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Le travail politique necessaire de la Grande Migration. Idealisme et pragmatisme a Gary, Indiana (1919-1924) (1).

De 1915 a 1920, plus de 500 000 Americains africains quitterent les regions rurales et urbaines du Sud pour les centres industriels du Nord. Au cours du demi-siecle qui a suivi, des villes comme Chicago, New York, Detroit, Philadelphie, Cleveland et Milwaukee ont continue a exercer un attrait considerable sur la population noire du Sud puisque six millions d'individus deciderent, seuls ou en famille, de s'etablir au Nord. L'etude historique de cette Grande Migration offre plusieurs perspectives pour comprendre les motivations et les actions des principaux protagonistes de meme que les repercussions qu'elle a engendrees a travers le pays. Parmi elles, l'experience politique des migrants durant les annees 1919-1924 constitue l'un des terrains d'enquete les plus fertiles pour l'avancement des connaissances. Pour s'en convaincre, il suffit d'analyser le rapport qui existe entre les espoirs des migrants et la lutte des Americains africains pour la reconnaissance, la protection et la promotion de leurs droits civiques. Mon article qui s'inscrit dans cette voie tracee par l'historiographie de la Grande Migration s'inspire aussi d'un appel lance par Rosalyn Terborg-Penn il y a pres de trente ans. L'historienne invitait en effet a faire un nouvel examen des sources imprimees et manuscrites comme celles laissees par la presse et le National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) pour inscrire la contribution des Americaines africaines a la lutte des suffragettes et, ce faisant, elargir et rectifier l'interpretation sur le droit de vote des femmes au debut du XXe siecle. (2)

La problematique que j'ai choisie d'explorer est le resultat de croisements supplementaires qui incluent la pensee et l'action hybrides de leaders americains africains et le debat national sur l'immigration. La migration septentrionale des Noirs et l'engagement des femmes pour le droit de vote ont en effet chevauche la lutte d'influence que se livraient les conservateurs et les radicaux au sein de la communaute noire et la flambee d'intolerance ayant precede et mene a la promulgation de lois federales qui restreignaient l'entree aux Etats-Unis des immigrants. En placant les migrants noirs au milieu des tensions sociales et ideologiques d'une epoque marquee par l'avancement du peuple noir et la definition selective de la citoyennete, l'historien ouvre un chapitre meconnu de la Grande Migration qui complemente l'etude prisee des themes economiques dans le respect de la complexite des defis de l'adaptation. (3) C'est a travers la problematique suivante que j'entends justifier la pertinence de cette approche. Comment les femmes noires militantes de Gary, en Indiana, ont-elles contribue--en contexte de migration--a l'adoption et la ratification du 19e amendement, et use de leur nouvelle influence en politique a compter de 1920 dans le developpement des institutions, la transmission de principes democratiques et le debat sur la politique federale en matiere d'immigration? Les transitions dans l'etude de cette problematique sont assurees par deux questions precises. L'activisme des femmes noires qui migrent a Gary s'est-il enflamme ou eteint apres la ratification du 19e amendement? Les voix feminines les plus articulees de la communaute americaine africaine de cette nouvelle ville du Midwest ontelles ete opposees ou favorables a l'adoption d'une loi restrictive d'immigration?

Les reponses a ces questions vont permettre de comprendre que les fondements ideologiques de l'activisme des femmes noires de Gary sont indissociables d'un projet migratoire qui renferme les aspirations legitimes d'une minorite raciale opprimee et des efforts de pionniers comme W. E. B. Du Bois engages dans la promotion d'une vision globale de l'equite et de la tolerance. Concretement, les femmes noires militantes de Gary ont place leur experience, leur esprit d'initiative, leur autonomie intellectuelle, leur audace et leur sens de la justice sociale au service d'un travail politique necessaire tant au projet migratoire qu'a la cause d'une race, des femmes et de la nation.

Par << travail politique necessaire >>, le present article entend: une forme de travail dont les efforts exiges de ceux et celles qui s'y consacrent sont imbriques au projet migratoire comme l'est l'attention accordee a la recherche d'un emploi. L'expression sert a rappeler que le pragmatisme des migrants ne se reduit pas a l'appat du gain, a la reussite materielle ou au souci de joindre les deux bouts; que la remuneration du projet migratoire est aussi une affaire politique qui passe par le developpement des institutions, la defense de droits et la promotion d'ideaux. Sur ce dernier point, les porte-parole d'une communaute qui s'engagent sur le terrain politique et dans la sphere publique ne sont pas tous des semblables, bien entendu. A Gary, le clientelisme et les interets egoistes ont marque les defis de l'adaptation. Comme le doyen de la pensee radicale, W. E. B. Du Bois, l'avait etabli dans la controverse qui avait eclate avec son rival conservateur, Booker T. Washington, il etait necessaire de denoncer les desseins d'individus qui menacaient la cause des Noirs, l'integrite du liberalisme et la survie des valeurs democratiques les plus elementaires. Les femmes noires de mon etude ont porte le flambeau de cette vigilance idealiste et symbolise, par leur participation au projet migratoire, le prolongement de luttes inachevees qui avaient leur origine au Sud. En effet, les Noirs qui migrent vers les regions du Nord n'incarnent pas la capitulation politique, mais la denonciation des valeurs, des pratiques et des structures d'une societe raciste. Le defi de la migration est de deux ordres. En premier lieu, il consiste a canaliser les frustrations d'une majorite dite sliencieuse vers un engagement capable de detruire les assises de la segregation et d'empecher leur epandage au Nord; ensuite, il s'exprime dans la critique des porte-parole d'une vision qui nient les benefices de la contestation politique sur la base de priorites materielles modestes. L'historien qui mise ainsi sur le travail politique necessaire de la Grande Migration outrepasse les bornes artificielles entre le Nord et le Sud qui ont conduit au recit du deracinement et empeche de rattacher entre eux les militants du XXe siecle. (4)

La ville de Gary, en Indiana, est au coeur de l'etude car elle a ete--comme de nombreuses autres a cette epoque--un lieu de destination privilegie des immigrants europeens et des Noirs du Sud. Les donnees du recensement de 1920 revelent en effet que les immigrants forment 60 pour cent du corps demographique de cette ville et que la migration des Americains africains nes au Sud a contribue a l'augmentation de la population noire comme nulle part ailleurs aux Etats-Unis (voir tableaux 1-2). Dans ce dernier cas, la migration a Gary des femmes noires pendant la periode 1910-1920 est un phenomene d'importance que l'etat d'un marche du travail domine par le secteur de l'acier a relegue aux oubliettes. Pourtant, l'analyse de sources nominatives comme les recensements de population, les registres de mariage, les repertoires d'adresses et les recensements scolaires montre clairement que les Noirs americains etablis a Gary entre 1906 et 1920 etaient accompagnes des membres de leur famille et que les hommes maries migraient en compagnie de leur epouse (voir tableau 3). Ces preuves fournissent l'occasion de souligner que les agglomerations urbaines de taille reduite ont aussi leur place dans le recit de la Grande Migration. (5)

La fondation recente de la ville de Gary (1906) signifie que tous les protagonistes de l'etude sont des migrants, et non les descendants des pionniers d'un milieu ancien. La fraicheur des origines revele en plus deux choses: que le reseau institutionnel servant les besoins d'adaptation des migrants est a construire et que l'identite de ceux et celles qui vont occuper les positions d'influence au sein de la communaute noire n'a pas encore ete clairement etablie. La consequence de cette situation unique dans l'historiographie est de placer le chercheur devant des luttes de pouvoir ou le pragmatisme et l'idealisme sont des inseparables du travail politique necessaire. La section locale du NAACP qui est constituee a Gary en 1915 pour defendre et promouvoir les droits des Noirs confirme que les appels a la solidarite inherents au developpement des institutions politiques posent les jalons de la dissension intestine car ils sont le reflet d'une orientation ideologique a laquelle ne souscrivent pas tous les membres de la communaute. Apres l'adoption et la ratification du 19e amendement, c'est a travers le recit d'une autre institution tentant de consolider ses assises locales, le Gary Sun, qu'il sera possible de verifier cette assertion. (6)

Premier journal publie a Gary par les Noirs et le seul a les representer avant la fondation du Gary Colored American en 1927, le Gary Sun etait l'organe officiel de diffusion des clubs feminins et de leurs activites. L'analyse des pages du Gary Sun aide non seulement a recreer et a comprendre les liens qui existent entre la migration, la politique, le genre et la race a Gary au debut du XXe siecle, mais a situer la contribution des femmes qui le dirigeaient dans le recit plus large du mouvement des droits civiques. En contexte de migration, les femmes noires du Gary Sun ont en effet puise dans la valeur ajoutee de leur citoyennete pour defendre et promouvoir un langage d'emancipation dans lequel le pouvoir cesse de representer la domination et le controle exerces sur autrui. En definissant de cette facon leur place en societe et dans la migration, les femmes noires du Gary Sun donnent au recit de la Grande Migration un dynamisme qui stimule la reflexion et les debats sur le processus d'integration et l'etude du liberalisme. (7)

I. Le 19e amendement et le NAACP a Gary

Les migrants noirs etablis a Gary suivaient attentivement le debat national entourant l'adoption par le Congres de l'amendement Susan B. Anthony qui reconnaissait le droit de vote aux femmes. Au fait de la decision favorable prise par la Chambre des representants le 10 janvier 1918, les citoyens de Gary intensifieront leur engagement l'annee suivante apres l'introduction d'un amendement par le senateur Jones du Nouveau-Mexique (28 fevrier 1919) prevoyant << That the several States shall have the authority to enforce this article by necessary legislation >>. Le depot de cet amendement par le senateur Jones s'inscrivait dans la foulee du troisieme vote irresolu--mais majoritaire--du Senat en cinq ans (10 fevrier 1919), du depot d'un amendement similaire par le senateur Gay de la Louisiane (13 fevrier 1919) et de la declaration publique de Alice Paul, presidente et fondatrice du National Woman's Party, a l'effet que la participation des femmes noires en politique etait << insensee >>. La decision des legislateurs du Tennessee de definir le droit de vote des femmes a la maniere sudiste--c'esta-dire par l'enregistrement selectif des electeurs et la capitation--constituait une preuve supplementaire que le consensus politique necessaire a l'adoption du 19e amendement tournait le dos aux electeurs noirs. (8) C'est dans ce contexte de grands bouleversements que les Noirs de Gary ont alerte leurs contemporains. Sous la direction de membres de l'Executif de la section locale du NAACP, soit William M. Dunn (president, un Blanc), James Dunean (vice-president) et Elizabeth E. Lytle (secretaire), les citoyens de Gary ont remis une petition de 725 noms a leurs senateurs, James E. Watson et Harry S. New, et a leur representant de circonscription au Congres, William R. Wood. L'enonce liminaire exprimait clairement leurs inquietudes.
 We the undersigned hereby voice our protest against the new
 resolution, which is a substitute to the Susan B. Anthony
 resolution, drafted by senator Jones, chairman of the Senate
 Woman's Suffrage Committee which confers the right of franchise
 on women by constitutional amendment but only to the
 extent that men are permitted to vote in the several states. This
 is unjust and discriminatory. We therefore voice our protest
 against the passage of a resolution that is contrary to the
 Constitution of the United States; and pray that the Honorable
 Gentleman will introduce and support such resolutions as will
 confer the unrestricted right of franchise on both colored men
 and women in all of the states of the United States and to all
 other women and to every one else who is entitled to vote. (9)


On avait choisi cette voie puisque c'est au Senat que les obstacles a la cause des femmes etaient les plus importants. A deux reprises, soit le 1er octobre 1918 et le 10 fevrier 1919, il avait manque moins de deux voix au Senat pour obtenir le deux tiers des votes necessaires a l'adoption du 19e amendement. Le probleme est que le succes du 19e amendement devait passer par le Sud puisque les principes de la segregation raciale avaient des effets devastateurs sur la pensee et le capital politique des senateurs democrates et l'influence des femmes (suffragettes ou non) de la region. C'est pour cette raison qu'il serait errone d'affirmer que la petition des citoyens de Gary a fourni la pression politique manquante menant le Senat a franchir--le 4 juin 1919--cette etape tant attendue de la majorite des femmes du pays, et ce, pour la raison bien simple que les senateurs ayant change leur vote au moment opportun etaient des Sudistes. (10)

Il faut toutefois souligner a grands traits le fait que cette petition--la seule a avoir ete produite par une section locale du NAACP--emane d'une ville toute jeune et de taille reduite ou les Noirs sont essentiellement des migrants au debut de leur adaptation. Les sentiments de confiance et de fierte qu'exaltent les suites de la petition chez les citoyens noirs de Gary ne doivent pas etre mesestimes car ils procurent aux migrants des preuves tangibles de la justesse de la decision toute recente de s'etablir dans un nouveau milieu. Le nombre eleve de signataires (pres de 20 pour cent de la population noire d'age adulte), l'appui presque egal accorde par les hommes et les femmes et l'inclusion de membres influents de la communaute blanche ne sont que quelques-uns des indices confirmant que les responsables de la petition etaient d'habiles strateges politiques. (11) Les migrants noirs eux-memes auraient eu raison d'encenser les auteurs de la petition puisqu'ils ont contribue, par leur action, a discrediter l'image du migrant passif, ignorant et mal adapte. De la perspective des femmes, la petition constituait l'une des sources de compensation les plus precieuses dans un marche du travail ou l'industrie siderurgique dominante leur offrait peu sur le plan materiel. La question logique a poser est donc la suivante: le militantisme [des femmes] s'est-il enflamme ou eteint a Gary a la suite de cette intervention unique dans la lutte pour l'adoption du 19e amendement?

La ratification du 19e amendement par les Etats fut le defi principal des femmes du pays apres son adoption par le Congres. Dans son edition du 6 juin, le Gary Evening Post doutait de la celerite des legislateurs d'Etat, plus particulierement si les elections de 1920 constituaient l'objectif vise par les femmes. Dans les jours qui ont suivi le depot de la petition aux membres du Congres, les residants noirs de Gary ont ete convies a l'eglise First Baptist pour entendre W. E. B. Du Bois, le << greatest colored orator and lecturer amidst his race >> qui avait maintes fois exprime ses vues sur la question du droit de vote des femmes dans les pages du Crisis--la publication officielle du NAACP dont il etait l'editeur. La presence de Du Bois a Gary marquait le deuxieme jour de la campagne nationale menee par le NAACP pour augmenter le nombre de ses membres cotisants. Le soir precedent, l'accueil chaleureux qu'ont reserve a Du Bois les quelque 3 000 personnes presentes a l'ecole secondaire Wendell Phillips de Chicago fut une occasion pour lui de rappeler que << [t]he Colored races of the world are going to lead the white peoples back to democracy >>. Les propos tenus par Du Bois a Chicago evoquaient son engagement au congres panafricain du debut de l'annee a Paris. (12) Encore plus significatif, sa presence dans la region du Midwest correspondait a celle d'un intellectuel dont la pensee radicale s'etait exacerbee depuis la fin de la Premiere Guerre mondiale. Dans son fameux editorial intitule << Returning Soldiers >> que le Crisis publiait en mai 1919, Du Bois affirmait:
 [W]e are cowards and jackasses if now that the war is over, we
 do not marshal every ounce of our brain and brawn to fight a
 sterner, longer, more unbending battle against the forces of hell
 in our own land.
 We return.
 We return from fighting.
 We return fighting.
 Make way for Democracy! We saved it in France, and by the
 Great Jehovah, we will save it in the United States of America,
 or know the reason why. (13)


La presence de Du Bois a Gary fut toutefois un echec pour le NAACP, la cause des femmes et Du Bois lui-meme. Le nombre reduit d'auditeurs venus l'entendre a l'eglise First Baptist constituait non seulement une douche d'eau froide pour les responsables locaux du NAACP et leurs objectifs de recrutement, mais aussi pour les militants qui souhaitaient maintenir la pression sur les hommes politiques du pays confrontes a la ratification du 19e amendement. Pour le secretaire adjoint du NAACP de Gary, Louis Campbell, le << small house >> etait la consequence directe d'une invitation tardive faite a Du Bois par des individus qui refusaient de promouvoir aupres du plus grand nombre les idees d'un intellectuel controverse qui venait de servir un << Let's finish the job >> rassembleur aux residants noirs de Chicago. (14) Meme si l'annonce discrete de la presence de Du Bois faite par la presse locale confirme les imputations de Campbell, il serait reducteur de rendre compte de la taille de l'auditoire sur la base d'une seule interpretation et de l'encre versee par les journaux. (15) Il est certainement plus utile de rappeler que la venue de Du Bois a Gary s'inscrivait dans un contexte de migration ou les defis de l'adaptation n'etaient pas tous compatibles avec l'idealisme et les attentes des organisateurs politiques. (16) Mais il est encore plus benefique de comparer la presence de Du Bois a celle de Roscoe Conkling Simmons, un autre << grand orateur >> noir venu a Gary trois semaines auparavant.

Invite par le reverend Charles E. Hawkins de l'eglise First Baptist, Roscoe Conkling Simmons recut un accueil chaleureux de la communaute noire, de l'elite politique et de la presse locale. Rien de bien etonnant pour un homme qui avait prononce des dizaines d'allocutions publiques depuis l'entree en guerre des Etats-Unis en 1917 pour stimuler la fibre nationaliste et promouvoir la bonne entente entre les races. Tirant avantage du devouement d'une legion de fideles qui preparaient le terrain a l'avance et rendaient compte de chacun de ses triomphes--le Chicago Defender de Robert S. Abbott etant le plus illustre promoteur de ses interets--Simmons prononcait tous ses discours devant des salles combles et mixtes qui reunissaient le gratin du monde des affaires et de la scene politique, des hommes et des femmes, des Blancs et des Noirs, des representants de la plebe et de la bourgeoisie. C'est a une pareille soiree (payante) que les residants de la ville de Gary ont ete convies le 30 avril 1919. (17)

Le passage de Simmons a Gary, comme les autres qui avaient precede, rappelait toutefois que le deces de Booker T. Washington, le 14 novembre 1915, ne mettait pas fin a la querelle qui avait eclate au debut du XXe siecle entre les conservateurs et les radicaux noirs. (18) << We are what the white man has made us >>, affirmait Simmons devant les residants de Gary reunis a l'eglise First Baptist. <<The debt of the negro to the white man is immense >>, dira-t-il, notamment parce que << The white man [...] took the negro from savagery through to civilization>>. (19) Une lecture attentive des propos tenus en public, et echanges en prive, par cet homme meconnu confirme que ces extraits ne sont pas les anomalies d'une carriere, mais l'expression fidele d'une philosophie erigee sur les idees et l'engagement de Booker T. Washington, le Pere de l'ecole Tuskegee, en Alabama, qui n'avait pas vu de contradiction a servir le peuple noir en etant a la devotion des Blancs. Les affinites entre Simmons et Washington etaient pourtant bien plus profondes que ne le revele l'etude des discours et ecrits. D'une part, Simmons etait le neveu de Washington, une relation qui gonflait son estime et lui ouvrit bien des portes. D'autre part, Simmons avait assume une variete de fonctions journalistiques depuis le debut du XXe siecle qui, sans exception, contribuaient a la << Machine >> que Washington avait mis en place pour destabiliser ses critiques--comme W. E. B. Du Bois--lui reprochant de sacrifier les droits des Americains africains pour une bouchee de pain. (20) Pour faire comprendre le sens de la relation qui existe entre la presence de Simmons a Gary et le << small house >> devant lequel se trouve Du Bois trois semaines plus tard, il s'agit non seulement d'avoir a l'esprit les origines de l'engagement public du premier, mais aussi les angoisses des dirigeants politiques locaux face au spectre du proletariat interracial.

Dans son discours du 30 avril 1919, Roscoe Conkling Simmons avait pris soin de rappeler que la classe ouvriere americaine africaine ne subit pas l'influence du bolchevisme. Le << drapeau rouge >> n'exerce aucun attrait pour le citoyen de race noire, affirmait-il, car celui-ci << looks to the white friend for guidance towards something nobler than anarchy. >> Cette position sans equivoque n'etait pas inopinee. En premier lieu, elle avait ete portee en epigraphe a plusieurs occasions par la section editoriale du Chicago Defender depuis l'ete 1917. Ensuite, les hotes de Gary, dont faisait partie le maire William F. Hodges, avaient besoin de savoir que les Noirs ne participeraient pas aux parades et assemblees prevues par les leaders ouvriers pour commemorer le massacre de Haymarket (4 mai 1886). L'affirmation selon laquelle les Noirs n'appartenaient pas a une race de <<Wobblies>> prenait donc des airs d'engagement solennel qui donnait au maire Hodges l'occasion d'attaquer avec confiance le mouvement ouvrier. Moins de quarante-huit heures apres le discours de Simmons a l'eglise First Baptist, il emet en effet une proclamation qui interdit pour dix jours toutes parades et assemblees publiques. La << big Bolschevik meeting >> qui a quand meme eu lieu le 4 mai dans l'enceinte du Roumanian est ainsi interpretee comme un geste de provocation qui legitime la repression a laquelle se joint une << patriotic wave of humanity >> estimee a plus de 15 000 personnes. (21)

J'ai insiste sur le passage a Gary de Roscoe Conkling Simmons car il permet de souligner que des contemporains comme le reverend Charles E. Hawkins qui lui lancent des invitations n'ignorent pas l'impact du parcours politique de cet homme sur le message qu'il transmet a ceux et celles qui s'entassent pour l'entendre. Au printemps 1919, la reputation de Simmons comme successeur legitime de Booker T. Washington a la tete du clan conservateur et critique du militantisme ouvrier est trop bien etablie (22) pour ignorer les accusations que porte le secretaire adjoint de la section locale du NAACP, Louis Campbell, contre le reverend Hawkins. Or, si Du Bois se trouve devant un << small house >> apres le depot de la petition pour le droit de vote des femmes principalement parce que les membres influents de la communaute noire refusent toute bonne grace a un individu dont les idees symbolisent l'anti-these de celles de Simmons, il faut conclure que les forces conservatrices opposees aux strategies militantes voyaient deja les ennemis du compromis paternaliste et de l'attentisme comme une menace locale reelle avant la ratification du 19e amendement.

Les preferences manifestees envers des leaders qui maitrisent l'art de courtiser les hommes de pouvoir blancs sont, en contexte de migration, tres souvent definies sur la base du succes a ouvrir toute grande la porte des emplois industriels. A l'approche des elections municipales de novembre 1917, Roscoe Conkling Simmons avait exhorte les employeurs de Gary a donner une chance aux travailleurs noirs. << [P]ut their names on your time books, give them the tools of skill, and I promise you that that faithfulness and toil upon which the south is built will keep every fire burning and every forge alive in Gary! >>. (23) L'augmentation significative du nombre d'Afro-Americains employes par la U.S. Steel a compter de cette periode confirme que de telles interventions servaient les interets materiels des principaux interesses et moussaient la popularite de ceux qui les effectuaient. Toutefois, pour rendre permanente une influence paternaliste qui leur etait benefique et dont ils avaient besoin a l'echelle locale pour combattre la syndicalisation, les representants de la U.S. Steel ont eleve John Russell a la fonction de << welfare worker >> durant l'annee 1919. (24) Pour ce natif de Marion, en Indiana, qui n'avait pas signe la petition des responsables du NAACP sur le droit de vote des femmes, cette promotion n'avait pas que des avantages puisqu'elle brouillait des relations deja tendues entre les militants noirs de Gary. Durant la greve de quatre mois des employes de la U.S. Steel qui debute a l'automne 1919, John Russell devint ainsi une cible facile pour les porte-parole noirs de la cause syndicale qui esperaient faire de nombreux proselytes parmi les migrants.
 It is time for us to do some thinking and stop listening to the
 counsel of paid agitators, as even the pulpits in some instances
 are being disgraced by these fools of the Steel corporation who
 are advising our men along lines that if followed would lead to
 a race riot, but fortunately we have men among us who are real
 men, men who will not stoop to sell their race for a few dollars
 of the Steel corporation's money. These men are working
 aboslutely [sic.] without pay and it will be wise for you to listen
 to their advice rather than that of the paid agitators who
 don't care what happens to you as long as he receives his
 compensation from the Steel company when a man comes to you
 begging you to go back to the mills and stay out of the union,
 ask hmi [sic.] how much he has been paid to see you. (25)


Le developpement rapide et largement improvise du reseau institutionnel a aussi contribue a la desunion au sein de la communaute noire de Gary durant, et apres, le processus de ratification du 19e amendement, notamment parce que l'appartenance a une organisation politique ou caritative n'etait jamais unique et exclusive. Dans ces conditions, il est aise de comprendre pourquoi le travail politique visant a promouvoir la ratification du 19e amendement a echappe aux membres du NAACP. (26) Les controverses les plus serieuses ont eclate au debut des annees 1920 lorsque des dirigeants de la section locale du NAACP abuserent de leurs pouvoirs pour detourner des fonds vers une autre organisation a laquelle ils appartenaient, soit la Universal Negro Improvement Association (UNIA) de Marcus Garvey. Pour le secretaire du NAACP de Gary, Louis Campbell, l'action spoliatrice etait non seulement reprehensible, mais ridicule. << [T]o be a member of the U.N.I.A. and an officer in the N.A.A.C.P. is like serving two masters. >> Pour le reverend Hawkins de la First Baptist, la situation n'avait rien d'anormale; au contraire, les actions intempestives de Campbell montraient, selon lui, qu'il etait temps pour les << little men >> du NAACP de << get out of the way and let bigger men have their places >>. La tempete qui secoue alors l'organisation est si serieuse qu'elle empeche ses membres d'occuper une position d'influence sur la scene locale durant les elections presidentielles de 1920 et 1924. (27) Au cours des quatre annees qui suivent la ratification du 19e amendement, les clubs politiques vont mieux servir la cause des femmes, notamment grace au travail refalise au sein du premier journal noir de la ville, le Gary Sun. Aux elections presidentielles de 1920, les clubs republicains qui existent sont toutefois le reflet de la population migrante qu'ils entendent conduire aux urnes: jeunes et en phase d'adaptation. L'e'tat des ressources institutionnelles ne signifie pourtant pas que les migrants noirs qui remplissent toutes les conditions legales conferant le droit de vote en Indiana sont des proies pour les vautours politiques. (28)

Les informations exposees jusqu'a present et celles recueillies des journaux de Gary pour la periode 1920-1924 appuient la proposition que l'engagement des femmes noires en politique passe par une education qui deborde les limites etablies par un abecedaire ancien centre sur les procedures electorales. En effet, l'experience politique acquise au Sud dans les dedales de la segregation raciale transforme l'apprentissage des regles electorales en un exercice bien ordinaire dans ce nouveau milieu qu'est la ville de Gary. Ce serait toutefois une erreur de banaliser les defis de l'education politique apres le 19e amendement en reprenant a notre compte la conviction populaire selon laquelle << women will hot have to go very far many times to do as well as men have with the ballot >>. La forte participation des femmes noires aux journees d'enregistrement des electeurs, aux assemblees politiques, puis aux elections nationales du mois de novembre 1920; ou la replique faite a une presse qui repandait des calomnies visant a denaturer le sens de leur engagement serviraient alors la conclusion qu'un statut de migrant n'entrave pas l'engagement public. (29) Le respect profond que les femmes noires vouaient a leurs responsabilites civiques a cependant ete durement mis a l'epreuve au debut des annees 1920, plus particulierement par les interets hybrides d'une communaute noire formee de migrants et le virage a droite politique incarne par les agents nativistes membres ou non du Ku Klux Klan. C'est dans ce contexte particulier que l'etude de l'education politique qui s'acquiert et se transmet doit etre menee. Si j'ai choisi le point de vue offert par les femmes noires qui dirigeaient le Gary Sun c'est parce que leur forum est le seul et meilleur outil a la disposition de l'historien pour verifier comment les migrants noirs de cette ville ont joue l'as de leur poids politique apres la ratification du 19e amendement.

II. Le Gary Sun et la valeur du vote apres le 19e amendement (30)

Les institutions faisant partie du quotidien des Noirs de Gary ont augmente au rythme de leur migration vers une ville qui devait sa propre transformation rapide au dynamisme d'une industrie et sa fondation toute recente (1906). Durant cette phase transitoire ou tout le reseau institutionnel etait a construire, les femmes noires ont occupe une position centrale au sein d'organisations politiques, caritatives et religieuses servant les interets des Noirs de la ville. (31) Deux facteurs rendent compte de ce phenomene. En premier lieu, elles ont migre vers Gary avec des hommes dans le cadre d'une migration familiale, et non apres eux pour completer le projet migratoire du couple ou de la famille. Ensuite, dans un marche du travail domine par une industrie siderurgique ou les femmes declaraient generalement << no occupation >> aux recenseurs, le temps libre a leur disposition donnait l'occasion de se consacrer a des activites qui enrichissaient le projet migratoire. Voila pourquoi j'estime que la definition elargie du travail en contexte de migration est necessaire pour evaluer correctement la contribution de celles qui ont oeuvre principalement sur la scene politique. Il serait d'ailleurs difficile d'ignorer la pertinence d'une approche qui fournit des arguments solides pour rejeter l'image des << Welfare mothers >> et qui permet de decrire la relation avec le gagne-pain en termes de complementarite plutot que de dependance. (32)

Des femmes comme Anna B. Arnold, Zenobia H. Bagby, Alva Cooke, Wilhelmina Crisp, Oretta Culph, Izella E. Dunlap, Lena Harris, Marie Robinson, Maud M. Robinson, Mary M. Stokes et Elizabeth Lytle ont joue un role important dans la fondation et le developpement des organisations noires de Gary. A travers leur engagement au sein du Mary B. Talbert Club, le NAACP, la Stewart House ainsi que les Eglises baptistes et methodistes, ces femmes sont devenues des figures de proue dont les actions et les idees ont promu le respect des valeurs democratiques et constitue un prologue au mouvement des droits civiques. (33) J'ai choisi de le demontrer en me concentrant sur le travail realise par les femmes noires a la tete du Gary Sun.

Le Gary Sun a ete fonde a Milwaukee en 1906 par James D. Cooke. Il est publie pour la premiere fois a Gary en 1916 a la suite de la migration en Indiana du proprietaire et de son epouse, Alva Hampton Cooke, durant la guerre. A Gary, le journal a continue a etre publie sous son nom original, National Defender and Sun. Toutefois, avant le deces tragique de James D. Cooke, le 13 septembre 1920, l'homme et son journal ne faisaient pas l'unanimite au sein de la communaute noire de Gary. D'une part, Cooke avait eu maille a partir avec les membres de la section locale du NAACP en 1919 a titre de president d'une organisation politique (Equal Rights League) qui nuisait a leurs interets en scindant les allegeances dans un bassin reduit de sympathisants; de l'autre, les membres conservateurs de la communaute noire s'opposaient aux idees et methodes de Cooke dont le journal etait vu comme << a radical colored affair >>. (34) La nature conflictuelle de la vie politique a laquelle il participait contribua donc a restreindre le nombre de lecteurs et d'abonnes de son journal. A sa mort, le defi pour celles qui ont pris la releve etait donc de deux ordres, administratif et politique.

Comme nouvelle proprietaire du National Defender and Sun, Alva Cooke avait promis de diriger le journal comme son epoux l'avait fait et de publier la <<verite sur tous les faits>>. (35) Quelques mois a peine apres le deces de James D. Cooke, Alva Cooke rend toutefois l'ame des suites d'une maladie aggravee par son refus d'une operation qui lui aurait sauve la vie. (36) Proprietaire du journal par voie de succession, Irma Cooke--l'enfant unique des Cooke qui avait huit ans au moment du deces de sa mere--a eu besoin de l'aide d'amis et de membres de la famille pour preserver le travail de ses parents et lui donner un nouveau souffle. Apres un interim de courte duree assume par un entrepreneur des pompes funebres (Roscoe D. Guy) et le futur editeur du Gary Dispatch (Ira O. Guy), les fonctions d'editrice et de directrice administrative du National Defender and Sun ont ete tenues par Izella E. Dunlap, une des soeurs de Alva Cooke qui residait a Gary et qui travaillait jusque-la comme chapeliere. (37) Une autre de ses soeurs, Zenobia Hampton Bagby, devient la redactrice en chef du journal apres avoir vendu son commerce (Majestic Drug) dans les mois ayant suivi le deces d Alva. (38) Le partage des pouvotrs prend des allures de restructuration lorsque les deux soeurs modifient le nom du journal--qui reflete desormais le passe et les nouvelles attaches de ses forces dirigeantes--et annoncent, un an plus tard (16 novembre 1923), la creation d'une societe (Sun Publishing Co.) qui permet au journal d'avoir ses propres presses et d'offrir du travail aux residants locaux.

Pour comprendre pleinement le travail qu'elles ont effectue au sein de cette << Official Organ for the City Federation of Club Women >>, il est important d'examiner le contenu de ses pages. En tant que << willing worker for the best interests of Gary >>, le Gary Sun ne se contentait pas d'offrir une dose hebdomadaire d'informations sur les evenements locaux, regionaux, nationaux et internationaux, mais aussi un forum pour les debats sur les questions politiques, economiques et sociales. Pour les Noirs americains du Midwest dont l'experience individuelle avait ses origines dans les regions du Sud, cela signifiait une attention particuliere aux questions comme la discrimination raciale, la pauvrete, la corruption, la haine et la violence. Pour les femmes noires a la tete du journal, cela signifiait en outre une vigilance et des egards pour les preoccupations et espoirs engendres par le 19e amendement. (39)

En plus de ses responsabilites de redaetrice en chef du Gary Sun, Zenobia Hampton Bagby travaillait comme instructeur de cours de citoyennete et utilisait les pages du journal pour promouvoir cette partie de son engagement. En lancant des appels qui ciblaient les femmes, elle tentait de rejoindre celles qui possedaient maintenant le droit de vote, mais ne l'utilisaient pas << sagement >>. Tot en 1923, l'usage averti du droit de vote etait de rigueur pour les femmes noires puisque les Blancs du Sud claironnaient << that the 'Grandfather' clause now operated against Negro men will work as easily in the case of colored women >> (40) Dans un editorial publie apres la venue a Gary de Hallie Quinn Brown, presidente de la National Association of Colored Women, le Gary Sun insistait pour dire que cela ne signifiait pas << those pelty [sic.], low politics which sells its vote for a few paltry dollars, but that type or kind of politics which operates by a principle too big to be bought and sold, but it places the interest of the state, including its citizens, above dollars and cents. >> Les responsables du Gary Sun etaient conscientes que leur hebdomadaire--qui se relevait a peine des secousses successives causees par le deces de son fondateur et son epouse--ne pouvait pas a lui seul affronter ce defi dont l'envergure avait comme origine le renouvellement constant des cohortes de femmes par la migration. C'est pourquoi Zenobia H. Bagby encourageait les femmes a joindre le Mary B. Talbert Civic and Welfare Club et les invitait aux rencontres hebdomadaires tenues a la Stewart House. Elle prenait soin, en plus, de bien annoncer les rencontres hebdomadaires de la section locale du NAACP et de faire connaitre les points de vente ou les Americains africains pouvaient se procurer des copies du Crisis. (41) Malgre le fait que la ville de Gary offrait bien d'autres forums--formels et informels--pour apprendre a naviguer dans son univers politique rempli de pieges et de contradictions, on trouve dans le Gary Sun une perspective unique pour etudier le droit de vote des femmes apres le 19e amendement. La campagne electorale de 1924 servira de repere a la demonstration de cette idee. (42)

Dans les semaines qui ont precede les elections primaires du 6 mai 1924, les pages du Gary Sun etaient couvertes d'information sur les candidats--republicains pour la plupart--et les enjeux que les electeurs avaient besoin de saisir et d'etudier. L'analyse de ses articles et editoriaux revele a quel point les Republicains etaient divises entre eux dans le comte de Lake et permet de comprendre de quelle facon les Noirs ont fait face au defi raciste et nativiste pose par un Ku Klux Klan dynamique dans cette region de l'Amerique. (43) Un mois avant les primaires du 6 mai, le Gary Sun prevenait les electeurs que plusieurs candidats etaient des membres en regle du Ku Klux Klan ou lies a l'organisation d'une quelconque facon. William << Bill >> Hueston, un de deux candidats noirs briguant la faveur des electeurs pour un poste a la legislature de l'Etat, fut cible par le Gary Sun parce qu'il representait une telle menace. (44) Reconnu par les siens comme un opportuniste qui porte << only a Republican mask to shield [his] trading with the Democrats >>, Hueston devint une source de controverse encore plus fracassante lorsqu'on apprit qu'il avait ete l'hote d'une rencontre politique organisee pour un candidat du Klan. Dans son edition suivante, le Gary Sun rappelait le danger de reconnaitre par un vote la credibilite de ce type de pretendants politiques.
 No voter can stand behind a Ku Klux Klan candidate and be a
 sincere friend to man. Neither can any one support a candidate
 for office who even appears to be trading with Klansmen for
 their support. If a Negro candidate for office appears to be
 doing any such thing, he is dangerous, a menace to the better
 welfare of his people and the entire community. Lake County
 voters should deal with Hueston in the coming Republican
 Primary on the basis of his appearance last Monday night as
 host of a Klansman candidate whom he termed his friend. (45)


L'evenement a ete traite telle une polemique par le Gary Sun non seulement parce qu'il engageait le KKK, mais aussi parce qu'il menacait le << front commun >> attendu des electeurs noirs par les candidats du Parti republicain. A l'approche des elections, le journal ajoute aux malheurs de Hueston en faisant etat de ses malversations dans les affaires de la Central State Bank--qu'il dirigeait et conseillait sur le plan juridique--ou un pillage aurait fait perdre aux Noirs plus de 73 000 $ en epargnes. Le contentieux ne semble pas avoir aneanti les chances de Hueston aux primaires puisqu'il a reussi a recevoir la faveur 6 406 personnes, c'est-a-dire un peu moins que le total enregistre par l'avocat et activiste noir Lewis Caldwell (7 657) dont l'image publique n'avait pas ete ternie par de telles prevarications, mais embellie--du point de vue de la classe ouvriere--par son engagement aupres des grevistes de la US Steel a l'automne 1919. (46) Ni Hueston, ni Caldwell n'ont cependant recu suffisamment de votes pour representer la banniere republicaine aux elections de novembre. Les Republicains avaient contrecarre une nouvelle fois les ambitions politiques de Caldwell par l'appui selectif qu'ils accordaient a l'un de ses adversaires qui, dans une election << at large >> ou la majorite des electeurs etaient blancs, n'avait aucune chance de l'emporter. La strategie avait ete efficace en 1920 et 1922, mais la lutte de 1924 avait ete l'occasion pour l'aile conservatrice du parti d'assurer la victoire d'un protege du Klan. (47) Le Gary Sun aura donc ete incapable de faire contrepoids au Klan et de convaincre les electeurs du comte, blancs comme noirs, que la candidature de Hueston devait etre ignoree et que celle d'un defenseur de la classe ouvriere comme Caldwell devait enfin triompher. (48) C'est dans cette optique qu'on peut comprendre la promotion du << front commun >> faite par le Gary Sun.

Le Gary Sun avait d'autres individus a desavouer durant la campagne de 1924, en l'occurrence un membre de la communaute noire--<< Daddy >> Gaines --qui se decrivait comme le porte-parole local du Universal Negro Improvement Association (UNIA) de Marcus Garvey. (49) Apres que Gaines eut annonce la formation d'un comite politique responsable de l'examen de tous les candidats et, surtout, de la collecte d'argent aupres de ces memes candidats en echange d'une promesse d'appui, le Gary Sun le denonca pour la << fiente >> politique qu'il repandait au sein de la communaute. Seul un imbecile, ecrivait le Gary Sun, << accepts money from a candidate before an election and seeks favors afterwards [...] If Garvey is backing Gaines in selling Negro votes to the highest bidder for cash, then the Sun is sorry for Garvey. >> (50) Dans son combat mene contre la corruption et la propagande telle que concoctee par Gaines, le Gary Sun--conscient des limites de ses moyens--prenait encore soin de solliciter l'aide de citoyens respectes de la communaute. Apres avoir eu vent de la rumeur que les electeurs noirs << would lose their jobs in the steel mills if they didn't support certain candidates >>, plus d'une centaine d'hommes et de femmes ont fonde le South Side Republican Club. La premiere action posee par cette nouvelle organisation politique fut de se placer << on record against self-appointed race leaders >> et de souligner << the need of ridding the race of them. >> La reference a <<Daddy>> Gaines etait, dans ce cas, on ne peut plus claire puisqu'elle venait une semaine apres qu'il eut exhorte les Noirs a appuyer << the people who give you work in Gary--the steel people. >> (51)

Les resultats des elections primaires ayant ete rendus publics, le Gary Sun proposait a ses lecteurs de demeurer vigilants malgre l'avalanche qui avait enterre le vote d'opposition au Klan dans les rangs republicains et montre la superiorite numerique de l'aile conservatrice du parti. Il etait important de s'assurer que les candidats democrates ne passent pas le test des elections de novembre et que les republicains soient choisis a l'avenir de facon plus critique. Les femmes noires ne devaient donc pas manquer de reconnaitre et d'exploiter la puissance de leur << freedomfull citizenship, the right to vote. >> (52)

L'insistance des dirigeantes du Gary Sun a denoncer des hommes politiques comme Hueston et Gaines est facile a comprendre. La conception du << racial progress >> qui passait par l'attentisme et les alliances empoisonnees etait pour elles non seulement inefficace et surannee, mais incompatible avec les espoirs d'individus ayant choisi de migrer precisement a cause de la lenteur du changement politique, economique et sociale dans les regions du Sud. Pour casser l'emprise que ces hommes entendaient exercee sur les migrants americains africains de Gary--une emprise qui menait droit a l'anti-syndicalisme, au rejet de l'integration, a la dependance economique et au conformisme politique--les femmes du Gary Sun ont ajoute des exhortations a la critique dirigee contre leurs adversaires.

L'analyse des pages du Gary Sun pour la periode qui va de janvier 1923 a novembre 1924 revele la perception changeante des femmes noires eu egard a leur role en politique. Par exemple, lorsque les citoyens de Gary ont eu a determiner, en 1923, si le << Manager Form of Government >> devait remplacer la vieille methode d'administration de la ville, le Gary Sun invita les electeurs noirs a ne plus voir leur droit de vote comme leur << only medium of participation in the government >>. Apres les elections primaires du mois de mai 1924, l'appel aux femmes noires etait sans equivoque: << get into politics as leaders, voters and aspire to office. >> Cette profession de foi etait assortie de reserves impudentes qui temoignaient de l'autonomie intellectuelle des femmes du Gary Sun. Elles souhaitaient en effet voir leurs consoeurs faire le saut en politique, mais pas comme certaines des << weak-minded, selfish and unscrupulous women of the National Federation [of Women's Clubs] quite busy throughout the country "cashing in" on their connection with the association officially or otherwise >>. La convention de la National Federation of Women's Clubs, tenue en aout dans la ville de Chicago, fut une occasion pour les femmes du Gary Sun de se vouer a la lutte contre la corruption politique et les << ambitious office seekers >>. (53)

Les preparatifs de la convention de Chicago avaient par ailleurs servi a rappeler que l'engagement public n'avait pas a isoler des femmes et des hommes partageant entre eux les preoccupations et les espoirs de toute une race. En exhortant les hommes a participer << daily and nightly >> aux rencontres politiques preparatoires, les femmes du Gary Sun contribuaient a promouvoir un sens du devoir qui exigeait des hommes noirs davantage que leur presence physique. Pour repondre aux attentes des femmes noires qui aspiraient a des fonctions d'autorite en politique et gravir les echelons, les hommes devaient assumer leurs responsabilites masculines envers elles et fournir des emplois aux membres de la communaute afro-americaine. Par la defense de ces principes, les femmes avouaient que leurs interets politiques et economiques etaient lies a ceux de la famille. << [T]he most urgent duty of the men of the race >>, ecrivait le Gary Sun, << is to make a world in which every woman who has to work for an honest living may have the gainful and respectable employment merited by her ambition, talent, training and experience. It is the duty of every man born of woman to help women tobe more happy instead of miserable. >> Critique des hommes afroamericains qui ne sont ni << providers, protectors nor encouragers of Negro women >> et << are satisfied to have the women of their race beg others for help and assistance of all kinds >>, le Gary Sun insistait sur le fait que << the last Negro man living on this earth must be taught to know that the responsibility of taking care of every Negro woman in the world rests upon his shoulders. He must not think alone ofthose near and dear to him, but the women ofthe entire race. >> (54) Pour preserver et repandre les benefices d'un amendement qui, en contexte de migration, sonnait le glas de la triple representation virtuelle des femmes noires originaires du Sud sur le plan electoral, les responsables du Gary Sun ont refuse d'appauvrir la rigueur de leur position par des critiques selectives. C'est ce qui explique pourquoi--au meme titre que les membres du Klan, les opportunistes politiques et les citoyens insouciants de leurs droits les hommes et les femmes de leur race ont fait l'objet de critiques. Un examen pousse du rapport entre les lois restrictives d'immigration et l'exercice du droit de vote revele par ailleurs que la << valeur utilitaire >> du suffrage n'a pas conduit les femmes du Gary Sun << from the high ground of principle to the low ground of expediency. >> (55)

III. Le Gary Sun et les lois restrictives d'immigration

Avant que les electeurs ne choisissent leurs representants aux elections de novembre 1924, le debat sur l'adoption d'une loi restrictive d'immigration avait a nouveau souleve les passions a travers le pays. Pour les critiques de la << porte ouverte >>, la loi restrictive votee par le Congres en 1921 avait besoin d'etre resserree. En fixant la mesure d'entree a trois pour cent par groupe ethnique sur la base des individus denombres dans le recensement de 1910, les legislateurs federaux avaient pourtant cru assouvir les angoisses engendrees par les << Rouges >> apres la Premiere Guerre mondiale. Les residants de Gary, du comte de Lake et de l'Etat de l'Indiana n'etaient pas en marge de l'hydre de la xenophobie. (56) Dans l'etude du nativisme, l'un des defis les plus interessants a relever pour l'historien concerne la facon par laquelle les femmes ont utilise leur droit de vote apres le 19e amendement. De la perspective des femmes noires qui voyaient leur epoux lutter pour preserver les acquis de l'epoque de la Grande Guerre lorsque l'immigration europeenne reprit avec vigueur au debut des annees vingt, il est important d'etablir si, et de quelle maniere, les frustrations senties et percues au sein des familles et de la communaute noire furent canalisees en un appui pour les mesures nativistes et ceux qui se faisaient du capital politique en les articulant. De toute evidence, il est imperatif d'examiner toutes les sources de controverse ayant pu aider a transformer le mecontentement en actions et decisions politiques specifiques. Dans le cadre du present article, nous limitons cet effort ambitieux aux pages du Gary Sun pour voir si le travail politique de ses femmes dirigeantes a ete defigure par les prejuges nativistes, l'appui aux suppots de la xenophobie ou l'esprit de lucre. (57)

Du debut de l'annee 1923 a la journee (26 mai 1924) ou le president Coolidge apposa sa signature au projet de loi du Congres limitant l'immigration aux Etats-Unis a deux pour cent par groupe ethnique sur la base du recensement de 1890, le Gary Sun publia deux articles en premiere page et un editorial sur l'immigration. (58) Les deux articles etaient des depeches de presse emanant de Washington et Pittsburgh, l'editorial etait redige par un reverend Forsyth de la Methodist Episcopal Home Missions Board. Chacun des textes fournissait peu de renseignements sur un nombre limite de questions, soit l'assimilation (religieuse), l'immigration japonaise en Californie et la protestation de groupes immigrants. A la lumiere de ces ecrits, j'ai conclu que le Gary Sun n'avait pas tenu le sceptre du nativisme et incarne une voix d'intolerance dans le debat sur l'immigration. Les positions du journal tenues apres l'adoption du projet de loi en 1924 avalisent ce raisonnement deductif initial. Dans un editorial sur les << Petticoat Men >>, les hommes noirs sont presentes comme des << spineless donkeys, good at kicking about what white men are not doing for the Negro people generally >>, une pointe decochee en direction de ceux qui critiquaient les Blancs accordant des faveurs aux immigrants et des autres qui reprochaient aux immigrants d'occuper les emplois << that rightfully should go to blacks >>. La reference ridiculisait aussi les suffragettes qui, apres le 19e amendement, plongeaient dans le nationalisme chauvin pour assurer la defaite de la Societe des nations dont la consequence premiere--selon une porte-parole du Parti republicain invitee a Gary--etait la conscription des Americains pour l'Europe et l'embauche des immigrants par l'industrie americaine. La diatribe du Gary Sun est interessante pour deux raisons. D'une part, elle fait contrepoids--comme les ecrits de W.E.B. Du Bois du Crisis et Cyrill Briggs du Crusader--a une presse noire majoritairement opposee a la politique de la << porte ouverte >> du gouvernement des Etats-Unis en matiere d'immigration. (59) D'autre part, elle confirme que les femmes noires du Gary Sun n'ont pas trouve refuge dans un mirador de complaisance ou on laisse a d'autres le soin d'effectuer un sale boulot qui contribue indirectement a l'amelioration de sa situation et celle de ses semblables. L'examen approfondi de cette derniere idee fait comprendre que l'idealisme du travail politique necessaire de la Grande Migration n'est pas l'oppose du pragmatisme, mais l'ennemi de l'opportunisme qui permute une forme de vulnerabilite pour une autre.

Les voix qui se font entendre sur la question de l'immigration sont le reflet des interets et engagements des intervenants. Le projet migratoire des Americains africains expose surtout celles qui s'egosillent a promouvoir les caracteristiques des << last hired >> aupres d'employeurs attaches a une tradition d'embauche favorable aux immigrants europeens. (60) Depuis la venue de Roscoe Conkling Simmons en 1917 et l'entree de John Russell a la US Steel comme << welfare worker >> en 1919, les migrants noirs de Gary avaient appris a troquer le militantisme ouvrier pour des emplois. Au debut de la decennie suivante, la loi restrictive d'immigration de 1921 et les annonces de reamenagement et d'expansion a la US Steel leur ont donne l'occasion d'eriger la lecon en systeme. Dans son edition du 2 avril 1921, le Gary Daily Tribune consacrait sa premiere page a l'introduction supposee de la journee de huit heures de travail et a sa consequence immediate, soit 10 000 nouveaux emplois dans les usines de la compagnie. Les donnees recueillies par John Foster Potts sur le personnel a l'embauche de la Gary Works--une filiale de la US Steel--revelent que les travailleurs noirs ont effectue des percees spectaculaires au cours de cette periode. La mesure qui exprime le mieux le phenomene est sans doute la proportion de travailleurs noirs dans les usines de la compagnie: un travailleur sur dix en 1921 contre un ouvrier sur cinq en 1923 est Noir a la Gary Works. Pour les victimes des licenciements de la periode d'apres-guerre et ceux qui oeuvraient au sein d'institutions venant en aide aux migrants, ces resultats avaient de quoi emerveiller et enorgueillir. (61) Des contemporains comme les femmes du Gary Sun savaient toutefois tres bien que de pareilles realisations reposaient sur un socle chancelant qui rendait vulnerables ceux et celles qui fondaient en lui tous leurs espoirs.

J'ai indique plus haut que les assises des institutions noires etaient generalement fragiles au debut de la migration vers Gary. Le cas de la Stewart House etudie par l'historienne Ruth Hutchinson Crocker le confirme et revele que les efforts de consolidation deployes par ses tetes dirigeantes n'etaient pas necessairement guides par la vertu. Fondee en 1920 par le reverend Frank F. Delaney de l'eglise Methodist Episcopal, la Stewart House avait comme mission de venir en aide aux migrants noirs. Avant le milieu de la decennie, ses respon-sables se sont toutefois laisses seduire par la strategie paternaliste de la U.S. Steel en echange du financement necessaire a la survie de leur maison de bienfaisance. Comme l'historien Eric Arnesen l'a observe dans un autre contexte, la decision signifiait que la main-d'oeuvre noire migrante avait par la voie de ses leaders--contracte une dette dont le remboursement prenait la forme d'une << loyalty, passivity, and subordination to employers >>. (62) C'est a cette epoque qu'entre en scene William C. Hueston, celui-la meme que le Gary Sun vilipende durant la campagne electorale de 1924 pour ses malversations et ses liens douteux avec des membres reputes du Ku Klux Klan. Apres sa nomination comme president du Conseil d'administration de la Stewart House, Hueston devient la pierre angulaire d'un reseau d'alliances qui souleve l'indignation des militants idealistes gravitant autour du Gary Sun. Il reussit, comme on l'a vu, A gagner la faveur de nombreux electeurs noirs lors des primaires de 1924, mais un nombre encore plus significatif d'electeurs refuse de le porter en triomphe, comme quoi la denonciation faite par le journal d'un allie du nativisme et de l'anti-syndicalisme n'etait pas l'oeuvre de marginaux. Si le reverend Charles E. Hawkins de la First Baptist avait encore pu, en 1919, promouvoir dans l'allegresse la venue d'un homme comme Roscoe Conkling Simmons qui incarnait le passe, la reponse a l'un de ses semblables cinq ans plus tard confirme que les attentes avaient change. En fait, la polemique autour d'un personnage comme Hueston fait voir que les allies du nativisme ne pouvaient pas, a cette epoque, compter sur la complicite d'une presse qui exonerait tout individu capable de maintenir ou de relever la position de ses << clients >> sur le marche du travail. D'une part, les promesses de mieux-etre faites aux migrants n'etaient pas durables, de l'autre, l'abandon de principes et d'aspirations plus larges cicatrisait le projet migratoire autant que l'ideologie conservatrice de Booker T. Washington avait afflige l'experience sudiste des Noirs. La repulsion dans le projet migratoire incluait donc non seulement l'intolerance face au racisme, mais envers des leaders qui reprenaient a leur compte le discours paternaliste rendu celebre par le Pere de Tuskegee. Il est ainsi peu etonnant de constater que le travail politique necessaire de la Grande Migration presente a Gary plus d'une vision du pragmatisme.

Contrairement a la Stewart House que dirigeaient Delaney et Hueston, le Gary Sun n'a pas cherche a consolider ses assises financieres en se rapprochant de la US Steel ou de quelque autre force economique a l'influence corruptrice. Comme toute nouvelle entreprise commerciale a la merci des revenus de publicite, le Gary Sun aurait sans doute eu raison d'adopter une position conforme a celle de la majorite dans le debat sur l'immigration. L'argument convainc encore davantage lorsqu'on considere que le Gary Sun faisait constamment concurrence a plus de trois journaux, uniquement dans la ville de Gary, pour obtenir la faveur de ceux qui payaient une bonne part des frais d'exploitation. Le nombre important de journaux qui ont du mettre fin a leurs activites et la fusion du Gary Evening Post et du Gary Daily Tribune en juillet 1921 confirment que la rivalite au sein de ce marche reduit de lecteurs etait intense et constituait un obstacle de taille que peu d'entreprises ont ete en mesure de surmonter. (63) Comme preuve supplementaire, on pourrait rappeler que le Gary Sun est demeure un hebdomadaire et n'a pas ete transforme en un quotidien par celles qui en assuraient la direction. Il est certainement utile d'etablir que l'esprit de lucre n'a pas brouille les ideaux des femmes noires du Gary Sun dans le debat sur l'immigration. La precision prend une tout autre dimension lorsqu'on indique que l'intimidation locale exercee par les membres du Klan n'a pas non plus atrophie ses positions liberales.

Les risques physiques que posait pour les Noirs une presse militante etaient bien reels dans une region ou les membres du Ku Klux Klan proferaient des menaces de mort au gouverneur et A une epoque ou le caractere explosif et imprevisible des relations raciales venait d'etre sauvagement demontre a Chicago (1919) et Tulsa (1921). Les forces dirigeantes du Gary Sun risquaient donc gros a se frotter A une organisation qui incarnait l'appui aux lois restrictives et la violence d'une epoque. Critique fidele du Klan et de sa philosophie au cours de la periode, le Gary Sun n'a pas craint de s'en prendre au dragon incarne par le Klan et a ses sympathisants, avant comme apres l'adoption par le Congres de la loi restrictive d'immigration de 1924. D'ailleurs, une defense sans ambiguite d'une politique restrictive en matiere d'immigration aurait signifie que les Noirs contribuaient a << fostering [...] discrimination against foreigners >> autant que le Klan a ce moment dans l'histoire de la ville. Cette description potentielle des Noirs aurait ete intolerable pour les responsables du Gary Sun, sans oublier que les critiques du journal auraient ainsi recu l'aval pour remettre en question son integrite journalistique et la constance de ses positions ideologiques. Le Gary Sun n'a pas ete prisonnier de ses contradictions car il n'a jamais recherche la sensation et tombe dans un opportunisme de mauvais aloi. La philosophie du journal a ete, et est restee au cours de la periode etudiee, marquee par une devotion a la << safeguard [of] the liberties of ail people. >> (64) C'est de cette facon que la migration et l'engagement public donnaient un sens a la lutte des Noirs pour la protection et l'affirmation de leurs droits et servaient de lecon sur la tolerance, l'inclusion et la signification veritable du << We the people >>. A une epoque ou le radicalisme politique etait synonyme d'exclusion, les femmes du Gary Sun ont refuse d'etre les complices d'un conformisme opportun incame dans l'appui aux porte-parole du nativisme. Le rejet sans equivoque des strategies politiques telles que celles elaborees par Hueston et promu par des proselytes comme << Daddy >> Gaines revele que l'adaptation des migrants noirs de Gary pouvait emprunter une autre voie que celle tracee par les heritiers du marchandage obnubiles par la reussite materielle. Les femmes noires du Gary Sun n'ont pas ete des voix d'intolerance dans le debat sur l'immigration parce que, si l'acces aux emplois representait une necessite, l'eradication des << diminished black aspirations << en constituait une autre. (65)

La periode qui suit la ratification du 19e amendement offre deux possibilites au chercheur interesse par le role des Noirs en politique. La premiere est celle qui les situe dans un milieu ou le droit de vote est conteste et restreint par des individus et des lois racistes; la seconde est celle d'un milieu ou les Noirs sont les promoteurs d'un droit acquis et reconnu sur le plan legal et juridique. Pour eviter d'isoler les problematiques inherentes a ces deux approches, il est utile d'emprunter la perspective de la Grande Migration. L'engagement politique des Noirs s'y presente et se developpe sur la base de leurs experiences passees, en fonction de leur statut de minorite en societe et a la lumiere de leurs nombreux espoirs de migrant et de citoyen. Du point de vue des Noirs de Gary, le travail de la migration a inclus un engagement politique qui s'est avere necessaire pour le developpement des institutions communautaires et la fin de la triple representation virtuelle sur le plan electoral. Il a aussi permis aux femmes de faire une difference en politique par la promotion d'un langage d'emancipation tenu et elabore durant leur adaptation a Gary. Car si le 19e amendement et les lois restrictives concernaient autant la regularisation que la construction d'une identite nationale, les femmes du Gary Sun ont montre que l'injustice et l'intolerance que l'on avait greffees au nationalisme constituaient ses stigmates les plus pernicieux. Ce faisant, elles ont donne un sens a leur droit de vote et a leur migration qui revele que la contribution des femmes noires aux succes politiques attendus ne se mesure pas uniquement par des resultats d'elections ou des lois progressistes. (66) En faisant porter l'attention principalement sur le Gary Sun, j'ai voulu rappeler que la presse constitue une arene publique efficace pour la transmission de valeurs que les femmes noires de Gary ont controle comme d'autres controlent les partis politiques. Les objectifs ambitieux de la migration incluaient donc autant la reconnaissance et la promotion du droit de vote que le controle d'une tribune publique dont l'activite dans le quotidien s'est averee nettement plus benefique que celle des partis et des << machines >> politiques. Si le 19e amendement a constitue une forme d'emancipation qui devint << a way station en route to further political triumphs >>, c'est en raison du travail continu et audacieux realise par des femmes comme celles de Gary. (67) Il serait ainsi difficile d'ignorer l'heritage que le travail politique de la Grande Migration a legue au renforcement de la foi liberale durant les annees trente et aux victoires du mouvement des droits civiques au cours des annees 1950 et 1960.
Tableau 1.

Population de Gary, Indiana, selon la race, 1910-1920

Population 1910 1920

 N % N %

Blancs natifs 4 480 26,7 16 519 29,8
Blancs nes a l'etranger 8 242 49,0 16 460 29,7
Blancs natifs, un parent ne a l'etranger 3 681 21,9 17 065 30,8
Noirs * 383 2,3 5 299 9,6
Autres races 16 0,1 35 0,1

Total 16 802 100,0 55 378 100,0

Source: Raymond A. Mohl et Neil Betten, Steel City: Urban and Ethnic
Patterns in Gary, Indiana, 1906-1950 (New York, Holmes & Meier, 1986),
tableau 2.1, p. 29.

* Les chiffres en rapport a la population noire ne correspondent pas
a ceux obtenus des listes nominatives de recensements federaux. Voir
la note du tableau 2.

Tableau 2.

Augmentation de la population noire, selon le sexe, au sein de villes
du Nord, 1910-1920

 1910 1920

Villes Hommes Femmes Total Hommes Femmes Total

Gary 243 144 387 2 980 2 329 5 309
Detroit 2 985 2 756 5 741 23 605 17 233 40 838
Cleveland 4 341 4 107 8 448 18 733 15 718 34 451
Chicago 22 685 21 418 44 103 55 943 53 515 109 458
New York 42 143 49 566 91 709 72 351 80 116 152 467
Philadelphie 39 431 45 028 84 459 67 132 67 097 134 229
Pittsburgh 13 351 12 272 25 623 19 913 17 812 37 725

 Aug. (%)

Villes Hommes Femmes Total

Gary 1 126,3 1 517,4 1 271,8
Detroit 690,8 525,3 611,3
Cleveland 331,5 282,7 307,8
Chicago 146,6 149,9 148,2
New York 71,7 61,6 66,3
Philadelphie 70,3 49,0 58,9
Pittsburgh 49,1 45,1 47,2

Source: Thirteenth Census of the United States [1910], Federal
Population Census Schedules, Gary City (Lake County, Indiana);
Fourteenth Census of the United States [1920], Federal Population
Census Schedules, Gary City (Lake County, Indiana); Mohl et Betten,
Steel City, tableau 3.2, p. 50; Joe William Trotter, Jr., Black
Milwaukee: The Making of an Industrial Proletariat, 1915-1945 (Urbana,
University of Illinois Press, 1985), tableau 1.1, 2.1, pp. 5, 41; U.S.
Dept. of Commerce, Bureau of the Census, Negroes in the United States,
1920-1932 (New York, Kraus Reprint, 1969: 1re ed. 1935), tableau 15,
p. 85.

Note : Les chiffres sur Gary different de ceux qui ont ete publies par
le Bureau du recensement (voir tableau precedent). Pour les deux annees
(1910, 1920), j'ai constate que les resultats obtenus a partir des
listes nominatives etaient superieurs aux compilations du Bureau du
recensement. En 1910, par exemple, on reussit a obtenir un total
identique a celui du Bureau du recensement americain en soustrayant des
listes nominatives les personnes qui ont << refuse de repondre >>; en
1920, on se rapproche des totaux publies en supprimant des listes
nominatives les personnes enumerees << black >>, mais qui etaient
d'origine mexicaine. Comme la sous-enumeration enlevait aux residants
d'une region des subsides federaux, il faudrait alors se demander si
l'action des recenseurs ne visait pas a penaliser ceux qui refusaient
de collaborer a l'entreprise de denombrement. Par ailleurs, un rapport
soumis au debut de l'annde 1919 par Fred A. Moore estimait la
population noire de Gary entre 8 000 a 10 000 personnes. De toute
evidence, ces chiffres sont beaucoup trop eleves. Meme en ajoutant tous
les travailleurs noirs qui faisaient la navette vers Gary entre 8 000 a
10 000 personnes. De toute evidence, ces chiffres sont beaucoup
trop eleves. Meme ajoutant tous les travailleurs noirs qui faisaient la
navette vers Gary, il est clair que les estimations de Moore demeurent
inexactes. Cf. Fred A. Moore, << Report on Industrial Survey. Gary,
Indiana >> (January 27, 28, 1919), in James R. Grossman [ed], The Black
Workers in the Era of the Great Migration, National Archives, Record
Group 3, U.S. Housing Corporation [bobine 22, cadre 0625].

Tableau 3.

Les Noirs de Gary et leurs familles, par unites domestiques, 1910-1920

 1910

Types de famille * Individus Proportion Familles Proportion
 des individus des familles

Nucleaire 234 60,5 71 55,9

simple 120 51,3 47 66,2
etendue 25 10,7 6 8,5
augmentee 74 31,6 15 21,1
eten./augm. 15 6,4 3 4,2

Monoparentale 109 28,2 44 34,6

simple 21 19,3 21 47,7
etendue 4 3,7 2 4,5
augmentee 76 69,7 19 43,2
eten./augm. 8 7,3 2 4,5

Autres 44 11,4 12 9,4

TOTAL 387 127

 1920

Types de famille * Individus Proportion Familles Proportion
 des individus des familles

Nucleaire 4 218 79,4 1 123 75,0

simple 2 326 55,1 725 64,6
etendue 605 14,3 136 12,1
augmentee 1 070 25,4 224 19,9
eten./augm. 217 5,1 38 3,4

Monoparentale 1 010 19,0 330 22,0

simple 250 24,8 155 47,0
etendue 137 13,6 43 13,0
augmentee 527 52,2 115 34,8
eten./augm. 96 9,5 17 5,2

Autres 81 1,5 44 2,9

TOTAL 5 309 1 497

Source: FPCS, Gary, 1910, 1920.

* Les categories utilisees pour designer les unites domestiques
prennent en consideration la confusion qui guette souvent les
chercheurs an prise avec de multiples structures de menage et de
famille. J'ai surtout voulu simplifier les categories et etablir une
distinction entre les unites domestiques avec ou sans noyau conjugal.

1. Famille << simple >> = chef de menage, avec on sans enfants;

2. Famille << etendue >> = chef de menage, avec ou sans enfant, vivant
avec de la parente (e.g. pere, uncle, neveu, << beaux-parents >>);

3. Famille augmentee = chef de menage, avec ou sans enfant, vivant avec
une personne non apparentee. J'ai utilise le concept de a
<< pensionnaire >> pour regrouper les a << boarders >>, << lodgers >>
et << roomers >> identifies dans les evenements d'enumeration.

4. Famille etendue / augmentee = categories a << 2 >> et << 3 >>;

5. Autres = vivant dans une famille ou le chef de menage West pas un
<< Noir >>.


(1) L'auteur tient a remercier Bruno Ramirez, Valerie Grim, Phyllis LeBlanc, Joceline Chabot et les lecteurs anonymes de la revue pour leurs commentaires et suggestions.

(2) Rosalyn M. Terborg-Penn, << The Historical Treatment of Afro-Americans in the Woman's Movement, 1900-1920: A Bibliographical Essay >>, A Current Bibliography on African Affairs, 7 (1974), p. 257. Voir aussi Terborg-Penn, African American Women in the Struggle for the Vote, 1850-1920 (Bloomington, 1998); Evelyn Brooks Higginbotham, << In Politics to Stay: Black Women Leaders and Party Politics in the 1920s >>, Louise A. Tilly et Patricia Gurin (dir.), Women, Politics, and Change (New York, 1990), pp. 199-220; Higginbotham, << Clubwomen and Electoral Politics in the 1920s >>, Ann D. Gordon et al. (dir.), African American Women and the Vote, 1837-1965 (Amherst, 1997), pp. 134-55; Higginbotham, Righteous Discontent: The Women's Movement in the Black Baptist Church, 1880-1920 (Cambridge, 1993); Glenda Elizabeth Gilmore, Gender & Jim Crow: Women and the Politics of White Supremacy in North Carolina, 1896-1920 (Chapel Hill,1996). Sur l'etude des femmes dans la Grande Migration, voir Darlene Clark Hine, << Black Migration to the Urban Midwest: The Gender Dimension, 1915-1945 >>, Joe William Trotter, Jr. (dir.), The Great Migration in Historical Perspective: New Dimensions of Race, Class, and Gender (Bloomington, 1991), pp. 127-46. Voir aussi Beverly A. Bunch-Lyons, << And They Came: The Migration of African-American Women from the South to Cincinnati, Ohio, 1900-1950 >> (These de Ph.D., Miami University [OH], 1995); Elizabeth Clark-Lewis, Living In, Living Out: African American Domestics and the Great Migration (New York, 1996); Gretchen Lemke-Santangelo, Abiding Courage: African American Migrant Women and the East Bay Community (Chapel Hill, 1996); Kimberley L. Phillips, Alabama North: African-American Migrants, Community, and Working-Class Activism in Cleveland, 1915-45 (Urbana, 1999); Lillian Serece Williams, Strangers in the Land of Paradise: The Creation of an African American Community, Buffalo, New York, 1900-1940 (Bloomington, 1999); Shirley Ann Wilson Moore, To Place Out Deeds: The African American Community in Richmond, California. 1910-1963 (Berkeley, 2000); Victoria W. Wolcott, Remaking Respectability: African American Women in Interwar Detroit (Chapel Hill, 2001).

(3) Pour mesurer l'etat des connaissances acquises et suivre l'evolution des travaux sur la Grande Migration, voir Kenneth L. Kusmer, << The Black Urban Experience in American History >>, Darlene Clark Hine (dir.), The State of Afro-American History: Pact, Present, and Future (Baton Rouge, 1986), pp. 91-122; Joe W. Trotter, Jr., << Afro-American Urban History: A Critique of the Literature >>, Trotter, Black Milwaukee: The Making of an Industrial Proletariat, 1915-1945 (Urbana, 1985), pp. 264-82; Trotter, (dir.), The Great Migration in Historical Perspective, pp. 1-21, 147-54; Kenneth W. Goings et Raymond A. Mohl, << Toward a New African American Urban History >>, Kenneth W. Goings et Raymond A. Mohl (dir.), The New African American Urban History (Thousand Oaks, 1996), pp. 1-16; Eric Arnesen, Black Protest and the Great Migration: A Brief History with Documents (Boston et New York, 2003), pp. 1-43.

(4) Sur la continuite dans la Grande Migration, voir Hine, << Black Migration to the Urban Midwest >>, p. 128; James Borchert, Alley Life in Washington: Family, Community, Religion, and Folklife in the City, 1850-1970 (Urbana, 1980); Gottlieb, Making Their Own Way. Sur les origines profondes du mouvement des droits civiques, voir Neil McMillen, Dark Journey: Black Mississippians in the Age of Jim Crow (Urbana, 1989); John Egerton, Speak Now against the Day: The Generation before the Civil Rights Movement in the South (New York, 1994); Charles Payne, I've Got the Light of Freedom: The Organizing Tradition and the Mississippi Freedom Struggle (Berkeley, 1995); Dona Cooper Hamilton et Charles V. Hamilton, The Dual Agenda: Race and Social Welfare Policies of Civil Rights Organizations (New York, 1997); Steven Hahn, A Nation Under Our Feet: Black Political Struggles in the Rural South from Slavery to the Great Migration (Cambridge, 2003).

(5) James E. DeVries, Race, Kinship, and Community in a Midwestern Town: The Black Experience in Monroe, Michigan, 1900-1915 (Urbana, 1986); Darrel E. Bigham, We Ask Only a Fair Trial: A History of the Black Community of Evansville, Indiana (Bloomington, 1987); Jack S. Blocker, << Black Migration to Muncie, 1860-1930 >>, Indiana Magazine of History, 42 (1996), pp. 297-320; Sundiata Keita Cha-Jua, America's First Black Town: Brooklyn, Illinois, 1830-1915 (Urbana, 2000). Voir aussi Kathryn Grover, Make a Way Somehow: African-American Life in a Northern Community, 1790-1965 (s.l., 1994).

(6) Sur l'histoire de Gary, voir Raymond A. Mohl et Neil Betten, Steel City: Urban and Ethnic Patterns in Gary, Indiana, 1906-1950 (New York, 1986); James B. Lane, "City of the Century ": A History of Gary, Indiana (Bloomington, 1978); Ronald D. Cohen, Children of the Mill: Schooling and Society in Gary, Indiana, 1906-1960 (Bloomington, 1990); Ruth Hutchinson Crocker, Social Work and Social Order: The Settlement Movement in Two Industrial Cities, 1889-1930 (Urbana, 1992); Edward Greer, Big Steel: Black Politics and Corporate Power in Gary, Indiana (New York, 1979); Andrew Hurley, Environmental Inequalities: Class, Race, and Industrial Pollution in Gary, Indiana, 1945-1980 (Chapel Hill, 1995); Ruth Needleman, Black Freedom Fighters in Steel: The Struggle for Democratic Unionism (Ithaca, 2003); Elizabeth Balanoff, A History of the Black Community of Gary, Indiana: 1906-1940 (Ph.D., University of Chicago, 1974); Isaac James Quillen, Industrial City: A History of Gary, Indiana to 1929 (Ph.D., Yale University, 1942); John F. Potts, A History of the Growth of the Negro Population of Gary, Indiana (M.A., Cornell University, 1937).

(7) Gloria J. Braxton, << African-American Women and Politics: Research Trends and Directions >>, National Political Science Review, 4 (1993), p. 283; Bettye Collier-Thomas et V. P. Franklin (dir.), Sisters in the Struggle: African American Women in the Civil Rights--Black Power Movement (New York, 2001); Vicki L. Crawford, Jacqueline Anne Crouse et Barbara Woods (dir.), Women in the Civil Rights Movement: Trailblazers & Torchbearers, 1941-1965 (Bloomington, 1993); Jane Rhodes, Mary Ann Shadd Cary: The Black Press and Protest in the Nineteenth Century (Bloomington, 1998); Belinda Robnett, How Long? How Long?: African-American Women in the Struggle for Civil Rights (New York, 1997); Alice Walker, In Search of Our Mothers' Gardens (New York, 1984); Deborah Gray White, Too Heavy a Load: Black Women in Defense of Themselves, 1894-1994 (New York, 1999). Pour une etude exhaustive sur l'histoire du droit de vote aux Etats-Unis qui a grandement influence ma pensee sur la << contribution >> politique des femmes, voir l'ouvrage magistral de Alexander Keyssar, The Right to Vote: The Contested History of Democracy in the United States (New York, 2000). Voir aussi Pamela Tyler, Silk Stockings & Ballot Boxes: Women & Polities in New Orleans, 1920-1963 (Athens, 1996); Louise Michele Newman, White Women's Rights: The Racial Origins of Feminism in the United States (New York, 1999).

(8) 65th Congress, 2d Session, H.J. Res. 200 (10 janvier 1918); 65th Congress, 3d Session, S.J. Res. 224 (13 fevrier 1919); 65th Congress, 3d Session, S.J. Res. 230 (28 fevrier 1919); Chap. 139, [Tennessee] House Bill No. 717 (14 avril 1919); << Denies South Carolina Negro Women Want Vote>>, New York World, 18 fevrier 1919 [coupure de presse]; << National Woman's Party and Woman Suffrage amendment matter >>, memorandum de John R. Shillady, 10 mars 1919; Alice Paul a John R. Shillady, 28 mars 1919; Alice Paul a [W.E.B. Du Bois], 30 mars 1919; Alice Paul a Mary White Ovington, 31 mars 1919 [recu le]. Tous ces documents sont tires de Records of the National Association for the Advancement of Colored People, Administrative File (Woman Suffrage), Manuscript Division, Library of Congress (Madison Building), boite C-407, dossier Feb. 8--May 15, 1919 [<< LC-NAACP (Woman Suffrage) >> dans les notes suivantes]. Pour une vue plus large des tensions entre les suffragettes sur la participation des femmes noires au mouvement, voir Terborg-Penn, African American Women in the Struggle for the Vote, 1850-1920, 107-135; Rosalyn Terborg-Penn, << Discontented Black Feminists: Prelude and Postscript to the Passage of the Nineteenth Amendment >>, Lois Scharf et Joan M. Jensen (dir.), Decades of Discontent: The Women's Movement, 1920-1940 (Boston, 1983), 264. Voir aussi Gary Evening Post [<< GEP >> dans les notes suivantes], 11 janvier 1918; Gary Daily Tribune [<< GDT >> dans les notes suivantes], 14 janvier 1918, 1er octobre 1918. Dans les prochaines references, les pages des articles de journaux sont indiquees entre crochets seulement si la reference n'est pas tiree de la premiere page.

(9) LC-NAACP (Woman Suffrage), boite C-407, dossier Feb. 8-May 15 1919. Une copie de la petition a ete recue le 15 mai 1919 par le bureau de New York du NAACP. La petition inclut la mention de 725 noms, mais le depouillement complet de cette source revele que le nombre total est de 722 signataires. Parmi eux,j'ai reussi a identifier 347 hommes et 297 femmes, soit pres de 90 pour cent du total. Un examen plus rigoureux de cette liste--qui contient non seulement les noms, mais les adresses des signataires--permettra, par le jumelage a d'autres sources nominatives, d'en savoir davantage sur l'etat civil et le statut professionnel des hommes et des femmes.

(10) GDT, 1er octobre 1918, 11 fevrier 1919 [p. 4]; GEP, 10 fevrier 1919, 21 mai 1919, 5 juin 1919, 6 juin 1919 [p. 8]; Lake County Star [<< LCS >> dans les notes suivantes], 30 mai 1919 [p. 2], 13 juin 1919 [p. 2]; Ida Husted Harper a Elizabeth C. Carter, 18 mars 1919, LC-NAACP (Woman Suffrage), boite C-407, dossier Feb. 8-May 15 1919; Terborg-Penn, African American Women in the Struggle for the Vote, 130-132; Kenneth R. Johnson, << White Racial Attitudes as a Factor in the Arguments Against the Nineteenth Amendment >>, Phylon, 31, 1 (1970), pp. 31-37; Marjorie Spruill Wheeler, New Women of the New South: The Leaders of the Woman Suffrage Movement in the Southern States (New York, Oxford University Press, 1993); Marjorie Spruill Wheeler, << Race, Reform, and Reaction at the Turn of the Century: Southern Suffragists, the NAWSA, and the << Southern Strategy >> in Context >>, Jean H. Baker (dir.), Votes for Women: The Struggle for Suffrage Revisited (New York, Oxford University Press, 2002), 102-117; Marjorie Spruill Wheeler (ed.), Votes for Women!: The Woman Suffrage Movement in Tennessee, the South, and the Nation (Knoxville, 1995).

(11) L'absence de noms a consonance ethnique sur la petition appelle une explication que les sources consultees ne foumissent pas. Il faut quand meme eviter de donner a cette apparence de sollicitation selective le poids d'une preuve irrefutable sur le nativisme des Noirs puisque la petition n'est pas le resultat d'une demarche menee de porte-a-porte. Il est a esperer que la recherche dans les archives locales des suffragettes blanches permettra de jeter un eclairage sur la question.

(12) Sur le passage de Du Bois a Gary et Chicago, on consultera GEP, 19 mai 1919 [p. 3], 6 juin 1919 [p. 8]; GDT, 19 mai 1919 [p. 10]; Nahum Daniel Brasher, << Let's Finish the Job! >>, Chicago Defender (24 mai 1919), 14. Pour les editoriaux de Du Bois sur le droit de vote des femmes, on consultera Crisis: 4 (June 1912), pp. 76-77; 4 (Sept. 1912), p. 234; 6 (May 1913), p. 29; 8 (August 1914), pp. 179-80; 9 (April 1915), p. 285. Voir aussi Jean Fagan Yellin, << DuBois' Crisis and Woman's Suffrage >>, Massachusetts Review, 14 (1973), pp. 365-75. Sur l'engagement de Du Bois dans le congres panafricain, voir son << The Future of Africa--A Platform >> (6 janvier 1919) reproduit dans Philip S. Foner (ed.), W.E.B. Du Bois Speaks: Speeches and Addresses, 1890-1919 (New York, 1970), pp. 273-75; David Levering Lewis, W.E.B. Du Bois: Biography of a Race, 1868-1919 (New York, 1993), pp. 561-580; Arnold Rampersad, The Art and Imagination of W. E. B. Du Bois (New York, 1990: 1re ed. 1976), pp. 148-152.

(13) Crisis, 18 (1919), pp. 13-14, cite dans Lewis, W. E. B. Du Bois, p. 578.

(14) Records of the National Association for the Advancement of Colored People, Branch Files, Manuscript Division, Library of Congress (Madison Building), boite G-62, dossier 2 0917-1920) [<< LC-NAACP (Gary) >> dans les notes suivantes]; Brasher, << Let's Finish the Job! >>. Les sources consultees ne permettent pas de determiner avec precision le << nombre >> d'auditeurs qui ont accueilli Du Bois a l'eglise First Baptist de Gary. Les archives de la section locale du NAACP tenues par le secretaire Campbell offrent, a cet egard, le seul indice de mesure, soit la mention d'un << small house >>. Cf. << Campbell Contentions In Re Illegal Election of President >>, LC-NAACP (Gary), boite G-62, dossier 2 (1917-1920). Pour etablir la veracite de cette evaluation faite par Campbell, j'ai consulte toutes les editions des jounanx de Gary. Dans les jours qui ont suivi, la presse locale n'a fait aucune reference--aussi minime soit-elle--a la presence de Du Bois a Gary, comme quoi levenement avait ete trop peu important.

(15) Dans les deux principaux journaux, l'annonce de la venue de Du Bois est enfouie et publiee la journee meme seulement. Cf. GDT, 19 mai 1919, p. 10; GEP, 19 mai 1919, p. 3.

(16) De novembre 1918 a mai 1919, les migrants noirs nouvellement etablis a Gary ont fait leur adaptation sous la pression supplementaire engendree par la nature du travail a la U.S. Steel, la grippe espagnole, la peur des << Rouges >> et la segregation raciale des quartiers et des ecoles. L'analyse serieuse de chacune de ces questions revele que le debat sur le 19e amendement ne monopolisait pas l'attention des migrants et que les contraintes de la vie quotidienne avaient des effets certains sur letendue et la nature de l'engagement. Cette conclusion repose sur une lecture minutieuse des journanx et des archives de la section locale du NAACP.

(17) Sur les passages de Simmons a Gary, voir GDT, 2 novembre 1917, 3 novembre 1917 [p. 2], 29 avril 1919, 1er mai 1919 [p. 4]; GEP, 2 novembre 1917 [pp. 10, 12], 5 novembre 1917 [p. 4], 29 avril 1919, 1er mai 1919 [p. 3]; Chicago Defender, 10 novembre 1917. Sur la relation etroite entre Simmons et le Chicago Defender, voir les editions du journal durant l'ete et l'automne 1917 ainsi que l'article de l'historien Andrew M. Kaye, << Colonel Roscoe Conkling Simmons and the Mechanics of Black Leadership >>, Journal of American Studies, 37, 1 (2003), pp. 79-98.

(18) Sur cette question, voir Nelson Ouellet, << Migration noire, 'Talented Tenth' et litterature contemporaine >>, Canadian Review of American Studies, 22, 1 (1991), pp. 33-46.

(19) GEP, 1er mai 1919 [p. 3].

(20) Kaye, << Colonel Roscoe Conkling Simmons and the Mechanics of Black Leadership >>. On consultera aussi avec interet la collection d'archives de Booker T. Washington edites par Louis R. Harlan. Pour les references aux documents consultes durant la preparation de mon article, je renvoie le lecteur a l'entree << Simmons, Roscoe Conkling >> de l'index. Cf. Louis R. Harlan et Raymond W. Smock [ed.], The Booker T. Washington Papers. Volume 14: Cumulative Index (Urbana, 1989), pp. 198-99.

(21) GEP, 1er mai 1919 [p. 3]; GDT, 2 mai 1919, 5 mai 1919; Mohl et Betten, Steel City, p. 30.

(22) Kaye, << Colonel Roscoe Conkling Simmons and the Mechanics of Black Leadership >>; Chicago Defender, 13 octobre 1917, 3 novembre 1917 [pp. 5, 12], 10 novembre 1917, 17 novembre 1917, 24 novembre 1917 [p. 12].

(3) Chicago Defender, 10 novembre 1917. Sur le role et l'influence des leaders noirs aupres des ouvriers, on verra les contributions recentes de Eric Amesen, << Specter of the Black Strikebreaker: Race, Employment, and Labor Activism in the Industrial Era >>, Labor History, 44 (2003), pp. 31935; Brian Kelly, << Sentinels for New South Industry: Booker T. Washington, Industrial Accommodation and Black Workers in the Jim Crow South >>, Labor History, 44 (2003), pp. 337-57.

(24) Potts, A History of the Growth of the Negro Population of Gary, p. 7; Crocker, Social Work and Social Order, p. 192.

(25) Central Labor Union News [<< CLUN >> dans les notes suivantes], 12 octobre 1919.

(26) La derniere action publique majeure du NAACP de Gary en 1919 fut la protestation eu egard au traitement fait a John R. Shillady--secretaire du NAACP a New York--par les residants de la ville de Austin, au Texas. L'alerte est lancee le 15 septembre 1919 pour une rencontre devant avoir lieu neuf jours plus tard. Le probleme est que, en ce 24 septembre, les ouvriers de la U.S. Steel ont, deux jours plus tot, entrepris leur greve contre la compagnie. Cf. GEP, 15 septembre 1919, 22 septembre 1919, 23 septembre 1919 [p. 2]; Papers of Leonard Wood, Manuscript Division, Library of Congress (Madison Building), boite 12 (agenda), 6 octobre 1919 [<< LC-LWP >> dans les notes suivantes]; LCS, 10 octobre 1919. Les secousses de l'annee 1919 ont a ce point derange les activites courantes du NAACP que certains individus en ignorent meme l'existence. A ce sujet, voir la lettre de William Buford a NAACP, 15 aout 1919; Office Secretary a William Buford, 20 aout 1919, LCNAACP (Gary), boite G-62, dossier 2 (1917-1920). Sur la ratification du 19e amendement, on consultera GEP, 16 janvier 1920, 17 aout 1920, 18 aout 1920, 19 aout 1920, 24 aout 1920, 26 aout 1920, 9 avril 1921 [p. 5]; GDT, 16 janvier 1920, 17 aout 1920, 18 aout 1920, 19 aout 1920 [p. 6].

(27) Louis Campbell a James Weldon Johnson, 23 juin 1921, LC-NAACP (Gary), boite G-62, dossier 4 (1921); Louis Campbell a Robert Bagnall, 17 juillet 1922, LC-NAACP (Gary), boite G-62, dossier 6 (1922). Pour une vue generale des problemes internes du NAACP, on verra LC-NAACP (Gary), boite G-62, dossiers 3-7 (1917-1924); Gary Post Tribune [<< GPT >> dans les notes suivantes], 13 mai 1922, 16 septembre 1922, 20 septembre 1922, 9 decembre 1922; Crocker, Social Work and Social Order, 197,307 [note 57]; Mohl et Betten, Steel City, pp. 80-84; Balanoff, A History of the Black Community of Gary.

(28) En Indiana, apres que les legislateurs aient mis fin a leurs tergiversations en adoptant en 1917 une loi qui conferait aux femmes un droit de vote restreint, ces dernieres ont ete tournees en derision dans la presse locale et vu leur nouvelle condition etre jugee inconstitutionnelle par la Cour supreme de l'Etat quelques jours seulement avant les elections municipales de novembre. A Gary, cela signifiait que 3 175 femmes inscrites sur les listes electorales etaient privees du droit de vote. Les observateurs locaux ayant estimee que ces femmes etaient en majorite favorables au candidat democrate (Curtis), il est clair que la migration n'avait pas encore fait sentir le poids politique des femmes noires a Gary. Voir GEP, 28 fevrier 1917 [p. 7], 26 octobre 1917 [pp. 1, 16]; GDT, 1er mars 1917, 26 octobre 1917. Les legislateurs de l'lndiana adopteront une nouvelle loi en 1919 sur le droit de vote des femmes. Cette fois, la majorite ecrasante qui a reconnu aux femmes le droit de voter au sein de l'Etat--44 contre 3 au Senat, 90 contre 3 a la Chambre des representants--a aussi triomphe devant la Cour supreme de l'lndiana qui a deboute en appel la demande des adversaires intraitables de la cause des suffragettes. Cf. GDT, 6 fevrier 1919 [p. 10].

(29) B. R. Tillman a Mary Bartlett Dixon, 27 novembre 1914, LC-NAACP (Woman Suffrage), boite C-407, dossier Nov. 27, 1914-July 29, 1915; LC-NAACP (Woman Suffrage), boite C-407, dossier (clippings) June 21-Dec. 3, 1921; GDT, 14 janvier 1920 [p. 6], 24 avril 1920 [p. 6], 26 avril 1920 [p. 12], 4 septembre 1920, 8 septembre 1920 [pp. 1, 6], 4 octobre 1920, 23 octobre 1920, 26 octobre 1920 [p. 6], 27 octobre 1920 [pp. 1, 9], 28 octobre 1920, 29 octobre 1920 [p. 2], 30 octobre 1920, 1er novembre 1920; GEP, 7 septembre 1920, 1er novembre 1920 [pp. 1, 6], 11 mai 1921; CLUN, 12 octobre 1919.

(30) Le survol historique du Gary Sun et de ses principaux protagonistes a ete rendu possible grace aux renseignements recueillis des repertoires d'adresses, des listes nominatives du recensement de 1920, des archives du NAACP, des registres de mariage et de la presse locale. J'ai obtenu d'autres details sur les activites politiques des femmes noires de Gary a travers une section intitulee << News of Colored People >> que publiait le Gary Daily Tribune. Le depouillement de cette rubrique est un travail ambitieux, mais extremement utile pour suivre les organisations les plus dynamiques--autant que celles qui le sont moins et identifier leurs membres au debut des annees 1920. Pour les besoins du present article, j'ai toutefois consulte cette section de facon selective et limitee.

(31) Cette conclusion est basee sur une utilisation exhaustive des repertoires d'adresses. La base de donnees que j'ai elaboree est aussi utile pour situer dans le temps les lieux commerciaux que possedaient et administraient les femmes noires de Gary. Elle complete d'ailleurs les renseignements de nature residentielle, professionnelle et genealogique que j'ai recueillis des recensements scolaires et de population, des registres de mariage, des index de naissance et de deces produits par la Works Progress Administration et de la presse locale. Sur la participation des femmes aux clubs politiques, voir Wanda A. Hendrieks, Gender, Race, and Politics in the Midwest: Black Club Women in Illinois (Bloomington, 1998). Sur les organisations caritatives, voir Crocker, Social Work and Social Order.

(32) Sur la controverse entourant l'idee des << Welfare mothers >>, on consultera l'ouvrage recent de Lemke-Santangelo, Abiding Courage; sur la notion de complementarite, voir Linda Kealey et Joan Sangster [dir.], Beyond the Vote: Canadian Women and Politics (Toronto. 1989).

(33) A court terme, on ne peut pas ignorer l'impact que ces femmes et d'autres ont eu sur la lutte des Noirs contre la segregation des ecoles a Gary a la fin des annees vingt. Les archives locales du NAACP, par exemple, sont remplies de references et de documents qui illustrent l'engagement acharne des porte-parole et des familles pour combattre l'injustice dont etaient victimes les enfants d'age scolaire de race noire. Cf. LC-NAACP (Gary), boite G-62, dossiers 2-7 (1915-1924). A plus long terme, il serait malhonnete d'attribuer l'exclusivite des victoires politiques et legales des annees soixante aux militants de ces annees car ils portaient, en verite, un flambeau qui avait ete passe de generation en generation par les Noirs. A ce sujet, la distinction entre les << trailblazers >> et les <<torchbearers>> etablie par les auteurs d'un recueil recent sur le mouvement des droits civiques est tout a fait juste. Voir Crawford, Crouse et Woods, Women in the Civil Rights Movement.

(34) LC-NAACP (Gary), boite G-62, dossiers 2-3 (1915-1920). L'assassin de Cooke etait son beau-frere (Christopher C. Carter), epoux de Zenobia Hampton Bagby, che-meme la soeur de la veuve de l'editeur. Carter--un avocat de profession originaire de Memphis qui s'etait etabli a Gary au debut de l'annee 1920--fut accuse d'homicide le 13 octobre, mais le tribunal ne l'a pas reconnu coupable dans cette affaire. Cf. GDT, 13 octobre 1920, 4 avril 1921; GEP, 14 septembre 1920, 28 septembre 1920, 2 octobre 1920. Le soir de l'attentat, Carter avait trouve refuge chez Jesse Evans--un ouvrier de la U.S. Steel--qui, a l'approche du proces, avait recu des menaces de mort que son avocat, l'activiste noir Lewis Caldwell, jugeait liees a son engagement politique. Cf. GDT, 14 octobre 1920. Les circonstances entourant la mort de Cooke sont nebuleuses, mais les indices disponibles que j'ai recueillis appuient difficilement la these d'un assassinat a caractere politique. La presse locale rapporte plutot que les deux hommes etaient en brouille depuis le mariage recent de Carter avec la belle-soeur de Cooke (21 avril 1920) qui etait proprietaire du commerce (Majestic Drug) ou le crime fut commis. Selon le Gary Daily Tribune, l'incident se serait produit apres que Cooke eut accuse Carter de fraude dans des affaires liees au monde de l'assurance. GDT, 14 septembre 1920.--Comme une seule edition du Gary Sun est disponible avant janvier 1923--celle du 21 aout 1919--il est impossible de determiner si l'accusation contre Carter avait ete publiee dans le National Defender and Sun. Cf. James P. Danky et Maureen E. Hady (ed.), African-American Newspapers and Periodicals: A National Bibliography (Cambridge, 1998), p. 246.

(35) Louis Campbell a James W. Johnson, 16 avril 1921, LC-NAACP (Gary), boite G-62, dossier 4 (1921).

(36) GEP, 4 avril 1921; GDT, 4 avril 1921, 6 avril 1921 [pp. 1, 7]. Cette decision etrange etait motivee par son desir d'assister au proces du meurtrier presume de son epoux. Voir, a ce sujet, la coupure de presse tiree de l'edition du 9 avril 1921 du National Defender and Sun disponible dans LC-NAACP (Gary), boite G-62, dossier 5 (clippings, 1921).

(37) Les fonctions professionnelles de Roscoe D. Guy--que le Gary Daily Tribune prenomme incorrectement << Robert >>--ne lui conferaient pas les competenees necessaires pour diriger un journal comme le Gary Sun. C'est pourquoi Ira O. Guy--l'auteur du panegyrique a Alva Cooke que publie le National Defender and Sun le 9 avril 1921--lui a succede quelques semaines plus tard et que Izella E. Dunlap a fait des sejours d'apprentissage a Chicago durant l'annee 1921 avant de prendre la direction du journal. GDT, 6 avril 1921, 20 mai 1921 [p. 9]; GS, 12 janvier 1923. Le journal que dirigera Ira O. Guy par la suite, le Gary Dispatch, est une publication obscure dont il ne reste aucune trace, exception faite des references dans les archives du NAACP et les repertoires d'adresses de Gary.

(38) Il est probable que les responsabilites inherentes a la gestion de son commerce aient empeche Bagby de prendre la direction du journal immediatement apres le deces de sa soeur. L'hypothese demeure toutefois incomplete tant qu'elle n'inclut pas un examen du heurt entre les deux soeurs cause par l'assassinat de James D. Cooke, l'epoux d'Alva Cooke, et le proces intente contre le coupable presume, Christopher C. Carter, l'epoux de Bagby. Quelques jours seulement avant le deces d'Alva Conke, Zenobia Bagby participait a une reception publique tenue en l'honneur du nouveau secretaire du YMCA, H. K. Kraft, durant laquelle elle prononca un discours au nom des femmes d'affaires noires. Le Gary Daily Tribune qui rapporte cet evenement mondain l'identifie toutefois sous le nom de Z. H. Carter, comme quoi l'assassinat de son beau-frere n'a pas engendre un divorce instantane d'avec Christopher Carter. Cf. GDT, 31 mars 1921 [p. 9]. Cependant, l'incident n'a pas reussi a briser les Iiens du sang puisque la fille d'Alva Cooke travaillait comme commis au Majestic Drug de Bagby durant cette periode sombre et demeura ensuite sous la garde d'une famille elargie incluant ses grands-parents maternels (Harris T. et Sadie Hampton) et ses trois tantes (Zenobia H. Bagby, Izella E. Dunlap et Ruth Jordan). Voir, a ce sujet, Indiana Board of Education, School Enumeration Record, Gary (Lake County), Indiana [1920, 1923]; Gary (Indiana) City Directory, 1923.

(39) Durant l'annee 1924, sous l'influence de son nouveau directeur de la redaction (Hardy L. Keith), le Gary Sun offre des << pages aux femmes >> que va editer Zenobia Hampton Bagby. Il est important d'indiquer que cette transformation n'engendre pas une rupture dans la philosophie editorialiste du journal qui forcerait a revoir les arguments de l'article sur les vues des femmes noires et la defense de leurs interets a Gary. Par ailleurs, l'enumeration des demieres phrases ne signifie pas que les preoccupations et les espoirs des femmes sont fragmentes en une serie de luttes isolees et independantes les unes des autres. Voir, a ce sujet, Elsa Barkley Brown, << Womanist Conseiousness: Maggie Lena Walker and the Indepandent Order of Saint Luke >>, Signs: Journal of Women in Culture and Society, 14 (1989), pp. 610-33; Walker, In Search of Our Mothers' Gardens.

(40) Gary Sun, 12 janvier 1923, 26 janvier 1923 [<< GS >> dans les notes suivantes]. La clause ancestrale etait l'une des nombreuses options elaborees par les Sudistes a la fin du X1Xe siecle pour reduire le nombre des electeurs noirs. En 1915, la Cour supreme des Etats-Unis a invalide les clauses ancestrales adoptees par les assembles Legislatives de l'Oklahoma et du Maryland. Cf. Quinn c. United States, 238 U.S. 347 (1915); Myers c. Anderson, 238 U.S. 368 (1915); Keyssar, The Right to Vote, p. 116; Tracy E. Danese, << Disfranchisement, Women's Suffrage and the Failure of the Florida Grandfather Clause >>, Florida Historical Quarterly, 74 (1995), pp. 117-31. Il peut sembler etonnant que le Gary Sun refere a une clause rendue inoperante huit ans plus tot par la Cour supreme. Comme il s'agit d'une depeche provenant de l'Associated Negro Press, il faut toutefois se demander si l'arret de 1915 a veritablement marque la fin de cette pratique sudiste qui contrevenait au 15e amendement. L'injustice des clauses ancestrales etait-elle ensevelie sous l'amas d'outrages commis contre les Noirs depuis la fin de la Reconstruction au point de decourager toutes contestations devant les tribunaux?

(41) GS, 26 janvier 1923 [p. 4]; Paula Giddings, When and Where I Enter: The Impact of Black Women on Race and Sex in America (New York, 1984), p. 122.

(42) Deux raisons motivent ce choix d'analyse. En premier lieu, les elections presidentielles de 1924 sont l'occasion pour les femmes noires du Gary Sun d'utiliser la participation decevante des elections de 1922 pour rappeler que l'indifference du citoyen face a son droit de vote est le pire ennemi de la democratie. Voir, a ce sujet, GPT, 8 novembre 1922; Liette Gidlow, << Delegitimizing Democracy: "Civic Slackers," the Cultural Turn, and the Possibilities of Politics >>, Journal of American History, 89 (2002), pp. 922-57. Par ailleurs, il n'existe qu'une seule edition du Gary Sun avant 1923 que les chercheurs peuvent consulter, soit celle du 21 aout 1919. Cf. Danky et Hady, African-American Newspapers and Periodicals, p. 246. S'il est possible d'utiliser le Gary Daily Tribune et le Gary Evening Post pour suivre l'engagement des Noirs durant les elections presidentielles de 1920, l'attention que lui consacre le Gary Post Tribune--ne en 1921 de la fusion des deux premiers--est trop limite pour permettre une analyse serieuse du sujet.

(43) La presence du Klan a Gary remonte a 1921. Voir GDT, 7 mai 1921. Sur le Klan en Indiana et ailleurs au pays, voir les etudes historiques de Kathleen M. Blee, Women of the Klan: Racism and Gender in the 1920s (Berkeley, 1991); Kenneth T. Jackson, The Ku Klux Klan in the City, 1915-1930 (New York, 1967); Nancy MacLean, Behind the Mask of Chivalry: The Making of the Second Ku Klux Klan (New York, 1994); Leonard J. Moore, Citizen Klansmen: The Ku Klux Klan in Indiana, 1921-1928 (Chapel Hill, 1991).

(44) William C. Hueston s'est etabli a Gary en 1920 apres une periode de residence a Kansas City, au Missouri. Des son arrivee a Gary, cet avocat de formation a pris une part active dans la vie poli tique et economique. A l'approche des elections de novembre 1920, une serie de rencontres politiques organisees par les Noirs de Gary avaient permis a Hueston d'exposer ses vues sur les enjeux de la campagne electorale. Le Gary Daily Tribune disait alors de lui qu'il maitrisait a fond les enjeux de la campagne. A la meme epoque, Hueston avait ete elu a la position de directeur de la Central State Bank, une fonction d'autorite qui annoncait le debut d'une alliance empoisonnee entre le futur candidat et ses electeurs que les faits exposes par le Gary Sun ont rendu encore plus explosive. Cf. GDT, 16 octobre 1920, 21 octobre 1920.

(45) La citation est tiree du Gary Sun, 11 avril 1924 [p. 4]. Voir aussi la premiere page de cette edition et celle de la semaine suivante [18 avril 1924].

(46) GS, 16 mai 1924. Ner le 18 septembre 1879 dans le comte de Copiah, dans l'Etat du Mississippi, Lewis H. Caldwell s'est etabli a Gary en 1915 apres des etudes superieures en droit a Chicago. Admis au barreau de l'Indiana le 5 septembre 1916, cet homme marie pere de 7 enfants fut continuellement au devant des luttes menees par les Noirs a Gary, que ce soit dans des dossiers a caractere politique, civil ou criminel. Lors de la greve des employes de la U.S. Steel qui debuta le 22 septembre 1919, il reussit a calmer les ardeurs des ouvriers qui menacaient de s'en prendre aux briseurs de greve noirs. Son intervention publique au parc East Side fut en partie responsable du respect que les membres de la classe ouvriere de Gary--toutes nationalites ou races confondues--lui ont porte dans les annees subsequentes. Cf. GDT, 4 mars 1921 [p. 9]; GEP, 24 septembre 1919 [pp. 1, 3]; Balanoff, << A History of the Black Community of Gary >>, pp. 152-53.

(47) Si Caldwell pouvait compter sur l'appui de la classe ouvriere, les elites dirigeantes ont pour leur part use de moyens divers pour neutraliser son influence croissante, notamment en politique. GDT, 31 mars 1921 [p. 12], 11 mai 1921, 12 mai 1921, 28 mai 1921 [p. 2], 3 juin 1921, 4 juin 1921; GPT, 5 juin 1922 [p. 2], 14 juin 1922, 15 juin 1922.

(48) La querelle des electeurs noirs avec Hueston remonte a 1922 et s'explique de trois facons: son indifference, alors qu'il etait membre de l'Executif du NAACP, eu egard aux plaintes des parents contre le systeme scolaire; ses malversations dans la Central State Bank; son engagement dans une organisation--UNIA de Garvey--en brouille avec les ministres du culte de la ville. Cf. LCNAACP (Gary), boite G-62, dossiers 6-7 (1922-1924).

(49) A travers son travail au sein de l'UNIA, Gaines a contribue a diviser la classe ouvriere et a reduire l'impact des campagnes de souscription menees avec peine par le NAACP au debut des annees 1920. Les commentaires du Gary Sun a son endroit, a en juger par les energies du journal en faveur du NAACP, seraient donc aussi lies a cette querelle intestine qui diminue l'efficacite du travail militant du NAACP. Les predicateurs locaux, consideres comme corrompus, ignorants et utilisant l'Eglise pour parler de politique, etaient aussi condamnes par le Gary Sun. Cf. GS, 2 mai 1924 [p. 4]. Apres les elections primaires du 6 mai 1924, voir GS, 9 mai 1924 [PP. 1, 3].

(50) GS, 18 avril 1924 [pp. 1, 4, 8]. Lors d'une visite a Gary faite deux ans plus tot par Marcus Garvey, on exigeait des frais d'admission de 50 cents pour entendre le << best known Negro in the world >>. Pour une organisation militante qui se disait pres de la classe ouvriere, il est fort possible que les frais d'admission aient reduit la taille de l'auditoire et laisse les migrants noirs perplexes quant a l'integrite de cette organisation et de ses membres. Cf. GPT, 13 mai 1922.

(51) Sur les rumeurs en periode electorale, voir Mohl et Betten, Steel City. Sur les clubs republicains, voir GDT, 13 octobre 1920 [p. 4], 27 octobre 1920 [p. 9], 30 mars 1921 [P. 9]l; GPT, 24 octobre 1922 [p. 2]; GS, 18 avril 1924 [p. 8], 25 avril 1924 [pp. 1, 8]. La position des femmes du Gary Sun rappelle les critiques de Du Bois contre Washington a la fin du X1Xe et au debut du XXe siecle. Pour elles, l'embauche a la U.S. Steel ne requerait pas des Noirs l'adoption d'un conservatisme politique.

(52) GS, 9 mai 1924 [p. 5].

(53) GS, 2 novembre 1923, 9 mai 1924 [pp. 1, 4], 23 mai 1924 [pp. 3-4].

(54) GS, 9 mai 1924 [p. 5], 11 juillet 1924 [pp. 3-4], 18 juillet 1924 [4]; Brown, << Womanist Consciousness >>, pp. 629-30; Deborah Gray White, << The Cost of Club Work, the Price of Black Feminism >>, Nancy A. Hewitt et Suzanne Lebsock (dit.), Visible Women: New Essays on American Activism (Urbana, 1993), pp. 247-69; Deborah Gray White, Too Heavy a Load, pp. 110-41.

(55) William L. O'Neill, Everyone Was Brave: A History of Feminism in Ameriea (Chicago, 1971: 1re ed. 1969), p. 73; Aileen S. Kraditor, The ldeas ofthe Woman Suffrage Movement, 1890-1920 (New York, 1965). Le pouvoir de retbrmer la societe confere par le droit de vote n'a pas servi que des interets progressistes comme le fait valoir Eileen Lorenzi McDonagh, << The Significanee of the Nineteenth Amendment: A New Look at Civil Rights, Social Welfare, and Woman Suffrage Alignments in the Progressive Era >>, Women & Politics, 10 (1990), pp. 59-94. L'analyse sur les femmes noires n'a toutefois pas encore ete faite, notamment dans le contexte des lois restrictives d'immigration votees par le Congres en 1921 et 1924. A ce sujet, l'historien doit prendre soin de distinguer les deux periodes car elles presentent des conditions capables de biaiser les resultats. J'ai choisi volontairement de me tourner vers la loi de 1924 car son contexte donne l'occasion de determiner si les femmes noires critiquent ou appuient les decisions prises depuis 1921 par leurs represantants au Congres eu egard a l'immigration.

(56) GEP, 7 mai 1921, 10 mai 1921, 11 mai 1921, 18 mai 1921, 21 mai 1921; GDT, 4 mai 1921 [p. 3], 5 mai 1921, 7 mai 1921, 9 mai 1921 [p. 2], 10 mai 1921, 14 mai 1921, 20 mai 1921 [p. 9], 25 mai 1921 [p. 9], 3 juin 1921; GPT, 3 mai 1924, 8 mai 1924, 9 mai 1924, l0 mai 1924 [pp. 1, 2, 7, 8, 9], 13 mai 1924, 14 mai 1924, 15 mai 1924, 16 mai 1924 [pp. 1, 22], 21 mai 1924, 24 mai 1924, 26 mai 1924 [pp. 1, 6], 27 mai 1924, 28 mai 1924 [pp. 1, 16], 29 mai 1924; John Higham, Strangers in the Land: Patterns of American Nativism, 1860-1925 (New York, 1973: 1re ed. 1955); Matthew Frye Jacobson, Whiteness of a Different Color: European Immigrants and the Alchemy of Race (Cambridge, 19981; Moore, Citizen Klansmen; Blee, Women of the Klan; Mohl et Betten, Steel City, p. 54.

(57) La documentation disponible ne permet pas d'analyser cette question dans le contexte de la loi restrictive d'immigration de 1921. Les copies du Gary Sun qui ont ete preservees commencent seulement en janvier 1923. A ce sujet, voir Danky et Hady, African-American Newspapers and Periodicals, p. 246. Aucune autre piece documentaire sur l'histoire de Gary ne fournit des renseignements, directs ou indirects, sur la position des femmes noires dans le debat sur les lois restrictives d'immigration. En plus des archives disponibles, mon analyse s'inspire des travaux de Lawrence H. Fuchs, << The Reactions of Black Americans to Immigration >>, Virginia YansMcLaughlin (dit.), Immigration Reconsidered: History, Sociology, and Politics (New York, 1990), pp. 293-314; David Hellwig, << Black Attitudes toward Immigrant Labor in the South, 1865-1910 >>, Filson Club History Quarterly, 54 (April 1980), pp. 151-68; David Hellwig, << Black Leaders and United States Immigration Policy, 1917-1929 >>, Journal of Negro History, 66 (1981), pp. 110-27; David Hellwig, << Strangers in Their Own Land: Patterns of Black Nativism, 1830-1930 >>, American Studies, 23 (1982), pp. 85-98; Arnold Shankman, Ambivalent Friends: Afro-Americans View the Immigrant (Westport, 1982).

(58) GS, 16 mars 1923 [4], 21 mars 1923, 18 mai 1923.

(59) GS, 30 mai 1924, 6 juin 1924 [4], 13 juin 1924, 4 juillet 1924 [8], 11 juillet 1924 [4], 18 juillet 1924 [4]; GDT, 21 octobre 1920, 31 mars 1921 [12]; Fuchs, << The Reactions of Black Americans to Immigration >>, p. 297.

(60) Sur cette question, voir Nelson Ouellet, << L'exclusion de la "porte ouverte," les preferences raciales des patrons et la chronologie de la Grande Migration, 1865-1925 >>, Canadian Review of American Studies, 28, 3 (1998), 87-128. Voir aussi Arnesen, << Specter of the Black Strikebreaker: Race, Employment, and Labor Activism in the Industrial Era >>; Kelly, << Sentinels for New South Industry: Booker T. Washington, Industrial Accommodation and Black Workers in the Jim Crow South >>; Kaye, << Colonel Roscoe Conkling Simmons and the Mechanies of Black Leadership >>.

(61) GDT, 2 avril 1921,4 avril 1921 [p. 10], 6 avril 1921 [p. 7]; Mohl et Betten, Steel City, p. 75. Les donnees de Potts revelent que les Noirs representaient 11,6 pour cent des employes de la Gary Works en 1921, 18,8 pour cent en 1922 et 20,5 pour cent en 1923 (un sommet pour la decennie). Cf. Potts, A History of the Growth of the Negro Population of Gary, Indiana, p. 7.

(62) Arnesen, << Specter of the Black Strikebreaker >>, p. 333; Crocker, Social Work and Social Order.

(63) Le rival le plus important du Gary Sun etait le Gary Post Tribune (publie par la Gary Printing & Publishing Company), mais il y en avait d'autres, ceux-la plus marginaux, comme le Gary Dispatch (Ira O. Guy, editeur), le Gary Evening Times (publie par la Lake County Printing and Publishing Company) et le Gary Works Cimle (publie par la lllinois Steel Company). D'autres journaux encore moins connus ont aussi occupe l'espace commercial de Gary et diminue le bassin de lecteurs du Gary Sun. Je refere A The Echo (publie par la Echo Printing and Publishing Company), Glos Ludu (publie par Anton Berg) et The Commonwealth. Voir, a ce sujet, les repertoires d'adresses de la ville de Gary. Sur la fusion des deux principaux journaux de Gary et les indices qui aident l'enquete des motivations politiques et ideologiques voir GEP, 5 mai 1920, 6 mai 1920; GDT, 26 avril 1920 [p. 6], 28 avril 1920, 1er mai 1920, 3 mai 1920 [p. 6], 4 mai 1920, 5 mai 1920 [p. 6], 6 mai 1920, 8 mai 1920 [p. 6], 21 mai 1921 [pp. 1, 6], 24 mai 1921, 9 juillet 1921.

(64) GS, 6 juin 1924 [p. 4], 11 juillet 1924 [p. 4]; Mohl et Betten, Steel City, p. 51.

(65) Kelly, << Sentinels for New South Industry >>, p. 338. Cf. LC-NAACP (Gary), boite G-62, dossiers 4, 6-7 (1921-1924). Voir aussi, GPT, 10 mai 1924 [p. 8]. Sur la greve des employes de la U.S. Steel et les relations avec les immigrants, on consultera GEP, 22 septembre 1919, 23 septembre 1919 [p. 2], 24 septembre 1919 [p. 3], 2 octobre 1919; CLUN, 16 novembre 1919 [p. 4]; Balanoff, << A History of the Black Community of Gary >>, pp. 152-53; Mohl et Betten, Steel City; Quillen, Industrial City. Sur le radicalisme ouvrier, on verra GS, 4 fevrier 1924 [p. 4], 28 mars 1924 [p. 4].

(66) Dans son << Discontented Black Feminists >>, Rosalyn Terborg-Penn conclut en ces termes: << Although black women continued to use what political rights they maintained, the small number of those politically viable ruade little impact upon public policies. << (p. 276) Plus recemment, Terborg-Penn affirme que << black women outside the South lost the political clout they had acquired >> apres le 19e amendement. Cf. Terborg-Penn, << African American Women and the Vote: An Overview >>, Gordon, African American Women and the Vote, 1837-1965, p. 19. Ma conclusion est differente car elle mesure le succes de l'engagement des femmes de l'exterieur du << marche electoral >>. A ce sujet, voir Anna L. Harvey, Votes Witbout Leverage: Women in American Electoral Polities, 1920-1970 (New York, 1998). Pour une perspective favorable sur les annees qui ont suivi la ratification du 19e amendement, voir Higginbotham, << In Politics to Stay >>; Higginbotham, << Clubwomen and Electoral Politics in the 1920s >>; Kristi Andersen, After Suffrage: Women in Partisan and Electoral Polities before the New Deal (Chicago, 1996).

(67) La citation est tiree de Mary Beth Norton (ed.), Major Problems in American Women's History: Documents and Essays (Lexington, 1989), p. 316. Voir aussi Paula Baker, << The Domestication of Politics: Women and American Political Society, 1780-1920 >>, American Historical Review, 89 (1984), pp. 620-47; Elsa Barkley Brown, << Negntiating and Transforming the Public Sphere: African American Political Life in the Transition from Slavery to Freedom >>, Public Culture, 7 (1994), pp. 107-46; Higginbotham, << In Politics to Stay >>; idem, << Clubwnmen and Electoral Politics in the 1920s >>; Gretchen Ritter, << Jury Service and Women's Citizenship before and after the Nineteenth Amendment >>, Law and History Review, 20 (2002), pp. 479-515; White, << The Cost of Club Work, the Price of Black Feminism >>, pp. 247-69.

Nelson Ouellet

Universite de Moncton
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Author:Ouellet, Nelson
Publication:Canadian Journal of History
Geographic Code:1USA
Date:Apr 1, 2004
Words:18714
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