Printer Friendly

Les lectures de Garcia d'Orta le cas de l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien.

En 1563 fut publie pour la premiere fois a Goa, en Inde, un ouvrage de matiere medicale, remarquable a bien des egards (1). Son auteur etait un medecin juif converti, Garcia d'Orta, que ses etudes, classiques pour cette epoque, avaient d'abord conduit en Espagne (2). Il etait arrive en Inde comme medecin accompagnant Martim Afonso de Sousa. Il devait y rester, se croyant ainsi a l'abri des inquisiteurs. L'histoire prouva qu'il avait eu tort de le croire et que ses restes mortels ne devaient pas meme etre epargnes: ils furent deterres et disperses plusieurs annees apres sa mort.

Des Coloquios, premier livre imprime a Goa, on retient en general la mise en valeur d'une methode experimentale qui contraste grandement avec la methode compilatoire en usage a cette epoque. Garcia d'Orta oppose en effet l'experience ou la connaissance directe a l'accumulation des savoirs herites de l'Antiquite ou du Moyen-age avec une liberte qui est en effet assez rare dans la litterature botanique de cette epoque. L'originalite de la methode, la lumiere nouvelle que le livre apportait sur les plantes de l'Inde devaient attirer l'attention de l'un des meilleurs specialistes des plantes a cette epoque, Charles de L'Ecluse, qui, selon la preface, aurait trouve la publication dans une officine espagnole. Clusius devait assurer au traite portugais une notoriete importante en le traduisant en latin (3). La critique a largement montre que cette traduction est aussi une abreviation. Il s'agit de rendre aux medecins d'Occident l'essentiel du savoir pharmacologique contenu dans les Coloquios en les debarrassant de la forme dialoguee, qui donne a l'aeuvre sa couleur theatrale mais que Clusius ressentait peut-etre comme une mise en forme litteraire sans interet (4). Cet epitome devait a son tour faire l'objet de deux traductions, l'une vers le francais, par les soins d'Antoine Collin (5), l'autre vers l'italien par les soins d'Annibale Briganti (6). Parallelement, Cristobal de Acosta avait assure le succes de l'aeuvre de Garcia d'Orta en proposant une traduction en espagnol. Comme Clusius, il explique qu'il a retouche le texte initial dialogue pour en retenir seulement la substance medicale utile pour l'homme (7).

Il va de soi que les interpretations faites de l'aeuvre depuis la publication de l'edition moderne procuree par le comte de Ficalho sont exactes (8). En resume, les deux personnages principaux des Coloquios, Ruano et Orta, representent bien les deux instances de l'auteur lui-meme. Ruano est le medecin occidental, forme a la lecture des medecins antiques grecs ou romains. Il sait parfaitement son Dioscoride et peut citer Pline l'Ancien dans le texte. Il a lu les modernes aussi et semble connaitre au moins une partie des controverses qui agitent le monde des medecins naturalistes des les annees 1530. Il a, sur les medecins arabes, un avis mesure qui devient de plus en plus favorable au fur et a mesure que la demonstration d'Orta en montre l'interet. En cela, il s'inscrirait parfaitement dans les debats qui agitent les naturalistes contemporains, de Fuchs a Dodoens et de Gesner a Dalechamps. L'autre personnage principal, Orta, porte la parole medicale principale, celle qui dit la verite, souvent contre les textes, qui defend la connaissance directe, l'experimentation et transmet les temoignages directs en mesurant leur validite. Les exemples ne manquent pas, en effet, de passages dans lesquels Orta, comme le remarque tres justement Mario Soares dans la preface qu'il donne a la recente traduction francaise des Coloquios (9), evoque l'experimentation et l'oppose au savoir depasse des Grecs et des Romains. C'est bien la l'originalite et l'apport majeur du medecin portugais a la science de son temps: la cause est entendue.

Il faut cependant revenir sur la culture de Garcia d'Orta, parce que la culture scientifique des naturalistes de la Renaissance ne constitue pas un ensemble homogene et lisse (10), loin de la, et aussi parce que, dans les Colloques, la confrontation des textes et du reel constitue un enjeu majeur. A ceux qui en douteraient, le texte de Garcia d'Orta, le revele sans ambages a plusieurs reprises, et, par exemple a propos du bois d'aloes, par l'entremise de Ruano: <<Je voudrais vous citer ce que disent les auteurs grecs, arabes et latins, que vous vous prononciez sur ce qui est vrai et sur ce qui est faux, et surtout que vous donniez votre avis et disiez ce que vous avez appris>> (11). Ailleurs, c'est Andres de Laguna qui fait l'objet d'une severe remise en cause ou Manardi, dont les travaux, pourtant rarement contestes dans la litterature europeenne, sont ici examines sans la moindre complaisance. Au reste, si la critique peut s'averer impitoyable pour les auteurs modernes, elle n'est pas moins severe pour ce qui regarde les anciens et Galien lui-meme n'echappe pas a des remises en cause sans appel. En contrepoint de ces remises en cause du savoir ancien, il faut aussi remarquer que tous les textes anciens n'ont pas le meme statut, meme dans le savoir litteraire des medecins italiens ou espagnols. La condamnation de Gaza ou des erreurs de Pline est un topos de la litterature medicale de la Renaissance; l'utilisation des travaux de Leoniceno, en reponse a Politien, l'evaluation de la tradition Dioscoridienne sont egalement des themes recurrents dans les livres traitant de matiere medicale et la controverse est sans doute une des modalites litteraires les plus communes: Melchior Wieland s'y adonnait avec passion (12), Matthiole ne rechignait pas a croiser le fer avec Wieland (13); Aldrovandi lui-meme critiquait autant que necessaire ses contemporains. Il est donc peut-etre possible de faire une lecture des Coloquios en les remettant en perspective de la litterature specialisee courante a l'epoque et, ainsi, de mesurer plus precisement non les apports incontestables de Garcia d'Orta a la methode medicale, mais la nature profonde de la culture livresque qu'il convenait de depasser.

La bibliotheque de Garcia d'Orta apparait comme particulierement riche. C'est une bibliotheque specifiquement humaniste: bien qu'il reste quelques medievaux, comme Albert le Grand, Platearius ou Jacques Despars, l'essentiel de ses references sont antiques ou specifiquement humanistes. Du cote des Anciens, pas un medecin ne manque a l'appel: Hippocrate, Galien ou Dioscoride, bien entendu, mais aussi Aristote, Paul d'Egine, Alexandre de Tralles. Le recours aux auteurs grecs depasse largement le champ medical: Platon, Aristote, Plutarque ou Strabon figurent en bonne place. Du cote des latins, c'est Pline qui tient la meilleure place, mais il n'est pas seul. Terence apparait deux fois; Celse et Marcellus, Caton l'Ancien ou Columelle sont egalement cites. Au total, la bibliotheque des sources anciennes de Garcia d'Orta semble contenir une grande partie des classiques de l'Antiquite et l'on peut considerer qu'il y a quelque chose d'un peu paradoxal a se referer a autant de bons auteurs pour finalement les condamner a l'obsolescence. D'autant qu'a cote des classiques antiques, le traite utilise egalement tous les modernes. On ne souligne pas suffisamment la presence de tous les naturalistes anterieurs a Orta. La generation des annees 1530 est largement representee: Brunfels y est suivi de Fuchs et de Jean Ruel dont le De natura stirpium date de 1536. Les traducteurs et commentateurs de Dioscoride sont la aussi, de Marcello Virgilio a Pierandrea Mattioli, en n'oubliant pas Giovanni Manardi dont les lettres medicales contiennent tant de remarques sur le texte de Dioscoride. Du cote de la peninsule iberique, Orta cite Nebrija, Laguna, Amatus Lusitanus et Monardes. Les apothicaires sont representes par Brasavola, couramment nomme Antonio Musa dans le texte, et la litterature de cuisine par Bartholomeo Sacchi, dit Platina (14). Dans cet ensemble, tous les textes n'ont pas la meme autorite. Pour Dioscoride, la traduction de Jean Ruel, publiee pour la premiere fois en 1516 est le point de depart de toute la reflexion sur la matiere medicale; qu'il utilise un Dioscoride traduit, commente ou seulement le texte brut, Garcia d'Orta possede presque obligatoirement la version de Jean Ruel. Cette traduction est encore utilisee par Mattioli, et abondamment annotee. Celle de Marcello Virgilio a fait l'objet d'une critique acerbe de la part de Manardi. Garcia d'Orta cite l'un et l'autre. Tout au plus peut-on remarquer que la bibliotheque de Garcia d'Orta s'est necessairement accrue apres son depart du Portugal: il pouvait emporter avec lui Dioscoride ou Brunfels, mais pas Mattioli, pourtant cite dans les Coloquios et dont la premiere edition remonte seulement a 1544. En revanche, il semble manquer quelques grandes figures naturalistes a la bibliotheque. Rembert Dodoens, par exemple, n'y est pas. Pourtant le naturaliste de Malines avait publie son herbier des 1554 et la traduction de Clusius en francais est de 1557. Son De frugum historia datait de 1552. Conrad Gesner n'y est pas non plus.

Peut-on deduire de cette courte liste une bibliotheque type, sensible dans les Coloquios? Le comte de Ficalho s'etait deja essaye a dresser une liste des editions disponibles en precisant que la tache s'avere presque impossible en raison de l'imprecision meme des renvois du texte (15). Dans beaucoup de cas, l'auteur doit simplement mentionner un titre en admettant que la quantite d'editions disponibles pour chaque aeuvre antique, en l'absence d'indications plus precises, interdit la reconstitution de la bibliotheque. On devrait ajouter que pour parvenir a une simple probabilite sur les editions les plus frequentes dans les bibliotheques de scientifiques de cette epoque, il faudrait sans doute entrer dans le detail de l'histoire de la transmission de chaque texte. Pour Pline, par exemple, si l'edition princeps mentionnee par le comte de Ficalho date bien de 1469, il faut ajouter que cette edition circule assez peu et qu'il n'est pas rare de lire dans les textes de cette epoque que la premiere edition date de l'annee suivante, publiee par Sweynheym et Pannartz a Rome. La prise en compte des grandes etapes de l'edition imprimee plinienne au XVIe siecle permet d'aller un peu plus loin. Si un auteur dispose d'une edition imprimee publiee avant 1492, il a toutes les chances de disposer d'une edition derivee de l'edition Bussi, meme s'il s'agit de celle de Perotti qui dit le plus grand mal du travail philologique de l'eveque d'Aleria. Si son edition est posterieure a 1492, mais anterieure a 1507, elle integre presque necessairement les corrections de Barbaro. Entre 1507 et 1525, l'offre est, en quelque sorte, plus variee. Les editions posterieures a 1530 s'appuient presque toutes sur les apports de la philologie erasmienne et donc sur l'edition de 1525. Celle de 1530 qui beneficie des apports decisifs des remarques de Rhenanus, puis du commentaire de Gelenius, sert de point de depart aux entreprises d'etablissement du texte posterieures. Il arrive assez couramment qu'un naturaliste erudit dispose de plusieurs etats du texte. Ulisse Aldrovandi, par exemple disposait d'au moins trois editions de l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien et autant d'editions de Dioscoride en grec et en latin. A vrai dire, il possedait meme un manuscrit du XIIe siecle du De materia medica, mais l'examen des citations revele assez rapidement que le grand naturaliste de Bologne utilisait surtout une edition latine et une traduction italienne pour Pline et que le manuscrit latin de Dioscoride ne presente pas les marques d'une utilisation intensive.

La question de l'evaluation de la bibliotheque de Garcia d'Orta pose donc trois types de problemes. Le premier est d'ordre philologique: il consiste a savoir de quel etat du texte ancien un naturaliste dispose pour regler des questions aussi variables que celles traitant de la nomenclature botanique ou des proprietes medicales d'une plante. Le deuxieme est d'ordre historique: il s'agit alors de decrire les positions defendues par Garcia d'Orta dans la perspective des diverses controverses savantes qui marquent l'histoire de la reception du texte a la Renaissance. Enfin, le dernier probleme est epistemologique: il s'agit alors de mesurer la part de l'influence du texte dans le processus complexe de construction du savoir sur les plantes. C'est ce dernier point qui a majoritairement interesse la critique. Chacun des auteurs cites par le naturaliste portugais meriterait une etude serree pour mesurer la lecture qui en est faite et la reception des aeuvres considerees. Toutefois, s'agissant de matiere medicale, nous allons concentrer notre propos sur l'aeuvre de Pline, et, en contrepoint, sur celle de Dioscoride.

L'aeuvre de Pline l'Ancien et celle de Dioscoride connaissent des trajectoires historiques finalement tres differentes. On n'a jamais perdu le texte de l'Historia naturalis qui est parvenu a l'epoque de la Renaissance dans un etat de correction textuelle tres relatif, mais en procedant, au risque d'une simplification philologique abusive, d'un archetype unique. A l'inverse, le texte de Dioscoride est transmis sous deux formes differentes, l'une alphabetique, l'autre pas, et en deux langues: le grec et la traduction latine. Le corpus de plantes transmis par Pline est beaucoup plus large que celui du de materia medica, mais la transmission est reputee fautive. Pour Dioscoride, le texte jouit d'une autorite mieux etablie, mais il ne suffit pas a decrire la nature tout entiere, seulement les plantes d'utilite medicale, et encore. Pour Pline, comme pour Dioscoride, le succes du texte a l'epoque tardo-antique se manifeste par l'existence de plusieurs pseudepigraphes. Certains evoluent separement du texte, comme les pseudo-Pline, d'autres, comme le traite sur les venins, sont associes plus etroitement au texte de Dioscoride dont ils peuvent constituer le livre VI. Ces ecarts fondent une autorite du texte differente. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'une simple difference quantitative, visant a etablir la plus grande fiabilite de l'un ou l'autre auteur; la reception des deux textes connait surtout des modalites qualitativement diverses, qui fondent des statuts d'autorite. Il faut entrer dans le detail pour demontrer ce point.

Comme le montrait le comte de Ficalho dans son etude sur Garcia d'Orta, Pline est en effet present a toutes les pages ou presque des Coloquios. Ce fait est remarquable, mais il n'est pas exceptionnel: Pierre Belon ou Prosper Alpin nourrissent leurs descriptions de l'Egypte et du Moyen Orient de references pliniennes. Francisco Hernandez emporte avec lui, au Mexique, sa traduction manuscrite de l'Histoire Naturelle, et, bien qu'il n'ait pas la moindre chance de pouvoir expliquer la flore ou la faune du Nouveau Monde par le texte de Pline, il s'appuie cependant dessus pour trouver le point fixe qui permet la comparaison (16). Sa traduction, alors commentee, etablit un va et vient constant entre l'ancien et le nouveau monde, entre les plantes connues et les plantes nouvelles. Qu'en est-il de Garcia d'Orta?

Le dialogue avec les sources anciennes ou modernes constitue un des moteurs fondamentaux des Coloquios, et, comme l'a tres bien souligne Gregoire Holtz, permet la reconciliation du savoir theorique et de l'observation empirique (17). Toujours presents, les renvois aux medecins grecs, aux auteurs latins, aux modernes rythment chacun des chapitres et organisent presque theatralement la confrontation des savoirs. C'est ainsi que le medecin Ruano introduit le chapitre consacre au bois d'aloes: <<Je voudrais vous citer ce que disent les auteurs grecs, arabes et latins, que vous vous prononciez sur ce qui est vrai et sur ce qui est faux, et surtout que vous donniez votre avis et disiez ce que vous avez appris>>. Il arrive meme, et c'est le cas dans ce chapitre qui constitue ce qu'on peut considerer comme un cas-limite, que l'exploration des sources tiennent lieu de contenu meme du chapitre. Les deux <<entreparleurs>>, comme on disait quelquefois a l'epoque, examinent alors successivement les points de vue de Galien et Serapion, celui de Dioscoride, puis d'Avicenne. Comme cela a ete frequemment souligne, l'autorite des auteurs arabes est souvent affirme, contre ce qui constitue la culture classique europeenne, et si les medecins grecs peuvent etre contestes, c'est en profitant de l'eloignement geographique. Sur ce point, Ruano precise, a propos du bois de cate et d'un passage de Serapion qui reprend une affirmation evidemment erronee des Grecs qu'il <<le fait parce qu'il craignait de contredire les Grecs; et ne vous en etonnez pas, car moi-meme, si je me trouvais en Espagne, je n'oserais rien dire contre Galien et contre les Grecs>>.

Les recours a Pline et Dioscoride sont, on l'a vu, tres frequents. Statistiquement, si les deux auteurs anciens sont cites pour souligner leurs erreurs, celles commises par Dioscoride sont presentees sous un jour moins severe que celle du naturaliste romain et le naturaliste portugais semble particulierement sensible au phenomene des fautes en cascade, par recopie ou recuperation d'une opinion erronee anterieure. Voici par exemple ce que Garcia d'Orta ecrit a propos du poivre blanc ou noir (18) dont tous les auteurs disent qu'il apparait sur un arbre: <<Tous se sont accordes a ne pas dire le vrai, mais Dioscoride merite d'etre pardonne, car lui a ecrit a partir de fausses informations sur un pays lointain, en un temps ou l'on ne naviguait pas sur la mer comme aujourd'hui; ensuite, il a ete repris par Pline, par Galien, par Isidore, puis par Avicenne et tous les Arabes. Mais ceux qui ecrivent aujourd'hui, comme Antonio Musa et les Freres, sont plus coupables car ils se repetent les uns les autres, sans preter attention a des choses bien connues, comme l'aspect de l'arbre, le fruit, la maniere dont il murit et celle dont on le recolte>>. Comme nombre de ses contemporains, mais d'une facon un peu differente, Garcia d'Orta accorde a ses sources litteraires une autorite variable. Cette autorite depend a la fois de la validite des informations sur les plantes transmises par les auteurs et des modalites de transmission des informations dont pouvait disposer un auteur ancien ou moderne. Du cote de l'evaluation de la validite des sources, il faut classer tous les passages ou le naturaliste donne raison ou tort sur des questions aussi diverses que la description des plantes ou leurs proprietes medicinales. Du cote des modalites de la transmission des informations, on trouve toutes les remarques sur les causes de l'erreur, le poids des prejuges, les dependances des auteurs entre eux, la reconstitution de l'histoire de la chaine du savoir. Le cas de Pline l'Ancien, auteur controverse mais indispensable, est sur ce point tout a fait eclairant.

Pour entrer dans le detail de la reception d'un auteur, surtout quand il est de la taille de Pline l'Ancien, dans la science de la Renaissance, il convient sans doute de partir de quelques exemples precis. Meme si l'amiral de la flotte de Misene est present a tous les instants, son autorite est particulierement convoquee, et souvent mise a mal. Nous laissons volontairement de cote les questions relatives aux animaux ou a des sujets d'interet plus general, pour nous concentrer sur deux plantes significatives de la reception de la botanique plinienne: l'aloes (19) et l'acore.

Pour l'Aloes, Garcia d'Orta examine les noms connus pour cette plante, dans les differentes langues d'orient, en castillan et en portugais. Il montre que la forme saber qui designe l'aloes dans le texte de Serapion ou dans celui de Mattheus Sylvaticus est une faute imputable aux traducteurs ou au temps (20). La forme correcte est celle classique en arabe de cebar. Dans les especes, il ne distingue nettement que l'aloes socotrin et en vient a l'examen des sources anciennes ou modernes sur la plante.

Du cote des sources anciennes, Garcia d'Orta conteste les positions suivantes qu'il trouve dans l'aeuvre de Pline l'Ancien. Tout d'abord, l'aloes n'est pas meilleur a la pointe qu'au milieu de la feuille, contrairement a ce que dit Pline. Il n'est pas non plus plein de sable et n'est pas falsifie, contrairement a ce qui est quelquefois allegue, par l'acacia ou la gomme arabique. L'auteur commente aussi l'affirmation, commune a Pline et Dioscoride, selon laquelle le meilleur aloes provient de l'Inde contre ceux qui affirment que le meilleur est importe d'Arabie ou d'Alexandrie (21).

En realite, Pline s'exprime de facon bien plus complete sur l'aloes. Il signale son utilisation, au livre XIV de l'Histoire naturelle, pour maquiller le gout des vins de Narbonnaise (22). Independamment des utilisations medicales mentionnees par Garcia d'Orta, Pline montre qu'on emploie l'aloes en composition avec du miel pour arreter les meurtrissures (23) et en composition avec le scammonium pour renforcer ses proprietes purgatives (24). Une page du livre XXVII recapitule l'ensemble des proprietes therapeutiques de la plante, reputee purgative, calmante, hemostatique et cicatrisante. D'apres Jacques Andre, il s'agit toujours d'Aloe vera L (25). Les sources de Garcia d'Orta ne sont pas non plus completes, meme en restant dans le seul domaine greco-latin. En effet, la consultation du seul repertoire etabli par Carmelia Opsomer (26) pour les noms de vegetaux, fait clairement apparaitre de tres nombreuses autres attestations, dans la plupart des antidotaires et des receptaires medievaux et dans une litterature medicale tardo-antique, souvent proche des textes pseudepigraphes attribues aux grandes autorites scientifiques de l'Antiquite. Ainsi, dans la Medicina Plinii, ou les Dynamidia. Du cote des textes authentiques, Celse, Cassius Felix, Oribase, Paul d'Egine ou Celius Aurelianus connaissent la plante et, a cet ensemble d'autorites disponibles, Jacques Andre ajoute des attestations dans le pseudo Dioscoride, le pseudo Apulee et chez Palladius. Pour sa part, Garcia d'Orta retient essentiellement Paul d'Egine.

La litterature de la Renaissance est egalement abondante sur cette plante. Fuchs, dans les Errata, defend les proprietes hemostatiques de l'aloes (27), contre un passage de Mesue mais en fondant son discours sur un texte de Dioscoride et un autre d'Avicenne qui utilise la plante dans le traitement des hemorrhoides (28). Le meme Fuchs refute, en revanche, l'opinion de Manardi sur la question de savoir si l'aloes peut ou non ouvrir les veines et la controverse qui s'ensuit est signalee par Sebastien de Monteux (29) et commentee par Mattioli, chez lequel on peut lire ces remarques: <<Manard ferrarois, et Fuchs l'ensuivant ont reprins fort asprement Mesue, a raison qu'il a dit, l'aloe prins par la bouche ouvrir si bien les bous, et conduis des veines, que le sang en sort fort aisement (31): ce qui est contraire, comme ils disent, a l'opinion de Dioscoride et Galien. Mais combien eux memes se sont fourvoies de verite, il me seroit aise de le montrer et si M. Jacques Sylvius, medecin tres savant de nostre tems, ecrivant sur Mesue, autre medecin aussi de Grenoble, ne leur eussent si bien repondu, et par si bones raisons defendu Mesue, qu'ils n'y sauroient plus que mordre>> (32).

[ILLUSTRATION OMITTED]

Pour l'acorum, la situation est a peu pres analogue. Pline evoque la plante de ce nom bien plus que ce que dit Garcia d'Orta. En particulier dans les livres traitant de matiere medicale. A en croire le naturaliste romain, l'acorum soigne le foie (33), les douleurs de poitrine (34), le tenesme (35) et la vessie. Il est diuretique (36). Au-dela de Pline, on trouve l'acorum dans de nombreux textes medicaux antiques ou medievaux, chez Scribonius Largus, dans le De medicamentis de Marcellus, dans la Physica Plinii, les antidotaires, chez Oribase, dans le pseudo-Apulee ou dans les Dynamidia. Selon toute probabilite, cette liste n'est d'ailleurs pas exhaustive (37): l'acorum est une des plantes les plus classiques de la litterature medicale, tant en grec qu'en latin.

Garcia d'Orta ne consacre pas directement un chapitre a l'acorum, mais il traite largement de cette plante dans les pages qu'il consacre au calame aromatique. Le probleme pose est alors celui de la determination de la plante sur laquelle les textes anciens et modernes laissent planer le doute. Le naturaliste precise a ce propos que les textes modernes sont tres nombreux a envisager le cas de cette plante, sans toutefois entrer, comme cela lui arrive parfois, dans un expose complet et critique des auteurs modernes (38). La suite du chapitre, si elle ne donne pas necessairement toutes les references souhaitables, rend compte des principales controverses relatives a ce vegetal. En realite, le probleme de la determination existe deja dans les textes antiques et le dictionnaire etabli par Jacques Andre fait apparaitre un eventail de plantes tres differentes les unes des autres (39). Chez Pline, le terme acorum renvoie soit a un iris (Iris pseudacorus L), soit au mouron (Anagallis arvensis L). Quand Pline evoque le rhizome, il peut s'agir du rhizome du fragon ou petit-houx. Ces plantes n'ont rien a voir les unes avec les autres et, avec J. Andre, il faut soupconner a la fois des erreurs dans l'Histoire Naturelle, et d'autres imputables a la transmission du texte ou, pour reprendre un topos des naturalistes de la Renaissance, a l'incurie des copistes medievaux.

On comprend, dans ce contexte, que la determination precise de la plante puisse prendre, dans le discours de Garcia d'Orta, une importance particuliere. Comme le resume tres bien la note de Ficalho sur ce point, l'auteur distingue trois plantes dans ce chapitre. La premiere est le calamus aromaticus, pour lequel, comme souvent, ce sont les medecins arabes qui font autorite. La deuxieme est le galanga, bien connu des pharmacopees medievales, mais dote de proprietes qui rendent impossible l'assimilation du galanga et du calame aromatique. La troisieme est l'acore sur lequel, Garcia d'Orta ne dit finalement pas grand chose parce que, sur la foi de Pline et par l'experience, il sait que ce n'est pas une plante indienne, mais bien plutot pontique ou grecque. On note dans ce passage, un des rares cas ou Pline est cite pour attester d'une affirmation exacte.

Qu'en est-il des modernes auxquels il est fait allusion? La fin du chapitre condamne une affirmation de Marcello Virgilio affirmant que le calamus aromaticus est l'acore vrai. En rejetant le commentaire de Marcello Virgilio, Garcia d'Orta s'inscrit dans la continuite de la critique dioscoridienne, en particulier italienne. Giovanni Manardi, par exemple, consacre de tres longs passages a demontrer l'inanite des positions adoptees par Virgilio (40). Dans son Pinax theatri botanici, Gaspard Bauhin distingue a son tour les trois plantes, iris, galanga et acorus, auxquelles il consacre trois chapitres differents mais successifs. Pour acorus, le medecin de Bale renvoie a Pline et Dioscoride dans l'introduction, puis, renvoie a une designation des apothicaires et aux travaux de Manardi de Jerome Bock, de Matthiole ou de Valerius Cordus ou de Charles de L'Ecluse.

Pierandrea Mattioli, dans son commentaire de Dioscoride, distingue parfaitement l'acore vrai, du faux acore. Il beneficie meme d'un soutien inattendu pour preciser les indications antiques qui faisaient de l'acore une plante du bassin est de la Mediterranee: celui du medecin Guillaume Quacelbene (41), membre de la suite d'Ogier de Busbecq, ambassadeur de Charles Quint en Turquie, auquel on doit l'introduction des tulipes en Europe et aussi le retour a Vienne d'un des plus celebres manuscrits du Dioscoride alphabetique. C'est a sa description que Mattioli se rallie, ce qui lui permet de mettre ensuite en evidence les differences entre le vrai et le faux acore, notamment sur la question de la complexion et des proprietes therapeutiques. L'acore, selon Mattioli, se distingue aussi du Galanga sur ces deux points.

Comme suffirait a le montrer la planche ci-contre, le faux acore de Mattioli est bien un iris. Pour l'acore vrai, l'etude menee par Mauro Giorgio Mariotti propose d'y voir acorus calamus L (42). Au reste, Mattioli montre aussi que Fuchs, contre Brasavola, veut voir dans le vrai acore un autre nom du galanga. Cependant, sur la foi du medecin Jean Merlin qui exerca en Lituanie, on apprend que l'acore croit en quantite en Tartarie ou il s'appelle Tattarschizelii c'est a dire herbe de Tartarie (44). Cela conforte, selon le medecin de Sienne, l'information venue de Pline qui decrit l'acore comme pontique, car, ajoute-t-il, la Tartarie jouxte la Lituanie.

[ILLUSTRATION OMITTED]

[ILLUSTRATION OMITTED]

Outre Brasavola, Manardi, Fuchs ou Mattioli, sous la forme acorus ou sous la forme galanga et calamus aromaticus, la plante est donc l'objet de debats intenses dans la litterature specialisee et les deux exemples successifs de l'acore et de l'aloes permettent de preciser la facon dont s'opere le dialogue des sources dans les Coloquios de Garcia d'Orta.

Meme quand il commence un chapitre en disant qu'il n'y a presque rien a dire sur le vegetal examine, le point de vue de Garcia d'Orta s'inscrit toujours en contrepoint d'une litterature specialisee, europeenne qu'il connaissait parfaitement bien. En revanche, le recours a ces sources est souvent allusif et il est toujours partiel. Sur le calame aromatique, le naturaliste ne commente pas Mattioli; d'autres passages montrent cependant qu'ils possedent un exemplaire des commentaires sur Dioscoride et l'allusion aux nombreux modernes qui s'interrogent sur l'acore pourrait parfaitement provenir de cette source. En cela, Garcia d'Orta se differencie assez nettement des autres naturalistes : la ou Fuchs, Mattioli, Gesner, Manardi ou meme plus tard Ulisse Aldrovandi cherchent l'accumulation exhaustive du savoir anterieur, Garcia d'Orta choisit d'ignorer certaines sources, trop eloignees de son propos. Sur ce point, il n'y a pas de difference de traitement entre les auteurs antiques, et en particulier Pline, et les sources contemporaines. La compilation ne l'interesse pas, parce qu'elle ferait passer le savoir sur les plantes du cote des livres, la ou il veut la voir du cote des jardins.

Il reste que les emprunts aux textes, anciens ou modernes, sont d'autant plus significatifs qu'ils sont eminemment choisis. Du cote des modernes, la contestation assez constante des positions de Giovanni Manardi s'explique assez aisement: le medecin de Ferrare, dans ses Epistulae medicinales, prend tres frequemment parti contre les medecins arabes. Sa mise en cause dans les Coloquios doit etre lue a la lumiere de la rehabilitation constante d'Avicenne, Serapion ou Rhazes pour les plantes indiennes. Pour les Grecs, l'auteur montre qu'il doit a sa situation excentree de pouvoir les contester. Qu'en est-il donc de Pline dont l'autorite medicale a la Renaissance est souvent mise en doute?

La reception de Pline dans les Coloquios est toujours soumise a un examen meticuleux qui aboutit souvent a une refutation. A propos des elephants qui auraient peur des cochons selon Pline, Orta precise <<J'ai entendu tout le contraire>>, en revanche sur l'affolement des pachydermes devant les souris et les fourmis, Orta confirme: <<Ce qu'affirme Pline qu'ils ont tres peur des souris est vrai, cela je le sais>>. Pour l'utilisation du sang de l'elephant en therapeutique ou pour l'utilisation de son foie, le medecin hesite: <<Il se peut que ce soit vrai, mais on n'en use pas ici>>. Au bout du compte, l'autorite de Pline sur ces questions de zoologie lui semble assez douteuse: <<J'ai tenu a vous dire les choses sur l'elephant parce qu'elles sont tout a fait certaines. Pline en raconte beaucoup d'autres; quant a moi, je prefere en dire moins, mais que ce soit avere; pour la physique, ce que je vous ai dit suffit>>. C'est dans le doute que Pline lui semble le plus interessant. Ainsi a propos du cate ou macis, sur lequel, selon lui, les Grecs se sont beaucoup trompes, en depit du respect qu'Avicenne leur temoigne: <<Avicenne fait deux chapitres (...) et il le fait en imitant les Grecs bien qu'il n'ait jamais vu leur macir. (...) Pline, lui, affirme qu'il ne connait pas ce macir et en outre, si ces Grecs avaient connu le macis, il n'auraient pas passe la noix sous silence, or aucun d'eux n'en a parle; ils savaient si peu de choses du macir que Galien affirme qu'on l'apporte de l'Inde et Dioscoride de Berberie: il semble donc qu'aucun d'eux n'ait connu le macis; sur ce point, il ne peut demeurer aucun doute>>. Et l'on doit conclure avec Garcia d'Orta que Pline avait bien raison de douter.

Ce ralliement a la cause plinienne reste cependant assez rare. Bien plus souvent, accompagne ou non de Dioscoride, le fait plinien est refute. C'est particulierement le cas dans le chapitre consacre au folium indicum ou l'on constate que les descriptions anciennes sont erronees et les indications de provenance a moitie exactes seulement (45). Sur les descriptions, Orta retient un defaut d'information (46): <<Dioscoride et Pline ont ete mal informes car ces feuilles poussent sur un grand arbre, loin d'etangs et non dans les etangs; on trouve encore ailleurs l'arbre qui donne ce folium indicum>> (47). Ailleurs, Pline pretend que ce folium indicum provient de Syrie. La reponse du medecin de Goa conclut une enquete menee aupres de medecins de Damas et Alexandrie. Il s'agit bien d'une erreur de Pline, au meme titre que les autres affirmations erronees communes au naturaliste romain et a Dioscoride.

Garcia d'Orta, comme beaucoup d'autres auteurs de la Renaissance, constate donc dans le texte de l'Histoire naturelle des erreurs qui obligent a considerer le texte sur un mode paradoxal: il est a la fois indispensable comme fondement de la culture scientifique, quoique sur un mode different des medecins grecs; mais il est aussi souvent fautif. D'une certaine facon, Pline, Dioscoride et tous les medecins antiques ou modernes qui se sont trompes jouent un role de contrepoint qui a pour but la mise en valeur des propos d'Orta lui-meme, fondes sur le raisonnement rigoureux et l'experience.

La chasse aux erreurs de Pline n'est pas une specificite de Garcia d'Orta, loin de la. Leoniceno, a la suite d'echanges avec Politien, avait publie des 1492 un traite consacre aux erreurs de Pline. On ne connait pas d'ouvrage d'histoire naturelle au XVIe siecle qui, a un moment ou un autre, oublie de signaler une erreur de l'encyclopediste romain (48). Leoniceno n'a pas tres bonne presse chez Garcia d'Orta: il est cite deux fois negativement, a propos du calame aromatique dont le medecin de Ferrare pretend qu'il s'agit de l'acore et a propos du turbith dont il dit que la feuille ressemble a celle du myrte, a tort. Sans doute ce regard tres mesure sur l'ecole de Ferrare, a laquelle appartiennent a la fois Leoniceno, Manardi et Brasavola, s'explique-t-il encore par la condamnation des medecins arabes qu'on y defend. En tout etat de cause, Garcia d'Orta ne s'appuie jamais sur Leoniceno pour denoncer une erreur plinienne.

Un autre topos de la critique plinienne consiste a chercher dans les modalites de la transmission du texte de l'Histoire naturelle les causes des erreurs pliniennes. Sur ce terrain, les naturalistes et les philologues peuvent se rejoindre: en effet, la transmission du corpus des phytonymes dans les manuscrits de Y Histoire naturelle peut etre assez aleatoire et l'on ne pouvait en vouloir reellement aux copistes d'avoir ignore les plantes exotiques mentionnees dans l'encyclopedie plinienne. Garcia d'Orta ne parle pas en philologue. Il est a peu pres impossible de determiner avec precision l'edition de l'Histoire naturelle dont il disposait, parce que les mentions de variantes sont a peu pres absentes sauf dans le cas de la traduction italienne dont il use. Il faut donc revenir sur cet unique cas. Il s'agit des cas d'empoisonnement par le datura: <<Un fidalgo de ce pays m'a dit qu'il se souvenait d'avoir lu dans Pline, traduit en toscan, nobiles duriones; plus tard, je lui ai demande qu'il me l'apporte pour que je le lise en latin, mais jusqu'a present, il me dit qu'il ne le retrouve pas. Si j'apprends quelque chose a ce sujet, je vous l'ecrirai>> (49).

Ce qui fait peu. On comprend mieux, cependant, les doutes de Garcia d'Orta, si l'on se rappelle que la traduction de Landino, parue pour la premiere fois en 1476, etait particulierement peu fiable sur la question des noms de plantes. Faute de connaitre les plantes, elle decalque plutot qu'elle ne traduit une edition latine du texte, dont la correction philologique pouvait encore etre amelioree (50). Du coup, les erreurs sont frequentes: l'une des dernieres plantes mentionnees au livre XII de Y Histoire naturelle est transmise soit sous la forme irion, soit sous la forme bryon. Landino decalque irio. Il y a plus grave: le texte de Y Histoire Naturelle se presente comme une serie de fiches dont la structure presente des analogies avec celle des herbiers imprimes de la Renaissance (51). Pline donne le nom, puis des indications qui incluent la description du vegetal, les proprietes therapeutiques et les synonymes. Qu'un manuscrit segmente mal le paragraphe et le risque de voir attribuer a une plante les proprietes d'une autre existe. Ce type d'erreur a largement contribue a rendre la traduction de Landino tres fautive. Dans un passage du livre XII, ou il etait question du lycium, l'humaniste florentin traduisait ainsi le texte de Pline: <<item la radice dell'asphodelo, fiele di bue, absentio, incenso, morchia. L'absentio e attissimo alla medicina perche e spumoso>>. Dans la premiere version de sa traduction qui est une simple modernisation de l'orthographe de Landino, Antonio Bruccioli reprenait le texte. Dans la seconde version, en 1548, il s'avise que le texte latin ne dit pas que l'absinthe est bonne pour preparer des medicaments, mais que le lycion est bon en medecine. Il corrige donc ainsi la traduction: <<medesimamente, la radice dell'asphodelo i il fiele del bue, o l'absentio, o lo incenso, o la morchia. Il lycion e attissimo alla medicina, quello che e spumoso>>.

En dehors du passage faisant allusion a la traduction italienne de Landino, il en existe un seul autre pour renvoyer le lecteur a des questions ressortissant a la philologie plinienne. Il s'agit du turbith, dont le texte montre qu'il est au centre de delicates questions de nomenclature botanique. Voici ce qu'ecrit Garcia d'Orta: <<Les noms, d'apres eux, leur viennent de Dioscoride et pour se mettre en valeur, ils corrigent les textes anciens, condamnent Pline et accusent Teodoro Gaza de ces erreurs. Il est certain que c'est pitie de voir les efforts qu'ont accomplis le tres docte Leoniceno, Manardi et d'autres pour trouver le turbith chez Dioscoride et chez Pline, lequel ne s'y trouve pas davantage que la corne d'Amalthee ou la cite de Platon>>.

Cet extrait propose sans doute la seule note vraiment philologique, et elle est exacte. Teodoro Gaza, est en effet responsable d'une traduction de Dioscoride au milieu du XVe siecle. Cette traduction est de peu d'importance, au sens ou elle est remplacee des 1516 par la traduction de Jean Ruel. En revanche, l'intervention de Teodoro Gaza sur le texte de Pline est tout aussi reelle mais indirecte. Teodoro Gaza n'a pas copie le texte de l'Histoire Naturelle, ni prepare une edition imprimee. En revanche, on lui doit les corrections portees dans les marges d'un manuscrit du texte de Pline, a l'origine de la deuxieme edition imprimee, publiee en 1470 a Rome par les soins de Giovanni Andrea Bussi, eveque d'Aleria (52). Cette edition, justement reputee fautive, est le point de depart des controverses philologiques qui agitent le monde universitaire italien, au moins jusqu'a la publication des Castigationes d'Ermolao Barbaro, en 1492 (53). L'information de Garcia d'Orta est donc juste, mais elle date un peu: a l'epoque de la publication des Coloquios, les controverses pliniennes des premiers temps de l'imprime sont eteintes et l'on dispose d'une sorte de vulgate du texte nettement amelioree. Meme si l'on place la redaction de cette remarque plus tot que 1563, et meme en admettant que Garcia d'Orta ait emporte avec lui un Pline en latin assez ancien, il pouvait recuperer un etat de la philologie plinienne plus recent. Il est, sur ce terrain, assez significatif que ni Ermolao Barbaro, ni Erasme (54), ni Alessandro Benedetti (55), ni Pierre Danes (56) ne soient cites dans les Coloquios, a propos de Pline.

Les remarques de Garcia d'Orta, comme on le voit, sont assez eloignees de la floraison de remarques, de commentaires et de controverses qui accompagne la traduction du texte de Pline vers les langues vernaculaires. Toutefois, les problematiques specifiquement liees au probleme de la traduction trouvent chez lui un echo reel quand il s'agit des auteurs arabes. On peut meme dire qu'il y a une veritable pensee linguistique sur ce point et les exemples ne manquent pas. A propos de l'aloes, Garcia d'Orta precise qu'il a cherche a controler la traduction d'Avicenne: <<J'ai souvent voulu la verifier en lisant la traduction courante, avec en main le texte d'Avicenne en arabe: on n'etait pas d'accord avec ce que je lisais, mais quand je lisais le texte amende par Bellunese (57), on me repondait que la, il etait exact>> (58). A propos de l'assa foetida, c'est encore la traduction de Gerard de Cremone qui est mise en cause, a propos du texte de Rhazes: <<Gerard de Cremone ne connaissait pas le bon arabe, mais l'andalou. Avicenne a ecrit dans la langue que l'on emploie en Syrie et en Mesopotamie, en Perse ou en Tartarie. Il n'est donc pas etonnant que Gerard se trompe>> (59). Ou encore a propos de la cardamome: <<Ruano: pourquoi l'ont-ils appelee cardamome, puisque vous dites que ce n'est pas celle des Grecs? Orta: Parce que, ainsi que l'ecrit Terence, Davus (60) confond tout comme le fait Gerard de Cremone, le traducteur qui, ne connaissant pas ce simple parce que ces terres sont tres lointaines et qu'on n'y faisait ni navigation ni commerce, lui a donne le nom qui lui paraissait le meilleur; il aurait mieux fait de laisser le nom en arabe, puisque c'etait un remede inconnu, ce ne fut d'ailleurs pas la seule erreur que commit ce Gerard>> (61).

A cote des apports resolument nouveaux de Garcia d'Orta a la science botanique, il faut donc faire une place a la dimension livresque ou linguistique. Sa position en ce domaine est largement originale. D'un cote, les Coloquios sont un produit de leur temps. Ils adoptent la thematique classique des ouvrages d'histoire naturelle, debattent des lieux, des noms, des temps, tout comme le faisait les auteurs des grands herbiers de son temps et Pline avant eux. De l'autre, contrairement a une tendance profonde de la litterature sur les plantes, il s'autorise les choix, les citations partielles et refuse la compilation. L'analyse de l'utilisation des sources, et tout particulierement l'utilisation de Pline l'Ancien, fait apparaitre une pensee profondement libre et originale. A partir de materiaux qui sont ceux qu'utilisent tous les naturalistes de la Renaissance, avec des objectifs qui n'en different pas fondamentalement, Garcia d'Orta organise non seulement la confrontation des mots et des choses, mais aussi celle des anciens et des modernes, des orientaux et de l'Occident latin.

Marie-Elisabeth Boutroue

CNRS--IRHT, Paris

me.boutroue@irht.cnrs.fr

(1) Coloquios dos simples, e drogas he cousas medicinais da India, e assi dalguas frutas achadas nella onde se tratam alguas cousas tocantes a medicina, pratica, e outras cousas boas pera saber copostos pello Doutor Garcia d'Orta: fisico del Rey nosso senhor (...), Goa, por Joannes de Endem, 1563.

(2) Les observations de cet article s'appuient sur la bibliographie suivante, classee chronologiquement: V. Ball, <<A Commentary on the Colloquies of Garcia d'Orta, on the Simples, Drugs, and Medicinal Substances of India>>, Proceedings of the Irish Academy, 1, 1889, 381-415; Louis Roddis, <<Garcia d'Orta the first european writer on tropical medicine and a pioneer in pharmacognosy>>, Annals of medical history, ns, 1, no. 2, 1931, pp. 198-207; Augusto da Silva Carvalho, Garcia d'Orta. Comemoracao do quarto centenario da sua partida a India em 12 de Marco de 1534, Coimbra, 1934; Carlos das Neves Tavares, <<A botanica nos Coloquios de Garcia de Orta,>> Garcia de Orta, 11, no. 4, 1963, 667-693; Raffaella D'Intino, Gusto esotico e lessico orientale nel Rinascimento portoghese, 1990; Jorge Canizares-Esguerra, <<Iberian Science in the Renaissance: Ignored how much longer?>> dans Perspectives on Science, 12, no. 1, 2004.

(3) Carolus Clusius, Aromatum, et simplicium aliquot medicamentorum apud Indos nascentium historia, Anvers, Christophe Plantin, 1567. Les references renvoient a l'edition en fac-simile, publiee par Dr. M. De Jong et Dr. D. A. Wittop Koning, Nieuwkoop, B. De Graaf, 1963.

(4) Charles de l'Ecluse s'explique dans la preface sur ce point, op. cit., p. 5: <<C'est pourquoi, j'ai traduit ce livre en latin et je l'ai reduit en epitome, disposant les chapitres dans un ordre peut-etre un peu plus approprie, rejetant aussi les sujets qui ne semblaient pas avoir de rapport avec le sujet>>.

(5) Histoire des drogues, espiceries, et de certains medicamens simples, qui existent en Indes et en l'Amerique. divise en 2 parties par Garcin du Jardin, Christophle de la Coste, Nic. Monard, le tout traduit en francais par Ant. Colin et par lui augm. d'annotations, Lyon, J. Pillehotte, 1619.

(6) Due Libri dell' historia dei semplici, aromati e altre cose che vengono portate dall' Indie Orientali... e due altri libri parimente di quelle che si portano dall' Indie Occidentali di Nicolo Monardes, Venetia, 1576.

(7) Cristobal de Acosta, preface. Voici comment Antoine Collin traduit ce propos: <<Or tout ainsi qu'en ce livre il traicte de divers medicamens, plantes, et autre choses necessaires pour la sante des hommes, aussi fait il bien mention de quelques autres choses lesquelles semblent estre inutiles pour l'usage de l'homme: la nature des Dialogues le requerant, ou les entreparleurs ont accoustume d'extravaguer et sortir hors de propos. Et qui plus est il qu'il s'y trouve plusieurs erreurs, lesquelles toutesfois on ne peut attribuer a l'Autheur veu sa qualite et merite, mais plustost a l'imprimeur, ou a la nonchalance des ouvriers (qui ne sont pas si bons en la ville de Goa, ou il a escrit que ceux de ces quartiers).

(8) Conde de Ficalho, Coloquios dos simples e drogas, Lisboa, 1891-1895.

(9) Garcia d'Orta, Colloques des simples et des drogues de l'Inde. Traduit du portugais par Sylvie Messinger Ramos, Antonio Ramos et Francoise Marchand-Sauvagnargues. Arles, Actes Sud, 2004. Les references aux Coloquios renvoient desormais a cette edition.

(10) La question de la bibliotheque de Garcia d'Orta et de sa culture livresque dans les Coloquios a ete traitee par le comte de Ficalho dans Garcia da Orta e o seu tempo, Lisboa, Imprensa Nacional-Casa da Moeda, 1983, en particulier dans les chapitres 1, 12 et 13. Ficalho resume, p. 382, la question de la culture de Garcia d'Orta en montrant qu'il est le plus erudit des voyageurs et le plus voyageur des erudits.

(11) Garcia d'Orta, Colloques, p. 361.

(12) Melchior Wieland, en latin Guilandinus, est le prefet du jardin botanique de Padoue. Il est lie a Ulisse Aldrovandi a Bologne et surtout a Fallopio. Le point de depart de la controverse entre Pierandrea Mattioli et lui est la publication d'un ensemble de deux lettres, l'une de Guilandinus, l'autre de Conrad Gesner sur des questions de nomenclature botanique. Les rapports se tendent tellement que Pierandrea Mattioli essaie de persuader Fallopio de calmer l'irascible naturaliste prussien, en vain semble-t-il.

(13) Les imprecations de Pierandrea Mattioli figurent d'une part dans les Epistulae medicinales qu'il publia a Prague en 1561, et d'autre part dans sa correspondance.

(14) C. R. Boxer note avec raison que la repartition des citations dans les Coloquios rend parfaitement compte de l'objectif du livre. L'auteur note ainsi qu'aux quelques citations d'Hippocrate ou Celse, s'oppose la masse des recours a Pline et Dioscoride, montrant ainsi que c'est bien la matiere medicale et la botanique qui interessent l'auteur, non la theorie de la medecine. Vesale lui-meme n'est cite qu'une fois sur une question qui ne ressortit pas a l'anatomie mais bien plutot au traitement de la syphilis.

(15) Conde de Ficalho, op. cit., pp. 284-298.

(16) La traduction de Pline en castillan par les soins de Francisco Hernandez n'a pas fait l'objet d'une publication a la Renaissance, sans doute pour des raisons qui tiennent aux difficultes rencontrees par le medecin de Philippe II a son retour du Mexique. Elle a ete publiee par German Somolinos d'Ardois en 1960, puis republiee par les soins de l'editeur Visor en 1995. C'est a cette seconde edition que nous renvoyons.

(17) Gregoire Holtz, <<L'appropriation des plantes indiennes chez les naturalistes du XVIe siecle>>, dans Le theatre de la curiosite: Cahiers V. L. Saulnier, no. 25, Paris, 2008, pp. 109-122.

(18) Garcia d'Orta, Colloques, p. 515.

(19) Sur l'Aloes dans l'Antiquite, on consultera Federico De Romanis, Cassia, cinnamomo, ossidiana: uomini e merci tra Oceano Indiano e Mediterraneo, 2e ed., Rome, L'Erma di Bretschneider, 2006.

(20) Garcia d'Orta, Colloques, p. 37.

(21) Pline decrit l'aloes dans NH, XXVII, 14.

(22) Pline l'Ancien, NH, XIV, [section]68.

(23) Pline l'Ancien, NH, XXI, [section]76.

(24) Pline l'Ancien, NH, XXVI, [section]59.

(25) Jacques Andre, Les noms de plantes dans la Rome antique, Paris, Belles-Lettres, 1985.

(26) Carmelia Opsomer, Index de la pharmacopee du Ier au Xe siecle, Hildesheim-Zurich-New York, 1989.

(27) Leonard Fuchs, Errata recentiorum medicorum IX numero, adjectis eorundem confutationibus, in studiosorum gratiam jam primum aedita, Haganoa, in aedibus J. Secerii, 1530. Garcia d'Orta dit le plus grand mal de Fuchs, par exemple p. 648, a propos de l'ivoire, dont, d'apres Ruano, Fuchs pretend que le veritable ivoire n'existe pas. La reponse d'Orta est sans appel, pour des raisons a la fois religieuses et medicales: <<Il est des mensonges si grossiers qu'ils ne meritent pas d'etre releves et qu'il vaut mieux les laisser passer jusqu'a ce qu'ils frappent douze coups, comme l'horloge a midi. (...) Meme s'il connait bien la physique, il a tres peu appris, car il a damne son ame et est un heretique condamne comme lutherien (..). Pour cette raison, j'en suis venu a abhorrer ses oeuvres et bien que la medecine ne soit pas science de religion chretienne, j'ai pris l'auteur en horreur (...). C'est sans doute en enfer que les Lutheriens decouvriront l'ivoire qui y est entrepose pour eux>>. Ficalho voit dans ce passage une forme d'ironie nuancee d'intolerance religieuse. Pour ma part, j'y lis aussi une forme de prudence personnelle : il s'agit peut-etre de rassurer l'Inquisition et ne pas ajouter aux reproches faits au juif converti ceux de complaisance a l'egard de l'heresie lutherienne.

(28) Il examine egalement la question de l'aloes dans le De historia stirpium, Bale, 1542, p. 137 en compilant Pline, Dioscoride et Galien.

(29) Sebastien de Monteux, Dialexeon medicinalium libri duo: nunc recens in lucem prolati, Lyon, M. Parmantier, 1536, pp. 4-32.

(30) Ces deux images proviennent de l'edition francaise de Pierandrea Mattioli de Lyon, 1572, p. 395. L'exemplaire utilise est celui numerise par la BIUM, a l'adresse permanente http://www. bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/cote?00824

(31) Giovanni Manardi examine la question dans les Epistulae medicinales, Lyon, S. Gryphe, 1532. La reference renvoie au l. XII, ep. 3, pp. 556-558.

(32) Pietro Andrea Mattioli/Pierre Andre Matthiole, Commentaires de M. Pierre Andre Matthiole medecin senois, sur les six livres de Ped. Dioscor. Anazarbeen de la matiere Medecinale, reveuz, et augmentes en plus de mille lieux, Lyon: Guillaume Rouille, 1572, pp. 295-296. La reference de Mattioli renvoie au commentaire de Jacques Dubois sur Mesue, par exemple dans l'edition suivante: Joannis Mesuae Damasceni de re medica libri tres, Paris, 1561, pp. 30-32. Le medecin de Grenoble est peut-etre Sebastien de Monteux.

(33) Pline, NH, XXVI, [section] 35.

(34) Pline, NH, XXVI, [section] 28.

(35) Pline, NH, XXVI, [section] 45.

(36) Pline, NH, XXVI, [section] 80.

(37) Carmelia Opsomer, Index de la Pharmacopee, t. 1, pp. 16-17.

(38) Garcia d'Orta, Colloques, p. 127.

(39) Jacques Andre, Les noms de plantes, s.v.

(40) L'examen du commentaire de Marcello Virgilio sur Dioscoride occupe tout le livre VIII des Epistulae medicinales de Giovanni Manardi.

(41) Sur ce medecin, on consultera Joseph Eugene Opsomer, <<Un botaniste trop peu connu: Willem Quackelbeen (1527-1561)>>, Bulletin de la Societe royale de botanique de Belgique, XCIII (1961), pp. 113-130.

(42) Mauro Giorgio Mariotti, <<L'idenficazione delle piante>> dans Pietro Andrea Mattioli, la vita, le opere, ed. Sara Ferri, Perugia, Quattroeme, 1997, pp. 161-214.

(43) Ces deux images proviennent de l'edition francaise de Pierandrea Mattioli de Lyon, 1572, p. 396. L'exemplaire utilise est celui numerise par la BIUM, a l'adresse permanente http://www. bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/cote?00824

(44) Pp. 20-22.

(45) Garcia d'Orta, Colloques, pp. 297-303. La note de Ficalho fait de cette feuille une espece de cinnamome.

(46) Garcia d'Orta, Colloques, p. 299.

(47) Garcia d'Orta, Colloques, p. 299.

(48) Voir sur ce point Arturo Castiglioni, <<The school of Ferrara and the controversy on Pliny>>, dans Science, Medicine and History, a cura di E. Ashworth Underwood, London, 1953; Giovanna Ferrari, <<Gli errori di Plinio, fonte classiche e medicina nel conflitto tra Alessandro Benedetti e Niccolo Leoniceno>>, dans Sapere e/e potere: verso un nuovo sistema del sapere, Bologna, 1990; Marie-Elisabeth Boutroue, Pline ou le tresor du monde, these de l'universite Paris X, 1998, t. 2, pp. 288-303.

(49) Garcia d'Orta, Colloques, p. 267.

(50) La traduction de Landino repose ou sur l'edition Bussi de 1470 ou sur l'une de celles qui suivirent et s'inspirent largement du texte etabli par l'eveque d'Aleria.

(51) Sur la structure de l'Histoire naturelle et le projet encyclopedique de Pline l'Ancien, on se reportera a Valerie Naas, Le projet encyclopedique de Pline l'Ancien (Collection de l'ecole francaise de Rome, 303), 2002.

(52) Pline l'Ancien, Historia naturalis, Romae, Sweynheim et Pannartz, 1470. In-fol. Hain, *13088.

(53) Ermolao Barbaro, Castigationes Plinii, Venise, 1492.

(54) Erasme est a l'origine de l'edition baloise de 1525.

(55) Alessandro Benedetti est un medecin italien, editeur de l'Histoire naturelle de Pline en 1507. Sur cette edition, on se reportera a l'etude de Giovanna Ferrari, L'esperienza del passato: Alessandro Benedetti filologo e medico umanista, Florence, Olschki, 1996.

(56) Pierre Danes edite Pline l'Ancien en 1532. Sur cet humaniste, on se reportera a l'etude de Jean-Francois Maillard, Judit Kecskemeti, Catherine Magnien et Monique Portalier, La France des Humanistes: Hellenistes I, Turnhout, Brepols, pp. 116-117.

(57) Il s'agit de la traduction d'Avicenne procuree par Andrea Alpago, Libri canonis necnon de medicinis cordialibus et cantica ab Andrea Bellunensi... in integrum restituti, Venise, A. Giunta, 1527.

(58) Garcia d'Orta, Colloques, p. 46.

(59) Garcia d'Orta, Colloques.

(60) Il s'agit d'une reference a l'Andrienne de Terence ou Davus est un esclave devoue.

(61) Garcia d'Orta, Colloques, p. 157.
COPYRIGHT 2009 Universidade de Lisboa. Centro de Estudos Classicos da Faculdade de Letras
No portion of this article can be reproduced without the express written permission from the copyright holder.
Copyright 2009 Gale, Cengage Learning. All rights reserved.

Article Details
Printer friendly Cite/link Email Feedback
Title Annotation:I COMMENTATIONES
Author:Boutroue, Marie-Elisabeth
Publication:Euphrosyne. Revista de Filologia Classica
Date:Jan 1, 2009
Words:8808
Previous Article:Mundus alius in uno loco (Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXVI, 101): la posterite du modele plinien dans la collection encyclopedique d'Ulisse...
Next Article:Tratados de dietetica, modos de alimentacao e problemas de linguagem: um tratado latino de Andre Antonio de Castro, seculo XVII.

Terms of use | Privacy policy | Copyright © 2020 Farlex, Inc. | Feedback | For webmasters