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Martin Gardner et la Poesie.

CELEBRATION OF MIND

Gathering for Gardner

Contribution a la soiree du 21 octobre 2010

Mon engouement pour les jeux de l'esprit remonte a ma tendre enfance, aiguise par la lecture du fascicule de Gaston Bouchemy, Curiosites et recreations mathematiques, paru en 1939 chez Larousse. Mais c'est en 1964 avec la lecture des deux tomes de Problemes et divertissements mathematiques que ce simple gout s'est transforme en passion, avec de plus une admiration sans borne pour leur auteur, Martin Gardner. Cependant, comme pour beaucoup de ses lecteurs, Martin Gardner etait essentiellement pour moi l'homme des recreations mathematiques et un peu celui de la magie. Ce n'est que petit a petit, a la lecture de ses articles mensuels du Scientific American, sur lesquels je me jetais des leur arrivee en France, que j'ai decouvert la profondeur de pensee, la culture immense et la diversite des sujets traites par cet humaniste, travailleur inlassable par ailleurs.

Au detour de ses rubriques et de ses livres je m'etais bien apercu de l'absence de cloisonnement avec laquelle il traitait philosophie, litterature, beaux-arts et sciences de tout ordre, meme si la trame restait toujours ludique, mathematique et hautement didactique, sans me rendre compte de la recurrence des references litteraires et poetiques qui truffaient tous ses propos

C'est avec le numero de fevrier 1977 du Scientific American, que j'ai vraiment pris conscience que Martin Gardner etait tout aussi genial et passionnant lorsqu'il jouait avec les mots, la litterature et la poesie que lorsqu'il voulait inciter ses lecteurs a jouer avec les flexagones, les carres magiques ou la tour de Hanoi. Ce numero remarquable traitait de l'OuLiPo, et des uvres fondatrices de l'Ouvroir. J'avais ete impressionne par les exemples choisis, montrant une connaissance parfaite des travaux de Jacques Bens, Pierre Lescure, Georges Perec, Raymond Queneau ou Luc Etienne. A l'epoque, ce dernier m'avait indique avoir ete lui-meme surpris de voir son poeme sur bande de Moebius cite outre-Atlantique, alors que l'OuLipo et la litterature a contraintes passait encore inapercu en France, hors du cercle restreint de quelques admirateurs eclaires.

C'est Harry Mathews, le seul Oulipien americain, ami de Perec, qui a ete a l'origine de l'article, a la suite d'une publication dans la revue de Ross Eckler, Word Ways, dediee aux recreations linguistiques, que Martin Gardner suivait avec le plus grand interet.

Gardner ne s'en tiendra pas la car, a la suite de nombreux echanges avec Francois Le Lionnais, cofondateur du groupe avec Raymond Queneau, il publiera Oulipo II (1), completant de facon approfondie la connaissance des travaux de l'Oulipo et de ses avatars et recherchant les auteurs anglo-saxons emules par la creation d'uvre sous contraintes, susceptibles d'etre qualifies d'oulipiens. Illustrant le souci de la precision et des citations deja mentionnes cher Gardner, cet article contient la plus belle bibliographie que je connaisse sur les jeux et les mots.

Il faut dire que Gardner avait (re) decouvert un livre de Charles Carroll Bombaugh (1828-1906), Oddities and Curiosities of Words and Litterature, paru initialement en 1890. Il s'agissait d'un florilege, oulipien par anticipation, traitant de toutes les formes de jeux sur les mots et les expressions dans la poesie, des acrostiches aux palindromes, des paronomases aux equivoques ou aux concatenations. Gardner en prefaca une edition annotee, chez Dover en 1961. Ses 44 pages de notes sont de veritables articles bases sur ses recherches personnelles mettant a jour, completant et ameliorant la compilation de Bombaugh, avec l'aide de ses amis de Word Ways. C'est ainsi qu'il cite, a propos de lipogrammes, Gadsby, de Ernest Wright, une nouvelle de 50000 mots qui n'utilise pas la voyelle E, parue en 1939, soit 30 ans avant La Disparition de Georges Perec. Gardner estimera d'ailleurs plus tard La Disparition tres superieure a Gadsby.

Il y donne egalement une approche de ce que l'on pourrait appeler sa vision de la poesie et de la litterature experimentale, du dadaisme au futurisme italien allant crescendo vers l'abscons avec Cummings ou Joyce. En particulier, s'agissant de Finnegans Wake de James Joyce, il se demande s'il s'agit d'une uvre maitresse de la litterature du XXe siecle ou bien d'un gigantesque canular. Selon lui quiconque a serieusement etudie Finnegans Wake ne peut douter du genie qui se cache derriere ce livre empli de poesie, d'humour et de symbolisme complexe. Joyce y a travaille dix-huit ans et il n'est pas difficile de croire que chaque mot, chaque syllabe ont ete places avec attention a la place voulue dans la vaste architecture globale du livre. D'un autre cote, Martin Gardner se demande quel est l'interet de demander au lecteur de passer des heures sur chaque page pour resoudre des problemes curieux, compliques, parfois esoteriques et pour denicher la signification que Joyce sous-tend dans les mots de cette page. Selon lui la resolution sans fin d'enigmes verbales, page apres page, constitue pour la plupart des lecteurs un defi exasperant.

Parlant des curiosites litteraires il comprenait que l'on ne puise pas apprecier ce type d'amusement qui debouche cependant sur des elements de puzzles dans des uvres d'auteurs qui souhaitent vraiment et a juste titre, etre pris au serieux.

Mais quels sont donc les veritables rapports de Martin Gardner avec la poesie ?

Si Martin Gardner, ne en 1914, a grandi parmi les tours de magie (2), le jeu d'echec et les puzzles mecaniques, il n'a jamais etudie les mathematiques apres le lycee ; il sera pourtant, de 1956 a 1981, l'historien et le promoteur incontournable de tout ce qui touche aux recreations mathematiques et scientifiques, nouant des relations amicales avec les plus grands noms de la fin du siecle dernier.

En revanche, ses etudes universitaires de philosophie--il est diplome en 1936 de l'Universite de Chicago--lui ont sans nul doute apporte un esprit critique, un gout pour les raisonnements logiques et une immense culture litteraire qu'il enrichira toute sa vie.

Gardner l'avouera lui-meme, avec sa modestie habituelle : il n'est pas mathematicien, il n'est pas ecrivain ni poete (3), meme s'il s'amuse parfois a << versifier >> telle cette amusette :
goes on and on And e is just as cursed I wonder, how does [pi]
begin When its digits are reversed ? 


Mais il s'agit d'un infatigable et fin lecteur, possedant une intelligence critique de premier ordre : personne n'a ecrit, comme lui, d'articles aussi foudroyants contre les pseudosciences. Il regretta d'ailleurs d'y avoir passe trop de temps a fustiger la pseudoscience. Pourtant Fads and Fallacies at the name of Science, un de ses premiers livres, paru en 1952 chez Dover, faisait uvre de salubrite publique en denoncant vertement, entre autres, les theses qui defendaient au nom de la science eugenisme, discriminations raciales ou sexuelles.

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Il allia cette capacite d'analyse critique a un gout pour le fantastique et l'irrationnel pour savoir toujours trouver, pour chaque situation scientifique, l'analogie ou la citation litteraire adaptee, dont il se sert a la fois comme hamecon et comme aiguillon pour attirer et convaincre les non-mathematiciens. Ainsi quelques << accroches >> en exergue de ses articles (4) :

Pour Promenades aleatoire et jeu de hasard (5) : Il chevauchait tranquillement, laissant a sa monture le soin d'aller ou bon lui semble, convaincu qu'en cela consistait la veritable aventure (Cervantes)

Pour les nombres de Fibonacci et de Lucas ce poeme definitionnel :
Chaque nouvelle femme de Fibonacci Mangeait tout de sucre enrichi
Et pesait autant que les deux precedentes La cinquieme etait vraiment
opulente
 (J. A. Lindon) 


Pour Spheres et Hyperspheres : Toto arrete de tourner en rond ou je te cloue l'autre pied (Humour noir des annees 1950) [Il faut le sphere !. Ce meme article cite egalement un poeme illustrant le probleme de la tangence de quatre cercles entre eux, qualifie de << baiser exquis >> :
Des paires de levres qui s'embrassent De la trigonometrie ne
s'embarrassent Mais si quatre cercles veulent s'embrasser Ils
doivent etre ainsi disposes Soit trois dans un, soit un dans trois Si un
dans trois, alors ma foi Chacun trois baises du dehors recoit Si trois
en un alors ce dernier 


Est triplement baise (ecrit en 1936 par Frederik Soddy, prix Nobel de Physique 1921).

Ainsi dans l'Univers ambidextre, a propos de symetrie dans la nature et de l'enroulement helicoidal dextrogyre ou levogyre de certaines plantes, il appelle les temoignages de Ben Johnson dans Vision of Delight (1617) :

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<< Le liseron bleu s'enlace au chevrefeuille >>,

de Shakespeare dans le Songe d'une nuit d'ete (1595), acte IV, scene I :

<< Ainsi le liseron et le chevrefeuille embaume s'enlacent doucement >>

et du tres contemporain acteur et chanteur MichaelFlanders dans Misalliance (1963) et son album At the drop of the Hat :

<< Le chevrefeuille odorant monte en helice droite vers le soleil Et la plupart des plantes en font autant

Mais quelques-unes vont en sens inverse, la Belle de jour pour ne citer qu'elle ...>>

Martin Gardner voyait d'ailleurs la poesie et ses implications mathematiques en toutes choses :

A propos de mecanique quantique, de miroirs et de symetrie gauche droite, il arrive a placer (6) Platon dans son Timee et Lucrece dans De la nature des choses, Emmanuel Kant, Robert Browning et son poeme Rendez-vous ce soir dont chaque strophe possede un jeu de rimes abccba << suggerant le mouvement des vagues dans le poeme >> et bien evidemment Alice, laquelle se demande si le lait qu'elle voit dans le miroir est comestible.

Alice et Lewis Carroll, mathematicien, logicien, ecrivain jouant entre autres sur la poesie des mots, feru de photographie : tout portait Martin Gardner a admirer ce bon pasteur anglais et a l'etudier de maniere approfondie. Il sera d'ailleurs un specialiste inconteste de Lewis Carroll et en particulier d'Alice au Pays des Merveilles, dont il prefacera et annotera des versions, The annotated Alice en 1960, puis More Annotated Alice en 1990, etudes tout autant psychanalytiques que poetiques ou mathematiques.

The annoted Alice, the definitive edition, parue chez W. W. Norton en 2000, superbement illustree par John Tenniel, constitue la quintessence de l'art et du travail de Martin Gardner : references, filmographie, bibliographie, appareil critique couvrant tous les domaines d'etudes abordes dans des notes couvrant plus d'un tiers des 311 pages et comprenant une centaine de nouvelles annotations, jeux de mots et enigmes recemment dechiffrees chez Lewis Carroll. Ses introductions sont egalement des modeles, placant Alice dans le contexte de son epoque, ne negligeant aucun des aspects de la psychologie de Lewis Carroll et de la nature de l'amour qu'il portait aux enfants, en particulier en le differenciant sans reserve de celle d'Humbert du Lolita de Nabokov ou d'Edgar Allan Poe lui-meme.

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Depuis 1982, Martin Gardner a profite de sa retraite du Scientifique American pour preciser sa vision de la litterature poetique avec des publications annotees d'anthologies :

Best remembered poems, Dover (1992), selection de 123 poemes dont on se souvient pour leur beaute, la force et l'humour de leur expression, invitant les lecteurs a (re) decouvrir l'eternelle jeunesse des textes et de leurs auteurs. Gardner precise toute la subjectivite du choix qui depend le l'age et de la formation du lecteur ou de l'epoque prise en compte. Il indique bien que les poemes choisis sont ceux qu'il estime les plus aises a memoriser sans pour autant que cela soit ses preferes. Beaucoup de noms connus ; de Byron a Poe, de Carroll (Jabberwocky) a Rudyard Kipling (If), William Wordsworth, bien nomme pour un poete (Westminster Bridge). Chaque texte, chaque auteur est presente tres finement et en situation par Gardner, grace a qui j'ai decouvert deux pepites :

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Francis Bourillon (1852-1952), montagnard et professeur a Oxford qui faisait autorite en matiere de litterature francaise, traducteur d'Aucassin et Nicolette. Je vous livre ma traduction du poeme retenu :
La nuit possede des yeux par milliers Et le jour n'a
qu'un oeil Cependant notre monde brillant est en deuil Quand le
soleil se meurt L 'esprit possede des yeux par milliers Et le cur n
'a qu'un oeil Cependant la lumiere de toute vie trepasse Quand
l'amour passe 


Leigh Hunt (1784-1859), journaliste, poete et homme politique engage dans la cause de l'abolition de l'esclavage et du travail de l'enfant. Il continua a ecrire au cours de deux ans de prison pour outrage au Prince regent, encourage par Byron et Shelley. Le poeme cite, publie en 1874, Abou Ben Adhem est donne par Gardner comme etant la traduction d'un poeme francais basee sur une legende de l'Islam dans laquelle Allah coche sur un livre d'or, au cours d'une nuit de fete, le nom de ceux qui l'aime. Il s'agit pour lui d'une exception car il considere qu'en regle generale la poesie n'est pas traduisible.

Je voudrais insister sur la grande connaissance de la litterature et des publications francaises comme, a propos de mnemotechnies, la citation tres detaillee de Pierre Herigone et de son Cursus Mathematicii (1634) ainsi qu'une methode, venue de je ne sais ou, permettant de se rappeler le nombre e :

<<Tu aideras a rappeler ta quantite a beaucoup de docteurs amis>> [en francais dans le texte]

Dans un deuxieme recueil de morceaux choisis Famous Poems from Bygone Days, Dover (1995) Gardner etend sa selection aux poemes qu'il estime etre plus connus, de nos jours, par les personnes qui prennent le temps d'apprecier les vers. Peu de noms connus de lecteurs francophones mais une meilleure approche des gouts de Martin Gardner, presque son art poetique : il definit mieux ses preferences. Il privilegie les reminiscences, la decouverte de poemes issus du folklore ou de paroles de chansons anciennes, avec des themes dominants comme l'enfance, les parents, la mort, les orages, la guerre, le patriotisme. Il ne rejette pas d'emblee les vers de << mirliton >>, qui permettent la chanson populaire, surtout aidee par des musiques de bon aloi signees Georges Gershwin, Cole Porter ou Irving Berlin et reste tres classique quant a la forme de la poesie : rythmee, rimee, mesuree et ayant ...un sens. En gros, de la belle poesie sur une belle musique mais aisee a apprendre et a retenir

Il fustige vers libres et << paroles de musique rock si banales que Ben Bolt (7), a cote, parait avoir ete ecrit par Shakespeare >>. Il se demande comment on peut apprecier une chanson rock qui consiste souvent en une seule phrase hurlee en boucle des dizaines de fois pendant que le chanteur tournoie et bondit sur scene en n'offrant que quelques accords sur un rythme unique et repetitif.

On ne saurait oublier que l'esprit critique de Martin Gardner etait rarement pamphletaire. Humaniste, il cherchait toujours a approfondir et a expliquer des positions apparemment contradictoires et adoueissait ses propos, quand il le fallait, par un trait d'humour ou une plaisanterie.

C'est cette fantaisie et cette recherche en matiere litteraire qui l'amenerent a publier Martin Gardner's Favorite Poetic Parodies (8), anthologie de ses 48 pastiches preferes de la litterature anglo-saxonne -avatars pour certains de poemes cites dans ses anthologies anterieures, comme ceux de If et Tommy de Rudyard Kipling, Ode to Nightingale de John Keats, Raven d'Edgar Allan Poe ou Jabberwocky de Lewis Carroll.

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Apres cette anthologie, Martin Gardner publia une sorte d'<< exercices de style >> recueil annote de pastiches, parodies ou detournement d'un poeme tres populaire, The Night before Chrismas (9), ecrit en 1822, pour les enfants, par Clement Clark Moore et qui introduisit aux Etats-Unis le mythe du Pere Noel. Un de ces avatars est le tres celebre Rudolph the Red-Nosed Reindeer, de Michael Marks, traduit et chante en francais sous le titre le Petit renne au nez rouge en 1949.

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C'est cet humaniste, precis et rigoureux, aimant travailler par analogie et qui, prenant le plus grand plaisir a nous inciter a des lectures hors des entiers battus par des references innombrables, a largement contribue a enrichir (par trop) ma bibliotheque (et accessoirement mes libraires). Il nous a quitte le 22 mai demier. Chacun de ses amis ressentira pour longtemps le vide qu'il laisse.

ALAIN ZALMANSKI

Le Vesient, France

(1) Chapitre Vil de PenroseTiles to Trapdoor Ciphers, Freeman (1989)

(2) Il faut souligner que Martin Gardner fut, tout au long de sa vie, un magicien quasi professionnel, inventant des centaines de tours et les mettant en scene par des routines qui portent sa marque. Il est tout aussi connu, en France, du monde des magiciens et prestidigitateurs que du monde des recreations mathematiques. Une traduction de son Encyclopedie de la Magie impromptue en deux volumes (ou comment faire des miracles avec des objets de tous les jours), a ete publiee aux Editions Passe-Passe en 2002. Pas moins de 1224 tours y sont detailles.

(3) Ce qui est en partie faux. Sa bibliographie poetique comporte une dizaine de references avec des publications de jeunesse, universitaires ou privees et apres 1966 quelques poemes parmi lesquels Casey's Son, une parodie signee ... Nitram Rendrag. dans son Annotated Casey at the Bat, Potter (1967).

(4) Extraits issus de Math'Circus, Belin (1982), traduction de Jean-Pierre Labrique

(6) Chapitre XVI du tome I de Problemes et divertissements mathematiques, Dunod (1964)

(7) Ben Bolt est un poeme de Thomas Dunn ecrit en 1842. Mis en musique en 1848 par Nelson Kneass (1823-1868), a Philadelphia. Ben Bolt eut un tres grand succes et beaucoup de parodies en furent ecrites. Toutes figurent dans le recueil precite.

(8) Martin Gardner's Favorite Poetic Parodies, Prometheus Books (2002)

(9) The annotated Night Before Christmas, Prometheus Books (2005)
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Author:Zalmanski, Alain
Publication:Word Ways
Article Type:Essay
Date:Nov 1, 2010
Words:4211
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