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Les fros: devenir quebecois par le bois: Entretien avec Stephanie Lanthier, cineaste.

STEPHANIE LANTHIER (1)--Je suis a la fois une intellectuelle et une cineaste, une personne qui a fait des travaux en histoire des femmes et en histoire des identites egalement. J'ai mene mes etudes jusqu'a la these de doctorat mais je ne l'ai pas completee en raison de ma passion pour le cinema documentaire. Je navigue entre deux passions, et le cinema est venu a moi par le biais de l'histoire et de concepts comme memoire et identite. Je suis issue d'une famille forestiere originaire de Mont-Laurier. L'economie de cette region est portee par la foret. Je suis fille, arriere petite-fille, cousine, niece, belle-soeur de bucheron. Pour moi, la foresterie est un univers central, porteur d'identite et de fierte. << Nous sommes fiers d'appartenir au bois! >>: c'est comme cela qu'on se definit. Et inevitablement cela a fabrique mes passions. La foresterie constitue un secteur important au Quebec. Il m'apparait necessaire de documenter ces realites forestieres parce qu'elles sont fortes dans l'imaginaire quebecois et, quelque part, un grand nombre de Quebecois et de Quebecoises se disent << fils et filles de bucheron >>. Or, quand vient le temps de voir ce qu'est la realite des bucherons aujourd'hui, il existe tres peu de documents sur ce sujet. Je me presente donc comme une cineaste et une intellectuelle qui joue de ses deux passions pour comprendre ce qu'est le milieu forestier et par extension, la societe quebecoise dans son ensemble.

M. B.--Comment est nee l'aventure des Fros (2) ?

S. L.--L'aventure des Fros est nee de mon premier long metrage documentaire, Deux mille fois par jour (2004). Ce film corealise avec Myriam PelletierGilbert portait sur la quete de sens chez les jeunes qui partent planter des arbres. Voici les questions qui nous animaient: en quoi consiste ce phenomene ? Est-il recurrent ? Est-il nouveau ? Ce phenomene existe depuis 25 ans mais est toujours anime d'une meme passion, celle d'aller se prouver a soi-meme qui l'on est. A travers le fait de planter des arbres, un geste assez noble, on se decouvre une humanite et une famille. Je trouvais cet aspect fascinant. Et comme je suis fille de bucheron, les planteurs d'arbres constituaient une autre appartenance, un autre metier, surtout une autre culture quelque peu denigree. J'ai donc decouvert un phenomene sociologique interessant. Planter des arbres permet de faire du sport extreme et d'ailleurs les compagnies jouent la-dessus : c'est fascinant et tres dangereux ! Ces jeunes vont constamment a la limite d'eux-memes. Ils s'habillent en sport, ils marient du vetement sportif et quasiment du deguisement. En meme temps que nous rencontrions ces planteurs d'arbres, nous prenions connaissance d'un autre metier, celui de debroussailleur: un autre age, une autre culture, beaucoup d'Africains, de Roumains, de Russes, des gens qui ne cherchaient pas le cote extreme mais plutot un metier en attendant que leur profession ou leurs etudes soient reconnues, ou bien un metier qu'ils allaient apprivoiser et aimer parce qu'ils devaient rester ici. Ils avaient trouve une societe qui les accueillait avec ces parts de paradoxe et surtout leur permettait de vivre une autre vie loin de la guerre. L'aventure des Fros decoule donc de Deux mille fois par jour, mais elle est nee aussi de cette envie de faire connaitre les nouveaux metiers de la foret. Dans la foresterie quebecoise, canadienne ou meme nord-americaine, coexistent l'industrie de la coupe (les bucherons manuels ou mecanises) et l'industrie de l'amenagement forestier oo l'on retrouve planteurs d'arbres, debroussailleurs et quelques bucherons manuels. Ces deux industries sont rivales en quelque sorte. Chose certaine, l'une est a la remorque de l'autre !

L'industrie de l'amenagement, nee de la coupe, n'a que peu de reconnaissance. C'est assez particulier. Si la societe quebecoise, plus precisement l'elite, decide de reconnaitre a juste titre l'industrie d'amenagement, celle-ci sera mieux realisee et les conditions de travail seront ameliorees. Les planteurs d'arbres et les debroussailleurs ne disposent pas des memes conditions que les bucherons (qui travaillent dans l'industrie de la coupe) bien qu'ils dependent du meme ministere. Un traitement different s'opere. Cette culture est jeune, elle apparait dans le paysage forestier a partir du milieu des annees 1980 et permet a la coupe de perdurer mais elle n'est pas pratiquee par de << vrais bucherons >>: ce sont des jeunes, des immigrants, des travailleurs qui plantent et regenerent en opposition a une culture noble. Pendant longtemps, le metier de debroussailleur n'etait assure dans l'esprit de plusieurs personnes--que par des personnes qui sortaient de prison, des alcooliques, ceux qui n'arrivaient pas a se trouver un metier. Il s'agissait d'un sous-metier. C'est en train de changer. Peut-etre que le film contribuera a ce changement.

M. B.--En quoi consiste le travail du debroussailleur ? Et, plus precisement, qu'est-ce qu'un bon debroussailleur ?

S. L.--Pour faire suite aux deux niveaux de pratique forestiere, le debroussaillage est en lien avec l'industrie de la coupe. Le bon debroussailleur est celui qui sait reconnaitre ses distances et preserver des arbres aux 1,8 a 2 metres pour que, dans 80 ans par exemple, l'industrie de la coupe dans le nord quebecois puisse aller plus rapidement recolter. Le bon debroussailleur est celui qui comprend rapidement les normes du ministere et des compagnies afin de degager des feuillus ou autres arbres juges inappropries. Ce travail consiste a eclaircir les tiges jugees meilleures, les meilleurs specimens. Les tiges envahissantes et autres feuillus etouffants sont alors coupes. Etre un bon debroussailleur ne signifie pas forcement etre un bon jardinier qui preserve une multitude d'especes. C'est de la monoculture qui est visee ! Le bon debroussailleur comprend donc rapidement les normes, debroussaille en ligne droite et possede une bonne forme physique. Pendant cinq a six mois, il fait le plus d'argent possible dans un temps reduit, sans se blesser.

M. B.--Pour Mamadou, l'un des personnages principaux de votre film, un bon debroussailleur est un debroussailleur qui coupe a l'oeil ?

S. L.--Personne ne peut mesurer concretement, ce serait une perte de temps. N'oublions pas qu'ils sont payes au rendement. L'industrie de l'amenagement s'inscrit dans une culture forestiere oo depuis toujours le salaire du bucheron n'est pas norme par un taux horaire. C'est un salaire au rendement. Au XIXe siecle, ils etaient payes a l'arbre coupe ; au XIXe siecle, ils sont encore payes au rendement. La plupart des debroussailleurs, tout comme les planteurs d'arbres, sont payes au nombre d'arbres: 5 ou 6 cents, voire 6,75 cents de l'arbre. Ce que vante Mamadou est la rapidite de l'oeil: il gere rapidement son espace, il voit les arbres a couper dans un rayon de deux metres. C'est sur qu'au debut, et c'est ce qu'Antonie, le Roumain, affirme : << la premiere annee, tu commences ; la deuxieme annee, tu apprends a limer; la troisieme annee tu t'ameliores, et c'est la quatrieme annee que tu fais de l'argent [...] plus de 40 000 par saison >>. En effet, la premiere annee tu ne gagnes pas forcement beaucoup d'argent parce que tu jauges constamment la distance a l'aide de ta debroussailleuse. La debroussailleuse mesure deux metres. II y a toutes sortes de strategies. La deuxieme annee, tu apprends a bien limer; ta lame tourne a 14 000 tours par minute et elle est limee a chaque tankee (3), comme ils disent. Toutes les heures ou une heure et quinze minutes, ils remettent de l'essence dans leur machine. C'est un rituel : deux ou trois coups de lime, une gorgee d'eau et on continue. Ils font entre huit et dix tankees par jour, soit a peu pres dix heures de travail quotidien.

M. B.--Dans votre film, nous les decouvrons le temps d'une saison. Par qui etiez-vous accompagnee ?

S. L.--Pour faire du cinema direct comme je le pratique, il importe d'aller seule en foret. La premiere annee est consacree a la recherche des personnages. Je suis donc montee dans les chantiers avec mon camion, mon 4x4, mon chien, mon coffre a outils et mes vieilles bottes parce que je ne voulais pas avoir 1' air de la fille de la ville qui debarque en foret et qui ne sait pas trop oo elle s'en va. Je suis allee dans divers chantiers: Chibougamau, Lebelsur-Quevillon, pres de Manouane en Haute-Mauricie, et la je suis tombee par hasard, alors que je faisais une ride de 4 roues avec deux Russes qui avaient peur d'un ours de 500 livres qui rodait dans les alentours, sur Gerard et Antonie, au fond du bois. J'ai vu qu'ils etaient des personnages potentiels. Je les ai apprivoises en passant des semaines avec eux a travers differents moments dans la saison. Cela permettait de rendre compte du printemps, de l'ete, de l'automne et de l'hiver. Il y a une trame dans le film: plus la saison avance, plus les questions sensibles apparaissent. Au moment du tournage, je precedais mon equipe, constituee seulement d'un directeur photo-cameraman, Alain Dupras, et d'un preneur de son, Richard Lavoie. Pendant une semaine, a raison de cinq fois pendant l'annee, nous etions ensemble. Je les precedais toujours de deux jours pour garder ce lien. Je pense que la proximite entre eux et nous est l'une des qualites du film.

M. B.--Vous etiez en reperage en 2008 et en tournage en 2009. A quel moment est apparu Mamadou ?

S. L.--Mamadou est apparu grace aux medias sociaux et a leur force. Alors que je suis en tournage en 2009, j'anime un blog sur le tournage du film intitule Les fros: une cineaste au pays des mouches noires. C'est, parait-il, une oeuvre pionniere initiee par l'Office National du Film (ONF) : en meme temps qu'une cineaste realise un film, elle anime un blog. Ce blog suscite un grand interet et, alors que je suis en direct de Radio-Canada a RouynNoranda en Abitibi, la conjointe de Mamadou, de retour de son travail, m'entend. Elle m'envoie sur le blog le message suivant: <<Vous devriez rencontrer mon chum (4), c'est le meilleur debroussailleur du Canada! C'est le general des bois ! >>. Elle avait interiorise le discours de son Mamadou ! Etant en entrevue dans d'autres medias, je n'en prends pas immediatement connaissance. C'est le personnel de I'ONF qui m'invite a consulter les recents commentaires. J'entre en contact avec Nancy et l'appelle:

<<Je suis interessee a rencontrer votre copain. --II sort du bois demain. Vous etes oo ? --Je suis encore a Rouyn-Noranda, je reste ici pour la semaine. --Parfait, quand il sort du bois, il vous appelle >>.

J'ai rencontre Mamadou a Rouyn-Noranda oo il vit toujours, et ca a ete un coup de foudre. Je le rencontre pendant le tournage en juillet et nous le filmons en aout. Ce ne sont que deux jours de tournage. Il ne nous a jamais ete donne a nouveau de pouvoir le rencontrer dans le bois. Cela n'a pas l'air de ca dans le film, mais les trois personnages principaux ne sont jamais dans le meme lieu en meme temps. Je cours trois lievres a la fois : Mamadou, Gerard et Antonie dans trois camps differents a des centaines de kilometres. Ces hommes prennent des pauses et reviennent a peu pres aux trois semaines, avec Mamadou ca n'a jamais fonctionne. Nous ne l'avons filme que pendant deux jours mais nous l'avons fait vivre dans le film sur l'annee grace a la magie du montage et au talent de ma merveilleuse monteuse, Aube Foglia (5).

M. B.--Ils passent trois semaines dans le bois et ont droit a une semaine de repos ?

S. L.--La plupart font des runs de trois semaines a 25 jours en foret, et reviennent cinq-six jours a Montreal. En foret, ils travaillent six jours pour un jour de conge.

M. B.--A quel moment changent-ils de camp ?

S. L.--Les superficies a amenager sont reparties sur un territoire immense. Par exemple, lorsqu'un secteur au sud-est de Chibougamau est termine, un autre secteur est debloque en lien avec le ministere. Cet aspect est complexe. Ils peuvent rester trois semaines a une place comme une semaine a l'autre, et ce, durant toute la saison.

M. B.--Pourquoi Mamadou travaille-t-il seul a l'inverse des autres debroussailleurs qui evoluent par couple ?

S. L.--Mamadou, ce n'est pas seulement un personnage qu'il invente lorsqu'il dit etre le << general des bois >>, il est effectivement tres rapide! Dans son equipe, son crew--parce qu'ils usent de tout un langage anglicise--, personne n'arrive a etre aussi rapide que lui, a l'exception de Jean-Pascal. Au moment du tournage, ce dernier etait en conge. Le fruit du hasard et les representations alimentent une perception. Dans le cas de Mamadou, c'est a moitie vrai, Jean-Pascal aurait pu etre son partenaire; Antonie est egalement souvent seul dans le film. La plupart debroussaillent seuls sur le territoire mais voyagent ensemble. Pourtant, j'ai rencontre un couple, mais il n'est pas dans le film, car c'etait une boite de pandore que j'allais ouvrir. Il s'agit d'un couple de Roumains, Florentina et Lucian, qui travaillent dans la meme superficie, ce qu'on nomme l'aire de coupe, lapatch. Ce sont les seuls que j'ai rencontres. Rares sont les femmes qui debroussaillent, elles composent environ 1% de la main-d'oeuvre.

M. B.--Pourriez-vous depeindre le rapport des principaux protagonistes avec la foret boreale quebecoise ?

S. L.--Dans une entrevue a une emission tres populaire sur la chaine de RadioCanada, <<Des kiwis et des hommes>>, le 10 novembre 2010, Antonie et Mamadou ont affirme qu'ils se sentaient plus quebecois apres avoir ete debroussailleurs. Ils ont le sentiment d'appartenir a la nation quebecoise dans ce qu'elle a de plus vrai et de plus sincere parce qu'ils ont ete dans le bois et ont fait le meme metier que nos ancetres, c'est-a-dire defricher le territoire. Vous savez, c'est du defrichage qu'ils font, en quelque sorte. C'est tres interessant lorsqu'ils en parlent. Lorsqu'ils l'ont dit a Radio-Canada, je l'avais deja senti. Faire un film sur les immigrants, les neo-Quebecois en foret boreale, renvoyait a toute une symbolique, a Alexis Labranche, a Francois Paradis, des figures emblematiques de notre litterature. Il s'agit de rendre compte du pays mais a l'image du Quebec d'aujourd'hui avec des Russes, des Roumains, des Africains, des Philippins. Lorsque j'ai compris que Gerard est un metis, la charge symbolique etait d'autant plus forte. Quelque part nous sommes tous des etres metisses. Gerard incarne cela lorsqu'il fait l'histoire du Quebec dans un raccourci monumental: <<Moi, c'est mon arriere-grand-mere, pure indienne; ma grand-mere, metisse; ma mere et moi, hurons. Ma mere etait belle, elle avait les cheveux noirs et frises. C'est elle qui en avait de l'Indien. Papa, lui, disait qu'il venait d'Europe. Dans ce temps-la, ca se melangeait. Les hommes arrivaient d'Europe. Ils etaient tout seuls, ils se mariaient a des Indiennes, il n'y avait pas de Blanches. Je suis une descendance de tout ca >>. Puis il raconte une anecdote oo son pere n'aimait pas se faire taquiner sur le fait qu'il etait marie a une Autochtone. Ce qu'il y a de fabuleux dans ce rapport a la foret est qu'elle est porteuse d'une identite. Ils en sont tous tres conscients. A la question: <<Vous sentez-vous plus Quebecois du fait d'avoir fait un metier de la foret ? >>, ils repondaient systematiquement par 1' affirmative. Antonie, originaire de Roumanie, affirmait meme a << Des kiwis et des hommes >> qu'il avait rencontre le << vrai Quebecois >> en region, celui qui va te donner sa chemise, celui qui a des regionalismes et joue des sacres et de la poesie. A Montreal, il ne les cotoie pas forcement. En region, il a decouvert un autre Quebec.

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M. B.--Dans votre reponse vous reunissez les trois personnages quant a leur relation a la foret. Or, dans le film chacun possede un rapport bien distinct. Mamadou se singularise par sa dimension << conquerante >>, il se definit comme <<Alexandre le Grand en Noir dans la foret >>. Force, grandeur et endurance semblent le caracteriser. Il a cette phrase: << Quant ta mere est une sainte, Mamadou devient un lion>>. Cette dimension d'invincibilite n'apparait pas chez Gerard et Antonie.

S. L.--Ils ont trois personnalites distinctes. C'est comme s'il y avait trois axes identitaires dans le rapport des protagonistes a la foret ou au metier. Mamadou est a la fois le lion, le Alexandre le Grand des bois. Antonie, c'est le personnage dramatique du recit, l'etre qui arrive ici par container, qui ne pratiquera jamais son propre metier d'electricien, et qui devient forestier par la force des choses: <<je suis ici, c'est pas facile, mais je suis fier>>, il ne cesse de prouver sa fierte. Et Gerard, c'est notre souche, d'ailleurs c'est celui qui n'a pas de probleme. Mamadou et Gerard sont tres proches dans leurs attitudes, nous les avons travailles ainsi en salle de montage. Ils ont un rapport tres detendu a la foret: il fait beau, Gerard fait une sieste. Il appartient a ce bois, c'est comme s'il sentait le sapinage, la foret boreale. Mamadou est le conquerant. Il est dans un rapport de competition a la foret, il conquiert les territoires a couper comme s'ils etaient des envahisseurs qu'il devait combattre. Chaque tige est un combattant, d'oo l'analogie avec la guerre lorsqu'il repare sa scie. Il est la comme un guerrier, il se comporte comme un soldat des bois, d'oo le titre qu'il s'est attribue de <<general des bois>>. Les autres travailleurs ne sont que de petits soldats, les envahisseurs etant les tiges a abattre. C'est fascinant au niveau des representations : il est a la guerre !

M. B.--A l'inverse de Gerard, pour qui la foret constitue un refuge et un equilibre.

S. L.--Pour Gerard, la foret est davantage du cote du sacre. Elle revele ses sources identitaires, ses racines. On retrouve l'imaginaire de Rousseau, ou de Robert Harrison (6). La foret est signe de liberte pour Gerard. Grace a elle, et il l'evoque dans le camion, il s'est calme et a trouve la serenite. Se dessine la dichotomie entre la ville, espace de vices, et la foret, espace de liberte et de purete. En ville, il y avait des bars et des blondes. Il se retrouve dans la foret, mais le chemin qui le conduit a la foret est seme d'embuches et, entre autres, de maladies. C'est en plein bois qu'il revele son cancer. Pour lui, la foret est synonyme de bien-etre, de bonheur. Grace a ces personnages, on touche a diverses representations occidentales de la foret: un espace de durete, de combattivite et de serenite. Antonie ne s'inscrit dans aucune de ces deux categories. Je ne sais pas oo le placer. La foret revele chez lui la part la plus sensible de son etre, celle oo il a traverse des epreuves. C'est toujours lui qui aborde les epreuves de la vie et suscite la reflexion. C'est un peu le philosophe des trois. Il temoigne des difficultes rencontrees par une partie de l'humanite. Quitter cinq fois un pays pour fuir le communisme et essayer d'arriver quelque part en mettant sa vie en peril, ce n'est pas rien. << En Espagne, j'ai travaille dans un cirque, apres je suis embarque dans le container. Je suis reste quinze jours dans le container et suis reste deux jours sans boire de l'eau >>, explique-t-il. Il a tente plusieurs fois l'Europe, pendant dix ans, avant le Canada.

M. B.--J'aimerais revenir sur la foret et les imaginaires. Dans le film nous n'avons aucune reference aux imaginaires lies aux environnements des pays d'origine des migrants. A aucun moment Mamadou, malien, n'evoque la brousse, de meme qu'il n'est pas fait mention de la foret europeenne ni de la jungle thailandaise. Est-ce que cela a ete aborde et non retenu lors du montage ?

S. L.--Je ne suis pas allee beaucoup du cote du pays d'origine, j'ai privilegie la vie et leur arrivee ici. Je n'ai pas tellement traite l'ailleurs, c'est interessant de le noter, il faudrait savoir pourquoi je l'ai fait. Nous avions souleve la question: <<Va-t-on les revoir dans leur pays ?>>. Cet aspect ne semblait pas primordial. Ce n'est pas que je veuille nier l'anteriorite de ces etres, mais je ne me suis interessee qu'a ce qu'ils vivaient ici. Comment, dans la foret boreale, ces immigrants, ces neo-Quebecois, se retrouvent-ils et trouvent une vie ici ? Qu'est-ce que cela signifie tant au plan symbolique que politique ? Je me souviens d'avoir demande a Antonie s'il y avait des travaux forestiers en Roumanie, et il ne savait pas trop.

M. B.--Le rapport que ces neo-Quebecois entretiennent avec le bois est complexe : c'est a la fois un lieu de conquete, de ressourcement, de refuge, d'equilibre et leur seul endroit pour s'en sortir. Le rapport a la foret boreale quebecoise condense-t-il leur relation au pays ?

S. L.--Richards Desjardins a nomme la foret boreale a travers ses chansons, il a nomme l'appartenance au territoire, et precisement le territoire abitibien qui necessairement fait appel a la borealie. Une phrase de Richard Desjardins m'a marquee, ainsi que beaucoup de Quebecois: <<les Quebecois ont un arbre a la place de la colonne vertebrale >>. C'est significatif que cette phrase soit celle d'un poete. Un autre poete, abitibien, originaire de Val d'Or, Raoul Duguay, a chante dans les annees 1970 une chanson qui demeure un hymne national ici, c'est:
   Moi j'viens d'l'Abitibi
   Moi j'viens d'la Bittt a Tibi
   Moi j'viens d'un pays
   Qui est un arbre fort
   Moi j'viens d'un pays
   Qui pousse dans le Nord (7)


C'est la tout le rapport a la foret, a l'etre quebecois, au bois. Le fait qu'un Malien, un Philippin, un Roumain s'inventent bucherons est le signe qu'ils appartiennent au Quebec. C'est cela que je trouve fabuleux, une transculturalite en plein bois s'opere: <<J'habite le territoire de l'ours, je combats la mouche noire, je sens l'epinette, j'appartiens donc au Quebec >>. Un imaginaire, notamment autour de la foret, a ete fabrique au Quebec apres la lecture des travaux de Robert Harrison. Il s'agit d'une construction occidentale. Les grands films des annees 1930 a Hollywood, Blanche-Neige et les sept nains (David Hand, 1937), Robin des bois (Michael Curtiz, 1938), etc., mettent en scene la foret. Elle se revele a travers les sept nains et devient une alliee de Blanche-Neige; dans Le Seigneur des anneaux (Peter Jackson, 2002), les arbres se deplacent. La foret occupe un espace tres fort dans notre imaginaire et cependant quelque chose m'etonne: si la figure de 1' agriculteur a ete beaucoup travaillee au niveau historique, celle du forestier l'est beaucoup moins. Des travaux ont ete menes a l'Universite du Quebec a Trois-Rivieres (UQTR), mais il n'y en a pas tant que cela. Pourquoi ? Pourquoi dans la cinematographie quebecoise, dans la fiction et l'animation avec notamment L'Homme qui plantait les arbres (Frederic Back, 1987), la foret est presente, alors que dans le documentaire, elle est quasi-inexistante ?

M. B.--Certains documentaires de Pierre Perrault abordent cet aspect...

S. L.--Oui, il y a son cycle fait en Abitibi lorsqu'il travaillait avec Hauris Lalancette. Sur les forestiers en soi, les documentaires sont rares. Il existe un court-metrage d'Arthur Lamothe, Les bucherons de la Manouane (1962). Qu'est-ce qui a ete fait depuis ? A travers L'Erreur boreale (Richard Desjardins et Robert Monderie, 1999) sont evoques les metiers de la foret; le film porte davantage sur la coupe, la devastation, le territoire.

M. B.--Mais peu sur le travail.

S. L.--C'est cette quasi-absence que je trouve interessante.

M. B.--Dans votre film, le travail est lui omnipresent et c'est Antonie qui evoque de maniere frontale les problemes lies au travail, le racisme, et la non reconnaissance de ses qualites professionnelles au Canada: <<Moi, j'etais electricien dans mon pays, ici.., j'ai amene mon diplome, j'ai essaye mais il faut faire ses etudes ici. C'est quoi la difference ? Le courant electrique, c'est le meme partout, non ? Il y en a un peu de racisme ici mais il est voile, cache >>. Ces immigrants ont quitte leurs pays, leur famille et surtout leur metier.

S. L.--Dans le groupe que j'ai fihne, certains voulaient participer et d'autres pas. Il y avait notamment Dedolli, un Albanais qui etait professeur de biochimie, qui essaie toujours d'obtenir la reconnaissance de ses diplomes. Parmi eux se trouvait egalement un veterinaire, un ancien pilote de chasse de l'armee russe titulaire de deux bacs en ingenierie et un juriste. Dans d'autres equipes, se trouvaient un ou deux medecins.

Dans le cas d'Antonie, il est arrive ici en tant que refugie politique et entre en foret par depit. Lorsqu'il decrit son periple, il precise: <<Quand tu n'as plus rien a perdre, c'est toujours en avant, jamais en arriere >>. Il pratique ce metier depuis 8 ans. C'est le seul metier qui lui offre une telle liberte. En travaillant cinq a six mois par annee, il gagne l'equivalent d'une annee de salaire en manufacture oo le travail est plus surveille, en interieur et oo la liberte est moindre. Il lui arrive de travailler pendant l'hiver dans des manufactures de poulet car il n'a pas accumule assez d'argent. Il pratique le metier de forestier par depit mais, comme on le sent a travers le film, il est fier aussi d'etre forestier, il entretient un rapport ambigu au metier. Je ne l'ai pas mis dans le film mais a un moment il declare:
   Je suis fier detre roumain, je suis fier d'etre quebecois-roumain,
   je suis fier d'etre debroussailleur quebecois-roumain! Je suis fier
   de travailler dans le bois et de le dire a ma communaute. On a un
   statut de travailleur forestier, parce que nous nous vivons un
   autre exil, nous avons quitte notre pays d'origine pour arriver a
   Montreal. A Montreal on quitte nos familles pour aller s'exiler
   dans le bois, cela nous donne une notoriete.


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Cette idee du double exil est tres interessante. Au sein de leur communaute, il y a une fierte d'effectuer un metier au loin qui demeure un peu mysterieux. Apres le film, les gars disaient: <<Nos familles savent ce que nous faisons reellement >>. Jusqu'alors subsistait toujours du mystere, voire de l'incomprehension. Leurs proches ne comprenaient pas qu'ils reviennent manges par les mouches, sentant l'essence. Il leur etait difficile d'expliquer le but de leur metier: gagner vingt a trente ans sur la foret naturelle.

M. B.--La question du bois souleve la question de l'isolement et de l'immigration. << On est rompu des autres>>, souligne Antonie, tandis que pour Gerard: << Ca prend des importes pour qu'ils fassent notre job. Le gang d'importes: ils ont lache un pays, ils sont capables de lacher une ville >>.

S. L.--En effet, ce n'est pas n'importe qui peut aller travailler dans le bois. D'oo la fierte d'Antonie au debut du film lorsqu'il dit: <<ce n'est pas fait pour tout le monde ce metier-la>>. Il faut etre en forme mentalement et physiquement, << etre un combattant >>, pour parler comme Mamadou, ce qu'est Antonie. Gerard souligne cet aspect avec beaucoup d'admiration et emet quelques reproches a l'encontre des Quebecois d'origine canadiennefrancaise qui essaient toujours d'etre le plus proche de leurs villes, c'est-adire de leur famille. Ce ne sont pas les memes enjeux.

M. B.--Quelle etait l' ambiance au camp ? Elle semble tres bonne, il ne se degage aucune rivalite, ni competition ?

S. L.--En entrevue, c'etait systematique, ils se disaient tous freres. Gerard parlait souvent de confrerie, le terme frere est prononce par Antonie mais au camp cohabitent la roulotte des Russes, celle de Roumains, des Algonquins, des Africains et celle des Quebecois d'origine canadienne-francaise. Ils se melent le temps des repas, moment oo l'on se salue, et lors des departs. Il y a comme des lois non ecrites oo l'on doit s'entraider, etre freres. Quand vient le temps de se retrouver dans le chez soi existent des rivalites, mais je ne sais pas jusqu'a quel point elles sont negatives. C'est un milieu d'hommes et de fier-a-bras marque par la competition, les taquineries, les demonstrations de force et l'alcool. Ces rapports sociaux s'inscrivent dans une tradition qui date ! Au Quebec, chez les jeunes hommes c'etait dans le bois qu'on devenait un homme. Autour des annees 1940, le Quebec compte 60 000 bucherons. Lorsqu'on est adolescent ou jeune adulte, c'est dans le bois qu'on apprend a sacrer, a boire, a affronter le froid, la faim, la douleur. Je retrouve cette dimension dans le langage de Mamadou, d'Antonie, et de Gerard. C'est hautement masculin, voire macho, lorsque Mamadou taquine son collegue africain et lui dit: << La puissance de Mamadou est eternelle. On parle de ta puissance a toi. Il n'y a pas d'Africains dignes du general ou quoi ? Je pense que quand on va arriver au camp, je vais te donner une belle jupe. La, tu vas etre la compagne du general ! >>. Le bois est un lieu oo l'on se prouve qui l'on est. C'est une culture masculine qui remonte a loin.

M. B.--Une dispute surgit entre deux Roumains lors de l'attribution de terrains...

S. L.--Dans leur langage, ils distinguent les bons terrains, qu'ils nomment <<la creme>>, des mauvais terrains, qu'ils designent par <<sales>>. Ils sont assez sensibles a savoir qui obtient les terrains cremeux : sont-ils toujours attribues aux Quebecois d'origine canadienne-francaise ? C'etait complique d'aborder cette question dans le film. Des rivalites surgissent, notamment a l'automne entre les deux Roumains, Antonie et Ilian, par rapport au terrain, justement. Il existe donc des rivalites mais elles ne sont pas ethniques. De maniere generale, les Autochtones n'etaient pas sur le meme rythme que le reste du groupe. Ils avaient une gestion differente. Les Algonquins avaient leurs propres camions, ils ne se voyageaient qu'entre qu'Algonquins, a l'inverse des autres camions. Ils commencaient et finissaient plus tard, ce qui creait necessairement des clans. Et de temps a autre, il peut surgir une bagarre, ce qu'il n'y a jamais eu en notre presence ni devant la camera.

M. B.--Nous decouvrons que le camp n'est pas uniquement constitue d'hommes, la cuisine etant assuree par des femmes.

S. L.--Dans les campements forestiers, la plupart du temps la cuisine est assuree soit par un couple homme-femme, soit par des femmes. Ce sont generalement les seules femmes du camp. Je n'ai vu qu'une Roumaine qui debroussaillait, Florentina; elle vivait avec son mari. J'ai rencontre une femme contremaitre, mais c'est assez rare. La seule voie feminine qu'ils entendent est le matin et le soir lors des repas. C'est tres genre ! Ces femmes ne se melent pas aux debroussailleurs, leur rythme de travail est d'ailleurs effarant. Elles se levent a deux heures dans la nuit pour que le dejeuner soit pres a 4h, elles finissent tres tard en ramassant la vaisselle a 22 heures.

M. B.--Les protagonistes sont vraiment conscients d'etre filmes et du pouvoir de faire passer des messages via la camera. A deux reprises, des personnages effectuent des adresses directes au gouvernement ou a des membres de la classe politique: l'une au Parti Quebecois concernant la langue francaise, et l'autre a Jean Charest et au Ministre des Ressources naturelles au sujet de la foresterie ?

S. L.--Ils sont conscients du pouvoir politique que peut avoir le cinema, de la force que le documentaire social peut avoir de changer des choses, de prendre une parole et de la mettre en scene afin de peut-etre changer les choses. Je les avais prevenus que jamais je ne les censurerais :

<<Si vous avez un malaise avec ce que vous avez dit, j'en tiendrai compte et ne le ferai pas figurer. Vous pouvez aller oo vous voulez.

--De meme pour toi, Stephanie. Et si nous avons un malaise, on ne repondra pas >>.

C'etait une entente claire entre nous. Une question recurrente revenait avec Antonie, celle de la langue du pays d'accueil: <<Respecter la langue et les us et coutumes du pays qui t'accueille>>, repetait-il. Pour Antonie, la societe quebecoise est une societe laique oo la premiere langue parlee est le francais. Il a aborde cet aspect au cours des quatre saisons. Pour lui, on ne fait pas attention a notre langue! Il ne faut pas seulement defendre la langue francaise a l'interieur du pays, il importe de la faire connaitre egalement a l'exterieur. Il faut expliquer dans les ambassades et les consulats qu'au Canada deux langues sont parlees: l'anglais et le francais. C'etait incroyable que l'autre, l'immigrant, nous fasse la lecon sur notre propre langue. Il a beaucoup insiste sur cet enjeu identitaire. Pour Mamadou, il etait important que nous parlions des conditions de travail et que l'on depasse la mise en scene avec le Ovetchkin des bois, l'Alexandre le grand des bois. Il voulait du changement, que les salaires soient ameliores, que l'elite politique soit informee de ce qui se passe. C'est pour cette raison qu'il invite Jean Charest sur son propre territoire a debroussailler une tankee !

M. B.--Quelle a ete la reception du film par les principaux interesses ?

S. L.--Ils ont d'abord ete tres emus. J'ai procede a un visionnement individuel. Pour les trois, cela a ete un sentiment de fierte, ils sont fiers parce qu'il va enfin y avoir une trace de ce qu'ils ont fait ici au Quebec, et une trace de ce qu'ils sont reellement: des forestiers. Ce sont encore des enjeux memoriaux. Au sortir du film, Gerard m'a dit: <<Ce que tu as fait pour moi, c'est un testament. Mes enfants, mes petits-enfants verront qui je suis et ce que j'ai fait>>. En ce sens, le film permet une filiation pour Gerard. Antonie etait emu parce qu'enfin sa famille, sa femme Dana et son fils Mija, allaient comprendre ce qu'il fait. Il allait montrer a sa famille en Roumanie son travail au Quebec. Pour Mamadou, il trouvait que je n'avais pas mis suffisamment d'images de lui. Il etait content et disait: << l'Afrique est presente dans le bois>>, <<c'etait l'Afrique qui etait en train de se faire tourner, la>>. Un sentiment de fierte et de reconnaissance. Les trois comprennent qu'ils sont comme une courroie de transmission pour que les conditions puissent changer. La meilleure connaissance du metier de debroussailleur permise par le film est susceptible de changer leur condition. Dans tous les entretiens accordes aux radios et aux televisions, il y avait toujours un moment politique, par rapport a l'ecologie, a l'immigration, aux conditions de travail, a la reconnaissance des Quebecois, a eux en tant que forestiers, ou en tant qu'immigrants.

M. B.--Quelle a ete la reception du film de maniere generale ?

S. L.--Elle a ete excellente. Les spectateurs sont touches de voir les travailleurs forestiers ; beaucoup m'ont dit: << Je ne pensais pas que la foret etait encore occupee par des humains. Je pensais qu'il n'y avait que des machines et qu'on n'y travaillait plus a force de bras >>. Les spectateurs sont emus par l'humanite et la poesie des personnages qui, assis sur une buche dans le bois, parlent aussi bien de leur famille que de leur parcours. Les images de la foret boreale fascinent enormement. Les spectateurs aiment voir le bois se mettre en scene et chacun est dans un rapport intime a cet espace qu'ils connaissent par la peche, la marche, le recueillement, l'observation de la faune, etc.

M. B.--Vous ouvrez et fermez votre film par du texte, la definition du terme Fros et une citation de Pierre Perrault : <<Il est incontestable que les pays prennent naissance dans la memoire et que la memoire ne manque pas d'imagination >>. Vous l'ouvrez par Richard Desjardins et la fermez par Pierre Perrault. Pourriez-vous expliquer ces choix ?

S. L.--Pour moi, faire du cinema documentaire revient a faire un acte de memoire. Il en va de meme lorsque l'on ecrit une chanson, un article savant: il s'agit d'inscrire dans le paysage populaire ou scientifique des elements qui fabriquent de la memoire. Le cinema documentaire est l'un des mediums qui fabriquent une memoire et vient combler une absence documentaire des forestiers dans notre imaginaire. C'est pour cela que ce film existe. La reference a Pierre Perrault mobilise la memoire et l'imagination. J'ai interviewe cinq bucherons de ma region, qui ont travaille entre 1934 et 1943. Dans leur travail, ces personnes, qui ont aujourd'hui plus de 90 ans, cotoyaient des Tchecoslovaques, des gens de l'Europe de l'Est. Selon l'un de mes oncles, ils etaient nombreux et il y avait egalement des Amerindiens, mais ce n'est pas documente. Il n'existe pas de films, tres peu d'entretiens. Les Fros ne sont surement pas un phenomene si nouveau. Peut-etre que dans l'histoire de la foresterie quebecoise, des immigrants ont toujours participe au travail en foret. Il faudrait etablir des liens entre ceux qui quittaient les mines et ceux qui se sont retrouves dans le bois. Le cinema peut servir a documenter ces realites. A un autre niveau, inscrire des neo-Quebecois dans le visage identitaire quebecois est porteur d'une nouvelle identite et d'une nouvelle memoire qui sera peut-etre moins blanche.

Referenees

DUGAY R., 1978, << La Bittt a Tibi >>, Vivant avec Toulmond (CD). Toronto, Capitol EMI.

HARRISON R., 1992, Forets: essai sur l'imaginaire occidental. Paris, Editions Flammarion.

(1.) Originaire de Mont-Laurier, Stephanie Lanthier est chargee de cours a l'Universite de Sherbrooke, oo elle enseigne l'histoire et les sciences politiques depuis 1998. En plus de collaborer a des emissions de radio et de television sur l'histoire des femmes au Quebec, elle donne des conferences sur les rapports cinema et histoire et sur les representations politiques des femmes. En 2004, elle corealise, avec Myriam Pelletier-Gilbert, son premier long metrage documentaire, Deux mille fois par jour, axe sur la quete de sens des planteurs d'arbres. Pendant le tournage en Abitibi, elle decouvre le monde inspirant des debroussailleurs, qui devient le sujet de son second long metrage, Les Fros. Elle travaille actuellement a la scenarisation d'un long metrage documentaire portant sur la chanteuse populaire Renee Martel.

(2.) Des les premieres images du film est inscrite la mention suivante: Fros [fRo], n. m. Deformation du mot anglais foreigners (etrangers). Dans les annees 1930, nom donne aux personnes d'origine etrangere venues travailler en Abitibi.

(3.) Une tankee correspond a un reservoir d'essence.

(4.) Mon conjoint.

(5.) Aube Foglia est egalement monteuse de films de fiction: No (Robert Lepage, 1998), Jimmywork (Simon Sauve, 2004), Pour l'amour de Dieu (Micheline Lanctot, 201 l).

(6.) Harrison R., 1992, Forets: essai sur l'imaginaire occidental. Paris, Editions Flammarion.

(7.) Dugay R., 1978, << La Bittt a Tibi >>, Vivant avec Touhnond (CD). Toronto, Capitol EMI.

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Mouloud Boukala

Ecoles des medias

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Title Annotation:interview with Canadian documentary filmmaker
Author:Boukala, Mouloud
Publication:Anthropologie et Societes
Article Type:Interview
Geographic Code:1CQUE
Date:Jan 1, 2012
Words:6982
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