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Loin des yeux, pres du coeur! Autorite, distance et pragmatisme chez les Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (1869-1894).

Resume : Cet article analyse les debuts des Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (Soeurs blanches), du point de vue des femmes. Cette etude prend pour cadre interpretatif des etudes de genre pensees selon une perspective feministe, cherchant a illustrer la maniere dont les roles socio-ecclesiaux devolus aux femmes impriment ou non un caractere particulier a leur experience dans le contexte de la fondation d'un nouvel institut missionnaire. Les relations de ces femmes avec leur fondateur, mais aussi avec les Peres blancs auxquels sont aussi assignes des roles socio-ecclesiaux retiennent l'attention de cet article. Les notions d'autorite et d'obeissance seront prises en consideration de meme que les effets de la confrontation a l'experience missionnaire elle-meme.

Abstract: This paper focuses on the early stages of the Missionary Sisters of our Lady of Africa (White Sisters), from the point of view of women. From a feminist and gender studies perspective, this study illustrates how socio-ecclesial roles assigned to women give them (or not) a peculiar character, in the context of the foundation of a missionary institute. The relations of these women with their founder, as well as with the White Fathers, who also bear the weight of socio-ecclesial roles imposed on them as men, are analysed. Concepts of authority and obedience are considered as well as the effects of the shock from the missionary experience itself.

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Quatre-vingts ans apres leur fondation comme Soeurs Agricoles et Hospitalieres du Venerable Geronimo, les Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (SMNDA), communement appelees Soeurs blanches (3), ont essaime a travers les divers pays du continent africain. En 1949 (4), elles dirigent 113 dispensaires, 44 hopitaux et infirmeries, 34 maternites, 34 cliniques infantiles, 6 leproseries, sans compter les visites a domicile qu'elles effectuent aupres des malades. Ces femmes forment la jeunesse africaine dans 24 ecoles superieures, 131 ecoles primaires, 28 ecoles menageres, 53 ecoles artisanales, 28 jardins d'enfants et de nombreuses colonies de vacances. Elles participent egalement a la <<plantation de l'Eglise>> en Afrique a travers l'accompagnement de 17 congregations religieuses autochtones (5). Ces chiffres, quoiqu' impressionnants, ne demeurent qu'un reflet de leur engagement depuis 1869.

Dans cet article, nous voulons revenir sur ces debuts marques par les privations, les incertitudes, les tensions, les tatonnements, mais aussi par l'abnegation et la capacite de ces femmes, specialement de la cofondatrice, Mere Marie Salome, a savoir obeir d'abord a ce que l'on pourrait designer, d'un point de vue contemporain, comme etant des <<signes des temps>> plutot qu'aux seuls ordres du fondateur, le cardinal Lavigerie. A la suite de travaux menes au cours des dernieres annees (6), nous souhaitons inscrire notre analyse dans le cadre interpretatif des etudes de genre pensees selon une perspective feministe. Autrement dit, nous chercherons a voir la maniere dont les roles socio-ecclesiaux devolus aux femmes impriment ou non un caractere particulier a leur experience dans le contexte de la fondation d'un nouvel institut missionnaire. Nous nous interesserons non seulement aux relations avec leur fondateur, mais aussi avec les Peres blancs auxquels sont aussi assignes des roles socio-ecclesiaux. Notons d'ores et deja que nous ne pouvons pas faire l'economie ni de traiter, meme de maniere succincte, des notions d'autorite et d'obeissance ni d'eluder les effets de la confrontation a l'experience missionnaire elle-meme.

Pour ce faire, nous exposerons d'abord les conditions de la fondation de cet institut missionnaire feminin a Alger en prenant soin de bien faire ressortir les defis initiaux auxquels furent confrontees les pionnieres. Par la suite, nous nous attarderons a la periode qui s'ouvre avec l'election de Mere Marie Salome a la tete de l'institut en 1882 jusqu'en 1894, annee oo l'institut atteint une premiere phase d'autonomie par rapport aux Missionnaires d'Afrique (Peres blancs) (7) et entame son insertion en territoire subsaharien. Nous montrerons comment les exigences propres au terrain missionnaire, la distance geographique ainsi que les rapports de genres ont contribue, autant a encadrer qu'a alimenter l'audace des premieres soeurs dans la defense de leur institut.

Une fondation necessaire et une premiere decennie en dents de scie

Mgr Charles-Martial Allemand Lavigerie devient archeveque d'Alger en 1867, au moment oo la situation alimentaire et socio-sanitaire locale est rendue difficile a la suite d'une secheresse, a quoi s'ajoutent de tres mauvaises recoltes ainsi que des epidemies de cholera et de typhus. L'archeveque prend alors a charge plus de 1 000 orphelins, filles et garcons, une initiative a laquelle quelques congregations religieuses presentes sur le territoire (8) pretent initialement main forte. Rapidement, devant la croissance de leurs propres obligations, ces congregations ne peuvent soutenir l'oeuvre de Lavigerie. Ce dernier fonde alors deux orphelinats : Maison-Carree pour jeunes garcons et St-Charles de Kouba pour filles, sous la direction des Soeurs de la Charite de Saint-Charles de Nancy (9). Entretemps, conscient des besoins du continent et du caractere ponctuel de la presence des Soeurs de Nancy, Lavigerie soumet a l'approbation pontificale (qu'il recoit des 1867) la creation d'instituts religieux voues uniquement aux Missions d'Afrique. Il fonde alors trois instituts, respectivement de Peres en 1868, puis de Freres (10) et de Soeurs en 1869, auxquels il donne le nom d'Instituts du Venerable Geronimo.

Afin de concretiser ce projet d'institut missionnaire feminin dedie a l'Afrique, Lavigerie confie a l'abbe Le Mauff une importante mission: <<Il faut que vous me rameniez au moins quatre postulantes genereuses, vaillantes, pretes a tout et capables d'etre les quatre pierres angulaires de la societe (11) >>. Ce dernier revient le 9 septembre 1869 avec huit jeunes Bretonnes, dont quatre seulement demeureront a Alger et seront formees par les Soeurs de la Charite de Saint-Charles de Nancy. Connues sous le nom de Geronimites, ces religieuses s'engagent dans l'esprit des premieres regles (12) et recoivent un mandat agricole et hospitalier, ce que confirme la formule que prononcent le 30 avril 1871 les sept premieres novices qui font profession dans la chapelle de l'Orphelinat Saint-Charles de Kouba (13):
   Moi, soeur N..., en presence de ces soeurs assemblees et de vous Mgr,
   voue et promets a Dieu, sur les Saints Evangiles, obeissance,
   pauvrete cl chastete selon les Regles et Constitutions de
   l'Institut des Soeurs agricoles et hospitalieres du Venerable
   Geronimo. Je m'engage en outre a travailler de mes mains, selon les
   Regles de cet Institut et a la mesure de nies forces, pour soutenir
   les oeuvres de charite et de zele apostolique entreprise par les
   soeurs pour le bien spirituel et temporel des habitants de
   l'Afrique.


Cette nouvelle congregation feminine vise la regeneration de l'Afrique par une presence organisee aupres des femmes africaines, meme musulmanes. D'ailleurs, selon le cardinal Lavigerie, <<[...] il n'y a chez les Musulmans que la femme qui puisse aborder la femme et lui apporter le salut. Il n'y a nulle part, mais surtout en Afrique, personne de plus apte que la femme a un ministere qui est premierement un ministere de charite (14) >>. L'action des premieres femmes qui repondront a l'appel de Lavigerie se deploie comme un ministere de la rencontre dans la vie quotidienne des femmes et, par ricochet, des foyers. Depuis les annees 1850, le terrain missionnaire est d'ailleurs, comme le remarque Sarah A. Curtis, le lieu d'une feminisation qui s'accompagne
   [...] d'un glissement de la nature du role missionnaire. Les
   missionnaires hommes appreciaient leur succes en fonction du nombre
   de convertis, le mesuraient par les baptemes et la pratique
   reguliere des sacrements. Les femmes missionnaires pouvaient
   dispenser l'instruction religieuse, que ce soit officiellement dans
   des ecoles ou des classes de catechisme, ou de facon informelle a
   la soupe populaire, dans les dispensaires, ou au chevet des malades
   et des mourants (15).


Ces femmes demeurent toutefois au service d'une institution dominee par des hommes qui, faut-il le rappeler, se gardent bien d'ouvrir quelque breche dans l'exercice du pouvoir.

En 1871, les trois premieres Geronimites quittent Saint-Charles pour Laghouat, poste situe a la marge du Sahara algerien afin de repondre a une demande des autorites coloniales francaises de l'epoque pour fonder une ecole-ouvroir. Il y a lieu de noter que du point de vue des autorites coloniales, le travail des femmes missionnaires offrait une caution morale a l'oeuvre coloniale (16), renvoyant a la dimension civilisatrice des deux visees alors poursuivies, soit religieuse et politique. Devant les besoins du milieu, les soeurs commencent toutefois par <<soigner les Arabes des environs>>, puis elles finissent par ouvrir l'ecole (17). Ce changement de programme montre bien que ces femmes n'etaient pas uniquement des executantes de taches definies par les autorites masculines du temps, soit coloniales ou ecclesiastiques, mais qu'elles faisaient preuve d'une autonomie relative, voire d'une certaine forme de leadership, celui qu'appelaient en quelque sorte les realites propres au champ missionnaire (18). Cependant, pour cause d'isolement trop prononce de la mission, des conditions climatiques extremes, de l'environnement peu propice a la mise en place d'une oeuvre indigene et de l'hostilite de certains colons a l'egard des religieuses (19), le poste est finalement abandonne en aout 1873.

Meme si le noviciat compte alors d'excellents sujets que l'on decrit comme <<[...] de fortes personnalites ; des femmes de tete, capables de mener leur barque, des femmes de coeur ne reculant jamais devant le devoir, si penible soit-il et se sacrifiant volontiers pour le bien commun (20) >>, le cardinal constate leur faible niveau d'instruction. Il s'en preoccupe, cette situation apparaissant peu compatible avec la nouvelle orientation educative qu'il discerne pour l'avenir de l'institut (21). Afin d'y remedier, il cherche une autre congregation religieuse prete a l'assister dans la formation des Geronimites. En 1874, les Filles de l'Assomption de Notre-Dame de Nancy (22) et les Geronimites sont fusionnees sous le nom de Congregation des Soeurs de la Mission d'Afrique. Malgre les efforts remarquables et la bonne volonte de chacune, les anciennes Assomptionnistes et les Geronimites entretiennent des visions differentes de leur vie religieuse et apostolique. Si les premieres trouvent leur mission dans l'etude et l'imitation des vertus humbles et cachees de Marie, les secondes sont animees d'un zele apostolique pour l'Afrique qui s'exprime a travers diverses formes d'aide sociale, specialement des corps. Ces differences majeures affectent donc les relations interpersonnelles tout autant que le developpement des oeuvres apostoliques. L'entreprise s'avere un echec, Lavigerie separant definitivement les deux instituts en 1879 (23).

Au cours de la retraite annuelle qui suit cette dissolution, les soeurs votent pour confirmer leur desir de demeurer ensemble en congregation ; elles sont quarante (24) a perseverer dans la voie tracee precedemment. Encore sous le choc de cette separation, le cardinal Lavigerie autant que les religieuses s'accrochent a leurs desirs apostoliques pour cette Afrique qu'ils cherissent tant, malgre l'attitude raciste (25) qu'ils partagent avec leur epoque ; une Afrique pour laquelle le devouement des religieuses ne connait pratiquement aucune limite, sauf la mort. Prechant une retraite aux soeurs en 1874, Mgr Livinhac commente d'ailleurs leur devouement en des termes des plus elogieux :
   Je me rappelle ces pauvres debuts, ces privations de tous les
   jours, ce labeur surhumain. C'etait la premiere fois que je
   prechais a des religieuses, mais je n'oublierai jamais
   l'edification queje rapportai de la part de ces soeurs se livrant,
   sous un soleil de feu dans la plaine du Chelif, a un travail
   acharne, necessaire pour leur subsistance et pour celle des pauvres
   indigenes (26).


Ce commentaire de Livinhac traduit bien l'ideal central qui guide l'action de ces femmes missionnaires. A l'instar de tout bon catholique, elles consentent au don de soi quotidien qui, dans le martyre, renvoie au temoignage ultime de soumission de la croyante a la volonte divine en vue du salut de son ame, en conformite avec l'acte d'avoir prononce leurs trois voeux religieux.

Distance et leadership de Mere Marie Salome

Preoccupe de l'avenir du petit institut dont le recrutement reste faible, la formation initiale et les finances insuffisantes (27), Lavigerie consulte le Conseil des Peres blancs. La recommandation est unanime : maintenir et poursuivre l'oeuvre, sans aucune separation des deux societes, feminine et masculine, en mettant les peres en charge de la direction spirituelle de toutes les maisons des soeurs (28). Toutefois, cette proximite ne sera pas sans laisser des traces dans les rapports entre les soeurs et les peres. Par exemple,
   [...] lorsque les Soeurs arrivent aux Attafs (1873), Lavigerie
   donne au pere Deguerry qui est le cure de la paroisse des consignes
   precises concernant l'animation spirituelle des soeurs, mais aussi
   l'organisation de leur travail et le controle de leur budget. Cette
   dependance, trop etroite sans doute et qui deviendra parfois source
   de tensions, n'empechait cependant pas la confiance et une entraide
   fraternelle (29).


Les peres sont unanimes et determines dans la reponse qu'ils donnent a Lavigerie : le travail qu'accomplissent ces religieuses missionnaires aupres des femmes, des enfants et des foyers, ils ne peuvent s'y substituer. En revanche, ils entendent conserver un pouvoir de direction, ce qui explique les tensions evoquees dans la citation precedente. Cela illustre egalement la nature patriarcale du systeme ecclesial dans lequel evoluent ces religieuses et la maniere dont il les place dans des positions d'executantes et de subalternes face aux hommes religieux (30).

En 1879, Lavigerie convoque donc un chapitre general oo est nomme un premier conseil general de l'institut missionnaire feminin. Alors que l'on reclame deja des religieuses en Equateur (31), le cardinal reste sur la defensive et nomme un superieur ecclesiastique qui lui rend des comptes quant aux moindres decisions du conseil. Soeur Marie Salome, consideree comme la cofondatrice de l'institut, est nommee superieure de la mission de Ste-Monique des Attafs. Les relations entre l'Etat francais et l'Eglise catholique ne sont pas pour rassurer Lavigerie quant aux obstacles qui se dressent sur le chemin de la congregation feminine : ainsi, le gouvernement francais dissout, par decrets promulgues le 29 mars 1880, la Societe de Jesus et il oblige les congregations religieuses non autorisees a demander leur <<reconnaissance legale>>. Ces decrets ne sont toutefois pas mis en application en Algerie ni ne s'appliquent aux societes missionnaires (32).

Alors que Lavigerie est promu cardinal en mars 1882, ses questionnements quant a l'inadequation de ces femmes pour realiser ses grands desseins missionnaires pour le continent africain, notamment par le biais de l'education, perdurent. Le 8 septembre 1882, la congregation prend le nom de Societe des Soeurs Enseignantes et Hospitalieres de Notre-Dame des Missions d'Afrique d'Alger. On etablit, lors du chapitre de 1882, une regle fort similaire a celle des Peres, mais en ajoutant ceci :
   Aucune postulante, sauf des cas speciaux qui seront soumis a la
   decision du Conseil, ne pourra etre admise au grand noviciat, si
   elle n'a fait des etudes elementaires suffisantes pour etre
   presentee aux examens du brevet simple d'institutrice, au plus tard
   a la fin de son scolasticat, ou si elle ne demande formellement et
   par ecrit a etre uniquement employee au service des hopitaux ou
   dans les offices materiels de la communaute (33).


Par ailleurs, en octobre 1882, l'administration coloniale rend obligatoire, meme pour les membres d'instituts religieux, le brevet d'enseignement. Il faut donc des soeurs diplomees pour enseigner dans les ecoles d'Alger et de Kabylie dont les soeurs ont, entrelemps, obtenu la charge. Lavigerie doute toujours de la congregation a cause de l'ignorance des soeurs, des difficultes pecuniaires et du manque de soeurs brevetees en mesure d'enseigner. Il est cependant confronte au Pere Charbonnier, superieur ecclesiastique de la jeune congregation, qui plaide encore une fois en faveur du maintien de l'institut tel quel.

Devant ce nouveau contexte administratif plus contraignant, Lavigerie partage au Conseil de la Congregation, preside depuis le chapitre de 1882 par Mere Marie Salome, l'idee d'une nouvelle fusion qui rencontre l'opposition vive, solide et tenace des soeurs. Elles lui rappellent alors l'echec precedent de la fusion avec les Assomptionnistes, affirmant que cette nouvelle fusion ne pourrait tenir. Elles vont plus loin encore et clament d'une seule voix qu'elles sont << [... J disposees toutes, d'ailleurs depuis la premiere jusqu'a la derniere, a nous sacrifier jusqu'au bout plutot que de laisser notre petite societe (34) >>. Sur l'entrelaite, la superieure generale des Missionnaires de Marie avait donne une reponse negative au cardinal. Malgre la qualite du travail apostolique des soeurs et leur recrutement qui se maintient, Lavigerie pense encore, en octobre 1884, a dissoudre la congregation. Sur la recommandation de son vicaire qui lui suggere d'attendre, toutefois, il abandonne momentanement ce projet.

Il decide alors d'annuler les regles de 1882 : la Congregation resterait donc autonome, ne s'occuperait plus d'enseignement, mais d'hopitaux et d'orphelinats indigenes, les soeurs trouveraient dans la culture de la terre les ressources dont elles ont besoin pour vivre. Pour Lavigerie, ce retour a la vie agricole des debuts met fin a ses desseins missionnaires sur l'institut qui, dans sa vision, devait soutenir l'oeuvre de regeneration de l'Afrique a travers l'education des femmes et des enfants. De surcroit, jusqu'a nouvel ordre, Mere Marie Salome doit refuser toute demande d'entree au postulat.

C'est alors qu'arrive du village de Saint-Norbert d'Arthabaska au Quebec, une lettre redigee par Adelaide Morin--qui deviendra soeur Marie Bernard--demandant la procedure pour entrer chez les Soeurs blanches, institut dont elle a vraisemblablement entendu parler lors de l'une des tournees qui s'organisent plus tot au Canada (35) afin de lever des fonds pour la jeune oeuvre missionnaire. Elle n'est cependant pas la premiere Canadienne francaise a entrer dans la congregation. Nee a Montreal vers 1853, Caroline De Seve entre dans la Congregation le 4 juin 1883, prend l'habit en decembre 1885 et fait sa premiere profession le 8 octobre 1887 a la Maison Mere, Saint-Charles. Respectant scrupuleusement l'interdit d'admission, la superieure demande a Mlle Morin d'attendre une annee, ce que fait la jeune femme, avertissant en septembre 1885 Mere Marie Salome de son arrivee le 10 octobre au port d'Alger. La necrologie de soeur Morin indique qu'a son arrivee, <<Mere Marie Salome en refere a Monseigneur Dusserre: "Ne pouvant renvoyer cette enfant qui arrive de si loin, repondit-il, gardez-la comme aspirante, son postulat ne comptera que du jour oo la consigne sera levee !..." (36) >>. Entretemps, de la France parvient a Lavigerie, en mars 1885, une seconde lettre d'une jeune femme tres bien formee, Mlle de l'Epervier, qui desire egalement se joindre aux Soeurs blanches. Il lui demande d'attendre jusqu'en octobre, croyant qu'a cette date, la situation des soeurs serait reglee, c'est-a-dire qu'il aurait annonce son intention de mettre fin a l'oeuvre.

Le bras de fer engage entre Lavigerie et Mere Marie Salome n'est donc pas termine. Ces femmes ont plus de ressort que l'on pourrait l'imaginer. Nous pensons que cette forme d'intervention des religieuses s'inscrit dans une perspective similaire a celle decrite par Vincent Viaene. Dans l'un de ses articles, Viaene illustre bien la capacite de defense de leurs interets, telle que menee dans le cadre d'une campagne aupres de l'eveque de Tournai et du pape lui-meme par soeur Sophie, la superieure des Soeurs de St-Andre (37). En conclusion de son article, l'auteur identifie trois tendances de fond qu'incarne ce cas specifique pour notre comprehension de la figure de la religieuse catholique au XIXe siecle : <<First, it is a measure of the structural tensions caused by the emergence of 'the sister', itself part of broader tectonic movements pushing a Catholic 'modernity' to the surface. Second, it offers an x-ray picture of Roman policy at the formative stage. And third, it was one of the first times that Rome was directly confronted with ultramontane feminism>>. Ainsi, le 6 avril 1885, Mere Marie Salome et Mere Gonzague se rendent au palais episcopal (38) oo le cardinal se montre intraitable, leur ordonnant de quitter son bureau. En septembre de la meme annee, Mere Marie Salome recoit une lettre du cardinal l'informant qu'une epidemie de cholera sevissant en Tunisie, il ne peut donc quitter comme prevu pour Alger afin d'informer les soeurs sur << [...] l'etablissement du nouvel etat de chose que j'avais decide en principe l'hiver dernier. Ces changements ne se feront qu'en octobre 1886. J'autorise le Conseil a admettre aux voeux les novices qui repondent aux conditions requises, a la veture, les postulantes (39) >>.

Pour l'instant, le cardinal Lavigerie compte sur Mere Marie Salome, surveillant de pres son administration et se faisant informer de tout, comme a son habitude. Il confie alors toutes les constructions de Saint-Charles a la responsabilite des Soeurs du conseil, lieu oo seront le Noviciat et la Maison-Mere des Soeurs de la Mission. Mere Marie Salome croit fermement que la Congregation est sauvee et, le 15 aout 1885, elle execute le voeu qu'elle avait fait au nom de la congregation, au moment le plus noir de son histoire : eriger la statue de Notre-Dame d'Afrique dans la cour interieure de la Maison-Mere. Tel que le remarque Francois Renault, biographe du cardinal, au sujet du role de Mere Marie Salome dans le maintien de l'institut : <<Le cardinal, en definitive, dut le reconnaitre tout en prenant un ton bourru pour exprimer cet aveu : "C'est vous-meme, lui ecrivit-il un peu plus tard, qui, par vos instances reiterees et excessives, m'avez contraint a conserver la communaute des Soeurs" (40) >>. Les soeurs ont donc su resister en opposant au desir du cardinal de mettre fin a leur institut leur attachement a l'oeuvre missionnaire de meme que leur engagement zele au salut de l'Afrique, ce qui porta, nous venons de le voir, ses fruits. On ne peut cependant passer sous silence ici l'une des illustrations du patriarcat sur lequel s'edifient les relations entre femmes et hommes au sein des missions catholiques. En effet, sans les evenements ayant favorise la viabilite du jeune institut, a lui seul, le pouvoir de decision dont disposait le cardinal aurait certainement prevalu a tout attachement et zele missionnaire sincere exprime par ces religieuses. De plus, l'appui des Peres blancs, qui beneficiaient directement de la situation en etant nommes en charge de la congregation feminine, sur les plans spirituel et materiel, demeure determinant dans la poursuite de l'oeuvre.

La periode qui s'ouvre en 1886 pour les Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique est marquee par l'obtention, en 1894, de leur autonomie presque complete, du point de vue de la direction (hormis sur le plan financier et economique) de leur congregation, en regard de la Societe des Missionnaires d'Afrique de meme que par la poursuite et la consolidation de leur presence et de leurs oeuvres en Kabylie, ailleurs en Algerie et en Tunisie (41). La sante financiere de l'institut est egalement assuree par l'apport de chanoinesses (42), mais en 1889, le chapitre general separe completement les soeurs des chanoinesses, sur les demandes pressantes et insistantes des soeurs. Reclamees depuis des annees pour les missions en Afrique subsaharienne, c'est finalement en 1894 que les soeurs se rendent au Tanganyika, l'actuelle Tanzanie (43). Cette ouverture a l'Afrique subsaharienne initie un elargissement considerable des champs d'apostolat de meme que des horizons geographiques a l'interieur desquels se deploiera desormais l'activite de cet institut missionnaire feminin.

Conclusion

Que retenir du premier quart de siecle pour le moins mouvemente de cet institut missionnaire feminin aujourd'hui incontournable pour qui cherche a comprendre les developpements subsequents des Eglises nationales africaines? Il nous semble que cette experience permet d'eclairer trois enjeux relatifs a l'autorite, a l'obeissance et au pouvoir. Primo, la distance geographique et communicationnelle a joue un role-cle quant a l'avenir de la congregation ainsi qu'a son developpement. On peut penser au cardinal Lavigerie retenu en Tunisie, a Adelaide Morin qui, simultanement, s'elance vers Alger remplie des desirs apostoliques suscites par ce continent pratiquement inconnu au Canada a l'epoque ou a Mlle de L'Epervier qui ecrit de la France au cours de la meme periode. Souvenons-nous aussi des pionnieres de Laghouat qui prennent d'abord soin des corps des populations arabes locales, bien avant d'ouvrir l'ecole-ouvroir pour laquelle les autorites coloniales francaises avaient demande leur concours; leur exemple n'est d'ailleurs pas unique ni isole dans l'histoire missionnaire feminine.

Deuzio, l'experience que font ces femmes de l'autorite et de l'obeissance jusqu'a l'atteinte de leur autonomie presque entiere comme congregation en 1894, est profondement marquee par une conception hierarchique et patriarcale du pouvoir visible autant dans leur mise sous tutelle que dans la maniere dont les superieures sont deboutees pour ainsi dire presque du revers de la main lorsqu'elles osent la confrontation ouverte et directe avec le cardinal. Tertio, cette conception du pouvoir amene ces femmes a articuler une lecture a la fois pragmatique et surnaturelle de leur apostolat et de l'avenir de leur congregation pour faire contrepoids au cardinal, arrivant a leurs fins, mais demeurant, comme tant de devancieres, a l'interieur des limites imposees aux femmes, du point de vue de l'exercice du pouvoir, au sein de l'institution catholique. Notons qu'elles ont aussi noue de forts liens avec les peres missionnaires d'Afrique qui deviendront de precieux allies dans le maintien de la jeune congregation, plaidant positivement la cause de ces femmes aupres du cardinal Lavigerie, somme toute conscients de leur incapacite a mener un apostolat missionnaire comparable a celui de leurs consoeurs. Enfin, a l'epoque, c'est bien paradoxalement que l'entree dans une congregation religieuse missionnaire represente, pour beaucoup de jeunes femmes occidentales, un espace emancipatoire face au modele d'epouse et de mere (44). De plus, l'autonomie de ces femmes dans le champ missionnaire s'accroit au furet a mesure que s'opere le passage de l'education, de la sante et des services sociaux de la sphere privee a la sphere publique, elargissant ainsi l'espace que leur avait historiquement reserve le machisme. C'est aussi, comme le demontre Bouron, au contact des femmes autochtones qu'elles prennent conscience de leur propre position de subalternes au sein de l'Eglise (45).

Catherine Foisy (2)

(1.) Je remercie les evaluateurs anonymes pour leurs commentaires et suggestions qui m'ont permis de bonifier cet article. Toute inexactitude qui demeurerait est de mon entiere responsabilite.

(2.) Catherine Foisy est professeure au Departement de sciences des religions de l'UQAM. Ses recherches actuelles portent sur les experiences de dialogue interreligieux de religieuses missionnaires quebecoises et de populations maghrebines et ouest-africaines musulmanes. Elle est auteure d'une vingtaine d'articles scientifiques consacres au fait missionnaire contemporain et publiera son premier ouvrage a l'automne 2017 sous le titre Ai; risque Je la conversinn. L'experience quebecoise de la mission au XX' siecle (1945-1980), McGill-Queen's University Press.

(3.) A cause de leur costume qui est sensiblement le meme que celui des femmes kabyles, fait d'un grand vetement blanc, de meme couleur d'ailleurs que leurs homologues masculins, les Missionnaires d'Afrique dits Peres blancs. C'est aussi leur proximite avec ces derniers, connus ainsi du grand public, qui leur a valu ce nom.

(4.) Joseph-Papin ARCH AMES AULT, <<Qu'est-ce qu'une Soeur blanche?>>, L'oeuvre des tracts, Novembre 1949, no. 363, p. 7-9.

(5.) En 1949, elles avaient accompagne ces congregations: les Filles de Marie Reine des Apotres (Tanzanie, 1903); les Banabikira (Ouganda, 1909); les Benebikira (Rwanda, 1919); les Soeurs de Saint-Joseph (Congo RDC, 1920); les Soeurs de l'Enfant Jesus (Zambie, 1926); les Beneteresa (Burundi, 1931); Soeurs Marie Reine des apotres (Congo RDC, 1932) ; Filles de Maria Teresa (Malawi, 1932) ; Soeurs Therese Enfant Jesus (Tanzanie, 1932); Filles de Marie-Immaculee (Tanzanie, 1933); Filles de l'Immaculee-Conception (Burkina Faso, 1934); Soeurs Servantes de Jesus (Congo RDC, 1935); Filles du Coeurs immacule de Marie (Mali, 1937); Sisters of Mary Immaculate (Ghana, 1946) et les Soeurs de l'Annonciation (Burkina Faso, 1948).

(6.) Voir Katrin LANGEWIESCHE, << Missionnaires et religieuses dans un monde globalise. Les Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique>>, Histoire, monde et cultures religieuses, vol. 2, no. 30,2014, 7-32 ; Anne CORNET, << Soigner et guerir au pays des mille collines : de l'activite sanitaire a la quete d'autonomie. Les Soeurs blanches au Rwanda pendant l'entre-deux-guerres >>, Histoire, monde et cultures religieuses, vol. 2, no. 30, 2014, 33-49; Jean-Marie BOURON, <<Dominees ou dominantes? Les Soeurs Blanches dans l'ambivalence des logiques d'autorite (Haute-Volta et Gold Coast, 1912-1960)>>, Histoire, monde et cultures religieuses, vol. 2, no. 30, 2014, 51-73 et Sarah A. Curtis, <<A la decouverte de la femme missionnaire>>, Histoire, monde et cultures religieuses, vol. 4, no. 16, 2010, 5-18.

(7.) Comme l'explique Jean-Marie BOURON (2014), les Soeurs blanches demeureront jusqu'a la fin des annees 1940 sous la tutelle financiere de leurs homologues masculins, ayant fait voeu de pauvrete alors que ces derniers peuvent traiter des questions economiques et financieres sans cette preoccupation, n'ayant pas prononce un tel voeu.

(8.) Les Freres des Ecoles Chretiennes, les Soeurs de la Doctrine Chretienne et les Jesuites, notamment.

(9.) Le cardinal Lavigerie avait connu cette congregation alors qu'il etait eveque de Nancy et Toul de 1863 a 1867.

(10.) Compte tenu des finances fameliques et du recrutement difficile, cette branche de la famille religieuse fondee en 1867-1869 sera fusionnee avec les Peres.

(11.) Marie-Paule THIBODEAU, Les Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (Soeurs blanches), Canada 1903-2003, Montreal, 2003, p. 5. Archives generales des Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (AGSMNDA), Rome, 130(21).

(12.) Ces premieres regles stipulent que <<[...] l'esprit de la congregation est un esprit de travail, de pauvrete et d'obeissance, et en meme temps de charite et de zele pour le salut des habitants de l'Afrique>>, THIBODEAU, Les Soeurs Missionnaires, p. 4.

(13.) THIBODEAU, Les Soeurs Missionnaires, p. 5.

(14.) THIBODEAU, Les Soeurs Missionnaires, p. 3. D'ailleurs, le cardinal n'est pas le premier a le penser : << En Algerie, en 1841, un pretre missionnaire dit a Emilie de Vialar, fondatrice des Soeurs de Saint-Joseph de l'Apparition, "que sans le ministere des soeurs, on ne pouvait rien faire aupres des indigenes et que les pretres, a cet egard, ne pouvaient etre que leurs auxiliaires">>, Sarah A. CURTIS, <<A la decouverte de la femme missionnaire>>. Histoire, monde et cultures religieuses, vol. 4, no. 16, 2010, p. 8.

(15.) Ibid., p. 7.

(16.) Pour le dire avec Sarah A. Curtis: <<Pour les gouvernements europeens qui justifiaient la colonisation par une "mission civilisatrice", les femmes missionnaires etaient un alibi parfait : leurs ecoles, leurs pharmacies, leurs cliniques et leurs bureaux de bienfaisance rendaient incontestable l'argument selon lequel les Francais amelioraient les conditions de vie locales. En tant que femmes, la presence de religieuse etait moins provocante que celle des pretres dont le role public etait bien plus visible>>, ibid., p. 9.

(17.) Apres que l'une d'entre elles ait contracte la variole et que tout risque de contagion soit ecarte. Lucie Pruvost, << Promenade a travers nos archives : Les Geronimites sortent de St-Charles>>, Partage Trentaprile, no. 4, septembre 2007, p. 16-18.

(18.) Un peu de la meme maniere que les Soeurs de l'Immaculee-Conception de Castres, en mission au Senegal dans le dernier quart du XIXe siecle, exercaient leur autonomie: <<C'etait une vie de travail incessant et de maladies frequentes et graves, qui offrait pourtant aux femmes de la congregation le sentiment de se realiser et d'etre independantes, ainsi que des experiences qu'elles n'auraient jamais eues en metropole. Leur situation etait en quelque sorte paradoxale. Elles vivaient et travaillaient dans des avant-postes coloniaux diriges par des hommes, sous la double gouverne de superieurs masculins ecclesiastiques et civils. Le travail des missionnaires etait reparti entre les sexes et, comme dans l'Eglise catholique en general, les femmes etaient subordonnees aux hommes. Les Soeurs faisaient la lessive et les travaux de couture pour les peres missionnaires, enseignaient aux filles et aux femmes, et s'occupaient des malades. Et pourtant, les roles qui leur etaient assignes leur permettaient d'occuper une place singulierement importante dans les communautes oo elles travaillaient, et, a la longue, d'etre percues comme indispensables par les habitants des villages cotiers du Senegal. De plus, elles arrivaient a amasser leurs propres fonds grace a leurs talents de couturieres, obtenant ainsi une certaine independance face a leurs superieurs masculins. Plutot que de se plaindre de leur charge de travail, elles s'en felicitaient, et tiraient de leur zele et de leur ingeniosite une profonde fierte quant a leur identite de missionnaire. Elles apprenaient a traiter avec--et a influencer--les pretres, les maires et les fonctionnaires qui les dirigeaient>>, Elizabeth A. FOSTER, <<"En mission, il faut se faire a tout". Les Soeurs de l'Immaculee-Conception de Castres au Senegal, 1880-1900>>, Histoire, monde et cultures religieuses, vol. 4, no. 16, 2010, p. 73-108.

(19.) << Mais le poste de Laghouat, fonde tout d'abord au benefice des Europeens, ne pouvait entreprendre une oeuvre indigene, et malgre le bienveillant accueil de la garnison et le bon vouloir des meilleures familles de la petite ville, cette meme entreprise aupres des Europeens ne devait que vegeter ... Une autre raison surtout entraina au bout de cette seconde annee la fermeture du poste : la vie n'etait pas tenable, dans le voisinage de colons voleurs et dissolus, pour des femmes seules et exposees de ce fait aux pires dangers... On pretexta pour rappeler les soeurs de Laghouat, en aout 1873, le prochain depart des Soeurs de Saint-Charles de Nancy, et elles n'y retournerent plus>>, AGSMNDA, Premiere fondation de Laghouat--Decembre 1871 a aout 1873, Rome, A5005/5, p. 5.

(20.) THIBODEAU, Les Soeurs Missionnaires, p. 6-7.

(21.) Dans une lettre aux cures francais datant de 1871, on voit se dessiner une nouvelle orientation du jeune institut, le cardinal leur demandant des femmes vaillantes, mais pour l'education et l'enseignement de l'Evangile et les appelle desormais Soeurs des Missions d'Afrique. Pour cette raison, il fait surtout appel aux jeunes filles instruites et cultivees. Ce n'est que le 8 septembre 1882, alors qu'un chapitre general se reunit en ce meme mois, que l'orientation educative est inscrite au coeur de la vie du jeune institut, premierement dans la nouvelle formule de profession. La congregation prend alors le nom de Societe des Soeurs Enseignantes et Hospitalieres de Notre-Dame des Missions d'Afrique d'Alger.

(22.) Congregation francaise enseignante que Mgr Lavigerie avait fondee lorsqu'il etait eveque de Nancy et de Toul.

(23.) Il signe l'Ordonnance de dissolution le 2 mars 1879 oo il ecrit : << Il en resulte pour moi d'une maniere si evidente que la reunion definitive ne peut s'operer sans inconvenient, et qu'il y a lieu pour les membres des deux congregations susdites de se separer et de revenir a leur premier etat>>, cite dans THIBODEAU, Les Soeurs Missionnaires, p. 8.

(24.) Jean-Claude CEILLIER, Histoire des Missionnaires d'Afrique (Peres Blancs). De la fondation par Mgr Lavigerie a la mort du fondateur (1868-1892), Paris, Karthala, 2008, p. 210.

(25.) Ce que nous entendons par racisme ici renvoie au fait d'essentialiser certains traits des populations desservies, comme etant specifiques et propres a celles-ci, mais aussi comme expliquant certains de leurs comportements juges inadequats a partir de standards occidentaux et chretiens. Cela devient une justification autant du colonialisme que de la mission civilisatrice de celui-ci, laquelle est menee par les representantes et representants de l'Eglise catholique. De plus, comme le montre bien Jean-Marie Bouron, <<[c]antonnees a des taches traditionnellement devolues aux femmes missionnaires, les Soeurs Blanches vont trouver dans leur travail apostolique les fruits de leur emancipation. Parce qu'elles pretendent contribuer a la <<liberation>> des femmes africaines, elles vont pouvoir revendiquer davantage d'initiatives aupres des Peres Blancs. [...] Plus, elles vont pouvoir se construire une place hegemonique dans leurs rapports avec les soeurs africaines>>, BOURON, <<Dominees ou dominantes?>>, p. 52.

(26.) THIBODEAU, Les Soeurs Missionnaires, p. 7.

(27.) Les Geronimites comptent alors un tiers d'illettrees, aucune ne possede le minimum d'instruction pour exercer les charges de Superieure generale ou de maitresse des novices et les anciennes Meres de l'Assomption qui ont decide de demeurer dans cet institut, ne presentent pas le zele apostolique necessaire.

(28.) Elles avaient alors trois maisons : La Maison-Mere a Alger, les Ouadhias (l'orientation vers la Kabylie commence des 1878) et les Attafs (St-Cyprien--village chretien, 1873; puis Ste-Monique en 1877). Les Peres blancs seront responsables non seulement des aspects spirituels, mais aussi de la direction effective de l'institut jusqu'en 1894.

(29.) CEILLIER, Histoire des Missionnaires d'Afrique, p. 208-209.

(30.) Dans la meme periode que celle etudiee ici, le cas de Sophie Devoldre, membre de la Congregation des Soeurs de St-Andre de Tournai est eclairant. Voir, a ce propos, Vincent VIAENE, <<The Second Sex and the First Estate : The Sisters of St-Andre between the Bishop of Tournai and Rome, 1850-1886>>, The Journal of Ecclesiastical History, vol. 59, no. 3, juillet 2008, p. 447-474.

(31.) On fait ici reference a l'Equateur africain, soit a l'ensemble des pays du continent africain se situant au sud de l'Equateur. La premiere caravane de Peres blancs arrive dans la region du Lac Tanganyika en 1878.

(32.) Philippe DELISLE, L'anticlericalisme dans les colonies francaises sous la Troisieme Republique, Paris, Indes savantes, 2009.

(33.) Francois RENAULT, Le cardinal Lavigerie, Paris, Fayard, 1992, p. 508.

(34.) THIBODEAU, Les Soeurs Missionnaires, 2003, p. 11. Lettre du Conseil adressee au Cardinal, suivant la seance du Conseil du 21 septembre 1884, p. 326.

(35.) De 1880 a 1882, Mere Marie de ta Croix parcourt les Ameriques. En 1882-1883, le pere Voisin, p.b., est en tournee de quete au Canada. Le 6 mai 1884, on envoie deux autres soeurs afin de queter au Canada.

(36.) Necrologe Soeur Marie-Bernard, No 294, AGSMNDA, Rome, p. 226.

(37.) VIAENE, <<The Second Sex and the First Estate>>, p. 472-473.

(38.) Le Pere Chevalier leur dit alors que <<L'avenir de votre Congregation depend de la demarche que vous faites aujourd'hui. Ayez donc de la foi et du courage>>, THIBODEAU, Les Soeurs Missionnaires, p. 11.

(39.) Ibid., p. 12.

(40.) RENAULT, Le cardinal Lavigerie, p. 512. Lettre de Lavigerie a Marie Salome, 17 decembre 1887; AGSMNDA A 201/231.

(41.) Elles s'installent en octobre 1882 a La Marsa, un village a une vingtaine de kilometres de Tunis, puis ouvrent un refuge en 1885.

(42.) Un systeme de chanoines est mis en place pour soutenir les Peres blancs egalement.

(43.) <<En 1894, Lechaptois alla a Alger pour participer au chapitre general et recevoir l'ordination episcopale des mains de Msr Dusseire. Il revint a Karema avec un groupe de Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique, les premieres religieuses missionnaires du vicariat. Entre 1894 et 1896, il fonda cinq nouveaux postes de mission. Il accompagna Joseph Dupont en 1895, nouveau superieur de la mission du Nyassa>>, Aylward SHORTER, Les Peres Blancs au temps de la conquete coloniale. Histoire des Missionnaires d'Afrique !892-1914, Paris, Karthala, 2011, p. 82.

(44.) La litterature sur le sujet est importante. Voir notamment les travaux pionniers de Mary TAYLOR HUBER et Nancy C. LUTKEHAUS (dir.), Gendered Missions. Women and Men in Missionary Discourse and Practice, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 2002 (1999); FOSTER << "En mission, il faut se faire a tout". Les Soeurs de l'Immaculee-Conception de Castres au Senegal, 1880-1900>>; Katharina STORNIG, Sisters Crossing Boundaries. German Missionary Nuns in Colonial Togo and New Guinea, 1897-1960, Veroffentlichungen des Instituts fur Europaische Geschichte Mainz, 2013.

(45.) Selon lui, <<[l]a situation d'emancipation / sujetion imposee aux converties correspond donc a la position des religieuses elles-memes. La mise en miroir, par le terrain missionnaire, de leur propre condition va participer a la prise de conscience de leur subordination a la tutelle masculine>>, BOURON, <<Dominees ou dominantes?>>, p. 66.
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Author:Foisy, Catherine
Publication:Etudes d'histoire religieuse
Date:Mar 22, 2017
Words:7027
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