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Mythologie de la chauve-souris: le vampire et ses avatars chez Baudelaire et Barbey D'Aurevilly.

Si l'apparition du vampire remonte aux temps de l'antiquite grecque avec les lamies et si elle se presente dans les legendes celtiques a travers les Droch-Fhola ou les demons buveurs du sang, il faut attendre l'epoque romantique pour que le vampire, et d'abord ses representations feminines, trouve une place plus eminente dans la litterature. Desormais, les recits de Lord Byron, John Polidori, Sheridan Le Fanu, Barbey D'Aurevilly, Keats, Nodier, Baudelaire, Gautier et bien sur Bram Stoker avec son Dracula, publie en 1897, contribuent a etablir un mythe litteraire du vampire.

Or, le surgissement de la litterature vampirique dans la France du XIXe siecle n'est pas le fruit du hasard. Car, conscient de la realite tragique de l'Histoire apres la Revolution francaise et voulant rompre avec les illusions intrinseques de la nature humaine, les ecrivains de ce temps mettent 1'accent dans leurs ecrits sur les paradoxes et la violence d'une epoque ou, contrairement au temps de Rousseau, l'homme se trouve "[...] semblable et egal a l'homme, c'est-a-dire toujours a l'etat sauvage" (1) si l'on se refere aux journaux intimes de Baudelaire. Ainsi, la nature n'est plus la confidente de l'homme, elle ne fait que des "monstres" et "[...] pousse l'homme a tuer son semblable, a le manger, a le sequestrer, a le torturer; [...], [elle] ne peut conseiller que le crime. ..." (2) C'est dans cette atmosphere que le mythe du vampire trouve les premices de son epanouissement. Assimile a la chauve-souris, animal nocturne et repugnant, la figure mythique du vampire se caracterise par l'acte de la succion du sang qui assouvit son desir et contamine ses victimes.

Dans notre travail, nous proposons d'etudier les avatars du vampire dans Une Vieille Maitresse de Barbey D'Aurevilly et Les Fleurs du Mal de Baudelaire. Envisager les differentes representations du vampire dans notre corpus nous permet de constater que le vampire est plutot feminin que masculin. Or, c'est dans le personnage masculin que cette femme vampire trouve son unite et c'est en s'emparant de sa substance vitale qu'elle domine sa victime et la rend son double. Le sang est desacralise, car contamine, il est la nourriture qui assure la survie du vampire. Dans son livre Barbey d'Aurevilly et l' imagination, Philippe Berthier ecrit: "[...] Le vampirisme n'a pas besoin chez Barbey de reference. II s'impose en filigrane, bien sur, mais singulierement present, comme 1'aboutissement inevitable des fantasmes." (3) Le vampirisme est un theme recurrent chez Barbey. Il apparait deja dans une nouvelle, ecrite en 1832, Lea, "qui meritait bien de figurer dans les anthologies de la litterature vampirique" (4) et ou I'on voit une jeune fille mourir d'un baiser echange avec Reginald, le vampire aux levres sanglantes. (5) Cependant, nous remarquons que le vampire dans Une vieille maitresse est dote d'un accent particulier: a l'instar du vampire male, le lecteur se trouve en face de la Vellini, la femmevampire. Fatale et predatrice, cette Malagaise repond en echo au vampire baudelairien, souvent feminise sous la plume du poete. En effet, la femme-vaimpire hante I'univers des Fleurs du Mal et fait partie des monstres baudelairiens. Elle revet plusieurs formes representant a la fois le vampire sanguin et le vampire psychique. (6)

Representations du Vampire

Ambivalent et polymorphe, le vampire comme toute figure mythique possede le privilege de I'ambiguite. Dans Une vieille maitresse, Vellini, est presentee comme un etre dont l'identite pose probleme:

Mais voyez-vous! La Vellini n'a pas d'analogue dans mon repertoire de souvenirs. On ne comprend rien a celle-la! C'est un logogriphe, c'est un hieroglyphe, c'est un casse-tete chinois, et peut-etre est-ce tout cela qui fait sa puissance! (7)

La Malagaise se revele en tant qu'etre double, voire composite. Sa personnalite est constituee d'elements normalement heterogenes. Elle est donc problematique: non seulement elle ne correspond a aucune perception univoque, mais en outre on ne sait jamais laquelle de ses diverges natures prevaut. Barbey lui attribue a la fois des caracteres masculins et feminins. Elle avait "une bouche trop grande, estompee d'un duvet noir bleu, qui, avec [une] poitrine extremement plate [...], lui donnait fort un air de jeune garcon deguise [...]. (8)

D'autres exemples renforcent le caractere masculin de Vellini. Lors de l'episode du duel entre son ex-mari Sir Reginald Annesley et sa future victime Ryno de Marigny, elle est presente sous l' aspect d'un homme pour servir de temoin a son ex-mari:

Ce qu'en elle la femme avait d'irregulier, de dur, de trop maigre, disparaissait quand elle etait habillee en homme. Sa redingote de velours noir, serree a la taille, dessinait gracieusement son torse nerveux et agile qui provoquait si bien les fremissantes etreintes de l'amour[...]. (9)

Ayant une identite sexuelle ambivalente, etant male (10) et femelle a la fois, le caractere masculin de la Malagaise accentue son vampirisme qui inspire les angoisses les plus sombres car il associe le "surnatural-isme" du vampire masculin et la seduction du vampire feminin. (11)

Quant au vampire baudelairien, il se conjugue lui aussi au feminin. En cela, il semble s'accorder avec une tendance generale de la production litteraire, deja observee par Mario Praz, pour qui la seconde moitie du XIXe siecle marque une nette feminisation de la figure vampirique, (12) comme le montrent la figure mythologique de la Beatrice, dans "Le Vampire," ou encore "le mannequin puissant" et effrayant que donne a voir "les Metamorphoses du vampire." Or, le caractere feminin du vampire se cristallise a travers plusieurs entites qui refletent sa bestialite et son erotisme. Dans "Causerie," les "griffe[s]" et les "dents" mettent l' accent sur 1'animalite du vampire. Cependant, la sinuosite du toucher suggere un besoin de fletrir mele au plaisir sexuel:
Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pame;
Ce qu'ellecherche, [...], est un lieu saccage
Par la griffe et la dent feroce de la femme. (13)


Torture vampirique et volupte physique s'entremelent. Le desir charnel revele chez l'etre humain une part proprement diabolique qu'il est, selon Baudelaire, impossible d'ignorer. Les rapports charnels manifestent que l'animalite bouillonne en nous des qu'elle le peut, notamment par la voie du desir sexuel car "La volupte unique et supreme de l'amour git dans la certitude de faire le mal." (14)

Si l'animalite du vampire est en partie liee avec le contexte malefique, elle est nettement claire sur le plan morphologique. Dans l'imaginaire collectif

[...] le vampire classique est associe a la chauve-souris, mammifere vofant nocturne. [...] II s'agit d'une reduction de l'image du dragon aile, avec des ailes noires de chiroptere, donc diabolise a l'extreme, et se cachant dans les tenebres de la caverne. (15)

Or, la protagoniste d'Une Vieille maitresse incarne d'autres formes d'animalite. Sa rencontre avec Ryno montre bien qu' elle est un animal sauvage qui se jette sur sa proie:

Elle arrivait, furtive et voilee. Quand elle entrait, elle bondissait dans mes bras, et c'etait avec les mouvements des tigresses amoureuses qu'elle se roulait sur mes tapis et m'y entrainant avec elle. (16)

L'erotisme est fortement associe a la nature bestiale de la femme vampire qui exerce sur sa victime une fascination irresistible: elle represente a la fois un fantasme sexuel et animal. De plus, la frenesie animale est accompagnee de la velocite des gestes de ce monstre aile qui s'introduit chez sa victime sans que cette derniere s'en apercoive. Lorsque Ryno de Marigny est oblige de rester chez lui suite a ces blessures apres le duel, il decouvre un soir la presence fulgurante et inopinee de la femme-vampire:

[...] C,etait elle, chez moi! Assise sur le bord de mon lit! Comment y etait-elle venue? Elle! Vellini, mon ennemi! Cette femme cruelle qui avait voulu me voir mourir. (17)

Cette visite nocturne trouve son correlat dans l'univers poetique de Baudelaire. En effet, le vampire chez Baudelaire est une figure agissante du nocturne. L'univers de la nuit et des tenebres suscite dans "Le revenant" favorise son apparition:
Comme les anges a l'oeil fauve
Je reviendrai dans ton alcove
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit. (18)


Le titre de ce poeme annonce l'atmosphere vampirique puisque le vampire n' est qu'un "revenant en corps,"c'est a dire un etre humain, qui apres sa mort, revient hanter ses proches sous une forme tangible pour leur sucer le sang. (19) Or, en "revenant," le vampire emprunte le mouvement d'un reptile car il "glisse sans bruit" dans le tombeau de sa victime et ainsi il s'identifie au serpent. Nous pouvons admettre avec Jean Perrin que "le champ symbolique de la femme-vampire est domine par le theme ophidien." (20) Si I'allusion au serpent au vers 3 ("Et vers toi glisserai sans bruit") est implicite, la reference devient d'autant plus nette au vers 7 ou le vampire a reserve a sa proie des "caresses de serpents." D'autre part, 1'aspect serpentin de Velllini est decrypte a travers sa physionomie et ses mouvements du repli. "Sa tete, trop penchee sur son cou flexible, et qui semblait emporter le poids de son corps, lui donnait quelque chose d'oblique." (21)

Mais si la femme-vampire incarne un monstre nocturne et repugnant comme la chauve-souris et si elle s'assimile aux animaux devorants et malefiques comme le serpent, le mythe de la femme-vampire evoque un autre mythe, para-biblique cette fois: celui de Lilith, le succube. Lilith est un demon femelle dans la mythologie de Babylone. Seul, le livre d'Isaie (34,14) cite ce monstre qui ne trouve le repos qu'au pays d'Edom en ruine. (22) La tradition rabbinique associe Lilith a la premiere femme d'Adam mais cette premiere femme n'aurait pas ete creee a partir du cote d' Adam, a l'oppose d'Eve, puisqu'elle represente l'Eve malefique. Dans son livre L'enigme des vampires, Jean Markale ecrit que Lilith

[...] est une sorte d'ange maudit, aux ailes noires de chauve-souris qui s'insinue dans les anfractuosites de 1'ombre. Et, aussi bien par les ponctions qu' elle opere sur la pensee des humains que par le sang qu'elle preleve dans leurs veines, elle est incontestablement une femme-vampire qui ne peut survivre que par cet acte de succion. (23)

Or, Vellini ne serait-elle pas une image de Lilith? En la decrivant a la marquise de Flers, Ryno constate qu'

il y avait en elle les redoutables seductions qu'on peut supposer a un demon. Elle en avait le buste svelte et sans sexe, le visage tenebreux et ardent, et cette laideur impressive, audacieuse et sombre, la seule chose digne de remplacer la beaute perdue sur la face d' un Archange tombe. (24)

Chez Baudelaire, Lilith s'empare du poete-victime par une violence irresistible. Elle use de sa seduction pour assouvir ses desirs et asservit I' esprit de sa victime pour en faire son ''lit" et son "domaine," montrant ainsi toute 1'infamie de l'esclavage erotique inflige:
Toi, qui comme un coup de couteau,
Dans mon coeur plaintif est entree;
Toi qui, forte comme un troupeau
De demons, vins, folle et paree,
De mon esprit humilie
Faire ton lit et ton domaine. (25)


Si Lilith dans Les Fleurs du Mal a choisi 'Iesprit" du poete comme "domaine," Vellini-Lilith emmene sa victime dans un lieu souter-rain qui, dans son caractere redoutable, reflete le lieu de sejour de la Lilith biblique:

Jamais antre ne fut mieux destine, par le jeu des terrains, a cacher des dessins coupables on des bonheurs persecutes que ne l'etait ce Tombeau du Diable (comme on I' appelait), et que Satan, dont il etait le sarcophage, offrait, comme un refuge, a ses favoris parmi les vivants. (26)

C'est dans cet endroit malefique et effrayant que Vellini exerce son pouvoir vampirique sur Ryno, qui "[...] contemplai[t] ce demon, et, [...] sentai[t] sa force invincible se saisir de lui de plus en plus." (27) Or, pour la femme-vampire en general, et pour Lilith en particulier, l'acte amoureux n'est qu' un moyen mis au service d'une sexualite monstrueuse visant a assouvir des desirs sado-erotiques. S'identifiant a nouveau a Lilith, (28) Vellini est incapable de garder son enfant, (29) fruit d'une relation amoureuse cannibalique et sado-masochiste.

Mais la revelation du sado-masochisme chez Baudelaire se fait d'abord par le biais du "[...] coup de couteau" exerce par le vampire baudelairien dans "Le Vampire" et par le "Charmant poignard" du poeme "Le Possede." Pourtant, dans le second poeme, il y a une difficulte d'interpretation. Ou bien le poete s'adresse a son poignard, qui peut d'ailleurs avoir un sens erotique, pour tuer la femme ou se satisfaire en elle. Ou bien la femme, masculinisee, est elle-meme le poignard. C'est cette interpretation qui a notre preference, sans que nous puissions ecarter la premiere.

Neanmoins, I'aspect sado-masochisme du vampirisme atteint son point culminant dans le rapport qu'entretient le vampire avec sa proie.

Le vampirisant-vampirise

Ce que le vampire cherche dans sa victime depasse le stade de la monstruosite, car ce qui le differencie nettement des monstres traditionnels c' est sa nature demoniaque. Le vampire est un etre foncierement pervers et "[...] morcele [...] [qui] est a la recherche d'une forme d'unite." (30) Il aspire a satisfaire ses propres besoins au detriment d' autrui, condamnant sa victime a une soumission totale et un sort fatal. Vellini s' est emparee de Ryno en etablissant une sorte de communion vampirique. Predatrice, elle a suce son sang et I'a oblige a boire le sien en retour. Dorenavant, le vampire et sa victime vampirisee sont lies par un pacte de sang:

J' ai done bu de ton sang!--ajouta-t-elle avec une inexprimable fierte de sensuelle tendresse.--lls disent, dans mon pays, que c' est un charme que quand on a bu du sang l'un de I' autre, rien ne peut plus separer la vie, rompre la chaine de l' amour. Aussi veux-je, Ryno, que tu boives de mon sang comme j' ai bu du tien. (31)

Cette scene montre bel et bien l' aspect sado-masochiste de Ryno le vampirise, car conscient du mal et dechire entre repulsion et fascination, rejet et attirance, il s' abandonne au vampire et finit par s'y sou-mettre. Masochiste, Ryno le devient, puisqu'il n' est plus une victime innocente. En reprenant contact avec la Vellini, il trouve l' objet de sa recherche: un bourreau avec qui il dresse un contrat vampirique et aux termes duquel il sera torture. Dans "Le vampire," Baudelaire est soumis au pouvoir du vampire qui l' efface et l' opprime. On assiste a une infinie depossession du moi par l' infinie presence de la femme-vampire. Le pronom "toi" est mis en relief par l' anaphore qui accentue le pouvoir de l' autre tandis que la presence du "moi" est reduite a l' adjectif possessif. Le sadisme consiste ici dans une intention non seulement de briser l' autre, mais encore de le tenir en sujetion, dans une attitude de douloureuse impuissance.
Toi, qui, comme un coup de couteau,
Dans mon coeur plaintif es entree;
Toi qui, forte comme un troupeau
De demons, vins, folle et paree. (32)


Dans "Les metamorphoses d' un vampire," le poete associe a la femme-vampire les images de l' attirance sensuelle. C' est par le biais de son erotisme (levre humide, seins triomphants) que le vampire "si docte aux voluptes" possede sa victime, incapable de resister a son charme fatal. Mais le coup de theatre surgit a la fin du poeme: la victime vampirise et torture devient constante, et decide meme de rendre a son vampire "un baiser d' amour." Nous sommes cette fois-ci en face d' un masochiste, un sadique qui ne peut jouir de la souffrance de sa victime qu'en s' identifiant a elle.
Moi, j' ai la levre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit 1'antique conscience
[....................]
Je suis mon cher savant, si docte aux voluptes,
Lorsque j' etouffe un homme en mes bras redoutes,
[....................]
[....] je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d' amour! (33)


Incapable d' echapper a son sort, l' etre vampirise devient le double du vampire. Les moyens auxquels il a recours pour se liberer (comme par exemple le "poison" et le "glaive" dans le poeme "Le Vampire") le transforment en vampire. "Le poison" n' est que le substitut metaphorique du sang suce, tandis que "la glaive" reprend le "coup de couteau" du v. I et fait echo au poignard que la Vellini utilise pour ouvrir les plaies de sa proie. (34)

Toute tentative de fuite ou de liberation est vouee a l' echec. La lutte contre son vampire est videe de son sens. Elle s'avere etre vaine et ne remporte aucun resultat. Le poete ne merite pas sa liberte car, au lieu d' etre opposant au monstre, il devient son adjuvant:
"Tu n'es pas digne qu'on t'enleve
A ton esclavage maudit,
"Imbecile!--de son empire
Si nos efforts te delivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire!" (35)


On assiste a une complicite entre le vampire d' origine et le nouveau vampire qui s' etablit detriment de la relation classique du vampire-proie. Le vampirisant-vampirise redouble le statut du vampire qui apparait comme notre reflet, notre face cachee car "le monstre n' est pas seulement figure d' alterite, il est aussi fragment de notre identite." (36)

Un autre exemple renforce cette reciprocite: "L'Heautontimoroumenos," poeme qui, selon Jean Prevost, commence par les trois strophes les plus sadiques que Baudelaire ait ecrites, et ou le couple de l'amant et de l'aimee cede la place a celui du "bourreau" et de la "victime," de "l' operateur" et du "sujet."
Je suis la plaie et le couteau!
Je suis le soufflet et la joue!
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau!
Je suis de mon coeur le vampire,
Un de ces grands abandonnes
Au rire eternel condamnes
Et qui ne peuvent plus sourire! (37)


Une conversion du sadisme au sado-masochisme impregne le poeme et se trouve egalement aidee par l'attitude ambigue du vampire a l'egard de sa victime, devenue desormais son partenaire. "Bourreau de lui-meme, vampire de lui meme, il implique le peuple entier dans sa propre torture; il revele le peuple entier comme victime [...], il le devoile a lui-meme a la fois martyre et vampire." (38)

Ryno subit egalement le meme sort. II ne parvient pas a se debarrasser de la Vellini avec qui il a partage une communion sanglante. Suite a cet evenement, il devient vampire et commence a "[...] dominer, despotiser les ames," (39) mais contrairement a la Malagaise, il se comporte comme un vampire d'esprit. "[...] Cet homme qui tuait si bien les femmes" (40) ne vise pas le sang de ses victimes, mais cherche a vider leur corps de leur energie en epuisant ses mattresses psychiquement. Ses victimes, finalement, se trouvent exsangues et epuisees. Elles sont hantees par l'idee de la mort comme Mme de Mendoze, designee aussi comme "la martyre de Mendoze."

L'auteur nous trace l'exemple d'une pauvre dame, si belle a l'epoque, qui a subi les tortures du nouveau vampire, Ryno. Victime au passe, Ryno se transforme en bourreau seducteur: au lieu d'offrir 1'amour a sa maitresse, il la torture, saisit sa substance vitale et la condamne a mort. (41)

De plus, ses crimes ne touchent pas uniquement Mme de Mendoze, mais atteint aussi sa femme Hermangarde. L'amour que Ryno lui devouait s'affaiblit devant son instinct de vampire. II finit par la contaminer et contribue a son extenuation:

II avait les yeux pleins de la tete pale de sa femme qui lui rappelait une autre paleur, etendue par lui sur un autre visage-celui de Mme de Mendoze, oubliee dans les caresses de Vellini, mais dont le fantome, evoque par une imagination vengeresse, lui disait, le doigt tendu vers Hermangarde: "Hier, tu en as tue une; demain. feras-tu mourir 1'autre?" (42)

Le vampirisme de Ryno reside dans ce lent epuisement des victimes qui, sans etre bues, perdent tout de meme leur vigueur et s'apparentent par leur paleur aux victimes classiques des vampires du sang. Nous pouvons conclure que le vampirisme de Ryno se revele moins buveur de sang que "d'ames." Or le vampirisme de Vellini, d[pounds sterling]-passe aussi le pacte sanguin. A l'episode de la ceremonie du mariage d'Hermangarde et Ryno, Vellini se transforme en Gorgone: au lieu d'exercer une succion sur la victime, elle la vampirise de "Son regard, fixe et profond, [...] si charge du magnetisme inexplicable [...] qu' Hermangarde en sentit la lourdeur oppressive sur ses candides et suaves epaules." (43) Souffrante, Hermangarde, finit par etre la seconde victime du couple vampirique.

Enfin, le vampire est un etre tres ambivalent puisqu'en les vidant de leur sang ou de leur energie, il condamne ses victimes a une mort inevitable mais il est en meme temps capable de leur faire le don de l'immortalite. Dans "Les metamorphoses de Vampire," le statut du vampire oscille entre le vampire traditionnel suceur du sang, et le vampire energetique buveur d'ame. La femme sinistre et terrifiante vise "la moelle" du poete dont l'affaiblissement progressif est suggere par "languissant" (v.8). Or, au lieu de jouir de sa conquete, elle pourrit sur place. La nourriture ne lui assure pas la survie; elle transforme la vie en mort et la seduction en infection.
Quand elle eut de mes os suce toute la moelle,
Et que lunguissant je me tournai vers elle
[...], je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus. (44)


Si ce vampire a subi une fin pareille, c'est parce qu'il a remplace le sang par "la moelle": c'est par le sang seul que le vampire accede a l'immortalite.

L'appel du sang

Le vampire nous apparait comme un etre fondamentalement pervers et monstrueux dans la mesure ou il transgresse un tabou absolu, profondement enfoui dans notre subconscient, qui est l'interdiction de consommer du sang. Symbole de vie, le sang joue un role tres important dans l'imagination humaine: comme principe vital, il doit etre respecte et epargne; a ce titre, il atteint la dimension du sacre. Mais en meme temps, il a souvent une valorisation negative car il evoque la violence, la souffrance et la mort. Ce qui faisait dire a Bachelard que "le sang n'est jamais heureux." (45)

Dans "l'Ennemi," si l'allusion au vampire est occultee, sa presence est suggeree par le biais de l'hematophage de cet Ennemi (46) qui se nourrit du sang humain:
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croit et se fortifie! (47)


L'univers d'Une vieille maitresse est teinte de sang, comme l'est deja le protagoniste. C'est en se couvrant du sang de son pere le toreador que Vellini est condamnee a ce sort sinistre. (48) Elle "[...] entre-tient avec cette liqueur emblematique des relations qui ne sont pas, bien entendu, d'heredite biologique mais de fatalite symbolique. Elle est "du sang" comme on est d'une race." (49) De peur d'etre delaissee, elle applique le meme rite sur Ryno et le baptise de son sang a plu-sieurs reprises:

II s'etait vu dans la glace de la cheminee. Son visage, teint de sang seche, avait un aspect affreux. C'etait cela qu'il avait senti couler sur lui dans la grotte. Derniere folie de sa folle sauvage, qui croyait au charme du sang pour expliquer la fide-lite du coeur! Lorsque, la tete sur ses genoux et dans ses egarements qu'il se re-prochait, il lui avait demande des philtres, elle s'etait coupe avec les dents quelque veine, pour lui en donner un qu'il connaissait, et dont la mysterieuse influence faisait tout oublier--excepte elle--a celui qui en avait bu. (50)

L'extase du vampire atteint son paroxysme en s'abreuvant du sang de sa victime. Cette nourriture, plus spirituelle que materielle, est le siege de Tame. En l'absorbant, le vampire s'empare des ames et voue ses victimes a la damnation. L'abreuvement sanguin est un signe de sadisme qui ne trompe pas. Dans ses journaux intimes, Baudelaire classe ce desir sadique dans son chapitre sur "l'indestructible [...] ferocite humaine," chercheuse "de I'amour du sang" et "de l'ivresse du sang." (51)

Le cote sanguinaire de Vellini constitue le fil conducteur du roman. Ce sang rode partout et impregne tout. Sa lettre adressee a Ryno est imbibee de son sang car, ne trouvant pas d'encre dans sa cabane, elle s'est piquee une veine a l'aide de son epingle a cheveu. Nous assistons ici a une homeomorphie de l'encre et du sang.

Le sang du toreador ressurgit, mais cette fois-ci sous forme de larmes qui remplacent ce liquide vital et reaniment le rite du vampire:

C'est du sang aussi que des larmes!--dit-elle avec une passion surhumaine, forte comme Dieu meme, car elle me fit reculer jusque dans ce passe qui ne nous appartient plus et qu'elle ralluma.

"Bois donc, Ryno; bois donc! Bois toujours!," repeta-t-elle m'offrant avidement ses yeux et sa bouche. Elle avait raison, la superstitieuse femme qu'elle etait! Les larmes avaient le gout du sang deja bu. ... (52)

Les larmes se substituent au sang et Vellini donne de ses larmes pour contaminer Ryno. Le vampire de "l 'Heautontimoroumenos" en consomme pour etancher sa soif et assouvir ses desirs sadiques puisque, selon George Blin, "le sadisme conduit a desirer l'aimee en deuil ou en larmes": (53)
Et je ferai de ta paupiere,
Pour abreuver mon Sahara
Jaillir les eaux de la souffrance
Mon desir gonfle d'esperance
Sur tes pleurs sales nagera. (54)


En effet, les "eaux de la souffrance" sont des eaux hostiles et infernales, un sang noir et empoisonne; elles portent en elles les effets nefastes de la mort et de l'aneantissement. Or, ces eaux ne trouventelles pas leur echo dans une scene relative a l'enfance de Barbey d'Aurevilly? Dans une lettre adressee a Trebutien, Barbey raconte a son ami comment il a failli mourir par son propre sang:

[...] II parait que le cordon ombilical avait ete mal noue, que mon sang emportait ma vie dans les couvertures de mon berceau, quand une dame, [...] s'apercut que je palissais et me sauva non des eaux comme Moise, mais du sang, autre fleuve ou j'allais perir! [...] (55)

La thematique du sang dans les deux textes presente done des aspects tres divers puisqu' elle exprime a la fois le desir d' immortalite pour le vampire et la crainte de la mort et de la maladie pour la vic-time. Le theme du sang peut etre evoque aussi pour exprimer la souf-france. Dans un de ces poemes, Barbey trouve un soulagement dans l' ecoulement de son propre sang, qui par ce mouvement est capable d' apaiser sa douleur:
Saigne, saigne mon coeur ... Saigne! Je veux sourire,
Ton sang teindra ma levre et je cacherai mieux,
Dans sa couleur de pourpre et dans ses plis joyeux,
La torture qui me dechire. (56)


Dans "La fontaine de Sang," le sang jaillit, afflue, coule et se repand partout. L'hemorragie de Baudelaire est aussi signe de souffrance puisqu' elle parodie la passion du Christ en "desalterant la soif de chaque creature," (57) mais elle constitue une nourriture regeneratrice pour les "cruelles filles":
Il me semble parfois que mon sang coule a flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
[...........................]
A travers la cite, comme dans un champ clos,
Il s'en va, transformant les paves en ilots,
Desalterant la soif de chaque creature,
Et partout colorant en rouge la nature.
[...........................]
J'ai cherche dans l' amour un sommeil oublieux;
Mais l' amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles
Fait pour donner a boire a ces cruelles filles! (58)


L'etude que nous venous de faire nous permet de constater la place accordee au vampire au XIXe siecle a travers la lecture de deux oeuvres litteraires: Une vieille maitresse et Les Fleurs du Mal. Dans ce contexte, nous avons constate que la figure mythique du vampire offre plusieurs interpretations. Polymorphe et hybride, le vampire, dans ces deux textes, est incarne par la femme fatale qui trouve son double masculin dans sa victime, Il en va de meme pour le XXe siecle ou le vampire continue de hanter l' esprit litteraire et fait son entree dans la culture mondiale, notamment au cinema qui contribue grandement a la diffusion et au developpement du mythe. On peut se demander quel avenir litteraire et cinematorgraphique s' offre desormais au vampirisme qui a inspire deja tant de textes et de films? Le vampire de nos jours, symbole de nos vices et de nos imperfections, serait-il plutot masculin ou feminin? Peu importe le sexe du vampire, l' essentiel est de savoir qui vampirise le plus et qui vampirise le mieux. ...

Universite de Damas (Syrie)

Notes

Les references sur Baudelaire renvoient a l' Edition des (Euvres Completes, textes etablis, presentes et annotes par Claude Pichois (Paris: Gallimard, Bibliotheque la Pleiade, 1975-1976, t. I et II), tandis que la reference sur Une vieille maitresse de Jules - Amedee Barbey d' Aurevilly renvoie a l' edition etablie par Philippe Berthier (Paris: Flammarion, 1996).

(1.) Charles Baudelaire, "Fusees," Journaux intimes, t. I, 663.

(2.) Charles Baudelaire, "Le peintre de la vie moderne," Critique d' art, t. II, 714.

(3.) Philippe Berthier, Barbey d' Aurevilly et l' imagination (Geneve: Droz, 1978) 141.

(4.) Ibid.

(5.) Voir Lea in Jules - Amedee Barbey d' Aurevilly, (Euvres completes, texte presente et annote par Jacques Petit (Paris: Gallimard, "Bibliotheque La Pleiade," 1964, t. I) 42. "Ouand il revint, il n' etail plus temps, les flambeaux que l'on apporta n' eclairerent pas meme une agonie. le sang du coeur avait inonde les poumons et monte dans la bouche de Lea, qui yeux clos et tete pendante, le vomissant encore, qaoiqu'elle ne fut pus qu'un cadavre. qu'un cadavre. [...] Elle s'etait apercu qu'il avail les levres sanglantes."

(6.) Nous entendons par le vampire sanguin le vampire classique, le vampire psychique etant celui qui vise la substance vitale de ses victimes. Voir a ce propos Jean Marigny, Le Vampire dans la litterature du XXe siecle (Paris: Honore Champion, 2003) chapitre 4, p. 156--167.

(7.) Jules-Amedee Barbey d' Aurevilly, Une vieille maitresse, p. 84

(8.) Ibid., p. 87

(9.) Ibid., p. 152.

(10.) Nombreux sont les exemples qui soulignent l' ambiguite sexuelle de Vellini. Voir p. 131: "Elle se renversait, tout en causant, sur le dossier de son fauteuil avec des torsions enivrantes, et il n'y avait pas jusqu'a sa voix de contralto-d' un sexe un peu indecis, tant elle etait male!" et dans un autre recit d' Hermangarde p. 326: "ou l' avait-elle vu? Elle l' avait apercu, il est vrai, dans la voiture de Mme de Mendoze, le temps de passer sur le pont de la haie d' Hectot. Elle le rencontrait ici sous une coiffure d' homme, cache a moitie, et a moitie eclaire. Comment pouvait-elle le reconnaitre?"

(11.) Voir l' article de Nathalie Prince in Pierre Brunel, Dictionnaire des mythes freminins (Paris: edition Le Rocher, 2002) 1883. "La difference de traitement entre le mythe du vampire et le mythe de la femme-vampire reside donc dans cette simple logique fantasmatique; un homme est vampire de maniere surnaturelle, une femme naturellement est vampire."

(12.) Voir Mario Praz, La chair, la mort et le diable dans la literature du XIXe siecle [1966], trad. de l'italien par Constance Thompson Pasquali (Paris: Denoel, 1977)92.

(13.) Charles Baudelaire, "Causerie," Les Fleurs du Mal, t. I, p. 56.

(14.) Charles Baudelaire, "Fusees," Les Fleurs du Mal, t. I, p. 652.

(15.) Jean Markale, L'enigme des vampires (Paris, editions Pygmalion/Gerard Watelet, 1991) 222.

(16.) Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly, Une vieille maitresse, p. 161.

(17.) Ibid., p. 156.

(18.) Charles Baudelaire, "Le revenant," Les Fleurs du Mal, t. I, p. 64.

(19.) Jean Marigny, Le Vampire dans la litterature du XXe siecle, op.cit., p. 13.

(20.) Jean Perrin, "La femme vampire dans la poesie romantique anglaise," in Antoine Faivre (die.), Les Vampire, colloque de Cerisy (Paris: Albin Michel, 1993), Collection Cahiers de L'Hermetisme, P. 115.

(21.) Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly, Une vieille maitresse, p. 88 (nous soulignons).

(22.) "Les betes du desert s'y rencontrent avec les chacals, et le bouc sauvage y criera a son compagnon. La aussi, la Lilith se reposera et trouvera sa tranquille habitation."

(23.) Jean Markale, op.cit., p. 237.

(24.) Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly, Une vieille maitresse, p. 136.

(25.) Charles Baudelaire, "Le vampire," Les Fleurs du Mal, t. I p. 33.

(26) Jules-Amedee Barbey d'Aurevily, Une vieille maitresse. p. 378.

(27.) Ibid., p. 136.

(28.) "[...] On constate que Lilith au XIX e siecle n'enfante pas car elle est elle-meme destructrice, [...]" Pascale Auraix-Jonchiere, Lilith, avatars et metamorphoses d'un mythe entre romantisme et decadence, cahier romantique n[degrees]8 (Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal, 2002) r22.

(29.) Meme Ryno le vampire vampirise n'a pas pu avoir d'enfants: I'enfant qu'il a euavec Vellini est mort ainsi que le deuxieme fruit de son mariage avec Hermangarde. Voir p. 376: "Oui pauvre Hermangarde!--fit Ryno, comme un echo melancolique.--[...] Elle a ete frappee dans sa maternite meme: son enfant est mort comme le notre, Vellini.--Et il ajouta avec un accent amer qui resumait toute son ame:--Je ne suis pas heureux en enfants!"

(30.) Pasacle Auraix-Jonchiere, L'unite impossible, essai sur la mythologie de Barbey d'Aurevilly (Saint-Genouph, A.-G. Nizet, 1997) 234.

(31.) Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly, Une vieille maitresse, p. 159.

(32.) Charles Baudelaire, "Le vampire," op.cit., p. 33.

(33.) Charles Baudelaire, "Les metamorphoses du vampire," Les Fleurs du Mal, p. 159.

(34.) "[...], elle prit un petit poignard cache dans sa ceinture, et en fit briller l'acier avec une conquetterie sauvage," Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly, Une vieille maitresse, p. 159.

(35.) Charles Baudelaire, "Le vampire," op.cit., p. 33.

(36.) Jean-Pierre Picot, article "Vampire," Dictionnaire des symboles, des mythes et des legendes (Paris, Marabout, 2000) 160.

(37.) Charles Baudelaire, "L'Heautontimoroumenos," Les Fleurs du Mal, t. I, p. 79.

(38.) Michel Butor, Histoire extraordinaire, essai sur un reve de Baudelaire (Paris: Gallimard, 1961, Folio Essais) 169.

(39.) Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly, Une vieille maitresse, p. 60.

(40.) Ibid., p. 75.

(41.) Dans une lettre adressee a Ryno, Vellini lui reproche cette attitude: "L'auras-tu damnee comme tu l'as tuee? Fatal Ryno! Fatal a nous toutes! Prends-tu aussi la vie eternelle?" Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly, Une vieille maitresse, p. 338.

(42.) Ibid., p. 368.

(43.) Ibid., p. 207..

(44.) Charles Baudelaire, "Les metamorphoses du vampire," op.cit., p. 159.

(45.) Gaston Bachelard, L'eau et les reves. essai sur l'imagination de la matiere (Paris: Jose Corti, 1942) 73.

(46.) Dans ses notes sur les Fleurs du Mal, Claude Pichois ne cite le Vampire parmi les interpretations qu'il donne a l'Ennemi de Baudelaire: "l'Ennemi, [...] est-ce Diable, le Remords, L'Ennui, le Temps?" Voir Claude Pichois et Jacques Dupont, L'Atelier de Baudelaire, "Les Fleurs du Mal," Edition diplomatique. Introduction, commentaires et eclaircissement philologiques (Paris: Honore Champion, 2005) t. I.

(47.) Charles Baudelaire, "L'Ennemi," Les Fleurs du Mal, op.cit., p. 16.

(48.) Voir Jean Markale, op. cit.,p. 219. L'auteur traite le theme du "bapteme par le sang des sectateurs de Mithra, rite bati sur le mythe du heros solaire qui poursuit le taureau cosmique, incarnation de l'energie divine, et qui le tue, faisant rejaillir son sang sur lui et sur ses descendants."

(49.) Philippe Berthier, Barbey d'Aurevilly et l'imagination, op.cit., p.191.

(50.) Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly, Une vieille maitresse. p. 393.

(51.) Charles Baudelaire, "Mon coeur mis a nu," Journaux intimes, t. I.p. 693.

(52.) Jules Amedee Barbey d'Aurevilly, Une vieille maitresse, p. 193.

(53.) George Blin, Le Sadisme de Baudelaire, Paris: Jose Corti, 1948,p. 33.

(54.) Charles Baudelaire, "L'Heautontimoroumenos," Les Fleurs du Mal, t. I, p. 78.

(55.) Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly, Correspondance generale, Annales litteraires de l'Universite de Besancon, avec le concours du CNRS, sous la direction de Jacques Pet it, t. I (1824-1844), vol. 247, 1980, p. 46.

(56.) Jules Amedee Barbey d'Aurevilly, "Saigne, saigne mon coeur ...," in Un palais dans un labyrinthe, poemes, edition et essai de Pascale Auraix-Jonchiere (Paris: Honore Champion, 2000) 26.

(57.) Charles Baudelaire, "La fontaine du sang, noilral," Les Fleurs du Mal, t. I, p. 115.

(58.) Ibid.
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Title Annotation:mythology of bats, vampires in works of Charles Baudelaire and Jules-Amedee Barbey d'Aurevilly
Author:Hadeh, Maya
Publication:French Forum
Article Type:Critical essay
Geographic Code:4EUFR
Date:Jan 1, 2008
Words:5898
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