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Notes a propos de la walaya imamite (aspects de l'imamologie duodecimaine, X).

LA WALAYA ET LE CORAN

SI ON SE FONDE sur les plus anciennes sources imamites parvenues jusqu'a nous, c'est-a-dire des sources principalement d'epoque pre-bouyide, on peut se rendre compte que pour les shiites, ou tout au moins un nombre respectable parmi eux, la vulgate coranique dite 'uthmanienne etait consideree comme une version censuree et falsifiee de la revelation originelle faite a Muhammad. Celle-ci, consignee dans la recension de 'Ali, de loin beaucoup plus volumineuse que la version connue de tous, resta en possession des imams et ne sera revelee universellement qu'avec le Retour du Qa'im a la Fin du Temps. (1) Cette croyance, particulierement explosive, fut apparemment abandonnee des l'epoque bouyide par le courant dominant de l'imamisme mais elle continua, de maniere plus ou moins souterraine, a alimenter certaines tendances minoritaires jusqu'a nos jours. (2) Les sources anciennes rapportent des citations de ce "Coran integral," presentant des divergences parfois notables avec la recension officielle, citations comportant souvent des mots, expressions ou bout de phrases absents de celle-ci. (3) Or, parmi ces expressions "censurres" par les "ennemis" des shiites, les plus recurrentes auraient concerne 'Ali, les descendants du Prophete (i.e., les imams) et leur walaya. (4) Quelques exemples (les expressions en trop par rapport au texte de la vulgate officielle sont ecrites en italique):
 Q.2 (al-baqara): 87: "... Mais, n'est-ce pas, chaque fois que
 Muhammad (au lieu de: un envoye) vous revele quelque
 chose concernant la muwalat de 'Ali (ici muwalat est synonyme
 de walaya, voir ci-dessous) qui vous contrarie, votre
 orgueil dementit un groupe parmi la Famille de Muhammad
 et en assassine un autre?" (5)

 Q.4 (al-nisa'): 167-70: "Ceux qui sont injustes (au lieu de:
 ceux qui denient et sont injustes) a l'egard des droits de la
 Famille de Muhammad, Dieu ne les pardormera nine les
 guidera sur aucun chemin / si ce n'est celui de la gehenne ou
 ils y sejourneront a jamais et c'est chose facile a Dieu/Hommes,
 l'Envoye vous apporte de votre Seigneur la verite sur
 la walaya de 'Ali; ajoutez-y foi, cela vaut mieux pour vous
 et si vous deniez la walaya de 'Ali (sachez qu') a Dieu appartient
 ce qui est dans les cieux et sur la terre...." (6)

 Q.5 (al-ma'ida): 67: "Envoye! Communique ce qui t'a ete
 revele de ton Seigneur au sujet de 'Ali...." (7)

 Q.7 (al-a'raf): 172: "Et lorsque ton Seigneur preleva des
 reins des descendants d'Adam leur progeniture et les rendit
 temoins sur eux-memes: 'Ne suis-Je pas votre Seigneur, Muhammad
 n'est-il pas l'envoye de Dieu, 'Ali n'est-il pas le
 Prince des inities? 'Ils dirent: 'Oui, nous en temoignons'...." (8)

 Q.16 (al-nahl): 24: "Et quand on leur dit: 'Qu' a fait descendre
 votre Seigneur au sujet de 'Ali?' Ils repondent: 'Fables
 racontees par les Anciens'." (9)

 Q.17 (al-isra): 89: "Nous avons offert aux hommes, dans ce
 Coran, toutes sortes d'exemples, mais la majorite des hommes
 s'obstinent dans leur incredulite en la walaya de 'Ali." (10)

 Q.33 (al-ahzab): 71: "Quiconque obeit a Dieu et a Son
 Prophete en ce qui concerne la walaya de 'Ali et la walaya
 des imams apres lui, celui-la jouit d'un bonheur grandiose." (11)

 Q.40 (al-mu'min): 13: "... Puisqu'a l'invocation de Dieu
 dans son unicite ainsi que celle des Gens de la walaya vous
 repondiez par le deni...." (12)

 Q.41 (al-sajda): 27: "Nous ferons gouter aux denegateurs
 qui ont abandonne la walaya du Prince des inities un chatiment
 cruel dans ce bas monde, et Nous les retribuerons de
 maniere encore pire que le mal qu'ils ont commis." (13)

 Q.42 (al-shura): 13:"Il a etabli pour vous o Famille de Muhammad,
 en fait de religion, ce qu'Il avait prescrit a Noe, et
 ce que Nous te revelons o Muhammad, et ce que Nous avions
 prescrit a Abraham, a Moise et a Jesus: "Etablissez la
 religion de la Famille de Muhammad, ne vous divisez pas
 son sujet et soyez unis. Combien parait difficile aux
 associationnistes, ceux qui associent a la walaya de 'Ali (i.e.,
 d'autres walaya-s); ce vers quoi tales appelles concernant
 la walaya de 'Ali. Certes Dieu guide, o Muhammad, vers
 cette religion celui qui se repent, celui qui accepte ton appel
 vers la walaya de 'Ali (au lieu de: Dieu choisit et appelle
 cette religion qui Il veut; Il guide vers elle celui qui se repent").
 (14)

 Q.67 (al-mulk): 29: ... Vous saurez, o peuple denegateur,
 alors que je vous ai fait parvenir le message de mon Seigneur
 concernant la walaya de 'Ali et celle des imams apres
 lui, qui de nous se trouve dans un egarement notoire." (15)

 Q.70 (al-ma'arij): 1-3: "Un questionneur a reclame un chatiment
 ineluctable/pour ceux qui n'ajoutent pas foi a la walaya
 de 'Ali et nul ne peut ecarter ce chatiment/Qui vient de
 Dieu, le Maitre des Degres." (16)


On pourra encore allonger la liste pendant assez longtemps. (17) Pour en finir avec "le Coran des imams," contentons-nous d'indiquer que le Coran manuscrit decouvert par St. Clair Tisdall (ci-dessus note 3) contient toute une sourate de sept versets, intitulee justement "la sourate de la walaya,'" supprimee donc entierement de la Revelation originelle par les adversaires des imams, selon les copistes shiites du manuscrit:
 Au Nom de Dieu le Clement le Misericordieux/ Vous qui
 avez cru, croyez au Pruphete et au wali que Nous avons envoyes
 afin qu'ils vous guident vers un droit chemin/ Un
 Prophete et un wali dont l'un procede de l'autre et Je suis
 l'Omniscient,, Celui qui connait tout/Ceux qui restent fideles
 au Pacte de Dieu, pour eux un Jardin de delices/ Alors que
 ceux qui denient Nos versets apres les avoir entendus/Ceuxla
 auront une place terrible dans la gehenne jusqu'au Jour de
 la resurrection ou il leur sera demande ou sont les oppresseurs,
 les negateurs des envoyes ?/ (Dieu) ne les crea, les
 envoyes (sic) que pour (la cause de) la verite et ils les manifestera
 dans un court delai/Loue la Gloire de ton Seigneur et
 (sache que) 'Ali fait pattie des temoins. (18)


Cette insistance de la Revelation originelle faite a Muhammad sur la walaya des imams est censee, entre autres, foumir un fondement coranique litteral aux doctrines theologiques et politiques de l'imamat. Cependant, meme la vulgate officielle, ne comportant aucune indication litterale a la walaya des imams--et pour cause, toutes les indications de ce genre auraient ete systematiquement supprimees par les adversaires de ces derniers--semble regorger de donnees allusives relatives la notion. Les gloses exegetiques remontant aux imams s'y rapportent tres souvent.

D'apres plusieurs hadith-s exegetiques attribues au sixieme imam, Ja'far al-Sadiq, dans le verset 2 (al-baqara): 257: "Dieu est le protecteur des croyants, Il les fait sortir des tenebres vers la lumiere," "les tenebres" designent les adversaires des imams et "la lumiere," les imams et/ ou leur walaya. (19)

Pratiquement toutes les sources imamites, et meme shiites en general, sont unanimes pour soutenir que la raison de la "descente" du fameux verset 5 (al-ma'ida): 3: "... Aujourd'hui J'ai paracheve pour vous votre religion et rendu parfait Mon bienfait ..." c'est la proclamation de la walaya de 'Ali par Muhammad. D'ou le rapprochement presque constant de ce verset avec l'evenement de Ghadir Khumm. Les hadith-s s'y referant sont innombrables. (20) D'ou des expressions, que l'on trouve souvent dans les ouvrages shiites, telles que "La perfection de la religion s'accomplit par la walaya," "La cause de la walaya (ou de l'imamat) paracheve a religion" ou encore "C'est par la walaya (ou l'imamat) que la religion est parachevee et le bienfait (divin) rendu parfait." (21)

Dans la meme sourate 5 (al-ma'ida), le verset 67 recueille egalement l'unanimite des sources qui le considerent comme une allusion a la walaya des imams; Dieu y demande en effet a Muhammad de reveler ouvertement la verite sur la walaya de 'Ali et ses descendants (voir supra). Le verset aurait ete revele juste avant Ghadir Khumm, tout comme le verset 5:3, qui l'on vient de voir, serait "descendu" juste apres: "Fais connaitre, Envoye, ce qui t'a ete revele par ton Seigneur. Si tu ne le fais pas, tu n'aurais pas communique Son message...." (22)

L'imam al-Baqir aurait dit que "la voie la plus droite" (aqwam) du verset 17 (al-isra): 9: "Oui, ce Coran guide a la voie la plus droite," designe la walaya des imams. (23)

Dans une tradition attribuee a 'Ali, en commentaire du Coran 27 (al-naml): 91: "Ceux qui arrivent avec la bonne action (al-hasana) recoivent bien mieux qu'elle, contre la frayeur d'un tel Jour ils sont assures/Et ceux qui arrivent avec une mauvaise action (sayyi'a) seront precipites la face dans le Feu; serez-vous retribues pour autre chose que pour vos actes?," il est dit: "La bonne action c'est la reconaissance de notre walaya et l'amour (hubb) a notre egard, nous la Famille de la Demeure (ahl al-bayt). La mauvaise action, c'est la negation de notre walaya et la haine (bughd) a notre egard." (24) Selon une tradition remontant au Prophete, en relation avec le meme verset: "La walaya de 'Ali est une bonne action que ne peut entamer aucune faute ... Tout comme la walaya des adversaires (addad) de 'Ali est une mauvaise action que rien ne peut effacer." (25)

A travers des hadith-s remontant a plusieurs d'entre les imams, l'exegese du Coran 39 (al-zumar): 56: "Que toute ame ne dise: 'Quel regret d'avoir ete si negligeante a cote de Dieu (janb allah); oui, j'etais parmi les railleurs,'" etablit la synonymie entre "le cote de Dieu" et la personne de l'imam et/ou sa walaya. (26)

La encore, l'on pourra multiplier les exemples sur plusiers dizaines de pages. Tres souvent, lorsque le texte coranique utilise la racine KFR (nier, denier, ne pas croire, se rendre impie, etc.) pour parler des incroyants, les traditions exegetiques des imams ajoutent bi-nubu'at Muhammad wa walayat 'Ali ('denier' la mission prophetique de Muhammad et la walaya de 'Ali). Nous venons de voir que certains termes coraniques sont identifies a la walaya: nur (lumiere), aqwam (la voie la plus droite), hasana (bonne action), janb allah (cote de Dieu). D'autres le sont aussi, dans certains cas beaucoup plus frequemment meme, dans la litterature doctrinale: al-haqq (la verite, le reel, le droit), hikma (sagesse), sabil (chemin), sirat mustaqim (voie droite), na'im (bienfait, de1ice), rahma (misericorde), "ahd (pacte), dhikr (rappel) et bien entendu iman (foi) ou encore amr (cause, la res religiosa). (27) Il suffit de se reporter aux gloses exegetiques concernant ces occurrences coraniques, rien par exemple que dans les Tafsir-s pre-bouyides, pour se convaincre que, selon les shiites, d'innombrables passages de la vulgate 'uthmanienne sont consacres aux differents aspects de la walaya des imams, et ce malgre la censure. D'ou le hadith attribue a l'imam Ja'far: "Dieu a fait de notre walaya, nous la Famille de la Demeure, le pivot (qutb) autour duquel gravite le Coran." (28)

QUESTION DES PILIERS DE L'ISLAM

Cette importance fondamentale, essentielle de la walaya dans l'economie du sacre fait qu'elle est consideree comme un des Piliers (da'a'im), sinon le Pilier de l'Islam. (29) M. M. Bar-Asher souligne avec pertinence que la walaya des imams constitue, pour les shiites, l'obligation canonique la plus importante et une condition prealable a toutes les autres. Le grand nombre des traditions presentant la walaya comme un des Piliers, ainsi qu'un certain hombre de divergences entre ces traditions, lui font poser la question, comme avant lui a J. Eliash, s'il faut compter la walaya parmi les cinq Piliers ou bien comme un sixieme. (30) En effet, par exemple al-Kulayni (m. 329/940-1), pour ne citer que lui, dans un chapitre de ses Usul min al-Kafi consacre aux Piliers de l'Islam, rapporte 15 traditions, toutes remontant aux cinquieme et sixieme imams, ou la walaya est differernment comptee, selon les cas, parmi les Piliers: (31)
 L'Islam est bati sur cinq choses: la priere canonique,
 l'aumone, le jeune, le pelerinage a la Mecque et la walaya.
 Et cette derniere c'est ce vers quoi les gens ont ete appeles
 plus que les autres. (32)

 Les termes de la foi (hudud al-iman) sont: la shahada
 qu'il n'y a de dieu hormis Dieu et que Muhammad est l'envoye
 de Dieu, ajouter foi a ce que ce dernier apporta de la
 part de Dieu, les cinq prieres canoniques, l'aumone, le jeune
 du mois de ramadan, le pelerinage a la Mecque, la walaya
 l'egard du wali parmi nous (les imams) et l'hostilite a
 l'egard de notre ennemi ('adawat 'aduwwina) et enfin la
 frequentation des veridiques (al-dukhul ma'a l-sadiqin). (33)

 L'Islam se repose sur un trepied (athafi): la priere,
 l'aumone et Ia walaya. Aucun des trois ne peut se passer des
 deux autres. (34)


Il faut noter que lorsque des obligations canoniques comme la priere cultuelle, le jeune ou le pelerinage a la Mecque ne figurent pas sur une liste, cela ne signifie pas pour autant qu'elles ne font pas partie des Piliers mais plutot qu'elles sont integrees dans la walaya, puisque cette derniere est "la Clef" de toutes les autres. L'exemple eclairant est celui de la shahada: puisqu'il est impensable qu'elle ne soit pas comptee parmi les Piliers de l'Islam, quand elle est absente d'une liste c'est qu'elle est comprise dans la walaya car, pour un shiite, la shahada englobe une triple attestation: celle de l'unicite de Dieu, celle de la mission prophetique de Muhammad et celle de la walaya de 'Ali et les imams de sa descendance, (35) Sans l'imam, le wali de Dieu et sa walaya, point de religion. Sans la walaya, aucun des devoirs cultuels ne peut etre agree par Dieu. (36) Dans al-Mahasin, Abu Ja'far al-Barqi (m. 274/887 ou 280/893) consacre trois chapitres de son "kitab 'iqab al-a'mal" aux consequences de la meconnaissance des imams et de leur walaya. (37) Contentons-nous de quelques exemples typiques des traditions qui composent ces chapitres:
 Dieu a etabli 'Ali comme un repere ('alam) entre Luimeme
 et Sa creation et il n'y en a pas d'autres. Celui qui suit
 'Ali est un croyant, celui qui le rejette un incroyant et celui
 qui doute de lui, un associationniste. (38)

 ... (Dieu dit au Prophete): 'J'ai cree les sept cieux et ce
 qu'ils contiennent; J'ai cree les sept terres et ce qu'elles
 portent ... Si un de Mes serviteurs M'a invoque depuis le
 debut de la creation (jusqu'a la Resurrection ou) il vient a
 Ma rencontre en rejetant la walaya de "Ali, Je le precipiterai
 en enfer. (39)

 ... Si un serviteur adore Dieu pendant cent ans a la
 Mecque (litt. entre al-Rukn et al-Maqam, deux endroits
 sacres faisant partie de l'espace cultuel de la Mecque), s'il
 consacre ses journees au jeune et ses nuits a la priere
 jusqu'a ses vieux jours mais reste ignorant de notre verite
 (ou "droit," haqq i.e., walaya), il n'aura aucune recompense
 (de la part de Dieu). (40)

 Celui qui meurt sans avoir connu son imam, est mort de
 la mort des paiens de l'Ere de l'Ignorance
 (d'avant l'Islam--al-jahiliyya). (41)


Beaucoup d'autres traditions du meme genre sont rapportees par d'autres compilateurs anciens de hadith-s imamites:
 ... L'homme qui jeune toute la journee et qui prie toute la
 nuit mais rencontre Dieu (a la Resurrection) sans (porter)
 notre walaya, trouvera Dieu insatisfait et meme en colere
 contre lui. (42)

 ... N'etes-vous pas satisfaits (vous, les fideles des
 imams) qu'a cause de votre walaya a notre egard votre priere
 est agreee alors que la leur (celle des adversaires des imams)
 ne l'est pas, que votre aumone est acceptee alors que la leur
 ne l'est pas, que votre pelerinage est valide alors que le leur
 ne l'est pas.... (43)

 Le Prophete: 'Les imams, apres moi, sont au nombre de
 douze; le premier c'est 'Ali b. Abi Talib et le dernier le qa'im.
 Ce sont eux mes califes, mes legataires, mes awliya' et les
 Preuves de Dieu, apres moi-meme, aupres de ma communaute.
 Celui qui les reconnait est un croyant, et celui qui ne
 les reconnait pas, un infidele. (44)


NIVEAUX SEMANTIQUES ET IMPLICATIONS THEOLOGIQUES ET ESCHATOLOGIQUES

Problematique centrale et motif principal de la revelation coranique, aussi bien dans sa version originelle integrale que dans le textus receptus dit censure, Pilier supreme de l'Islam et devoir canonique prioritaire determinant la validite de tousles autres, la walaya constitue, pour les shiites, le noyau de la religion sans lequel celleci perd toute sa consistance. D'ou lui vient cette importance sacrale? Que signifie-t-elle au juste pour la conscience religieuse shiite? H. Corbin y a consacre des pages importantes. (45) L'examen synthetique qui va suivre tente d'apporter un modeste complement a ces pages, en s'appuyant surtout sur les sources les plus anciennes de hadith imamite, sources somme toute peu exploitees par le grand savant francais, ainsi que sur des etudes parues pour la plupart apres son deces. (46)

Dans une note du Guide divin, je proposais une definition rapide de la walaya: "A la difference de la complexite semantique du terme walaya dans la langue administrative, sociale et religieuse des debuts de l'Islam et plus tard dans la terminologie technique du soufisme, la walaya a, dans le contexte du shi'isme primitif, un sens assez simple comportant deux significations interdependantes et complementaires: appliquee aux imams des differents prophetes, elle designe leur statut ontologique ou leur mission sacree initiatique; plusieurs sens contenus dans la racine WLY se retrouvent dans cette signification: le wali--imam est "l'ami" et "l'aide" le plus proche de Dieu et de Son prophete, il "suit" immediatement ce dernier dans sa mission, il est "le chef," "le maitre" par excellence des croyants. Dans cette acception, le wali est synonyme de wasi (l'heritier), le legataire (de la cause sacree des prophetes) ou de mawla (applique a l'imam = le maitre, le guide protecteur, le patronus). Appliquee aux fideles des imams, la walaya designe l'amour, la foi et la soumission infaillible que l'initie doit a son guide initiateur sacre; dans cette acception, le terme devient l'equivalent de tawalli (etre l'ami fidele ou le protege obeissant de quelqu'un). Les "vrais shi'ites" sont appeles les mutawalli des imams...." (47) Examinons de plus pres ces deux niveaux semantiques.

1. La walaya en relation avec l'imam

La walaya, en taut que mission sacree dans imams, est l'equivalent de l'imamat, c'est-a-dire en un mot la direction temporelle et spirituelle des fideles. Dans ce sens, on pourrait la traduire par "pouvoir" et meme "saint pouvoir" puisqu'elle est octroyee aux imams par election divine. Si l'imam est appele a diriger les fideles apres le depart du prophete, c'est que l'imamat/ walaya est le complement indispensable de la prophetie (nubu'a), en accord avec le couple shiite zahir / batin en acte a tous les niveaux de realite. (48) Selon cette conception, le prophete (nabi) est le messager de la lettre de la Revelation (tanzil) pour la masse ('awamm) qui constitue la majorite (akthar) d'une communaute donnee. Parallelement, l'imam (wali), completant la mission prophetique, enseigne le sens spirituel cache (ta'wil) de la Revelation a une minorite (aqall) qui constitue l'elite (khawass) de cette communaute. (49) Sans l'enseignement initiatique de l'imam, le texte de la Revelation ne delivre pas ses profondeurs, comme une lettre dont l'esprit serait reste meconnu. C'est pourquoi le Coran est appele le Livre Silencieux ou le Guide silencieux, muet (imam samit), alors que l'Imam est dit etre le Coran parlant (qur'an natiq). (50) "Il y a quelqu'un parmi vous, aurait dit le Prophete, qui combat pour l'interpretation spirituelle (ta'wil) du Coran comme moi-meme j'ai combattu pour la lettre de sa revelation (tanzil), et cette personne c'est 'Ali b. Abi Talib." (51) Comme on le sait, dans le hadith shiite ancien, Muhammad, prophete legislateur par excellence, archetype de la nubu'a, peut symboliser la prophrtie ou encore l'ensemble des prophetes; tout comme 'Ali, imam par excellence, archetype de la walaya, peut etre le symbole supreme de l'imamat ou de l'ensemble des imams. (52) C'est qu'en effet, scion la prophetologie imamite, tousles prophetes, messagers de la lettre, du zahir, de diverses revelations divines, etaient accompagnes dans leur mission d'un ou de plusieurs imams lesquels avaient pour tache le devoilement du sens cache, du batin, de la Parole de Dieu. (53)

Cet aspect des choses et ce sens de la walaya / imamat sont assez bien connus et il n'est pas besoin d'y insister longuement. Mais il y a plus. La walaya designe aussi la nature essentielle de la Figure de l'imam, son statut ontologique. Or l'imam/wali, dans la realite ultime de son etre, est le lieu de manifestation de Dieu (mazhar, majla), le vehicule des Noms et Attributs divins (al-asma' wa l-sifat). "Par Dieu, aurait dit l'imam Ja'far, nous (les imams), nous sommes les Plus Beaux Noms (de Dieu)." (54) L'imam est ce qui revele Dieu, l'acces a ce qui peut etre connu en Lui, le Deus Revelatus, le zahir de Dieu. Le batin de Dieu, Sa Face inconnaissable a jamais cachee, est le niveau de l'Essence (al-dhat), le Deus Absconditus. (55) On n'insistera jamais assez sur cette conception fondamentale de la walaya en esoterisme shiite. Qu'il s'agisse, comme je le pense, d'une doctrine tres ancienne professee par les imams eux-memes, (56) au moins depuis l'epoque de Ja'far al-Sadiq (m. 148/765) selon M. G. S. Hodgson, (57) ou bien de croyances provenant de cercles de shiites "extremistes," ayant contamine plus tard l'imamisme dit "modere," comme le soutient H. Modarressi, (58) toujours est-il que cette conception divine de l'imam est rapportee par les ouvrages d'autorite en hadith les plus anciens, des la seconde moitie du 3e/9e siecle, (59) et fait donc partie integrante de la conscience religieuse imamite au moins depuis un millenaire. Les chercheurs l'oublient trop souvent, surement parce que les shiites eux-memes en parlent peu ou par allusion, sans doute par discipline de l'arcane.

D'ou certains propos remontant aux imams que l'on rapprochera inevitablement aux shatahat ("paroles paradoxales") des mystiques: (60) "... Je suis le Retributeur (dayyan) des hommes le jour de la Retribution, aurait dit 'Ali; je suis celui qui partage entre le Jardin et le Feu, n'y rentre personne si ce n'est par mon partage. Je suis le Juge Supreme (al-faruq al-akbar) ... Je detiens la Parole tranchante (fasl al-khitab); je detiens la Vue penetrante de la Voie du Livre ... Je possede la Science des destins et des malheurs et celle des jugements. Je suis le Parachevement de la Religion. Je suis le Bienfait de Dieu pour Ses creatures." (61) Ou encore: "Je suis l'Abeille-reine (ya'sub) des inities; je suis le Premier parmi les Anciens; je suis le successeur de l'envoye du seigneur des mondes; je suis le Juge du Jardin et du Feu...." (62) Dans une tradition remontant au Prophete, celui-ci declare a propos de 'Ali: "Voici l'imam le plus resplendissant, la Lance de Dieu la plus longue, le Seuil de Dieu le plus large; que celui qui cherche Dieu rentre par ce Seuil ... Sans 'Ali, le vrai ne serait pas distingue du faux, nile croyant de l'incroyant; sans 'Ali, Dieu n'aurait pas pu etre adore ... Aucun Rideau (sitr) ne lui cache Dieu, nul Voile (hijab) entre Dieu et lui. Non! 'Ali lui-meme est Rideau et Voile...." (63)

Une tradition fait dire a al-Hasan b. 'Ali: "Nous (les imams), nous sommes les Premiers et les Derniers; nous sommes les Commandeurs; nous sommes la Lumiere. La Lumiere des etres spirituels provient de nous. Nous illuminons par la Lumiere de Dieu. Nous rendons joyeux par Sa Joie (ou "nous spiritualisons par Son esprit"--nurawwihu bi rawhih / ruhih--le pronom possessif, ici comme ci-apres, peut se rapporter aussi bien a la Lumitre qu'a Dieu; l'ambiguite est bien sur volontaire); En nous, son habitacle; vers nous, sa source. Notre premier est identique a notre dernier et notre demier identique a notre premier." (64)

D'apres une tradition rapportee par de nombreuses sources, l'imam 'Ali b. al-Husayn Zayn al-'Abidin se transforma une fois en etre aile et disparut, devant les yeux ebahis de ses disciples, dans le ciel. De retour, il declara qu'il avait voyage au plus haut des cieux (a'la 'illiyyin) et dit avoir repondu ainsi a un adepte: "C'est nous (les imams) qui avons confectionne le plus haut ciel, alors comment ne pourrions-nous pas l'escalader? Nous sommes les Porteurs du Trone (divin) ('arsh) et nous sommes sur le Trone. Le Trone et le Siege (kursi) sont a nous." (65)

Selon un hadith de l'imam Ja'far: "Nous manifestons la Lumiere dans les tenebres. Nous sommes la Demeure Frequentee (al-bayt al-ma'mur; le Coran 52 (al-tur): 4) ou celui qui entre est en securite. Nous sommes la Magnificence et la Grandeur de Dieu ... Nous sommes hors de toute description; grace a nous les yeux s'illuminent, les oreilles entendent, les coeurs se remplissent de foi...." (66) Le meme sixieme imam est dit avoir declare: "Dieu a fait de nous Son Oeil parmi Ses adorateurs, Sa Langue Parlante parmi Ses creatures, Sa Main de bienveillance et de misericorde etendue au-dessus de Ses servieteurs, Sa Face grace a laquelle on se dirige vers Lui, Son Seuil qui guide vers Lui, Son Tresor au ciel et sur la terre.... C'est par notre acte d'adoration que Dieu est adore; sans nous, Dieu ne saurait etre adore." La derniere phrase (bi 'ibadatina 'ubida 'llah law la nahnu ma 'ubida 'llah) peut tout anssi bien se life: "C'est par le fait que nous (les imams) sommes adores que Dieu est adore; sans nous, Dieu ne saurait etre adore"; ici aussi l'audacieuse equivocite semble deliberee. (67)

Pour clore la liste, qui n'est bien entendu pas exhaustive, rapportons ce dialogue entre le meme Ja'far al-Sadiq et un de ses disciples qui lui demande si, le Jour de la Resurrection, les croyants inities (al-mu'minun) pourront voir Dieu. L'imam repond: "Oui, mais ils L'ont deja vu bien longtemps avant l'avenement du Jour." "Quand cela?" "Lorsque Dieu leur demanda: 'Ne suis-Je pas votre Seigneur et ils repondirent certes' (Coran 7 [al-a'raf]: 172)." Le disciple rapporte qu'ensuite son maitre demeura silencieux et recueilli pendant un long moment puis declara: "Les inities Le voient deja dans ce monde-ci avant le Jour de la Resurrection. Ne Le vois-tu pas toimeme en ce moment meme devant toi? (c'est-a-dire en ma personne)." "Puisse-je te servir de rancon, est-ce que je peux rapporter ce propos sous ton autorite?" "Non, car un negateur, ignorant le vrai sens de ces mots, l'utilisera pour nous accuser de l'assimilationnisme et de l'infidelite." (68)

Cet aspect de la walaya caracterise l'Imam, avec un grand i, dans son acception cosmique, archetypique, metaphysique, Homme Parfait, Homme divin voire HommeDieu, c'est-a-dire le wali comme lieu de manifestation des Attributs de Dieu. Les dernieres phrases du dialogue entre Ja'far al-Sadiq et son disciple montrent bien que cette notion constitue un secret qu'il faut garder de ceux qui n'en sont pas dignes. Il s'agirait meme du Secret ultime de l'enseignement des imams. (69) "Toute chose a un secret, le secret de l'Islam c'est le shiisme (litteralement: les shiites, al-shi'a) et le secret du shiisme c'est la walaya de 'Ali." (70) Si on accorde aux termes leurs sens techniques, on peut comprendre que le secret qui se cache derriere la lettre d'une religion, c'est l'enseignement esoterique de ses initirs et le secret central de cet enseignement c'est la divinite' de l'Imam, du Guide divin. "Quelque chose en toi ressemble a Jesus fils de Marie, aurait dit le Prophete a 'Ali, et si je ne craignais pas que certains groupes au sein de ma communaute ne disent ce qu'ont dit les chretiens an sujet de Jesus, je revelerais quelque chose a ton egard qui aurait fait que les gens ramasseraient la poussiere de tes pas afin d'en recevoir la benediction." (71) Cette dimension secrete de la walaya serait ainsi l'esoterique de l'rsoterique (batin al-batin) de l'enseignement des imams. D'ou des hadith-s tels que: "Notre enseignement est la verite, la verite de la verite; il est l'exoterique et l'esoterique et l'esoterique de l'esoterique; il est le secret et le secret d'un secret, un secret protege, cache par un secret." (72)

"Notre doctrine (amr: cause, ordre, affaire, enseignement ... le terme est souvent identifie, on l'a vu, a walaya) est un secret contenu dans un secret, un secret bien protege, un secret dont ne profite qu'un secret, un secret voile par un secret." (73)

"Notre doctrine est cachee, scellee par le Pacte originel (al-mithaq--je reviendrai sur la pre-existence de la walaya), Dieu rendra meprisable celui qui la devoile." (74)

On pourrait dire que l'imam/wali historique, physique, maitre initiateur par excellence, est le gardien d'un Secret dont l'Imam metaphysique, siege de la walaya cosmique, est le contenu: "Nous sommes le Tresor (khazana) et les Tresoriers (khuzzan/khazana) du Secret de Dieu." (75) Les deux sens de la walaya, en relation avec l'imam, sont donc indissociables: d'abord, l'imam historique est le lieu de manifestation de l'Imam cosmique, tout comme celuici, theophanie par excellence, est le lieu de manifestation de Dieu. Ensuite, le contenu ultime, la "moelle" de l'enseignement de l'imam historique, et donc la substance secrete des differentes Revelations, le veritable esprit cache sous la lettre de ces demieres, c'est le Mystere de l'Imam ontologique.

La walaya, a ce niveau, peut se traduire par "Amitie" (avec Dieu), "Alliance" (avec Dieu), "Proximite" (de Dieu), notions caracterisant routes la plus haute forme de "Saintete" (traduction conventionnelle de walaya), tout en sachant qu'aucun de ces termes, bien que correspondant evidemment a quelques significations que recele la racine WLY, n'est a la hauteur du contenu theologique de cette dimension particuliere de notre notion. C'est dans ce sens que celle-ci constitue l'esoterique de la mission et du message prophetique: al-walaya batin al-nubu'a, comme n'ont cesse de scander inlassablement les auteurs shiites. Elle est le terme central de toute une strie de "couples complementaires" caracterisant la dialectique du manifeste et du cache dans le shiisme:
manifeste cache

zahir batin
nabi wali
Muhammad 'Ali
tanzil ta'wil
islam iman
muslim mu'min
akthar / 'amma aqall / khassa (76)


Qu'il s'agisse de la mission de l'imam ou bien de son statut ontologique, autrement dit aussi bien dans le sens de l'imamat historique que dans celui de l'imamat metaphysique, la walaya de l'imam est dite etre aussi vieille que la creation:
 Lorsque Dieu le Tres-Haut crea les cieux et la terre, aurait dit le
 Prophete, Il les appela et ils repondirent, puis il leur presenta ma
 nubu'a et la walaya de 'Ali b. Abi Talib et ils les accepterent.
 Puis Dieu crea les creatures et confia a nous deux l'affaire de
 (leur) religion (amr al-din). C'est ainsi que l'heureux est heureux
 par nous et le malheureux, malheureux par nous. Nous sommes ceux qui
 rendons licite ce qui est licite pour eux et illicite ce qui est
 illicite pour eux. (77)


La walaya impregne toute l'Histoire de l'humanite et en constitue la substance spirituelle puisqu'elle se trouve au coeur de toutes les Revelations et toutes les missions prophttiques. Al-Saffar al-Qummi (m. 290/902-3) a consacre plusieurs chapitres de la seconde section de son livre Basa'ir al-darajat a ces questions. (78) Selon de nombreuses traditions, remontant principalement aux 5e et 6e imams, Muhammad al-Baqir et Ja'far al-Sadiq, le Pacte pretemporel (al-mithaq), conclu entre Dieu et les creatures a l'aube de la creation et auquel le Coran 7 (al-a'raf): 172 est cense faire allusion, concerne surtout la walaya. (79) D'autres hadith-s precisent que seuls les "elites" de la creation preterent serment de fidelite a l'egard de la walaya de 'Ali (i.e., l'Imam cosmique) a savoir: les Rapproches (al-muqarrabun) parmi les anges, les Envoyes (al-mursalun) parmi les prophetes et les Eprouves (almumtahanun) parmi les croyants. (80) Selon une tradition prophetique, dans le Monde pre-existentiel des Ombres ('alam al-azilla), le statut des prophetes ne fut paracheve que lorsqu'ils connurent la walaya des Impeccables. (81)

De meme le Pacte accorde a Adam, duquel parle le Coran 20 (taha): 115, concerne la walaya. (82) Celle-ci constitue la raison essentielle de toute mission prophetique:
 Aucun prophete ni aucun envoye n'a ete missione, si
 ce n'est par (ou "pour") notre walaya (bi-wilayatina). (83)

 Notre walaya est la walaya de Dieu. Tout prophete n' a
 ete envoye (par Dieu) que pour/par elle. (84)

 La walaya de 'Ali est inscrite duns tousle livres des prophetes;
 tout envoye n'a ete missionne que pour proclamer la prophetie de
 Muhammad et la walaya de 'Ali. (85)


Comme nous l'avons deja vu, le Coran, dans sa "version integrale originelle," aurait mentionne clairement le fait: Q.42 (al-shura): 13: "Il a etabli pour vous o Famille de Muhammad, en fait de religion, ce qu'Il avait prescrit a Noe, et ce que Nous te revelons o Muhammad, et ce que Nous avions prescrit a Abraham, a Moise et a Jesus: "Etablissez la religion de la Famille de Muhammad, ne vous divisez pas a son sujet et soyez unis. Combien parait difficile aux associationnistes, ceux qui associent a la walaya de 'Ali (i.e., d'autres walaya-s); ce vers quoi tu les appelles concernant la walaya de 'Ali. Certes Dieu guide, o Muhammad, vers cette religion celui qui se repent, celui qui accepte ton appel vers la walaya de 'Ali (au lieu de: Dieu choisit et appelle a cette religion qui Il veut; Il guide vers elle celui qui se repent)." (86)

Si Adam fut chasse du paradis, c'est parce qu'il avait oublie la walaya. (87) Si le prophete Jonas fut enferme dans le ventre de la baleine, c'est parce que, pendant un moment, il avait refuse fidelite a la walaya. (88) Si certains israelites furent metamorphoses en poisson ou lezard, c'est qu'ils avaient neglige la walaya. (89) C'est que sans la walaya, point de religion. Sans l'espirit, la lettre est morte, n'est que coquille vide, depouille sans vie. Il est donc tout a fait normal que l'Islam, la religion ultime du plus parfait des prophetes, soit encore plus que d'autres centre sur la walaya; plus, si Muhammad est Muhammad, c'est qu'il a ete initie, ecore plus que d'autres prophetes, en particulier pendant ces ascensions celestes, aux mysteres de la walaya de l'Imam, de l'Homme-Dieu symbolise par le 'Ali cosmique: "'Ali est un Signe de Dieu (aya--au meme titre qu'un verset du Coran) pour Muhammad. Celui-ci n'a fair qu'appeler (les gens) a la walaya de 'Ali." (90)

Commentant le Coran 91 (al-inshirah):1, sur la vocation prophetique de Muhammad, "N'avons-Nous pas ouvert pour toi (o Muhammad), ta poitrine?," l'imam Ja'far est dit avoir proclame: "Dieu lui a ouvert la poitrine a la walaya de 'Ali." (91)

"L'ange Gabriel vint a moi, aurait dit le Prophete, et me dit: 'Muhammad! ton Seigneur t'ordonne l'amour (hubb) et la walaya de 'Ali." (92)

"Le Prophete fut cent vingt fois eleve au ciel; pus une seule fois ne se passa sans que Dieu lui eut confie la walaya de 'Ali et des imams (qui viennent) apres celui-ci, bien plus que ce qu'Il lui recommanda au sujet des devoirs canoniques." (93) C'est pourquoi "La walaya de 'Ali aupres du Prophete n'a rien de terrestre, elle vient du ciel, de la Bouche meme de Dieu (mushafahatan; i.e., message recu oralement par Muhammad lots de ses ascensions celestes)." (94)

La walaya constitue donc le message central de l'Islam et de toutes les religions qui Font precede: "Dieu a fait de notre walaya, nous la Famille de la Demeure, le pivot (qutb) autour duquel gravite le Coran ainsi que le pivot de tousles Livres (saints). C'est autour d'elle que tournent les versets clairs du Coran, (muhkam al-qur'an), c'est d'elle que sont remplis les Ecritures, par elle que se reconnait clairement la foi...." (95)

Nier la walaya de l'imam revient donc a nier toutes les revelations celestes. Et pour cause: la walaya des Impeccables, des Guides theophaniques, exemples vivants de la deification possible de l'homme, est le but ultime de la creation: "La walaya de Muhammad et de ses descendants est le but ultime et l'objectif le plus haut (al-gharad al-aqsa wa l-murad al-afdal). Dieu ne crea les creatures et ne missionna les envoyes que pour appeler a la walaya de Muhammad, de 'Ali et des successeurs de ce dernier." (96)

C'est le message partout present, de maniere explicite ou implicite, dans le corpus imamite ancien: la walaya constitue le centre et le sens de la nubu'a, tout comme le batin est la raison d'etre du zahir. (97)

2. La walaya en relation avec le fidele de l'imam

Le second niveau semantique de la walaya concerne les fideles des imams, appeles parfois ahl al-walaya. Elle designe l'amour, la fidelite, la devotion, la loyaute et la soumission que l'adepte doit a son maitre initiateur, toutes notions contenues dans la racine WLY. Ici, elle est synonyme d'autres masdar-s issus de la meme racine, comme tawalli / tawalla (5e forme) on encore muwalat (3e forme). Dans ce sens, on pourrait dire que le shiisme est la religion d'amour pour le Guide divin: "La walaya c'est l'amour (al-walaya al-mahabba)," selon le mot lapidaire attribue a Ja'far. (98)

"Par Dieu, aurait dit encore une fois le meme sixieme imam, si une pierre nous aime, Dieu la ressuscitera avec nous; la religion est-elle autre chose que l'amour?" (99)

Ou encore "Toute chose a un fondement (asas); le fondement de l'Islam c'est l'amour a notre egard, nous la Famille de la Demeure (du Prophete)." (100)

C'est sans doute dans ce sens qu'il faut comprendre ce genre d'expression, tres recurrente dans le hadith: inna walayat 'Ali (et/ou al-a'imma) walayat rasul Allah wa walayat rasul Allah walayat Allah, "l'amour de 'Ali (et/ ou des imams) c'est l'amour de l'Envoye de Dieu (Muhammad) et l'amour de l'Envoye de Dieu c'est l'amour de Dieu." (101)

Cependant dans une doctrine fortement marquee par une conception dualiste du monde et de son Histoire, l'amour envers l'imam ne va jamais sans la haine l'egard de son ennemi. Selon cette conception, le fidele ne peut pas seulement s'allier aux forces de la Lumiere, il doit en meme temps se dissocier des puissances des Tenebres. Etant donne le role fondamental de la connaissance dans la vision du monde shiite, (102) etre solidaire ou faire partie des forces de l'initiation va de pair avec l'hostilite a l'egard de celles de la contre-initiation car ces dernieres usent de leur pouvoir et de leur violence pour reprimer voire supprimer les gens de la gnose salvatrice. La walaya/tawalli est donc ici indissociable de son oppose la bara'a / tabarri-tabarra. (103)

"L'anse la plus solide de la foi (... plus que la priere, l'aumone, le jeune, le pelerinage a la Mecque et la guerre sainte ...) c'est l'amour (hubb) en Dieu et la haine (bughd) pour Dieu, l'amitie (tawalli) des amis de Dieu et l'inimitie (tabarri) envers les ennemis de Dieu." (104)

"... L'amitie (walaya) de 'Ali est une bonne action (hasana) que ne peut entamer aucune mauvaise (sayyi'a) ... et l'amitie des adversaires (addad) de 'Ali est une mauvaise action que ne peut racheter aucune bonne." (105)

"... L'amour (walaya) de Dieu ne s'obtient que grace a l'amour envers Ses amis (awliya') et l'hostilite (mu'adat) a l'egard de Ses ennemis." (106)

Selon de nombreuses traditions que l'on fait remonter au Prophete lui-meme, l'amour des imams ne peut etre agree que lorsqu'il est accompagne de la dissociation a l'egard de leurs ennemis: "... 'Ali! La walaya a ton egard et a l'egard des imams de ta descendance n'est acceptee que grace a la bara'a envers tes ennemis et ceux des imams de ta descendance. C'est l'ange Gabriel en personne qui me dit cela." (107)

"... Par Celui qui m'a envoye en messager et m'a elu parmi toutes Ses creatures, si quelqu'un adore Dieu pendant mille ans, cela ne sera pas agree par Dieu s'il ne professe pas en meme temps ta walaya, o 'Ali et celle des imams de ta descendance et ta walaya n'est acceptee que si elle est accompagnee de la bara'a envers tes ennemis et les ennemis des imams de ta descendance." (108)

Dans l'economie du sacre et la vie spirituelle, la bara'a est donc aussi fondamentale que la walaya. C'est pour cette raison que l'on pourrait les traduire par Amour sacre et Haine sacree. (109) Dans certaines traditions, la bara'a est consideree, tout comme la walaya, comme faisant partie des Piliers de l'Islam. (110) Selon un hadith remontant a al-Baqir: "Dieu n'envoya les prophetes que pour l'Amour sacre envers nous (les imams) et la Haine sacree a l'egard de nos ennemis." (111)

"La foi est-elle autre chose que l'amour et la haine?" (hal al-iman illa al-hubb wa al-bughd), selon un propos dense remontant a Ja'far al-Sadiq. Si l'on donne aux termes leurs sens techniques, on peut comprendre: l'enseignement esoterique au sein d'une religion est-il autre chose que l'amour a l'egard des imams, des sages initiateurs, de cette religion et la haine envers les adversaires de ces derniers? (112)

La lutte entre le Bien et le Mal, entre la Connaissance et l'Ignorance, entre la Lumiere et l'Obscurite est inscrite dans la trame de l'existence. D'apres les traditions cosmogoniques, ce qui marque la creation des son origine, c'est le combat entre les Armees de l'Intelligence cosmique, al-'aql, et celles de l'Ignorance cosmique, al-jahl, respectivement symboles et archetypes de l'Imam et ses adeptes d'une part, l'Ennemi de l'Imam et ses partisans d'antre part. (113) Ce Combat se repercute a toutes les epoques, a tousles cycles de l'Histoire, opposant les prophetes et les imams de chaque religion, les Gens de la Droite (ashab al-yamin), aux forces de l'ignorance, les Gens de la Gauche (ashab al-shimal). Selon Ithbat al-wasiyya, depuis la creation d'Adam, le monde a connu deux sortes de "gouvernement" (dawla): celui de Dieu ou prophetes et imams, les Guides de la Lumiere et de la Justice (a'immat al-nur, a'immat al-'adl) peuvent enseigner ouvertement la religion de la walaya, et celui d'Iblis ou cette derniere ne peut etre pratiquee que secretement, puisque le monde est sous l'influence des Guides des tenebres et de l'injustice (a'immat al-zalam, a'immat al-z.ulm). Iblis ayant ete l'Adversaire (didd) d'Adam, l'histoire de l'humanite adamique est marquee par l'adversite et la violence des forces demoniaques de l'ignorance qui pendant le present cycle seront toujours dominantes et majoritaires, poussant la minorite d'inities persecutes a la marginalite et l'isolement. (114) Les Adversaires de la walaya, desquels le fidele shiite est appele a se dissocier, ne sont pas forcement des paiens et des incroyants. Les Israelites qui trahirent Moise en se vouant au culte du Veau d'Or, ou encore les Compagnons de Muhammad qui rejeterent 'Ali, ne sont pas des non-juifs ou des non-musulmans mais ceux qui rejettent l'esoterique de la religion, vidant celle-ci de tout ce qu'elle a de plus profond, devenant ce que le hadith appelle "le muslim egare'," c'est-a-dire soumis a la seule lettre de la Revelation et egare puisque rejetant la walaya. (115)

La bara'a, tout comme son inseparable oppose la walaya, est aussi vieille que le monde. Ce couple d'opposes est au centre de la vision du monde dualiste des shiites, vision du monde illustree par toute une serie de couples d'opposes caracterisant la dialectique du Bien/Connaissance et du Mal/Ignorance:
Bien/Connaissance Mal/Ignorance

imam 'aduww al-imam
a'immat al-nur/al-'adl a'immat al-zalam/al-zulm
'aql jahl
ashab al-yamin ashab al-shimal
walaya/tawalli/muwalat bara'a/tabarri/mu'adat


Venu a l'etre des l'Origine de l'univers, le couple Amour sacre/Haine sacree determine l'eschatologie aussi: "Celui qui entre dans la walaya des descendants de Muhammad est entre duns le paradis; celui qui entre dans la walaya de leurs ennemis, est entre en enfer." (116) Cette tradition, dite a peu de choses pres avec les memes mots ou sous d'autres formulations, est repetee des centaines de fois dans la litterature de hadith. Le salut du a l'amour porte aux imams commence des le moment de la mort (ihtidar) et l'interrogatoire de la tombe (al-musa'ala fi l-qabr) mene par les deux anges Nakir et Munkar. Dans un tres long hadith remontant toujours au sixieme imam, il est dit comment, au moment du deces de celui qui porte l'amour de 'Ali, celui-ci ainsi que Muhammad et l'ange Gabriel se presentent aupres de l'ange de la mort pour lui demander d'aimer le mourant et false en sorte que la mort lui soit douce. (117) "... Pas un seul mort, au Levant comme au Couchant, sur terre aussi bien qu'en mer, sans que Munkar et Nakir ne l'interroge sur la walaya de 'Ali, le questionnant au sujet de son Seigneur sa religion, son prophete et son imam...." (118) Nous avons deja vu que la recompense (thawab) dans l'au-dela ne s'obtient que grace a la walaya. Les traditions les plus radicales dans ce sens ont ete rapportees, peut-etre pour la premiere fois de facon systematique, par al-Barqi dans ses Mahasin: "... Pour celui qui nous aime, nous la Famille de la Demeure, et pour lequel cet amour s'es realise dans le coeur (huqqiqa (?) hubbuna fi qalbih) pour celui-la les sources de la sagesse couleront de sa langue et la foi se renouvellera dans son coeur. Il lui sera compte la recompense de soixante dix prophetes, soixante dix croyants sinceres, soixante dix martyrs et soixante dix adorateurs ayant adore Dieu pendant soixante dix ans." (119)

"Portez l'affection (mawadda) de la Famille de la Demeure car celui qui rencontre Dieu en portant notre amour, il rentrera au paradis par notre intercession (shafa'a). Par Celui qui a ma vie en main, aucune action ne profite a personne si ce n'est par la connaissance de notre verite (haqq; une des appellations de la walaya comme on l'a deja vu)." (120)

"Celui qui desire regarder Dieu sans voile et que Dieu le regarde sans voile, qu'il aime les descendants de Muhammad (i.e., les imams) et qu'il se dissocie de leurs ennemis; qu'il ait pour imam l'un d'entre aux afin que le Jour de Resurrection Dieu le regarde sans voile et qu'il regarde Dieu sans voile." (121)

A ce niveau semantique, la walaya--synonyme de mahabba / hubb (amour), mawadda (affection) ou encore taslim (soumission, fidelite sans faille, obedience) (122)--se trouve dirigee soit vers l'imam historique, stir a travers celui-ci vers l'Imam metaphysique, le Deus Revelatus. Le premier casse trouve a la base de la genese et du developpement du culte bien connu des imams, plus particulierement dans le shiisme populaire. Le second casse rencontre surtout chez les philosophes, les theosophes et les mystiques.

Ainsi, on peut mieux comprendre comment la conscience religieuse shiite, duns ses differentes composantes, peut percevoir les multiples strates de la fameuse phrase que Muhammad est cense avoir prononcee pendant son discours a Ghadir Khumm et que les imamites appellent le "hadith de la walaya," puisqu'a leurs yeux le prophete y proclame l'investiture de 'Ali au califat temporel et spirituel: "Que celui qui me considere comme son mawla prenne 'Ali pour mawla. Mort Dien aime celui qui l'aime (i.e., 'Ali) et sois ennemi de celui qui lui est hostile." (123)

CONCLUSION

La walaya, dans son sens technique shiite, possede done trois significations principales, complementaires et interdependantes: l'imamat, l'amour de l'imam et la theologic de l'Imam metaphysique. (124) Significations complementaires et interdependantes en effet. Rappelons une evidence: si l'imamat historique, l'Imamat metaphysique ou la theologie de la Face divine de l'Imam et encore l'Amour envers l'imam/Imam sont toss designes par un seul et unique terme de walaya, c'est qu'il y a, dans [a conscience religieuse shiite, un lien organique entre ces trois significations principales: l'imamat historique est fondamentalement la religion d'Amour de la Face de Dieu qu'est l'Imam cosmique. (125) Il est meme fort interessant de relire les passages contenant ou concernant la walaya, dans "le Coran des imams," la vulgate ou encore dans les traditions sur les Piliers de l'Islam a la lumiere de l'une ou l'autre ou bien l'ensemble de ces significations. Selon la conception shiite, la connaissance de Dieu et de Son Message transmis a travers les revelations faites aux prophetes a pour objectif ultime la connaissance de l'imam et l'amour a son egard. A partir de la, commence "le voyage de retour": la connaissance et l'amour de l'imam guide le fidele vers la connaissance de la realite secrete de celui-ci laquelle n'est autre que la Face revelee de Dieu. Ce double mouvement descendant et ascendant, de Dieu a l'imam et de l'imam a Dieu, caracterisant la spiritualite gnostique du fidele, peut etre illustre par les deux hadith-s suivants:
 Mon Dieu, fais-toi connaitre a moi, car si Tu ne me fais pas
 connaitre Toi-meme, je ne connaitrai pas Ton prophete. Mon Dieu,
 fais-moi connaitre Ton prophite, car si Tu ne me fais pas connaitre
 Ton prophete, je ne connaitrai pas Ta Preuve (hujja, i.e., imam).
 Mon Dieu, fais-moi connaitre Ta Preuve, car si Tu ne me fais pas
 connaitre Ta Preuve, je m'egarerai loin de ma religion.... (126)

 L'imam al-Husayn: 'Dieu ne crea les creatures que pour qu'elles Le
 connaissent et L'adorent ...'

 Un disciple: 'Qu'est-ce que la connaissance de Dieu?"

 L'imam: 'La connaissance, a chaque epoque, de l'imam de cette
 epoque....' (127)


C'est pourquoi dans le shiisme, soit une lois est fondee sur la walaya, sur le fond esoterique de tout message prophetique, soit elle n'existe tout simplement pas, c'est-a-dire qu'elle ne peut etre dans ce cas qu'une pseudo-foi. Que l'on pense a cet egard aux traditions sur les Piliers de l'Islam, aux trois formules de la shahada dont la troisieme concerne la walaya de 'Ali, ou encore a la recitation de ces formules lors de rappel a la priere (adhan), introduisant ainsi la walaya dans le rituel. Pour terminer, un mot sur l'aspect "organique" de la walaya, touchant l'anatomie subtile spirituelle. La walaya effectue la transmutation de la foi en experience religieuse et spirituelle intensement vecue. D'abord pour le commun des shiites evidemment, a travers le culte des imams, avec la naivete, les exces et les derives que l'on connait aux religions populaires. Mais aussi et surtout pour "l'elite" spirituelle en quete de la realisation de la Lumitre de la walaya (nur al-walaya). Celle-ci, loin d'etre une notion abstraite, semble designer une faculte spirituelle, une disposition interieure "organique" puisque transmissible physiquement aussi, et appelee la Lumiere unique et double de Muhammad et de 'Ali, ou plus communement la Lumiere de la walaya. Dans le prolongemerit de certains travaux d'U.Rubin, (128) j'ai consacre de longues etudes aux differents aspects de cette question qui constitue une des bases principales de la spiritualite pratique imamite. (129) Contentons-nous donc ici d'un tres bref resume des choses: des milliers d'annees avant la creation du monde, Dieu fait proceder de Sa propre Lumitre les entites lumineuses des Impeccables (Muhammad, Fatima, et les imams) et les initie aux Sciences divines. Ces Guides de Lumiere archetypiques enseignent a leur tour ces Sciences aux entites pre-existentielles des inities, crees apres eux sous forme de particules. A la creation du monde et du premier homme, la Lumiere initiatique de la walaya est deposee en Adam. Commence alors le long voyage de la Lumiere a travers la longue chaine des inities divins pour atteindre les Muhammad et 'Ali historiques. La transmission s'effectue selon un double cheminement: par une genealogie naturelle, physique, a travers la substance seminale, grace a "des reins benis et des matrices purifiees" et par une gentalogie spirituelle, initiatique, ou se succedent prophetes, imams et saints. Parvenue jusqu'a Muhammad, Fatima, 'Ali et les imams, manifestations terrestres de ses Vehicules originaires, la Lumiere atteint son intensite la plus forte. Elle passe ensuite par ceux-ci a leurs descendants physiques (130) et encore davantage a leurs fideles inities qui perpetuent sa transmission. C'est pourquoi en mystique imamite, un des objectifs spirituels les plus e1eves c'est realiser en sol, de diverses manieres--initiations, asceses, rites ou pratiques--la Lumiere de la walaya, localisee au niveau du coeur et dont les "composantes" essentielles sont la connaissance transformatrice et les capacites miraculeuses. Celui qui atteint cet objectif ne devient pas un imam, lequel a son statut theologique et ontologique propre, mais un saint semblable h l'imam et relie a lui, un wali, l'Allie ou l'Ami de Dieu, l'exemple vivant et agissant de la walaya. Pour la spiritualite imamite, un tel wali fait ipso facto partie de la "sainte Famille prophetique," a l'exemple de "l'etranger" Salman le Perse, au sujet duquel Muhammad aurait dit: "Salman fait partie de nous, la Famine de la Demeure" (131) ou encore le disciple al-Fudayl b. Yasar al-Nahdi au sujet de qui le cinquieme imam al-Baqir aurait declaro la meme chose. (132)

La foi shiite en general et imamite en particulier se meut autour de la double vision du monde que ron a evoquee plus haut: la conception duelle de la realite illustree par les "couples complementaires" (manifeste/cache; exoterique / esoterique; prophete/ imam; nubu'a / walaya, lettre de la Revelation / esprit de la Revelation, etc.) et la conception dualiste illustree par les "couples d'opposes" (Bien/Mal; imam / ennemi de l'imam; Connaissance/ Ignorance; Gens de la Droite / Gens de la Gauche; walaya / bara'a, etc.). La premiere pourrait etre symbolisee par un "axe vertical," puisque le passage du manifeste au cache rapproche du divin et de la comprehension des secrets de l'Etre. L'axe vertical de l'Initiation determine la spiritualite de l'humanite. De meme, a la seconde vision du monde on pourrait appliquer le symbole d'un "axe horizontal" car cet axe du Combat determine l'histoire de la creation, une histoire parcourue par le fil rouge de la lutte perpetuelle entre les forces de la connaissance et celles de rignorance. (133) La walaya, avec ses differentes significations, est la seule notion que l'on retrouve sur les deux "axes." Elle occupe une place fondamentale aussi bien dans la vision duelle que dualiste du monde. Elle constitue ainsi la substance meme de la religion du fidele shiite, aussi bien le commun que l'elite, lequel est invite a se maintenir constamment sur le point d'intersection des deux "axes." (134)

La serie des articles consacres aux "Aspects de l'imamologie duodecimaine" (desormais AID): Aspects de l'imamologie duodecimaine: I--"Remarques sur la divinite de l'Imam," Studia Iranica 25.2 (1996): 193-216; II-"Contribution a la typologie des rencontres avec l'Imam cache," Journal asiatique 284.1 (1996): 109-35; III--"L'Imam dans le ciel: Ascension et initiation," dans Le voyage initiatique en terre d'islam: Ascensions celestes et itineraires spirituels, ed. M. A. Amir-Moezzi (Paris: Bibliotheque de l'Ecole des Hautes Etudes, 1997), 99-117; IV--"Seul l'homme de Dieu est humain. Theologie et anthropologie mystique a travers l'exegese imamite ancienne," Arabica 45 (1998): 193-214; V--"Savoir c'est pouvoir: Exegeses et implications du miracle dans l'imamisme ancien," dans Miracle et Karama: Hagiographies medievales comparees, ed. D. Aigle (Paris: Bibliotheque de i'Ecole des Hautes Etudes, 2000), 251-86; VI--"Fin du Temps et Retour a l'Origine," Revue des Mondes Musulmans et de la Mediterranee, (no. special 91-94," Mahdisme et messianisme en Islam," ed. M. Garcia-Arenal, 2001): 53-72; VII-"Une absence remplie de presences: Hermeneutiques de l'Occultation chez les Shaykhiyya," Bulletin of the School of Oriental and African Studies 64.1 (2001): 1-18 (gad. anglaise dans The Twelver Shia in Modern Times: Religious Culture and Political History, ed. R. Brunner-W. Ende [Leiden: Brill, 2001], 38-57); VIII--"Visions d'Imam en mystique imamite moderne et contemporaine," dans Autour du regard: Melanges d'islamologie offerts a Daniel Gimaret, ed. E. Chaumont, et al. (Louvain-Paris, 2002), 97-125; IX--"Le combattant du ta'wil: Un poeme de Molla Sadra sur 'Ali," dans Festschrift Hermann Landolt, ed. T. Lawson (Londres: Institute of Ismaili Studies, sous presse).

(1) Sur ce sujet voir notamment J. Eliash, "The Shiite Qur'an: A Reconsideration of Goldziher's Interpretation," Arabia 16 (1969): 15-24; E. Kohlberg, "Some Notes on the Imamite Attitude to the Qur'an," dans Islamic Philosophy and the Classical Tradition: Essays Presented to Richard Walzer ..., ed. S. M. Stem, A. Hourani, V. Brown (Oxford, 1972): 209-24; T. Lawson, "Notes for the Study of a 'Shi'i Qur'an"' Journal of Semitic Studies 36 (1991): 279-95; M. A. Amir-Moezzi, Le Guide divin dans le shi'isme originel: Aux sources de l'esoterisme en Islam (Paris-Lagrasse, 1992): 200-227; M. M. Bar-Asher, "Variant Readings and Additions of the Imami-Shi'a to the Quran," Israel Oriental Studies 13 (1993): 39-74; idem, Scripture and Exegesis in Early Imami Shiism (Leiden, 1999), 88sqq. Voir aussi A. Falaturi, "Die Zwolfer-Schia aus der Sicht eines Schiiten: Problem ihrer Untersuchung," clans Festsehrift Werner Caskel (Leiden, 1968): 2-95; H. Modarressi, "Early Debates on the Integrity of the Qur'an," Studia Islamica 77 (1993): 5-39; P. Sander, "Koran oder Imam? Die Auffassung von Koran im Rahmen der imamitischen Glaubenslehren," Arabia (no. special: "Les usages du Coran: Presupposes et methodes," 47.3-4 (2000): 420-40; T. Bayhom-Daou, "The Imam's Knowledge and the Quran According to al-Fadl b. Shadhan al-Nisaburi (d. 260 A.H./874 A.D.)," Bulletin of the School of Oriental and African Studies 64.2 (2001): 188-207. Ces quatre dernieres etudes, paraissant plus ideologiques que scientifiques, comportent des problemes de methode et d'exploitation des sources. Les deux premiere tentent a tout prix de demontrer "l'orthodoxie" de l'attitude des shiites a l'egard du Coran, en tous temps et tous lieux. Les deux suivantes attribuent, sans convaincre, les critiques imamites a l'egard de la vulgate aux ghulat shiites et presentent le courant imamite "principal" (duquel s'agit-il?) comme ayant ete depuis toujours "modere" et "rationaliste," essentiellement "legalitaire" selon la deniere etude pour etre plus precis. Ces points de vue ne resistent pas a l'evidence d'innombrables traditions rapportees par les plus anciennes sources utilisees d'ailleurs par les autres etudes mentionnees clans cette note.

(2) Sur les prolongements de cette question jusqu'aux temps moderne et contemporain voir maintenant R. Brunner, Die Schia und die Koranfalschung (Wurzburg: Deutsche Morgenlandische Gesellschaft, 2001). E. Kohlberg et le signataire de ces lignes preparent actuellement une large monographie sur le sujet, accompagnee de l'edition critique du Kitab al-qira'at de l'auteur shiite du 3e-4e/9e-10e s., al-Sayyari.

(3) Pour ces citations voir W. St. Clair Tisdall, "Shi'ah Additions to the Koran," The Moslem World 3.3 (July 1913): 227-41 (d'apres un Coran manuscrit de Bankipore en Inde, datant du 16e ou 17e siecle); Amir-Moezzi, Guide divin, 210-14 et surtout M. M. Bar-Asher, op. cit., 51-72.

(4) Que le lecteur nous pardonne si nous ne traduisons pas tout de suite ce terme ni les autres termes appartenant a la meme racine WLY. Cette etude tente de montrer, entre autres, la complexite semantique de ces terms et donc la dilliculte de les traduire une fois pour toutes. Precisons tout de suite que ce travail concerne uniquement les significations techniques shiites, et non pas tout le champ semantique, particulierement large, de cette racine; la racine WLY occupe, pour ne donner qu'un seul exemple, pres de dix pages in folio sur deux colonnes chez Ibn Manzur, Lisan al-'arab, ed. Dar Sadir, 3e ed. (Beyrouth, 1414/ 1994) 15: 406-15. Contentons-nous de citer, parmi de tres nombreuses etudes, quelques travaux decisifs touchant principalement la mystique: M. Chodkiewicz, Le Sceau des saints: Prophetie et saintete clans la doctrine d'Ibn 'Arabi (Paris, 1986) index s.v. WLY; J. van Ess, Theologie und Gesellschaft im 2. und 3. Jahrhundert Hidschra: Eine Geschichte des religiosen Denkens imfruhen Islam (Berlin, 1990-97) vol. 4, index des termes techniques, sub w-l-y; H. Landolt, "Walayah," dans The Encyclopedia of Religion, vol. 15 (1995), 316-23; B. Radtke and J. O'Kane, The Concept of Sainthood in Early Islamic Mysticism (Londres, 1996); G. Elmore, Islamic Sainthood in the Fullness of Time: Ibn al-'Arabi's Book of the Fabulous Gryphon (Leiden, 1999), en particulier 111-40 (sur l'influence du shiisme sur l'hagiologie eschatologique d'Ibn 'Arabi); P. Walker, "Wilaya," in Shi'ism, E12, 10: 208-9.

(5) Al-Kulayni, al-Usul min al-Kafi fi 'ilm al-din, ed. J. Mustafawi, 4 vols. (Teheran, s.d.), kitab al-hujja, bab fihi nukat wa nutaf min al-tanzil fi l-walaya, 2: 285, no. 31.

(6) 'Ali b. Ibrahim al-Qummi, Tafsir, ed. al-Musawi al-Jaza'iri (Najaf, 1386-87/ 1866-68), 1: 159; Muhammad al-'Ayyashi, Tafsir (Qumm, 1380/1960), 1: 285; al-Kulayni, al-Usul, 2: 295, no. 59; Hashim b. Sulayman al-Bahrani, al-Burhan fi tafsir al-Qur'an, 5 vols. (Teheran, s.d.), l: 428; al-Fayd al-Kashani, al-Safi fi tafsir al-Qur'an, 2 vols. (Teheran, s.d.), 1: 414; Muhammad Baqir al-Majlisi, Bihar al-anwar, 110 vols. (Teheran, 1376-92/1956-72), 36: 99.

(7) Al-Qummi, Tafsir, 2: 201; al-Fayd al-Kashani, al-Safi, 1: 460, 462-63; al-Bahrani, al-Burhan, 1: 501 a, au lieu de fi 'Ali, /'expression anna 'Aliyyan mawla l-mu'minin.

(8) Al-'Ayyashi, Tafsir, 2: 41; al-Bahrani, al-Burhan, 2: 50; al Hurr al- Amili, Ithbat al-hudat (reed. Teheran, 1364 solaire/ 1985), 3: 545; al-Majlisi, Bihar al-anwar, 9: 256. Pour cette traduction technique de amir al-mu'minin (i.e., 'Ali), litteralement "Prince des croyants" et la notion de mu'min comme le fidele shiite initie a l'enseignement des imams voir M. A. Amir-Moezzi, Guide divin, 174-99 et index s.v. iman et mu'min; et surtout idem, "AID IV," en particulier 202-7. Sur ce verset, voir aussi l'article de R. Gramlich, Der Islam 60 (1983): 205-30.

(9) Furat b. Furat b. Ibrahim al-Kufi, Tafsir, ed. M. al-Kazim (Teheran, 1410/1990), 234; al-Qummi, Tafsir, 1: 383; al-'Ayyashi. Tafsir, 2: 257; al-Bahrani, al-Burhan, 2: 363; al-Fayd al-Kashani, al-Safi, l: 920; al-Majlisi, Bihar, 9:102 et 36: 104.

(10) Al-'Ayyashi, Tafsir, 2/ 317; al-Bahrani, al-Burhan, 2: 445; al-Fayd al-Kashani, al-Safi, 1: 989; al-Majlisi, Bihar, 9:102 et 36: 105. Sur "la majorite" (akthar al-nas), designant, dans son sens technique, les non-shiites voire les shiites non inities et s'opposant a "la minorite" (aqall al-nas), les shiites inities, voir Guide divin, index s.v.; idem, "AID IV," et surtout maintenant E. Kohlberg, "In Praise of the Few," dans Studies in Islamic and Middle Eastern Texts and Traditions: In Memory of Norman Calder, ed. G. R. Hawting, J. A. Mojaddedi et A. Samely (Journal of Semitic Studies, Supplement 12, 2000): 149-62.

(11) Al-Qummi, Tafsir, 2: 198; al-Kulayui, al-Usul, 2: 279, no. 8; al-Bahrani, al-Burhan, 3: 340; al-Fayd al-Kashani, al-Safi, 2: 369.

(12) Al-Kulayni, al-Usul, 2: 291, no. 46.

(13) Al-Usul, no. 45.

(14) Furat al-Kufi, Tafsir, 387; al-Kulayni, al-Rawda min al-Kafi, texte et trad. persane de H. Rasuli Mahaallati (Teheran, 1389/1969), 2: 163, no. 502; al-Kulayni, al-Usul, 2: 285, no. 32 (version plus courte); al-Fayd, al-Kashani, al-Safi, 2: 509.

(15) Al-Kulayni, al-Usul, 2: 291, no. 45.

(16) Al-Kulayni, al-Rawda, 1: 83, no. 18; al-Kulayni, al-Usul, 2: 291, no. 47; al-Bahrani, al-Burhan, 4: 381; al-Fayd al-Kashani, al-Safi, 2: 742.

(17) A part les citations rapportees par les travaux cites en n. 2 et surtout 3, voir encore par exemple al-Majlisi, Bihar, 23: 374, no. 55; 24: 336, no. 59; 27: 159, no. 7; 36: 100, no. 44 ou encore 51: 59, no. 57.

(18) St. Clair Tisdall, op. cit., le texte arabe de "la sourate," 226; traduction anglaise, 234; Pour une discussion sur cette "sourate," voir Guide divin, 224-28; aussi Brunner, Die Schia und die Koranfalschung, 16, 95-96.

(19) Al-'Ayyashi, Tafsir, 1 : 138-39; al-Majlisi, Bihar, 15.1: 17, 129; al-Bahrani, al-Burhan, 1: 244; Bar-Asher, Scripture and Exegesis, 197.

(20) Voir par exemple al-'Ayyashi, Tafsir, 1: 293; al-Qummi, Tafsir, 1: 190; Furat al-Kufi, Tafsir, 117-20; Abu Ja'far al-Tusi, Tafsir al-tibyan, 10 vols. (Najaf, 1957), 3: 435sqq.; Abu 'Ali al-Fadl al-Tabrisi, Majma' al-bayan fi tafsir al-qur'an (Teheran, 1395/1975), 3: 159; al-Majlisi, Bier, 9: 306; al-Bahrani, al-Burhan, 1: 444; al-Fayd al-Kashani, al-Safi, 1: 421; Sharaf al-Din al-Najafi al-Astarabadi, Ta'wil al-ayat al-zahira (Qumm, 1417/1997), 151-52; Bar-Asher, Scripture, 197. Pour le role particulierement important de ce commentaire du verset chez les ismaeliens voir par ex. al-Qadi al-Nu'man, Da'a'im al-islam, ed. A. A. A. Fyzee (vol. 1, Le Caire, 1370/1951), 16 et passim; Abu Hatim al-Razi, Kitab al-zina, ed. 'A. S. Samarra'i, al-Ghuluww wa l-firaq al-ghaliya fi l-hadarat al-islamiyya (Baghdad, 1972), 256sqq. Voir aussi les sources iadiquees par E. Kohlberg, "The Attitude of the Imami-Shi'is to the Companions of the Prophet" (These de Ph.D., Oxford, 1971), 81 n. 5, ainsi que d'une maniere generale 'A. H. Ami'ni, al-Ghadir fi l-kitab wa l-sunna wa l-adab (Teheran, 1372/1952; reimp. 1986). Sur Ghadir Khumm, voir l'article de L. Veccia Vaglieri dans E12, s.v. Aussi Encyc. Iranica, s.v.

(21) Kamal al-din bi l-walaya; amr al-walaya / al-imama min tamam al-din; bi l-walaya / al-imama kumila l-din wa tummat al-ni'ma; voir par exemple Fadl b. Shadhan, Kitab al-idah (Beyrouth, 1402/1982), 185; al-Kulayni, al-Usul, 1: 278; Ibn Babuya, Kamal al-din wa tamam al-ni'ma (le titre meme s'y refere), ed. 'A. A. Ghaffari (reed. Qumm, 1405/1985), 2: 658. Aussi voir l'index des Bihar d'al-Majlisi. Voir aussi Bayhom-Daou, "The Imam's Knowledge and the Quran ..." (ci-dessus n. 1), 195 n. 55 (la lecture de la toisieme expression mentionnee ci-dessus ou les verbes sont mis a l'actif parait problematique).

(22) Al-'Ayyashi, Tafsir, 1: 331-32; al-Qummi, Tafsir, 1: 199-202; Furat al-Kufi, Tafsir, 129-31; Ibn Babuye, Amali (= al-Majalis), texte et trad. persane de M. B. Kamareyi, (Teheran, 1404/1984), majlis 56, hadith no. 10; al-Tusi, al-Tibyan, 1: 574sqq.; al-Bahrani, al-Burhan, 1: 489; aI-Majlisi, Bihar, 9: 207; al-Astarabadi, Ta'wil, 161-65. Sur les commentaires de l'imam Muhammad al-Baqir sur ces versets et d'autres, voir A. R. Lalani, Early Shi'a Thought: The Teachings of Imam Muhammad al-Baqir (Londres, 2000), 61 sqq. Voir ci-dessus n. 6 et le texte afferent (ou il est dit que l'allusion a la walaya de 'Ali figurait duns le texte originel du Coran).

(23) Al-'Ayyashi, Tafsir, 2: 283; al-Bahrani, al-Burhan, 2: 409; al-Fayd al-Kashani, al-Safi, 1: 960: al-Majlisi, Bihar, 7: 120; al-Astarabadi, Ta'wil, 273 (rapporte, d'apres le Kafi d'al-Kulayni, une tradition remontant a l'imam Ja'far qui dit "imam" au lieu de "walaya").

(24) Al-Kulayni, al-Usul, kitab al-hujja, bab ma'rifat al-imam, 1: 262, no. 14. Cf. aussi al-Usul al-sittat 'ashar (Qumm, 1405/ 1984), 117; Furat al-Kufi, Tafsir, 311-12; al-Qummi, Tafsir, 2: 132 (ou d'autres occurrences du terme hasana sont egalement commentees comme signifiant la walaya des imams); al-Majlisi, Bihar, 7: 117, no. 54; al-Astarabadi, Ta'wil al-ayat al-zahira, 403-5. Pour la traduction de ahl al-bayt par "la Famille de la Demeure" voir M. A. Amir-Moezzi, "Considerations sur l'expression din 'Ali: Aux origines de la foi shiite" Zeitschrift der Deutschen Morgenlandischen Gesellschafl 150.1 (2000): 48sqq.

(25) Al-Majlisi, Bihar, 8: 300, no. 50; cf. aussi 8: 352sqq.

(26) Al-Saffar al-Qummi, Basa'ir al-darajat, ed. Mirza Kutchebaghi (Tabriz, s.d.--vers 1960), section 2, chapitre 3, 61-63; Furat al-Kufi, Tafsir, 366sqq.; al-Majlisi, Bihdr, 4: 9, no. 18 et 7: 200, no. 78; al-Astarabadi, Ta'wil al-ayat al-zahira, 508-9.

(27) Cf. Bar-Asher, Scripture and Exegesis, 202.

(28) Al-'Ayyashi, Tafsir, 1: 5; al-Bahrani, al-Burhan, 1: 10; al-Fayd al-Kashani, al-Safi, 1: 12; al-Majlisi, Bihar, 19: 8.

(29) Pour designer les Piliers de l'Islam, la litterature shiite semble utiliser plus volontiers le terme de da'a'im, que celui de arkan, plutot employe par les auteurs sunnites; voir Kohlberg, "The Attitude of the Imami-Shi'is to the Companions of the Prophet," 81 n. 4.

(30) Bar-Asher, Scripture and Exegesis, partie 3.3 consacree au devoir de la walaya, 196-98; J. Eliash, "On the Genesis and Development of the Twelver-Shi'i Three-tenet Shahada," Der Islam 47 (1971): 265-72. Sur le meme sujet, voir maintenant L. A. Takim, "From bid'a to sunna: The wilaya of 'Ali in the Shi'i adhan," JAOS 120 (2000): 166-77 (curieusement, l'auteur semble ignorer l'article pionnier de Eliash). Voir aussi Lalani, Early Shi'i Thought, 69sqq.

(31) Al-Kulayni, Usul, kitab al-iman wa l-kufr, bab da'a'im al-islam, 3: 29-38.

(32) Usul, 3: 29, no. 1 (tradition d'al-Baqir); aussi 3: 29-30, no. 3 (al-Baqir): meme texte avec une phrase supplementaire: "et les gens prirent les quatre (premiers) et abandonnerent la derniere." Darts une autre tradition d'al-Baqir (no. 5, 3: 30-32), il est dit que parmi les cinq Piliers, la walaya est le Pilier supreme puisqu'elle est "la clef" (miftah) de tous les autres; viennent ensuite dans l'ordre: la priere, l'aumone, le pelerinage et le jeune. Il est dit ensuite que la walaya de l'imam est le plus haut degre de la religion de telle sorte que "si un homme passe toutes ses nuits en priant et ses jours en jeunant, offre tout ce qu'il a en aumone et passe tout son temps en pelerinage, mais ne reconnait pas la walaya du wali de Dieu, afin d'accomplir tous ses actes sous la guidance de ce dernier, alors Dieu ne lui accordera aucune recompense et il n'est pas parmi les gens de la foi (ahl al-iman).'" Cf. les nos. 7 et 8 (al-Baqir), 3: 33. Voir aussi al-'Ayyashi, Tafsir, 1 : 259; Ibn Babuya, Amali / al-Majalis, "majlis'" 45, no. 14, 268.

(33) Usul, 3: 29, no. 2 (Ja'far); aussi no. 11 (Ja'far, 3:35); Muhammad b. Ahmad Khwajagi Shirazi, al-Nizamiyya fi madhhab al-imamiyya (Teheran, 1375 solaire/1996), 153-55. Je reviendrai sur la notion d'hostilite a l'egard des ennemis des imams. La derniere expression, al-dukhul ma'a al-sadiqin, me reste enigmatique; s'agirait-il de la frequentation des shiites, plus particulierement les inities parmi ceux-ci, comme le preconisent de tres nombreuses traditions? (v. par ex. de multiples chapitres d'al-Kulayni, Usul, kitab al-iman wa l-kufr ou encore Kitab al-'ishra et surtout Ibn Babuya, Musadaqat al-ikhwan, Teheran, s.d.--vers 1325 solaire/1946). Sur cette liste des "termes de la foi" voir aussi les nos 6 et 9 (Ja'far, Usul, 3:32-33 et 3: 34) ou la priere, le jeune et le pelerinage ne soot pas comptes; nos. 10 et 13 (al-Baqir, 3:34-35 et 3: 36) ou la liste est allongee par des elements comme l'attente du qa'im, la piete, l'effort, l'humilite, la soumission a l'egard des imams, etc., voir aussi al-Nu'mani, Kitab al-ghayba, ed. 'A. A. Ghaffari et trad. persane de M. J. Ghaffari (Teheran, 1363 solaire/1985), chapitre 11, no. 16.

(34) Usul, 3: 30, no. 4 (Ja'far). La tradition no. 15 (Ja'far, 3: 38) ne parle que de la priere, l'aumone et la guerre sainte. Il est vrai qu'elle ne concerne pas les Piliers de l'Islam et semble ne pas etre a sa place dans ce chapitre. Aussi Abu Ja'far al-Tabari, Bisharat al-Mustafa li-shi'at al-Murtada (Najaf, 1963), 81; 'Imad al-Din al-Tabari, Tuhfat al-abrar fi manaqib a'immat al-athar (Teheran, 1376 solaire/1997), 155sqq.

(35) Voir par exemple al-Saffar al-Qummi, Basa'ir al-darajat, section 2, chapitre 10, no. 7, 78; al-Qummi, Tafsir, 2: 208; Ibn Babuya, Kamal al-din, 1: 258; Ibn Babuya, Amali / al-Majalis, "majlis" 63, no. 13, 409 ("... l'attestation de l'Unicite--al-tawhid n'est admise que grace a 'Ali et sa walaya"); al-Majlisi, Bihar, 3: 14, no. 39; 37: 141, no. 35; 38: 118, no. 60. Pour d'autres sources voir Eliash, "On the Genesis ... of Three-tenet Shahada," surtout 266sqq.; cf. Bar-Asher, Scripture and Exegesis, 198 qui considere que les divergences entre les differentes listes des Piliers refleteraient des debats internes a la communaute imamite.

(36) Voir ci-dessus n. 32; Amir-Moezzi, Guide divin, 304-5.

(37) Al-Barqi, Kitab al-mahasin, ed. J. Muhaddith Urmawi (Teheran, 1370/1950), kitab 'iqab al-a'mal, chapitres 15 ('iqab man shakka fi amir al-mu'minin), 16 ('iqab man ankara al Muhammad haqqahum wa jahala amrahum--nous avons vu que souvent haqq et amr sont synonymes de walaya) et 17 ('iqab man lam ya'rif imamahu), 1: 89-93.

(38) Mahasin, chapitre 15, no. 34, 1:89 (tradition remontant a al-Baqir). L'accusation de shirk vise probablement le fait d'associer d'autres walaya-s a celle de 'Ali Voir ci-dessus le verset 42 (al-shura): 13 selon "le Coran des imams" (note 15 et le texte afferent; aussi ci-apres n. 86).

(39) Mahasin, no. 38, 1:90 (Ja'far).

(40) Mahasin, chapitre 16, no. 40, 1:90 (Ja'far).

(41) Mahasin, chapitre 17, no. 46, 1:92 (Ja'far). Sur cette tradition extremement celebre de la mita jahiliyya et les sources anciennes qui la rapportent voir Amir-Moezzi, Guide divin, 301 et n. 671. Pour le genre de traditions que l'on vient de citer, voir aussi Ibn Babuye, Kitab thawab al-a'mal wa 'iqab al-a'mal, ed. 'A. A. Ghaffari (Teheran, 1391/1971), 242-44.

(42) Al-'Ayyashi, Tafsir, 2: 89; Bar-Asher, Scripture and Exegesis, 196.

(43) Al-Kulayni, al-Rawda min al-Kafi, 2: 43, no. 316 (tradition remontant a Ja'far); tradition rapportee aussi par al-Majlisi, Bihar, 8:300 et 352 ainsi qu' une tradition similaire qui se termine par cette phrase: "... Ceux qui se sont acquittes de leurs devoirs canoniques auront comme recompense, dans le monde d'ici-bas, le confort, la sante ou l'influence (al-ni'am wa l-sihha aw al-si'a), mais dans l'Autre Monde, ils ne connaitront que chatiment perpetuel." Voir aussi al-Kulayni, al-Rawda, 1: 154, no. 80 (Ja'far) ou 2: 89, no. 399 (Ja'far): "Dieu rendit cinq choses obligatoires a la communante de Muhammad: la priere, l'aumone, le jeune, le pelerinage a la Mecque et notre walaya. Or, pour les quatre premiers Il a etabli des derogations dans des conditions particulieres (rukhsa: dans certaines conditions, comme la maladie, l'insuffisance financiere ou encore les menstrues, ces devoirs peuvent etre abandonnes) alors que notre walaya ne doit jamais etre abandonnee."

(44) Ibn Babuya, Kamal al-din, 1: 259 (tradition remontant a Ja'far qui la tient de son pere et ses ancetres paternels); aussi 1: 261 (tradition d'al-Rida). Voir aussi Ibn Babuya, Amali / al-Majalis, "majlis" 73, no. 12, 484-85 ou encore "majlis" 85, no. 28, 583-84. Du cote des ismaeliens, il est significatif qu'un grand penseur comme al-Qadi al-Nu'man (m. 363/974), commence sa monumentale profession de foi, les Da'a'im al-islam, par le "kitab al-walaya"; ed. Fyzee, 1: 1-120. Il y rapporte bon nombre des traditions que l'on vient de mentionner. Il est vrai qu'une grande partie du corpus des traditions remontant aux imams Muhammad al-Baqir et Ja'far al-Sadiq est commune entre imamites et ismaeliens.

(45) Voir en particulier H. Corbin, En Islam iranien: Aspects spirituels etphilosophiques, vol. 1 (Pads, 1971-72), "Le shi'isme duodecimain," chapitres 6 et 7, 219-329; aussi Histoire de la philosophie islamique (Paris, 1986), parties II.A.4 et II.A.5, 78-98.

(46) Les Usul min al-Kafi d'al-Kulayni constituent pratiquement sa seule source ancienne. Dans ces etudes, H. Corbin se fonde principalement sur les ecrits mystiques et philosophiques beaucoup plus tardifs. Qu'il me soit permis de rappeler aussi que Le Guide divin est egalement une monographie entierement consacree a la figure de l'imam et a l'imamat dans le shiisme ancien. Voir aussi l'excellente synthese de H. Landolt, "Walayah," dans, Encyclopedia of Religion, vol. 15 (1995), 316-23 (sur la walaya shiite, pp. 319-20), ainsi que P. Walker, "Wilaya," in Shi'ism, E12, s.v.

(47) Guide divin, 74 n. 151.

(48) Voir M. A. Amir-Moezzi, "Du droit a la theologie: Les niveaux de realite dans le shiisme duodecimain," L'Esprit et la Nature, Actes du colloque tenu a Paris les 11 et 12 mai 1996, Cahiers du Groupe d'etudes spirituelles comparees 5 (1997): 37-63.

(49) Voir en derniers Amir-Moezzi, "AID IV"; E. Kohlberg, "In Praise of the Few," dans Studies in Islamic and Middle Eastern Texts and Traditions (Oxford, 2000), 149-62.

(50) M. Ayoub, "The Speaking Qur'an and the Silent Qur'an: A Study of the Principles and Development of Imami Tafsir," dans Approaches to the History of the Interpretation of the Qur'an, ed. A. Rippin (Oxford, 1988), 177-98: Bar-Asher, Scripture and Exegesis, 88sqq.

(51) Al-'Ayyashi, Tafsir, 1: 15-16 (tradition no. 6 remontant a Ja'far qui la tient de ses ancetres paternels. Voir aussi la tradition no. 13, remontant au meme imam: "Dieu enseigna a son prophete la lettre de la Revelation; quant a l'interpretation du sens cache de celle-ci, l'Envoye de Dieu l'enseigna 'Ali"); al-Khazzaz al-Razi, Kifayat al-athar (Qumm, 1401/1980), 76, 88, 117, 135 (a lap. 66, c'est le qa'im qui est dit etre le combattant du ta'wil); al-Shahrastani, al-Milal wa l-nihal (Beyrouth, s.d.), 189; al-Bahrani, al-Burhan, 1: 17; al-Majlisi, Bihar, 19: 25-26; pour d'autres sources, voir Bar-Asher, Scripture, 88, n. 1; aussi Amir-Moezzi, "AID IX," n. 30 et le texte afferent.

(52) Voir Amir-Moezzi, "AID III," 112-16.

(53) Voir par exemple toute la premiere partie de l'important ouvrage ancien, Ithbat al-wasiyya li l-imam 'Ali b. Abi Talib attribue a al-Mas'udi (m. 345/956) (une des dernieres editions Qumm, 1417/1996), 20-90. Voir aussi U. Rubin, "Prophets and Progenitors in the Early Shi'a Tradition," Jerusalem Studies in Arabic and Islam 1 (1979): 41-65.

(54) Al-'Ayyashi, Tafsir, 2: 42; al-Kulayni, Usul, kitab al-tawhid, bab al-nawadir, 1: 296, no. 4.

(55) Amir-Moezzi, "AID I," idem, "Du droit a la theologie ...," 47-48 et 62-63.

(56) Dans plusieurs publications: a part Le Guide divin, "AID I" et "Du droit a la theologie ..." deja mentionnes, voir aussi "Al-Saffar al-Qummi (m. 290/902-3) et son Kitab Basa'ir al-Darajat," Journal asiatique 280.3-4 (1992): 221-50. Selon moi, en deux roots, etant donne les descriptions fluctuantes que les heresiographes et d'autres auteurs donnent des ghulat, ainsi que notre ignorance de la nature des rapports entre differents courants shiites aux premiers siecles et surtout les traditions apparentees aux theses attribuees aux ghulat rapportees par les plus anciennes compilations de hadith imamite, la distinction entre shiites "moderes" et "extremistes" aux tout premiers siecles de l'hegire semble artificielle et non fondee sur des donnees textuelles.

(57) "How did the Early Shi'a Become Sectarian," JAOS 75 (1955): 1-13, surtout 8sqq.; idem, "Dja'far al-Sadik" et "Ghulat," E12, s.v.

(58) H. Modarressi, Crisis and Consolidation in the Formative Period of Shi'ite Islam: Abu Ja'far ibn Qiba al-Razi and His Contribution to Imamite Shi'ite Thought (Princeton, 1993), part one, surtout 19-53. Le debat, touchant aussi l'histoire des idees et l'histoire tout court aux premiers siecles de l'Islam, deborde bien entendu le cadre de la presente etude. J'ai deja discute ce qui me semblait etre les defaillances methodologiques de cet ouvrage dans la recension que je lui ai consacree dans Bulletin Critique des Annales Islamologiques 14 (1998): 53-57. Le meme genre de critiques a ete formule par C1. Gilliot dans "Bulletin d'islamologie et d'etudes arabes," Revue des Sciences Philosophiques et Theologiques 77 (1993): 470-72, a propos de l'article de Modarressi a propos de "l'intrgrite du Coran" (voir ci-dessus note 1 in fine).

(59) Sur trois des plus anciennes et des plus importantes de ces compilations, a savoir celles d'al-Barqi (m. 274/887 ou 280/ 893), d'al-Saffar (m. 290/902-3) et d'al-Kulayni (m. 329/940-41) voir maintenant A. J. Newman, The Formative Period of Twelver Shi'ism: Hadith as Discourse Between Qum and Baghdad (Richmond, 2000).

(60) Ce sont les propos ou "Dieu parle a la premiere personne par la bouche du mystique"; voir par exemple L. Massignon, Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane (Paris, 1922), s.v.; idem, La passion de Hallaj, martyr mystique de l'Islam, 4 vols. (reed. Paris, 1975), index s.v.; l'introduction de H. Corbin a Ruzbihan Baqli Shirazi, Sharh-i shathiyyat, ed. H. Corbin et M. Mo'in (Paris, 1966); C. Ernst, Words of Ecstasy in Sufism (New York, 1985); P. Ballanfat, "Reflexions sur la nature du paradoxe: La definition de Ruzbehan Baqli Shirazi," Kar Nameh (Paris), 2-3 (1995): 25-40. Aussi mon article "AID I," 201 sqq. Il convient cependant de prociser qu'entre les "paradoxes" des soufis et ceux des imams, les fondements ainsi que les implications theologiques et anthropologiques semblent differents.

(61) Furat al-Kufi, Tafsir, 178; les deux dernieres phrases font bien sur allusion au Coran 5 (al-ma'ida): 3, sur le "parachevement de la religion et la perfection du bienfait," verset que nous avons vu plus haut.

(62) Al-'Ayyashi, Tafsir, 2: 17-18; al-Majlisi, Bihar, 3: 389; al-Bahrani, al-Burhan, 2: 20. Sur les shiites symbolises par les abeilles ou 'Ali comme le "Commandeur des abeilles" (amir al-nahl), voir I. Goldziher, "Schi'itisches" Zeitschrift der Deutschen Morgenlandischen Gesellschaft 64 (1910): 532-33, maintenant dans Gesammelte Schriften, ed. J. de Somogyi (Hildesheim, 1967-70), 5: 213-14.

(63) Furat al-Kufi, Tafsir, 371. Ce genre de propos annonce deja ce que j'ai appele "les prones theo-imamosophiques" de 'Ali, rapportes par les sources plus tardives, voir "AID I," 204sqq.

(64) Al-Tabari al-Saghi, Nawadir al-mu'jizat (Qumm, 1410/ 1990), 103; idem, Dala'il al-imama (Qumm, 1413/1994), 168-69; al-Hurr al-'Amili, Ithbat al-hudat, 5: 157; al-Bahrani, Madinat al-ma'ajiz (Teheran, s.d.--vers 1960), 204-5.

(65) Al-Tabari al-Saghir, Nawadir al-mu'jizat, 116; idem, Dala'il al-imama, 201; al-'Amili, Ithbat al-hudat, 5: 256; al-Bahrani, Madinat al-ma'ajiz, 294.

(66) Al-Tabari al-Saghir, Dala'il al-imama, 270-71; al-Bahrani, Madinat al-ma'ajiz, 394-95.

(67) Ibn Babuye, Kitab al-Tawhid, ed. H. al-Husayni al-Tihrani (Teheran, 98/1978), chapitre 12, no. 8, 151-52. D'apres une autre tradition, quelqu'un demande a Ja'far: "Qu'arrive-t-il a la terre s'il n'y a pas sur elle un Sage vivant physique ('alim hayy zahir; i.e., l'imam) auquel ont recours les gens pour le licite et l'illicite?," Ja'far: "alors Dieu ne pourra etre adore (sur une telle terre)"; al-Fayd al-Kashani, Nawadir al-akhbar, ed. M. al-Ansari al-Qummi Teheran, 1375 s./1996), kitab al-nubua wa l-imama, tradition no. 2, 129 (d'apres Ibn Babyuye, 'Ilal alshara'i', chapitre 153, no. 3, 1: 195).

(68) Ibn Babuye, Tawhid, capitre 8, no. 20, p. 117; Amir-Moezzi, Guide divin, 141 n. 277 (avec d'autres hadith-s de meme teneur). Il est symptomatique que W. Chittick qui donne la traduction anglaise de cette tradition dans A Shiite Anthology (New York, 1981), 42, ne releve pas le "shath" qu'elle contient et qui en constitue le centre de gravite.

(69) Amir-Moezzi, "Du droit a la theologie ...," 47-48, 55, 62-63.

(70) Ibn "Ayyash al-Jawhari, Muqtadab al-athar (Teheran, 1346/1927), 23 (tradition attribuee a Ja'far); voir aussi une version plus courte dans al-Kulayni, al-Rawda, 2: 14. Bien que tous les imams de tous les cycles de l'Histoire sainte de l'humanite aient ete le lieu de manifestation de cet Imam cosmique, 'Ali en reste, la aussi, le symbole par excellence et le vehicule supreme. C'est pourquoi, dans bon nombre de hadith, 'Ali, a part son sens premier, a egalement le sens de l'Imam cosmique ou de la walaya / imamat en general; de meme que Muhammad, au-dela son sens obvie, peut aussi avoir le sens du Prophete-Envoye arche-typique ou la prophetie (nubu'a) en general; voir Amir-Moezzi, "AID III," 112sqq. et ci-dessus n. 52 et texte afferent. On pour-rait faire le meme genre de remarque au sujet des termes islam (sens restreint: la religion musulmane; sens large: dimension exoterique, la "lettre," de toute religion) et shi'a (sens restreint: les shiites de l'Islam; sens large: dimension esotrrique, initiatique, "l'esprit," de toute religion), voir ci-apres note 95. Ainsi, le hadith de Ja'far peut se comprendre de la maniere suivante aussi: "Toute chose a un secret; le secret cache sous la "lettre" de toute religion, c'est sa dimension esoterique initiatique et le secret de celle-ci, c'est la walaya de l'Homme cosmique."

(71) Al-Kulayni, al-Rawda, 1: 81.

(72) Al-Saffar al-Qummi, Basa'ir al-darajat, section 1, chapitre 12, no. 4, 28 (Ja'far).

(73) Basa'ir, no. 1, 28 (Ja'far).

(74) Basa'ir, no. 2, 28 (al-Baqir). Sur le devoir de la garde du secret (taqiyya, kitman, khab'), voir maintenant E. Kohlberg, "Taqiyya in Shi'i Theology and Religion," dans Secrecy and Concealment. Studies in the History of Mediterranean and Near Eastern Religions, ed. H. G. Kippenberg and G. G. Stroumsa (Leiden, 1995), 345-80; travail qui complete une etude anterieure du meme savant, "Some Imami-Shi'i Views on taqiyya," JAOS 95 (1975): 395-402 (maintenant darts Belief and Law in Imami Shi'ism [Aldershot: Variorum, 1991], article III).

(75) Al-Saffar, Basa'ir al-darajat, section 2, chapitre 3; al Kulayni, al-Usul, kitab al-hujja, chapitres 13 et 14; al-Kulayni, al-Rawda, I/101sq.; Ibn Babuye, 'Uyun akhbar al-Rida, ed. M. H. Lajevardi (Teheran, 1398/1978), I/chapitres 19 et 20; Ibn Babuye, Ma'ani l-akhbar, ed. 'A. A. Ghaffari (Teheran, 1379/ 1959), 132; Ibn Babuye, Sifat al-shi'a (+ Fada'il al-shi'a), ed. H. Fashahi (Teheran, 1342 solaire/1963-64), 60sq.; Ibn 'Ayyash al-Jawhari, Muqtadab al-athar, 39.

(76) Voir Le Guide divin, 308; pour le couple islam / iman dans le sens technique de "l'Islam majoritaire / la Religion des inities i.e., le shiisme" ou encore "la soumission a la seule lettre de la religion exoterique/l'initiation a la religion esoterique," de meme que mu'min / muslim dans le sens de "shiite initie / musulman commun," voir index s.v. Aussi ci-apres n. 95.

(77) Ibn Shadhan, Mi'a manqaba (Qumm, 1413/1993), "manqaba" 7, 48; al-Irbili, Kashf al-ghumma, ed. H. Rasuli Mahallati (Tabriz, reed. Qumm, 1381/1962), 1: 291; al-Khwarazmi, Maqtal al-Husayn (Qumm, s.d.), 1: 46.

(78) Al-Saffar, Basa'ir al-darajatt, section 2, chapitres 6-16, 67-90. Voir aussi al-Majlisi, Bihar, 26: 280sqq.

(79) Basa'ir, chapitres 7-12; voir aussi ci-dessus nn. 8 et 74 et les textes afferents.

(80) Basa'ir, chapitre 6, pp. 67-68. Pour le terme technique d'Eprouves, tire de l'expression al-mu'min imtahana Ilahu qalbahu li l-iman (le croyant--ou l'initie dont Dieu a eprouve le coeur pour la foi) voir Le Guide divin, index s.v. imtihan (al-qalb) et surtout "AID VIII."

(81) Basa'ir. chapitre 8. Sur "les Mondes d'avant le monde," voir Guide divin, partie II-1, 75sqq.

(82) Basa'ir, chapitre 7, 70-71. Al-Qummi, Tafsir, 2: 64-65; al-Astarabadi, Ta'wil al-ayat al-zahira, 313-14. Selon certaines traditions, l'allusion a la walaya duns ce verset figurait textuellement duns la revelation originelle faite a Muhammad et a ete censuree par la suite: "Nous avons autrefois confie a Adam des Mots concernant Muhammad, 'Ali, Fatima, al-Hasan, al-Husayn et les imams de leur descendance, mais il les oublia ..."; al-Saffar, Basa'ir, p. 71; al-Kulayni, al-Usul, kitab al-hujja, bab fihi nukat wa nutaf min al-tanzil fi l-walaya, 2: 283, no. 23; al-Bahrani, al-Burhan, 3: 45; al-Fayd, al-Kashani, al-Safi, 2: 80; Guide divin, 212; Bar-Asher, "Variant Readings," 64.

(83) Al-Saffar, Basa'ir al-darajat, chapitre 9, 74-75 (Ja'far).

(84) Basa'ir, p. 75 (al-Baqir).

(85) Basa'ir, chapitre 8, 72 (al-Rida). Voir aussi al-Qunduzi, Yanabi al-mawadda (s.l.: Irak, 1385/1965), 82; al-Bahrani, Ghayat al-maram (Qumm, s.d.), 207.

(86) Voir ci-dessus n. 14.

(87) Ajouter aux references donnees a la n. 79: Ibn Babuye, Ma'ani l-akhbar, 107-9; idem, al-Khisal (ed. Najaf, 1391/1971), 246; Ibn Shahrashub, Manaqib al Abi Talib, 3 vols. (Najaf, 1375-76/1956), 1: 214.

(88) Furat al-Kufi, Tafsir, 94; al-Majlisi, Bihar, 14:401 et 26: 333sqq. Voir aussi Bar-Asher, Scripture and Exegesis, 200.

(89) Al-'Ayyashi, Tafsir, 2: 35; al-Majlisi, Bihar, 5:345 et 14: 55; al-Bahrani, al-Burhan, 2: 44; Bar-Asher, Scripture, 200-201.

(90) Al-Saffar, Basa'ir, chapitre 7, nos. 5 et 8, 71-72 (al Baqir) et chapitre 9, no. 5, 77 (Ja'far).

(91) Basa'ir, chapitre 8, 73.

(92) Basa'ir, 74.

(93) Basa'ir, chapitre 10, 79 (Ja'far). Voir aussi Amir-Moezzi, "AID III," 113sqq.

(94) Al-Majlisi, Bihar, 28: 306, no. 13 (Ja'far). A comparer avec Ibn al-Bitriq, Khasa'is, ed. M. B. al-Mahmudi (Teheran, 1406/1986), 98 et Ibn Tawus, al-Tara'if fi ma'rifa madhahib al-tawa'if (Qumm, 1400/1979), 101.

(95) Tradition remontant a Ja'far: al-'Ayyashi, Tafsir, 1: 5; al-Bahrani, al-Burhan, 1: 10; al-Fayd, al-Kashani, al-Safi, 1: 12; al-Majlisi, Bihar, 19: 78; al-Usul al-sittat 'ashar, 60; voir aussi ci-dessus n. 28 et le texte afferent. Rappelons que le mot "foi" (iman) a, dans le lexique technique du shiisme, le sens de: enseignement des imams, dimension esottrique de la religion, le shiisme; repondant a la question: "quelle est la difference entre l'islam et la foi," l'imam Ja'far al-Sadiq est dit avoir repondu: "l'islam est la dimension exoterique (de la religion) a laquelle adherent les gens (al-islam huwa l-zahir alladhi 'alayhi l-nas--ce dernier terme est une des appellations donnees darts le shiisme aux non-shiites): les deux temoignages de foi concernant l'Unicite de Dieu et la mission prophetique de Muhammad, la priere canonique, l'aumone, le peledrinage a la Mecque et le jeune du mois de ramadan. Or, la foi est, en plus de tout cela, la connaissance de notre enseignement. Celui qui professe et pratique cela sans connaitre ceci est un egare bien qu'il soit musulman (parce qu'il ignore, on l'a vu, le principal devoir canonique, la walaya)," al-Kulayni, al-Usul, kitab al-iman wa l-kufr, bab anna l-islam yuhqanu bihi l-dam wa anna l-thawab 'ala l-iman, 3: 39, no. 4. Le meme sixieme imam est dit avoir declare encore: "L'islamest la profession de l'Unicite divine et l'acceptation de la mission de notre prophete; c'est par l'islam que le prix du sang est paye, les conditions du mariage et de l'heritage reglementees. C'est (un ensemble de) lois exoteriques auxquelles obeissent la majorite des gens (akthar al-nas; autre appellation technique des non-shiites, des musulmans exoteristes). Quant a la foi c'est une guidance qui se manifeste au coeur. Exoteriquement, la foi s'associe a l'islam alors qu'esoteriquement l'islam ne s'associe pas a la foi (inna l-iman yushariku l-islam fi l-zahir wa l-islam la yushariku l-iman fi l-batin). La foi est donc superieure a l'islam," Usul, 3: 41-42. Pour ridentite etablie entre "la for" et renseignement des imams voir aussi al-Nu'mani, al-Ghayba, 131, 188; Ibn Babuye. Amali / al-Majalis, "majlis" 93, 639sqq.

(96) (Pseudo?) al-imam al-Hasan al-'Askari, Tafsir (Qumm, 1409/1988), 379, no. 264. Sur cette source voir maintenant M. M. Bar-Asher, "'The Qur'an Commentary Ascribed to Imam Hasan al-'Askari," Jerusalem Studies in Arabic and Islam 24 (2000): 358-79. Une courte partie de l'etude est consacree a la doctrine de la walaya dans cet ouvrage (377-78). La tradition qui vient d'etre citee est mentionnee a lap. 375.

(97) Cependant la superiorite de la walaya sur la nubu'a ou bien celle du batin sur le zahir, n'impliquent pas, an moins pour les imamites, la superiorite du wali sur le nabi (plus particulierement le prophete legislateur), puisque ce demier cumule en lui la walaya et la nubu'a et constitue une des sources de sagesse de son (ou ses) imam(s). Par contre, le Wali / Imam cosmique est superieur aux deux: Face revelee de Dieu, il est le but ultime de l'enseignement de tous nabis et de tous walis. Ace sujet, voir M. A. Amir-Moezzi, "Notes sur deux traditions 'heterodoxes' imamites," Arabica 41 (1994): 127-30; et surtout "AID III," 111-16.

(98) Ibn 'Ayyash, Muqtadab al-athar, 45. "Al-Matawila," terme designant certains shiites du Liban et de la Syrie, semble etre le pluriel irregulier du participe actif de la 5e forme (mutawalli; francise sous la forme de "metouali"). Cependant cette etymologie n'est pas certaine (voir W. Ende, "Mutawali," EI2, s.v.), Il signifierait ainsi "les gens pratiquant la walaya a regard des imams."

(99) Al-'Ayyashi, Tafsir, 1: 167; Ibn Babuye, al-Khisal, ed. 'A. A. Ghaffari (reed. Qumm, 1403/1983), 21, no. 74; al-Bahrani, al-Burhan, 1: 277; al-Fayd al-Kashani, al-Safi, 1: 254; al-Majlisi, Bihar, 7: 377.

(100) Al-Barqi, al-Mahasin, kitab al-safwa wa l-nur wa l-rabma, chapitre 20, no. 66, 1: 150; al-Khazzaz al-Razi, Kifayat al-athar, 71; Ibn Babuye, al-Mawa'iz (Qumm, s.d.), 29; idem, Amali, 221: voir Bar-Asher, Scripture and Exegesis, 194 (la distinction etablie entre "le devoir d'aimer l'imam," 192-95 et "le devoir de la walaya envers l'imam," 195-202, ne parait pas pertinente, puisque les deux notions sont inseparables voire, selon le contexte, identiques).

(101) Voir par exemple al-Usul al-sittat 'ashar, 60; al-Majlisi, Bihar, 37: 41sqq.; 38: 118sqq. Tout le chapitre 87 des Bihar est consacre a la walaya / amour de 'Ali ("De l'amour a son egard [i.e., 'Ali] qui est walaya et foi et de la haine a son egard qui est infidelite et hypocrisie; de sa walaya qui est walaya envers Dieu et Son envoye et de l'hostilite envers lui qui est hostilite envers Dieu et Son envoye").

(102) Voir Guide divin, partie III-2, 174-200; aussi "AID III," passim et "AID IV," 204-7.

(103) Sur cette notion fondamentale voir la monographie d'E. Kohlberg, "Bara'a in Shi'i Doctrine," Jerusalem Studies in Arabic and Islam 7 (1986): 139-75. Beaucoup d'autres travaux du meme savant apportent de precieuses informations sur la "conception dualiste" que les shiites ont de l'histoire et de la spiritualite: "The Term "Rafida" in Imami Shi'i Usage," JAOS 99 (1979): 677-79 (= Belief and Law in Imami Shi'ism, article IV); "Some Imami Shi'i Views on the Sahaba," Jerusalem Studies in Arabic and Islam 5 (1984): 143-75 (= Belief and Law, article IX); "Non-Imami Muslims in Imami fiqh," Jerusalem Studies in Arabic and Islam 6 (1985): 99-105 (= Belief and Law, article X); "In Praise of the Few" deja mentionne; "Evil," dans Encyclopaedia Iranica 9: 182-85. Voir aussi A. Arazi, "Ilqam al-hajar li-man zakka sabb Abi Bakr wa 'Umar d'al-Suyuiti ou Le temoignage de l'insulteur des Compagnons," Jerusalem Studies in Arabic and Islam 10 (1987): 211-87; pour des epoques plus tardives v. J. Calmard, "'Les rituels shiites et le pouvoir. L'imposition du shiisme safavide: eulogies et maledictions canoniques," darts Etudes Safavides, ed. J. Calmard (Teheran: Publications de l'Institut francais de Recherche en Iran, 1993), 109-50 et Amir-Moezzi, "AID VII," 9-11.

(104) Ibn Babuye, Ma'ani l-akhbar, 398-99; idem, al-Mawa'iz 25 (tradition prophetique rapportee par Ja'far par l'intermediaire de son pere et ses ancetres paternels). Aussi al-Qunduzi, Yanabi' al-mawadda, 121; al-Daylami, Irshad al-qulub (Qumm, s.d.), 2: 209; al-Irbili, Kashfal-ghumma, 1:112; al-Bahrani, Ghayat al-maram, 293.

(105) Al-Majlisi, Bihar, 8: 300, no. 55 et 352sqq. (tradition re montant au Prophete).

(106) Bihar, 24: 348, no. 60 (al-Baqir). Sur le couple muwalat / mu'adat voir la longue tradition remontant au 11e imam dans (Pseudo?) al-imam al-Hasan al-'Askari, Tafsir, 76-79, no. 39. Voir aussi al-Khwarazmi, al-Manaqib (Qumm, 1411/1990), chapitre 6, 64-79; Abu Ja'far al-Tabari, Bisharat al-Mustafa li-shi'at al-Murtada, 20sqq.

(107) Al-Majlisi, Bihar, 27: 60, no. 16.

(108) Ibn Shadhan, Mi'a manqaba, "manqaba" 9, 51; al-Karajaki, Kanz al-fawa'id (Beyrouth, s.d.; reimp. Qumm, 1369/ 1949-50), 185; al-Majlisi, Bihar, 27: 199, no. 66. A comparer avec Ibn Tawus, al-Yaqin fi imrat amir al-mu'minin (Najaf, 1369/1950), 56-57.

(109) Guide divin, index s.vv. walaya et bara'a.

(110) Al-'Ayyashi, Tafsir, 2: 117; al-Majlisi, Bihar, 25.1: 214sq.

(111) Al-'Ayyashi, Tafsir, 2: 258; al-Bahrani, al-Burhan, 2: 368: al-Fayd al-Kashani, al-Safi, 1 : 923.

(112) Pour le hadith voir Shaykh 'Abbas Qummi, Safinat al Bihar (Teheran, 1370 solaire/1991), s.v. hubb, 1: 199; sur le sens technique de iman, voir ci-dessus n. 95.

(113) M. A. Amir-Moezzi, "Cosmogony and Cosmology (in Twelver Shiisme)," dans Encyclopaedia Iranica, 6: 317-22; E. Kohlberg, "Evil (in Shiism)," dans Encyclopaedia Iranica 9: 182-85. Sur la tradition des Armees de l'Intelligence et de l'Ignorance, voir Amir-Moezzio "AID VI;" 61sqq.; aussi D. K. Crow, "The Role of al-'Aql in Early Islamic Wisdom, with Reference to Imam Ja'far al-Sadiq" (These de Ph.D., McGin University, 1996), chapitre 13.

(114) (Pseudo?) al-Mas'udi, Ithbat al-wasiyya, 17sqq.; sur dawlat Allah et dawlat Iblis voir aussi al-'Ayyashi, Tafsir, 1:199. cf. l'analyse de M. Mole, "Entre le Mazdeisme et l'Islam: La bonne et la mauvaise religion," dans Melanges Henri Masse (Teheran, 1963), 303-16 et surtout E. Kohlberg, "Some Shi'i Views on the Antediluvian World," Studia Islamica (= Belief and Law, article XVI), 45sqq. et note 3, p. 45 ou d'autres sources appartenant aux Nusayriyya ou aux Ismaeliens sont indiquees. C'est en evoquant le pouvoir des "Guides des tenebres" ou de la fidelite des "ignorants" a lent egard que le hadith shiite utilise des expressions telles que walayat al-tawaghit ou walayat alshayatin.

(115) Voir ci-dessus nn. 76 et 95 ainsi que les textes afferents.

(116) Al-Majlisi, Bihar, 8: 347, no. 7 (Ja'far).

(117) Bihar, 6: 197, no. 51.

(118) Bihar, 6:316, no. 6 (le Prophete). Sur l'interrogatoire de la tombe et l'amour des imams voir aussi 6: 236sqq.; 7:128 186sqq., 275sqq., 331sqq.; 8: 67sqq.

(119) Al-Barqi, al-Mahasin, kitab thawab al-a'mal, chapitre 80, no. 103, 1:61 (Ja'far); al-Majlisi, Bihar, 27: 90.

(120) Mahasin, chapitre 81, no. 105, 1:61 (le Prophete par l'intermediaire d'al-Hasan b. 'Ali). Sur la notion de shafa'a, voir A. J. Wensink, A Muslim Creed: Its Genesis and Historical Development (Cambridge, 1932), 61-64, 180-83; T. Huitema, De Voorsprak (shafa'a) in den Islam (Leiden, 1936) et surtout maintenant Bar-Asher, Scripture and Exegesis, chapitre 4, partie 2.5, 180-89.

(121) Al-Barqi, Mahasin, chapitre 78, no. 101, 1: 60 (al-Rida); il est interessant de noter que quelques decennies plus tard, Ibn Babuye (m. 381/991) rapporte, dans son Thawab al-a'mal, une version beaucoup plus edulcoree de la recompense liee a la walaya et la bara'a (Thawab al-a'mal + 'Iqab al-a'mal, ed. 'A. A. Ghaffari [Qumm, 1391/1971], 30, 204). Sur cette evolution "rationaliste" an sein de l'imamisme ancien, voir Guide divin, 15-48.

(122) Sus cette notion importante, signifiant la soumission a la religion esoterique, differente de l'islam dans le sens de soumission a la religion exoterique, voir par exemple al-Saffar, Basa'ir al-darajat, section 10, chapitre 20 (bab fi l-taslim li al Muhammad), 520sqq.; al-Kulayni, al-Usul, kitab al-hujja, bab al-taslim wa Cavil al-musallimin, 2: 234sqq.; le terme a aussi le sens d'obeissance a l'egard des directives de l'imam comme antidote de la polemique au sujet des choses de la foi, voir Ibn Babuye, al-Tawhid, bab al-nahy 'ani l-kalam, 458sq.; idem, Kamal al-din, chapitre 31, no. 9 (taslim contre raisonnement par analogie--qiyas--et opinion personnelle--ra'y).

(123) Man kuntu mawla-hu fa- 'Aliyyun mawla-hu Allahumma wali man wala hu wa 'adi man 'adahu; sur ce "hadith al-wulaya," ses transmetteurs et ses innombrables sources, voir maintenant Sahifat al-imam al-Rida (Qumm, 1408/1987), no. 109, 172-224. Voir aussi 'A. H. Amini, al-Ghadir fi l'kitab wa l-sunna wa l-adab (Teheran, 1372/1952; reimp. 1986), index des hadiths. Dans le texte du hadith, les mots appartenant a la racine WLY sont soulignes: mawla c'est le patron, le protecteur, le patronus; c'est le sens qu'il a souvent lorsqu'il qualifie Dieu dans le Coran. Il designe aussi bien sur ce qui est l'objet de la walaya, dans le sens d'amour, de devotion et de loyaute. En terre shiite, le terme mawla est applique soit a Dieu soit, plus frequemment, a 'Ali et aux autres imams; ce qui est d'ailleurs fort symptomatique. L'article "mawla" de P. Crone dans l'Encyclopedie de l'Islam, une vraie mine d'informations, prend pourtant tres insuffisamment en compte les donnees shiites (EI2, 7: 865-74).

(124) Il serait tentant d'y voir une application du mot celebre de Ja'far al-Sadiq: "Notre affaire (amr; une des appellations les plus courantes de la walaya) comporte un exotdrique (zahir), un esoterique (batin) et un esoterique de l'esoterique (batin al-batin)," al-Saffar, Basa'ir al-darajat, manuscrit Mashhad, Astan-i Quds I, Akhbar 62/169, fol. 18ro; manuscrit Astan-i Quds V/36, Akhbar 407/1933, fol. 20; ms. India Office 932, fol. 22 ro; l'edition Kutchebaghi, utilisee jusqu'ici (section 1, chapitre 12 no. 4, p. 29) fait tomber batin et ne comporte que zahir et batin al-batin; ce qui est manifestement une erreur. Al-Majlisi, Bihar, 2:71, no. 33 comporte: zahir, batin al-zahir et batin al-batin. Or, il me semble que batin et batin al-zahir sont equivalents. Un mot laconique du maitre mystique Khaksar, Mudarris-i 'Alam (m. vers 1950?), semble aussi aller dans ce sens: walayat sirr-i islam ast va mazhariyyat sirr-i walayat (la walaya est le secret de l'Islam et (le fait que l'imam soit) le lieu de manifestation de Dieu est le secret de la walaya), Tuhfa-yi darwish (Tehderan, 1337 solaire/ 1959), 40 (cf. ci-dessus n. 74 et texte afferent). Ajoutons que la walaya dans le sens simple de l'antorite temporelle n'a rien de specifiquement shiite; ainsi les hadith-s peuvent parler de walayat al-tawaghit al-thalatha (l'authorite des trois rebelles contre Dieu, i.e., les trois premiers califes), walayat fulan wa fulan (rantorite d'un Tel un Tel, i.e., Abu Bakr et 'Umar), walayat Bani Umayya, Bani l-'Abbas, etc.

(125) Haydar Amuli, Jami' al-asrar wa manba' al-anwar, ed. H. Corbin et O. Yahia (Teheran, 1969), al-asl al-thalith, al-qa'ida al-thaniya: fi asrar al-nubu'a wa l-risala wa l-walaya, 379-94; Sultan Muhammad Gunabadi Sultan 'Ali Shah, Walayat Nameh (Teheran, 1344 solaire/1966), section 1, chapitre 6, 20-21; section 2, chapitres 1 a 3, 22-32; section 5, chapitres 1 et 2, 61-71; section 9, chapitre 1, 157-70 et chapitre 8, 214-21; tout le long de la section 10, 226-43. Il faut preciser que la problematique faisant partie de l'enseignement esoterique, le langage des auteurs reste relativement allusif. Cette richesse semantique fait mieux ressortir combien la notion de wilayat al-faqih, these centrale de l'ideologie khomeyniste joue sur l'ambiguite afin d'assurer, dans l'opinion des masses imamites, le charisme politico-religieux du juriste-theologien et remplacer la figure de l'imam par celle de ce dernier (voir M. A. Amir-Moezzi, "Reflexions sur une evolution du shiisme duodecimain: tradition et ideologisation," dans Les retours aux Ecritures: Fondamentalismes presents et passes, ed. E. Patlagean et A. Le Boulluec [Paris: Bibliotheque de l'Ecole des Hautes Etudes, 1993], 63-82). Que le terme soit vocalise wilaya n'y change evidemment rien, puisqu'il s'agit du meme mot (cf. M. Chodkiewicz, Le Sceau des saints, 34sqq). De meme, la masse des fideles saisit difficilement la distinction faite entre une "wilaya relative" des juristes (wilayat i'tibariyya) et une "wilaya creative" des imams (wilayat takwiniyya). Or, cette tentative faite par un leader politico-religieux est comprehensible, mais on ne peut que rester perplexe devant des charcheurs qui semblent comprendre la walaya des textes religieux a l'aunne de la doctrine de wilayat al-faqih (v. par ex. A. A. Sachedina, The Just-Ruler (al-sultan al-'adil) in Shiite Islam [New York, 1988]; Bayhom-Daou, "The Imam's Knowledge ..."--voir ci-dessus n. l-ou la walaya, d'ailleurs vocalisee wilaya, est traduite par "the legislative authority of the imam" [p. 195]; il est vrai que din aussi est traduit, sans explicitation aucune, par "the law" [p. 204]. Cette approche va non seulement contre l'evidence des textes, en reduisant dramatiquement la portee du terme walaya, mais elle est carrement erronee puisque l'on sait que la these du "pouvoir politico-charismatique du juriste" n'a aucune histoire et se trouve en rupture avec les corpus fondamentaux de l'imamisme (v. par ex. W. Madelung, "Authority in Twelver Shiism in the Absence of the Imam," dans La notion d'autorite au Moyen Age: Islam, Byzance, Occident, Colloques internationanx de la Napoule 1978 [Paris, 1982], 163-73; maintenant dans Religious Schools and Sects in Medieval Islam [Londres: Variorum, 1985], article X); l'excellente critique, aussi pertinente qu'impitoyable, du livre mentionne d'A. A. Sachedina par H. Modarressi, "'The Just Ruler or the Guardian Jurist: An Attempt to Link Two Different Shiite Concepts," JAOS 111 (1991): 549-62; M. Kadivar, Nazariyya ha-yi dawlat dar fiqh-i shi'a (Teheran, 1376 solaire/ 1997), passim (en 1997, l'auteur, lui-meme religieux, fut condamne a cinq ans de prison pour avoir Ecrit ce livre): M. J. Harandi, Fuqaha' wa hukumat: Pajuheshi dar tarikh-i fiqh-i siyasiyi shi'a (Teheran, 1379s./2000); 'A. K. Surush, Bast-i tajriba-yi nabawi, 3e ed. (Teheran, 1379s./2000), 243-81--conference de farvardin 1377s./mars-avril 1997: "walayat-i batini wa walayat-i siyasi" (l'auteur vit en semi-clandestinite).

(126) Tradition remontant a Ja'far rapportee par al-Kulayni, al Usul, kitab al-hujja, bab fi l-ghayba, nos. 5 et 29, 2:135 et 144; elle constitue le debut de la priere dite de la Delivrance (du'a' al-faraj), destinee a etre lue pendant l'Occultation pour attenuer les peines de l'anente du qa'im; voir Ibn Babuye, Kamal al-din, chapitre 45, no. 43, 2: 512sqq.

(127) Ibn Babuye, 'Ilal al-shara'i' (Najaf, 1385/1966), chapitre 9, no. 1, 9 (al-Husayn b. 'Ali).

(128) U. Rubin, "Pre-existence and Light: Aspects of the Concept of Nur Muhammad," Israel Oriental Studies 5 (1975): 62-112; aussi idem, "Prophets and Progenitors in the Early Shi'a Tradition," Jerusalem Studies in Arabic and Islam 1 (1979): 41-65.

(129) Guide divin, la partie II, 73-154 (une version resumee mais mise a jour de l'excursus sur "la vision par le coeur," 112-45 a ete publiee dans le numero special de Connaissance des Religions 57-59 (1999): Lumieres sur la Voie du Coeur, 146-69); voir aussi "Cosmogony and Cosmology (in Twelver Shiisme)," Encyclopaedia Iranica, la seconde pattie; et surtout maintenant "AID VIII," 97-125.

(130) C'est une des raisons de l'immense respect dont jouissent les descendants, reels ou supposes, des imams (les sayyids) en terre shiite; les vertus de la Lumiere de la walaya sont en eux, a l'etat potentiel. Selon les mystiques, ces vertus se realiseraient cependant plus facilement chez les descendants spirituels des imams. Sur les sayyids voir maintenant le numero special d'Oriente Moderno 18 (77.2-1999): Il Ruolo dei Sadat / Ashraf nella Storia e Civilita Islamiche, ed. B. Scarcia Amoretti et L. Bottini. Malheureusement la dimension spirituelle, d'une importance capitale, est presque completement absente de ce recueil d'articles.

(131) Par exemple al-Saffar, Basa'ir, section 1, chapitre 11, no. 21. 25.

(132) Al-Kashshi, Ikhtiyar ma'rifat al-rijal (Mashhad, 1348 solaire/1969), 213.

(133) Guide divin, 308-10; "AID VI," 68-69.

(134) Je remercie M. M. Bar-Asher, R. Brunner, et E. Kohlberg pour leur lecture attentive d'une premiere version de ce travail et de leurs remarques instructives.

MOHAMMAD ALI AMIR-MOEZZI

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Author:Amir-Moezzi, Mohammad Ali
Publication:The Journal of the American Oriental Society
Date:Oct 1, 2002
Words:17094
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