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Pour les familles d'enfants handicapes physiques, c'est parfois le parcours du combattant.

Actualites Eecrit par Anne-Emilie Arnault

Le handicap au Maroc

En 2004, le complexe social Omar Ibn Al Khattab ouvrait officiellement ses portes, quatre ans apres un discours de SM Le Roi annoncant ce projet. 1600 mO etaient ainsi mis a disposition des personnes les plus defavorisees de ce quartier de la prefecture Al Fida Derb Soltan.

Dans cet edifice, plusieurs associations allaient procurer des services et des aides aux visiteurs. Cours d'alphabetisation; apprentissage de metiers; creche; depistage d'hepatite ou encore de diabete; acces a des ordinateurs et a une bibliotheque: toutes ces composantes etaient destinees la population dans une politique de proximite visant a resorber la pauvrete, l'exclusion sociale et l'analphabetisme en garantissant des soins de sante et une education aux plus necessiteux. La prefecture cherchait alors a rapprocher le citoyen de l'infrastructure sociale. Onze ans plus tard, le centre existe toujours. Il abrite, notamment, l'association RBC Casablanca dont les membres affirment poursuivre leur mission, malgre les difficultes de parcours. Entretien avec Mina Choukri et le kinesitherapeute El Haimer Abdellatif de l'association Readaptation a Base Communautaire (RBC) Casablanca basee au complexe social du quartier Omar Ibn Al Khattab.

A. B.: Quelles sont les origines de cette association?

Mina Choukri: [beaucoup moins que]Le projet venait du ministere de la Solidarite, de la Femme, de la Famille et du Developpement social au Maroc . Nous voulions soutenir les handicapes qui avaient besoin de reeducation par la kinesitherapie. L'optique n'etait pas specialement de guerir. Parfois, il s'agissait de soulager pour faciliter la vie quotidienne des patients. Le but n'a pas change. Nous donnons, depuis le debut, la priorite aux enfants, surtout a ceux qui sont atteints d'infirmite motrice cerebrale (IMC). Il faut a tout prix eviter les deformations osseuses lors de leur croissance. Ces jeunes forment 48% de nos patients[beaucoup plus grand que].

El Haimer Abdellatif: [beaucoup moins que]Le deuxieme groupe en terme d'importance numerique rassemble les personnes qui ont subi un accident vasculaire ischemique. Celles-ci doivent suivre une reeducation motrice et fonctionnelle. Ensuite, nous accueillons aussi des enfants qui ont une paralysie obstetricale du plexus brachial. Ce handicap est du a une naissance par voie basse quand on tire sur le bras du bebe pour le faire sortir, ce qui provoque un etirement du membre. Nous travaillons aussi avec les accidentes de la voie publique pour rehabiliter un membre devenu handicape. Et puis, il existe aussi d'autres pathologies comme la sclerose en plaques, la myopathie, la trisomie 21-[beaucoup plus grand que].

Mina Choukri: [beaucoup moins que]La particularite de l'association, c'est que les beneficiaires des soins ne doivent rien debourser. Ils ne paient rien. D'autre part, nous leur offrons des aides techniques: des bequilles, des cannes, des chaises roulantes- Nous les orientons aussi vers des centres plus specialises.Actuellement, nous avons 420 patients. Pendant l'annee scolaire, il y a une creche ouverte quotidiennement et des educatrices prodiguent des cours en meme temps que les medecins s'occupent de la reeducation. Ainsi, on eduque les enfants et on les soigne (ndlr: demi-pension). Ce que nous faisons, d'autres institutions le font aussi. Il faut toutefois savoir qu'une seance de reeducation par un kine peut couter entre 120 et 200 dirhams. Et comme ces seances se poursuivent jusqu'a l'age de 18 ans, pour les parents, ca revient cher. Beaucoup ne peuvent pas se permettre de telles depenses[beaucoup plus grand que].

A. B.: Vu que les soins sont gratuits, comment faites-vous pour financer vos activites?

Mina Choukri: [beaucoup moins que]Par l'Initiative Nationale du Developpement Humain, nous recevons une aide pour le materiel. En 11 ans, nous avons touche, si mes souvenirs sont bons, quatre subventions en ce sens, entre 100000 a 300000 dirhams. Initialement, le ministere nous a aussi apporte son soutien. En ce qui concerne les salaires et les autres frais de roulement, notre bureau central les prend a sa charge (ndlr: RBC a plusieurs antennes reparties sur l'ensemble du territoire marocain). Notre president couvre lui-meme les salaires. Nous avons sciemment fait le choix de ne pas solliciter de dons. Autrement, nous nous rendrions possiblement redevables. Peut-etre devrions-nous, en contrepartie, soutenir certains individus ou partis aux elections, par exemple- Ceci dit, les fonds de notre president ne sont pas infinis. Vu que nous pratiquons la politique de la gratuite, nous avons beaucoup de demandes. Certains patients restent sur liste d'attente pendant six mois- Notre personnel est en surcharge de travail. Tous nos kines traitent 33 patients, a raison de deux fois par semaine chaque beneficiaire. Nous employons six kines, une monitrice et trois educateurs. Nous manquons cruellement d'effectif. Les autorites nous rendent parfois visite. Nous leur faisons part de nos limites. Nous recevons rarement des reponses. Nous pourrions demander des fonds internationaux mais ca requiert beaucoup de paperasseries pour des sommes peu elevees.

A. B.: Comment voyez-vous la situation evoluer aujourd'hui?

El Haimer Abdellatif: [beaucoup moins que]Pour ma part, je ne sais pas combien de temps je vais encore pouvoir pratiquer cinq jours par semaine pour l'association. Je touche quatre fois moins que quand j'avais mon propre cabinet (ndlr: le professionnel ne touche guere beaucoup plus que le salaire minimum legal). Certes, c'est un travail tres gratifiant. Je sais que j'oeuvre pour la bonne cause. Mais pour arrondir les fins de mois, je suis contraint de faire des consultations a domicile deux a trois fois par semaine. Comme je ne suis plus tout jeune, ca me fatigue beaucoup. Un jour, je ne pourrai plus- Quant a la situation des personnes handicapees, honnetement, peu change-[beaucoup plus grand que].

Le projet de loi 62-09 elabore en 2008 relatif a la promotion des droits des personnes handicapees n'a pas encore ete adopte, au dam de multiples associations. Par ailleurs, beaucoup d'entre elles estiment que le pourcentage de 5,12% (etude officielle de 2004) de Marocains souffrant d'un handicap est trop bas. Certaines parlent de 10%. De plus, plusieurs organismes deplorent que certains textes touchant a la protection sociale de ces personnes (loi 07-92 de 1993) ou encore aux accessibilites (loi 10-03, promulguee en 2003) aient engendre peu d'effets significatifs.

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Publication:Al Bayane (Al Dar Al Bayda', Morocco)
Date:Jul 24, 2015
Words:1020
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