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Prevenir l'exurbanisation: le Plan Greber de 1950 pour Montreal [1].

Resume

Cet article Presente un projet allant a contre-courant de la tendance de fond qui, sous la poussee des forces centrifuges, allait engendrer une forme urbaine eclatee comme modele de croissance dans la region de Montreal. Dans son projet, Jacques Greber privilegie la consolidation du tissu urbain, en suggerant une urbanisation continue et centree qui rappelle le design d'une agglomeration fonctionnant sous l'impulsion d'une force centripete dominante, ici le port de Montreal et les activites connexes de l'industrie. En enfermant les zones desservies dans des perimetres d'agglomeration, une pratique codifiee par la loi a la fin des annees 1970 (LAU),Jacques Greber voulait proteger les espaces libres et les terres agricoles contre un envahissement incontrole. Meme si ses propositions semblaient etre venues tard pour empecber la saignee demographique de Montreal, la ville-centre, elles arrivaient cependant a point pour l'ile de Montreal et ses environs ou l'urbanisation etait encore tres limitee. En l'absence du rapport explicatif du plan Greber pour Montreal (1950), son interpretation est faite sur le plan theorique, en reference aux principes de la Charte d'Athenes; et sur le plan methodologique, par rapport aux autres plans de Jacques Greber pour les regions d'Ottawa et de Quebec. Le caractere detaille des plan et rapport d'Ottawa (1950) et la precision du rapport du plan man quant de Quebec (1956), tous deux contemporains au projet de Montreal, justifient leur utilisation comme base d'analyse de celui-ci.

Abstract

This paper is a case study of a project that runs counter to the belief that urban sprawl is the unique model of growth for Montreal, a belief based on the concept that its burgeoning centre exerts a centrifugal force that must necessarily engulf the outlying region. Jacques Greber's plans provide a functional alternative by which those very elements of the urban fabric that give rise to a unified and human-centred urban agglomeration can have the opposite effect of creating centripetal forces of attraction, centred inward toward the port of Montreal and its related industrial activities. Accordingly, by creating urban neighbourhoods within a perimeter of the services that supply these nodes, a practice adopted toward the end of the 1970s (LAU), Jacques Greber has attempted to protect open and agricultural spaces against uncontrolled invasion. Consequently, even if his proposal appears to have arrived too late to prevent the demographic spillover from Montreal region's urban core, it was nonetheless very time ly for the Island of Montreal and surrounding area, where urban growth was still very limited. However, in the absence of the explanatory report of this plan, its interpretation is based on the theoretical framework of the Athens Charter, and methodologically, to other Greber plans for Ottawa (1950) and Quebec (1956). The detailed plan and report for Ottawa, and the accuracy of the report for the missing Quebec plan, which appeared at the same time period as the Montreal plan, justify their use as a basis for this analysis.

Introduction

Au moment ou Ottawa fetait le cinquantenaire du projet d'amenagement de la capitale nationale propose par Jacques Greber, il nous paraissait necessaire, compte tenu du debat actuel sur la regionalisation, de rappeler d'autres projets a contenu canadien etudies par cet urbaniste francais [2]. En effet, le projet d'amenagement de Quebec et sa region et le plan d'ensemble de l'etat futur a Montreal rappellent tout autant la contribution de M. Greber au rayonnement de l'amenagement urbain et regional au Canada ou il a marque l'urbanisme de facon decisive. Cependant, hormis ses travaux a Ottawa ou le plan d'amenagement est abondamment documente et accompagne d'un rapport bien detaille, on se trouve aujourd'hui, pour ses etudes a Montreal et a Quebec devant une symetrie renversee. II existe un plan pour Montreal, sans rapport d'accompagnement, tandis que le plan manquant de Quebec est confirme par l'existence d'un rapport bien explicite [3].

Meme s'il est possible d'analyser les deux projets separement, nous avons prefere nous pencher dans cet article sur le projet de Montreal, que nous appellerons ci-apres plan Greber pour Montreal. Ce choix est justifie par le fait que celui-ci est reste pratiquement inconnu jusqu'a present, et qu'il serait probablement le premier plan d'urbanisme couvrant l'ensemble de l'lle de Montreal [4]. Meme si ce projet ne fut jamais applique dans son ensemble, certaines recommandations de Greber faites dans le cadre d'etudes sectorielles ont ete considerees [5].

Contexte de la pratique de l'urbanisme et genese d'un plan directeur a Montreal

Dans l'histoire recente de l'urbanisme, l'essor industriel et l'avenement de l'automobile avaient ouvert une nouvelle ere dans la pratique de l'urbanisme, contribuant, dans le cas de l'automobile, a l'explosion des activites urbaines hors des secteurs traditionnels de la periode industrielle. A cette epoque, du fait que les facteurs primaires de la localisation industrielle (la main-d'ceuvre, le capital et le marche) se trouvaient dans les centres urbains, ceux-ci etaient des points focaux des usines. Ces dernieres, une force centripete liee aux systemes de transport (rivieres, canaux et rail), etaient localisees la ou les matieres premieres et les ouvriers pouvaient etre amenes ensemble, les secteurs residentiels etant situes dans les environs immediats des industries. Cette structure concentree dans une trame urbaine generalement orthogonale, etait par consequent caracterisee par la congestion des voies de circulation au centre. Une methode significative de decongestionnement consistait a etendre la ville p ar le deploiement du reseau ferroviaire en bordure de celle-ci [6].

Cette pratique propre a l'univers de la vile industrielle a subsiste jusqu'a l'avenement de l'automobile (1920-1930) qui, avec le concours du secteur prive, allait favoriser des developpements peripheriques inspires du modele deconcentre du plan de Radburn, au New Jersey (1928) [7]. Dans le contexte montrealais, sous la poussee du laissez-faire, une force qui consentait a chaque portion du territoire de se developper par elle-meme en accord avec les lois du marche, il commencait a se developper une forme urbaine eclatee, differente de celle de l'univers de la ville industrielle. C'est dans ce contexte qu'en 1941, une loi provinciale permit a la ville de Montreal de se doter d'un service d'urbanisme pour assurer l'ordre dans l'usage et le developpement du sol. Malgre l'absence forcee du maire de l'epoque [8], le conseil municipal adopte le reglement numero 1682 qui consacre la creation du service d'urbanisme et lui permet d'oeuvrer sur le meme pied que les autres services municipaux [9].

Le nouveau service, avec ses trois divisions (administration generale, inspection des batiments, et plan directeur) etait conscient que la situation geographique de Montreal et sa region qui, en plus d'un port de mer a une croisee de chemins de fer, de grands reseaux routiers et aeriens, ne pouvait que prevoir un avenir plein de progres. Fort de cet acquis, le service se donne aussitot deux objectifs. Le premier, court terme, consistait a regler les problemes courants tels que l'ouverture, l'elargissement ou la fermeture des rues, la delivrance des permis de construction, la constitution du dossier urbain, etc. Tandis que le deuxieme objectif, a long terme, reposait sur la preparation d'un plan directeur et d'un rapport exposant les principes de celui-ci. Devant l'ampleur du travail a accomplir, le service d'urbanisme fait appel aux consultants de renom, comme l'etait deja Jacques Greber [10].

L'entree en scene de Jacques Greber et la confection du plan directeur pour l'lle de Montreal

Des avant la Deuxieme Guerre, Jacques Greber avait ete invite a Montreal pour une conference a l'ecole polytechnique de Montreal en 1934 [11]; une annee plus tard, il signait un plan pour une cite-jardin dans le quartier Ahuntsic dans le nord de la ville de Montreal [12]. Cette derniere ne lui etait donc pas etrangere. alors meme qu'il etait engage en 1937 par le gouvernement federal pour l'amenagement de la region de la Capitale nationale. Apres la guerre, sur recommandation de Aime Cousineau, directeur du service d'urbanisme, Jacques Greber est engage par le Conseil executif de la ville de Montreal pour des etudes relatives au plan directeur [13].

Au moment ou il entre en scene, une esquisse preliminaire du plan directeur, intitulee Urbanisation de Montreal etait deja completee [14]. Cette esquisse etait realisee sur base du dossier urbain qui couvre des domaines aussi varies que la geologie, la topographie, l'hydrologie, le climat, l'histoire et le developpement industriel et commercial de la region metropolitaine. Convaincu que l'etude d'un plan d'amenagement d'une ville-centre ne serait ni valable ni justifiable si elle n'etait precedee d'une etude sur le plan regional [15], Greber s'appuiera sur l'expertise locale pour developper un plan directeur couvrant l'lle de Montreal [16].

La description du plan Greber pour Montreal

Le plan directeur livre a la ville de Montreal par Jacques Greber en avril 1950 est un portrait de dimensions considerables [17]; il montre les possibilites d'extension de l'agglomeration de Montreal et de coordination du developpement des diverses municipalites qui la composent (voir figure 1). Si l'on se refere au cadre territorial actuel, le territoire couvert par ce plan inclut l'lle de Montreal; celle de Laval; et en totalite ou en partie, les MRC de Mirabel, Deux-Montagnes, Therese-De-Blainville, Les Moulins, dans la couronne nord; et celles de Lajemmerais et Champlain dans la couronne sud.

Sans date apparente, le plan Greber de Montreal porte un titre bilingue lle de Montreal, Plan d'ensemble de l'etat futur et Isle of Montreal, Comprehensive Plan, Proposed Layout figurant en haut du plan, de part et d'autre de l'ecusson representant les armoiries de la ville de Montreal.

C'est une aquarelle d'une superficie totale de 15,00 [m.sup.2] (150 [pi.sup.2]) environ, dessinee sur papier dur a l'echelle 1/12,000 (1,000 pieds au pouce), et composee de 10 sections. Quatre de ces sections sont des dimensions de 0,90 m par 2,87 m; quatre autres de 0,90 m par 1,37 m; et deux dernieres sections, representant la meme legende, en francais et en anglais, mesurent chacune 0,28 m par 2,05 [m.sup.18]. Hormis les delimitations physiques causees par la presence des cours d'eau, le plan ne fait mention d'aucune limite administrative entre les municipalites existantes [19].

En plus de sa taille inusitee, le plan Greber pour Montreal presente aussi la particularite de ne pas etre accompagne d'un rapport explicatif [20]. Celui-ci est d'ordinaire un document qui complete le plan, d'abord par la demonstration explicite des avantages qui en decouleront pour toute la communaute, ensuite par l'explication du choix du trace des rues et/ou leur elargissement, et enfin par la justification des options d'amenagement des parcs et terrains de jeux, ainsi que celle du zonage. Dans la pratique contemporaine de l'urbanisme, le rapport d'accompagnement d'un plan directeur est generalement suivi des instruments de sa mise en oeuvre. Ceux-ci se presentent sous forme des reglementations dans les domaines du lotissement, du zonage et de la construction.

La methode d'interpretation du plan Greber pour Montreal

En l'absence du rapport d'accompagnement, l'interpretation du plan Greber pour Montreal est limitee, d'une part, a la lecture faite a partir de sa legende, et d'autre part, a la lumiere des conventions en vigueur et la clarte d'autres projets etudies a la meme epoque. Nous nous servirons donc des principes de la Charte d'Athenes comme base theorique, et du projet d'amenagement de la capitale nationale (Ottawa) et de celui de Quebec et sa region, comme references methodologiues [21].

L'appilcation des principes de la Charte d'Athenes comme reference theorique est legitimee, dun cote, par son caractere contemporain par rapport au plan Greber pour Montreal, et de l'autre, par la forte influence qu'elle a exercee sur la profession d'urbaniste jusqu'a recemment. La particularite des principes de cette charte est d'avoir prone la separation des fonctions urbaines majeures, habiter, travailler, se recreer le corps et l'esprit, et circuler [22]. C'est d'elle donc que sont issus le zonage et la separation des circulations. Elle condamnait donc la ville contemporaine en lui opposant la fonctionnalite d'une ville ideale, radieuse et rationnelle. Ainsi, suite aux mefaits de l'industrialisation sur les milieux urbains, la promotion que la Charte d'Athenes fit de l'hygiene et de la sante temoignait de l'importante place qu'elle accordait la nature (air, soleil, verdure) dans le cadre urbain.

L'utilisation du projet d'Ottawa (1950) dont le plan et le rapport sont abondamment detailles, et de celui de Quebec(1956) caracterise par la precision de son rapport, comme references methodologiques est justifiee, pour leur part, par le fait que ces plans ont ete realises par un meme auteur, et qu'ils sont en plus, comme la Charte d'Athenes, de la meme epoque que le plan Greber pour Montreal (1950).

Le projet d'Ottawa [23] est celui qui a consacre la reputation de Greber au Canada [24], Etudie pour faire de la capitale federale un symbole national, ce plan recommandait le maintien de la position dominante de la Colline du Parlement et la decentralisation des complexes a bureaux du gouvernement federal entre le centre et la peripherie. Cette decentralisation est toutefois accompagnee de la prevention d'une urbanisation excentree le long des voies de circulation, par la creation d'une ceinture de verdure. Concu dans une attente de grandissante croissance demographique et economique, le plan d'Ottawa etait destine faire de la capitale nationale une ville de haut niveau international.

Quant au projet de Quebec [25], il fut concu la suite de la degradation de l'environnement urbain [26]. En l'absence d'un organisme pourvu des pouvoirs necessaires pour en assurer la realisation, ce projet ne representait qu'une etape dans la recherche d'une solution d'ensemble pour l'amenagement de la ville et de ses environs. Ainsi fut etabli, dans ses grandes lignes, le schema des possibilities d'amenagement et de fonctionnement d'un large territoire appele a s'urbaniser.

Interpretation du plan Greber pour Montreal

Il est important de remarquer d'abord que le gros de l'urbanisation sur l'lle de Montreal se situait a l'epoque entre le boulevard Cremazie au nord, la zone portuaire au sud, les alentours de l'autoroute 25 a l'est, et la ville de Lachine au sud-ouest, selon le rapport preliminaire du plan directeur (1944) [27]. Les problemes urbains naissants de ce temps etaient l'exurbanisation et la motorisation, problemes que connaissait deja Jacques Greber, l'un des premiers urbanistes francais a avoir l'experience americaine [28]. En somme, Montreal sortait de la Depression, et la relance economique engendrait une plus grande mobilite; l'automobile s'imposait donc de plus en plus, tandis que le tramway commencait ceder la place a l'autobus pour le transport des masses.

A la suite de l'importante migration interieure et exterieure vers Montreal et du developpement industriel qui s'accelerait, le reseau routier, non adapte celui-ci, engendrait une circulation alourdie qui necessitait des nouveaux amenagements. Le phenomene de l'etalement urbain, resultat du developpement economique et technologique, et de l'impact demographique grandissant, atteignait deja les autres municipalites de l'ile. L'lle Jesus (Laval) commencait alors a s'urbaniser autour des ponts Viau et Lachapelle, comme c'etait le cas sur la rive sud, autour des ponts Jacques-Cartier et Victoria [29]. Cet engouement naissant pour la peripherie suppose evidemment qu'au moment de sa livraison, le plan Greber ne pouvait pas faire grand chose pour la ville-centre, mais qu'il venait point pour l'urbanisation encore tres limitee sur l'lle de Montreal et dans ses environs.

Devant cette tendance a l'exurbanisation, dans une structure spatiale encore concentree, il fallait preparer au plus tot un plan d'ensemble qui reponde aux besoins de la metropole d'une part, et qui oriente en meme temps les tendances de developpement de sa region, d'autre part. La prise en compte des elements d'ordre culturel (reve d'une maison uni-familiale isolee en peripherie); technologique (tendance a la generalisation de l'utilisation de l'automobile); et demographique (taux eleve de natalite et fortes migrations internes et externes); aurait pu inspire l'etude d'un projet different d'une organisation spatiale du genre ville industrielle que Greber remettra a jour pour la region. Concu pour cinq millions d'habitants [30], le plan Greber pour Montreal propose un schema concentre, continu et restreignant pour des activites urbaines en dehors des secteurs desservis. Ses grandes affectations du sol reprennent neanmoins les recommandations de la Charte d'Athenes en ce qui concerne le regroupement des activi ties de meme nature sous les fonctions urbaines majeures habiter, travailler, se recreer le corps et l'esprit et circuler.

Premierement, une ville doit fournir, aux meilleurs endroits, les espaces requis pour l'habitation. Ces espaces residentiels, selon les besoins, regroupent des maisons isolees. contigues ou des immeubles dappartements, en des zones de basse, moyenne ou haute densite (Charte d'Athenes, recommandations 23-25).

A la lumiere de sa legende, le plan Greber pour Montreal situe le seul secteur residential de haute densite, au sud du mont Royal, entre la rue Sherbrooke au nord, le vieux port au sud, et les avenues De Lorimier a l'est et Atwater a l'ouest. C'est un quadrilatere d'a peu pres 13,00 [km.sup.2] qui inclut le centre des affaires du Vieux-Montreal. Les secteurs de moyenne densite sont dominants lest du mont Royal, entre le boulevard Cremazie au nord et la rue Sherbrooke au sud, les boulevards Pie IX a l'est et Saint-Laurent a l'ouest. Ces densites residentielles, a la lueur du rapport Dozois [31] quelques annees plus tard, expliquent la volonte de renovation urbaine des secteurs centraux par l'eliminaiton des taudis et des logements insalubres. Soit plus de 25,000 unites qui ne repondaient plus aux exigences de l'hygiene.

En dehors de la ville de Montreal, a LaSalle, Lachine et Verdun, au sud-ouest de l'ile, l'habitat residential est de moyenne densite. Les autres principaux secteurs habites appartiennent a la categorie des zones de basse densite, c'est le cas de Westmount, Hampstead, Cote-Saint-Luc, a l'ouest du mont Royal; Outremont, Mont-Royal, au nord-est du meme mont;

Senneville, Sainte-Anne-de-Bellevue, Baie-d'Urfe, Beaconfield, Pointe-Claire et Dorval, le long du fleuve; et Sainte-Genevieve, Pierrefonds, Roxboro, le long de riviere des Prairies.

Sur I'lle Jesus (Laval), cause du caractere rural de la majorite de ses localites, aucun secteur n'est retenu comme zone de haute densite residentielle. La vingtaine de ses localites sont identifiees comme des zones baties en ordre discontinu. Meme les secteurs entourant les ponts Viau et Lachapelle, malgre leur relative importance par rapport aux autres villages de cette ile, gardent les allures d'une occupation residentielle de basse densite.

Dans la lointaine couronne nord, le vaste plateau qui va jusqu'a Saint-Jerome n'est pas developpe dans les previsions de Greber. C'est un immense espace vert, parseme de quelques petites communautes rurales. Tandis que sur la rive sud, a part les municipalites de Longueuil et Saint-Lambert ou l'urbanisation est significative et de moyenne densite residentielle, l'occupation residentielee du reste de ce territoire est de basse densite. Les ilots habites y sont restreints, de Kahnesatake sur le bord du Saint-Laurent jusqu'a Saint-Hubert, via Boucherville.

Pour empecher l'urbanisation hors des secteurs desservis, Greber circonscrit les zones habitees dans des perimetres d'agglomeration, une pratique qui sera codifiee plus tard par la loi [32]. De plus, la structure des aires residentielles peripheriques est faite des unites de voisinage, avec chacune un centre commercial et un parc au centre. A l'instar de Ia ceinture verte d'Ottawa, les perimetres d'agglomeration sont des limites clairement definies qui previennent l'extension tentaculaire et lineaire des constructions en bordure des routes [33]. La consolidation de l'espace a l'interieur des perimetres d'agglomeration est fortement encouragee avant l'envahissement des espaces qui leur sont adjacents, tel que suggere dans le projet de Quebec ou le peuplement dans d'autres sites n'etait envisage qu'apres la saturation des secteurs centraux [34]. Ainsi, tant au centre de l'lle de Montreal que sur la rive sud, Greber respecte la structure urbaine existante, ne prevoyant d'expansion residentielle que dans les abor ds immediats des quartiers habites, lesquels avoisinent les secteurs industriels dont ils sont separes par un ecrean de verdure.

En comparant le plan Greber la realite du developpement subsequent de la region de Montreal, il est clair que les forces centrifuges (l'utilisation de l'automobile, l'abondance de l'espace et le bas prix du sol en peripherie, etc.) ont prevalu sur les forces centripetes (proximite des services et des lieux de travail, etc.), comme l'avait etudie Hans Blumenfeld [35]. Au moment ou Greber livrait son plan, l'urbanisation avait deja stimule la croissance de la population et l'expansion des fonctions urbaines sous l'impulsion du processus de suburbanisation. La forme urbaine eclatee de la region de Montreal en 1996 [36] s'oppose radicalement au developpement concentre de type ville industrielle propose par Jacques Greber en 1950. Alors que la population de la region croissait de 126% entre 1951 (1,471,851 habitant) et 1996 (3,326,510 habitants), le territoire urbanise bondissait de 580 [km.sup.2] a 4024,21 [km.sup.2] pendant la meme periode, une augmentation de 593%. A la lumieree du tableau 1: A, cette expansion de la region s'est faite au detriment de la ville-centre qui, entre 1971 et 1981, a connu la perte de plus de 200,000 habitants.

Deuxiemement, une ville doit egalement fournir des endroits appropries les espaces requis pour le travail et les services urbains (Charte d'Athenes, recommandations 46-50).

Selon la legende, les facilites commerciales sont localisees dans les secteurs des affaires et le long des arteres tres frequentees, dans les noyaux consolides. Les magasins et les centres municipaux de quartier, repondant des besoins purement locaux, sont proximite de la clientele desservie, comme on peut le constater dans tous les ilots residentiels. Greber respectera egalement les institutions existantes, les batiments publics, tels que les ecoles et les edifices administratifs qui avoisinent les quartiers residentiels.

Ainsi, la fonction travailler, en plus de l'industrie, s'articule autour de nouveaux centres commerciaux et des batiments publics places sur les terrains d'extension future, a l'interieur des perimetres d'urbanisation. Cette proximite avait pour objectif evident d'eviter les inconvenients de grandes distances, tels que le surcroit de fatigue et les pertes considerables de temps, entre les quartiers des affaires, les zones residentielles et les sites industriels. Ceux-ci sont consolides pres des facilities de transport, tel le chemin de fer le long duquel leurs extensions sont remarquables. En plus des sites du port de Montreal et ceux qui longent le canal Lachine, Greber renforce la decentralisation industrielle en preconsiant l'extension des sites industriels situes a la ville LaSalle au sud-ouest; a Saint-Laurent et Saint-Leonard au nord; et a Montreal-Est dans l'est de l'ile. Sur la rive sud, la ville de Longueuil dont le noyau urbain etait suffisamment remarquable, ecopait egalement d'une extension indust rielle dans son secteur sud, le long de la ligne de chemin de fer, dans l'axe du pont Victoria.

En plus de la prevision des travaux qui suggerent la Voie maritime a cote de l'ile des Soeurs, Greber propose le renforcement des activites portuaires par la construction de sept nouveaux quais localises en face des iles Boucherville, de part et d'autre de l'actuel tunnel Louis-H-Lafontaine. II montre que les activites portuaires et celles de l'industrie constituaient une force centripete dominante dans une structure spatiale evoquant le developpement selon le modele concentrique de Burgess (1925).

Troisiemement, une ville se doit de fournir des espaces judicieusement distribues pour les loisirs, et repondant aux besoins de tous les ages (Charte d'Athenes, recommandations 35-40).

Tout en rappelant l'idee anglo-saxonne de la nature en ville, l'abondance de la verdure dans les propositions de Greber demontre son souci de preserver les espaces libres et les terres agricoles contre l'envahissement des activites urbaines. En effet, l'interieur des terres dans l'est et l'ouest de l'lle de Montreal, la presqu'entierete de l'lle de Laval, l'immense etendue des plaines vers les Laurentides et des portions significatives de la rive sud du Saint-Laurent, sont gardees comme des terres agricoles. De plus, le plan Greber pour Montreal se montre respectueux des rivages des cours d'eau et des littoraux dans le developpement des unites de voisinage. A ces larges espaces verts s'ajoutent ceux, restreints, qui existent a l'interieur des secteurs habites.

Une meme couleur (vert fonce) identifie dans la legende les nombreux espaces proposes pour les sports, les jeux, les zones non ""Edificandi, et ceux reserves a l'agriculture. On peut comprendre qu'en conjugaison avec le parc du mont Royal, la place preponderante et tres evidente de la fonction se recreer le corps et l'esprit etait destinee a faire jouer aux autres espaces libres differents roles. Au fur et a mesure de la croissance urbaine, ils seraient appeles a un role, soit recreatif (terrains de jeux, de sport), soit utilitaire (terrains de stationnement), soit ornemental (parcs, squares, jardins publics), ou soit encore les deux derniers roles, utilitaire et ornemental, comme le jouent habituellement les places publiques [37].

Enfin, la prosperite d'une agglomeration passe par la facilite de transport, rapide et securitaire, des personnes et des biens a travers tout son territoire. II faut dono la presence des reseaux appropries de communication pour la circulation interurbaine, le trafic des trajets urbains, et les mouvements locaux de service a l'interieur des quartiers (Charte d'Athenes, recommandations 59-64).

L'examen du trace des voies de communication du plan de Montreal revele que le deploiement du reseau routier etait destine a repondre a un certain nombre des preoccupations, en plus du trace ferroviaire qui semble plus destine au transport des marchandises qu'a celui des personnes. II fallait d'abord doter la structure urbaine d'un systeme rapide de degagement de la partie centrale et de decongestionnement des voies commercantes. Les boulevards Decarie, Saint-Laurent, Pie IX, Dorchester et Cremazie; les avenues du Parc, De Lorimier et Rachel; et la rue Sherbrooke etaient destinees a jouer ce role. Ensuite, a cause de leur localisation le long des voies ferrees, il fallait faciliter aux industries l'acces au reseau routier, et controler le transport lourd au voisinage des gares et du port. Le reseau de grandes voies propose, presage de la construction du boulevard Metropolitain, avec l'autoroute 20 et la rue Notre-Dame qui vont d'est en ouest de l'lle de Montreal etaient pressenti pour cette affectation. Enfin , il etait necessaire de conserver un lien entre le noyau urbanise et la peripherie, d'une part; et entre les multiples ilots d'etablissement humain, d'autre part. Les differentes voies servant de liaison avec les ponts Victoria, Jacques-Cartier et Mercier sur le fleuve, et les ponts Pie IX, Ahuntsic, et Lachapelle, sur la riviere des Prairies, assuraient le contact recherche avec les localites eloignees. A l'interieur de nouveaux developments residentiels, les rues devaient etre trcees de facon a eloigner la grande circulation, et ne servir qu'au trafic local [38], afin d'y maintenir la securite, le calme et stabiliser les valeurs foncieres, un objectif poursuivi par Greber, tant a Ottawa qu'a Quebec [39].

Sans etre hierarchise dans la legende [40], et trace sur un reseau generalement orthogonal, le systeme de circulation du plan Greber pour Montreal est concu dans la tradition des Beaux-Arts, ainsi que l'ont ete les projets d'Ottawa et de Quebec. Cette tradition est assez reconnaissable a l'amenagement des ronds points aux intersections des principales arteres de communication (les boulevards Henri-Bourassa, Cremazie, Decaire, Saint-Laurent). Une conception qui fait de celles-ci des voies ornementales qui creent une composition monumentale dans le paysage urbain, et qui avec les voies en diagonales dans les districts non batis, rappellent les principes de l'urbanisme haussmanien [41].

De plus, par l'integration des aspects paysagers de la planification esthetique, le design du plan Greber pour Montreal suggere que ses previsions s'inscrivaient dans la foulee du mouvement City Beautiful qui, avec le concept Garden City and Garden Suburb, avait inspire des 1912 la creation de Town of Mount Royal (la ville de Mont-Royal) [42]. A Montreal, le mouvement esthetique avait brievement influence l'urbanisme en reclamant un embellissement urbain a la maniere de Versailles [43]. L'amenagement du parc du mont Royal par Frederick

Olmstead et la construction des edifices publics grandioses destines au bain public, au marche, au caserne des pompiers et a l'hotel de ville de l'ancienne municipalite de Maisonneuve annexee a la ville de Montreal en 1918, sont quelques-uns des impacts du mouvement City Beautiful [44]. Malgre le fait que celuici avait ete critique pour sa superficialite (negligence des contraintes de la circulation routiere et peu d'interet porte aux services publics) et surtout pour ses couts eleves pour l'embellissement urbain, la question de l'esthetique urbaine etait demeuree essentielle dans les travaux de Jacques Greber [45]. Comme demontre par le plan de 1950 pour Ottawa, ces travaux combinent a la fois le style des Beaux-Arts et une particuliere attention aux considerations d'ordre technique quant au transport et a l'utilisation du sol.

Conclusion

Le plan Greber pour Montreal est un precieux temoin de l'evolution de l'urbanisme a Montreal. Meme si ses propositions semblaient etre venues trop tard pour arreter la saignee de la ville-centre, elles arrivaient cependant a temps pour le developpement futur de l'ile de Montreal. Une realisation d'une epoque, ce plan reste inseparable du contexte de sa production, refletant par consequent les preoccupations de son concepteur. Celles-ci misaient sur la rationalisation de l'espace des qu'il est question de son utilisation pour des activites urbaines, une demarche qui resulte d'une volonte de protection des espaces libres et des terres agricoles.

En enfermant l'urbanisation a l'interieur des limites proprement definies qui rappellent les idees du mouvement Garden City [46], Jacques Greber plaidait pour une planification d'ensemble du territoire de la region et disciplinait l'utilisation du sol par un programme regulateur. Meme si celui-ci, considere sous un certain aspect, paraissait restrictif et genant pour certains interets, il allait cependant au-devant de la tendance de fond qui, dans le contexte du laissez-faire, se traduit par le processus de l'etalement urbain.

L'absence de nouveaux ponts dans les previsions du plan Greber renforce d'ailleurs l'idee de la limite imposee a l'accessibilite des espaces situes hors de l'lle de Montreal. Donc, en gageant sur le controle des valeurs urbaines a proximite du milieu rural, Jacques Greber privilegiait le developpement urbain de type consolide et la prevention de l'exurbanisation.

Cette preoccupation contraste avec la realite urbaine actuelle de la region montrealaise. Les espaces libres et les terres agricoles que Greber voulait proteger, sur l'lle de Montreal et au-dela, ont ete largement envahis, comme le montre la croissance spectaculaire des villes peripheriques, surtout a partir de 1971 (voir tableau 2).

En considerant cette forme urbaine eclatee de la region, il est clair que les propositions du plan Greber ne pouvaient satisfaire les nouveaux besoins nes de la croissance economique d'apres la Deuxieme-Guerre. Ceci s'explique en urbanisme par le fait que entre, d'une part, la recherche de nouvelles techniques de controle de la structure spatiale (la ceinture verte, le zonage, les densites, etc.) pour rendre une agglomeration vivable, et d'autre part, leur application, la base economique de cette agglomeration se transforme de plus en plus pour induire de nouvelles forces contre lesquelles les techniques finalement proposees paraissent bien souvent depassees [47].

Ainsi, les propositions du plan Greber seraient en dephasage par rapport aux changements fondamentaux qui allaient marquer de facon decisive la structuration de l'espace montrealais, comme c'etait le cas ailleurs dans les metropoles nord-americaines. Point n'est donc besoin de dire qu'en l'absence d'une volonte politique ferme, les mutations qui s'operaient dans la societe, sous l'effet du developpement technologique et de l'explosion demographique, pouvaient difficilement etre circonscrites dans une structure spatiale concentree telle que le proposait Jacques Greber pour Montreal. Son plan est donc reste fige dans le temps, proposant une organisation spatiale qui ne faisait pas necessairement l'affaire des promoteurs immobiliers, et ne rencontrait pas non plus le gout du public [48].

Jose M'Bala, holder of a master's degree in land-use management and regional development, is a Ph.D. candidate in the Department of Geography, University of Ottawa.

Notes

(1.) Une presentation de ce texte en anglais a ete faite par son auteur a la 9e Conference de l'IPHS a Espoo / Helsinki (Finlande) du 20 au 23 aout 2000.

(2.) L'idee d'ecrire cet article a emerge des recherches sur l'evolution de la planification urbaine a Montreal. A l'effet d'une exposition intitulee "Montreal en maquette", du 15 fevrier au 24 avril 1994, au Musee d'archeologie et d'histoire de Montreal ou une section du plan Greber pour Montreal etait exposee, le professeur Leon Ploegaerts au departement de geographie, Universite d'Ottawa, avait deja entame des recherches sur l'existence du rapport devant accompagner ledit plan. Par la suite, dans le cadre de nos interets sur l'etalement urbain a Montreal, les travaux de Jacques Greber constituaient un passage oblige qui merite, compte tenu du debat actuel sur la regionalisation, une analyse un peu plus fouillee.

(3.) Dans une entrevue (26 avril 2000), Gerard Michaud nous affirmait que le plan de Quebec a ete dessine Quebec, dans les locaux du Service d'urbanisme que dirigeait Roland Bedard. M. Michaud est technicien en architecture et en urbanisme (en retraite depuis plusieurs annees). Il a travaille au plan de Quebec directement sous les ordres de Jacques Greber et Edouard Fiset. Ses propos concernant ledit plan ont ete confirmes, en entretien telephonique (3 mai 2000), par George Garneau, un autre plus proche collaborateur de Jacques Greber a Quebec. Comme aux Archives de la ville de Quebec ou le plan d'amenagement de Quebec et sa region est considere perdu, ces deux auxiliaires de Greber n'ont pu nous expliquer cette perte.

(4.) Grace au professeur David Gordon de Queen's University, nous avons decouvert a la CCN a Ottawa, dans "Greber box", une photo d'un plan de la region de Montreal dresse par Jacques Greber. Ce plan, de meme echelle que celui que nous interpretons dans cet article, est moins detaille que ce dernier. Ainsi, en dehors des plans de Jacques Greber pour Montreal, nos recherches ne nous ont pas permis de trouver un autre plan, anterieur a 1950, et couvrant toute I'ile de Montreal.

(5.) Jean-Claude Marsan, Montreal en evolution (3e edition, Montreal, 1994), 340 et 394.

(6.) Dean S. Rugg, Spatial Foundation of Urbanism(Dubuque, Iowa, 1972), 22-77.

En essayant ainsi de decongestionner le centre de la ville, l'urbanisation demeurait continue et se developpait selon une structure spatiale en zones concentriques telles qu'etudiees par Ernest Burgess (1925).

(7.) Voir Clarence Stein, Toward New Towns for America (rev. ed., New York, 1969).

Contrairement a l'urbanisation continue de la structure de la ville industrielle, l'organisation spatiale du modele de Radburn laisse des larges espaces vides entre les nouvelles zones residentielles, avec un parc communautaire en leur milieu. Ce modele etait, dans la pensee de son auteur, un remede a la congestion des anciens secteurs urbains. Plus tard, beaucoup s'y sont refere pour justifier une occupation spatiale de faible densite en peripherie; ce qui conduisit a l'utilisation du terme sprawl (etalement) pour illustrer ce processus d'occupation spatiale.

(8.) Selon Paul-Andre Linteau, Breve histoire de Montreal (Montreal, 1992), 117-27, le maire Camillien Houde, apres une 3e conquete du pouvoir municipal en 1938, etait un politicien populiste qui, lors de l'eclatement du second conflit mondial dans lequel les canadiens etaient appeles a participer, s'etait oppose publiquement en 1940 a la question de conscription pour service outre-mer. Il fut alors arrete et envoye dans un camp d'internement d'ou il ne sortit qu'en 1944.

(9.) En date du 12 mai 1941, le Conseil municipal compose de 80 membres dent le maire suppleant Zenon-Hardy Lesage decretait, par reglement et conformement a la loi 5 George VI, chapitre 73, section 67, la creation du service designe sous le nom de Service d'urbanisme de la Cite de Montreal. Celui-ci fut d'abord adopte le 2 mai 1941 par le Comite executif et plus tard consacre le 19 mai 1941 par la Commission municipale du Quebec.

(10.) Urbanisme 3 (juillet-aout 1948).

En plus de Jacques Greber, Lawrence M. Orton, membre de la City Planning Commission de New York et un des premiers collaborateurs de Robert Moses, le celebre commissaire des parcs de la ville de New York; John T. Gibala, ingenieur de la division de la circulation du Service de la Police de New York; et Percy E. Nobbs, architecte et specialiste de l'habitation, ont tous travaille a l'epoque pour la ville de Montreal en pretant main forte au nouveau service d'urbanisme de la Cite de Montreal.

(11.) La mention de la conference de Jacques Greber a l'Ecole Polytechnique de Montreal en 1934 est soulignee dans son curriculum vitae. De plus, dans un texte le presentant aux chambres reunies des Communes, le 25 octobre 1945, Alphonse Fournier, le ministre des Travaux Publics d'alors le confirme en disant, "He came in 1934 to Montreal as lecturer to the Ecole polytechnique, under the auspices of the Institut scientifique Franco-Canadien".

(12.) Ce plan est intitule "Esquisse pour Cite-Jardin de Villeray, Montreal / Domaine de Saint-Sulpice", signe et date: "Jacques Greber / architecteurbaniste / S.A.G.D. - S.C. - S.F.U. / Paris, Juillet 1935".

(13.) Voir l'extrait du proces-verbal d'une seance du Comite executif de la ville de Montreal, tenue le 13 novembre 1945. Ainsi, jusque le 30 avril 1955, Jacques Greber travaillera pour la ville de Montreal, par des contrats annuels renouvelables. En plus du projet du plan directeur, il a effectue d'autres etudes speciales, tel que le plan du centre de Montreal. Un montant allant jusqu'a $ 56,000 lui fut allouee pour ses services durant cette periode.

(14.) Cette esquisse etait presentee a l'Administration municipale en Novembre 1944. En effet, sur base du dossier urbain et des phetographies aeriennes, differentes donnees etaient analysees et traitees par themes devant representer les differents aspects du plan directeur: le transport et la circulation, les zones domiciliaires, les zones industrielles, les espaces libres, etc. Ces themes seront par la suite etudies a fond et integres pour constituer finalement le plan d'ensemble.

(15.) Jacques Greber, Edouard Fiset, Roland Bedard, Project d'amenagement de Quebec et de sa region, Rapport, (Quebec, 1956), 1.

(16.) Andre Lortie, Jacques Greber (1882-1962) et l'urbanisme, le temps et l'espace de la ville (these de doctoral non publiee de l'Institut d'urbanisme de Paris, 1997), 312-4.

Jacques Greber avait toujours su composer avec ses collegues locaux dont l'implication etait determinante dans la confection du plan directeur, comme c'etait le cas Ottawa.

(17.) Cest a Paris que ce plan fut dessine. Selon une lettre, du 18 avril 1950, de Aime Cousineau, alors directeur du service d'urbanisme, a Louis Lapointe, directeur des services municipaux de l'epoque, il avait fallu la collaboration d'un grand nombre des techniciens au bureau parisien de Jacques Greber, pour completer rapidement ce plan. Celui-ci etait attendu pour les travaux de la Commission d'etude des problemes de la circulation et de transport qui allaient se tenir dans le courant de l'annee.

(18.) Meme si l'ideal aurait ete de garder a plat toutes les sections du plan, par manque d'espace cependant et compte tenu de leurs dimensions trop grandes, elles sont conservees roulees dans des cylindres de carton de 29 cm de diametre, a la division de la gestion de documents et des archives, Service du greffe de la ville de Montreal.

(19.) L'absence des limites administratives entre les differentes municipalites est due certainement a l'emploi des photographies aeriennes dans la confection du plan d'ensemble.

(20.) Les recherches que nous avons effectuees aux archives de la ville n'ont pas permis de prouver hors de tout doute l'existence de ce rapport. Au service du developpement economique el urbain, ayant succede depuis le 8 mars 1999 au service d'urbanisme, ce document est officiellement considere comme perdu. L'exposition des principes du plan dans un rapport etait conforme aux principales attributions du service d'urbanisme, et est explicitement stipule par l'article 8 du reglement n[degrees] 1682 ayant cree ce service en 1941. Cette pratique, en constante evolution depuis la Deuxieme Guerre mondiale, est consacree et codifiee depuis 1979 par la Loi sur l'amenagement et l'urbanisme.

(21.) Jocelyn Letourneau, Le coffre a outils du chercheur debutant, guide d'initiation au travail intelectuel (Toronto, 1989), 101-4.

Dans les recherches a caractere historique, un tour d'horizon des documents de la meme epoque, et la consultation d'autres ceuvres produites par un meme auteur vers a meme periode, constitue une methode reconnue et qui facilite la comprehension d'un document a l'etude.

(22.) La Charte d'Athenes (Paris, 1957), avec un discours liminaire de Jean Giraudoux.

Cette Charte, bien que contestee, est percue comme le manifeste de l'urbanisme fonctionnaliste depuis la Deuxieme Guerre mondiale. Elle a ete ecrite par Le Corbusier au nom des autres membres des Congres internationaux d'architecture moderne (CIAM). Dissolus en 1969 suite aux dissensions internes, les CIAM furent fondes en 1928, et ils reunissaient les plus grands specialistes de la ville tels que Walter Gropius, Ludwig Mies van der Rohe, Lucio Costa. Rendre la ville habitable et harmonieuse, telle etait l'exigence qui sous-tendait les 95 propositions de la Charte d'Athenes.

(23.) Selon le Rapport general du plan d'amenagement d'Ottawa, la liberation de la ville de sa gare, trop engagee dans la ville; l'importance donnee aux espaces libres; et la creation d'une ceinture verte (Green belt), etaient les principaux elements autour desquels etait bati ce projet.

(24.) Voir Les Greber, une dynastie d'artistes (catalogue de l'exposition, Musee departmental de l'Oise, Beauvais, 3 mai -- 15 septembre 1994).

(25.) Les principes de ce plan concu pour 700,000 800,000 habitants concernaient la consolidation de l'espace territoriale en regroupant les activites urbaines de meme nature; la preservation des valeurs foncieres, en restructurant les voles ferroviaires d'arrivee en ville; la creation d'un reseau de communication et d'echanges interurbains et locaux devant assurer une circulation logique et fonctionnelle entre les differents secteurs d'activites; et la mise en valeur et la protection raisonnee des elements historiques.

(26.) Une video 3/4" (24 minutes et 13 secondes) en couleur et dont la bande sonore a disparu retrace a ce sujet le portrait des quartiera Saint-Sauveur et Saint-Roch dans les annees 1950-1955. Elle montre l'etat des conflits de circulation a l'epoque ou les trains du Canadien Pacifique et du Canadien National traversaient les quartiers cantraux; ainai que l'etat de pollution avance de la riviere Saint-Charles pour laquelle une maquette de l'amenagement des barges eat proposee la maniere du canal Rideau d'Ottawa. Jacques Greber y partage la vedette avec Edouard Fiset, son adjoint, et Roland Bedard, directeur du Service d'urbanisme de l'epoque. (Service du greffe, Archives municipales, Cote: V/03400/00004).

(27.) Voir Urbanisation de Montreal, rapport preliminaire du plan directeur (Ville de Montreal, 1944).

(28.) Isabelle Gournay, "Retours d'Amerique (1918-1960), les voyages de trois generations d'architectes francais", Dans Americanisme et Modernite, l'ideal americain dans l'architecture, sous la direction de J.-L. Cohen et Hubert Damiach, (Paris, 1994), 295-315.

(29.) Paul-Andre Linteau, 129-40.

(30.) Voir La Patrie, jeudi 6 avril 1950; Herald, April 5, 1950.

Commentaires de Aime Couaineau, alors directeur du Service d'urbanisme, lors de la livraison du plan par Jacques Greber.

(31.) Voir La Presse, 9 fevrier 1956; Montreal Matin, 21 septembre 1956.

(32.) La Loi sur l'Amenagement et l'Urbanisme, L.R.Q., Chapitre A-19.1, Titre I, Section II, Contenu du schema d'amenagement.

(33.) Jacques Greber, Edouard Fiset, John M. Kitchen. Projet d'amenagement de la capitale nationale, Rapport general et atlas annexe, (Ottawa, 1951), 160.

(34.) Jacques Greber, Projet d'amenagement de Quebec et de sa region, 7.

(35.) Hans Blumenfeld, The Modern Metropolis, Its Origins, Its Growth, Characteristics and Planning (Cambridge, 1968), 61-76.

(36.) Le lecteur peut constater l'evolution de l'etat d'urbanisation a Montreal en sa referant a Jean-Claude Marsan, 312.

(37.) Jacques Greber, Projet d'amenagement de Quebec et de sa region, 47.

(38.) C'est a la lumiere de l'esquissa pour la Cite Jardin de Villaray, Montreal, dessin [n.sup.0] 2, par Jacques Greber, Juillet 1935, qua nous nous sommes fait une idee sur ca que pouvait etre l'amenagement a l'interieur des perimetres d'agglomeration hors des vieux centres urbains.

(39.) Jacques Greber, Projet d'amenagement de la Capitale nationale, 69; et aussi, Jacques Greber, Projet d'amenagement de Quebec et de sa region. 40.

(40.) La racommandation 60 de la Charte d'Athenes exige qua les voles de circulation soiant classees salon leur nature at construites an fonction des vehicules et de leurs vitesses.

Dans la projat d'Ottawa la hierarchie du reseau de circulation retient la classification habituelle: Arteres inter-urbaines, voies principales, routes de plaisance, rues et stationnement.

(41.) Jean-Claude Delorma, "Jacques Greber, Urbaniste francais", Metropolis 3, [n.sup.0] 32 (15 juillet--15 aout 1978) 49-55.

(42.) L. D. McCann, "Planning and Building the Corporate Suburb of Mount Royal. 1910-1925", Planning Perspectives 11, no. 3(July 1996) :259-301.

(43.) Walter Van Nus, The Plan-Makers and the City. Architects, Engineers, Surveyors and Urban Planning in Canada, 1890-1939 (Ph.D. thesis, University of Toronto, 1975), 134-175; et William H. Wilson, The City Beautiful Movement (Baltimore, 1989).

Le mouvamant City Beautiful s'est developpe aux Etats-Unis a partir de la fin du 19e siecle (Exposition internationale de Chicago, 1893-94) et a connu ses meilleurs jours entre 1900 et 1920. L'urbanisme esthetique, de tradition Beaux-Arts, emane de ce mouvement qui orientaif la pensee et l'action publiques vers la beaute urbaine, malgre les couts eleves que cette derniere necessitait. S'appuyant sur les concepts de l'architecture paysagiste de Olmsted, son precursseur, le mouvamant City Beautiful pronait l'amelioration visuelle de l'environnement, notamment par l'embellissement des parcs, la decoration urbaine, les boulevards plantes, les monuments magnifiques, etc., afin de stimuler la productivite et l'economie urbaine.

(44.) Paul-Andre Lintaau, Maisonneuve ou Comment des promoteurs fabriquent une ville. 1893-1918 (Montreal, 1981), 199-220.

(45.) Voir Le Canada, 16 octobra 1947, ou Jacques Greber releve l'importance de l'esthetique dans le paysage urbain lors d'une conference devant la Chambre de commerce de Jeunes reunis a l'ecole des Arts at Metiers, rue St-Denis.

(46.) Ebenezer Howard, Les Cites-Jardins de damain (Paris, 1969).

(47.) Hans Blumenfeld. 14-15.

(48.) James Lorimer, La cite des promoteurs (Montreal, 1981), 93-105.

La maison unifamiliala isolee dans un environnement pur et securitaire pour l'education des enfanta etait devenue des 1945 un reve populaire qu'une structure spatiale concentree ne pouvait aider a realiser. J. Lorimer montre qu'a la suila de la promotion de ce type d'habitat qui n'est offert qu'en peripherie de plus en plus eloignee, l'espace urbain de Montreal etait passe de 53,146 acres en 1952 a 113,284 en 1964, une augmentation de plus de 113 % en une dizaine d'annee.
Table 1 A: Evolution de la population de la region de
Montreal (000)
 Reste Ile Ile Jesus Region de
Annee Ville de Mtl. de Mtl. (Laval) Mtl.
1951 1,022 337 90 1,472
1961 1,286 557 125 2,11
1971 1,254 705 228 2,743
1981 1,019 742 268 2,828
1991 1,018 758 314 3,127
1996 1,016 767 335 3,326
B: Gradient de la densite residentielle et densite centrale
dans la region de Montreal
 Gradient de densite Densite centrale
Annee residentielle (000/[mille.sup.2]
1941 1,33 320
1951 0,64 89
1961 0,43 65
1971 0,34 51
1976 0,3 41
Sources: Statistique Canada, catalogues 92-604, 92-705,
93-901, 94-109, 95-329, 92-357-XPB; B. Edmonston, Metropolitan
Population Deconcentration in Canada, 1941-1976, vol. 10,
Canadian Studies in Population, 49-70.
Table 2 Evolution de quelques villes de la banlieue de Montreal
1951-1996
 Couronne nord
Annee Saint-Eustache Blainville Terrebonne
1951 2,615 2,981 3,201
1961 5,463 4,459 6,207
1971 9,479 9,631 9,212
1981 29,771 14,682 25,941
1991 37,278 22,679 39,678
1996 41,409 24,758 44,425
 Couronne sud
Annee Longueuil Boucherville Saint-Hubert
 1951 11,103 1,583 6,294
 1961 24,131 7,403 14,38
 1971 97,59 19,997 21,741
 1981 124,32 29,704 60,573
 1991 129,874 33,796 74,027
 1996 137,134 36,198 78,171
Source: Statistique Canada, catalogues 92-701, 92-712, 92-357-XPB
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Article Details
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Title Annotation:Jacques Greber
Author:M'Bala, Jose
Publication:Urban History Review
Article Type:Critical Essay
Geographic Code:1CQUE
Date:Mar 1, 2001
Words:7838
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