Printer Friendly

Peut-on resister a la patrimonialisation? Le cas du sud-est de la Sicile.

Cet article approche le heritage-scape comme un systeme taxinomique institutionnel qui donne un sens global a des sites et des territoires particuliers, contribuant ainsi a un processus de deterritorialisation. En s'appuyant sur une analyse ethnographique du processus systematique de la construction du patrimoine dans le sud-est de la Sicile, cette recherche examine a la fois la construction du lieu en tant que marchandise patrimoniale et actif touristique, inscrivant ainsi la region dans le heritagescape. L'article souligne notamment les effets des stereotypes et de la simplification que ce processus implique, de meme que les effets "creatifs" sociaux et politiques qu'une telle operation arrive a produire.

This article considers the heritage-scape as a taxonomic-institutional system giving a global sense to particular sites and territories and contributing to the deterritorialisation of spaces. Through an ethnographic analysis of the systematic process of heritage construction in southeastern Sicily, it considers the construction of the area as both a heritage commodity and as a touristic asset, thus designating the area as a heritage-scape. The paper particularly stresses the effects of stereotyping and schematization that this process entails, and the social and political "creative" outcomes that such an operation brings about.

Trajectoires divergentes

Il y a dix ans, Denise Bell Hyland et son mari ont quitte les Etats-Unis apres une dispute avec une multinationale du petrole. Apres avoir vendu leur maison et leurs terrains, ils ont demenage a la campagne, dans les environs de Noto, ville du sud-est de la Sicile, qui, avec sept autres centres de la region, a ete inscrite en 2002 sur la liste du patrimoine mondial de PUNESCO. La, ils ont achete une nouvelle maison, differente de la precedente, mais elle aussi entoure de terrains. En leur qualite d'agriculteurs, tous deux ont pris part a un film documentaire intitule << 13 variations sur un theme baroque. Ballade pour les petroliers du Val di Noto >>, qui a ete realise en 2006 par trois jeunes cineastes siciliens. Le film donne la parole a ceux qui, dans la region du << Val di Noto >>, ont mene, entre 2005 et 2007, un mouvement de vive opposition a la possibilite d'effectuer des forages d'exploration petroliere accordee par la Region sicilienne a la Panther Oil, une multinationale americaine. Dans le film, Denise, rappelant sa decision de quitter les Etats-Unis et son sentiment d'etre persecutee par les compagnies petrolieres, explique son amour pour sa nouvelle terre en decrivant les arbres centenaires dont on peut obtenir, dit-elle, une huile speciale, tandis que son mari rappelle au public la difficulte d'un combat qui vient de commencer, qui ne peut etre autre que collectif et qui s'averera capable de maintenir au fil du temps l'etat d'effervescence emotionnelle des citoyens et des elus. La camera nous les montre, enfin, enlaces, regardant le coucher de soleil sur le paysage des monts Iblei.

Au cours des dix dernieres annees a Noto (et de maniere comparable a Modica, Caltagirone, Raguse et Ortigia--cette derniere incluse dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2005), l'inscription a la classification de l'UNESCO a lance un processus socioeconomique et politique complexe : une augmentation importante des flux touristiques ; la gentrification naissante d'une partie du centre-ville et des campagnes, qui a amene de riches etrangers a s'installer dans le district et qui s'est traduite par la production de (nouveaux) sentiments d'appartenance au territoire ; l'emergence de nouvelles emotions liees au patrimoine ; une redefinition des politiques de developpement economique. Comme Noto et six autres municipalites du sud-est de la Sicile, Militello a ete incluse dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, mais dans le cas de cette derniere (comme a Palazzolo Acreide, Scicli et en partie a Catane), la classification UNESCO semble avoir ete un simple etiquetage qui s'est avere incapable de produire des consequences sociales, politiques et emotionnelles importantes. Apres 2002, par exemple, aucun Americain, Allemand ou Anglais n'est venu vivre dans les campagnes de Militello, ni n'a achete de maison dans le centre-ville. La seule Americaine a devenir militellese a ete Jennifer Lynne Gareis, actrice hollywoodienne ayant de lointaines ascendances locales, connue pour avoir interprete le role de Donna Logan dans la serie Beautiful et qui, en decembre 2009, a recu la citoyennete d'honneur. Le nombre de residents est en baisse, les flux touristiques sont restes marginaux a tel point que dans la ville, aujourd'hui encore, il n'existe aucune structure d'accueil.

Les debats et les confrontations qui ont secoue la << societe politique >> et << la vie civique >> (Chattarje 2006 ; Herzfeld 2009) du sud-est sicilien (ou Val di Noto) neo-imagine n'ont que marginalement affecte la vie politique locale ; le patrimoine (ou du moins le patrimoine defini par le systeme taxonomique UNESCO) ne genere aucune emotion positive et meme la reference au processus d'inscription a la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO provoque, au contraire, chez beaucoup de Militellesi, des reactions indifferentes ou ironiques. En fait, ces personnes ont de bonnes raisons de reagir avec ironie : la presence de l'UNESCO, au-dela du logo sur le site officiel de la Ville, semble d'abord attestee par une plaque apposee sur un palais decati, tres agreable mais dans un abandon total, qui est devenu le siege du Club UNESCO, une association a laquelle, en juillet 2007, la mairie de Militello, prenant une decision d'une valeur symbolique involontaire, a confie l'ouverture et la fermeture du cimetiere.

Dans cet article, j'ai l'intention de reflechir d'une part aux voies divergentes que les deux endroits, Noto et Militello, ont suivies apres leur inscription simultanee a la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, et d'autre part aux reactions divergentes, meme emotionnelles, que les habitants des deux villes semblent avoir eu face au processus d'inscription dans Yheritage'Scape (Di Giovine 2009). A partir de cette comparaison, je vais essayer, en conclusion, de proposer quelques remarques generales sur les pratiques patrimoniales et sur les economies morales et politiques dont elles sont les expressions (1).

La renaissance du << Val di Noto >>

Le 18 juin 2007, en presence des plus hautes autorites nationales (y compris le Premier ministre Romano Prodi) et regionales, la cathedrale de Noto a ete rouverte au public apres l'effondrement du 13 mars 1996. Si, comme je l'ai indique precedemment (Palumbo 2003), son ecroulement avait lance le processus ayant conduit huit villes du sud-est de la Sicile au sein de la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO (Ortigia a ete inseree trois ans apres), la reouverture officielle de la cathedrale Saint-Nicolas semble confirmer la fin du processus de construction/institutionnalisation patrimoniale d'un nouveau paysage politique et culturel. L'evenement de 2007, en effet, se deroule dans un espace public desormais tres different. Le point n'est pas, ou n'est pas seulement, qu'en 2007 neuf villes et un site de falaise (la necropole de Pantalica) de la region aient ete inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, ou simplement qu'apres cette inscription les flux touristiques dans la Sicile du sud-est aient augmente de maniere significative. Pour en comprendre le sens et la portee, nous pouvons (re)partir du mouvement de protestation contre le forage petrolier qui a paru dans le << Val di Noto >> entre 2005 et 2008. La reouverture de la cathedrale de Noto offre aux manifestants anti-forages la possibilite de faire entendre leur voix sur la scene mediatique nationale. Le 18 juin, en fait, un grand groupe de manifestants occupaient une position centrale sur la pittoresque place de la Cathedrale, immediatement a droite de la porte de l'Hotel de Ville, face a l'escalier menant a la cathedrale. Toutes les autorites qui, de l'Hotel de Ville, montaient a la cathedrale n'ont pas pu l'ignorer et ont donc ete obligees d'entendre leurs protestations.

La possibilite de manifester au cours d'un evenement public majeur et d'occuper une position centrale par rapport a l'espace et aux media est accordee aux manifestants par les autorites municipales qui, avec celles d'autres centres impliques dans la patrimonialisation de l'UNESCO depuis le debut du processus (2005), ont a plusieurs reprises appuye la protestation. Ce soutien souligne la centralite de la dimension plus specifiquement politique dans la production du mouvement << populaire >> de defense du baroque, du territoire, du << Val di Noto >> et du << Sud-Est >>. J'ai analyse ailleurs et en detail cette dimension, en montrant comment il est impossible de comprendre l'emergence de sentiments d'appartenance et d'emotions patrimoniales sans avoir a l'esprit les articulations et les divisions de la scene politique regionale et nationale (Palumbo 2006). Je ne peux ici que donner quelques details necessaires pour comprendre les contextes plus larges au sein desquelles les emotions patrimoniales et les passions politiques des manifestants ont reussi a prendre forme.

L'inclusion des huit municipalites du << Val di Noto >> dans le Patrimoine mondial a eu lieu apres un processus politique assez difficile qui, au-dela des conflits au sein des institutions de la region, avait connu en 2000 un arret impose par l'UNESCO. Le motif de ce refus temporaire etait l'absence, dans la documentation fournie a l'UNESCO, d'un Plan de gestion capable de fixer et d'assurer des lignes de developpement de plusieurs municipalites qui fussent compatibles avec la logique de la classification patrimoniale. Depuis 2001, a partir de l'elaboration d'un tel Plan, un scenario politique complexe a pris forme. En son centre, au niveau regional, Fabio Granata, conseiller pour la Culture de la Region Sicile ; au niveau national, certaines personnalites politiques de centre-droit (alors a la tete de la nation) avec de tres forts interets economiques dans la region et dans le secteur petrolier ; et, au sein de l'UNESCO, certains fonctionnaires qui avaient suivi l'affaire et qui sont restes tres bienveillants a l'egard de la proposition sicilienne. A la fin de 2001, malgre les nombreux conflits, un document preparatoire a un Plan de gestion a ete redige et l'UNESCO l'a juge suffisant pour accorder l'inscription.

Tout autour de la preparation de ce document, dirigee par Fabio Granata, a commence a prendre forme l'idee de construire un << district culturel du Sud-Est >>--une institution qui soit en mesure de coordonner les politiques publiques locales, directement ou indirectement impliquees dans le processus de patrimonialisation, en les poussant vers des formes d'amenagement du territoire compatibles avec l'inscription a la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO (2). Granata et son expert en publicite ont lance une campagne de promotion efficace (creation de sites Internet, invention d'un logo, promotion d'un festival, achat de pages dans les grands journaux nationaux) qui a produit, au moins dans certains segments de la population, quelques consensus autour de l'idee du Sud-Est. Des problemes sont apparus, toutefois, lorsque la planification envisagee par le district a du se traduire par des actes administratifs concrets de la part des gouvernements locaux. Dans ces cas, c'est la logique politique qui prevaut. Le plan de gestion, instrument operationnel liant les municipalites, n'a en fait jamais ete approuve par toutes les municipalites concernees.

Nous voyons alors apparaitre un conflit, tout a l'interieur du centre droit sicilien et national, qui voit d'un cote Fabio Granata, et avec lui une partie de l'Alleanza Nationale, et de l'autre un ensemble complexe, compose de personnalites de la scene politique nationale, deployee en Forza Italia ou dans d'autres cercles proches de LAN, le tout ayant des liens solides et des interets, y compris personnels, dans l'industrie du petrole (3). Le conflit devient evident en 2004 : Granata perd la direction du Departement pour le Patrimoine culturel, attribue a un membre de Forza Italia (Pagano), pour etre << relegue >> au Departement pour le Tourisme. Le nouveau commissaire au Patrimoine attaque immediatement son predecesseur, soulignant qu'il n'avait pas ete en mesure de determiner l'approbation du Plan de gestion qui aurait du etre remis a l'UNESCO ; il prevoit l'elaboration d'un nouveau plan, dans lequel un dialogue pourrait s'instaurer entre les besoins de protection du territoire et ceux de son developpement economique. Ce qui se forme dans ces annees-la est une ligne de faille destinee a durer et a se creuser au sein du centre droit sicilien et national, plus precisement entre la vision protectionniste de Fabio Granata et les projets de developpement << industriel >> de Pagano et ses puissants partisans.

Dans ce contexte eclate l'affaire des concessions petrolieres que la Region sicilienne, apres un processus complexe, avait, fin 2004, accordee aux Americains grace a un acte stipule par un commissaire ayant des interets tres forts dans l'industrie petroliere de Syracuse. Granata et ceux qui avec lui avaient investi, ou etaient encore en train d'investir dans les politiques du patrimoine (la classification de Syracuse-Pantalica a l'interieur de la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO est vivement souhaitee par Granata en 2005), lancent une lutte acharnee contre les forages, soutenus en cela par une nouvelle generation d'administrateurs locaux qui avaient engage leur action politique dans cette voie. De l'autre cote, nous avons une part importante de la droite regionale et nationale (liee a la figure de l'ancienne ministre de l'Environnement, Stefania Prestigiacomo, nee a Syracuse) qui, pour des raisons ideologiques et pour les histoires personnelles de plusieurs de ces protagonistes, est favorable aux excavations pour la prospection petroliere.

C'est dans ce cadre politique que commencent a se faire entendre les protestations de ceux qui, dans la societe civile, s'opposent a l'extraction du petrole dans la region et a toutes les hypotheses de developpement qui menacent l'environnement, le territoire du << Val di Noto >> et son patrimoine baroque. Les protestations de la base ont, en effet, le soutien des gouvernements locaux dont les dirigeants se situent dans des sensibilites politiques proches de Fabio Granata, mais aussi des gouvernements de gauche qui considerent que la defense du territoire est un bon combat. Grace a ce soutien politique et au fait d'entrer sur une scene politico-culturelle qui avait entame le processus de repenser l'imagination identitaire du territoire, le mouvement d'opposition au petrole est en mesure d'avoir une certaine visibilite dans les espaces publics de la region et un certain echo dans les pages des journaux locaux, dans la presse ecrite et a la television. Malgre cela, cependant, le mouvement anti-forages ne parvient pas a s'affirmer pleinement sur la scene regionale des medias (les principaux journaux siciliens releguent les nouvelles le concernant dans les pages de l'actualite locale, en s'abstenant de relater les vraies questions politiques que le mouvement a mises sur le tapis) et il est effectivement absent du debat politique national. La situation change, toutefois, a l'approche de la reouverture de la cathedrale de Noto.

Le 7 juin 2007, en effet, l'un des journaux nationaux les plus importants, la Repubblica, publie un appel pour la defense du Val di Noto, signe par Andrea Camilleri, appel immediatement repris par la presse nationale et etrangere ; en quelques jours, il recoit 80 000 adhesions. Politiquement, la situation est effectivement tres complexe. La nation est a la veille de nouvelles elections (le gouvernement instable de Romano Prodi tombera huit mois plus tard) et ce n'est peut-etre pas un hasard si Camilleri et la Repubblica, lies a la gauche, lancent en Sicile, alignee a droite, la question du << Val di Noto >>. D'autre part, Fabio Granata, sur son site Internet, accueille avec enthousiasme l'initiative de Camilleri. Du cote de la partie politique adverse, le president de la Region, Toto Cuffaro, a annonce en meme temps que la Panther Oil avait renonce a prospecter dans la ville de Noto, probablement pour s'affranchir des initiatives de Camilleri et Granata, tout en cachant l'intention de la multinationale de poursuivre les forages dans d'autres sites du sud-est.

La renaissance du << Val di Noto >>, comme on le voit, est un processus complexe, ou les conflits et les tensions sont bien enracines dans le cadre de la politique nationale et regionale, et dont les protestations et les passions patrimoniales de ceux qui s'opposent aux forages ne sont qu'un aspect. Et pourtant, ces gens descendent dans la rue a plusieurs reprises, produisent un film, signent des petitions, animes du desir de defendre le << Val di Noto >>, avec son style baroque magnifique et ses paysages naturels. Si le fait de croire que ces emotions sont etrangeres a la scene politique peut paraitre naif, on se tromperait toutefois a les considerer simplement comme des consequences mecaniques et instrumentales des interets de la dynamique politique. Nous devons, en d'autres termes, prendre au serieux ces nouvelles emotions qui animent les elus et qui poussent des centaines de personnes ordinaires a agir en public ; ce sont des passions qui semblent reveler la stratification des sentiments d'adhesion avec les choses, les lieux et les environnements soumis au processus de classification de l'UNESCO.

La Sicile de Montalbano

En conclusion de ma monographie L'UNESCO et le campanile (Palumbo 2003 : 358), j'avais suggere que, precisement du fait de l'action institutionnelle de l'UNESCO, l'expression << Val diNoto >>--qui, jusqu'en 1996, n'avait aucun sens pour la plupart des habitants des villes de la Sicile du sud-est (4)--et les sentiments d'admiration pour le baroque auraient pu devenir, apres l'inscription, des elements de routine dans la conscience des acteurs sociaux de la region. A la lumiere de ce qui s'est passe au cours des dix dernieres annees, cette hypothese semble etre juste, mais a vrai dire, je n'aurais jamais imagine qu'en quelques annees les gens descendraient dans les rues pour defendre le << Val di Noto >>, son architecture baroque et ses beautes naturelles. En 1996, la ville de Noto etait dans un etat de semi-abandon ; la plupart de ses batiments historiques croulants etaient emprisonnes dans des echafaudages (Stajano 2001 : 35). En depit de quelques evenements interessants qui se sont produits dans les annees 1980, lorsque, comme l'a ecrit Stajano (2001 : 92-94), un groupe de jeunes de la ville s'est oppose a des formes de speculation dissimulees sous un projet de << recuperation >> de l'heritage baroque de Noto, aucun indice au cours des annees ou je vivais en permanence dans la region (1994-1998), ne m'avait permis de prevoir l'emergence (ou la reemergence) des passions civiques et patrimoniales. Alors, comment cela a-t-il ete possible, en un laps de temps aussi court ?

J'ai pris cependant conscience de la diffusion parmi la population des passions culturelles liees a l'idee du Val di Noto, et donc de la capacite du discours patrimonial de donner lieu a des adhesion identitaires tres fortes, grace a deux etudiants de l'universite. Depuis 2001, en effet, l'Universite de Messine et la Faculte ou j'enseigne ont ouvert un cours de licence de Sciences de l'Education (et maintenant un de Sciences de la Communication) a Noto. Je ne peux analyser ici l'histoire de cette ouverture, certainement liee a la phase initiale du projet pour l'inscription des huit municipalites au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Au cours de l'hiver 2006, lors d'un cours consacre aux affaires politiques et patrimoniales du sud-est de la Sicile, deux etudiants, parmi les plus actifs bien sur, me demandent ce que je pense du mouvement contre les forages. Suite a ma reponse, qui tendait a remettre leur mouvement dans le juste contexte, et malgre le caractere critique de mes cours a l'universite, ils ont fait valoir leur conviction militante et l'importance de lutter pour la protection des monuments, des sites et des paysages << universellement >> definis comme des sites d'exception. Ils ont insiste surtout sur l'importance de concevoir des modes de vie compatibles avec des scenarios culturels et naturels devenus patrimoine collectif de la communaute. Les deux etudiants, leur habillement, leurs idees politiques et leur aptitude au dialogue differente de la moyenne de la classe, etaient clairement de gauche : l'un des deux etait retourne en Sicile apres une experience de longue duree de vie et d'etudes dans le Nord ; l'autre, implique dans diverses activites sociales, comptait parmi les dirigeants du petit groupe de jeunes alternatifs et engages de la ville. Apres la discussion en classe, ils m'ont invite a une reunion du groupe NO-TRIV (anti-forage) de Noto. La reunion s'est tenue dans une salle de l'Hotel de Ville, accordee par le maire, et s'est terminee au moment ou le Conseil devait se reunir. Lors de la reunion, avec nos deux etudiants, il y avait une autre etudiante universitaire, un agriculteur qui avait investi dans le tourisme a la ferme, un fonctionnaire municipal et deux dames etrangeres (une suisse, l'autre autrichienne), qui avaient achete des terrains dans la municipalite. Ils etaient interesses a acquerir des informations sur le paysage politique vers lequel nous nous dirigions ; moi, je voulais comprendre les raisons de leur engagement et de leur passion. En ce qui concerne le contexte politique, ses divisions et ses interets, ils n'etaient pas depourvus d'esprit critique, meme s'ils semblaient en general peu ideologises (a l'exception d'une ou deux personnes se mefiant de l'origine fasciste de certains promoteurs politiques du mouvement), mais tres attentifs a la defense de leur territoire, a la qualite de la vie et aux investissements effectues pour le rendre durable et productif. Bien que conscients de l'importance d'un soutien politique a leur combat, ils ne semblaient pas enclins a devenir des outils inconscients dans les mains de tel ou tel groupe, mais plutot des citoyens croyant, pour des raisons diverses, a la justesse de leur lutte et prets a defendre << le Val di Noto >> et le << Sud-Est >>. Leurs propos m'ont frappe, cependant, pour d'autres raisons. J'ai ete intrigue d'abord par le fait qu'ils consideraient comme des donnees evidentes ces entites (le << Val di Noto >>, le << Sud-Est >>) dont j'avais essaye de suivre le processus de construction tout au long de la decennie precedente, a partir de l'interaction entre les classifications de l'UNESCO et ses procedures d'un cote, et les institutions << traditionnelles >> d'un territoire vaste et diversifie, de l'autre. Ainsi j'ai ete frappe par leur conviction intime de la particuliere beaute naturelle et architecturelle de << leurs >> lieux. Ce dernier sentiment, assez nouveau, avait ete jusque-la absent dans cette couche de la population, ou du moins il s'exprimait en des termes tres differents de l'esprit de clocher des historiens et des intellectuels du coin. J'ai ete frappe, enfin, par la capacite que de telles passions de l'identite et du patrimoine avaient de faire se rejoindre des personnes provenant de differents pays qui, pour ces memes sentiments, avaient choisi de vivre dans le << Val di Noto >>.

Le film documentaire a partir duquel nous avons commence exprime de maniere exemplaire l'ensemble de ces traits. Si l'un de mes deux etudiants, interroges dans le film, dit qu'a son avis la lutte contre les compagnies petrolieres est un moment ou << le Val di Noto devient conscient de sa valeur >>, Denise Bell Hyland, la citoyenne americaine persecutee par les compagnies, decrit en termes passionnes la beaute de ses oliviers et le caractere unique de son huile d'olive produite a partir de cette terre. A son tour, un jeune neo-rural, dont l'accent indique clairement l'origine romaine et urbaine, a pied, torse nu, au milieu des champs de ble et des murets de pierre, explique son choix de vivre avec sa femme et son fils dans une maison delabree, sans electricite ni eau courante, avec la necessite de trouver dans ce nouveau monde, peut-etre en accord avec le sociologue italien Franco Cassano (1996), les rythmes lents de la Terre-Mere. Un agriculteur de la region, avec femme et enfants, qui a investi dans les produits biologiques, a son tour se dit fier de cultiver << le vrai vieux grain de Sicile >>, tandis qu'une entrepreneuse du Piemont, qui a quitte son emploi et sa ville d'origine pour acheter des terres dans le sud-est, parle de sa nouvelle terre comme d'une << terre vierge, pas encore contaminee par les erreurs et les horreurs de la modernite >>.

Ces attitudes sont communes, entre ceux qui ont donne naissance au mouvement pour defendre le << Val di Noto >> contre l'agression des lobbies du petrole et celles que j'ai trouvees pour la premiere fois dans la rhetorique des politiciens qui avaient investi dans le processus de patrimonialisation, qui ont continue tout au long de la decennie suivante dans les pages des journaux locaux et qui avaient trouve avec la classification UNESCO une certification officielle. En outre, dans le film, ainsi que dans les televisions regionales qui ont suivi la ceremonie de reouverture de la cathedrale de Noto et dans la presse ecrite, Roy Bondin, fonctionnaire maltais de l'UNESCO qui a suivi, avec une attitude constamment bienveillante, la proposition du << Val di Noto >> jusqu'a son inclusion officielle dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, est une presence constante tout au long de la periode de lutte. L'UNESCO, dit-il, prefere la << culture >> et toutes les politiques qui favorisent la << culture >>. Dorenavant, c'est aux Siciliens de defendre leur propre culture. En fait, la presence d'un fonctionnaire de l'UNESCO dans les debats publics de cette phase montre que la defense de la culture du << Val di Noto >> a pu devenir une passion partagee pour une partie, aujourd'hui encore faible et marginale, de la population locale, parce que cette culture, une fois incluse dans le systeme de classification de l'UNESCO, et donc objectivee (Handler 1988) et stereotypee, est devenue une sorte de marchandise a la disposition de nombreuses personnes, siciliennes ou pas, qui ont commence autour d'elles a produire des sentiments et des pratiques differentes : des strategies politiques, des plans economiques, des choix de vie, esthetiques et ethiques, des sentiments et des emotions.

L'intervention publique d'Andrea Camilleri a ete, dans ce sens, emblematique. Camilleri, ecrivain sicilien, a construit son succes a l'aide d'une langue hybride (un italien cultive, avec des ajouts lexicaux siciliens et des structures narratives qui integrent plusieurs styles de recits populaires) et une multitude de personnages siciliens stereotypes. De cette maniere, tout en maintenant un engagement politique ferme contre la violence et les vrais problemes de la Sicile, il a contribue a construire une autre image litteraire et stereotypee de la Sicile elegante et amusante. Encore plus marquee, cette tendance est apparue dans une serie televisee qui a connu un enorme succes, << Commissaire Montalbano >>, adaptee des ecrits de Camilleri. L'ensemble de la serie, filmee dans les lieux du sud-est (Ibla, Modica, les plages de Samperi), a contribue a faconner dans le sens commun de la nation l'<< image au soleil de la Sicile >> (pour reprendre la phrase d'une campagne publicitaire reussie voulue par Fabio Granata ; voir, sur la << mediatisation >>, Mazzarella 2004), loin de la violence mafieuse tres repandue dans les medias et les autres nombreuses series televisees. Bien que la ville de Vigata et le commissaire Montalbano de Camilleri se situent dans l'ouest de la Sicile, pour le public de la television, les lieux de leur heros, le commissaire Montalbano, sont ceux de la Sicile ensoleillee et << propre >> du sud-est.

Le cote obscur de la patrimonialisation

Des realisateurs comme Rossellini, Antonioni, De Sica, Amelio, Tornatore, Zeffirelli--pour ne citer que les plus celebres parmi ceux qui ont fait de Noto un lieu de l'imaginaire visuel national--ont tourne leurs films dans la scenographie baroque de Noto. Les architectures manieristes et baroques de Militello, tout aussi charmantes, n'ont jamais attire l'attention des cineastes et des intellectuels. Le seul moment mediatique national a ete le mariage entre Pippo Baudo, presentateur de television, ne a Militello, et la chanteuse d'opera Katia Ricciarelli, qui a eu lieu dans la petite ville en janvier 1986 (voir Palumbo 2003). Apres l'inscription a la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, cette petite ville semble etre restee en marge du processus qui ailleurs--a Noto, comme a Modica, Scicli et Caltagirone--s'est active a la suite de la patrimonialisation UNESCO. Par exemple a Modica, a partir de la construction d'une tradition liee a la production de confiseries au chocolat--dont il est dit qu'elle decoule directement du monde azteque--un processus complexe de construction de la typicite alimentaire a commence, qui a amene la ville a etre inseree dans le circuit Euro-Chocolate. Rien de tout cela ne se deroule a Militello, ou le << Festival de la confiture de figue de barbarie >>, fonde en 1987, reste toujours un festival de village et, surtout, aucune action coordonnee n'a jamais reussi a en faire ni le moteur d'un processus de construction d'une typicite alimentaire, ni, en presence de l'action patrimonialisante de l'UNESCO, n'a jamais serieusement tente de developper des formes de connexion avec des reseaux agro-alimentaires tels que, par exemple, Slow Food.

Dans la sphere politique, enfin, Militello, qui avait egalement joue un role decisif dans la redefinition du projet initial de patrimonialisation (Palumbo 2003), a perdu une bonne occasion par rapport aux dynamiques que nous avons vu se produire a travers la region. La possibilite d'inclure la municipalite dans le groupe des candidats au Patrimoine mondial avait ete construite avec habilete par l'adjoint a la Culture du cabinet de centre-gauche qui a gouverne la ville de 1994 a 2002. Des 1996, il a ete en contact avec les adjoints d'autres municipalites, les representants de l'UNESCO, le ministere des Biens culturels, l'adjoint au patrimoine de la Region Sicile et les Directeurs departementaux du patrimoine de la Sicile orientale. Un tel reseau a ete essentiel pour l'inclusion de Militello dans la candidature UNESCO et, donc, dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. La nomination par l'UNESCO est venue quelques mois avant les elections qui, en 2003, ont sanctionne a Militello la victoire du centre/droit avec un nouveau maire. Le nouveau cabinet et le nouvel adjoint au patrimoine culturel se sont retrouves dans la position de gerer l'etiquetage de l'UNESCO--qu'ils n'avaient pas voulu et en tout cas n'avaient jamais soutenu quand ils etaient dans l'opposition--sans projet politique clair ni strategie globale. Au contraire, soit pour des raisons liees au positionnement politique du Cabinet, plus proche de F orza Italia et des milieux << traditionnels >> de PAN que des idees identitaires-patrimoniales de Granata, soit pour des raisons personnelles, entre 2003 et 2008, l'adjoint au patrimoine, du moins en termes de representations, a epouse une rhetorique qui recusait le caractere << baroque >> de Militello au profit d'un soi-disant caractere classique (la ville est imaginee comme la << Florence des Iblei >>). Un tel choix renvoie a la decision d'adherer au Consortium Ducezio (<< Consortium pour le tourisme et les activites de production >>), une sorte de << District culturel >> alternatif, qui comprend, outre Militello, cinq municipalites, dont aucune n'est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO (5), et qui sont toutes liees a la zone interieure des Iblei, qui se trouve certainement dans l'ancien Val di Noto mais qui est indubitablement eloignee de l'effervescence politique du nouveau et (re) emergent << Val di Noto >>. De cette facon, l'administration militellese, entre 2003 et 2008, a refuse d'etablir des contacts avec les municipalites jouant un role dans la restructuration patrimoniale et politique de la region du sud-est et qui transformaient la nomination UNESCO en une etiquette formelle genante. Comme a Noto, Modica, ou Caltagirone, voire meme a Militello, beaucoup de monuments, batiments et eglises sont restaures, de sorte que le paysage urbain d'aujourd'hui est desormais beaucoup mieux qu'en 1996. Le probleme est que ces Luvres ne sont pas considerees (et de fait ne sont pas) en relation avec l'entree sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO et quelles ne restent jamais au sein d'une politique culturelle qui fasse de la nomination UNESCO un outil directeur pour la planification economique et/ou pour l'imagination identitaire.

L'indifference, sinon l'ostracisme de la classe politique qui aurait du construire les liens et les actions necessaires pour lancer un processus de retroaction positive entre les rhetoriques du patrimoine, les mesures institutionnelles et les sentiments subjectifs, trouve une correspondance dans la communaute locale qui a produit des sentiments d'indifference, sinon de malaise, contre tout ce qui a a voir avec l'UNESCO. Dans les journaux locaux et les debats publics, dans le sens commun, l'UNESCO reste une realite lointaine, que l'on observe froidement et ironiquement. Les raisons de la nomination obtenue (egalement) par Militello ne font pas partie du vecu des acteurs sociaux qui, en effet, considerent d'un Lil critique l'absence d'effets specifiques resultant de l'inclusion de la ville au Patrimoine mondial (pas d'augmentation du flux touristique, aggravation des conditions economiques mondiales, manque d'initiatives entrepreneuriales liees a l'accueil des touristes) ; ils ont tendance a considerer avec une ironie amere l'ecart entre les declarations officielles et la realite quotidienne. La nomination UNESCO est donc consideree comme le resultat de l'action intelligente, honnete, mais utopique et inutile de l'ancien adjoint, ou comme une rhetorique officielle utilisee par les autorites dans des contextes ceremoniels.

Ce n'est donc pas un hasard si les evenements politiques et les luttes qui ont caracterise l'espace du sud-est entre 2002 et 2007 sont encore loin du scenario militellese. Personne n'a jamais ete seduit par le << Sud-Est >>, personne n'est jamais descendu dans la rue pour manifester contre les petroliers, et aucun Militellese, pour autant que je sache, n'a participe aux manifestations a Noto. Le nouveau territoire du Val di Noto (ou du SudEst) n'existe tout simplement pas pour Militello et n'a donc pas mobilise d'emotions patrimoniales ou de passions politiques. Le monde social vecu et pratique par ses habitants, profondement et longuement lie a l'histoire de la region des monts Iblea et, comme nous le verrons, profondement lie a la renaissance baroque de ce territoire apres 1693 (qui est la raison precise de l'inclusion dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO), est loin du << Sud-Est >> stereotype, mediatique, patrimonial et ideal de Granata, Camilleri, Montalbano et de l'UNESCO elle-meme.

Les passions politiques et publiques ne manquent pas a Militello et elles sont effectivement des aspects irreductibles de la vie sociale. Ces passions polemologiques continuent, toutefois, a agir sur des plans et des scenarios tres differents de ceux dans lesquels prennent forme les emotions liees au patrimoine institutionnel et subjectif du nouveau << Val di Noto >>. Les troubles politiques qui animent les actions des individus (hommes adultes) de Militello sont l'expression, et a leur tour produisent, des poetiques sociales (Herzfeld 1997) differentes de ce que nous avons lu dans les actions des neo-ruraux du << Val di Noto >>, des neo-localistes du << Sud-Est >> et des neopatrimonialistes de Noto. Ils semblent exiger des subjectivites inscrites dans des economies morales (Asad 2003) autres que celles dans lesquelles agissent des personnes qui, plus ou moins inconsciemment, appartiennent aux scenarios relevant d'une postmodernite controlee par les classifications iconiques d'organismes transnationaux (Palumbo 2009a, 2010b, 2013b).

Le cas du magnifique palais baroque (XVIIL siecle) de la famille Jatrini, siege du fantomatique Club UNESCO, peut nous aider a mieux comprendre cette difference. Le palais Jatrini, qui aujourd'hui semble abandonne, a fait l'objet de litiges et de conflits, et a ete une source de divisions profondes. En 1996, la derniere heritiere de la famille Jatrini est morte sans descendance, apres une longue maladie. Pendant sa maladie, elle avait ete prise en charge par deux hommes ages, profondement lies a la famille et au frere de cette femme, qui avait ete cure de Santa-Maria pendant plus de quarante ans ; ils etaient donc totalement devoues a leur paroisse. Ces deux hommes, qui connaissaient l'intention de la femme de faire don de ses biens a la paroisse, approuvaient certainement et appuyaient ce choix car ils etaient convaincus que ces biens etaient etroitement lies a l'histoire de leur paroisse. Dans le meme temps, alors qu'il apparaissait que la disparition de la femme etait imminente, ils avaient demande au pretre a plusieurs reprises de commencer a planifier l'utilisation de l'heritage. Le cure, qui probablement avait recu des directives claires de la part de l'eveque, n'exprima jamais son opinion et, au moment du deces de la femme, se limita a prendre note de sa volonte. Les deux hommes, et avec eux une partie importante de la communaute marianese, continuerent a faire pression sur le pretre et sur l'eveque afin que les biens (le palais de la ville, deux belles maisons rurales avec un terrain attenant, d'autres maisons et des terres) puissent etre geres par les fideles--evidemment sous controle ecclesiastique. En esperant visiblement un role d'intermediaires, les deux hommes ages, et avec eux de nombreux autres paroissiens, cependant, etaient tres preoccupes par le fait que le patrimoine de la famille Jatrini, constitue a l'interieur de la paroisse de Santa-Maria, puisse etre gere a d'autres fins que celles prevues dans le testament par un cure pro tempore et un eveque etranger a la communaute. Contrairement a ces attentes, le cure et la curie s'efforcerent de reaffirmer le droit de l'Eglise de disposer des biens herites sans contrainte d'aucune sorte. La question, comme vous pouvez l'imaginer, n'est pas seulement economique, mais juridique : qui a le droit de gerer et de diriger l'utilisation de ces biens, l'Eglise, desormais proprietaire legal, ou les marianesi, qui considerent que ces biens sont un heritage de leurs ancetres ? Face a un pretre et une curie evidemment interesses par une gestion << minimale >> de l'heritage, les marianesi, entre 1996 et 1998, firent plusieurs propositions d'utilisation. Certains voulaient transformer une des maisons de campagne en un agritourisme gere par une cooperative marianese, d'autres que le palais de la ville devienne le siege d'un musee paroissial, et d'autres encore ont demande qu'il soit transforme en centre culturel. Ces propositions creerent des groupes et des divisions, du consensus et du conflit, au sein de la communaute marianese, entre celleci et la partie adverse nicolese, entre tous et l'administration municipale. L'heritage Jatrini et ses batiments, au lieu d'etre immobilises dans la logique formelle de l'ordre discursif du patrimoine, fonctionnent comme des concreta (Faubion 1993) par lesquelles les individus, les groupes, les factions, les partiti et les contrapartiti, donnent vie au singulier espace public local. Pris dans des tensions similaires, le palais Jatrini a ete visite deux fois par des voleurs qui, sachant ce qu'il fallait rechercher, le depouillerent de meubles, objets, livres, pour etre finalement donne en concession a un particulier, egalement lie a la paroisse de Santa-Maria, qui a transforme ce succes temporaire en un point a son avantage sur la scene politique locale.

Le palais, qui s'inscrit dans, et produit, un univers social fonde sur la lutte et le combat, est laisse vide, inerte, sans personne qui puisse le sauver. L'emplacement du Club UNESCO dans le Palais, alors, plutot que d'etre le signe d'un desir de reamenagement grace a une politique de (re) developpement du centre historique liee aux processus en cours dans la region, represente une fois de plus le dernier acte de la competition que les groupes et les personnes de Militello, depuis des siecles, se livrent pour le controle et la gestion de ce qu'aujourd'hui, de l'exterieur, nous appelons << le patrimoine culturel >>. Le siege du Club UNESCO est, pour ainsi dire, du ressort de son directeur, qui est egalement directeur de la chorale de Santa-Maria et l'homme de confiance du cure et qui a ete proche du maire de gauche. Pris dans ce reseau de relations schismogenetiques et regressives, le palais, avec sa plaque de l'UNESCO, se trouve dans un etat d'abandon total.

Classifications transnationales, passions patrimoniales et troubles politiques

Nous pouvons maintenant tirer quelques conclusions a partir de l'observation d'un paradoxe. L'inclusion des huit municipalites de la Sicile du sud-est au Patrimoine mondial se base sur la reconnaissance de la reconstruction, exceptionnelle et constante dans toute la region, qui a suivi le seisme de 1693. De ce point de vue, le baroque tardif est le style artistique et architectonique qui a caracterise l'ensemble des travaux. Le contexte economique, la reconstruction politique, sociale et, plus specifiquement, juridictionnelle de ce processus, que les chercheurs depuis longtemps avaient mis en evidence, sont pratiquement ignores par la classification UNESCO, entierement centree sur la dimension urbaine et artistique. Ce classement elimine du processus de patrimonialisation des dynamiques sociopolitiques qui ont ete a la base de la reconstruction du XVIIIe siecle du << Val di Noto >> et qui ont continue a animer jusqu'a aujourd'hui tous les contextes, soit tout au long du processus d'evaluation des demandes d'inscription, soit immediatement dans les annees suivantes. A Militello, comme dans certains autres centres concernes, les dynamiques de faction et de juridiction qui ont ete les moteurs les plus puissants de la reconstruction du XVIIIe siecle, et qui ont ete eliminees du processus officiel de patrimonialisation, sont encore fortes. Elles provoquent toujours les passions politiques des acteurs sociaux, enveloppant les batiments et les sites concernes par les classifications de l'UNESCO dans un reseau de pratiques sociales et d'emotions qui, tout en se focalisant sur des objets qu'il nous est difficile de definir comme << patrimoine >>, figurent maintenant au << patrimoine >>.

Ce qui continue a inspirer la plupart des actions a Militello, ce sont des << agitations politiques >>, des emotions agressives et de factions qui sont menees autour des, et par les, choses du << patrimoine >>. La patrimonialisation elle-meme, interpretee en termes metonymiques (avec le Palais du Club UNESCO) ne devient qu'un simple element, un concretum (Faubion 1993), l'un des nombreux moyens disponibles pour continuer a jouer leur propre jeu polemologique. Cette << poetique sociale >>, qui peut continuer a donner un sens (mais toujours plus autonome et etroit) sur la scene locale, et qui a joue un role important dans la phase de conflits qui se sont produits dans la region a partir de l'emergence de la proposition d'inscription au Patrimoine mondial, provoque des effets tres negatifs lorsqu'elle opere sur un scenario--celui du << Val di Noto >> entre 2005 et aujourd'hui--entierement nouveau.

L'histoire de la naissance du << Sud-Est >> et de la renaissance du << Val di Noto >> nous a apporte ce nouveau scenario sociopolitique, domine par l'imagination et construit a partir des logiques iconiques et essentialistes de la classification transnationale de l'UNESCO. Il y a quelques annees, apres une recherche qui avait consiste a etudier la patrimonialisation initiale de la zone, j'avais essaye d'indiquer quelques traits constitutifs de ce processus. Premierement, il etait clair que l'action bureaucratique et politique de l'UNESCO n'avait pas pour effet d'annuler l'existence des tensions localistes et de sentiments de clocher. Bien au contraire, l'UNESCO les excitait et, en quelque sorte, les reactivait, meme apres des decennies, voire des siecles de quiescence.

J'ai remarque, cependant, que les conflits exacerbes par l'intervention d'une institution supranationale devaient etre occultes par la representation officielle. Le << patrimoine universel >> qui, pour etre reconnu, avait du renouveler d'anciennes rancunes, devait etre purifie de toute reference aux conflits qui avaient eu lieu au sein des contextes sociaux que la classification officielle etait en train de redefinir. Cela tenait, pensais-je, au systeme taxonomique qui doit produire des << choses culturelles >>, des objets essentiels du patrimoine, des images iconiques, stereotypees et immuables des << realites >> sociales : des identites, disais-je, a vendre sur le marche des patrimoines-marchandises. J'ai remarque enfin que, dans tous les cas, le processus de patrimonialisation conduit a la construction d'entites sociopolitiques nouvelles qui, meme alors (2002-2003), semblaient pretes a devenir des espaces sociaux et politiques << reels >> pour les emotions et les pratiques des hommes et des femmes de la region. Plus tard (Palumbo 2006), en continuant a travailler sur la Sicile du sud-est, j'ai pu voir comment, dans la construction progressive de ces nouvelles formes d'imagination de l'appartenance (le sud-est precisement, et le << Val di Noto >>, mais aussi le neo-autonomisme sicilien), il s'agissait toujours d'affrontements, de conflits, de tensions et d'interets de natures differentes et que, par consequent, le processus de production de nouvelles formes de localisation qui avait ete produit par l'intervention de l'UNESCO etait encore bien vivant et rayonnant.

Ce n'est que quelques annees plus tard (Palumbo 2010a, 2010b, 2011, 2013b) que j'ai commence a comprendre comment tous ces processus ont a voir avec des questions plus generales. Ils se referent a des systemes taxonomiques (le patrimoine, l'alimentation, le sport, la mode, le tourisme) capables d'organiser la production mondiale de nouvelles formes de l'imaginaire social et de les integrer a un systeme hierarchique de la gouvernance mondiale (Herzfeld 2004 : 3-4). Le fait d'iconiser, d'essentialiser, voire d'institutionnaliser et de mettre en marche la culture, que j'avais constate en observant les interactions entre l'UNESCO et les querelles de clocher siciliennes, etait l'expression d'un processus plus large qui, suivant Appadurai (1996), deplacait le centre de la gouvernance politique de l'imaginaire national (qui repose sur des symboles ayant des racines communes dans les communautes << naturelles >>, bien qu'elles soient plus rarefiees ; voir Herzfeld 1992 : 68) vers l'imaginaire, bien plus abstrait, mais non moins contraignant, des nouveaux et dynamiques scenarios mondiaux. Comme les stereotypes des styles de football nationaux ou ceux des plats typiques, meme les aspects essentialises du patrimoine, quand ils immobilisent et simplifient des contextes, des objets, des pratiques, en les soustrayant, du moins idealement, a des espaces specifiques d'interactions (les neighborhood d'Appadurai), produisent neanmoins de nouveaux scenarios, de nouveaux espaces de/pour l'imagination de l'appartenance (les localities d'Appadurai). Des espaces nouveaux qui semblent s'organiser dans un jeu different de ceux que modulaient les scenarios decrits ci-dessus et qui sont capables eux aussi de produire des emotions et des passions susceptibles de toucher les coeurs et de mener a des actions (Bunten 2008 ; Peuthz 2011). La possibilite de revenir a la Sicile du sud-est de ces dernieres annees avec un regard theorique different m'a donne l'opportunite d'observer de pres et avec precision la structure de ces nouveaux scenarios et l'apparition de nouvelles formes de representation/construction du sentiment d'appartenance.

Bien sur, le << Val di Noto >> et le << Sud-Est >> sont des constructions imaginaires tres recentes, produites par l'interaction entre la gouvernance bureaucratique de l'UNESCO, les dynamiques politiques locales, regionales et nationales, les rhetoriques identitaires mises en place par des groupes d'interet specifiques et, a nouveau, par des stereotypes cinematographiques, televises et litteraires (Rossellini, Antonioni, Amelio, Tornatore, Camilleri), par des campagnes publicitaires, nationales et internationales, par les premiers effets de la patri-capitalisation de l'UNESCO sur les flux touristiques, par les interets des tours-operateurs et des agents immobiliers (qui ont effectivement vendu une partie substantielle des campagnes aux riches du nord de l'Italie et de l'Europe du Nord). En meme temps, cependant, l'apparition de ces nouvelles entites iconiques-patrimoniales a commence a restructurer l'imagination de groupes de population de plus en plus importants. Des guides, souvent regroupes en cooperatives de services, des jeunes qui suivent des cours consacres au patrimoine et au tourisme a l'universite et/ou a la Region, des enseignants << engages >> dans les ecoles primaires et secondaires, certains universitaires, des neo-ruraux qui, venant de diverses parties du monde, deviennent parmi les plus ardents partisans de ces (de leurs) nouvelles localites. Et bien sur, des hommes politiques--soit ceux qui, dans la voie de la re-imagination de leur monde et de son developpement, ont consacre, avec une profonde conviction, une grande partie de leur engagement et de leur reputation, soit ceux qui ont utilise une rhetorique identitaire a la mode pour des interets particuliers ; et les gens ordinaires--les entrepreneurs, les agriculteurs, les hoteliers, qui ont investi, financierement et existentiellement, dans le processus de patrimonialisation. En un mot, tous ceux que nous avons vus se rassembler autour du mouvement et qui ont commence a developper des sentiments patrimoniaux pour une localite (imaginee, stereotypee, essentielle) qu'ils commencent a ressentir comme leur appartenant. Ils representent actuellement une partie limitee de la population, mais economiquement et politiquement importante, dont nous pouvons imaginer qu'elle aura de plus en plus d'importance dans la determination des configurations institutionnelles et culturelles a venir de ce territoire.

C'est a leurs passions et a leurs actions que je reserverais l'expression << emotions patrimoniales >>, pour signifier les premieres graines que le processus de reconfiguration de l'imagination politique et culturelle causee par l'UNESCO semble avoir semees dans leur economie morale et dans la (re)configuration du << soi >> public et prive (Bunten 2008). Les autres, celles de mes amis militellesi qui persistent a vouloir jouer le jeu du polemos et du defi, sont des passions politiques. Passions de ceux qui ne sont toujours pas capables d'imaginer de nouvelles formes de l'imagination sociale et culturelle et ne voient meme pas l'interet qu'il y aurait a orienter leur << agitation politique >> vers de nouveaux projets (patrimoniaux) de sens, et donc de vie (meme si postmoderne).

References

Appadurai, Arjun, 1996, Modernity at Large. Cultural Dimension of Globalization. Minneapolis, University of Minnesota Press.

Asad, Talai, 2003, Formations of the Secular. Christianity, Islam, Modernity. Stanford, Stanford University Press.

Audrerie, Dominique, Raphael Soucher et Luc Vilar, 1998, Le patrimoine mondial. Paris, PUF.

Becattini, Giacomo, dir., 1989, Modelli locali di sviluppo. Bologne, Il Mulino.

Becattini, Giacomo, 2000, Il distretto industriale. Un nuovo modo per interpretare il cambiamento economico. Turin, Rosenberg et Sellier.

Ben-Porat, Guy et Amir Ben-Porat, 2004, << (Un)bounded Soccer : Globalization and Localization of the Game in Israel >>. International Review for the Sociology of Sport 39 : 421-436.

Berard, Laurence et Philippe Marchenay, dir., 2004. Les produits de terroir. Entre cultures et reglements. Paris, CNRS.

Bruner, Edward M., 2001, << The Masai and the Lion King : Authenticity, Nationalism, and Globalization in African Tourism >>. American? Ethnologist 28 (4) : 881-908.

Bunten, Alexis C., 2008, << Sharing Culture or Selling out ? Developing the Commodified Persona in the Heritage Industry >>. American Ethnologist 35 (3): 380-395.

Cassano, Franco, 1996, llpensiero meridiano. Rome-Bari, Laterza.

Chatterjee, Partha, 2006, Oltre la cittadinanza. La politica dei governati. Rome, Meltemi.

Collins, John, 2008, << "But What if I Should Need to Defecate in your Neighborhood, Madame ?" : Empire, Redemption, and the "Tradition of the Oppressed" in a Brazilian World Heritage Site >>. Cultural Anthropology 23 (2) : 279-328.

Cuillerai, Marie et Marc Abeles, 2002, << Mondialisation. Du geo-culturel au bio-politique >>. Anthropologie et Societes 26 (1) : 11-28.

Das, Veena et Deborah Poole, 2004, Anthropology in the Margins of the State. Santa Fe, School of American Research Press.

Di Giovine, Michael A., 2009, The Heritage-Scape. UNESCO, World Heritage, and Tourism. Lanham, Lexington Books.

Fabre, Daniel (dir.), 2000, Domestiquer l'histoire. Ethnologie des monuments historiques. Paris, Maison des sciences de l'homme.

Fabre, Daniel et Anna luso, dir., 2009, Les monuments sont habites. Paris, Maison des sciences de l'homme.

Faubion, James, 1993, Modern Greek Lessons. A Primer in Historical Constructivism. Princeton, Princeton University Press.

Ferguson, James et Akhil Gupta, 2002, << Spatializing States : Toward an Ethnography of Neoliberal Governmentality >>. American Ethnologist 29 (4) : 981-1002.

Finn, Gerry et Richard Giulianotti, dir., 2000, Football Culture. Local Contests, Global Visions. Londres, Frank Cass.

Gaonkar, Dilip Parameshwar, 2002, << Toward New Imaginarles : An Introduction >>. Public Culture 14 (1) : 1-19.

Gledhill, John, 2004, << Neoliberalism >>. Dans David Nugent et Joan Vincent, dir. A Companion to the Anthropology of Politics : 332-348. Oxford, Blackwell.

Gupta, Akhil, 2004, << Imagining Nations >>. Dans David Nugent et Joan Vincent, dir. A Companion to the Anthropology of Politics : 267-281. Oxford, Blackwell.

Gupta, Akil et James Ferguson, dir., 1999a. Culture, Power, Place. Explorations in Critical Anthropology. Durham, Duke University Press. Handelman, Don, 1990, Models and Mirrors. Towards an Anthropology of Public Events. Cambridge, Cambridge University Press.

Handler, Richard, 1988, Nationalism and the Politics of Culture in Quebec. Madison, University of Wisconsin Press.

Herzfeld, Michael, 1987, Anthropology through the Looking-Glass. Cambridge, Cambridge University Press.

Herzfeld, Michael, 1992, The Social Production of Indifference. Exploring the Symbolic Roots of Western Bureaucracy. Chicago, University of Chicago Press.

Herzfeld, Michael, 1997, Cultural Intimacy. Social Poetics in The NationState. New York, Routledge.

Herzfeld, Michael, 2004, The Body Impolitic. Artisan and Artifice in the Global Hierarchy of Value. Chicago, University of Chicago Press.

Herzfeld, Michael, 2006, Antropologia. Florence, SEID.

Herzfeld, Michael, 2009, Evicted from Eternity. The Restructuring of Modern Rome. Chicago, University of Chicago Press.

Holmes, Douglas R., 2000, Integral Europe. Fast Capitalism, Multiculturalism, Neofascism. Princeton, Princeton University Press.

Inda, Jonathan Xavier et Renato Rosaldo, dir., 2008a, The Anthropology of Globalization. A Reader. Malden, Blackwell.

Inda, Jonathan Xavier et Renato Rosaldo, 2008b, << Tracking Global Flows >>. Dans Jonathan Xavier Inda et Renato Rosaldo (dir.), The Anthropology of Globalization. A Reader : 3-46. Malden, Blackwell.

Jeudy, Henri-Pierre, 2001, La machinerie patrimoniale. Paris, Sens & Tonka. Kapferer, Bruce, dir., 2005, The Retreat of the Social. New York, Bergham Books.

Lazzaretti, Luciana, 2003, << City of Art as a High Culture Local System and Cultural Districtualization Processes : The Cluster of Art Restoration in Llorence >>. International Journal of Urban and Regional Studies 27 (3) : 635-648.

Lechner, Frank J., 2007, << Imagined communities in the global game : soccer and the development of Dutch national identity >>. Global Networks 7 (2) : 193-229.

Maffi, Irene, 2004, Pratiques du patrimoine et politiques de la memoire en Jordanie. Lausanne, Payot.

Mazzarella, William, 2004, << Culture, Globalization, Mediation >>. Annual Review of Anthropology 33 : 369-392.

Palumbo, Bernardino, 1998, << L'UNESCO e il campanile. Riflessioni antropologiche sulle politiche di patrimonializzazione osservate da un luogo della Sicilia orientale >>. Eupolis 21/22 : 118-125.

Palumbo, Bernardino, 2001, << Campo intellettuale, potere e identite tra contesti locali, "pensiero meridiano" e "identite meridionale" >>. La? Ricerca Folklorica 43 : 117-134.

Palumbo, Bernardino, 2003, L'UNESCO e il campanile. Antropologia, politica e beni culturali in Sicilia orientale. Rome, Meltemi.

Palumbo, Bernardino, 2006, << II vento del Sud-Est. Regionalismo, neo-sicilianismo e politiche del patrimonio nella Sicilia di inizio millennio >>. Antropologia 6(7): 43-91.

Palumbo, Bernardino, 2007, << Localita, "identita", patrimonio >>. Melissi 14-15 : 40-51.

Palumbo, Bernardino, 2009a, Politiche dell'inquietudine. Passioni, festeepoteri in Sicilia. Florence, Le Lettere.

Palumbo, Bernardino, 2009b, << Patrimonializzare >>. Antropologia Museale 8 (22) : xxxviii-xl.

Palumbo, Bernardino, 2009c, << L'UNESCO et le campanile >>. Dans Daniel Fabre et Anna luso, dir. Les monuments sont habites : 147-169. Paris, Maison des sciences de l'homme.

Palumbo, Bernardino, 2010a, << Classificare, agire, disciplinare. Riflessioni critiche su alcune tendenze delbantropologia politica contemporanea >>. Illuminazioni 11 : 36-110.

Palumbo, Bernardino, 2010b, << Sistemi tassonomici dell'immaginario globale. Prime ipotesi di ricerca a partire dal caso UNESCO >>. Meridiana 68 : 37-72.

Palumbo, Bernardino, 2011, << La somiglianza e un'istituzione : classificare, agire, disciplinare >>. Dans Luisa Faldini et Eliana Pili, dir. Saperi antropologici, media e societa civile nell'ltalia contemporanea : 207-245. Rome, CISU.

Palumbo, Bernardino, 2013a, << Patrimonializzazione e governance neoliberista >>. Dans Vittorio Fiore et Francesca Castagneto, dir. Recupero, Valorizzazione, Manutenzione nei centri storici : 288-291. Syracuse, Lettera Ventidue.

Palumbo, Bernardino, 2013b, << A Baron, Some Guides, and a Few Ephebic Boys : Cultural Intimacy, Sexuality, and Heritage in Sicily >>. Anthropological Quarterly 86 (4) : 1086-1118.

Peuthz, Nathalie, 2011, << Bedouin "abjection" : World Heritage, Worldliness, and Worthiness at the Margins of Arabia >>. American Ethnologist 38 (2) : 338-360.

Santagata, Walter, 2002, << Cultural Districts, Property Rights and Sustainable Economic Growth >>. International Journal of Urban and Regional Research 26 (1) : 9-23.

Sharma, Aradhana et Akhil Gupta, 2006, The Anthropology of the State. A Reader. New York, Blackwell.

Siniscalchi, Valeria, 2013, << Slow versus Fast. Economie et ecologie dans le mouvement Slow Food >>. Terrain 60 :132' 147.

Stajano, Conrado, 2001, Patrie smarrite. Milan, Garzanti. Taylor, Charles, 2002, << Modern Social Imaginarles >>. Public Culture 14 (1) : 91-124.

Tsing, Anna, 2000, << The Global Situation >>. Cultural Anthropology 15 (3) : 327-360.

Wilk, Richard, 2006, Home Cooking in the Global Village. Caribbean Food from Buccaneers to Ecotourists. Oxford, Berg.

Berardino Palumbo

Universite de Messine

(1) Pour ma recherche ethnographique, j'ai vecu de facon permanente dans la ville de Militello in Val di Catania de 1994 a 1998. J'ai sejourne dans le sud-est sicilien jusqu'en 2012.

(2.) Le District culturel est une institution territoriale concue a la suite de l'idee de District industriel developpee par certains economistes au cours des annees 1980 (Becattini 1989, 2000 ; Santagata 2002 ; Lazzaretti 2003).

(3.) A l'epoque, la Coalition de centre-droit comprenait Forza Italia, le parti fonde par Silvio Berlusconi, et Alleanza Nationale, le parti de la droite italienne dirige par Gianfranco Fini.

(4.) A l'exclusion des historiens locaux et des specialistes en planification urbaine et en histoire.

(5.) Celles-ci sont : Licodia Eubea, Mineo, Vizzini, Castel di Iudica, Grammichele.
COPYRIGHT 2013 Ethnologies
No portion of this article can be reproduced without the express written permission from the copyright holder.
Copyright 2013 Gale, Cengage Learning. All rights reserved.

Article Details
Printer friendly Cite/link Email Feedback
Author:Palumbo, Berardino
Publication:Ethnologies
Article Type:Report
Geographic Code:4EUIT
Date:Sep 22, 2013
Words:9060
Previous Article:<< Paysage patrimonial >> ou << paysages patrimoniaux >>? Reflexion sur l'usage d'un concept.
Next Article:Urban heritage and the contention between tradition, avant-garde, and Kitsch: Amman's rising "kitsch syndromes" and its creeping vernacularized urban...
Topics:

Terms of use | Privacy policy | Copyright © 2019 Farlex, Inc. | Feedback | For webmasters