales (apprendre a interagir avec des pairs de facon non-violente et a se respecter mutuellement a l'interieur d'une activite de groupe)

9. identifier par le biais de situations vecues et rapportees dans le groupe, de nouvelles strategies non-violentes pour resoudre des conflits de diverses natures (ex.:interaction avec les pairs, avec les parents...) et genaralisation des acquis dans d'autres situations.

10. developper certaines techniques de base pour gerer le stress

III. Depistage

L'intervention vise aussi a identifier des jeunnes qui manifestent deja des comportements inadequats et a les diriger vers des services appropries.

Le Savoir-faire: Le Programme d'intervention

Dans cette partie, nous parlerons de la pertinence de l'intervention de groupe, de la structure du groupe et mettrons en relation les objectifs d'intervention avec quelques unes des activites effectuees.

Le modele d'intervention de groupe

Pourquoi choisir l'intervention de groupe comme methode privilegiee en violence conjugale? Lorsqu'un enfant ou un adolescent rencontre d'autres enfants ou adolescents vivant la meme situation, plusieurs choses se passent: souvent ils realisent, et cela pour la premiere fois, qu'ils ne sont pas les seuls a vivre cette situation. Cette rencontre rompt le silence entourant le secret familial et brise l'isolement que les enfants ont vecu. Le sentiment de culpabilite et de blame face a cette violence dont ils sont les temoins est inevitablement diminue. Le groupe devient un lieu securisant ou les jeunes partagent et developpent des liens tout en recevant de leur pairs support et validation.

La structure du groupe

groupes co-animes sont offerts aux enfants, adolescents ainsi qu'a leurs meres, une fois par semaine pour un total de 12 rencontres. Les groupes ont lieu simultanement mais dans differents locaux. Chaque rencontre dure 90 minutes. Les groupes sont fermes a tout nouveau participant apres la troisieme rencontre. Les membres peuvent, s'ils le desirent, participer a une deuxieme session. Il y a une moyenne de 7 participants par groupe.

On debute tous les groupes par une discussion en faisant un retour sur ce que les jeunes ont vecu durant la semaine. Le retour de la semaine est suivi par une activite reliee au theme de la rencontre et on termine avec un exercice de relaxation. Une collation, bien appreciee de tous, est offerte aux jeunes durant la rencontre. Le deroulement peut etre modifie s'il se presente un evenement critique ou une situation de crise amenee par un jeune.

Compte tenu que chaque groupe developpe une personnalite qui lui est propre, les intervenantes doivent etre flexibles et s'adapter a la personnalite de leur groupe. En consequence, il est essentiel d'avoir en reserve de differentes activites traitant d'un meme theme.

De plus, il est tres important d'inclure dans cette structure une co-supervision de groupe reguliere pour les intervenantes qui vise les nouveaux apprentissages, un questionnement ainsi que la reevaluation des methodes utilisees. A l'interieur de cela il ne faut pas oublier de procurer a l'intervenante une validation de ses efforts ainsi qu'un support continuel. Etant donne que les intervenantes peuvent quitter les rencontres avec une charge emotionnelle tres elevee, il est primordial qu'elles puissent se reunir apres les rencontres afin de faire le point.

Exemples de quelques-unes des activites reliees aux objectifs pour les groupes d'enfants

Les 13 objectifs du programme sont regroupes en cinq themes principaux:

1. L'estime de soi

2. L'expression des emotions

3. Briser l'isolement

4. Education sur la violence et la securite

5. Les habiletes sociales

Il est important de noter que les objectifs sont travailles a chaque rencontre et que certains d'entre eux sont approfondis davantage lors de rencontres specifiques.

L'Estime de soi se traduit par une approche positive envers les jeunes. On les encourage et les complimente. Quand il y a des comportements negatifs, ceux-ci sont repris et travailles tout en faisant ressortir les capacites et qualites des jeunes.

Un exemple d'activite: "Annonce publicitaire"

On demande aux jeunes d'ecrire une publicite sur eux-memes en mettant en vedette toutes leurs qualites. Chaque jeune partage alors avec le groupe ce qu'il a ecrit. Dans un deuxieme temps on demande aux jeunes de participer a une publicite de groupe. A tour de role chaque jeune est nomme et le groupe presente les aspects positifs du jeune. Ce procede a un impact de grande ampleur sur le jeune etant donne que ces caracteristiques viennent de ses pairs. Chaque enfant ramene a la maison sa propre publicite du groupe.

L'Expression des emotions est tres encouragee a travers les jeux et les dessins.

Un exemple d'activite: "La peche aux sentiments"

Les jeunes vont a la peche et prennent des petits poissons. Sur chaque poisson est inscrit un sentiment. On demande aux jeunes de le definir et de l'appliquer a une experience personnelle.

Briser l'isolement On commence a briser l'isolement du jeune des la premiere rencontre en demandant aux participants de nous dire pourquoi ils sont la et en leur decrivant le but du groupe.

Un exemple d'activite: "Ta famille et ta maison"

On demande aux jeunes de dessiner leur maison en identifiant l'endroit ou la violence se passe et ou il se refugie pour se sentir en securite. Les jeunes sont alors encourages a decrire ce qu'ils ressentent.

Education sur la violence et sur leur securite comprend une discussion sous forme de jeu sur les mythes de la violence, la mise en oeuvre d'un scenario de protection pour les jeunes. On traite aussi de certaines dimensions de l'aspect culturel.

Un exemple d'activite: "Le cycle de la violence"

On demande aux jeunes de nommer ou dessiner les quatre saisons de l'annee et de decrire leurs caracteristiques. Par la suite, les jeunes identifient les changements entre les saisons. La co-animatrice decrit le cycle de la violence en le dessinant et demande aux jeunes de faire le lien entre les changements de saison et le cycle.

Habiletes sociales Des la premiere session, on touche aux habiletes sociales en etablissant les regles du groupe avec les membres et les consequences encourues si ces regles ne sont pas respectees.

Un exemple d'activite: "Resolution de conflit"

Avec des scenarios et des jeux de role, les jeunes determinent quelle est la facon la plus positive pour resoudre le conflit.

Cette description illustre quelques activites pour les groupes d'enfants. Les groupes d'adolescents maintiennent la meme structure et les memes themes que les groupes d'enfants avec des activites adaptees a leur groupe d'age.

Meme s'ils n'ont pas ete abordes, la dynamique de groupe, le role de l'intervenante ainsi que les solutions aux difficultes rencontrees sont des aspects importants dont il faut tenir compte tout au long du processus d'intervention. La presentation des activites en regard des objectifs du programme nous illustre bien que l'intervention de groupe, qui n'exclu pas le suivi individuel, s'avere tres pertinente pour repondre aux besoins de ces jeunes, qu'il s'agisse de partager un vecu lourd en emotions ou d'experimenter des relations sociales non-violentes.

L'evaluation de l'intervention de groupe

L'evaluation comporte deux aspects; d'une part, la correspondance entre le modele theorique et le processus d'intervention afin d'ameliorer le programme ("monitoring") et d'autre part, l'atteinte des resultats minimaux escomptes chez les participants tels que le developpement de certaines habiletes et l'acquisition de connaissances specifiques a la problematique. La collecte de donnees s'etend sur deux sessions d'une duree de 12 semaines chacune. Chaque session comprend 4 groupes d'intervention, deux groupes pour les enfants et deux groupes pour les adolescents. Procedant actuellement a la cueillette de donnees, nous vous presentons quelques elements de la methodologie et des resultats preliminaires concernant les entrevues pre-groupe de la periode de preexperimentation des instruments.

Elements de la methodologie

Les instruments de mesure comprennent un questionnaire et deux grilles. Le questionnaire, en plus de dresser un profil de la clientele, evalue les connaissances et les attitudes des jeunes par rapport a la violence familiale. Une premiere grille mesure l'atteinte des objectifs d'intervention et la seconde grille evalue l'application du modele d'intervention. Les enfants repondent au questionnaire lors d'une entrevue individuelle faite avec une observatrice au debut et a la fin de l'intervention de groupe. Les adolescents repondent personnellement tout en etant supervises par une observatrice. Une observatrice est presente dans chacun des groupes pour proceder a la cueillette de donnees au moyen des deux grilles d'observation.

Quelques resultats tres preliminaires

Nous vous presentons un bref profil des jeunes qui ont participe a l'intervention de groupe au CJF Batshaw a l'autonne 1994 durant la periode de la pre-experimentation des instruments de mesure qui seront utilises pour evaluer l'application du programme et l'atteinte des resultats minimaux. Les quatre groupes etaient constitues de 23 participants dont treize enfants et dix adolescents. Les enfants sont ages de six a douze ans avec une moyenne d'age de neuf ans. Les adolescents sont ages de treize a dix-sept ans avec une moyenne d'age de quinze ans. En ce qui a trait au contact avec l'agresseur, trois enfants et deux adolescents vivaient encore avec la personne violente. Sept enfants et quatre adolescents vivaient separes de l'agresseur mais le voyaient encore. Trois enfants et un adolescent n'avaient aucune relation avec lui, alors que trois adolescents ne communiquaient avec lui que par telephone.

Nous avons releve une variete de situations de vie concernant les adultes au foyer (parents, grand-parents, deuxieme conjoint, ami, etc.). Trois enfants et deux adolescents vivaient avec leurs deux parents biologiques, quatre enfants et un adolescent vivaient seulement avec leur mere, trois enfants et deux adolescents vivaient avec leur mere et leur beau-pere; deux adolescents vivaient avec leur pere et leur belle-mere. Un enfant et un adolescent vivaient avec leur mere et un autre adulte.

Nous avons egalement pose aux participants des questions sur leurs perceptions de la dynamique de la violence [voir le tableau 2]. A la question sur leur sentiment d'etre responsable, 39% des jeunes ont repondu qu'ils croyaient etre parfois responsables de la violence a la maison. Soixante et un pour cent croyaient que si leur mere changeait de comportement, la violence prendrait fin. Parmis les repondants quelques-uns ont mentionne qu'elle "pourait le quitter". Trente pour cent des jeunes etaient d'avis que s'ils changeaient de comportement, la violence envers leur mere prendrait fin. Vingt et un pour cent des jeunes ont repondu qu'ils croyaient que la violence dont leur mere etait victime de la part de son partenaire pouvait etre justifiee pour certaines raisons, enre autres pour se proteger. Fait interessant, il y a eu une difference importante selon le sexe pour cette reponse: aucune des filles n'etait d'accord avec cet enonce, alors que 40% des garcons repondaient par l'affirmative. Vingt et un pour cent des jeunes interroges ont declare que la violence de leur mere a l'endroit de son partenaire pourrait etre justifiee. Pour cette question, la difference selon le sexe est aussi notoire: aucune fille n'etait d'accord avec cette affirmation, tandis que 40 % des garcons etaient d'accord.

Ces resultats, meme preliminaires, confirment l'importance d'intervenir

 Tableau 2: QUELQUES PERCEPTIONS DE LA VIOLENCE CHEZ LES PARTICIPANTS

 REPONSES AFFIRMATIVES
 GARCONS FILLES LES DEUX
 (11) (12) (23)


Enfants qui pensent qu'ils sont parfois 36% 42 % 39 %
responsables de la violence du parte-
naire de leur mere.

Enfants qui pensent que si leur mere 63 % 50 % 61 %
changeait de comportement la violence
de son partenaire cesserait

Enfants qui pensent que s'ils 30 % 30 % 30 %
changeaient de comportement, la vio-
lence du partenaire de leur mere envers
elle cesserait.

Enfants qui pensent que la violence du 40% 0 % (1) 21 %
partenaire de leur mere envers elle est
legitime, s'il y a une bonne raison.

Enfants qui pensent que la violence de 40 % 0 % (1) 21 %
leur mere envers son partenaire est
legitime, s'il y a une bonne raison.


(1) Difference de sexe significative d'un point de vue statistique,


jusqu'a,01.

aupres de ces jeunes pour modifier leurs perceptions de la violence. En effet, presque la moitie d'entre eux se croient parfois responsables de la situation de violence et l'on constate une forte tendance chez les garcons a croire que la violence est justifiee. Par contre, du a la nature restreinte et des caracteristiques particulieres de notre echantillion (clientele d'un centre jeunesse) nos resultats ne sont pas generalisables. (3)

Conclusion

L'attention et les ressources portees aux femmes victimes de violence conjugale nous ont amene a considerer de plus pres le vecu des enfants vivant cette situation. Ainsi, nous avons pu nous rendre compte que les enfants sont tres conscients de la situation de violence conjugale qui sevit dans leur famille, lorsqu'ils n'en sont pas eux-meme victimes a leur tour.

Il va sans dire que le fait de vivre cette situation entraine des consequences negatives. La plupart des enfants developpent des problemes d'exteriorisation et d'interiorisation de leurs emotions. Il semble que ces effets sont plus marques chez les enfants a la fois temoins et victimes et qu'ils soient aussi variables en fonction de l'age, du sexe et du degre d'adaptation de l'enfant aux situations stressantes.

Le programme developpe par les intervenantes du CJF Batshaw s'adresse aux meres, aux enfants et adolescents. Le modele d'intervention est base sur une approche eclectique: les principes d'intervention s'inspirent de certains fondements theoriques et ideologiques provenant de la perspective feministe, des theories du developpement de l'enfant, de l'impuissance apprise et de l'apprentissage social. La perspective humaniste, de son cote, est au centre du processus d'intervention.

La presentation des activites du programme permet de mieux saisir comment les objectifs d'intervention sont actualises dans les groupes. On constate que les activites sont dynamiques, font participer les jeunes et favorisent l'expression du vecu de violence et l'apprentissage de nouvelles habiletes.

L'evaluation du processus d'intervention et des changements attendus chez les participants constitue l'objet de la recherche. Les quelques resultats preliminaires, supportes par l'experience des intervenantes, demontrent le besoin d'avoir un programme d'intervention pour cette clientele tres vulnerable. Le profil des participants nous montre qu'ils vivent dans une famille ou il y a ou a deja eu de la violence. Leurs perceptions de la situation vecue et leur comprehension de la dynamique de la violence nous indiquent aussi la necessite d'agir afin de les deculpabiliser et leur enseigner l'existence de relations egalitaires et non-violentes.

Encore aujourd'hui, le fait d'etre expose a la violence conjugale constitue un mauvais traitement qui ne recoit pas l'attention necessaire de la part de notre societe. De plus, les liens entre la violence conjugale et d'autres types de maltraitance chez les enfants se font de plus en plus evidents et ainsi l'on constate que plusieurs enfants qui sont maltraites par leurs parents vivent dans un milieu familial ou sevit la violence conjugale. Il importe maintenant de considerer plus globalement ces deux problemes afin de mieux comprendre le phenomene et de trouver des reponses, tant au niveau social que personnel, permettant l'amorce d'un veritable changement. Avec le compte-rendu de notre experience, nous esperons encourager le developpement des pratiques et de la recherche aupres de ces jeunes dont on ne peut plus nier la souffrance.

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1 Cet article est le compte rendu d'un atelier presente par Hoda Choueri, CJF Batshaw, Chantal Hamel, et Ann Paquet, Universite de Montreal, et Erica Penner, CJF Batshaw au congres de l'Association pour la Sante Publique du Quebec intitulee La violence faite aux femmes a tous les ages de la vie: s'allier pour la contrer, tenu a Montreal les 9 et 10 mars 1995.

(1) Compte tenu des mutiples dimensions touchees par chacun de ses facteurs, seul quelques aspects ont ete retenus afin d'illustrer l'importance et l'impact de ces facteurs.

(2) Le cycle de la violence est constitue de trois periodes differentes, d'abord celle ou la tension monte, ensuite l'evenement violent et finalement, la periode de repit ou le calme et l'amour semble se reinstaller entre les parents.

(3) En effet, les resultats obtenus lors de la preexperimentation sont un peu differents des resultats obtenus durant la periode d'experimentation aupres de neuf groupes de jeunes. Par exemple, le pourcentage de jeunes qui repondent se considerer responsable de la violence de la violence du partenaire de leur mere passe a 23%, et le pourcentage qui repondent qu'ils pourraient faire quelque chose pour changer le comportement de l'agresseur baisse a 21%. La difference entre les garcons et les filles vis a vis la justification de la violence disparait car seulement 8% repondent que le comportement de l'homme violent est justifiable et 20% des enfants et aucun des adolescents repondent qu'il est acceptable pour leur mere d'etre violente avec son conjoint. Par contre cette recherche a aussi note une difference entre certaines reponses aux questionnaire et les observations dans les groupes sur le discours et les attitudes des jeunes face a la violence.

Ces resultats nous questionnent. Sont-ils dus a un ou plusieurs des facteurs suivants: un echantillon plus large; un changement dans la population du CEJ suite a la reorganisation; une population mieux informee; au desir des jeunes de repondre de facon socialement acceptable ou a des faiblesses dans notre methode de collecte de donnees (questionnaire). Quelques-unes de ces questions sont abordees dans le rapport final de la recherche (Paquet-Deehy, Proulx, Hamel, et Choueri 1997).
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Author:Ann Paquet, et autres
Publication:Resources for Feminist Research
Date:Jan 1, 1998
Words:7346
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