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Le veritable exil est toujours interieur: imaginaire et metissage chez les ecrivains francophones grecs.

  Avec ma gueule de meteque
  De juif errant de patre grec
  Et mes cheveux aux quatre vents ...
  Je viendrai ma douce captive
  Mon ame soeur ma source vive
  Je viendrai boire tes vingt ans....


Georges Moustaki, "Le Meteque" (1)

"Cela me touche, forcement. Considere-je cette chanson comme un trait d'union entre les etapes de ma vie?" se demande le narrateur dans Les Mots etrangers de Vassilis Alexakis a propos de cette chanson de Moustaki. (2) Figure importante de la litterature francophone grecque, Vassilis Alexakis fait de Paris son pole litteraire de predilection tout en continuant a "voyager" et a "cohabiter" dans un espace-temps bidimensionnel. Entre les deux capitales europeennes, entre Paris et Athenes, le chemin est long, le choix difficile et les voyages multiples.

Quitter son pays pour la France, n'est pas un phenomene exceptional. Terre d'immigration a travers les siecles, l'espace francais se definit comme l'espace par excellence multiculturel du monde postmoderne. La fascination qu'exerce encore et toujours la France dans la conscience collective se traduit par une multitude d'ecrivains qui ont choisi de vivre a Paris et de rediger--ou de traduire--leur oeuvre en francais. Au detriment de leur langue maternelle beaucoup d'ecrivains ont choisi le francais comme langue d'expression. Force est aussi de constater que la production litteraire de la migration non francophone est essentiellement romanesque, forme privilegiee de l'expression identitaire.

La francophonie en Grece a des racines profondes; c'est surtout tout au long du XIXe siecle que la culture francaise influence le paysage intellectuel grec. (3) Au XXe siecle la creation litteraire francophone demeure egalement importante. Des le debut du siecle, a cause de la defaite en Asie Mineure et des troubles politiques, de nombreux ecrivains essaient de s'evader de la realite, emigrent en Europe occidentale et en France, font du francais leur langue d'expression, ecrivent des livres sur la Grece en dehors de ses frontieres.

L'objectif de notre etude consiste a analyser comment sont abordes les problemes de l'identite, problemes inherents, dans la vie reelle, a toute situation de migration et d'exil. Nous allons examiner par quels moyens litteraires la crise identitaire animee par la migration et l'exil est presentee et traitee dans l'oeuvre de certains ecrivains francophones grecs, quel questionnement ideologique et ontologique elle eveille, et quelles sont les reponses proposees par ces ecrivains qui ont eu leur propre part d'experience migratoire.

Entrainant une rupture avec son milieu et les modeles ou l'individu a ete socialise, la migration constitue une situation de crise pour l'identite, etant un changement "d'une telle importance qu'elle ne met pas seulement en evidence mais en peril l'identite." (4) Dans ce contexte de crise, le migrant s'interroge sur ce qu'il est par rapport a son passe et a l'espace different du pays d'origine. Reperable a des degres differents et sous des aspects diversifies, s'engageant dans des directions differentes, ce questionnement se manifeste dans tous les textes litteraires que nous allons traiter et se trouve a l'origine de la quete identitaire des personnages qui decouvrent differentes formes d'etrangete autour d'eux et en eux-memes. (5)

Au sein de la diaspora francophone grecque, plusieurs noms retiennent tout particulierement notre attention: Vassilis Alexakis--le cas le plus representatif de la francophonie grecque et de la problematique de l'exil interieur en particulier--Marguerite Liberaki, (6) Lilika Nakos, Blanche Molfessis, Gisele Prassinos, Clement Lepidis, Mimika Kranaki ... Autant d'ecrivains que de parcours. Toutefois, le choix est determinant de la place faite a l'epoque contemporaine dans une perspective particulierement europeenne. Dans le cas de la Grece, la litterature francophone donne non seulement l'occasion de traverser des traditions et des cultures differentes, mais aussi de destabiliser l'idee meme de l'homogeneite identitaire de l'Autre et du Meme et de construire un espace heterogene ou l'Autre et le Meme semblent se regarder, intervertir leur place, devenir chacun la propriete de l'autre.

Voyage spatial et cognitif, l'exil, toute sorte d'exil, permet de prendre conscience de soi, de s'enrichir, de se transformer. Chez l'ecrivain grec Alexakis l'exil est percu comme un deplacement geographique, un voyage vers l'Autre, vers ce qui est le Meme et en meme temps different de Soi. Vassilis Alexakis fait du francais sa langue d'ecriture; il ecrit d'abord en francais avant de s'exprimer en grec; ce qui le fait aussi eprouver des doutes a propos de son choix. L'auteur confesse son appartenance a deux poles culturels et son refus de rejeter l'un d'eux. (7)
  L'entre-deux-langues est le partage meme de la langue, dans sa
  dimension poetique, sa pretention au dialogue, son champ de miroirs
  ou chacun s'identifie et se desidentifie; recharge et decharge
  d'identite. [...] Mais dans la nostalgie on oublie que le retour c'est
  l'oubli, que ce qu'on veut ce n'est pas le retour de cette "chosela"
  mais l'atteinte de memoire qu'elle etait, le don et la perte de
  memorie.... Le paradoxe est que notre memoire n'est pas un stock mais
  une pulsation multiple: elle rattrape ce qu'elle lache, elle lache
  pour retenir, et ses appels sont des forces de rappel. (8)


Or, l'exil est souvent un voyage qui ne sait pas trouver son retour. Possedant desormais une identite plurielle, Alexakis ecrira, inconsciemment, dans la langue de l'Autre. L'auteur qui vient alors d'Athenes a Paris, dans le sens inverse d'un voyage initiatique, intitule son roman Paris-Athenes. Choix inconscient? certainement pas; le choix des mots est capital, dans une aspiration intime et profonde de retour au point de depart, retour au pays d'origine.

Tiraille entre "ici" et "la-bas," les tribulations d'Ulysse d'un endroit a l'autre se concretised par le retour a Ithaque, sa veritable cite. Le periple est long et douloureux. Pris dans le tourbillon de deux cultures et de deux langues, l'ecrivain manifeste la crise de son identite, identite partagee entre "ici" et "la-bas." Cependant, pour douloureuse que soit cette errance dans une contree desormais etrangere, elle n'en reste pas moins une necessite. Elle repond a un mouvement de l'etre que l'"ailleurs" ne cesse de solliciter.

L'imaginaire grec devient l'ancrage essentiel et le tenant culturel d'une identite double et plurielle. Alexakis ecrit en francais des romans qui ont trait a la Grece. Le manque du pays devient synonyme de douleur, et l'ecrivain souffre de l'eloignement de son pays, de sa langue et de ses origines. Dans La Langue maternelle, roman novateur (prix Medicis 1995), Alexakis devient le negateur du my the de la Grece et pose le sort du bilinguisme et du doublement marginalise.

Apres vingt-quatre ans passes a Paris, de retour au pays, Pavlos, Valter ego de l'auteur qui a passe sa vie a ecrire et a dessiner, sent irremediablement l'envie d'ecrire, mais l'inspiration ne vient pas.
  Il m'a semble que j'avais envie d'ecrire. J'ai sorti la machine de sa
  mallette, c'est une vieille machine, elle m'a ete offerte par un
  cousin de ma mere. Je ne l'ai jamais utilisee. Le ruban m'a paru neuf.
  J'ai passe une feuille dans le rouleau. Le desir d'ecrire etait
  intense mais sans contenu. "Je n'ai peut-etre sorti la machine que
  pour voir les lettres de l'alphabet." Mon regard s'est fixe sur les
  accents et les esprits qui ont ete recemment supprimes. Je me suis
  demande s'il me serait facile de perdre l'habitude de les utiliser.
  [...] J'ai fini par admettre que je ne ferais rien ce soir-la. [...]
  J'ai appuye sur la touche qui souleve le rouleau et j'ai frappe, au
  milieu de la page, l'epsilon majuscule. (9)


Seul moteur du roman depourvu de toute action narrative, l'epsilon, E, devient le seul fil possible du roman. Si la quete est longue, la reponse tient lieu de lecon d'auto-conscience: E c'est eleutheria, la liberte, et ellipsi, le manque.
  Conscient d'avoir trouve dans les deux langues une reponse a son
  attente, Alexakis refusera done de se confiner dans le silence de la
  page blanche comme a la fin de Paris-Athenes, sans pour autant
  exprimer un choix definitif. Mieux, il refuse toute espece de choix
  entre deux modes d'expression qui, tantot l'un, tantot l'autre,
  peuvent le satisfaire, a condition que lui-meme conserve un contact
  intime, quasiment charnel, avec les mots de Tune et de l'autre langue
  et avec les realites dont ces mots sont les vehicules. (10)


De part et d'autre de la souffrance, Alexakis choisit enfin une troisieme langue, le sango, l'Autre et sa langue n'a pas cesse d'etre au coeur de ses interrogations. Marquee par l'exil et l'errance, son oeuvre evoque des traversees de temps et d'espaces continuellement reinventes. Parole interieure, elle est enracinee dans la memoire, en quete d'horizons nouveaux. Non seulement l'auteur est expose a l'Autre, mais il vit aussi le passage par l'Autre: deux temps opposes du rapport a l'Autre. Expose devant l'Autre, Alexakis fait sienne la langue francaise et ecrit en francais, Devant l'impasse de la transmission, il fait ancrage dans l'imaginaire grec qui surgit et se transmet inconsciemment, imperceptiblement.

Dans le cas d'Alexakis, la rencontre avec l'Autre lui est doublement benefique: non seulement elle l'aide a prendre conscience de sa langue maternelle et des origines des ancetres, mais elle lui offre un veritable outil de travail et une thematique renouvelee de l'exil et du deracinement.

Experience et creation s'engendrent comme des discours paralleles et fixent la typologie de la litterature de l'exil. La fiction devient le miroir de l'imaginaire de l'auteur, donne forme a l'ecriture qui ellememe devient pretexte de la vie. Les figures du retour y sont envisagees, esquissees. Le protagoniste de La Langue maternelle rentre dans son pays maternel pour chercher la lettre E qui fait defaut. La quete est longue et douloureuse. A la fin du roman, le protagoniste decouvre avec sagesse que le veritable manque, c'est le manque de la mere. C'est le retour aux origines et l'adequation de l'identite que l'exil a pour objet de manifested Qu'il s'agisse de Cancer ou de Capricorae, les tropiques ne font que marquer le point de l'exil et la conscience de la terre etrangere.

L'exil devient le catalyseur dans l'ecriture d'Alexakis, une sorte d'euphorie litteraire. Percu comme une mouvance fractueuse, il permet a l'ecrivain d'explorer de nouveaux espaces. Par la rupture qu'il effectue, plus que deplacement geographique, l'exil est un deplacement symbolique et existentiel ou l'on fait l'epreuve du vide et du neant et ou, en connaissance de cause, un questionnement identitaire s'impose. Les oeuvres d'Alexakis sont des oeuvres de vie, des oeuvres de fiction a forte presence autobiographique.

La nouvelle patrie et la langue sont a l'origine de nouveaux themes, de nouveaux espaces. Les differentes representations avec l'Autre, l'Etranger, l'lmmigre, l'Exile, se repercutent inevitablement et imperceptiblement sur l'ecriture de l'auteur qui devient riche et fructueuse. Alexakis ne fait en aucun cas de la litterature nationale. Le discours de l'alterite a pu se construire par rapport a un discours identitaire. Et on a le bonheur de trouver chez Alexakis l'heureuse presence de l'identite et de l'alterite. Pas le moindre signe d'acculturation, de segregation ou de rejet chez lui.

Le theme de l'exil en tant qu'enrichissement et moteur de creation est un theme important dans Paris-Athenes. L'oeuvre entiere est "le resultat d'une remise en question identitaire qui fait progresser le narrateur dans l'elaboration de sa conscience du monde et de son moi." (11)

Le metissage et le melange des cultures se produisent egalement a travers une confrontation linguistique qui affecte la langue europeenne. La double culture d'Alexakis se traduit par une double langue. Alexakis n'est plus ni tout a fait le meme ni tout a fait un autre. Ecrire dans la langue de l'Autre, entraine un dedoublement de la personnalite, entre le moi anterieur et le moi present. On est devant l'horizon d'attente de l'ecrivain, qui abandonne sa langue maternelle au profit de l'ecriture francophone. Dans ses quetes identitaires, l'ecrivain est aux prises avec la conscience linguistique. Dans ses romans la problematique de l'exil est au centre de la narration. Paris-Athenes, recit autobiographique, completement mediterraneen, constitue l'assimilation parfaite de deux villes, de deux civilisations et deux langues prises dans leur juxtaposition mutuelle. Le roman est le livre par excellence des va-et-vient perpetuels. Et on se demande si ce n'est pour l'auteur "un moyen de comparer deux cultures differentes ou un moyen de s'echapper de la realite." (12) Question multidimensionnelle et dynamique a travers laquelle s'exprime par excellence l'identite, le probleme de la langue prend aussi une place importante dans le texte. Sur la langue justement, il y a dans le roman toute une interrogation qui decoule du bilinguisme:
  Je me suis rendu compte que j'avais pas mal oublie ma langue
  maternelle. Je cherchais souvent mes mots et, souvent, le premier mot
  qui me venait a l'esprit etait francais. [...] Mon grec s'etait
  sclerose, rouille. [...] Il m'a donc fallu que je reapprenne, en
  quelque sorte, ma langue maternelle: ca n'a pas ete facile, ca m'a
  pris des annees, mais enfin, j'y suis arrive. Je continuais cependant
  a ecrire en francais. Je le faisais par habitude et par gout. J'avais
  besoin de parler de la vie que je menais ici. J'aurais difficilement
  pu raconter en grec l'immeuble a loyer normalise ou j'avais vecu
  pendant douze ans, le metro, le bistrot du coin. C'est en francais que
  tout cela resonnait. De meme, il me serait difficile d'evoquer
  directement en francais un diner grec. (13)


Ailleurs, le narrateur des Mots etrangers avoue:
  Quand je suis en Grece je pense en grec. Lorsque j'ecris en francais
  je pense en francais. Je ne saurais vous dire quelle langue aurait ma
  preference si je devais rester longtemps sur une tie deserte. (14)
  Hormis le probleme du bilinguisme et de la langue maternelle avec
  laquelle on prend forcement sa distance en pays etranger, un autre
  probleme beaucoup plus complexe se pose ici: celui de la langue
  d'ecriture. Il est difficile, presque impossible de parler des
  experiences du pays dans la langue de l'Autre, comme il est difficile
  de rapporter le vecu en terre etrangere dans la langue maternelle. La
  migration est un changement d'une telle importance qu'elle ne met pas
  seulement en evidence, mais aussi en peril, l'identite. (15) C'est un
  evenement d'une telle echelle ou l'individu se voit continuellement
  confronte a la perte des objets, des personnes, de la langue.... Tout
  ce a quoi sont lies les souvenirs et les liens avec le pays perdu.
  C'est un choc qui secoue la structure psychique de l'individu affecte
  a jamais par la perte du pays et la perte de sa langue. Pour le
  migrant en effet, la langue n'est pas seulement celle du pays
  d'origine. Des rapports nouveaux s'etablissent avec la nouvelle langue
  qui apparaissent en general a l'origine de difficultes. Difficultes
  d'expression, mais aussi de communication avec le milieu etranger. Les
  langues vous rendent l'interet que vous leur portez. Elles ne vous
  racontent des histoires que pour vous encourager a dire les votres.
  Comment auraLs-je pu ecrire en francais si la langue ne m'avait pas
  accepte tel que je suis?


se demande le narrateur dans Les mots etrangers. (16) Pire, dans Paris-Athenes, le heros est un Stre double. "Toutes les nuits je rentrais en Grece. Et tous les matins recommencait le meme mauvais reve: je me reveillais dans un autre monde. Personne ne comprenait autour de moi la langue dans laquelle je me parlais." (17)

Ce questionnement identitaire est beaucoup plus perceptible dans Talgo ou l'auteur "confesse son appartenance a deux poles culturels et son refus de rejeter Tun d'eux." (18) "Au bout de treize annees passees en France au cours desquelles j'ai ecrit presque exclusivement en francais, j'ai eprouve le besoin de renouer avec ma langue maternelle," (19) ecrit l'auteur, en exergue dans Talgo, dont la premiere version fut ecrite en grec. (20)

Autobiographiques, les romans d'Alexakis "relatent des crises personnelles qui remontent aux debuts des destinees individuelles, retrouvent les sources d'une identite culturelle et transforment de ce fait les oeuvres autant en une etude de la societe qu'en une recherche de l'individu." (21)
  Dans tous les cas, comme il le constate sur la tombe de sa mere, une
  langue est un manque, manque a exprimer cet inexprimable, qui est sans
  doute l'essentiel: les valeurs du coeur qui, independamment de toute
  langue, demeurent inscrites au plus profond de l'etre. Telle est la
  lecon, en forme de parabole, sur laquelle s'acheve le livre et par
  laquelle [...] Alexakis semble echapper a sa vertigineuse dualite.
  (22)


Le multiculturalisme n'est en fait qu'un vecteur de diversite et d'ouverture a autrui. L'auteur qui choisit l'aventure de l'ecriture en francais perd sa connotation de marginalite, pour affirmer la conscience de son identite originale. "Il quitte tout element d'exotisme pour revendiquer avec force sa pleine autonomie creatrice." (23)

Un autre cas interessant de francophonie est celui de Marguerite Liberaki, ecrivain de l'apres-guerre dont l'oeuvre est marquee dans son entier par des quetes interrogatoires d'identite et de l'alterite. Bilingue, Liberaki ecrit tantot en grec, tantot en francais et meme traduit ses romans en francais. (24) Cette creation francophone a une importance pour l'oeuvre elle-meme de l'auteur. Elle temoigne de la quete d'identite recherchee par l'ecrivain a travers la langue utilisee. Pour Liberaki, le francais est un moyen pour parler d'elle-meme et de ses aspirations litteraires. Pour elle, l'identite est une position consciente envers l'alterite; Elle "n'est pas une donnee mais une construction perpetuelle. C'est une valeur metisse. L'interculturel devient ainsi l'espace le plus authentique du moi." (25) Liberaki a cherche a transmettre un message a l'Autre, a s'identifier meme a cet Autre, sans guere refuser sa culture grecque. Au contraire, sa rencontre avec la culture francaise au sein d'un auto-exil en France, renforce sa grecite et lui fait prendre conscience de sa propre identite. Le discours identitaire de Liberaki est alors un discours personnel.

"Besoin urgent alors de communication avec une culture, phase decisive de creation originale aussi, cela resume [...] le cas de Liberaki, a quoi on pourrait aussi ajouter la tendance propre a cet ecrivain de fuir la realite grecque." (26) La deuxieme guerre mondiale et la guerre civile qui la suivit en Grece provoqua de grands changements sociopolitiques et laissa le pays en ruine. Pour fuir les autorites, les resistants grecs ont quitte precipitamment le pays, en meme temps qu'explosait en Grece l'affrontement ideologique qui partagea longtemps le pays entre les ideologues de la droite et ceux de gauche. Repondant a cette realite nouvelle, une generation de jeunes dramaturges de la gauche ont eu leur part de responsabilite par l'intermediate des oeuvres dramatiques qui ont pour centre la douleur et le traitement injuste des personnes marginalisees. (27)

L'Autre Alexandre, roman abstrait et allegorique de l'apres-guerre, est aussi un roman du Meme et de l'Autre: le roman d'Alexandre et de son double qui marquait aussi le debut de l'autre Marguerite, de la double conscience et du double parcours. Le roman est ecrit en grec (1950), pendant que l'auteur residait a Paris dans le quartier de Saint-Andre des Arts, alors que la piece en trois actes qui le suivit sous le meme intitule-L'Autre Alexandre--est ecrit directement en francais (Gallimard, 1957). OEuvre de crise existentielle, de l'Autre et du Meme, au lendemain des guerres civiles fratricides qui ont demantele la Grece, il est necessaire pour sa comprehension de se rapporter a l'imaginaire culturel de l'ecrivain.
  Pourquoi ne me reconnais-tu pas? (Elle crie). Laissez-moi tranquille.
  Je n'ai pas de carte d'identite. D'ailleurs je vais quitter cette
  region. Puisque toi non plus tu ne me reconnais pas. J'irai nager
  seule au large. Je n'ai pas de carte d'identite, laissezmoi,
  laissez-moi ...


s'eerie Aglae avec tristesse envers l'agent de police. (28)

Dans le schema double d'une famille (ou plutot de deux) portant des noms semblables, enfants legitimes et batards, genes tous du meme geniteur, se perdent, se retrouvent, se haissent, se meurtrissent. Le problems de la vie et de la mort preoccupe Liberaki qui cherche par le biais de ses oeuvres redigees en francais l'issue possible du labyrinthe. Abordee a travers l'experience migratoire, la question de l'identite constitue elle-meme souvent une problematique de base en raison de laquelle certains ecrivains semblent s'orienter vers des choix thematiques precis. Le traitement de sentiments d'etrangete semble associe a la presentation de quelques themes-clefs, tels que le depart, le retour, la mort.

La demarche de l'ecrivain
  resulte d'un discours sur la bi-culturalite, une prise de conscience
  d'une ineffable dualite difficilement et douloureusement assumee,
  consisterait peut-etre a chercher, a [sa] maniere, une place dans le
  monde. Margarita Liberaki appartient a cette diaspora culturelle
  grecque et cree une oeuvre marquee par la quete d'une identite sous
  des aspects divers: de l'identite linguistique et stylistique, a
  celle de sa generation, de sa feminite, pour aboutir enfin a son
  identite personnelle. La production litteraire de Liberaki, creee en
  France et en Grece est composee tantot en francais, tantot en grec. Ce
  qui force l'admiration est que, delaissant sa langue maternelle, elle
  compose directement en francais et, plus tard, elle revient au grec en
  s'autotraduisant." (29)


Hesitant entre deux langues d'expression, le grec et le francais, l'auteur ne parvient pas a choisir. Elle commence par rediger certaines de ses oeuvres en grec, puis passe insensiblement au francais pour d'autres. Ce va-et-vient se fait toutefois sous le prisme
  des symbolismes et des mutations du mythe a la critique de la
  mythologie androcentrique et a sa reformation sous une nouvelle
  optique feminine, car ce qui l'interesse, au fond, c'est la
  contribution du mythe dans le processus de la recherche de
  l'accomplissement de la personne." (30)

  A partir du moment qu'un ecrivain choisit d'ecrire dans une langue qui
  n'est pas la sienne, qui n'est pas sa langue maternelle, des
  "nouvelles relations" se nouent avec l'expression. Quant a moi, j'ai
  vecu ces "nouvelles relations" comme une denudation linguistique, une
  sorte de recul que j'ai garde depuis, meme quand j'ecrivais en grec.
  Le Saint Prince, Les Dandides, Le Lit Secret, Sparagmos, Erotica sont
  ecrits en francais. Ecrire en grec ne s'est fait qu'apres des annees,
  et cela a toujours commence avec peur et hesitation--tendance a
  reporter l'exercice--, il avancait avec une volupte reelle, un amour a
  chaque fois nouveau, pour ma langue maternelle que, j'avais, d'une
  certaine facon, trahie. Ainsi, la relation avec ma langue devient une
  relation d'amour, un amour vecu comme attirance-repulsion,
  union-separation, exactement comme dans mon ouvrage Erotica. (31)


Rien n'est fortuit, rien n'est du au hasard. La quete d'identite s'exprime a travers la reflexion sur le bilinguisme. Certes, Facte est important quand on sait combien la langue charrie avec elle la culture du pays.

Ce passage d'une langue a une autre s'accompagne pour les ecrivains francophones de troubles d'identite et d'oeuvres qui apportent la preuve creatrice d'un univers particulier. Au sein de la diaspora grecque, deux noms font figure importante de precepte, deux voix feminines: Lilika Nakos et Blanche Molfessis.

Elevee entre Geneve (32) et Paris (33), et apres des etudes de litterature franchise a la Sorbonne, Lilika Nakos, amie de Nikos et Galatia Kazantzakis, rentre dans son pays ou elle exerce la profession d'enseignante en Crete. Fuyant la Grece de l'apres-guerre comme plusieurs de ses compatriotes de la gauche (Kranaki), elle se rend en Suisse ou elle travaille comme journaliste et ecrit des textes sur commande pour survivre. Ecrits pour etre publies dans les quotidiens de Geneve, ses textes sont rediges en francais. Frappee par la guerre, la famine et le deracinement, les textes de Nakos, d'inspiration autobiographique, focalisent des histoires tristes et realistes, d'enfer presque, qu'il s'agisse des adultes ou des enfants.

Ses debuts litteraires datent pourtant de son sejour a Paris, de 1923 a 1930, ses textes etant publies dans les journaux et periodiques francais Le Monde, Clarte, Europe et Nouvelles Litteraires, alors que son recueil de recits La Defloree, qui l'a rendue connue en Grece, parait en francais (1932), avant la parution grecque (1937). Aux debuts de la decennie des annees 30, "les premiers textes francais et grecs de Lilika Nakos surprennent par leur caractere novateur public et critique." (34)

Si Nakos choisit le francais pour ecrire ses premiers textes litteraires, ce n'est guere fortuit, ce n'est meme pas lie aux quetes identitaires qu'ont connues d'autres ecrivains de la diaspora grecque. Nakos est originaire d'une famille aisee, bourgeoise et intellectuelle qui voyage souvent des son plus jeune age a Paris et a Geneve. De par son pere, socialiste depute au gouvernement de Venizelos et ami intime d'Henri Barbusse, Nakos, jeune encore, a facilement acces pour ses premieres publications a des revues francaises dirigees par la gauche francaise. Puis, au temps de la guerre et de l'Occupation, et comme le francais est sa deuxieme langue maternelle (avec sa mere elle demenage a l'age d'a peine dix ans a Geneve ou elle pour suit sa scolarite au college), elle ecrit en francais bon nombre de ses textes, alors que d'autres voient la traduction en meme temps que le texte grec. Ainsi, les recits du recueil L'Enfer des gosses, (35) redige en grec durant les annees obscures de la guerre, entre 1942 et 1943, pendant que l'ecrivain vivait en Grece, sont traduits aussitot en francais et publies immediatement dans les periodiques helvetiques; leur ecriture profonde et dense sensibilise l'opinion publique qui envoie aussitot des vivres a la Grece occupee.

Toutes les oeuvres de Nakos sont quasi-autobiographiques; "sa vie est si etroitement liee a son oeuvre que si l'on veut la comprendre, il faut toujours recourir a la vie personnelle de l'ecrivain." (36) Ainsi, dans Les Deroutes (1935), roman ecrit en grec et traduit en francais, Alexandra, l'heroine, une jeune fille de dix-sept ans, n'est que l'alter ego de l'ecrivain. C'est a cet age que l'ecrivain est tombee amoureuse d'un homme beaucoup plus age qu'elle, un ami de son pere. Comme l'auteur aussi, Alexandra est socialiste et habite la pension de la russe Madame Dubois, qui n'est en fait que la pension que tenait a Geneve la nourrice de Tolstoi" ou a habite aussi Nakos avec sa mere. Comme l'ecrivain, Alexandra aussi tombe amoureuse d'un homme beaucoup plus age qui la guidait dans ses ecrits. La narration a la premiere personne fait que l'heroine-narratrice s'identifie avec l'auteur qui ne laisse pas de doute sur le caractere autobiographique des faits racontes.

Les romans de Nakos sont des bribes de vie rassemblees et reconstituees pour les besoins du recit, aux frontieres de l'imaginaire et de la fiction. 'A travers le personnage de Nausica, l'heroine de sa nouvelle eponyme (1953), l'auteur avoue: "Quelquefois [...], quand je fais le retour en arriere pour regarder ma propre vie, j'ai l'impression que j'ai reve de tout cela. Malheureusement, elles ont ete toutes vraies, et je peux dire que mon enfance a marque tristement ma vie future." (37) Que les evenements rapportes font partie du repertoire personnel et autobiographique de l'ecrivain, il n'y a aucun doute. Deborah Tannen, qui a interviewe Nakos en 1975 et en 1976, affirme avec certitude que plusieurs des faits racontes par l'ecrivain etaient representes dans ses textes litteraires.
  I interviewed Nakos over a period of eight months in 1975 and 1976 at
  her winter and summer homes outside Athens. In the course of those
  interviews I asked her about the circumstances surrounding the
  creation of her novels. In her answers to my questions, Nakos
  recounted some events that she had also represented in the novels.
  Thus I had the opportunity to compare Nakos's literary and
  conversational re-creations of the same events. (38)


Quant a Madame Doremi (1955), roman a grand succes commercial en Grece, (39) il a ete redige en 1947 pour un periodique de langue francaise en Suisse.
  Lilika Nakos wrote her most commercially successful novel, Mrs. Doremi
  (I Kyria Doremi) in 1947 for a French-language magazine in
  Switzerland. She subsequently rewrote it in Greek, and it was
  published in Athens in 1955 and serialized on television in the 1980s.
  These are the circumstances leading up to the writing of that
  novel. (40)


Tannen, qui a connu l'ecrivain, rapporte l'evenement de son arrivee en Suisse en 1947, en pleine guerre mondiale. L'ecrivain est epuisee, au bout des forces, elle a faim et elle n'a rien.
  In 1947 she returned to Switzerland, where she had grown up from the
  age of twelve, where she had written her first work in French, and
  where she had developed a reputation as a writer before she returned
  to her homeland, Greece, at the age of thirty-one. [...] she had just
  arrived in Switzerland and was sitting in the train station, destitute
  and aimless. An acquaintance from her earlier time in Geneva
  approached and told her that a magazine editor had heard about her
  arrival and wanted to commission a humorous novella. She remarked,
  "What, humorous?" She wasn't feeling humorous at all because, as she
  explained,

  Den eicha tipota.
  Oute na koimitho,
  oute na fao,
  oute domatio,
  oute tipota.

  I didn't have anything.
  Neither to sleep,
  neither to eat,
  neither a room,
  neither anything.

  Je n'avais rien.
  Ni pour dormir,
  ni pour manger,
  ni chambre,
  ni rien. (41)


Plus qu'un choix personnel inoffensif, ecrire en francais des nouvelles humoristiques etait pour Nakos une question de survie.

Nee a Paris de parents grecs, Blanche Molfessis a deux langues maternelles, comme elle le dit elle-meme: le grec et le francais. Sa preference va pourtant a la langue francaise qu'elle utilise comme outil de travail et comme langue d'ecriture litteraire. L'auteur, qui excelle dans la poesie, se distingue ensuite dans la prose et choisit la traduction litteraire des oeuvres grecques dont elle fait son metier. (42)

Sa thematique preferee est celle de l'Occupation et de la guerre civile qui est au centre de son roman L'Arme aux yeux (1995). (43) Cette guerre fratricide, cependant, elle ne l'a pas vecue, et si le theme de la guerre revient souvent dans sa prose c'est grace a une memoire entee par ses parents refugies en France.

Dans le roman, la narration homodiegetique entremelee a la narration intradiegetique, conferant a l'histoire narree le ton de confession d'une histoire, developpe plutot le mythe du deracine et du desir profond pour l'eternel retour. Romanciere de talent, Molfessis parvient sans peine a reconstituer l'Histoire a travers son histoire personnelle, celle d'une generation perdue des guerres civiles, des migrants et d'exiles. Le procede du retour en arriere dans la narration est revelateur du morcellement de l'auteur divise a tout jamais entre "ici" et "la-bas." S'appuyant sur des preuves plausibles, des temoignages et des documents photographiques de l'epoque, l'auteur est a meme de donner une vision de l'Histoire a travers l'histoire de ses protagonistes grecs. Le roman devient ineluctablement pour l'auteur une veritable quete d'identite, une recherche frustrante et douloureuse. Comme Kali, l'heroine, l'auteur ne peut qu'avoir des "larmes" aux yeux, homonymie--heureuse?--de "L'Arme aux yeux," l'intitule meme du roman.
  On voyait les levres prendre la forme des mots; la fumee prendre la
  forme des levres et se defaire aussitot [...] Ce fut un conte cruel
  [...] Paris, ma ville natale et aussi ma maratre. Comme elle savait
  punir toute turbulence (...)

  Et au dernier moment, au tout dernier moment, le miracle! C'est Paris
  qui les a sauves [...]

  Paris, bien sur, etait intervenue: dans sa severite, elle avait gronde
  ceux qui condamnent les enfants, les avait menaces [...] (44)


Le choix du roman est assez significatif: ecrit en francais, il pose clairement le probleme de la langue d'ecriture, de l'arme en ecriture. L'auteur raconte en francais des experiences grecques. C'est peut-etre normal pour un ecrivain dont le francais prime sur le grec qui ne represente pour elle qu'une langue d'expression orale. En effet, Molfessis n'apprend a ecrire le grec que bien plus tard.
  [E]crire en francais des choses grecques, donc, se servir d'une langue
  pour exprimer une realite etrangere a cette langue, pose clairement la
  question de la distance entre le signifiant et le signifie. [...]
  L'ecriture est une composante de l'identite, une composante
  determinante de la personnalite de Blanche. (45)


C'est cela peut-etre le ton confesseur du roman: pouvoir raconter aux amis francais l'experience douloureuse du pays perdu. (46) La perte de la langue du pays entraine avec elle la perte de l'identite grecque que Molfessis essaie bien des annees plus tard de reconquerir, d'abord a travers ses voyages, puis en s'installant definitivement a Athenes.

Si pour des raisons differentes les ecrivains grecs de la Diaspora ont choisi de vivre en France ou en Suisse et d'ecrire en francais, le Retour se pose et s'impose, et ils vont retourner tous tot ou tard a la terre natale. Toutefois, leur statut d'exile donne essor a une problematique essentiellement identitaire qui decoule surtout d'une reflexion profonde sur la nature de l'identite elle-meme.

Gisele Prassinos, enfant de migration, prend le chemin de l'exil avec ses parents grecs qui resident a Istanbul mais qui fuient le pays au lendemain du desastre de l'Asie Mineure, en 1922. "Enfant prodige du Surrealisme, sans pour autant cesser de faire entendre une voix grecque," (47) l'adolescente se revele rapidement par une plume poetique qui ne laisse pas indifferents les theoriciens du mouvement, Breton, Eluard, Char. Traductrice de Kazantzakis, Prassinos excelle aussi dans le roman. (48) Il est significatif que, dans ses romans, l'ecriture se fait par un travail sur la memoire. La memoire et le metissage tiennent le fil conducteur d'une prose marquee par l'autobiographie mythique et par un "mouvement de retour vers le Moi et son histoire." (49)

Si l'on parle de memoire chez Prassinos, en tant que rappel et reconnaissance du souvenir, il faut bien le dire, l'ecrivain n'a guere de souvenirs individuels du pays et du foyer perdu. Elle etait encore dans les langes quand ses parents emigrerent en France. Ses souvenirs d'enfance sont ceux qu'elle se fait en France, dans le seul foyer qu'elle peut desormais se rappeler. Ils se passent dans des lieux socialement marques: la cuisine, le jardin, la cave ... "C'est dans le cadre de la famille que l'image se deplace, parce que des le debut elle y etait comprise et qu'elle n'en est jamais sortie," (50) souligne Halbwachs a propos de la memoire collective.

Dans Le Temps n'est rien, l'auteur evoque l'effervescence qui regnait dans la maison les jours de fete et les odeurs de mets delectables qui se repandaient des l'aube. Car en femmes orientales "incorrigibles, elles roulaient des boulettes de viande, brulaient la peau des aubergines au-dessus du gaz, farcissaient des feuilles de vigne." (51) Autant de sensations olfactives, tactiles et visuelles dont l'imagination etait a jamais impregnee chez la jeune ecrivain et dont la realite, il faut bien le souligner, est celle de la realite quotidienne des femmes orientales de diverses minorites de travailleurs migrants vivant a Nanterre, dans la banlieue parisienne.
  La gare s'etendait dans un lot de champs incultes, semes de boites de
  conserves, de vieux seaux hygieniques et de morceaux de lits-cages
  enveloppes de rouille comme les epaves, dans la mer, le sont de
  coquillages. Des caniveaux remplis d'une eau croupie traversaient ce
  terrain en tous sens et il fallait etre du quartier pour savoir les
  eviter. [...] Beaucoup plus loin, se pressaient les maisons. Les
  premieres bricolees, avec un toit de tole et tournant le dos a de plus
  grandes, ornees de verdure aux fenetres. (52)


Imaginaire mythique du pays sans doute, que l'auteur reprend dans Le Grand Repas.

"Le vent soufflait. Nous etions Dehors, dans un champs desert eclaire par la lune. Notre Maison avait disparu. Il n'en restait rien, meme pas quelques pierres. On ne voyait que de l'herbe, a l'infini." (53)

Entre mythe onirique et frontiere du reve, entre autobiographie et imaginaire--s'agissant d'un imaginaire reve--Prassinos gardera du pays natal un souvenir de charme decouvert en France pendant son enfance a Nanterre.

Dans Le Temps n'est rien, l'histoire de l'exil de Muguet, l'heroine, ressemble terriblement a celle de l'auteur. "Cette rememoration du lieu et du temps de l'enfance va de pair avec une thematique de l'exil et du deracinement." (54)

A cote de la tendance a oniriser les faits, gestes et objets quotidiens, les recits des Mots endormis (1967), rediges engros entre 1946 et 1965, posent une nouvelle forme d'ecriture narrative metaphorique qui projettent dans l'ensemble l'image d'un personnage dechire entre le desir de s'ouvrir et celui de se replier. "[U]n Moi divise et aliene en jouant sur des images du dedoublement [...] Mis en situation d'echec, juge, condamne, exile, le personnage de Prassinos reagit par une atonie generate, ce que l'auteur appelle une 'mort affective.'" (55)

Gisele Prassinos marque une litterature francaise precoce et originale par sa creation poetique, alors que c'est dans la prose qu'excelle la plus grande marge de la diaspora grecque.

Au sein de la Francophonie hellenique, deux autres cas meritent neanmoins d'etre signales: celui de Clement Lepidis et celui de Mimika Kranaki. L'etude de leur oeuvre nous semble necessaire pour faire une presentation plus ou moins complete des prosateurs grecs contemporains d'expression francaise. Elle permettra de degager la singularite de la francophonie grecque contemporaine en situation d'exil et de migration.

Parisien de naissance, Parigot comme l'auteur aimait dire, Clement Lepidis, pseudonyme de Kleanthis Tchelebides, dont l'oeuvre traite de la Grece des ancetres, est le descendant d'une famille grecque d'Anatolic Comme Prassinos qui n'a pas connu la Constantinople de sa naissance et qui rapporte la memoire de son pays, Lepidis repercute aussi dans toutes ses oeuvres une memoire entee dans le plus profond de son etre grace aux recits du pere Christos et des amis grecs de Belleville. L'auteur est fortement marque par son pays d'origine, qu'il n'a jamais connu du reste et qu'il essaie de connaitre par le biais d'une thematique essentiellement grecque et "anatolienne." Les motifs dominants sont la douleur du deracinement et l'exil interieur; et La Rose de Buyukada (prix des Deux-Magots, 1964), La Fontaine de Skopelos, Le Marin de Lesbos (prix Populiste Jean-Mace, 1972), Les Oliviers de Macedoine sont tous des romans ou l'amour et la nostalgie du pays perdu eclate a chaque page.

Clement Lepidis, le Parisien de l'Asie Mineure, est en effet la personnification meme de l'exil. L'ecrivain, qui n'a jamais connu l'Anatolie paternelle et qui ne parle donc pas le grec, se sent profondement exile et deracine et souffre a tel point que son oeuvre reprend la thematique de l'exil dans son sens general. Apres le beau roman L'Armenien (grand prix de la Societe des gens de lettres, 1974) qui traitait aussi du theme de l'exil, Les Emigres du soleil mettent en scene des exiles de tout pays, qu'ils soient debarques de Grece, d'Afrique du Nord ou d'Espagne. Les personnages du recueil ont en commun cet espoir qui les a pousses vers la France, soit pour y trouver un refuge, soit pour y realiser un reve, soit plus simplement pour y gagner leur pain. Mais au bout du voyage les attendent bien souvent la deception, l'echec, l'eclatement du mirage, ou cette mort amere qu'est la mort en terre etrangere. Lepidis sait de quoi il parle. "Fils d'exile moi-meme, leurs problemes me semblent les miens," (56) souligne l'auteur dans la presse pour la parution des Emigres du soleil.

"La substance du migrant porte incontestablement les marques de la differenciation et de l'alterite, meme quand il s'agit de migrants de deuxieme generation." (57)

Certes, unifier en un seul homme le Parisien et l'Oriental n'est pas un pari facile. Ainsi, a l'inverse des Grecs qui quittent la Grece pour la France, Lepidis repond a l'appel de la Grece et recompose le parcours familial, en Grece et en Turquie, voyage initiatique a la terre d'origine. "C'est peut-etre parce que je voulais exterminer le monstre que j'avais en moi, dans un effort de connaitre mes origines, de voir plus clair en moi," (58) avoue l'auteur dans son autobiographie.

L'identite est liee etroitement a la memoire collective; elle est, chez Lepidis, uniquement constituee des recits de douleur et de deracinement, des recits des jours heureux a la mere patrie, des recits de l'entourage familial, mais aussi des lectures de livres--essentiellement de l'oeuvre d'Henry Miller--qui ne sont en fait que des temoignages de seconde main.

Le probleme pose par l'enchevetrement de la memoire et l'imaginaire est aussi vieux que la philosophie occidentale. Il suffit de rappeler en fait l'heritage grec et la philosophie platonicienne et aristotelicienne.
  La philosophie socratique nous a legue sur le sujet deux topoi rivaux
  et complementaires, l'un platonicien, l'autre aristotelicien. Le
  premier, centre sur le theme de l'eikon, parle de representation
  presence d'une chose absente; il plaide implicitement pour
  l'enveloppement de la problematique de la memoire par celle de
  l'imagination. Le second, centre sur le theme de la representation
  d'une chose anterieurement percue acquise ou apprise, plaide pour
  l'inclusion de la problematique de l'image dans celle du souvenir.
  C'est avec ces versions de l'aporie de l'imagination et de la memoire
  que nous n'avons jamais fini de nous expliquer. (59)


Clement Lepidis n'a pas de memoire historique personnelle ou collective. Ses souvenirs d'enfance sont ceux d'un Parisien, fils d'un cordonnier de Belleville. Faute de souvenirs d'enfance de Grece, l'image que l'ecrivain fait de ce pays est celle de son imaginaire qui fonctionne en catalyseur a l'ecriture heureuse des romans a thematique grecque ecrits en francais. Pour renforcer son imaginaire, Lepidis voyage des annees plus tard en Grece afin de fixer cet imaginaire qui l'a toujours obsede depuis l'enfance.
  Instant unique que le depart pour la terre des ancetres. Plus de trois
  mille kilometres m'en separaient, mais celle-ci m'impressionnait deja.
  Aux couleurs tendres et verdoyantes de la campagne francaise se
  calquait un melange de feu et de mysterieux limon. Je n'etais certain
  de rien. Les recits que le pere avait graves au couteau dans mon coeur
  en me les racontant ressurgissaient brusquement dans le grand silence
  du souvenir. J'imaginais les aieux m'epier du fond de leurs tombes
  tout en me laissant faire. J'entendais les ricanements d'une
  generation tombee en poussiere sur les plateaux de cette Anatolie
  lointaine qui m'apparaissait comme une montagne immense que je voulais
  escalader seul, sans corde et sans pic. [...] Brousse! Konya!
  Erzeroum! Istanbul! Ankara! Eskichehir! Le village des aieux etait la,
  eclatant sur son affiche en lettres phosphorescentes dans la gare
  routiere [...]. (60)


Par le biais du voyage et du retour aux racines, Lepidis decouvre enfin son identite, une nouvelle identite culturelle.
  J'etais au coeur de l'Anatolie desiree, redoutee, parmi des hommes que
  je jugeais redoutables mais que la misere transformait en parias. "On
  attendait les Turcs d'un moment a l'autre ...," grognait la voix du
  pere a mon oreille. Mais moi j'offris la main a tous ces hommes. (61)


Mimika Kranaki (62) est l'auteur de trois romans: Contre-temps (1948), Cirque (1950) et Philhellenes. Vingt-quatre lettres d'une Odyssee (1992). L'oeuvre romanesque de Kranaki est ecrite en grec tandis que son oeuvre critique est en francais. Ses oeuvres focalisent la thematique des mythes de la double identite et du bilinguisme que se posent tous les exiles du langage.

Dans une demarche opposee a celle de Lepidis qui ecrit, evidemment, ses oeuvres en francais, la Grecque Kranaki, qui vit en France et y travaille, choisit le grec pour ses oeuvres de fiction. "Comment peuton desapprendre la facon dont on respire?" (63), ecrit l'ecrivain. Choix delibere certes, puisque l'ecrivain ecrit tous ses textes philosophiques et critiques en francais, langue de la raison.

En effet, le processus de la memoire est plus adequat chez Kranaki que chez les autres ecrivains grecs. Sa memoire collective et individuelle est une memoire grecque. L'auteur vient en France a l'age de vingt-cinq ans. Si sa memoire d'adolescente grecque travaille comme catalyseur dans son premier roman Contre-Temps, roman d'adolescence, la memoire de l'hellene exile a la recherche de son Hellade mythique et moderne tient le fil conducteur de son dernier roman Philhellenes. Vingt-quatre lettres d'une Odyssee, roman epistolaire et semi-autobiographique post-modeme. Philhellenes est une oeuvre de maturite. Kranaki l'ecrit a l'age de soixante-dix ans. Elle n'est peutetre pas rongee par l'exil, les frontieres ne sont pas fermees et les distances sont abolies. Mais l'auteur porte en elle un exil interieur. "Le premier exil, l'exil interieur, est vertical et paradigmatique, alors que l'autre, l'horizontal et syntagmatique, on le trouve dans l'espace." (64) Kranaki, naturalisee francaise, etablie en France et enseignant la philosophie a l'Universite de Nanterre, n'arrete de penser a ses racines et a la Grece qui est la, si proche d'elle.... "Jeter des racines, c'est quelque chose de grave." (65) L'auteur veut rentrer, elle le dit elle-meme lors de ses interviews, (66) mais il n'y a plus personne qui l'attend, pas de famille, pas de travail. Il faut recommencer tout a zero. "Au bout d'un certain temps, c'est deja tard pour retourner [...] Le retour au pays, c'est un nouvel exil," (67) affirme-t-elle. Kranaki reste alors en France et ecrit en grec des romans "grecs," impregnes par l'amour du pays, mais aussi des livres sur la Grece et des guides touristiques en francais, impregnes du soleil du pays.

Concept generique et dedouble, entre la mneme (souvenir) et l'anamnesis (le rappel), la memoire souleve le probleme embarrassant, il faut bien le dire, de determiner si le souvenir est une sorte d'image et d'expliquer le mutuel enchevetrement du langage et de l'experience. En effet, quand on parle de la memoire et du souvenir, on parle de l'image, l'eikon, que l'on se fait du passe, et qui a une connotation d'affection originelle, ainsi que du tupos, qui met en jeu la causalite externe de l'incitation. (68) Dans cette optique, Kranaki garde de la Grece un souvenir-image qui l'accompagne et la renforce tout au long de son exil. C'est une memoire entee qui cherit tous les migrants en situation d'exil et qui leur donne la force et le desir d'y retourner, le pathos (la reception) et la praxis (l'action).

La memoire que Kranaki a de la Grece, elle se l'approprie par le biais de l'ecriture, une ecriture exclusivement a coloration grecque. Tous ses livres parlent de la Grece et projettent, inconsciemment, l'image du pays qui est une image re-creee par l'ecriture. Le don de l'ecriture tient lieu alors d'antidote de la memoire, de pharmakon en quelque sorte, pour tous les ecrivains en exil qui trouveront en l'ecriture une "capacite d'elaboration" necessaire pour surmonter la crise; de plus, grace a l'ecriture, "cette crise prendra une qualite de 'renaissance' avec un accroissement de son potentiel creatif." (69)

"Tous les Metis," dit Jean Morisset, "doivent faire face un jour au dilemme de l'ecriture qui les trahit et les rehabilite a la fois." (70)

Mais ce qui est encore plus interessant dans ce projet de reecriture, c'est l'architecture de l'oeuvre dans son ensemble, qui, par la force d'une energie "naturelle," superpose les histoires multiples des narrateurs epistoliers, les noue etonnamment entre elles de facon a ce qu'elle privilegie la voix du "je" narrateur dans le texte. Cette architecture metaphorise le metissage et l'assimilation culturelle qu'elle represente. Elle malmene en tout cas le lecteur, defie sa logique, lui fait comprendre que la lecture de ce roman polyphonique ne releve pas du tourisme, mais d'un voyage veritable dont l'organisation consiste en une reflexion profonde et en une decision radicale a prendre. "[Elle] a dure longtemps la division entre le 'oui' et le 'non' entre l"ici' et l"ailleurs.' Je me trouve depuis longtemps sur la tranche du verre casse ..." (71), s'ecrie le narrateur des Philhellenes.

Les Philhellenes de Kranaki n'est pas seulement le nostos ni seulement la nekyia. C'est surtout la deception du retour. De retour au pays, les migrants, hellenes ou pas, les protagonistes du roman, se retrouvent a nouveau etrangers. Il reste encore les pretendants de Penelope, ce n'est pas une affaire facile. Desarme et ancre desormais dans sa deuxieme culture, celle de la France, l'auteur-narrateur des Philhellenes se trouve devant un malaise impensable a son retour au pays, ou, inconsciemment, il pense en francais. "Je commence une phrase en grec et la suite me vient spontanement en francais." (72) "Je n'en peux plus," s'ecrie encore le narrateur des Philhellenes--l'alter ego de l'auteur. "On n'est pas sur la meme longueur d'onde culturelle." (73)

Ulysse des temps modernes, Kranaki est un Ulysse tragique. "Ne crois pas que la magicienne Circe a transforme gratuitement les compagnons d'Ulysse en pourceaux. lis l'ont suppliee pour qu'elle les transforme sous son coup de baguette." (74) Si seulement le voyage du retour pouvait se faire!... Mais l'exil, n'est-il pas un voyage qui ne sait pas trouver son retour? (75)

"La Grece, au lieu d'approcher, elle s'en va chaque jour de plus en plus loin. (76)

Je serai toujours seul partout." (77)

Autant de types et d'archetypes, de textes et d'architextes dans le cadre de la francophonie grecque. L'espace francais fut une source d'energie creatrice pour les ecrivains grecs qui ont trouve en France, et a Paris en particulier, capitale litteraire par excellence, un espace de liberte et d'expression artistique. La francophonie grecque est le produit heureux d'un metissage cultural, le reflet de l'assimilation mutuelle des civilisations, l'acceptation de codes sociaux differents.

Les ecrivains francophones grecs (78) sont en quete d'un lieu, d'une voix, d'un horizon de perception, d'une identite qui "n'est pas une donnee mais une construction perpetuelle. C'est une valeur metisse. L'interculturel devient ainsi l'espace le plus authentique du moi." (79)

Dans ses textes, Margarita Liberaki opere une quete d'identite aussi bien culturelle que personnelle, qu'elle mene a travers la deconstruction des representations conventionnelles et negatives de la feminite. Marquee par le sentiment de la double existence, elle puise dans la mythologie grecque les fantasmes de sa vie et finit par elever son angoisse identitaire au rang d'une problematique metissee transculturelle. Blanche Molfessis traduit dans les textes autofictifs, ainsi que dans les entretiens, son experience du deracinement geographique et linguistique; c'est la double appartenance que manifeste son oeuvre et c'est a travers la memoire qu'elle se met en quete de son identite en essayant de la definir a travers l'histoire de sa famille dans la Grece de la fin de la guerre civile. La romanciere grecque Mimika Kranaki fait partie de la generation des intellectuels grecs qui ont trouve en France une terre d'accueil, une terre qui a recu l'intelligentsia marxiste alors expulsee de Grece a la fin de la guerre civile en periode d'intense tension ideologique. Malgre la douleur qu'elle eprouve a voir persecuter son ideologie et ses camarades, son double exil--hors langue et hors pays--devient pour elle un lieu de creation et d'affirmation. Dans la meme periode de l'apres-guerre, un autre destin tragique est celui de Lilika Nakos, intellectuelle de gauche qui se voit forcee a l'exil. Toutefois, pour elle comme pour Kranaki, l'exil devient une fois encore lieu de creation, et plus encore lieu de survie. Deracinee, persecutee pour ses idees, Nakos fait de la litterature au nom de la vie. Les recits francais que l'ecrivain ecrit lors de son exil en France et en Suisse sont tous marques par le desespoir, la guerre et la lutte pour la survie. Aux frontieres de l'imaginaire et de la fiction, les recits de Nakos, a texture autobiographique, restituent de facon realiste une vie de cruaute ou rodent la famine et la mort et ou il faut veritablement se battre pour survivre.

Dans un perpetuel va-et-vient entre Paris et Athenes, Vassilis Alexakis donne l'impression d'avoir assimile les deux cultures a la fois sans appartenir a aucune. Double de l'Autre, l'auteur tente de renverser les relations et de les rendre reciproques et bi-directionnelles, jusqu'a son dernier livre, Les Mots etrangers, ou il introduit une troisieme langue, le sango. Dans une tentative d'echapper a la bipolarite France-Grece, l'auteur va jusqu'a inventer un modele de quete identitaire qui se veut interculturel, transculturel et multiculturel. Apres avoir traverse plusieurs etapes, nationales et europeennes, et tout au long de son parcours createur, l'auteur vise desormais au niveau mondial. A travers une thematique universelle, l'ecriture d'Alexakis implique le sentiment d'appartenir a une meme communaute et d'en partager les valeurs par dela les nationalites, les frontieres et les cultures. Tout autre est le processus d'ecriture chez Clement Lepidis, migrant de deuxieme generation, pour qui la douleur vient de la perte du pays ancestral, du sentiment d'avoir perdu a jamais la terre anatolienne. La memoire familiale fonctionne comme catalyseur et assure a l'auteur la memoire de son identite: se sentant veritablement Grec, Lepidis s'identifie a ses personnages fictifs, tous Grecs d'Anatolie, et entreprend le retour au pays par l'imaginaire.

Dans leurs oeuvres, les ecrivains de la Diaspora hellenique, migrants, exiles ou tout simplement hommes et femmes qui ont choisi de s'exprimer en francais, tentent tres souvent d'operer une veritable transgression des frontieres, qu'elles soient geographiques, politiques, linguistiques ou psychologiques, et mettent en evidence le caractere transgressif de la vie dans la culture de l'Autre. Ayant eprouve jusque dans leur moi le plus profond ce que Nancy Huston appelle "etrangeite" pour designer son propre sentiment d'etre partout ailleurs, d'avoir incorpore l'alterite en soi-meme, (80) les ecrivains grecs se tournent vers l'ecriture comme vers un espace de questionnement ou l'on peut se retrouver, se reinventer, se construire une identite nouvelle et multiple. L'espace accueillant et multiculturel de la francophonie est particulierement favorable a cette entreprise.

Universite de Paris IV-Sorbonne et Universite de Thessalie

Notes

(1) Chanson composee en 1969 par Georges Moustaki, compositeur-interprete, Grec d'Alexandrie. Voir Le Meteque ... et autres succes (compil. Polidor), texte tire de Georges Moustaki, Un chat d'Alexandrie. Entretiens avec Marc Legras (Paris: Editions de Fallois, 2002) 83.

(2) Vassilis Alexakis, Les mots etrangers (Paris: Stock, 2002) 213.

(3) Voir l'article de Despina Provata, "Ecrire en francais en Grece du XIXe siecle," Nouvelles du Sud 13 (nov.-dec.-janv. 1990); Robert Jouanny, ed., Ecrivains grecs de langue francaise (Paris: Editions Cerclef/Silex) 13-25.

(4) Leon Grinberg and Rebeca Grinberg, Psychanalyse du migrant et de l'exile. Traduit de l'espagnol par Mireille Ndaye Ba, avec la collaboration d'Yvette et Claude Legrand (Lyon: Cesura Lyon Editions, 1986) 42.

(5) Voir Julia Kristeva, Etrangers a nous-memes (Paris: Gallimard, 1988).

(6) Il existe aussi une autre graphie officielle du nom de l'auteur: Margarita Lymperaki. Nous avons adopte la transcription Liberaki qui apparatt tantot avec "e" sans accent, tantot avec "e" accent aigu, ecriture que l'auteur elle-meme a adoptee de son vivant et qui figure aussi aux editions francaises de ses oeuvres chez Gallimard (1950, 1953, 1957 et 1964).

(7) Sur ce sujet, voir Georges Freris, "Vassilis Alexakis ou le jeu du refus et de l'assimilation de deux cultures," in Nouvelles du Sud, 13 (nov.-dec.-janv. 1990); Robert Jouanny, ed., Ecrivains grecs de langue francaise (Paris: Editions Cerclef/Silex) 143-51 et Georges Freris, "Le dialogue interculturel de Vassilis Alexakis dans Paris-Athenes," in Cahiers francophones d'Europe Centre-Orientale 5-6; Y a-t-il un dialogue interculturel dans les pays francophones, (Pecs/Vienne, 1995) 387-98. Voir aussi Robert Jouanny, "Preface," Nouvelles du Sud 13, op. cit., 1-3. Dans sa Preface, R. Jouanny note:

Debats riches, passionnes et douloureux parfois, derriere lesquels se profile l'obsedante quete d'identite de l'homme moderne, si bien evoquee par Alexakis, qui, dans son recent Paris-Athenes (titre qui aurait pu aussi bien etre celui du present volume) exprime l'impossibilite dans laquelle il se trouve de choisir entre la langue de sa mere et celle de ses enfants,--entre les deux tentations, dirons-nous, de l'homme du XXe siecle finissant: s'enrichir de soi, s'enrichir de l'Autre, p. 3.

(8) Daniel Sibony, Entre-deux, l'origine en partage (Paris: Seuil, coll. "La couleur des idees," 1991) 31-32.

(9) Vassilis Alexakis, La Langue maternelle (Paris: Fayard, 1995) 43-44.

(10) Robert Jouanny, Singularites francophones (Paris: PUF, coll. "Ecriture," 2000) 172.

(11) Venetia Balta, Problemes d'identite dans la prose grecque contemporaine de la migration (Paris: L'Harmattan, 1998) 67.

(12) Efstratia Oktapoda-Lu, "Vassilis Alexakis ou la quete d'identite," in La Langue de l'Autre ou La Double identite de l'ecriture, Textes reunis par J.-P. Castellani, M. R.Chiappparo et D. Leuwers, Tours, Publication de l'Universite Francois Rabelais, Litterature et Nation 24 (2001) 288.

(13) Vassilis Alexakis, Paris-Athenes (Paris: Seuil, 1989) 12-13.

(14) Vassilis Alexakis, Les Mots etrangers (Paris: Stock, 2002) 253.

(15) Leon Grinberg and Rebeca Grinberg, Psychanalyse du migrant et de l'exile, op. cit., 42.

(16) Vassilis Alexakis, Les Mots etrangers, op. cit., 320.

(17) Vassilis Alexakis, Paris-Athenes, op. cit., 128.

(18) Georges Freris, "Vassilis Alexakis ou le jeu du refus et de l'assimilation de deux cultures," art. cit., 150.

(19) Vassilis Alexakis, Talgo (Paris: Seuil, 1983) 6.

(20) Consideree comme moyen d'expression culturelle, la langue prend des connotations culturelles. Pouvoir s'exprimer dans la langue de l'Autre est aussi une experience positive. Elle devient synonyme d'acces a une nouvelle culture. Grigoris, le heros de Talgo qui vit a Paris depuis une vingtaine d'annees, apprend le francais a la perfection au point de passer pour Francais meme aux yeux de sa propre mere et d'avoir des difficultes a parler le grec. Vassilis Alexakis, Talgo, 84-85.

(21) Georges Freris, "Vassilis Alexakis ou le jeu du refus et de l'assimilation de deux cultures," art. cit., 151.

(22) Robert Jouanny, Singularites francophones, op. cit., 172.

(23) Efstratia Oktapoda-Lu, "Vassilis Alexakis ou la quete d'identite," art. cit., 289.

(24) De ses quatre romans ecrits en langue grecque, Marguerire Liberaki a traduit elle-meme en francais L'Autre Alexandre (Paris: Gallimard, 1953) apres avoir publie les Trois etes (1946) traduit du grec par Jacqueline Peltier (Paris: Gallimard, 1950). A signaler que l'auteur a ecrit aussi en francais la piece L'Autre Alexandre, adaptation du roman (Paris: Gallimard, 1957). Parmi ses oeuvres en francais, a signaler egalement: Les Danaides (Paris: Gallimard, 1963), Le Saint Prince (Paris: Gallimard, 1963), Sparagmos (Paris: Ch. Bourgois, 1973), Erotica, (Paris: Ch. Bourgois, 1974), To Mythiko Krevati (Le Lit secret) (en francais, 1967 et en grec, 1972).

(25) Marc Gontard et Maryse Bray, Regards sur la francophonie (Rennes: Presses Universitaires de Rennes, 1996) 18.

(26) Efstratia Oktapoda-Lu, "De la Grece a la France. Marguerite Liberaki entre prise de conscience et quete d'identite," in L'Europe, la France, les Balkans. Litteratures balkaniques et litterature comparees, Roumiana Stantcheva and Alain Vuillemin, eds. (Editions de l'Institut d'Etudes Balkaniques, Arras, Sofia et Artois Presses Universite, 2004) 196.

(27) Voir aussi Olympia Antoniadou, "Margarita Liberaki en quete de l'identite a travers la mythologie grecque et personnelle," in La Francophonie dans les Balkans: Les Voix des femmes, E. Oktapoda-Lu et V. Lalagianni, eds., Introduction Georges Freris (Paris: Publisud, 2005) 54-55.

(28) Marguerite Liberaki, L'Autre Alexandre (Paris: Gallimard, 1957), Acte III, 124-25.

(29) Olympia Antoniadou, "Margarita Liberaki en quete de l'identite a travers la mythologie grecque et personnelle," art.cit.

(30) Vassiliki Lalagianni and Marita Paparoussi, "La diaspora neo-hellenique en Europe: le cas de Margarita Lymperaki," in Multiculturalisme et francophonie dans les Balkans, E. Oktapoda-Lu, ed., Introduction Pierre Brunel (Paris: Publisud, sous presse) 165.

(31) M. Liberaki, Tetradia Theatrou 31 (mars 1977) 5. Cite dans Lalagianni Vassiliki and Marita Paparoussi, "La diaspora neo-hellenique en Europe: le cas de Margarita Lymperaki," art. cit., 157.

(32) Ou elle s'installe en 1911 avec sa mere a la suite du divorce de celle-ci avec son pere.

(33) Ou elle a demenage avec sa mere en 1923, parce que le pere aussi y etait installe.

(34) Nikitas Parisis, "Lilika Nakos," La prose de l'apres-guerre: de la premiere a la deuxieme guerre mondiale (1915-1939), t. 6, (Athenes: Sokolis, 1993) 195 (en grec). Sur Lilika Nakos et son oeuvre, voir egalement Lilika Nakos. Etudes, Theodosis Pylarinos, ed. (Athenes: Vivliothiki Trapezas Attikis, 2003) (en grec).

(35) Lilika Nakos, L'Enfer des gosses, douze recits des temps de misere (en grec: I kolasi ton paidion, Athenes, 1945), trad. fr. par Jacqueline Schidun (Spes: Lausanne, 1946).

(36) Vasso Oikonomopoulou, "Structures d'auto-representation dans l'oeuvre litteraire de Lilika Nakos," in Lilika Nakos. Etudes, op. cit., 63.

(37) Lilika Nakos, Nausica (Athenes: Dorikos, 1980) 37 (en grec). A signaler que la nouvelle figure dans le recueil La Defloree, Paris, 1932 (en grec: I xepartheni, Athenes, 1937), sans que ce soit indique sur la couverture.

(38) Deborah Tannen, "Involvement as Dialogue. Linguistic Theory and the Relation between Conversational and Literary Discourse" in Michael Macovski, ed., Dialogue and Critical Discourse: Language, Culture, Critical Theory (New York: Oxford University Press, 1997) 142.

(39) Lilika Nakos, Madame Doremi (Athenes: Diphros) 1955 (en grec).

(40) Deborah Tannen, 143.

(41) Deborah Tannen, 143-144.

(42) L'auteur vit et travaille actuellement a Athenes, au Centre de Traduction Litteraire, a l'Institut Francais d'Athenes.

(43) Blanche Molfessis, L'Arme aux yeux, preface Jacques Lacarriere (Bruxelles: Talus d'approche, 1995). Autres oeuvres de l'auteur en francais: Le Cerceau (1982), Croisiere sur le Styx (1987). Parmi ses romans grecs a signaler: Yalina Synora (Frontieres de verre), Athenes, 1996 et I mera pou legete simera (Le Jour qui s'appelle aujourd'hui), Athenes, 2003.

(44) Blanche Molfessis, L'Arme aux yeux, op. cit., 53 et 63.

(45) Louisa Christodoulidou, "Ecriture et langue chez Blanche Molfessis," in La Francophonie dans les Balkans: Les voix des femmes, op. cit., 80, 82.

(46) "Le francais, [etant] considere comme un moyen de faire entendre en Europe la voix de la Grece," ecrit R. Jouanny, Singularites francophones, op. cit., 28.

(47) Robert Jouanny, Singularites francophones, op. cit., 32.

(48) Le Temps n'est rien (1958), La Voyageuse (1959), Le Cavalier (1961), La Confidente (1962), Le Visage effleure de peine (1964), Le Grand Repas (1966) et un conte a episodes illustre: Brelin le Frou (1975).

(49) Madeleine Cottenet-Hage, Gisele Prassinos ou Le desir du lieu intime (Paris: Jean-Michel Place, 1988) 14.

(50) Maurice Halbwachs, La Memoire collective, edition critique etablie par Gerard Namer avec la collaboration de Maria Jaisson (Paris: Albin Michel, 1997) 69.

(51) Gisele Prassinos, Le Temps n'est rien (Paris: Plon 1958) 67.

(52) Idem, 5-6.

(53) Gisele Prassinos, Le Grand Repas (Paris: Grasset, 1966) 207.

(54) Diamanti Anagnostopoulou, "Traces du moi intime et du moi fictionnel dans l'oeuvre romanesque de Gisele Prassinos," in La Francophonie dans les Balkans: Les Voix des femmes, op. cit., 39-40.

(55) Madeleine Cottenet-Hage, Gisele Prassinos ou Le desir du lieu intime, op. cit., 64.

(56) Copie de presse dans les archives de l'auteur sans indication du nom du quotidien.

(57) Ourania Polycandrioti, "Memoire et identite. Remarques sur quelques textes de la diaspora grecque en France au 20e siecle," Sygrisi/Comparaison 13 (2002): 107-108.

(58) Voir Clement Lepidis, "Autobiographie," La nation des emigres, [s. d.], p. 5, dans les archives de l'auteur. Sur Clement Lepidis, voir aussi: E. Oktapoda-Lu, "Terres d'origine, terre d'adoption. Le nostos de Clement Lepidis, un ecrivain grec dans l'Europe des Balkans," in Francophonie et multiculturalisme dans les Balkans, op. cit., 166-76.

(59) Paul Ricoeur, La Memoire, l'histoire, l'oubli (Paris: Seuil, 2000) 7-8.

(60) Clement Lepidis, La Fontaine de Skopelos (Paris: Seuil, 1969) 19 et 112.

(61) Idem, 126.

(62) A signaler qu'on trouve aussi le nom de l'auteur sous des graphies differentes: Cranaki Mimika ou Mimica; l'auteur adopte l'ecriture Mimica Cranaki dans sa correspondance et sa vie quotidienne, alors que dans differents ouvrages apparait la graphie Kranaki.

(63) Mimika Kranaki, Preface, Contre-Temps (Estia: Athenes, 1992) 14 (en grec).

(64) La formule est de l'ecrivain. Voir Mimika Kranaki, Interview avec Kostas Dadinakis, Diavazo 380 (dec. 1997): 119 (en grec).

(65) Idem, 115.

(66) Idem, 116 et sq.

(67) Idem, 15.

(68) Paul Ricoeur, La Memoire, l'histoire, l'oubli, op. cit., 53 et sq.

(69) Leon Grinberg et Rebeca Grinberg, Psychanalyse du migrant et de l'exile, op. cit., 29.

(70) Jean Morisset, "Exploration identitaire et geographie metisse," in Jean Morisset et Eric Waddell, Ameriques. Deux parcours au depart de la Grande Riviere du Canada. Essais et trajectoires (Montreal: L'Hexagone, 2000) 137.

(71) Mimika Kranaki, Philhellenes. Vingt-quatre lettres d'une Odyssee (Athenes: Ikaros, 1992) 344 (en grec).

(72) Idem, 350.

(73) Idem, 350.

(74) Idem, 136.

(75) Sur Mimika Kranaki, voir E. Oktapoda-Lu, "Diaspora grecque et francophonie au XXe et XXIe siecles: une litterature de migration," in Babel, "Regards culturels sur les phenomenes migratoires," Isabelle Felici, ed., Universite de Toulon et du Var (sous presse); voir aussi: E. Oktapoda-Lu, "Voix grecques de l'errance: Mimika Kranaki." La Francophonie dans les Balkans: Les Voix des femmes, op. cit.

(76) Mimika Kranaki, Philhellenes. Vingt-quatre lettres d'une Odyssee, op. cit., 90.

(77) Idem, 352.

(78) La production francophone grecque est nee et s'est developpee dans des conditions tres particulieres par rapport aux autres cultures francophones, puisqu'en Grece il n'a jamais ete question de colonialisme. Sans avoir de liens de dependance directs avec la France, la francophonie grecque est fortement orientee vers la culture francaise, surtout pendant le XIXe siecle. Aujourd'hui, les besoins qui conduisent les ecrivains a choisir le francais pour s'exprimer semblent plus personnels, imposes par un monde qui exige l'universalisme et le definit a partir d'une somme incommensurable de diversites. Pour une presentation minutieuse de la cause de la francophonie grecque, voir Georges Freris, Introduction a la litterature francophone. Panorama des litteratures francophones (Thessaloniki: Paratiritis, 1999) 316-334 (en grec) et Georges Freris, "La Litterature francophone grecque jadis et aujourd'hui," in Annales (Departement d'Etudes Francaises de l'Universite de Thessalonique, periode B) 3 (1997): 65-78.

(79) Marc Gontard et Maryse Bray, Regards sur la francophonie, op. cit., 18.

(80) Nancy Huston, Lettres parisiennes. Autopsie de l'exil (Paris: Barrault, 1986) 35.

Bibliographie

Bibliographie primaire

Alexakis, Vassilis. Les Mots etrangers. Paris: Stock, 2002.

______. La Langue maternelle. Fayard, 1995.

______. Paris-Athenes. Paris: Seuil, 1989.

______. Talgo. Paris: Seuil, 1983.

Kranaki, Mimika. Philhellenes. Vingt-quatre lettres d'une Odyssee. Athenes: Ikaros, 1992 (en grec).

______. Contre-Temps. Athenes: Estia, 1947, 1992 (en grec).

Lepidis, Clement. Les Emigres du soleil. Paris: Seuil, 1976.

______. La Fontaine de Skopelos. Paris: Seuil, 1969.

Liberaki, Marguerite. L'Autre Alexandre (piece). Paris: Gallimard, 1957.

______. L'Autre Alexandre (roman). Traduit du grec par Jacqueline Peltier et l'auteur. Paris: Gallimard, 1953.

Molfessis, Blanche. L'Arme aux yeux. Preface Jacques Lacarriere. Bruxelles: Talus d'approche, 1995.

Nakos, Lilika. Nausica. Athenes: Dorikos, 1980 [1953] (en grec).

______. Madame Doremi. Athenes: Diphros, 1955 (en grec).

______. L'Enfer des gosses, douze recits des temps de misere, trad. fr. par Jacqueline Schidun. Lausanne: Spes, 1946.

______. La Defloree. Paris, 1932.

Prassinos, Gisele. Le Temps n'est rien, roman. Paris: Plon, 1958.

______. Le Grand Repas, roman, Paris, Grasset, 1966.

Bibliographie secondaire

Anagnostopoulou, Diamanti. "Traces du moi intime et du moi fictionnel dans l'oeuvre romanesque de Gisele Prassinos." La Francophonie dans les Balkans: Les Voix des femmes. Eds. E. Oktapoda-Lu et V. Lalagianni. Introduction Georges Freris, Publisud, 2005.

Antoniadou, Olympia. "Margarita Liberaki en quete de l'identite a travers la mythologie grecque et personnelle." La Francophonie dans les Balkans: Les Voix des femmes. Eds. E. Oktapoda-Lu et V. Lalagianni. Introduction Georges Freris. Paris: Publisud, 2005.

Balta, Venetia. Problemes d'identite dans la prose grecque contemporaine de la migration. Paris: L'Harmattan, 1998.

Christodoulidou, Louisa. "Ecriture et langue chez Blanche Molfessis." La Francophonie dans les Balkans: Les Voix des femmes. Eds. E. Oktapoda-Lu et V. Lalagianni. Introduction Georges Freris, Publisud (a paraitre).

Cottenet-Hage, Madeleine. Gisele Prassinos ou Le desir du lieu intime. Paris: Jean-Michel Place, 1988.

Freris, Georges. Introduction a la francophonie. Panorama des litteratures francophones. Thessalonique: Paratiritis, 1999, notamment le chap. "La litterature grecque francophone," 317-34 (en grec).

______. "Le Dialogue interculturel de Vassilis Alexakis dans Paris-Athenes." Cahiers francophones d'Europe Centre-Orientale, n[degrees] 5-6, Y a-t-il un dialogue interculturel dans les pays francophones, Pecs/Vienne, 1995, 387-98.

______. "Vassilis Alexakis ou le jeu du refus et de l'assimilation de deux cultures." Nouvelles du Sud, 13 (nov.-dec.-janv. 1990), Ecrivains grecs de langue francaise. Ed. Robert Jouanny. Paris: Editions Silex/Cerclef, 143-51.

Gontard, Marc, et Maryse Bray. Regards sur la francophonie. Rennes: Presses Universitaires de Rennes, 1996.

Grinberg, Leon et Rebeca Grinberg. Psychanalyse du migrant et de l'exile. Traduit de l'espagnol par Mireille Ndaye Ba, avec la collaboration d'Yvette et Claude Legrand. Lyon: Cesura Lyon Editions, 1986.

Halbwachs, Maurice. La Memoire collective, edition critique etablie par Gerard Namer avec la collaboration de Maria Jaisson. Paris: Albin Michel, 1997.

Huston, Nancy. Lettres parisiennes. Autopsie de l'exil. Paris: Barrault, 1986.

Interview avec Mimika Kranaki. Propos recueillis par Kostas Dadinakis. Diavazo 380 (dec. 1987): 114-23 (en grec).

Jouanny, Robert. Singularites francophones. Paris: PUF, coll. "Ecriture," 2000.

Jouanny, Robert, ed. Ecrivains grecs de langue francaise, Nouvelles du Sud 13 (nov.-dec.-janv. 1990) Paris, editions Silex/Cerclef.

Lalagianni, Vassiliki, and Paparoussi Marita. "La diaspora neo-hellenique en Europe: le cas de Margarita Lymperaki." Francophonie et multiculturalisme dans les Balkans. Ed. Efstratia Oktapoda-Lu. Introduction Pierre Brunel. Paris: Publisud, (sous presse) 153-65.

Morisset, Jean. "Exploration identitaire et geographie metisse." Ameriques. Deux parcours au depart de la Grande Riviere du Canada. Essais et trajectoires. Eds. Jean Morisset et Eric Waddell. Montreal: L'Hexagone, 2000.

Moustaki, Georges. Un chat d'Alexandrie. Entretiens avec Marc Legras. Paris: Editions de Fallois, 2002.

Oikonomopoulou, Vasso. "Structures d'auto-representation dans l'oeuvre litteraire de Lilika Nakos." Lilika Nakos. Etudes. Ed. Theodosis Pylarinos. Athenes: Eds. Vivliothiki Trapeza Attikis, 2003. 63-73 (en grec).

Oktapoda-Lu, Efstratia. "De la Grece a la France. Marguerite Liberaki entre prise de conscience et quete d'identite." L'Europe, la France, les Balkans. Litteratures balkaniques et litterature comparees. Eds. Roumiana Stantcheva and Alain Vuillemin. Editions de l'Institut d'Etudes Balkaniques, Arras, Sofia et Artois Presses Universite, 2004. 195-204.

______. "Vassilis Alexakis ou la quete d'identite." La Langue de l'Autre ou La Double identite de l'ecriture. Textes reunis par Jean-Pierre Castellani, Maria Rosa Chiapparo et Daniel Leuwers, Tours, Publication de l'Universite Francois Rabelais, Litterature et Nation 24 (2001): 281-95.

______. "Terres d'origine, terres d'adoption. Le nostos de Clement Lepidis, un ecrivain grec dans l'Europe des Balkans." Francophonie et multiculturalisme dans les Balkans. Ed. E. Oktapoda-Lu. Introduction Pierre Brunel. Paris: Publisud, (sous presse) 166-76.

Parisis, Nikitas. "Lilika Nakos." La prose de l'apres-guerre: de la premiere a la deuxieme guerre mondiale (1915-1939), t. 6. Athenes: Sokolis, 1993. 184-97.

Polycandrioti, Ourania. "Memoire et identite. Remarques sur quelques textes de la diaspora grecque en France au 20e siecle." Sygrisi/Comparaison 13 (2002): 105-19.

Ricoeur, Paul. La Memoire, l'histoire, l'oubli. Paris: Seuil, 2000.

Sibony, Daniel. Entre-deux, l'origine en partage. Paris: Seuil, 1991.

Tannen, Deborah. "Involvement as Dialogue. Linguistic Theory and the Relation between Conversational and Literary Discourse." Dialogue and Critical Discourse: Language, Culture, Critical Theory. Ed. Michael Macovski. New York: Oxford University Press, 1997. 137-57.

Efstratia Oktapoda-Lu et Vassiliki Lalagianni
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Title Annotation:Greek authors writing works in French
Publication:French Forum
Date:Sep 22, 2005
Words:11481
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