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Metier et une vocation - le travail des religieuses au Quebec de 1901 a 1971.

Montreal, Les presses de l'universite de Montreal, 1997, xii, 194 p.

Cet ouvrage des auteures D. Juteau et N. Laurin fait suite a la parution du livre A la recherche d'un monde oublie* auquel avait participe L. Duchesne. Cette deuxieme phase de l'etude**, si on peut dire, poursuit donc l'analyse minutieuse de l'echantillon de quelque 3700 religieuses en mettant l'emphase, cette-fois-ci, sur le travail de cette main-d'oeuvre feminine. Ainsi, cette recherche revele le travail remarquable de ces femmes de 1901 a 1971, jetant un eclairage des plus pertinents sur leur place dans la societe quebecoise et cela dans le but ultime d'apprehender l'ensemble du travail des femmes pour repenser les formes multiples qu'epouse la division sexuee du travail dans nos societes.

L'exploration des diverses facettes du travail des religieuses a laquelle nous convient les auteures est fascinante. On y decouvre que les religieuses de l'echantillon ont exerce quelque 10000 emplois repertories sur une periode de soixante-dix ans. On constate aussi que certains facteurs influencent, de facon variable, le cheminement de carriere des religieuses, comme l'activite principale de la communaute, la periode historique et la taille de la communaute. De plus, les auteures font ressortir l'existence de modeles distincts de communautes caracterises par des proportions differentes d'administratrices, de travailleuses professionnelles et de soutien.

Mais ce qui est determinant sur la structuration du travail des religieuses se trouve du cote du cadre specifique que represente l'institution ecclesiale et les rapports entre l'Eglise et l'Etat au Quebec. Les auteures ont ainsi situe le travail des religieuses par rapport a l'institution ecclesiale en faisant ressortir l'impact de ce mode d'organisation de la main-d'oeurve sur sa repartition, son organisation, son evolution, son sens. Pour Juteau et Laurin, <<l'appartenance de sexe agit elle aussi sur le travail effectue puisque les femmes qui entrent en religion ne se retrouvent pas dans la meme situation que les hommes qui posent ce choix>> (Juteau et Laurin, 1997, p. 4). La division du travail et l'exclusion du sacerdoce sont particulierement significatives en ce sens. Elles vont jusqu'a dire que <<la division sexuelle du travail dans l'institution ecclesiale ressemble davantage a l'organisation du travail dans les societes racialement structurees>> (Juteau et Laurin, 1997, p. 46).

De meme, les auteures analysent le travail des religieuses par rapport a l'ensemble du travail des femmes en demontrant que ces dernieres se retrouvent au-dela ou a l'interface de deux poles constitues par le travail reproductif et domestique accompli gratuitement dans la famille, d'un cote, et, de l'autre par le travail salarie sur le marche du travail. En fait, le travail des religieuses represente un volet specifique du rapport au sexage selon l'expression des auteures, puisque l'appropriation de leur travail s'opere par le biais de l'institution ecclesiale, ne passant ni par la famille, ni par le mari, ni par le capital. Bien que les religieuses partagent avec les femmes au foyer la caracteristique de la gratuite de leur force de travail, c'est la comparaison avec les femmes salariees qui est des plus eclairantes. Leur analyse met en relief a la fois des similitudes et des differences importantes. Ainsi, les religieuses comme les femmes salariees se retrouvent dans la sphere des services mais les religieuses, elles, ont plus de chance d'etre administratrices. Ainsi <<Entrer au couvent augmente les chances des femmes d'exercer leur travail de facon autonome a l'egard des hommes>> (Juteau et Laurin, 1997, p. 127).

Bref, les religieuses et les salariees se rapprochent plus les unes des autres que des meres-epouses. Et pourtant, le travail des religieuses est gratuit. Pour les auteures, cela s'explique par le fait que ce travail, comme celui des meres-epouses, s'inscrit dans le cadre des rapports de sexe. C'est a l'interieur de ce ghetto d'emploi que representent les communautes religieuses feminines dans l'Eglise que les religieuses echappent, en partie, aux ghettos d'emplois feminins qu'on retrouve sur le marche du travail, accedant a une gamme d'activities definies comme plus autonomes et plus valorisantes. <<Mais tout cela n'est possible qu'au prix de l'enfermement et de l'exclusion du salariat>> (Juteau et Laurin, 1997, p. 139). Les religieuses apparaissent donc comme des figures paradoxales dans le Quebec de la premiere moitie du XXesiecle: <<Confinement dans l'espace et deplacements a travers le monde, ghettos d'emploi et mobilite occupationnelle, travail gratuit et postes de commande, autonomie interne et controle exterieur...>> (Juteau et Laurin, 1997, p. 145).

Cette etude de Juteau et Laurin demontre que le travail qu'ont effectue ces milliers de religieuses a travers les decennies peut etre considere comme une veritable carriere ou comme un metier, avec les cheminements professionnels inherents. Cependant, et l'analyse du rapport au sexage que font les auteures le prouve, ce travail est aussi une vocation, c'est-a-dire une main d'oeuvre organisee <<en fonction de l'ascetisme chretien, oriente par un discours religieux sur la feminite et la nature feminine>> (Juteau et Laurin, 1997, p. 162).

* N. Laurin, D. Juteau et L. Duchesne (1991), A la recherche d'un monde oublie. Les communautes religieuses de femmes au Quebec de 1900 a 1970, Montreal, Le Jour, 424 p. Notons que L. Duchesne a aussi collabore au present ouvrage, specialement en ce qui a trait a l'analyse de la mobilite des religieuses.

** Apparemment, une autre etude suivra, cette fois-ci mettant l'accent sur les transformations dans le secteur hospitalier.

Marie-Josee Larocque,

Etudiante au doctorat,

Universite Laval.
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Publication:Historical Studies
Article Type:Book Review
Date:Jan 1, 1998
Words:878
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