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Le premier Art de Raymond Lulle.

Resumen: La genealogia de las variantes del Arte de Ramon Llull sigue siendo cuestionable. La pregunta principal de esta genealogia no esta definitivamente resuelta por la historiografia del Arte luliano. Este articulo investiga la constitucion doctrinal del primer Arte por el cual Llull construyo su Arte de la contemplacion de Dios, que esta por delante de la mayoria de las variantes del Arte cuaternario en el inicio de su actividad. El primer Arte de Llull es una gran enciclopedia contemplativa, inaugurando el metodo de los principios del Arte en los que Llull contempla a Dios antes que cualquier ser de la escala de las criaturas. Es un Arte de la contemplacion en Dios que fue inventado en primer lugar por Llull al comienzo de su Arte cuaternario. El primer Arte de Llull incluye conjuntamente teologia y filosofia en un solo Arte de la contemplacion de Dios.

Palabras clave: Ramon Llull, Arte, contemplacion, filosofia.

Abstract: The genealogy of the variants of Ramon Lull's Art presents unresolved questions that cannot be settled by the current historiography. This article investigates the doctrinal foundation of the first Art on which Lull built his Art of Contemplation of Cod, as this first Art is an early work that precedes most variants of the quaternary Art. The first Art is a contemplative encyclopedia that inaugurates the method of the principles of Art by means of which Lull contemplates God as above all creatures in the chain of being. It includes both theology and philosophy in a single Art of contemplation.

Keywords: Ramon Lull, Art, contemplation, philosophy.

The first Art of Ramon Llull

C'est en 1929 qu'A. Peers lancait au cours du chapitre III de l'eminente biographie Ramon Llull. A biography une hypothese hardie pour comprendre la genealogie de l'Art de Lulle, mais son echo historiographique s'est eteint sans induire aucune consequence notable: "Le Livre de Contemplation n'est pas seulement une exposition, mais un 'art' (par lequel concept Lulle entend toujours la 'methode'): certainement, il est plusieurs fois decrit comme cet Art de Contemplation". (1) Le propos d'A. Peers reste encore aussi important qu'actuel. Il nous convie a l'investigation du premier Art de Lulle qui precede nombre de variantes par lesquelles Lulle diversifie la plupart des sujets de son Art premier.

Quel Art de Lulle est-il le premier ? Comment Lulle inclut-il tant la theologie que la philosophie dans son Art de Contemplation en Dieu ? Pour y repondre, notre investigation s'inspire d'abord des allegations de Lulle qui concernent la genese de son Art comme instrument par lequel Lulle regit davantage la vie contemplative avant de suivre incessamment la plupart des chemins de vie active. On recense ensuite bon nombre de temoignages de l'historiographie de Lulle--contre lesquels emergent la plupart des allegations de Lulle--qui n'accordent pas a l'Art de Contemplation en Dieu la premiere position que Lulle octroyait au commencement de son Art quaternaire.

1

Le temoignage du Libre de Contemplacio de 1273-1274 consiste en une dizaine de mentions (2) par lesquelles Lulle allegue que tel livre n'est qu'un Art de Contemplation en Dieu--1) art e manera [...] aquesta obra ni aquesta Art de Contemplacio, 2) art de contemplacio, 3) art de contemplacio, 4) Art de contemplacio [...] Art de contemplacio, 5) Art de contemplacio, 6) Art de contemplacio ; 7) aquesta art e aquesta obra de Contemplacio, 8) art de Contemplacio, 9) art e manera de contemplacio [...] 10) obra e an de contemplacio--dont Lulle constitue son premier Art qui devanee de pres tout Art quaternaire. Il ne s'insere pas en une etape avant-Art, puisqu'il se definit premierement en tant qu'Art encyclopedique qui contient divers arts particuliers. Le systeme de l'Art de Lulle commence originairement par son Art de Contemplation en Dieu qui se dissemine ensuite en maintes variantes. Il s'agit donc du premier Art de Lulle qui dirige principalement la vie contemplative.

Le patronage de Raimundus Lullus Institut de Freiburg im Briesgau s'acquitte recemment du renouvelement de l'interet des investigateurs de l'Art de Lulle pour son premier livre de contemplation par la publication des actes (3) du congres Gottes Schau und Weltbetrachtung. Interpretationen zum Liber contemplationis des Raimundus Lullus qui illustrent bien la constitution de l'Art de Contemplation en Dieu au debut de l'etape quaternaire, mais la plupart des intervenants omettent toute discussion a l'egard de l'elaboration du premier Art de Lulle qui devance chaque variante ulterieure.

Le premier Art de Lulle connait trois versions--arabe, catalane, latine--, mais son original arabe intrigue davantage, bien qu'il s'entoure encore de mystere. C'est certain que Lulle avait quelque apprentissage de la culture arabe qui enrichit la vie contemplative de Lulle jusqu'a l'elaboration de son Art de Contemplation en Dieu au moyen tant des merveilles contemplees autour de son ermitage que des savoirs appris aupres de lettres. La justification doctrinale du primat de l'Art de Contemplation en Dieu s'accomplit bien lorsqu'on adopte apres R. Pring-Mill une jonction (4) etroite des etapes principales de l'Art--quaternaire, ternaire--, meme s'il y a apres A. Bonner toute une historiographie qui propose une disjonction de la variation des principes de l'Art de Lulle en quatre etapes echelonnees qui devient coutumiere, tandis qu'elle parait obvie de Phistorisation excessive du systeme des variantes de l'Art disjoint de l'etat unitaire de son etape initiale. Le premier Art de Lulle traite d'abord des vertus increees de Dieu, dont Lulle constitue son ebauche demonstrative de theologie. Il y ajoute ensuite la philosophie qui aborde chaque echelon des creatures.

C'est au cours de son Art de Contemplation en Dieu que Lulle definit premierement la theologie comme science qui depasse chacun des arts liberaux. Le montage doctrinal du premier Art de Lulle n'est qu'un echafaudage double de l'Art de Contemplation en Dieu qui se compose tant de science (5) theologique que de science naturelle --ciencia teological [...] ciencia natural--, mais Lulle eleve ensuite la science de la theologie au-dessus de l'astronomie--ciencia de teologia [...] ciencia d'astrolomia--, puisqu'une demonstration des articles de croyance catholique profite plus a l'homme que toute investigation astronomique. Certes, Lulle n'oublie pas que son premier Art accomplit la contemplation de Dieu avant de parfaire la contemplation du firmament ou de toute creature du monde. Il requiert que la theologie s'approche plus de logique que des autres arts liberaux. La theologie demonstrative acquiert du premier Art de Lulle une nouvelle methode de demonstration par laquelle la theologie rejoint etroitement la logique, puisqu'une figure theologique--figura teological [...] de novella manera e de novella art e demostrado--s'ajoute aux figures de logique:
   O, Dieu Createur, droit, veritable, honore, Dieu glorieux ! Celui
   qui veut chercher et trouver si en une disputation la conclusion se
   forme dans l'entendement d'une figure droite ou d'une oblique, il
   convient, Seigneur, qu'il sache former figures sensuelles par
   lesquelles il s'eleve aux intellectuelles, par lesquelles l'homme a
   connaissance de la vraie ou de la fausse conclusion. D'oo, comme
   nous avons en propos d'entrer dans cette investigation, par cela
   nous affirmons et nous posons et nous disons que A est Dieu, et B
   est la signification de A, et C est la conclusion, et D est la
   signification de C, et E est le redressement, et F est la
   signification de E, et G est la deviation, et H est la
   signification de G, et I est l'entendement, et K est la
   signification de I, et L est l'achevee Puissance, et M est
   l'achevee Sagesse, et N est l'achevee Volonte, et O est la Verite
   achevee, et P est l'achevee Justice, et Q est l'achevee
   Misericorde, et R est l'achevee Humilite, et S est la Patience
   achevee et T est l'achevee Bonte. D'oo, beni soyez-vous, Seigneur
   Dieu, car quand l'homme aura figure les figures qui sont des A
   jusqu'a L, il convient que de ces dix figures l'homme figure neuf
   figures, lesquelles sont des K jusqu'a T. D'oo, ainsi qu'en logique
   l'homme a l'art et le mode de connaitre quelle conclusion est vraie
   ou fausse, ainsi, Seigneur, nous figurons par votre grace et par
   votre aide la quatrieme figure theologique, et nous l'ajoutons aux
   trois figures de logique, et nous figurons celle-ci d'un nouveau
   mode et d'un nouvel art et demonstration, laquelle quatrieme figure
   se compose des neuf figures, lesquelles sont les lettres auparavant
   figurees et designees des K jusqu'a T. D'oo, la raison et
   l'opportunite pour laquelle nous avons decouvert nouvellement cette
   quatrieme figure, c'est pour cela, que nous demontrions en quel
   mode les creatures et vos vertus donnent demonstration de
   l'Achevement de votre glorieuse essence divine, par laquelle
   demonstration tout entendement, qui recoit celles significations,
   recoit redressement, et tout entendement, qui ne veut pas recevoir
   lesdites demonstrations, recoit deviation. (6)


C'est evident que la methode de la theologie demonstrative de Lulle depend des dignites de Dieu--dont Lulle traite au debut du premier Art--qui composent majoritairement la figure theologique. Mais Lulle n'ecarte pas la figure theologique des figures logiques. Le renfort logique des dernieres figures du Libre de Contemplacio n'en amoindrit pas la science de contemplation du premier Art--ciencia de contemplacio--, bien qu'elle ne soit decrite par Lulle qu'au moyen des vocables tant de theologie que de philosophie--vocables de filosofia e de teologia--par lesquels tout lecteur du Livre de son Art de Contemplation en Dieu peut connaitre quels raisonnements theologiques ou philosophiques etayaient la contemplation de Lulle au cours de l'elaboration de son encyclopedie contemplative:
   Celui qui veut entendre et savoir ce Livre, il convient qu'il sache
   les vocables de la philosophie et de la theologie, afin qu'il
   puisse entendre et savoir les raisons de la philosophie et de la
   theologie d'oo ce Livre est compose et forme. (7)


Le premier Art de Lulle conjugue bien la theologie avec la philosophie. Il illustre bien la conviction forte de Lulle de soumettre chaque variante majeure de son Art a l'union des savoirs. Le double echafaudage tant theologique que philosophique du premier Art de Lulle acquiert une methode demonstrative des principes premiers de l'Art de Contemplation en Dieu par lesquels Lulle concoit magistralement la demonstration des quatorze articles de croyance catholique--catorze articles de la sanctafe crestiana--que Lulle assujettit a l'apprehension intellectuelle tant des dignites de Dieu que de leurs oeuvres intrinseques ou extrinseques:
   Quand votre immense Bonte, et votre immense Achevement, Seigneur
   Dieu, signifie a notre intelligence quelles vos Luvres conviennent
   d'etre selon egard et relation de votre Bonte et de votre
   Achevement, alors notre intelligence apprehende et entend
   intellectuellement tous les quatorze articles de la sainte foi
   chretienne ; car l'affirmation que vous etes, Seigneur, tout bon et
   tout acheve en vertus, c'est signifiant a l'ame du fidele chretien
   que tous les quatorze articles sont selon verite, car s'ils
   n'etaient pas vrais, il serait demontre intellectuellement que vous
   n'etes pas acheve en Bonte ni en vertus dans votre essence ni dans
   vos Luvres. Celui qui veut apprehender les quatorze articles,
   Seigneur, par signifies et par demonstrations necessaires, qu'il
   lise dans ce Livre de Contemplation, car il decouvrira et
   apprehendera par divers lieux tous les quatorze articles etre
   vraiment en verite, pourvu qu'il sache apprehender avec les choses
   sensuelles les intellectuelles, et qu'il sache apprehender autres
   choses intellectuelles avec certaines choses intellectuelles, et
   que son intention soit en honorer et louer et aimer et servir son
   glorieux Dieu. (8)


Il s'agit bien de l'apprehension intellectuelle des quatorze articles de croyance catholique que Lulle ne demontre qu'a l'aide de raisons necessaires. C'est un Art de Contemplation en Dieu qui fonde premierement la theologie demonstrative de Lulle, puisqu'il decouvre la verite de chaque article de croyance qui devient intellectuellement demontrable. Le premier Art de Lulle refonde la theologie. Il inaugure chez Lulle la theologie demonstrative. Le noyau de la theologie demonstrative de Lulle se constitue doctrinalement de la demonstration des quatorze articles de croyance catholique. Il faut entendre que la theologie demonstrative de Lulle depend de l'apprehension intellectuelle des dignites de Dieu que tout intellect apprehende bien s'il s'eleve au-dessus de l'imagination avant de rejoindre la croyance.

La theologie acquiert une methode demonstrative des principes du premier Art de Lulle qui ne dedaigne pas d'y inclure la philosophie. Donc Lulle avertit que la demonstration des quatorze articles de croyance catholique n'apparait vraie qu'a l'intellect qui s'illumine de la lumiere de grace ou de foi pour rendre intelligible ce qui n'etait auparavant qu'une supposition credible. La theologie demonstrative de Lulle developpe brievement une methode apologetique obvie de defendre la plupart des articles de croyance catholique, mais elle devient son propre Art de dispute theologique--esta art e esta manera--afin de connaitre demonstrativement quelle religion est vraie ou fausse:
   Libre Seigneur amoureux, gracieux, plein de misericorde et de
   remerciement ! Au commencement de la disputation, il convient que
   l'homme ait connaissance des articles qui se croient et se
   contiennent et se signifient en chacune des trois lois, et
   incontinent que l'homme aura eu connaissance certaine des articles,
   il convient, Seigneur, que l'homme regarde les signifies de vos
   vertus et les signifies des qualites des trois lois, et ces
   articles-la qui concordent mieux leurs signifies avec vos vertus,
   ces articlesla sont signifies meilleurs et plus nobles et plus
   vertueux que les autres. D'oo, celui qui, selon cet art et ce mode,
   veut disputer ou chercher ou demontrer verite de sa loi, il pourra
   decouvrir verite de ce qu'il cherche, car vos vertus, Seigneur,
   nulle fois ne concordent ni ne conviennent avec nuis signifies qui
   soient faux ou contraires de verite. D'oo, Seigneur, ainsi qu'un
   homme essaie la piece de l'or avec la pierre par laquelle l'homme a
   connaissance si c'est bon or, ainsi celui qui veut chercher les
   articles s'ils sont vrais, l'homme cherche verite d'eux dans les
   signifies de vos vertus et dans les signifies des articles. D'oo,
   beni soyez-vous, Seigneur, car ainsi que deux propositions vraies
   signifient vraie conclusion, ainsi vos proprietes et vos vertus
   signifient quelle chose est vraie ou quelle chose est fausse. D'oo,
   ainsi que deux propositions fausses signifient fausse conclusion,
   ainsi les faux signifies, qui sont dans les faux articles de la
   fausse loi, signifient etre fausse la loi ; mais ainsi que fausses
   propositions signifient faussement et fallacieusement vraie
   conclusion, laquelle conclusion n'est pas vraie, ainsi, Seigneur,
   par ignorance qui est tombee dans l'homme par peche, certaines
   faussetes sont crues dans la fausse loi, en demontrant etre vrai ce
   qui est faux et etre faux ce qui est vrai. D'oo, toutes ces
   tromperies sont decouvertes et connues, s'il y a qui sait recevoir
   les signifies de vos vertus et des croyances crues dans les lois.
   (9)


Ainsi Lulle conclut-il qu'un Art de Contemplation en Dieu reforge bien la theologie de sorte qu'elle ne se definit intellectuellement comme science de Dieu qu'au moyen de la demonstration obvie de defendre chaque article de croyance catholique contre toute objection des infideles. Le dialogue des sages de diverses croyances n'en ecarte pas toute intention de dispute theologique. Il ne disparait pas totalement de l'esprit disputeur de Lulle qui s'apercoit encore qu'une dispute theologique des trois sages devant quelque Gentil distinguait trois finalites majeures de la theologie demonstrative issue de son Art de Contemplation en Dieu, mais auxquelles Lulle n'aboutit qu'au moyen de la certification intellectuelle des quatorze articles de croyance catholique--certificament deis catorze articles--qui sont necessairement demontres:
   A vous, Seigneur Dieu, louange et gloire et remerciement, qu'il
   vous a plu que vous ayez fait tant de grace et de misericorde a
   votre serviteur que vous l'ayez illumine par le livre qui est
   appele Livre de raisons dans les trois lois, par lequel livre il
   connut que votre substance divine est en trois Personnes, et il y
   connut certainement les quatorze articles, et il y eut la certitude
   que la loi des chretiens est vraie et meilleure que les autres
   lois. (10)


Le theologien decouvert par Lulle n'est pas moins philosophe. Il s'ecarte autant des simples theologiens--trop obeissants aux autorites scolastiques de theologie positive--que des simples philosophants --trop obedients aux autorites paiennes de philosophie--afin de conjoindre la theologie avec la philosophie lorsqu'elles sont incluses par Lulle dans son premier Art encyclopedique. C'est en ce sens que L. Sala-Molins juge legitimement que Lulle ne philosophe vraiment qu'a titre de theologien : "Raymond est philosophe, meme et surtout lorsqu'il parle en theologien". (11) Certes, Lulle ne se refere pas a l'avenement des batards (12) usurpateurs--theologosphilosophantes--qu'Arnau de Villeneuve distinguait dans l'entourage thomiste de lettres des Facultes de Paris qui enseignent la confusion des savoirs theoriques, selon E. Colomer et J. Carreras y Artau, mais L.-J. Bataillon saisit qu'un sermon universitaire de Guillaume de Luxi desapprouvait tout derapage aristotelicien des theologiens thomistes.

Le premier Art de Lulle renouvele tant la theologie que la physionomie scientifique des theologiens (13)--homens qui aprenen teologia--qui doivent apprendre une espece de theologie que Lulle ne redefinit bien qu'a titre de science demonstrative. Quel theologien connait-il la theologie demonstrative ? Pour y repondre, Lulle fait appel a l'honneur intellectuel du sage. Il s'agit de l'homme sage qui n'apprend pas la science du droit a l'honneur sensuel des rois du monde, mais Lulle allegue que tel sage apprend la theologie a l'honneur intellectuel du Roi du royaume celeste. Le sage theologien aime plus la sagesse de Dieu que la science du monde. Le magistere de la theologie demonstrative de Lulle convient a l'instruction du nouveau genre de theologiens qui enseignent la theologie aussi bien qu'ils eprouvent la medecine de l'ame ou la vraie philosophie.

Le theologien (14) du premier Art--tel que Lulle--n'est pas moins medecin de l'ame--tealog, qui es metge de les animes [...] ; metge teoleg [...] ; lo natural [...] lo teoleg [...] ; maestres qui tracten de filosofia e de teologia--que vrai philosophe qui acquiert certification intellectuelle de l'apprehension des dignites de Dieu tout comme la science du physicien derive de l'aperception des causes naturelles. Ainsi Lulle admet-il qu'aucun des anciens philosophes n'etait autant subtil qu'un theologien de son premier Art qui s'avere aussi subtil en questions de logique--raons logicals e naturals e teologes [...] ; cinc generalitats universais [...] deu predicaments [...] ; fe e coneixenca d'anima--qu'en questions de theologie demonstrative ou meme de psychologie. Le theologien du premier Art de Lulle differe bien des anciens philosophes qui ignorerent la theologie ainsi que tout art de decouvrir Dieu, tandis que la theologie demonstrative de Lulle resurgit tant des articles de croyance que des raisons necessaires de l'intellect par lesquelles ils sont demontres:
   D'oo, beni soyez-vous, Seigneur Dieu, car en ce que les
   philosophes, qui sont passes derriere ca, ne decouvrirent pas A
   avec G sinon avec H tant seulement, par cela il s'ensuit que la
   science ne leur valut pas autant dans leur temps que cela fait
   notre science qui est dans ce temps ; car par ce qu'ils
   commencerent a ouvrir A avec H et ils manquerent G, par cela I des
   philosophes ne fut pas en une quantite de grandeur et de vertu
   aussi grande qu'elle est maintenant dans ceux-la qui commencerent a
   ouvrir A avec G et I, et puis avec H et I ; car I se forme plus
   noble et meilleur quand il vient de G a H, qu'il ne le fait pas
   s'il commenca tant seulement en H et il finit en H ; d'oo, par cela
   les philosophes n'eurent pas l'art et le mode qu'ils elevent leur
   entendement aussi haut que les theologiens, et cela c'est par ce
   car, la philosophie est absolument figuree sans la theologie, et la
   theologie, qui est dans ce temps, est composee de G et H, par
   laquelle theologie B a une opportunite plus grande d'ouvrir A avec
   G et H, qu'il n'a pas dans la philosophie avec H tant seulement.
   (15)


[ILUSTRACION OMITIR]

2

Maints investigateurs de l'Art de Lulle--A. Llinares, F. A. Yates, J. Stohr, A. Bonner, B. Mendia, E. Platzeck et J. E. Rubio i Albarracin--admettent que Lulle derive de son Art de Contemplation en Dieu nombre de tropes16 methodiques afin de rendre compendieusement leurs abreges notariques en une variante inventive qui s'en constitue ensuite comme premiere revision de tel Art quaternaire. Le jugement de tels scoliastes reputes de l'Art de Lulle ne manque pas de l'avis similaire de S. Garcias Palou, J. M. Ruiz Simon, J. Santanach, E. Gisbert, A. Soler i Llopart, H. Hames et F. Dominguez Reboiras qui estiment que la variante inventive de l'Art quaternaire constitue la version (17) initiale du systeme de l'Art de Lulle, bien qu'elle ne s'avere doctrinalement qu'un outil (18) populaire de debattre qui ne satisfait pas assez Lulle, selon T. Carreras y Artau, puisqu'elle subit maintes revisions en quelques variantes ulterieures.

Le deroulement des revisions successives de l'Art ne temoigne pas toutefois de quelque mecontentement doctrinal de la part de Lulle, mais de son interet occasionnel qui s'adapte aux moyens dialectiques de divers interlocuteurs censes etre convertis. Le prodige de l'illumination conforte Lulle qui, fort du don de l'Esprit Saint, peut descendre du mont Randa a l'abbaye Santa Maria de La Real, afin de reecrire compendieusement une abreviation notarique de l'Art de Contemplation en Dieu--veritable Art premier de Lulle--qu'il concoit comme une methode contemplative sans qu'elle soit moins inventive ou demonstrative a l'egard de chaque sujet de l'Art quaternaire.

C'est bien plus tard, en 1298, que Lulle--Ego Raymundus lui do librum istum conventui fratrum de cartusia parysius--legue aux freres de la Chartreuse de Vauvert une copie (19) manuscrite du livre encyclopedique de son Art de Contemplation en Dieu--Ms. Paris BNF 3348A, XIIIe siecle, fo lv--, mais que J. Rubio i Balaguer et A. Soler i Llopart considerent munie de quelque dedicace autographe de Lulle, outre que J. N. Hillgarth considere que cette encyclopedie contemplative de l'Art de Lulle devient responsable de l'envol du lullisme mystique de certaines communautes monastiques. Aussi J. N. Hillgarth distingue-t-il que la reception de l'Art au sein des communautes monastiques concerne davantage une approche (20) de l'Art de Lulle comme Art de Contemplation en Dieu qui depasse largement une apologetique raisonnee bien utile.

Le debut du XVe siecle montre que Jean Gerson obstrue la diffusion de l'Art de Lulle plutot aux communautes monastiques qu'aux foyers universitaires. C'est pourquoi, M. Batllori argue que la Chartreuse de Vauvert abrite une mince ecole du lullisme (21) monastique, sinon bien mystique, tandis qu'au sein des Facultes de Paris la reception de l'Art de Lulle subit quelque vicissitude apres que son adepte Thomas Le Myesier redigeait divers florileges lullistes. Il allegue que Lulle n'interesse encore aucune des Facultes de Paris au debut du XVe siecle, mais son allegation n'eclaire pas toutefois contre quels lettres Jean Gerson reagit vigoureusement--tout comme Pierre d'Ailly--afin de proscrire toute emergence universitaire de l'Art de Lulle, puisqu'il depense bien des efforts censes reconduire dans les Facultes de Paris une censure universitaire du lullisme. Le geste de censure du chancelier Jean Gerson suggere que Lulle s'entourait des lettres, qu'ils soient de la Chartreuse de Vauvert ou des Facultes de Paris, censes etre lullistes.

"Dans le Liber contemplationis, Y artista cherche son Art a tatons". (22)--croyait F. A. Yates--, mais peut-on admettre qu'a l'epoque Lulle accomplit meme une decouverte encyclopedique du premier Art comme Art de Contemplation en Dieu qu'il munit ensuite de maintes variantes abregees dans lesquelles R. Sugranyes de Franch devine la resurgence de l'Art de Contemplation en Dieu dont Lulle derive constamment toute une encyclopedie de savoirs: "annonce et source a la fois de tout ce qu'il ecrira plus tard". (23) Le systeme des arts et des modes--arts e maneres---du premier Art de Lulle constitue une encyclopedie contemplative qu'H. Hames impregne incertainement de quelque influence (24) kabbalistique aleatoire de maitre Abraham Aboulafia, tandis que L. Sala-Molins et A. Rashed n'y avouaient qu'une similitude fortuite, mais la figure A de l'Ars compendiosa inveniendi veritatem--variante initiale de l'Art de Lulle selon J. Carreras y Artau et J. M. Ruiz Simon--inclut la plupart des principes de l'Art de Contemplation en Dieu, dont Lulle choisit finalement quelques principes utilises en maints traites tant de l'Opera Messanensia que de l'Opera Tuniciana qui parachevent son magistere missionnaire.

Le propos initial de l'Art de Lulle consiste en une conversion demonstrative des infideles sarrasins--sainte chimere (25) de Lulle selon R. Sugranyes de Franch--que Lulle s'efforce de poursuivre jusqu'a l'epreuve du martyre. Le systeme de variantes de l'Art montre que chaque etape extreme de l'Art se dispose en une configuration cyclique. Ainsi T. Carreras y Artau comprend-il que Lulle concede tout debut (26) de l'investigation du systeme des arts lulliens a l'Art de Contemplation en Dieu--principe autant que fin du systeme encyclopedique de l'Art de Lulle--, avant qu'elle ne s'etende aux arts particuliers qui derivent des modes de l'Art de Contemplation en Dieu, mais que Lulle abrege ensuite par son outil efficace de l'ecriture notarique afin de rendre compendieuse la variante inventive de l'Art quaternaire.

Mais M. Batllori croyait qu'il vaut la peine de parfaire une comparaison (27) de l'Art de Contemplation en Dieu aux sommes medievales, tandis que Lulle n'inclut pas dans son Art de Contemplation en Dieu--sommet penitentiel de contemplations bien mystiques--quelque aspect canonique de somme penitentielle--evident chez Raymond de Penyafort--, aussi bien qu'il n'y octroie pas une assise rationnelle de somme theologique--decisive chez Thomas d'Aquin--, ce qui amoindrit bien leurs eventuelles parentes. Il avoue toutefois que Lulle evince de son Art meme une theologie naturelle. Le sommet de l'Art de Contemplation en Dieu--tant mystique qu'intellectuel--n'eclate bien qu'au-dessus des rigueurs raisonnees des lettres dominicains.

Cependant, R. Pring-Mill distingue que Lulle etablit d'abord une doctrine (28) des dignites de Dieu dans l'Art de Contemplation en Dieu, mais sans qu'il abrege quelque Art de decouverte des verites. On ne peut pas admettre que la grande encyclopedie de l'Art de Contemplation en Dieu manque de toute methode inventive des verites demontrees. Certes, Lulle suggere qu'elle est obscurcie audedans des modes de l'Art de Contemplation en Dieu--arts particuliers ou applications--, mais elle doit etre decouverte avant de conclure soit qu'elle manque soit qu'elle est acquise hors de tout developpement systematique. Mais J. N. Hillgarth et A. Llinares eclairent la jonction du systeme encyclopedique de l'Art de Contemplation en Dieu avec la variante inventive de l'Art quaternaire, outre que maints arts (29) particuliers immergent aux profondeurs de l'Art de Contemplation en Dieu avant qu'ils soient compendieusement abreges.

Aussi V. Serverat saisit-il que Lulle derive maints arts de son Art de Contemplation en Dieu qui constitue la decouverte du premier Art de Lulle, avant qu'il n'en abrege qu'une variante inventive de l'Art quaternaire: "La decouverte de l'art a pu se produire pendant la redaction du L. de Contemplacio, car ce dernier contient toute une serie d'arts particuliers, qui se trouveront unifies dans l'Ars inveniendi". (30) On n'oublie pas que ce n'est qu'a l'instar des arts particuliers que Lulle developpe la methode universelle de l'Art de Contemplation en Dieu comme premiere assise capitale de leurs modes distinctifs. Il importe que Lulle concoive etenduement une encyclopedie (31) initiale de son premier Art avant de rendre compendieusement la variante inventive de l'Art quaternaire, ainsi que le remarque J. E. Rubio i Albarracin, outre qu'une encyclopedie des arts particuliers se constitue de son Art de Contemplation en Dieu qu'on peut rendre comme une composition initiale du systeme de l'Art de Lulle, donc avant que la vision du mont Randa inspire merveilleusement a l'esprit de Lulle la forme notarique de decrire brievement la variante inventive de l'Art quaternaire.

Mais J. E. Rubio i Albarracin considere qu'une occasion de l'illumination du mont Randa determine Lulle de rendre la variante inventive de l'Art quaternaire comme variante initiale de l'Art, tandis que la composition de l'Art de Contemplation en Dieu ne jouit que de la prerogative du prelude durant lequel Lulle enquiert encore une methode inventive. On argue que Lulle ne depossede pas toutefois son encyclopedie contemplative du statut digne de son premier Art, puisqu'il developpe une methode contemplative de Dieu qui s'avere aussi inventive de raisons necessaires censees resoudre demonstrativement nombre de questions avant toute variante ulterieure, qu'elle soit inventive ou demonstrative, de son Art quaternaire.

Le mythe moderne de l'Art de Lulle comme machine logique se deplie des gloses de scoliastes lullistes plutot que des modes du systeme de l'Art, dont son allegation ne recoit aucune justification doctrinale. Il ne se detache pas des branches etagees de l'arbre veritable des arts particuliers, mais que J. M. Ruiz Simon ajuste legitimement aux variantes (32) majeures du systeme de l'Art de Lulle, qui surgit premierement du rhizome de l'Art de Contemplation en Dieu sans lequel tel Art premier n'aurait pas une etendue encyclopedique. Le rhizome profond de l'arbre des arts de Lulle--sans se confondre avec la variante inventive de l'Art quaternaire--remonte bien jusqu'a l'Art de Contemplation en Dieu que Lulle etire ensuite en chaque etage de l'arbre des arts lulliens. La griffe du rhizome de l'arbre s'enfonce profondement jusqu'a atteindre la masse des modes de l'Art de Contemplation en Dieu--principe de l'Art de Lulle autant que fin--sans etre retrecie en une abreviation notarique inventive de l'Art quaternaire.

Ainsi Lulle parait-il deduire d'abord de l'Art de Contemplation en Dieu la variante inventive de son Art quaternaire. Il faut entendre que Lulle etablit une assise de l'Art de Contemplation en Dieu comme origine du systeme de l'Art--ebauche de methode (33) inventive selon J. E. Rubio i Albarracin mais de l'avis de V. Serverat elle n'est pas mure ou meme elle est inexistante pour D. Urvoy--sans qu'elle soit incluse en une etape avant-Art, tandis qu'elle s'approche davantage de l'etape quaternaire tant qu'elle ne manque pas des assemblages quaternaires, meme s'ils ne dependent pas du quadrangle des elements, mais du quadrangle de quatre figures du mode de signifier notarique des verites---support (34) essentiel de l'Art quaternaire selon J. Rubio i Balaguer--avant qu'elles resurgissent en une figure cyclique S qui integre la variante inventive de l'Art quaternaire. Le depistage du montage quaternaire de l'Art de Contemplation en Dieu--sans exclure tout ajustage ternaire--n'aboutit pas encore aux derniers debouches. Il se peut que la variante initiale de l'Art de Contemplation en Dieu ne soit pas moins inventive ou demonstrative que contemplative.

La gestation contemplative du systeme methodique, mais que la variante inventive de l'Art quaternaire subit lentement jusqu'a l'heure de l'illumination du mont Randa selon J. E. Rubio i Albarracin, atteste neanmoins que Lulle ne retient pas encore de son Art de Contemplation en Dieu quelque simple prelude--confus ou guere systematique--des variantes ulterieures de l'Art quaternaire, mais bien la matrice initiale de l'elaboration encyclopedique de tout son Art, qu'il soit quaternaire ou ternaire: "Au sommet de Randa, la premiere variante de l'Art lullien apparait comme une abreviation comprehensive de contenus elabores a l'etendue de l'encyclopedie mystique". (35) Aussi V. Serverat constate-t-il qu'en fait Lulle abrege la variante inventive de l'Art quaternaire afin qu'il unifie la plupart des modes de l'Art de Contemplation en Dieu qui etaient eparpilles sans qu'ils manquent toutefois de tout deploiement systematique: "L'Ars inveniendi etait un art general, une tentative de synthese qui visait a unifier toute une serie d'arts particuliers qui se trouvaient dissemines dans le L. de Contemplacio", (36) La variante inventive de l'Art quaternaire surgit seulement de quelques modes de l'Art de Contemplation en Dieu qui merite certainement la preseance du premier Art de Lulle--methodique autant que chronologique--par rapport aux variantes ulterieures des arts lulliens. On peut admettre que Lulle inclurait son Art de Contemplation en Dieu plutot dans une etape quaternaire que dans une etape preliminaire avant-Art qui s'avere assez inutile.

Le noyau (37) du systeme de l'Art de Lulle n'est pas la variante inventive de l'Art quaternaire, meme s'il convainquit M. Batllori, mais bien son Art de Contemplation en Dieu dont s'ensuit chaque variante. Le livre du grand Art de Contemplation en Dieu feconde maints arts particuliers que Lulle fait naitre ensuite comme des variantes abregees du meme systeme encyclopedique. Le prodige de l'illumination du mont Randa n'inspire Lulle qu'a l'egard de l'usage facile des abreges notariques. Le systeme de l'Art de Lulle gagne ensuite une composition deductive qui se deploie de l'Art de Contemplation en Dieu jusqu'a l'epoque tardive de l'Art de conseils. C'est pourquoi Lulle suggere qu'un systeme cyclique--bien encyclopedique--s'ajuste plutot aux etapes de l'Art qu'un developpement lineaire. La derniere etape de l'Art de Lulle--depourvue de toute mecanisation (38) de l'Art, selon J. E. Rubio i Albarracin, mais bien munie de maintes variantes concretes--parait rejoindre d'abord une des finalites majeures de l'etape initiale--la conversion des infideles--, du moins que Lulle reevalue incessamment certains principes de l'Art de Contemplation en Dieu, en incluant entre ces etapes extremes chaque etape intermediaire.

Le premier Art de Lulle ne derive pas des cinq figures principales de l'Ars compendiosa inveniendi veritatem de 1274 qui concerne tant la vie (39) contemplative que la vie active--contemplan et cognoscere Deum, et vivificare virtutes, et mortificare vitia--, mais des principes du grand livre par lequel Lulle concoit son premier Art pour contempler Dieu avant tout etant de l'echelle des creatures. Il ne faut pas confondre la fondation du premier Art de Lulle avec la premiere revision compendieuse de son Art quaternaire. Le premier Art de Lulle n'en est pas la premiere variante compendieuse par laquelle Lulle envisage la conversion des infideles. La variante compendieuse de l'Art quaternaire ne neglige pas entierement la vie contemplative. Le rhizome de l'arbre de vie contemplative de Lulle est evidemment multiple. Il s'abreuve profondement a l'eau de trois cultures--hebraique, musulmane, chretienne--entre lesquelles Lulle redecouvre la source commune qui transparait derriere leurs specificites spirituelles.

Le propos dominant de la vie active de Lulle est la conversion des infideles, mais Lulle ne s'y adonne qu'apres la constitution de son premier Art par lequel Lulle devait atteindre plutot la contemplation de Dieu que la conversion des infideles, bien qu'il declare que la conversion des infideles doit attendre la finalisation de son Art premier, puisque Lulle croyait a l'epoque que la vie contemplative depasse largement tout propos de vie active. Le premier Art de Lulle se definit en tant qu'Art de Contemplation en Dieu par lequel Lulle fonde toute variante de son Art quaternaire. Il se distingue donc de la premiere variante compendieuse. Mais Lulle reforge maints tropes de son Art de Contemplation en Dieu afin de parfaire la variante compendieuse.

Le prologue de l'Ars compendiosa inveniendi veritatem atteste que Lulle n'abrege la revision compendieuse du premier Art qu'a l'appui de quelques figures principales A, S, T, V, X--issues de l'Art de Contemplation en Dieu--, mais auxquelles deux figures Y, Z etaient associees, afin de rendre brievement une methode tant contemplative qu'inventive ou demonstrative--invenire veritatem sub compendio [...], proponere quaestiones, et necessariis rationibus earum dubitationem breviter solvere--qui aboutit aux debouches assez intriques sinon equivalents. Le manuel de la Doctrina pueril de 1274-1276 deconseille toute lecture des livres qui font desirable la vie lascive avant que Lulle conseille la lecture de son Art de Contemplation en Dieu qui rend plus desirable la vie contemplative que la vie active: (40,41)
   Si elegs vida activa, no liges en
   los libres qui fan la via jusana
   desirable, i ages lo Libre de
   Contemplacio, per lo quai la vida
   contemplativa es desirable,
   a contemplar nostro Senyor
   Deu. (40)

   Si eligis activam vitam, non legas in
   libris, quae faciunt inferiorem viam
   desirabilem, et habeas magnum
   Libram contemplationis, per quem
   contemplativa vita est desirabilis ad
   contemplandum dominum Deum. (41)


Le personnage Blaquerne du Libre de Blaquema de 1276-1283 renonce au siege pontifical avant de suivre la vie (42) eremitique par la lecture tant de l'Ecriture divine que du Libre de Contemplacio--en los libres de la divina Escriptura e en lo Libre de Contemplacio--, mais Lulle ne mentionne qu'a la fin du prologue (43) de son Libre de Amic e Amat que Blaquerne contemple quotidiennement Dieu au moyen de l'Art de Contemplation en Dieu--segons la Art del libre de Contemplacio-dont Lulle faconnait auparavant son Art premier. Le florilege des metaphores morales de l'ermite Blaquerne compte autant de versets que la composition elargie des chapitres de l'Art de Contemplation en Dieu qui se multiplie jusqu'a l'accomplissement de 366 jours.

Le scribe de la Vita coetanea de septembre 1311 constate qu'un frere de l'Ordre des Mineurs admirait la devotion (44) catholique des meditations de l'Art de Contemplation en Dieu--specialiter autem meditationes quasdam, quas ipsefecerat in devotione super omnes dies anni, triginta paragraphos speciales diebus singulis assignando--pour lequel Jacques II, roi de Majorque, montrait son interet special. Certes, Lulle renouvele demonstrativement la theologie, mais son Art de Contemplation en Dieu risque d'abord la censure de la part de Jacques II, roi de Majorque, meme s'il s'affranchit de l'observation admirative du frere Bertrand de Berenguer--theologien spirituel de l'Ordre des Freres Mineurs--qui n'en decompte aucune coulpe theologique. Le scribe de l'hagiographie de Lulle constate que Lulle recut une premiere validation doctrinale de la devotion catholique des meditations theologiques de son Art de Contemplation en Dieu qui legitime encore la theologie demonstrative de Lulle aupres des lettres de l'Ordre des Freres Mineurs censes admettre quelque usage theologique des raisons necessaires. C'est a Montpellier que Lulle pouvait se joindre a l'entourage de Pierre de Jean Olivi afin de connaitre quel apport de raisons necessaires affermit scientifiquement la theologie scolastique. Il sait bien que la theologie positive s'evanouit a l'epreuve des disputes religieuses. Par consequent, Lulle prepare deliberement la theologie demonstrative pour convaincre son adversaire chaque fois qu'une dispute quelconque implique la contestation des articles de croyance catholique.

Mais Lulle s'apercoit que la lecture de son grand Art de Contemplation en Dieu devient assez laborieuse pour la plupart des ermites inaccoutumes a l'usage ascetique de son premier Art, bien qu'un ermite comme Blaquerne n'achevat qu'au moyen de l'Art de Contemplation en Dieu la composition breve du florilege de metaphores morales. C'est pourquoi Blaquerne s'acquitte finalement de l'elaboration diligente de son petit Art de contemplation--Blanquema havia a tractar del libre de la Art de Contemplacio--avant de decrire la composition de tel Art--un Libre de Contemplacio per art--des le prologue (45) de l'Art de contemplacio par lequel Lulle eleve hautement la devotion contemplative de l'ame acedieuse des ermites.

3

La reevaluation breve du systeme de l'Art de Lulle montre qu'il se deplie ordonnement de l'Art de Contemplation en Dieu qui constitue une assise initiale de l'ensemble des variantes ulterieures. La periodisation des etapes de l'Art de Lulle doit inclure en une meme phase de l'Art quaternaire la methode encyclopedique de l'Art de Contemplation en Dieu qui merite une preseance tant historique que doctrinale. Il ne faut pas admettre que Lulle ne concut pas son Art de Contemplation en Dieu comme premier Art avant toute methode mecanique apparente de son Art quaternaire.

Le prodige du mont Randa n'en declenche que la refonte initiale --abreviation notarique de l'Art de Contemplation en Dieu en une variante compendieuse--sans peindre dans l'esprit ardent de Lulle la constitution illuminative des figures de son Art quaternaire. Le systeme encyclopedique de l'Art surgit plutot de la contemplation de Dieu que de l'illumination du mont Randa qui n'eclaire Lulle qu'a l'egard du mode facile de l'abreviation notarique--bien utile pour une conversion demonstrative des infideles--, mais qu'il utilise d'abord vers la fin de son Art de Contemplation en Dieu afin qu'il soit reduit bien efficacement en une variante compendieuse. On n'y deploie pas toute deduction obvie pour conclure qu'un Art de Contemplation en Dieu signifie beaucoup plus qu'une machine logique. Certes, Lulle evite que la methode de l'Art de Contemplation en Dieu s'enlise dans l'engrenage de quelque machine logique.

On abrege donc la deduction schematique de certains etages essentiels de l'arbre encyclopedique des arts que Lulle meme concoit volontiers comme autant de branches principales du systeme de l'Art afin de rendre leurs rapports avec son Art de Contemplation en Dieu dont ils sont derives. Le rhizome de l'arbre des arts--voire son Art de Contemplation en Dieu--doit rejoindre la couronne de l'arbre--variante ultime de son Art General--en une composition encyclopedique. C'est Lulle qui allegue que son Art de Contemplation en Dieu fonde premierement la plupart des variantes de l'Art quaternaire ou ternaire. Le premier Art de Lulle acheve definitivement son enorme Luvre contemplative.

CONSTANTIN TELEANU

Centre Pierre Abelard

Universite Paris Sorbonne

75230 Paris (Francia)

schola.lvlliana@outlook.fr

RECIBIDO: ENERO DE 2015 / ACEPTADO: NOVIEMBRE DE 2015

DOI: 10.15581/009.49.1.97-120

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(26.) T. Carreras y Artau, Estudios Filosoficos II, II cit., 59-60.

(27.) M. Batllori, Ramon Llull i el Lul-lisme, I, 1.1; II, 2.1 cit., 11; 114.

(28.) R. Pring-Mill, Le Microcosme lullien, I, 2 cit., 54.

(29.) J. N. HILLGARTH, Ramon Lull and Lullism in Fourteenth-Century France, I, 1 cit., 8. A. LLINARES, Raymond Lulle, Philosophe de Faction, II, 2, 1.1; 1.2 cit., 183; 190-192. Idem, Theorie et pratique de l'allegorie dans le Llibre de contemplacio, "Estudios Lulianos" 15/1 (1971) 5-34. Idem, References et influences Arabes cit., 111-113; 123-125.

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(32.) J. M. Ruiz Simon, L'Art de Ramon Llull i la teoria escolastica de la ciencia, I, 1 cit., 22-23.

(33.) J. E. Rubio i Albarracin, L'anima recorda i enten que les havia recordades i enteses en el Llibre de contemplacio cit., 145. V. SERVERAT, Autour de la date de composition du Libre d'amic e amat de Ramon Llull cit., 41. D. Urvoy, Penser l'Islam. Les presupposes islamiques de l'Art de Lull, III, 13.2 (Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1980) 351.

(34.) J. Rubio i Balaguer, Ramon Llull i el Lul-lisme, 11 cit., 266.

(35.) J. E. Rubio i Albarracin, Les bases delpensament de Ramon Llull, C, 6 cit., 216. Idem, L'anima recorda i enten que les havia recordades i enteses en el Llibre de contemplacio cit., 165.

(36.) V. Serverat, Autour de la date de composition du Libre d'amic e amat de Ramon Lull cit., 53.

(37.) M. Batllori, Ramon Llull i el Lul-lisme, II, 2.2 cit., 118.

(38.) J. E. Rubio i Albarracin, Les bases delpensament de Ramon Llull, A, 1.2 cit., 26.

(39.) Raymond Lulle, Ars compendiosa inveniendi veritatem, Prologus, en I. Salzinger (ed.), Raimundi Lulli Opera Omnia, vol. I/i (Maguncia, Haffher, 1721) 1.

(42.) Raymond Lulle, Libre de Blaquema, V, 98.2, en S. Galmes, M. Ferra (eds.), Obres de Ramon Llull, vol. IX/1 (Comissio Editora Lul-liana, Palma, 1914) 375.

(43.) Raymond Lulle, Libre de Amic e Amat, Del prolec, en S. Galmes, M. Ferra (eds.), Obres de Ramon Llull, vol. IX/2 (Comissio Editora Lul-liana, Palma, 1914) 379.

(44.) Raymond Lulle, Vita coetanea, III, 16, 195-200, en H. Harada (ed.), Raimundi Lulli Opera Latina, vol. VIII/189 (Brepols, Turnhout, 1975) 282.

(45.) Raymond Lulle, Art de contemplacio, Del prolec, 2, en S. Galmes, M. Ferra (eds.), Obres de Ramon Llull, vol. IX/3 (Comissio Editora Lul-liana, Palma, 1914) 433.
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Title Annotation:texto en frances
Author:Teleanu, Constantin
Publication:Anuario Filosofico
Article Type:Ensayo critico
Date:Apr 1, 2016
Words:9048
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