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Maria De Koninck, Soeur Simone Voisine. La force tranquille de l'engagement.

Maria De Koninck, Soeur Simone Voisine. La force tranquille de l'engagement, Montreal, Les Editions du remue-menage, 2014, 231 pages.

Il n'est jamais trop tard pour souligner la parution de cet ouvrage qui presente le parcours remarquable de Simone Voisine, au siecle precedent. Simone Voisine, nee en 1927, est une religieuse de la congregation des Soeurs de la Charite de Quebec, dont les activites se sont deployees dans le Basdu-Fleuve, a Anticosti, dans les milieux de l'enseignement postsecondaire a Quebec et a Gaspe, dans le monde syndical en Gaspesie et dans le milieu caritatif de la basse-ville de Quebec. Personnalite attachante, elle reinvente la generosite et l'engagement dans tous les milieux oo elle a evolue.

Sociologue de formation, Maria De Koninck a ete la premiere titulaire de la Chaire d'etude sur la condition des femmes de l'Universite Laval. Elle a connu Simone Voisine au moment oo elles enseignaient toutes les deux dans un etablissement collegial de Quebec au debut des annees 1970, et meme si leurs cheminements professionnels se sont separes, elle a poursuivi cette amitie en depit des distances. Elle a endosse rapidement la suggestion de conserver la memoire de cette religieuse atypique et elle s'est consacree a ce projet au moment de sa retraite en 2010. Elle a longuement interroge la religieuse qui a accepte avec <<generosite et humilite>> (p. 14) de se preter a l'exercice. Le livre est donc parseme de nombreux commentaires issus de ces entretiens, lesquels, a defaut de textes ecrits, presentent donc les idees et les sentiments de Simone.

A chaque etape du parcours, De Koninck situe adroitement le destin individuel de Simone dans le cadre social oo il s'est deploye. Elle resume les ouvrages pertinents qui situent ce cadre social et dispose, au travers du texte, des encadres qui en reprennent les citations les plus pertinentes. L'ouvrage est egalement illustre de nombreuses photographies qui donnent un peu l'impression de rencontrer Simone.

Simone Voisine entre au noviciat a 17 ans, au milieu des annees 1940. La vocation religieuse a represente pour elle une occasion exceptionnelle de s'instruire et de s'epanouir. De Koninck appuie cette interpretation sur les etudes de Laurin et Juteau, Danylewycz, Dumont. La vie de cette religieuse en est la demonstration remarquable puisqu'elle ira jusqu'au doctorat en litterature, n'abandonnant ce projet que sur l'ordre de sa superieure qui l'enjoint de se trouver un emploi au moment des changements structurels suscites par la reforme educative. De Koninck cite egalement quelques auteurs pour expliquer la revolution scolaire, notamment Therese Hamel et Jean-Pierre Proulx ou la transformation du syndicalisme, citant Jacques Rouillard.

L'enseignement a ete le principal travail de Simone Voisine, enseignement au niveau primaire, secondaire et postsecondaire jusqu'au cegep. A vrai dire, elle avait deja experimente l'exercice a l'ecole primaire, alors qu'elle secondait l'institutrice de son ecole de rang. Le desir de s'instruire, sans doute a la base de son expertise, semble lui avoir donne les elements d'une pedagogie naturelle qui rejoint ses eleves et l'incite a trouver, ailleurs que dans les livres, un savoir qu'elle souhaite vivifiant. Son audace etonne. Elle ne demande pas de permissions, va oo elle souhaite aller, invite chansonniers et ecrivains. Les activites socioculturelles sont sa specialite : elle y trouve le dynamisme qui suscite l'enthousiasme de ses eleves. Elle explique a ses etudiantes et etudiants qu'elle ne souhaite pas retrouver ses notes de cours dans les reponses d'examens : elle veut savoir ce qui reste dans leur esprit apres <<ses>> cours et <<leurs>> lectures.

Une fois installee au cegep de Gaspe, elle est mobilisee par les activites syndicales et devient rapidement vice-presidente puis presidente du Conseil syndical regional (CSN). A ce titre, elle se plonge dans les conflits ouvriers et decouvre les conditions de travail de la classe ouvriere. Elle prend parti dans tous les conflits et demontre une force singuliere de solidarite, tout cela en poursuivant un enseignement du francais novateur.

Simone milite au Parti quebecois et participe activement aux debats politiques. Elle fait du porte-a-porte. Elle est aussi sensible a la question du statut de la langue francaise. Elle participe a de multiples actions communautaires. Parvenue a l'age de la retraite, elle revient a la maison-mere alors qu'elle prend en charge la <<Soupe populaire>> du carre d'Youville. Sous sa gouverne, l'oeuvre prend un essor, un fonctionnement et une signification remarquables.

Dans le dernier chapitre, <<une femme et ses valeurs>>, De Koninck donne davantage la parole a Simone. On lit avec interet ses formulations simples et authentiques, sur la justice, la dignite, la souffrance, l'isolement, la lecture, la priere, la religion, l'Eglise institutionnelle, la vie communautaire, la confiance necessaire aux femmes pour avancer dans la vie.

Apres avoir decouvert cette <<force tranquille de l'engagement>>, on se prend a regretter que l'auteure n'ait pas reussi a mieux nous expliquer comment une personne aussi exceptionnelle ait pu s'epanouir dans la societe quebecoise, surtout dans le cadre etrique d'une congregation religieuse traditionnelle.

Micheline Dumont

Professeure emerite

Universite de Sherbrooke
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Author:Dumont, Micheline
Publication:Etudes d'histoire religieuse
Date:Mar 22, 2017
Words:893
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