Printer Friendly

Les Voyageurs devant les societes coloniales (1500-1800): essai d'une problematique.

Il est une griserie des decouvertes. La curiosite inherente a l'esprit humain, malgre les institutions ou les doctrines qui tentent de la tenir en bride, la necessite d'enregistrer et de gerer le soudain elargissement du monde qu'apportent les periodes d'intense activite maritime ont provoque, pendant trois siecles (et davantage!) l'emerveillement des decouvreurs, vite partage par leurs lecteurs, qui y ajoutent une insatiable soif de nouveaute: une demande qu'il faut bien satisfaire, fut-ce au prix parfois d'entorses a la verite: mais la figure du voyageur-menteur n'avait pas attendu les temps modernes pour se constituer. Tout cela est passablement connu. La decouverte des terres neuves a centre d'abord le regard sur le territoire, bien sur, mais bien davantage sur ses habitants dont on ignorait tout et sur ce qui fondait leur alterite plus ou moins radicale. On voit mal ce qui aurait pu contester cette priorite.

Progressivement l'Europe expansionniste a edifie sur ces terres que la force des armes lui avait livrees des etablissements permanents, colonies d'exploitation ou de peuplement, dont la fonction etait de soutenir d'abord son propre developpement. Dans le meme temps oU elle poursuivait, selon des modalites plus ou moins contestables, la reduction de l'indigene a sa propre culture, elle ne cessait de porter sur lui un regard anthropologique enrichi a la fois par la frequentation avec l'objet d'etude et par l'emploi de nouveaux outils epistemologiques mieux adaptes a la connaissance de "l'Autre".

On en oubliait toutefois que l'Europeen etait a son tour modele par le territoire, par le contact avec ses premiers occupants et par la relation nouvelle qui s'instituait avec une metropole a la fois distante et imperieuse, plus disposee a prendre qu'a apporter. Insensiblement se creaient ainsi aux quatre coins du globe des societes nouvelles, d'essence coloniale: une realite que ces Europeens fraichement implantes au-dela des mers connaissaient assez bien pour la vivre quotidiennement, mais qui pouvait partiellement echapper a des voyageurs plus ou moins presses, et plus portes a rechercher des?"Indiens" qu'ils savaient?devoir etre differents que des Europeens, compatriotes ou non, dont ils pouvaient penser que, soucieux de preserver leur identite dans un environnement plus ou moins hostile, ils ne sauraient le mieux faire qu'en affirmant plus fortement leur appartenance au vieux monde. (1)

Illusion, bien sur: l'histoire de leur nouveau pays s'inscrivait en eux beaucoup plus vite et plus profondement qu'ils ne parvenaient a l'ecrire: le desir leur en venait-il, d'ailleurs?

Et pourtant, cette histoire commencait a se lire en des livres, generalement publies en Europe, et dont les auteurs connaissaient d'assez longue date ces Nouvelle-France, Nouvelle-Castille, Nouvelle-Hollande, etc., pour en parler avec quelque pertinence. Et les voyageurs?

Autant l'avouer: ils ne passent pas pour les mediateurs naturels du discours historique. Leur relation difficile avec la verite (2) les dessert, on ne le dit que trop. Leur connaissance exacte des faits ensuite. Passe pour les decouvreurs, acteurs et temoins irremplacables de l'evenement, meme s'il faut parfois retoucher ce temoignage interesse. Mais pour les visiteurs souvent presses, depourvus generalement d'information prealable? On leur prefere, pour tenir "escole de tesmoignerie", (3) les indications plus sures des donnees quantitatives, les rapports administratifs, voire les ecrits de coloniaux ayant une longue experience du pays.

Nous tiendrons ici le parti inverse, assure que le regard du voyageur, si fragmentaire ou si prevenu qu'il puisse etre, n'est pas a mepriser pour connaitre ces societes coloniales. Et d'abord parce que l'existence de celles-ci, passablement stables, et l'intensification des liaisons maritimes, en depit des guerres dont l'Europe est alors le theatre, favorise la venue ou le passage de nombreux visiteurs, issus des grands pays europeens et, par la, sensibles a l'etat de sante de ces etablissements. Les plus lucides n'ignorent pas les difficultes de l'observation. A. de Humboldt, qui passe un an au Mexique (20 mars 1803- 7 mars 1804) sait que ce n'est pas assez pour connaitre la Nouvelle-Espagne dans sa population, son economie et son administration:
 il n'est point donne a un voyageur de se livrer a ces recherches
 qui exigent beaucoup de temps, l'intervention de l'autorite supreme
 et le concours d'un grand nombre de personnes interesses a
 atteindre le meme but. (4)


On trouve une mise en garde semblable chez Tadeo Hanke:
 Para delinear con perfeccion el caracter de un pueblo no son sin
 duda mejores circunstancias las que acompanan a un viajero. La
 rapidez con que este debe formar suis juicios, la multitud de
 objetos nuevos que a cada paso distraen su atencion [...] son otros
 tantos obstaculos. (5)


Mais que faut-il entendre par "voyageurs" dans cette perspective? On voit bien qu'un habitant du Mexique, espagnol, metis ou indien, ne et mort dans le pays, ne saurait pretendre a ce titre. Mais que dire d'un administrateur, d'un colon, d'un missionnaire, qui le decouvre a l'age d'homme, consigne sa decouverte, et y demeure de nombreuses annees? Ou encore d'un officier, ou d'un fonctionnaire metropolitain en mission d'inspection? Qui saurait fixer le temps au-dela duquel on cesse d'etre voyageur pour devenir resident permanent du pays? Sans nous tenir contraints de fournir une definition trop precise du terme, nous considererons comme voyageur, celui qui, a un moment de son existence, s'est mis en chemin pour ce pays et, qu'il decrive ou non son trajet, manifeste dans son texte qu'il n'a pas toujours appartenu a cette terre, voire qu'il n'envisage pas d'y demeurer indefiniment.

Il est moins difficile de constituer un corpus satisfaisant des pays oU les Europeens ont, au cours de ces trois siecles, reussi a implanter des etablissements durables: les noms en paraitront in loco dans les pages qui suivent; on peut seulement faire observer que n'ont ete retenues ni l'Australie, oU la premiere colonie blanche composee des forcats de Botany Bay (1788) n'a pas encore precise son identite, ni la Polynesie, oU les missionnaires londoniens debarques par le Duff en 1797 n'ont pu se maintenir.

Il ne saurait etre question de proposer une "grille" d'etude du comportement des voyageurs devant les societes coloniales: non que la diversite de ces dernieres decourage l'entreprise, mais en raison de la variete des sujets abordes. Et parce que cette etude n'a guere retenu l'attention des chercheurs, il parait meme premature de proposer un cadre conceptuel qui ordonnerait l'enquete. Tout au plus pouvons-nous recenser un certain nombre de questions, non hierarchisees, qui reviendront, recurrentes, a propos de pays tres differents. Un discours de la methode relatif au propos serait sans doute le bienvenu. On ne le trouvera pas ici: seulement des propositions, des pistes esquissees au cours d'un defrichement empirique, non d'un dechiffrage coherent.

Le statut de l'observateur

Navigateur, il y a lieu de distinguer entre une liaison reguliere et un abordage occasionnel. Dans le premier cas, on ne voit guere de marin assurant une desserte entre le vieux continent et une colonie europeenne qui se fut soucie de laisser un tableau circonstancie de cette derniere: expedition de routine pour lui, et description deja faite par d'autres. En revanche, une escale contrainte ou imprevue peut donner lieu a des incidents, des rencontres, des observations qui livrent des informations sur le pays visite ou entrevu.

Cas d'espece: les circumnavigations. La necessite imperieuse de relache pour les batiments et les equipages fait obligation de prevoir des arrets en des pays amis et de ne les effectuer qu'en cas d'absolue necessite dans ceux oU le pavillon n'est pas le bienvenu. Les recits de telles expeditions obeissent a des contraintes ou des sollicitations contradictoires: l'obligation de meubler le recit par des episodes qui n'ont pas pour toile de fond exclusive le ciel et l'ocean, le desir de decrire des pays inconnus et des societes neuves au regard du marin ou de ses futurs lecteurs: colonies iberiques pour les navigateurs des puissances maritimes protestantes de l'Europe du nord, etablissements neerlandais d'Afrique du sud et d'Indonesie pour les Francais. Mais d'autre part, les circumnavigations sont souvent assez eprouvantes pour que les relaches n'offrent d'autres perspectives que la quete des indispensables rafraichissements et la remise en etat des batiments. Enfin, certaines d'entre elles ont ete tant de fois decrites que le navigateur renonce a entreprendre un tableau qui, pourrait, pour seule nouveaute, n'apporter que la preuve de son inferiorite descriptive. Fonde ou non, ce sentiment provoque des ellipses narratives parfois frustrantes: que ne donnerait-on pour connaitre le sentiment de Cook sur la colonie du Cap et sur Batavia, qu'il visite quelques mois apres Bougainville! Alors que sur ces etablissements, le Francais jette un regard critique penetrant, son rival se contente de dire que les particularites du Cap sont assez connues, comme celles de Java, d'ailleurs (6).

Le voyageur vient-il de la metropole, d'un pays ami, d'un pays neutre, ou estil le sujet d'un gouvernement hostile? Se trouve-t-il investi d'une mission officielle (ou secrete), ou voyage-t-il a titre prive, et quels sont ses moyens de subsistance? Selon le cas, il lui conviendra d'assurer d'abord le primum vivere et d'eviter les desagrements auxquels expose un mode de vie picaresque, ou il aura au contraire acces aux representants officiels, a la societe la plus choisie, a l'intelligentsia, et les observations recueillies s'en ressentiront grandement. Et pourtant, meme dans ce dernier cas, la prudence peut restreindre le champ du regard: les Espagnols J. Juan et A. de Ulloa, si attentifs pourtant au statut des autochtones et des metis, semblent ne pas s'etre apercus du fosse qui s'agrandit entre les criollos du Perou et les fonctionnaires metropolitains (7) Reste la diversite des confessions religieuses et des variations personnelles en matiere de foi. On se rappelle que l'Italie vue par les protestants Burnet et Misson n'etait pas tout a fait conforme a la vision qu'en donnaient les guides imprimes dans les pays catholiques. Si les places d'echanges commerciaux que sont Le Cap et Batavia restent ouvertes a des visiteurs papistes, il n'en va pas de meme des entites territoriales d'Amerique oU les divergences confessionnelles constituent un motif d'exclusion, parfois theorique d'ailleurs. Mais on ne saurait attendre du protestant americain Delano qui se rend a trois reprises au Perou de 1791 a 1806 une description flattee des pratiques de l'Inquisition; du moins montre-t-il qu'elle a perdu de sa rigueur et que le vice-roi ne craint pas de la braver (Brenot 91-92). Paysage ideologique brouille toutefois par le jeu politique: les sujets reformes de la couronne britannique sont ainsi mieux recus au Bresil portugais, allie traditionnel de Londres, que ne le sont les catholiques francais dans les colonies americaines d'une Espagne toujours prompte a soupconner, meme a l'epoque du "pacte de famille" unissant les monarchies bourbonnes, des empietements sur son domaine reserve du Pacifique.

Reste le cas particulier des religieux. Convient-il de les considerer comme des voyageurs, alors que l'efficacite de leur mission exige une presence durable dans le pays? Durable sans etre toutefois definitive: les jesuites de NouvelleFrance se voient toujours, tot ou tard, rappeles en Europe par la Compagnie. Mais d'autre part, l'installation outre-mer d'un pouvoir politique europeen aboutit a la creation d'eglises locales qui sont elles-memes un des instruments de la domination coloniale. L'entreprise missionnaire s'en trouve-t-elle pour autant abolie? Le conflit entre les reductions jesuites au Paraguay et les autorites de tutelle, espagnoles ou portugaises (1757-1767), manifeste qu'il n'en est rien. Integres a la societe coloniale, les hommes de Dieu se reservent le droit de considerer que, pecheurs d'ame avant tout, ils peuvent jeter sur elle un regard distancie, qui scrute tout a la fois sa perception de l'indigene, ses relations avec les eglises europeennes et jusqu'a l'orthodoxie de ses pratiques religieuses.

Il va sans dire que la formation intellectuelle du visiteur, sa connaissance des langues, son experience de voyageur conditionnent de maniere determinante la qualite du regard qu'il pose sur les societes coloniales: il n'est que de comparer, a l'interieur d'une meme navigation, celle de Bougainville, les journaux de bord du chef de l'expedition, du prince de Nassau-Siegen, du naturaliste Commerson, du chirurgien Vives ou des mariniers Fesche et Caro. (8)

La competence du voyageur

Elle modele a la fois son projet descriptif autant qu'elle peut elle-meme se trouver affectee par les conditions concretes de l'observation.

Il y a lieu d'examiner en premier lieu le degre d'integration du voyageur dans les differents groupes sociaux de la colonie, donc le cas qui est fait de lui. Il est manifeste qu'un personnage tel que le pere dominicain Labat, disponible, sociable, bavard, curieux, interesse aux Antilles a l'economie sucriere, et recommande par son habit d'ecclesiastique, se trouve dans une situation privilegiee pour percevoir la societe des colonies catholiques d'Amerique, sauf a refuser de la comprendre en profondeur par le fait d'une superficialite de mondain virevoltant et prolixe. Et c'est bien ce dernier trait qui finit par l'emporter: meme si ses relations nous livrent une foule d'informations precieuses sur les ressources du pays. Labat est trop occupe des attentions qu'on a pour lui pour s'interesser a la naissance d'une societe creole dans les petites Antilles. On en dira autant du compagnon de Bougainville, Charles de Nassau-Siegen, jeune prince seduisant, instruit, dont les elites locales se disputent la compagnie et que le reveche vice-roi de Bresil D'Acunha exempte meme de la rigueur avec laquelle il traite les autres Francais. Il n'en va pas tout a fait de meme d'un Lahontan marginalise par sa foi protestante autant que par un temperament inquiet et aventureux qui le rendront fort suspect aux elites de la Nouvelle-France et lui feront porter sur la colonie un jugement sans amenite. (9)

Le voyageur parlera-t-il du pays "en passant", litteralement, ou a-t-il nourri le projet d'une etude sur lui? Ce projet est-il servi par une demarche methodique suivie avec constance, participe-t-il d'une enquete plus large, comme celle que conduit de Pauw sur les "Americains" et les causes de leur "decadence" (10)

Le moment historique peut egalement favoriser l'enquete du voyageur qui decouvre une colonie que secoue une crise politique ou sociale majeure, revelatrice de ses caracteres profonds comme de ses faiblesses structurelles. Parcourant l'Amerique du Nord en 1749-1753, le Suedois Pehr Kalm, que sa neutralite rend bienvenu aupres des colons anglais autant que des "Canadiens", observe chez ceux-ci, a la veille de l'effondrement de la Nouvelle-France, tout ce qui constitue une societe deja bien distincte de la metropole et, chez les futurs "Americains", qui souffrent des restrictions imposees (pas de manufactures, pas d'extraction de metaux precieux, pas de commerce hors des colonies anglaises, interdiction aux vaisseaux de commerce non anglais d'aborder), les traits d'une identite nationale largement constituee et prete a s'exprimer par la rebellion ouverte contre Londres:
 These and some other restriction occasion the inhabitants of the
 English colonies to grow less tender for their mother country. This
 coldness is kept up by many foreigners, such as Germans, Dutch, and
 French, settled here, and living among the English, who commonly
 have no particular attachment to the Old England: add to this
 likewise, that many people can never be contented with their
 possessions, though they be ever so great, and will always be
 desirous of getting arises from changing; and their over great
 liberty, and their luxury, often lead them to licentiousness.

 I have been told by Englishmen, and not only by such as were born
 in America, but even by such as came from Europe, that the English
 colonies in North America, in the space of thirty or fifty years,
 would be able to form a state by themselves, entirely independent
 on Old England. But as the whole country which lies along the
 sea-shore is unguarded, and on the landside is harassed by the
 French in times of war, these dangerous neighbours are sufficient
 to prevent the connection of the colonies with their mother country
 from being quite broken off. The English government has therefore
 sufficient reason to consider the French in North America as the
 best means of keeping the colonies in their due submission. (11)


Le voyageur avait note un peu plus haut, avec une reelle pertinence, que seule la presence voisine et hostile des Canadiens empechait les liens entre colonies anglaises et mere-patrie de se distendre davantage.

Arrivant a Montevideo au plus fort de l'affaire des "reductions" du Paraguay, Bougainville, dont les dispositions antireligieuses doivent beaucoup a sa frequentation du milieu des Encyclopedistes, n'a guere de peine a identifier dans les eglises hispaniques du Nouveau-monde les germes de corruption (12) qui ont amene, par reaction, le radicalisme des missionnaires jesuites aussi bien que, pour ceux-ci, les vices, reels ou supposes, d'une entreprise qui ne leur permettait pas de s'attacher indefiniment l'adhesion des Indiens.

Le champ de l'observation

Pas plus que ses devanciers participant a une expedition de decouverte, le voyageur europeen du XVIIIe siecle ne detourne son regard de l'autochtone, meme s'il n'est plus aussi fascine par la nouveaute absolue. L'interet qu'il lui manifeste reste de bon revenu aupres de ses lecteurs potentiels et, sans qu'il soit meme besoin de lui preter ce calcul, il est legitimement intrigue par des "naturels" dont la difference le conduit a interroger sa propre identite, selon une demarche heritee de Lery et de Montaigne et que le mouvement des idees finira, au fil du XVIIIe siecle, par rendre dominante. L'observation s'affine: au sauvage canonique du premier seizieme siecle succedent des analyses qui font decouvrir, au sein des societes coloniales, l'existence de plusieurs ethnies autochtones, promptes d'ailleurs a s'organiser selon un paradigme bon/mechant que n'ignoraient pas tout a fait les expeditions de decouvertes (13): Bougainville distingue les Amerindiens vivant aupres des blancs et les Indios bravos, errants, indomptes et malfaiteurs, puis les Maures et les Alfouriens aux Moluques, les Chinois et les Javanais a Batavia, les Hottentots, qui "ne molestent point" les Hollandais et la "nation jaune" qui vit au nord du Cap et "leur a paru tres farouche". Il faut ajouter que les progres de la colonisation ont permis de mieux connaitre les naturels et de separer, si l'on peut dire, le bon grain de l'ivraie: ceux qui ont fait acte de soumission et les irreductibles rebelles.

Tres inegalement developpee selon les caracteristiques des autochtones et les modalites du contact, la pratique du metissage a cree un groupe social plus ou moins homogene, aux contours parfois flous, mais que les necessites memes de l'organisation coloniale tend a definir et fixer en une essence ferme. Nulle part cet effort de taxinomie n'a ete pousse plus loin que dans l'Amerique espagnole, au Mexique surtout, premier espace continental conquis et edifie sur les ruines de la societe azteque soudainement detruite. Metis, demis-metis, quart de metis, etc. (voir Morner): ces distinctions que l'administration des vainqueurs s'applique a creer et a respecter sont-elles immediatement perceptibles au voyageur? Il faudrait s'en assurer.

En revanche, au fil des decennies, il lui devient de plus en plus facile de reconnaitre l'epanouissement, sur le sol etranger, d'une societe qui n'est plus la reduplication de la mere-patrie (14). Celle-ci avait tout fait pour reduire a l'identique le pays qu'elle s'etait approprie: imposer ses lois, convertir les indigenes a une religion qui ne souffrait pas de rivale, extirper les croyances autochtones, repandre sa culture et son mode de vie. Sur un point toutefois, il etait patent que la colonie ne serait pas un clone de la metropole: son developpement n'avait pour fonction que de servir les interets de celle-ci. Perilleuse exception: la "tea-party" de Boston allait bientot le manifester.

C'est, comme il se doit, a la prise de conscience de cette realite neuve, emergente au plein sens du terme, que nous devons les meilleures pages consacrees par les voyageurs a ces colonies de plus en plus differentes, puis impatientes. Quand ils viennent de la mere-patrie, s'ajoute a cette decouverte le sentiment derangeant de s'observer dans un miroir qui leur renvoie d'eux-memes une image troublee: "separes par une meme langue", selon la formule consacree, les freres deviennent des cousins et bientot des etrangers qui doivent solder les comptes. Plus que l'historien ou l'ethnologue, le voyageur peine a demeler ce que cette difference doit au developpement propre sur une aire nouvelle et au contact avec l'autochtone. Mais il ne tarde guere a voir que le processus de differenciation organique ne saurait s'eterniser et que, tot ou tard, il faudra couper le cordon ombilical. Les journaux de Charlevoix, de Kalm et de Bougainville rendent perceptible la nature instable de ces composes rivaux qui, au Canada, se font la guerre en meme temps qu'il s'affirment face a des metropoles qui ne les comprennent plus. Observation plus nette encore dans le Voyage autour du monde, quand Bougainville expose l'impatience des colonies hispaniques face a une mere-patrie qui persiste a leur interdire entre elles des relations commerciales directes. Il note bien, en revanche, ce defaut d'initiative economique et meme cette paresse des creoles, qui est un leitmotiv de la litterature de voyage (15) Citons--il est a peu pres inconnu, car sa relation est restee manuscrite--le temoignage de Monsegur sur le Mexique en 1707:
 Le naturel des Espagnols Creolles est doux, docile et assez
 honneste pour les estrangers; il ne leur manque ny de vivacite ni
 d'esprit mais ils ont une mauvaise education comme on le fera voir
 au chapitre X: ils sont naturellement paresseux et addonnes a
 touttes sortes de plaisirs et de voluptes, conservant dans leur
 interieur une antipathie mortelle contre les Espagnols de l'Europe
 de qui ils descendent soit que cela procede par un effet de
 superiorite que les Espagnols affectent de prendre sur eux, soit a
 cause qu'ils voyent qu'ils possedent a leur prejudice tous les
 emplois militaires et politiques ainsi que les benefices de
 l'Eglise. (16)


Un siecle plus tard, A. de Humboldt manifeste dans son Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne du Mexique que la fracture s'est aggravee entre les communautes blanches du pays: "l'Europeen le plus miserable, sans education, sans culture intellectuelle, se croit superieur aux blancs nes dans le nouveau continent". Le premier s'imagine "que l'Espagne continue a exercer une preponderance prononcee sur le reste de l'Europe" (17). Les autres, gagnes par les idees nouvelles, "preferent aux Espagnols les etrangers des autres pays; ils aiment a croire que la culture intellectuelle fait des progres plus rapides dans les colonies que dans la peninsule" (p. 149). Les frustrations des colons
 devinrent une source intarissable de haine et de desunion. A mesure
 que les descendants des Europeens furent plus nombreux que ceux que
 la metropole envoya directement, la race blanche se divisa en deux
 partis, dont les liens du sang ne purent calmer les ressentiments.
 Le gouvernement colonial, par une fausse politique, crut profiter
 de ces dissensions. [...] De cet etat de choses nait une aigreur
 qui trouble les jouissances de la vie sociale. (p. 173)


Un sentiment semblable prevaut au Bresil, ou fait escale l'ambassade de Lord Macartney a la Chine. Elle y observe les multiples vexations auxquelles sont soumis les creoles, en depit des allegements apportes sous le gouvernement de Pombal par la creation de quelques manufactures:
 Les colons du Bresil n'en accusent pas moins la metropole d'etre
 jalouse de leur prosperite et de leur acheminement au pouvoir et a
 l'independance. Elle a essaye, en effet, sous la domination
 actuelle, de les soumettre a des reglemens odieux; mais, comme
 l'observe ingenieusement sir Staunton, il n'etoit plus temps: les
 habitants du Bresil commencaient a se regarder comme des enfants
 trop robustes pour etre etouffes au berceau. Leur courage s'accroit
 tous les jours sensiblement. Ils supportent impatiemment le joug
 dont la metropole les accable. [...] Les troupes que le Portugal
 envoie au Bresil retournent rarement en Europe. Les officiers
 civils ne sont jamais changes. Le vice-roi est le seul qui ne
 conserve son emploi que pendant un temps limite. Ainsi, des hommes
 destinees a passer leur vie dans ces contrees, quoique nes
 Portugais, perdent bientot l'affection qu'ils doivent a leur
 premiere patrie, pour s'attacher a la nouvelle, et sont quelque
 fois tentes de sacrifier a leur interet personnel celui du
 gouvernement qui les emploie. (18)


Rien d'etonnant, poursuit ce temoin, si les creoles du Bresil cherchent leurs modeles hors de la metropole: "Le grand interet qu'ils prirent a la Revolution francaise, et le soin avec lequel ils s'informoient de ses progres, sembloient annoncer qu'ils pressentoient la possibilite d'en suivre bientot l'exemple".

Corollaire de cette prise de conscience: les Europeens que leurs fonctions, administratives ou militaires, appellent en ces colonies, apparaissent aux visiteurs de plus en plus etrangers a la nation en formation. Interlocuteurs naturels qui souvent leur facilitent le sejour, ils sont representes dans l'exercice d'un pouvoir certes reel, mais guette par des formes d'autant plus ostentatoires que son avenir est mal assure: ici encore, Bougainville fournit un temoignage precieux lorsqu'il s'amuse du gout pour les preseances qui regle l'ordinaire de la societe hollandaise a Batavia: au sommet de l'edifice, un gouverneur attache plus que quiconque a de vaines prerogatives; mais une societe d'autant plus fragile que chacun de ces colons ne reve que de retourner en Hollande, fortune faite (19), et que les inquietants vaisseaux du rival anglais croisent dans les parages de Java.

Le voyageur a-t-il le temps de s'interesser a ceux dont la place n'est pas marquee au sein de cet edifice? Oui, sans doute, surtout s'il s'agit d'etrangers representant des puissances rivales; tout au bas de l'echelle, enfin, il lui arrive de tourner son regard vers les parias de tout ordre: esclaves ou ethnies suffisamment desorganisees pour ne plus trouver de point d'insertion dans la pyramide sociale.

Le bilan

Une bibliographie relative au sujet serait a coup sur considerable (20): mais son etablissement apparait premature.

Il convient d'examiner d'abord la forme prise par ces regards de voyageurs sur les societes coloniales: recit-relation en forme, lettre, rapport, etude de synthese, deguisement fictionnel. La distribution entre recits imprimes et textes demeures inedits revele-t-elle de notables differences avec le corpus des recits de decouverte ou celui des expeditions de conquetes? A priori, il ne le semble pas: dans ces deux derniers, l'urgence de l'affirmation peut etre contrebalancee par le souci du secret; dans le corpus "colonial", la moindre nouveaute sera compensee par de plus grandes facilites dans l'observation et dans la construction du discours.

Ce regard modifie-t-il sensiblement l'image qui prevalait en metropole a l'heure de l'embarquement du voyageur, et qu'il partageait lui-meme? Celui-ci parle-t-il volontiers de sa situation personnelle, de son activite d'observateur et de scripteur? Convient-il d'etablir une distinction entre les auteurs dont le regard se porte d'abord sur la societe coloniale et ceux dont l'interet va au pays lui-meme, surtout lorsqu'ils accomplissent des programmes scientifiques: Audubon, La Condamine, Commerson, Banks?

Institutions, cultes, armee, activite economique, divertissements, rapports entre groupes sociaux et ethnies: autant d'objets legitimes de la curiosite des voyageurs europeens, mais auxquels chacun d'eux n'accorde pas la meme attention. Nous verrons sans surprise Bougainville, colonel d'infanterie et capitaine de vaisseau, multiplier les observations sur les dispositifs de defense des Hollandais dans leurs possessions de Java et du Cap et le pere Labat plus interesse a la hierarchie ecclesiastique et aux salons qui se le disputent. Sont-ils nombreux a affirmer et etudier l'emergence d'une creolite dans la langue, dans le mode de vie, la culture, et a pronostiquer son devenir?

Certaines colonies sont plus que d'autres sensibles aux mouvements d'idees, aux soubresauts politiques, aux confrontations armees qui secouent les metropoles europeennes: guerres franco-anglaises au Canada, extension au Pacifique des conflits entre Espagne et Provinces-Unies, echos en Amerique latine des difficultes que rencontrent les jesuites dans les puissances hispaniques. Les voyageurs leur temoignent-ils un interet particulier, en fonction notamment de leur nationalite? Ce n'est guere douteux pour Kalm ou Bougainville et ses compagnons. On observe au contraire que la Nouvelle-France du XVIIe siecle parait ignorer les querelles religieuses qui traversent la metropole et que, surtout, les voyageurs -Relations des jesuites (21), Pierre Boucher (22)--s'appliquent encore a en attenuer l'importance. Les voyageurs espagnols en Amerique latine confirment-ils sur ce continent le discours de leurs historiens et celui des autres voyageurs?

Plus generalement, quel est l'apport des voyageurs a la connaissance de ces colonies, dans leur patrie d'origine d'abord, dans l'Europe qui lit ensuite? On sait que presque toutes les relations importantes sont traduites, et tres vite, dans les principales langues du vieux continent. Mais est-on sensible d'abord a l'acte de navigation, a la performance viatique, ou a la qualite du regard et a la nouveaute de l'information? La reponse n'est pas simple. Si les voyageurs se contentent de dire, comme le font Rogers ou Cook a propos de Rio, du Cap ou de Batavia, que la place est trop connue pour qu'il soit necessaire de la decrire, leur relation va-telle sensiblement enrichir la connaissance de ces etablissements et de leur arrierepays? Les lecteurs devront se contenter du recit de l'expedition elle-meme: il est vrai que, pour une circumnavigation, il a de quoi apaiser leur soif d'aventures vecues par procuration. Et les contraintes d'une telle entreprise absorbent trop leurs auteurs pour leur laisser le loisir d'une observation poussee. Il n'est pas sur, par exemple, que Cook, Bougainville et leurs predecesseurs, trop heureux de trouver au Cap les rafraichissements esperes, aient pris mesure du ressentiment des colons hollandais envers le pouvoir exerce par une Compagnie orientale des Indes (la VOC) trop exclusivement attachee a servir les interets de sa metropole: sous ce rapport, l'oeuvre d'un romancier sud-africain d'aujourd'hui, Andre Brink, aide mieux a comprendre pourquoi les Boers accepteront d'abord docilement la domination britannique au debut du XIXe siecle.

Mais on observe encore que, sauf dans les metropoles concernees, les recensions faites de ces recits ne s'interessent guere a l'image qu'ils proposent des societes coloniales. On sait que l'Espagne a mediocrement goute les propos tenus par Bougainville sur ses possessions d'Amerique, que la presse periodique francaise semble s'etre desinteressee des discours pourtant pertinents qu'il tenait sur celles-ci comme sur les colonies hollandaises ou portugaises. Il est tentant d'expliquer cette indifference par l'interet demesure accorde a l'episode tahitien: il occupe deux chapitres des dix-huit composant la relation, mais la moitie des pages du compte rendu que fait du livre le Mercure de France. Faut-il expliquer ce desequilibre par la curiosite frivole du lectorat vise? Mais on observe la meme disproportion dans les comptes rendus du Gentleman's Magazine ou de la Monthly Review de Londres. Cela dit, il serait imprudent de confondre les interets du grand public (ou les strategies editoriales de la presse periodique qui le modele) et les lectures plus attentives que l'on peut faire de tels textes dans les milieux politiques, commerciaux ou scientifiques. On ne saurait davantage imputer entierement a l'ignorance des nouvelles realites coloniales certaines decisions par lesquelles les metropoles europeennes precipiterent l'evolution de leurs possessions vers l'independance: l'avidite a pu prevaloir sur le regard lucide, l'interet mal compris sur la connaissance objective.

Au terme, l'espace colonial ne persiste-t-il pas a etre percu comme le prolongement naturel du territoire metropolitain, un peu diversifie certes, mais dont le traitement continue a s'ordonner autour de deux preoccupations: comment traiter les indigenes, comment contenir les imperialismes rivaux?

Nous n'avons voulu proposer dans ces reflexions ni grille ni code de travail: tout au plus quelques sujets a inscrire soigneusement sur un agenda de recherche. Il convient de s'interroger sur la capacite de la "litterature de voyage" a proposer un discours coherent sur la realite coloniale des XVIe-XVIIIe siecles et sur sa conformite a la verite historienne de ce temps. Sur son aptitude egalement a transformer en methode d'approche les principes exposes, par exemple, dans la preface d'Hawkesworth a sa compilation (1773) des voyages de Byron, Wallis, Carteret et Cook: suffit-il de vouloir traiter les indigenes avec une humanite conforme aux principes des Lumieres pour definir une voie d'approche qui romprait avec l'ethnocentrisme europeen tout en exposant la pratique coloniale sous une lumiere moins exclusive? En 1598, l'auteur d'un liminaire a la reedition du premier voyage de Cartier exhortait ses compatriotes a "provigner" en Canada une France nouvelle. Cet exercice de reduplication, entrepris par les grandes puissances europeennes des temps modernes (23), engendrera en fait des greffes indociles, comme le montreront les mouvements de liberation qui (avant d'autres) triompheront dans les annees 1770-1820. Les voyageurs ont ete les temoins de l'implantation coloniale avant d'assister au developpement, a l'interieur de ces Nouvelle-Angleterre, Nouvelle-Espagne, etc. a des formations nationales plus "nouvelles" encore, comme l'indiquait Simon Bolivar dans une lettre de la Jamaique (1815):
 Nous ne sommes [...] ni indiens ni europeens, mais une espece a
 mi-chemin entre les proprietaires legitimes de ce pays et les
 usurpateurs espagnols. (24)


La litterature viatique nous a trop appris sur l'expansion europeenne et sur la connaissance du monde qu'elle engendre ou accompagne pour ne pas nous eclairer aussi sur l'avenement de nations dont les negociateurs des traites de Vienne en 1815 n'avaient pas vu qu'elles preparaient dans les coulisses leur entree sur une scene mondiale qu'elles occupent si largement aujourd'hui.

Universite Paul-Valery, Montpellier

Ouvrages cit_s

Brenot, Anne-Marie. Pouvoir et profits au Perou colonial au XVIIIe siecle. Paris, L'Harmattan, 1989?

Morner, Magnus. Le metissage dans l'histoire de l'Amerique latine. Paris, Fayard, 1971.

(1.) Jean-Paul Duviols a bien mis en relief l'insuffisance de leurs observations: "voyageurs, missionnaires, marins ou scientifiques, [ils] ont porte sur la capitale de la vice-royaute du Perou un regard souvent superficiel, laissant de cote bien des aspects importants qui manquaient a leurs yeux d'originalite ou d'exotisme" ("Lima dans la premiere moitie du XVIIIe siecle d'apres les recits de voyage", in La Ville en Amerique espagnole coloniale (Paris, Universite de Paris III, 1984), 47.

(2.) Voir Percy G. Adams, Travelers and Travel Liars, 1660-1800 (Berkeley-Los Angeles, University of California Press, 1962).

(3.) Selon l'expression appliquee par Rabelais de maniere irrespectueuse a Herodote, Marco Polo, Cartier et quelques autres voyageurs au Cinquieme Livre, ch. 30.

(4.) Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-espagne du Mexique (Paris, Utz, 1997), 170.

(5.) Descripcion del Peru (1799; Lima, El Lucero, 1901), 20. Anne-Marie Brenot, qui cite ce texte, recommande "d'accueillir avec prudence les affirmations de certains auteurs; tel voyageur affirme que les colonies espagnoles sont un monde ferme mais donne la preuve du contraire quelques pages plus loin. Ces ambiguites ne doivent pas surprendre. Il est naturel que les voyageurs dont la duree du sejour est variable n'aient pas toujours eu l'opportunite d'apprehender une realite complexe. Nombre de voyages ne sont que de courtes escales suivies d'une rapide decouverte de la capitale. L'ampleur des circumnavigations ne permet pas non plus d'approfondir la connaissance d'un pays" (101).

(6.) Bougainville, Voyage autour du monde, ed. M. Bideaux et S. Faessel (Paris, Presses de l'Universite de Paris-Sorbonne, 2001), 333 et 349.

(7.) Voyage historique de l'Amerique meridionale (Paris, Jombert, 1752), 2 vol.

(8.) Voir E. Taillemite, Journaux de bord de Bougainville et de ses compagnons (Paris, Imprimerie nationale, 1977), 2 vol.

(9.) Oeuvres completes, ed. R. Ouellet et A. Beaulieu (Montreal, Presses de l'Universite de Montreal, 1990), 2 vol. A vrai dire, sa severite s'exprime contre des individus (autorites civiles ou religieuses) plutot que contre les "Canadiens ou Creoles" dont il souligne surtout l'humeur independante et "presomptueuse" (I, 613).

(10.) C. de Pauw, Recherches philosophiques sur les Americains (Berlin, Decker, 1768-1769).

(11.) Travels into North America (Londres, Loundes, 1772), I, 207. On verra en revanche, l'independance acquise, Charles-Joseph Latrobe denier au peuple americain un caractere national: non parce qu'il serait encore anglais, mais parce que la diversite des peuplements, des climats et des modes de vie s'opposeraient a la constitution d'un caractere national (The rambler in North America, voyage de 1832-1833, 2 vol. New York, 1835, I, 59-60, cite in Jane Louise Mesick, The English Traveller in America, 1785-1835 (New York, Columbia University Press, 1922), 300.

(12.) La dissolution du clerge dans l'Amerique iberique est un leitmotiv des voyageurs du XVIIIe siecle.

(13.) Ainsi Colomb (les doux Arawaks et les effrayants Cannibales), Cartier (les accueillants Micmacs et les Beothuks hostiles) Thevet-Lery (les allies Tupinambas et les ennemis Tupinikin), etc.

(14.) Sur cet effort pour constituer le Nouveau Monde en replique de l'ancien, voir infra, n. 23.

(15.) Frezier deplore leur "mollesse" et leur "faineantise"(Relation du voyage de la mer du Sud, Paris, Nyon, 1716, p. 227); La Barbinais Le Gentil fait de meme en 1727 (Nouveau voyage autour du monde, Paris, Flahaut, I, 112-114), etc.

(16.) Nouveaux memoires touchant le Mexique et la Nouvelle-Espagne, (1707-1708), BNF mf 24228, ch. V, f. 39ro?.

(17.) Ed. Utz, 1997, respectivement p. 145 et 148.

(18.) Relation de sir Staunton, resumee par Boucher de la Richarderie, Bibliotheque universelle des voyages (Paris, 1806), VI, 305-306.

(19.) D. Lombard, Le carrefour javanais: essai d'histoire globale (Paris, EHESS, 1990), 3 vol.

(20.) Quelques outils de travail: F. Monaghan, French Travellers in the United States, 1765-1832. A Bibliography (New York, 1933); J. L. Mesick, The English Traveller in America, 1785-1835; A. Nevins, American Social History as Recorded by British Travellers (New York, 1923); B. Fay, Bibliographie critique des ouvrages francais relatifs aux Etats-Unis, 1770-1800 (Paris, 1925); A. Capitaine, La Situation economique et sociale des Etats-Unis du XVIIIe siecle d'apres les voyageurs francais (Paris, 1926); Pehr Kalm, Travels into North-America (Londres, ed. 1772, reimp. E. Benson, 1972), 2 vol.; G. Fregault, La civilisation de la Nouvelle-France, 1713-1744 (Montreal, Fides, 1990); M. Bideaux, "L'emergence d'un ethnotype creole: le Canadien du XVIIIe siecle", in The Paths of Multiculturalism. Travel writings and postcolonialism, ed. M.A. Seixo, G. Abreu, J. Noyes, I. Moutinho (Lisbonne, Cosmos, 2000); Lettres d'un cultivateur americain (St John de Crevecoeur), 1770-1886, tr. fr. (Paris, Cuchet, 1787), 3 vol.; Chanvallon, Voyage a La Martinique (Paris, Bauche, 1751); L. Turgeon, "De l'acculturation aux transferts culturels", in Transferts culturels et metissage Amerique-Europe (Paris, L'Harmattan, 1996); J. Bernabe, P. Chamoiseau et R. Constant, Eloge de la creolite (Paris, Gallimard, 1990); Concolorcorvo, El Lazarillo de ciegos caminantes (Lima, 1776, reed. Madrid, BAE CXXII, 1959); tr. fr. Y. Billod, Itineraire de BuenosAires a Lima (Paris, Institut d'Etudes hispaniques, 1962); P. Depons, Voyage a la partie orientale de la Terre-Ferme, 1801-1804 (Paris, 1806), 3 vol.; Th. Lindley, Relation d'un voyage au Bresil (Paris, Leopold-Collin, 1806); Bolts, tr. fr. Demeunier, Etat-civil, politique et commercant du Bengale, ou Histoire des conquetes et de l'administration de la compagnie des Indes anglaises (La Haye, Gosse Fils, 1775), 2 vol.; Anquetil-Duperron, Voyage en Inde, 1754-1762, ed. J. Deloche et al. (Paris, 1997); de Grandpre, Voyage dans l'Inde et au Bengale, 1789-1790 (Paris, Dentu, 1801), 2 vol.; R. Percival, Voyage dans l'ile de Ceylan, 1797-1800 (Paris, Dentu, 1803); Stavorinus, Voyages [...] 1768-1771, tr. fr. (Paris, Jansens, 1797). Analyses et larges extraits de certains de ces textes in Boucher de la Richarderie, Bibliotheque universelle des voyages (Paris, Treuttel et Wurz, 1806). Enfin, on trouvera dans l'ouvrage cite d'A-M. Brenot (3-33) une riche bibliographie sur les voyageurs europeens au Perou au XVIIIe siecle.

(21.) Jesuit Relations and Allied Documents (1610-1673), ed. R. G. Thwaites (Cleveland, 1898).

(22.) Histoire veritable et naturelle [..] de la Nouvelle France (Paris, Lambert, 1664).

(23.) Voir, pour l'Espagne, les travaux de Serge Gruzinski, notamment Histoire du nouveau monde. II. Les metissages, en coll. avec C. Bernand (Paris, Fayard, 1993) et La pensee metisse (Paris, Fayard, 1999), 88: "Dans sa version castillane, l'occidentalisation a opere, par vagues successives, du XVIe au XIXe siecle, le transfert outre-Atlantique des imaginaires et des constructions du Vieux Monde. [...] Cette construction systematique du territoire et de la societe coloniale se realisa sur le modele de la duplication".

(24.) Obras completas, I, 190, cite in Morner, 105.
COPYRIGHT 2003 Annali d'Italianistica, Inc.
No portion of this article can be reproduced without the express written permission from the copyright holder.
Copyright 2003 Gale, Cengage Learning. All rights reserved.

Article Details
Printer friendly Cite/link Email Feedback
Author:Bideaux, Michel
Publication:Annali d'Italianistica
Geographic Code:4EUFR
Date:Jan 1, 2003
Words:6492
Previous Article:Poisoned figs and Italian sallets: nation, diet, and the early modern English traveler.
Next Article:Odiseas excrementales.

Terms of use | Privacy policy | Copyright © 2020 Farlex, Inc. | Feedback | For webmasters