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Lecons de choses sur le pouvoir.

Actualites Eecrit par Mohammed Bakrim

Le conquerant de l'empire imaginaire de Abdellah Saaf

Oui, c'est bien lui: l'ancien ministre, le specialiste des sciences sociales, l'expert en geopolitique, le producteur de concepts cache bien une ame litteraire et poetique. Derriere une apparence serieuse sinon austere, Abdellah Saaf promene un profil d'homme de lettres qui n'hesite pas a faire des pauses dans son parcours d'academicien pour se livrer a des exercices poetiques ou des romanesques. il est aussi un cinephile qui suit et participe au debat sur le cinema marocain qu'il accompagne de differentes manieres. Auteur de plusieurs livres, il brasse un large eventail thematique dans ses publications allant des problematiques liees a l'alternance politique, experience qu'il a vecue de l'interieur ayant ete ministre du gouvernement (1998-2004), ou aux questions de l'education nationale en passant par des memoires. Et il est aussi auteur de recit historique comme celui consacre a l'histoire d'Anh Ma, ce soldat d'origine marocaine de l'armee coloniale francaise combattant en Indochine et qui a choisi de rejoindre le camp du Vietminh; reconnaissant les Vietnamiens l'ont promu general pour son action pacifiste au sein des soldats marocains de l'armee francaise; plusieurs l'ont suivi.Le general Lahrach d'origine khouribguie connaitra une fin tumultueuse.

Une histoire exceptionnelle qui est restee longtemps eparpillee entre conte et legende, Saaf lui a rendu en quelque sorte ses lettres de noblesse historique dans une forme originale ou la fiction et le reel se joignent dans une epopee.C'est un autre destin exceptionnel auquel s'attaque Abdellah Saaf dans son nouveau roman, Le conquerant de l'empire imaginaire (Edition La croisee des chemins, Casablanca, 2014). Le destin d'un autre general qui finit dechu. Cette fois, le recit nous transpose dans l'epoque saadienne, 16 eme siecle, du temps du Roi Almansour Eddahbi et de son epopee dans les confins des pays du sahel [beaucoup moins que]beld assoudan[beaucoup plus grand que] dans le recit. Le destin decrit n'est autre que celui du Pacha Jawdar, du nom de ce grand commis d'Etat qui fut charge par le Monarque saadien, a la tete d'une armada, d'aller assurer les arrieres de l'Empire jusqu'au fleuve Niger. Mais ce qui interesse Saaf, ce n'est pas la dimension factuelle des evenements qui sont relativement connus et rapportes par differents livres d'histoire. Ce qu'il traque dans ce recit, c'est machine du pouvoir: comment des hommes d'exception forgent l'histoire et finissent par etre broyes par la machine qu'ils ont mis en marche. L'angle choisi est celui du rapport. Parti depuis longtemps en expedition, Jawdar a fini par conquerir du pays mais des informations contradictoires sur son comportement parviennent au Palais. De quoi inquieter le monarque victorieux. Il charge alors un de ses fideles serviteurs d'aller s'enquerir sur la realite des faits. C'est le rapport redige par cet espion qui n'en est pas un que nous livre le roman. La narration est menee du point de vue de cet homme lettre, civilise, et tres impregnee des choses du pouvoir et de la psychologie de ses hommes. Ce que nous lisons, transcende le temps historique pour nous livrer des reflexions qui traversent les epoques et les regimes pour devenir des verites sur les hommes face a leur destin. Quand le narrateur de saaf parle, la tentation est forte de penser a des hommes forts que notre pays a connus. Ou encore quand il decrit les preparatifs de la grande armada qui va prendre la route du sud, le lecteur ne peut s'empecher de faire des recoupements avec des faits de l'actualite contemporaine de notre pays. On finit par superposer la figure de l'auteur a celle du narrateur; par exemple quand celui-ci ecrit [beaucoup moins que]j'ai toujours cru que tout pouvoir quel qu'il soit, finissait tot ou tard par produire de la legitimite, y inclus dans les entreprises de domination, quel que soit le degre de resistance qu'elles peuvent susciter[beaucoup plus grand que] (page 153). Ou encore une formidable reflexion sur les illusions des periodes de transition de pouvoir (page 56). Un narrateur intellectuel qui fait le choix du repli, et d'observer le grand theatre ou l'histoire finit par trainer ses propres acteurs.

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Publication:Al Bayane (Al Dar Al Bayda', Morocco)
Date:Nov 3, 2014
Words:698
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