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Multi rationalites et pratiques d'acteurs dans le domaine de la planification familiale au Mali.

L'ambition des programmes de planification des naissances est de changer les conduites reproductives des acteurs sociaux a travers les messages sanitaires. Il s'agit d'une demarche pedagogique visant a susciter chez le recepteur du message une disponibilite au changement conforme aux prescriptions des programmes. A travers des exemples concrets, notre travail montre que la realite est beaucoup plus complexe et que les acteurs sociaux ne sont pas des etres passifs. En effet, leurs pratiques quotidiennes montrent qu'ils empruntent des arguments a des ensembles normatifs varies (coutume, religion, normes sexuelles mondialisees, etc.) pour justifier leurs actes. Ils hesitent, resistent, se soumettent ... Loin d'accepter les normes <<officielles>> des programmes, ils les transforment a leur facon, les manipulent, les adaptent, les soumettent.

Mots cles: Coulibaly, rationalite, pratiques, acteurs, planification familiale, Mali

The ambition of the family planning program is to change reproductive behaviors of social actors through health messages. It means a pedagogical process aiming at arousing the receiver of the message an availability to the change in agreement with the program formulations. Through concrete examples, our work shows that the reality is much more complex and that social actors arc not passive beings. Indeed, their daily practices show that they borrow arguments to various normative sets (custom, religion, globalized sexual norms, etc.) to justify their actions. They hesitate, resist, submit ... Far from accepting the <<official>> program standards, they transform them in their own way, manipulate, adapt and submit them.

Keywords: Coulibaly, Rationality, Practices, Actors, Family Planning, Mali

La ambicion de los programas de planificacion de los nacimientos es cambiar las conductas reproductivas de los actores sociales a traves de los mensajes en materia de salud. Se trata de un enfoque pedagogico cuyo objetivo es el de crear en el receptor del mensa juna disponibilidad de cambio conforme a las prescripciones de los programas. Mediante ejemplos concretos, nuestro trabajo muestra que la realidad es mucho mas compleja y que los actores sociales no son seres pasivos. En efecto, sus practicas cotidianas muestran que se apoderan de los argumentos de diversos conjuntos normativos (tradicion, religion, normas sexuales mundializadas, etc.) para justificar sus actos. Se sienten indecisos, resisten, se someten ... Lejos de aceptar las normas <<oficiales>> de los programas, ellos las transforman a su manera, las manipulan, las adaptan, las someten.

Palabras claves: Coulibaly, racionalidad, practicas, actores, planificacion familiar, Mali

Multiple Rationalities and Practices of Actors in the Field of Family Planning in Mali

Multi racionalidades y practicas de los actores en el sector de la planificacion familiar en Mali

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Les chiffres de la mortalite maternelle nous rappellent malheureusement une bien triste realite en Afrique. En 2013, dans le monde, 289 000 femmes sont mortes a la suite de complications pendant leur grossesse, lors de l'accouchement ou dans les jours qui ont suivi. En 2013, sur les 289000 deces maternels survenus dans le monde, le continent africain en totalise 171 000 a lui tout seul, alors que l'Europe ne compte que 1 900 deces pour la meme periode (OMS 2014a). Une simple arithmetique montre que le risque pour les femmes de mourir un jour en couches ou pendant leur grossesse est 90 fois plus eleve en Afrique qu'en Europe (ibid).

Une explication par les <<exces>> (trop d'enfants, trop tot, trop tard, trop rapproches) rappelle que la plupart de ces deces sont evitables. Leurs causes sont suffisamment connues (hemorragies, infections, HTA, dystocies, avortement, etc.) et l'on sait aussi ce qu'il faudrait faire pour les eviter (cesariennes de qualite, usage de sulfate de magnesie, hygiene lors de l'accouchement, depistage, transfusion). Si la planification familiale apparait comme une solution en amont, les chiffres montrent qu'il reste encore beaucoup de chemin a faire.

En Afrique de l'Ouest et en Afrique Centrale, qui representent plus de la moitie de la population d'Afrique subsaharienne, l'augmentation annuelle de l'utilisation de la contraception moderne pendant deux decennies (1990-2010) a ete respectivement de 0,3 point et de 0,2 point par an (Guengant 2010). En 2014, la moyenne de la prevalence contraceptive pour les femmes mariees par region du monde a ete estimee a 27% pour l'Afrique, alors qu'au meme moment, elle est de 74% pour le continent americain et de 46% pour les pays de la mediterranee orientale pourtant a tres forte tradition musulmane (OMS 2014b).

Au Mali, les premiers programmes consacres a la planification familiale datent du debut des annees 1970. Depuis cette periode, les initiatives se sont multipliees pour obtenir une plus grande adhesion des populations locales tant dans le secteur etatique que dans le secteur des ONG. Malgre le dispositif institutionnel mis en place pour atteindre cet objectif, la relativement bonne disponibilite des produits contraceptifs et les nombreuses campagnes de communication, le taux de prevalence contraceptive reste l'un des plus faibles du continent. Pour les methodes modernes, il est 9,9% chez les femmes en union (CPS et al. 2013).

D'une maniere generale, les debats sur cette thematique se sont le plus souvent focalises sur la facon dont les services sont offerts (Bruce 1992; Blancy 1993 ; Katz et al. 1993 ; Brown et al. 1995 ; Hardon 1997), sur les obstacles a la pratique contraceptive (Caldwell et Caldwell 1987; Campbell et al. 2006), sur l'avortement (Guillaume 1999; Bajos et Ferrand 2002; Guillaume et Desgrees du Lou 2002; Guillaume 2003 ; Rossier et al. 2006) et, plus rarement, sur l'influence des cadres culturels (Russel et al. 2000; Johnson-Hanks 2002) ou l'articulation entre les ideologies globales et les ideologies locales (Richey 2004, 2008).

La plupart de ces travaux ont ete realises dans le domaine quantitatif par des demographes qui ont tente de comprendre la fecondite selon une modelisation definie depuis le milieu des annees 1950 par Davis et Blake (1956) a travers deux categories de determinants : les <<determinants directs>> ou <<intermediaires>> (l'age a l'union, l'abstinence, la contraception, l'avortement, etc.) et les <<determinants indirects>> (variables socioeconomiques, culturelles et environnementales). Au Mali, quelques travaux en sciences sociales ont ete realises sur le sujet qui ont surtout porte leur attention sur les contextes influencant l'usage de la contraception et les comportements reproductifs (Castle et al. 1999; Brand 2001 ; Castle 2003 ; Coulibaly 2010).

Le constat general qui se degage de la litterature est que les pratiques des acteurs sociaux, la variation de leurs conduites en fonction des contextes et le sens qu'ils donnent a leurs actions ont ete tres peu questionnes par les chercheurs. Le present travail a pour ambition de contribuer a combler en partie ce vide.

Comment les acteurs sociaux agissent-ils face aux multiples repertoires normatifs qui tentent de reguler leurs conduites? Quelles interpretations fontils des normes prescrites par les programmes de planification familiale? Voici quelques questionnements qui vont nourrir notre reflexion tout le long de cet article. Un travail anthropologique assez recent a engage une reflexion sur les raisons de l'action dans le domaine de la reproduction en Afrique de l'Ouest (Jaffre 2012, 2015). La presente etude, basee sur l'enquete intensive de terrain et donc largement enracinee dans les <<cadres de l'experience>> (Goffman 1991) prolonge cette reflexion en s'interessant particulierement au cas de la planification familiale et en utilisant l'approche biographique. Loin d'etre contradictoire, elle est complementaire des etudes quantitatives dont les apports ont certes permis de comprendre les liens entre la fecondite et les variables qui la determinent, en meme temps qu'ils montrent leurs limites des lors qu'il s'agit d'apprehender la facon dont les individus reagissent dans un contexte de pluralisme normatif.

La notion d '<<agency>> (agenceite), c'est-a-dire <<la capacite d'action des acteurs sociaux>> (Giddens 1979, 1984, 1987) sera particulierement utile pour analyser les choix reproductifs et les procedures d'appropriation des normes des programmes de planification familiale. En ce sens, la demarche est largement celle d'une anthropologie du changement social et du developpement dans la perspective developpee par Norman Long (1994) et Jean-Pierre Olivier de Sardan (1995). Face a l'incoherence des representations du <<normal>>, faites de contradictions et souvent d'affrontements, l'acteur social adopte plusieurs postures. La notion d'<<homme pluriel>> de Bernard Lahire (1998) convient parfaitement pour designer ces arbitrages de toutes sortes que l'individu est amene a faire pour se construire une image du monde plus ou moins coherente et acceptable pour lui. L'analyse de la reception des programmes de planification familiale par les acteurs locaux renvoie a l'etude des rapports entre logiques du global et logiques du local (Appadurai 2005).

Methodologie

Les donnees utilisees dans ce travail proviennent en grande majorite de notre these de doctorat (Coulibaly 2008). La diversite des discours sur la reproduction nous a amene a conduire des enquetes aupres d'un ensemble d'acteurs des programmes de planification familiale pour comprendre le contenu de leurs discours, mais aussi aupres des hommes et des femmes utilisateurs potentiels de la planification familiale pour comprendre ce qu'ils disent et font dans ce domaine. Le choix de mener les enquetes aupres des employes des programmes vient de ce qu'ils sont les mediateurs privilegies de l'ideologie de ces acteurs. Les enquetes initiales ont ete menees a Bamako, la capitale malienne, entre fevrier et aout 2006.

Les 47 acteurs de la sante interroges dans l'enquete initiale comprenaient des praticiens du secteur public et du secteur prive, des cadres des ONG nationales et internationales, des pharmaciens <<officiels>>, et des responsables des programmes sanitaires. L'echantillon comprenait egalement des representants de divers corps professionnels de la sante (medecins, sages-femmes, infirmiers et infirmieres, aides-soignants) appartenant a differents echelons de la pyramide sanitaire. Les enquetes se sont deroulees sur leurs lieux de travail. Les enquetes ont ete contactes soit directement par nous-meme, soit par personne interposee. Parallelement aux entretiens, dix seances d'animation sur le theme de la planification familiale ont ete observees dans des centres de sante. Au debut de chaque observation, l'enqueteur se confondait aux usagers du centre pour observer discretement les animations sans eveiller les soupcons et c'est seulement une fois les seances terminees qu'il devoilait son identite aux animateurs.

En plus de ces acteurs <<institutionnels>>, 68 personnes ont ete interrogees au sein de la <<population generale>>, qui repondaient a plusieurs criteres de variation. Les 15-30 ans (25 femmes et 16 hommes) et les 31-50 ans (15 femmes et 12 hommes) representaient respectivement la tranche des <<jeunes>> et des <<moins jeunes>>. La repartition selon le sexe indique une predominance des femmes (40 contre 28). Selon le niveau d'instruction, nous distinguons les <<non scolarises/niveau primaire>> (8 hommes et 14 femmes), les individus ayant au moins un niveau secondaire (7 hommes et 12 femmes). Les autres avaient un niveau d'etudes variant entre le primaire et le college (13 hommes et 14 femmes). Dix hommes parmi les 28 ayant participe a l'enquete etaient maries. Cette proportion etait d'un individu sur deux chez les femmes, soit 20 femmes mariees au total. Les personnes enquetees ont ete selectionnees dans les six communes que compte la ville de Bamako et representent une douzaine de quartiers. La selection des enquetes se faisait au hasard des rencontres et il suffisait pour cela que la personne sollicitee donne son accord.

Pour rester au plus pres des <<cadres de l'experience>> (Goffmanl991), nous avons privilegie les entretiens semi-directifs et les observations. Les entrevues ont ete menees sur la base de guides d'entretien specifiques et ont ete integralement enregistrees sur cassette audio, puis transcrites. La langue de communication etait le bambara ou le francais selon le choix de la personne sollicitee. Les entretiens realises ont fait l'objet d'une analyse de contenu a travers un traitement manuel des informations. Une lecture thematique a permis d'analyser les logiques de l'action dans le domaine de la planification familiale.

Le discours commun des programmes autour de la planification des naissances

Les arguments sanitaires et les arguments economiques

On ne peut jamais parler assez des avantages de la planification familiale. D'abord la maman et l'enfant seront tous les deux en bonne sante. Des grossesses plus espacees, cela signifie la possibilite de repos pour la maman car l'uterus, c'est comme un sac et en portant toujours quelque chose, il finit par s'abimer. L'avantage concerne aussi le chef de famille qui aura moins de soucis pour nourrir sa famille, la soigner, assurer l'education des enfants, etc.

A.D., sage-femme

Ces propos reprennent presque entierement les << meta-ideologies >> justifiant la pratique de la planification familiale et qui sont vehiculees par les programmes, a savoir: <<la sante de la mere et de l'enfant>>, <<le bien-etre de la famille et de la nation>>. Il s'agit en gros de l'argument sanitaire et de l'argument economique. Des preoccupations liees aux droits de l'homme et a l'equite de genre viennent souvent s'ajouter a ces deux arguments.

Les programmes concernant le domaine de la planification familiale au Mali sont nombreux. Ils font invervenir les institutions sanitaires publiques, privees, confessionnelles, les ONG nationales et les ONG internationales. Certaines d'entre elles jouent un role de <<courtiers>>, et d'autres de <<bailleurs>> (Coulibaly 2008). Ces programmes ont differentes vocations. L'USAID et l'UNFPA, les deux plus grands bailleurs de fonds, interviennent beaucoup dans l'achat des produits contraceptifs. Parmi les ONG nationales et internationales qui travaillent au plus pres des publics cibles, les plus connues sont l'ASDAP (Association de soutien au developpement des activites de population), l'AMPPF (Association malienne pour la protection et la promotion de la famille), PSI-Mali (Population services international-Mali), MSI (Marie Stopes International), Plan International, et enfin Save The Children UK.

Si les programmes sont nombreux et varies, les discours qu'ils presentent pour inciter a la pratique de la planification familiale sont marques par quelques constantes. Qu'ils soient bailleurs ou <<courtiers>>, acteurs nationaux ou internationaux, tous les programmes operant dans le domaine de la sante accordent en premier lieu une place importante a la sante de la reproduction, dont la planification familiale est une des composantes cles. Elle est notamment consideree comme un moyen de lutte contre la mortalite maternelle et infantile.

Lors des seances d'Education pour la sante (EPS), l'impact economique de l'espacement des naissances sur l'epargne familiale et sur le developpement de la communaute est frequemment rappele. Les animatrices font notamment allusion au fait qu'une plus grande epargne familiale permet aux parents d'investir plus d'argent dans l'education des enfants. Pour la diffusion de leurs messages, les programmes s'appuient sur un dispositif technique et institutionnel qui s'articule autour des seances d'EPS plus connues sous le nom de <<causeries educatives>> ou d'Information education communication (IEC). Ces animations sont organisees dans les centres de sante a l'intention des femmes venues en Consultation prenatale (CPN) ou en consultation de planification familiale. Les 12 seances d'EPS que nous avons suivies au cours de l'enquete etaient animees chacune par une sage-femme et reunissaient en moyenne une dizaine de femmes venues en CPN. Elles se sont deroulees globalement de la meme maniere : une introduction qui annonce le sujet de la discussion, un developpement dont les messages cles reposent sur les arguments sanitaires et economiques de la planification familiale, et une conclusion oo l'animatrice procede a un controle des connaissances des participantes pour s'assurer qu'elles ont bien assimile ce qui a ete dit au cours de la discussion.

Les arguments juridiques

La planification des naissances est souvent presentee comme un droit : celui de disposer librement de son corps. Ces questions de droit recoupent les questions de genre. Apres differents sommets internationaux sur la population et le developpement (Le Caire, Copenhague et Pekin), l'ensemble des agences des Nations Unies ont reexamine leurs programmes afin de mieux prendre en compte la question du genre (Locoh 2001).

D'une maniere generale, les programmes accordent une attention particuliere a la protection de certains groupes sociaux assimiles aux << groupes vulnerables>> ou <<defavorises>> dans la rhetorique du developpement, notamment les enfants, les femmes, les jeunes. L'UNFPA fait de la question des droits des femmes, des jeunes et des adolescents une de ses missions fondamentales. Il a notamment aide a l'implantation des centres d'ecoute dans trois villes du Mali (Bamako, Sikasso et Kayes).

Certaines ONG se confondent avec une cible specifique. C'est par exemple le cas de Plan international, dont toutes les interventions ont comme finalite le <<developpement harmonieux>> de l'enfant. Son slogan <<l'enfant est au cLur de nos actions >> traduit cette ambition.

Les arguments des programmes sont donc pluriels et construits autour de quelques themes centraux. Dans un travail consacre a ce sujet, John Cleland et al. (2006) evoquaient un <<agenda infini>> de la planification familiale en insistant sur le role de celle-ci dans la reduction de la pauvrete, sur ses avantages sanitaires, ou encore ses impacts sur les rapports de genre, les droits de l'homme, l'education ou l'environnement.

Apres cet ensemble de commentaires sur les messages distilles quotidiennement par les programmes et qui determinent le sens de toutes leurs interventions, voyons concretement ce qui se passe sur le terrain des lors que les populations ciblees par ces enonces sont incitees a pratiquer la planification familiale telle que proposee par les programmes. A travers des etudes de cas, notre demarche consistera a montrer dans un premier temps comment les variations identitaires determinent des choix de vie, et a analyser ensuite comment les acteurs adaptent les prescriptions des programmes de planification familiale aux logiques locales.

Les pratiques d'acteurs <<pour de vrai>>

Multiplicite des identites et variation des choix normatifs

L'exemple de M., une villageoise <<penetree>> (1) par Bamako

M. est une jeune femme mariee de 28 ans, originaire d'un petit village de la region de Segou. Nee dans une famille paysanne, M. arrive a Bamako a l'age de 16 ans et travaille au debut comme aide-menagere. Elle finit par violer un engagement qu'elle avait pris vis-a-vis de sa mere: garder sa virginite jusqu'au mariage. Apres son premier copain, un ouvrier journalier issu du meme village qu'elle, M. a connu plusieurs autres relations amoureuses a Bamako. Au bout de deux ans de sejour dans la capitale commence une vie inimaginable pour elle il y a seulement quelques mois : elle s'adonne a la prostitution et devient rapidement une habituee des bars et des commissariats. C'est dans ces conditions qu'elle rencontre F., qui finit par l'epouser. Elle decide alors de faire une croix sur son passe.

Il y a longtemps que M. a entendu parler de planification familiale mais elle n'a commence a s'y interesser que lorsqu'elle est tombee enceinte durant sa vie de celibataire. Elle fait le choix de l'avortement. Elle commence alors a utiliser la pilule, jusqu'a ce qu'elle rencontre celui qui deviendra son mari. Elle n'a veritablement arrete la contraception que lorsque ce dernier a decide de la prendre en mariage. Quand elle a commence a avoir des enfants, M. n'etait pas favorable a l'idee d'observer un intervalle entre les naissances parce qu'elle etait convaincue que c'est Dieu qui donne les enfants et qu'il ne fallait en aucun cas interferer. Cependant, au bout de cinq maternites qui ont donne lieu a des naissances rapprochees, elle concede volontiers qu'elle est tres eprouvee par les grossesses et les accouchements, a tel point qu'elle n'a plus envie d'avoir un autre enfant. Deux jours avant notre rencontre, elle est allee voir la sage-femme pour avoir plus d'eclairage sur les contraceptifs.

L'exemple de S., un wahhabite <<fetard>>

S. est un jeune homme de 30 ans. Sa vie, a l'image de celle de M., est comparable a un <<manteau d'Arlequin>>. Son enfance se deroule dans la pure tradition de l'education islamique. Il est electricien, un boulot qu'il exerce parallelement a celui de chauffeur de taxi pour arrondir les fins de mois. C'est d'ailleurs ce dernier travail qui l'amene a frequenter les bars et a sortir avec des filles. A present, S. sort avec une jeune lyceenne qu'il a l'intention de prendre comme deuxieme epouse et qui est tout le contraire de la premiere : elle s'habille en jeans, utilise des telephones portables de luxe et aime aller en boite. La planification familiale? Il en a entendu parler mais trouve qu'il s'agit de produits venus de l'Occident pour empecher les Africains de se multiplier. Pour lui, il n'est pas question que sa femme l'utilise. D'ailleurs, <<c'est Dieu qui donne les enfants>>, declare-t-il. 11 a maintenant six enfants avec sa femme, et n'a jamais utilise de contraceptif. Ils se portent tous bien, preuve selon lui qu'on peut bien se porter sans la contraception. Il reconnait cependant qu'avec sa maitresse, les choses se passent autrement. Elle utilise la pilule. S. avoue qu'il va interdire la contraception a sa maitresse, s'il advient qu'il la prend pour epouse.

Le deroulement des vies de M. et de S. permet de faire quelques constats majeurs. Dans le contexte etudie, le monde vecu de l'acteur social est constitue de divers repertoires normatifs sur lesquels il tente de reguler ses conduites. Malgre son rigorisme religieux apparent, S. se refugie derriere ses convictions religieuses quand il s'agit de sa femme, et prend des libertes avec ces memes convictions quand il s'agit de sa maitresse. Tout se passe comme s'il definissait pour lui-meme deux normes en matiere de sexualite : une sexualite erotique (avec la maitresse) et une sexualite reproductive (avec l'epouse). Le contraceptif est un moyen de dissocier le plaisir de la procreation. Il est tolere quand il s'agit de la maitresse et interdit quand il s'agit de l'epouse. L'exemple de S. montre que dans le domaine de la reproduction, le pouvoir decisionnel de l'homme s'impose. Le discours religieux incite a la fecondite et se caracterise par une grande normativite quant aux conditions d'exercice de la sexualite. La biographie de S. montre que ce <<pole ideologique>> conserve son influence dans certains contextes et pas dans d'autres.

M., le personnage de notre second recit, a passe son enfance dans une <<tradition>> villageoise qui met beaucoup d'accent sur la preservation de la virginite preconjugale et oo le regime de forte fecondite est la regle. Comme les normes de la religion, les normes de la <<tradition>> ont un caractere englobant, sont bien sedimentees dans la conscience collective et regulierement enoncees dans les parlers quotidiens. Cependant, elles ne sont pas toujours predictives des conduites des acteurs, comme le montrent les donnees sur le terrain. Ainsi, M. arrive a Bamako avec une volonte ferme de garder sa virginite jusqu'au mariage, mais elle finit par faire des choix opposes puisqu'elle multiplie les partenaires sexuels puis bascule dans la prostitution. Son histoire avec la contraception illustre que la decision de s'en servir a telle ou telle fin ou de ne pas s'en servir se construit au gre des circonstances: 1) elle utilise la contraception pendant sa vie celibataire pour eviter les grossesses accidentelles ; 2) elle renonce a son utilisation apres le mariage parce qu'elle considere que <<c'est Dieu qui donne les enfants>>; 3) puis elle renoue avec la contraception parce qu'elle ne veut plus enfanter. La carriere contraceptive de M. recoupe celle de beaucoup d'autres femmes et met en evidence le fait que les carrieres <<contraceptives>> des femmes ne se deroulent pas selon un processus lineaire ; elles se construisent au gre des situations vecues qui font qu'entre le debut de la carriere et son terme interviennent des insatisfactions, des suspensions, voire des renoncements (Coulibaly 2012).

Les theories demographiques s'accordent generalement pour dire que le niveau d'instruction influence les comportements de fecondite. La encore, il faut nuancer. En effet, l'analyse des donnees de notre enquete montre que les logiques sociales peuvent inhiber l'effet de cette variable demographique. L'exemple de F. (28 ans), une femme interrogee au cours de notre enquete, en est une illustration. S. a une maitrise en sociologie. Elle a quatre enfants et souhaite avoir recours a la planification familiale pour ne pas en avoir d'autres. Quand elle en informe son mari, ce dernier s'y oppose avec comme argument que ce sont des produits qui sont contraires aux principes de la religion musulmane. Pour ne pas aller a l'encontre de la decision maritale et conforter ainsi son statut de <<bonne epouse>>, F. renonce a la contraception et est aujourd'hui enceinte de son cinquieme enfant.

Le cas de F. resume la situation de beaucoup d'autres femmes que nous avons interrogees au cours de l'enquete et qui restent largement dependantes de la decision du mari quant a la possibilite de recourir a la contraception ou pas. Le refus du mari pousse certaines d'entre elles a une pratique clandestine souvent dommageable pour la stabilite de leur couple. Cette dissymetrie de pouvoir entre les genres est confirmee par certains travaux qui ont souligne que le choix et les usages de la contraception sont tres largement lies a la decision des hommes (Andro et Hertrich 2001).

De facon plus large, l'analyse de notre corpus de terrain permet d'identifier des pratiques differenciees renvoyant a plusieurs formes de contrastes normatifs mises en avant par les theories de la fecondite pour expliquer les variations du niveau de fecondite. D'abord la rupture entre la campagne et la ville (parcours de M.), qui montre bien que malgre les apparences, les normes de la ville et celles de la campagne ne sont jamais dans un rapport d'exclusion mais de cohabitation. Une autre rupture est celle qui marque les rapports entre les generations. Elle souligne une transformation sans precedent du domaine de l'intime (Giddens 2004). De plus en plus, les jeunes revendiquent un plaisir recherche pour lui-meme. La planification familiale fait partie de ces mutations profondes qui ajoutent une dimension supplementaire a la recherche du plaisir sexuel en le dissociant de la procreation. L'analyse des donnees montre que les personnes scolarisees et les personnes non scolarisees n'ont pas le meme rapport a la reproduction. Les premiers sont dans une logique oo l'investissement dans l'avenir de l'enfant est la priorite et pousse beaucoup d'entre eux a faire moins d'enfants pour mieux s'en occuper, contrairement aux seconds chez lesquels de tels arguments trouvent peu d'echos. Enfin, le contexte de reception des programmes de planification familiale est marque par les normes qui incitent a la fecondite, d'une part (coutume, religion), et les normes qui valorisent la sexualite infeconde, d'autre part (cinema, presse, programme sanitaire).

Pour les besoins de l'analyse, nous avons presente tous ces univers normatifs en les separant un peu abusivement. Mais l'analyse des recits biographiques montre que dans une situation reelle, il est difficile de noircir ainsi les traits car l'acteur social passe souvent de l'un a l'autre en fonction des contextes de vie. Il s'agit d'un <<agir>> qui amene egalement les acteurs sociaux a traduire les propositions des programmes de planification familiale dans leur systeme de sens local. C'est ce que nous allons analyser a present.

La reinterpretation des normes des programmes

Le recours frequent aux reseaux de proximite

Les multiples contextes de vie de nos interlocuteurs font que la <<communication>>, loin de se resumer a un echange entre un <<emetteur>> (les programmes sanitaires) et un <<recepteur>> (les publics-cibles), englobe divers lieux d'enonciation, de multiples enonces, des rumeurs, des propos nombreux et souvent opposes. La rumeur represente notamment une <<parole populaire>> qui se nourrit des informations (justes ou erronees) du discours officiel qui ne cesse de la denoncer. Le discours officiel a cette paradoxale faculte de creer la rumeur en meme temps qu'il la nie (Farges 1992:16-17). Dans le domaine de la planification familiale, la rumeur associe les produits contraceptifs a divers risques, comme le soulignent les extraits suivants: <<Quand on utilise le planning, ca fait grossir>> (K.C., femme, 21 ans); <<Ces produits rendent steriles>> (R.Y., femme, 42 ans); <<Si tu le prends, tu auras des jumeaux apres>> (T.L., homme, 45 ans).

Ces propos soulignent l'idee que le contraceptif se trouve au confluent de diverses perceptions, le presentant tantot comme un <<medicament>> (fura)2, tantot comme un <<risque>> pour la sante. Selon l'une ou l'autre de ces perceptions, l'individu choisit de l'utiliser ou de ne pas l'utiliser, d'encourager son utilisation, ou, au contraire, de contribuer a le denigrer. Il s'agit generalement d'enonces dont la legitimite s'appuie sur la confiance accordee a l'enonciateur. Cette communication informelle est une des composantes cles du processus de diffusion de l'information sur ce sujet, comme cela a ete constate ailleurs (Buhlcr et al. 2004).

L'exemple ci-apres porte sur un mode d'usage de la pilule pratique par certaines femmes et qui s'ecarte aussi des normes enoncees par les programmes. Au lieu que la pilule soit prise quotidiennement, son usage devient fonction du rythme des rapports sexuels, comme le souligne l'extrait ci-apres:

Q: Qu'est-ce que tu fais alors pour eviter de tomber enceinte?

R: Je prends les comprimes (furakise).

Q: C'est quelqu'un qui te l'a recommande ou c'est quoi?

R: Oui, c'est quelqu'un qui m'a recommande.

Q: Qu'est-ce que la personne t'a dit?

R: La personne a dit de prendre la <<pilule>> et de la prendre le jour oo ton mari couche avec toi. Elle m'a dit de ne pas le prendre le jour oo il ne couche pas avec moi.

Ces temoignages montrent l'influence reelle des reseaux de proximite et soulignent la necessite de poursuivre le travail de communication avec les publics cibles en mettant a leur disposition des informations permettant de lever ce genre de confusion. Un tel travail pedagogique evitera que la rumeur n'occupe le terrain pour remettre en cause l'efficacite de la pilule en cas de grossesse.

Le detournement

Un des exemples les plus emblematiques du <<detournement>> est l'utilisation des produits pharmaceutiques non destines a la contraception par le fabricant a des fins contraceptives. En effet, les mesaventures avec les contraceptifs conventionnels incitent certains individus a se tourner vers des moyens non conventionnels dont la decouverte se fait un peu par hasard: <<Le planning que j'utilise maintenant, c'est la "nivaquine forte" (en francais). C'est un antipaludeen, mais il empeche aussi la fecondation>> (L.T., femme, 26 ans).

K.C., 32 ans, une femme plus agee, prefere les comprimes de nivaquine avec une posologie bi-sequentielle : avant et apres: <<Je les prends a raison de deux avant et deux apres les rapports sexuels>>.

Par une sorte de logique inversee, les effets secondaires - le <<risque>> lie a l'usage du produit - devient l'effet recherche par son utilisatrice. La decision d'<<experimenter>> le produit intervient generalement a la suite de la lecture d'une notice qui attire l'attention sur son effet <<infecondant>> ou abortif. Ce <<contraceptif>> apparait comme moins <<contraignant>> que la pilule, d'autant plus que les comprimes de nivaquine ne sont avales que pendant les jours a risque de fecondation et seulement au moment des rapports sexuels, a la difference de la pilule qui fait l'objet de prises quotidiennes. Ils sont donc utilises pendant un temps tres court et avec moins de risque d'oubli. Les constats issus de cette enquete incitent a penser qu'il s'agit la de pratiques assez limitees et observees essentiellement chez les personnes peu scolarisees (niveau primaire) ou pas scolarisees du tout.

La centration sur le <<je>> dans les propos des usagers a travers l'usage des pronoms personnels (<< le planning que j'utilise maintenant... >>) montre que pour les acteurs concernes, il y a un <<contraceptif pour soi>> reserve au corps pour soi, et un <<contraceptif pour autrui>> destine aux autres. Ils prennent alors la decision de s'engager dans une demarche d'exemption a la regle que l'intime connaissance de leur corps est supposee permettre. Cette impression de s'accorder avec son corps justifie le choix d'utiliser tel ou tel moyen contraceptif specifique.

Le recours au lexique local de la planification familiale

Dans la langue bambara, qui est la langue dominante au Mali, la planification familiale est communement appelee pilaningi par les uns et pilaniki par les autres. Ce terme est employe pour designer tout moyen contraceptif propose par les programmes de planification familiale. Il est par ailleurs interessant de noter que dans leurs interactions avec les usagers, les agents de sante utilisent le mot <<planning>> en lui donnant le meme sens que celui du discours populaire, c'est-a-dire <<un moyen contraceptif quelconque>>. Ainsi se construit entre les deux interlocuteurs que sont les agents de sante et les usagers un espace de comprehension mutuelle. Si <<planning>> designe dans le langage populaire la contraception d'une facon generale, chaque produit contraceptif specifique arrivant sur le marche recoit une appellation en langue bambara. Le tableau suivant est un recapitulatif de ces differentes designations (figure 1).

La ressemblance de forme entre les contraceptifs et les objets dont les noms servent a les designer demontre que le lexique local de la planification familiale est une construction analogique. Si les termes designant les contraceptifs parmi les plus connus (la pilule, le sterilet, les implants) sont largement partages, certains termes comme wotorosen (neo-shampooing) et kononi (collier du cycle) sont beaucoup plus en usage chez les personnes non scolarisees.

Une lecture morale du medical

Dans tous les lieux oo nous avons mene les enquetes, le <<dire>> sur la sexualite est contraint par une sorte de pudeur marquant les dialogues entre agents de sante et usagers. Elle se manifeste souvent a travers des <<dire>> et des <<faire>> sans paroles.

Dans les officines de pharmacie par exemple, l'achat de la pilule par beaucoup de femmes se fait sans echange verbal. Il leur suffit pour cela de deposer une piece de 100 FCFA sur le comptoir pour se voir delivrer le paquet de pilules. C'est dire tout simplement que la contraception s'inscrit dans un regime de discretion, voire d'invisibilite: on peut faire, mais on ne doit pas dire ou montrer (Jaffre 2012).

Dans les centres de sante comme ailleurs, la contraception chez les adolescents est d'autant moins bien acceptee par certains agents qu'elle traduit chez eux une precocite sexuelle fortement decouragee par les prescriptions morales. Il s'agit d'une situation d'interlocution entre, d'un cote, un prestataire presse d'en finir avec un adolescent considere comme un <<transgresseur>> de normes et, de l'autre, un adolescent tout autant presse d'en finir avec un adulte dont l'attitude lui rappelle sans cesse qu'il a commis une <<faute>> morale. K.M., femme, 16 ans, souligne a ce propos: <<j'ai compris que la "femme docteur" n'etait pas tres ravie de me voir la et j'etais pressee que l'entretien prenne fin>>.

La maniere de prescrire les produits contraceptifs est aussi une dimension de cette integration du moral dans le medical. En effet, elle renvoie souvent a des implicites de morale. C'est ce que traduit par exemple le choix de ne prescrire les sterilets qu'aux femmes mariees, supposees avoir une vie sexuelle plus <<maitrisee>> et donc moins concernee par les infections que celle des celibataires.

Pour certaines femmes que nous avons interrogees, la contraception est une pratique clandestine vis-a-vis d'un mari oppose a cette pratique. Elles prennent alors diverses precautions pour ne pas courir le risque d'etre surprises. Ces precautions les poussent a garder les comprimes de pilules contraceptives hors de leur emballage ou encore a cacher les produits contraceptifs dans des lieux peu accessibles au mari et consideres comme des espaces <<feminins>> par excellence. M.E, femme 24 ans explique a ce propos: <<Moi j'ai l'habitude de garder le paquet de pilules dans la cuisine, je suis sure que mon mari ne rentrera pas la-bas>>. Une interlocutrice plus agee (S.H., 33 ans) repond: <<le panier a provision me sert de cache, parfois c'est sous la jarre, la ils sont moins exposes au regard des hommes>>.

Ainsi, les agencements d'actions sont en mouvement et les pratiques sont dans un processus de configuration-reconfiguration. En adaptant les normes des programmes, les acteurs concernes procedent a une forme de <<prise de parole>> (Hirschman 1995). En tant que modeles reproductifs proposes aux acteurs locaux, les programmes de planification familiale representent <<une image qui ne livre son sens que dans les discours et les actes des individus>> (Passeron 1991:269). Ce que montrent en definitive ces multiples pratiques, c'est que les acteurs sociaux, loin d'etre des <<consommateurs>> passifs des preconisations des programmes, les soumettent au contraire a leurs propres rationalites. Ce sont des <<entrepreneurs>> de normes dont les choix reproductifs sont caracterises par <<le passage de la reception passive a la comprehension critique>> (Jauss 1978:49). Face aux <<strategies>> des programmes, ils multiplient les <<tactiques>> qui prennent souvent la forme d'un <<braconnage>> (De Certeau 1990). La lecon majeure qui en decoule est que les flux ideologiques issus de la globalisation ne s'imposent pas sans heurts du fait qu'ils sont influences par les systemes de sens locaux qui les transforment (Hours 2002 ; Gobatto 2003). Sous l'influence des multiples <<mondes imagines>> par les acteurs locaux confrontes a ces flux globaux se met en place un phenomene d'hybridation et de resistance a l'homogeneisation (Appadurai 2005).

Conclusion

On peut dire qu'il est vain de contester l'apport inestimable des theories demographiques qui ont le merite de donner un bon eclairage sur la facon dont un ensemble de variables sociodemographiques determine les conduites reproductives des acteurs sociaux. Mais a travers une analyse microsociologique, les donnees de notre recherche montrent qu'au-dela de cette vision <<deterministe>> du phenomene, l'acteur social est amene a faire des arbitrages entre divers poles normatifs qui tentent chacun d'influencer ses conduites. Faire une ethnographie des rationalites d'acteurs dans le domaine de la planification familiale, c'est s'interesser necessairement aux interactions entre ce flux ideologique global qu'il represente et les faits ou discours triviaux de la quotidiennete (discussions, rumeurs, etc.). C'est ainsi seulement que nous pouvons voir que l'acteur social est engage dans une veritable dynamique de negociation. Pour terminer, un regard pluridisciplinaire est particulierement heuristique pour explorer des situations necessairement complexes. Une nouvelle subjectivite du corps fait son emergence et il serait interessant de chercher a comprendre comment elle se construit en fonction des categories sociales, et comment elle influence la pratique de la planification familiale en tant que choix reproductif. Mener une telle reflexion, c'est s'orienter vers l'etude des structures de sentiments individuelles et collectives.

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(1.) Dans le langage courant, dire qu'une personne est <<penetree>> par Bamako (Bamako don na karisa la) est pejoratif et signifie que la personne a tout simplement pris les habitudes jugees <<perverses>> de la ville de Bamako.

(2.) En bambara, fura signifie <<medicament>> et furakise (de fura = medicament et kise = graine) designe generalement le comprime. Il est par ailleurs tout a fait significatif que ce meme terme furakise designe la pilule (on dit aussi <<furakisenin>>).

Abdourahmane Coulibaly

Faculte de medecine et d'odontologie

Departement Sante publique et specialites

Point G

Bamako

Mali

coulibalyabdourahmane@gmail.com
Figure 1: lexique de la planification familiale

     Moyens            Termes          Traduction
 contraceptifs     correspondants       litterale
                     en bambara

Pilule             Furakisenin       <<petit
                                     comprime>>

Injectable         Pikirinin         <<petite
                                     piqure>>

Sterilet           Mununanin         <<mouvette>>

Norplant           Alimetikisenin    <<petit brin
                                     d'allumette>>

Neo-shampooing     Wotorosen         <<pied de
                                     charrette>>

Collier du cycle   Kononi            --

Preservatif        Mananin Fukulan   <<petit
                                     caoutchouc>>
                                     <<chapeau>>

     Moyens         Explications detaillees des
 contraceptifs                 termes

Pilule             fura = medicament, kise =
                   graine, et nin = diminutif

Injectable         pikiri = injection, et nin =
                   diminutif

Sterilet           munu = tourner, na = qui sert
                   a, et nin = diminutif

Norplant           alimeti = allumette, kise =
                   graine, et nin = diminutif

Neo-shampooing     wotoro = charrette, et sen =
                   pied, roue.

Collier du cycle   kono = graine de collier, et
                   nin = diminutif

Preservatif        mana = caoutchouc, et nin =
                   diminutif
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Author:Coulibaly, Abdourahmane
Publication:Anthropologie et Societes
Geographic Code:6MALI
Date:May 1, 2017
Words:8163
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