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Le patrimoine immateriel religieux au Quebec: sauvegarder l'immateriel par le virtuel.

Introduction

Le patrimoine religieux du Quebec est aujourd'hui plus que jamais menace. L'effondrement de la pratique religieuse, le vieillissement prononce des communautes religieuses, la fermeture massive des paroisses et des eglises et la vente forcee de biens religieux caracterisent ce mouvement de declin que l'on peut qualifier de << crise >>. Les chiffres revelent avec eloquence la profondeur et l'ampleur de cette crise du patrimoine religieux au Quebec. Par exemple, le diocese de Quebec qui comptait plus de 500 pretres seculiers en exercice avant 2003 n'en a plus qu'une soixantaine actuellement pour desservir 233 paroisses (Morisset et Noppen 2005 : 74). Ajoutons que la moyenne d'age des pretres en activite est de 65 ans. Le probleme du vieillissement est encore plus marque chez les congregations feminines. Plusieurs des communautes fondatrices sont destinees a disparaitre a breve echeance. Par exemple, les Ursulines de Quebec, qui comptaient plusieurs centaines de soeurs il y a a peine quarante ans, ne sont plus qu'une trentaine dont l'age moyen oscille autour de 82 ans. La situation est semblable chez les Augustines qui ont ete dans l'obligation de fermer leurs quatre monasteres en region (Gaspe, Montmagny, Saint-George et Levis) et de regrouper biens et personnes au monastere de l'Hotel-Dieu de Quebec (Tanguay 2005: 191). La desaffection des eglises et des chapelles s'accelere et, selon Luc Noppen, cette chute << n'est qu'a ses debuts >> (2006: 278).

Devant l'ampleur de la crise et les enjeux culturels et memoriaux pour la societe quebecoise, les pouvoirs publics et la societe civile ont commence a reagir. Fort heureusement il y a des visionnaires comme Jean Simard (1979, 1984, 1989, 1995, 1998) et Luc Noppen (1997, 2005, 2006) qui, depuis deja longtemps, sensibilisent les esprits a l'apport considerable des congregations religieuses au patrimoine quebecois, que ce soit dans le domaine de l'architecture, des arts ou de l'artisanat. Ils ont tres tot fait la distinction entre la mission religieuse et la mission patrimoniale, laissant entendre que la sauvegarde du patrimoine religieux etait animee par des motifs culturels et non par une volonte de renouveau religieux et evangelisateur. D'ailleurs, selon eux, la patrimonialisation du religieux etait a peu pres le seul moyen de conserver l'heritage religieux du Quebec, compte tenu de la desertion massive des pratiquants. Il faut dire aussi qu'au cours des dernieres annees la creation de societes et d'associations de protection du patrimoine par des membres du clerge, mais encore plus souvent par de simples citoyens ont contribue a mobiliser l'opinion publique et les legislateurs et a elaborer des politiques de sauvegarde du patrimoine. Creee en 1995, la Fondation patrimoine religieux du Quebec (devenu en 2008 le Conseil du patrimoine religieux), composee de religieux et de laics surtout masculins, s'est donne comme mission la restauration et la mise en valeur du patrimoine religieux quebecois, essentiellement les eglises, grace a des subsides du gouvernement du Quebec. La meme annee est mise sur pied la Mission patrimoine religieux du Quebec, une corporation sans but lucratif, qui a pour mandat d'aider et d'encourager les congregations religieuses a definir et a sauvegarder leur patrimoine (1). Constituee principalement de femmes, religieuses et laiques, Mission patrimoine religieux organise tous les ans un colloque pour faire l'etat de l'avancement des travaux et pour chercher des nouvelles facons de sauvegarder et de mettre en valeur le patrimoine religieux.

Malgre les progres notables des dernieres annees, il n'en demeure pas moins que les interventions sont parfois lentes a se concretiser et portent sur certains secteurs plus que d'autres. La dotation des fonds se fait encore massivement et presque exclusivement dans les secteurs traditionnels d'intervention du patrimoine, c'est-a-dire dans le domaine du bati. Par exemple, de 1996 a 2006 la Fondation patrimoine religieux a obtenu plus 150 millions de dollars pour l'entretien et la restauration de plusieurs centaines d'eglises (Morisset, Noppen et Coomans 2006 : 15), alors que pendant la meme periode un seul projet de sauvegarde du patrimoine immateriel religieux a recu du financement du gouvernement, celui des Augustines de Quebec pour le montant d'environ 35 000 dollars. Les quelques autres projets realises ont ete finances par les congregations religieuses a meme leurs propres budgets.

C'est regrettable, car le patrimoine immateriel religieux est celui qui est le plus menace dans la mesure ou il est porte par des personnes. La memoire orale, les savoir-faire, les fetes, les rites et les coutumes sont des traditions vivantes conservees par la simple pratique, repetees a des moments precis de la journee ou de l'annee. Elles se transmettent par des personnes, souvent reconnus comme des porteurs de traditions, et, lorsque les personnes disparaissent, les traditions vivantes disparaissent avec elles de maniere irrevocable. Contrairement au patrimoine bati qui se degrade generalement sur une longue periode et qui donne du temps pour intervenir (2), les personnes agees disparaissent souvent subitement et sans avertissement, entrainant avec elles la perte des traditions de la communaute. Etant des pratiques, celles-ci sont par definition pratiquees, c'est-a-dire transmises par le geste et la parole et donc rarement consignees par l'ecrit. Meme lorsqu'elles sont ecrites, il est souvent tres difficile, voire impossible, de les reproduire en raison de l'absence des nombreux details necessaires a leur reconstitution. Comme une langue, un patrimoine qui n'est pas pratique finit par mourir. Les travaux pionniers de Marius Barbeau chez les Ursulines (1942, 1946) et ceux plus recents de Jean Simard chez les Augustines (1998) ont montre le role fondamental de la parole et du geste dans la transmission des savoir-faire artisanaux et artistiques, des memoires et des pratiques des lieux, et des evenements et des personnes. Ce mode de transmission vivant a ete privilegie dans les communautes religieuses d'autant plus qu'elles ont toujours assure une grande permanence, une etonnante stabilite institutionnelle et un fort esprit de conservation dans un milieu relativement ferme. L'enquete orale demeure donc le seul moyen de recenser ce patrimoine dit immateriel. La sauvegarde de la memoire et des savoir-faire ne permet pas seulement de conserver les elements intangibles du patrimoine, mais aussi de mieux comprendre et preserver ses elements tangibles. La connaissance de la pratique d'un objet, d'un batiment ou d'un paysage donne la possibilite de saisir son histoire, ses usages sociaux et ses valeurs symboliques. Apres tout, ce sont les composantes immaterielles (la memoire, les valeurs, l'attachement) qui insufflent un sens a la culture materielle.

On a assiste ces toutes dernieres annees a l'emergence d'une sensibilite accrue chez les Quebecois envers leur patrimoine religieux. L'annee 2004 represente sans doute un point tournant dans cette ouverture au patrimoine immateriel religieux, marque par deux evenements majeurs : d'abord, le colloque sur l'avenir du patrimoine religieux du Quebec a l'Eglise Saint-Dominique qui a reuni plus de 450 personnes de toutes les regions du Quebec et de tous les milieux, tant religieux que laic (3), et qui a suscite un debat et une prise de conscience des enjeux lies au patrimoine immateriel et, ensuite, la creation, quelques semaines plus tard, d'une commission parlementaire sur l'avenir du patrimoine religieux du Quebec qui, du coup, reconnait l'importance culturelle et historique de ce patrimoine dans toutes ses manifestations, tant par le mobilier et le bati que par l'immateriel, et dans toutes les traditions religieuses confondues. La Commission a lance une vaste consultation aupres du public et a prepare un rapport comprenant une trentaine de recommandations destinees a guider le gouvernement du Quebec. (4) Sensibles aux nombreux memoires qui soulignaient l'urgence d'interventions dans la conservation de ce patrimoine, les membres de la Commission ont judicieusement recommande au gouvernement du Quebec la sauvegarde et la promotion du patrimoine immateriel religieux, formulee dans la recommandation sept du rapport qui precise
 qu'un programme d'enquetes sur le patrimoine religieux immateriel
 soit coordonne dans les plus brefs delais ... et que soit elaboree,
 en collaboration avec les etablissements d'enseignement et les
 musees, avec la participation des communautes et des groupes qui
 creent, entretiennent et transmettent ce patrimoine, une strategie
 d'intervention coherente et efficace dans le but de connaitre, de
 proteger et de transmettre le patrimoine religieux immateriel du
 Quebec (Assemblee nationale du Quebec 2006: 21).


Nous avons voulu relever ce defi en mettant a profit l'expertise en patrimoine immateriel developpe par la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique de l'Universite Laval. (5) A l'automne 2006, la Chaire formait un comite de consultation reunissant des representants des communautes religieuses, d'organismes voues a la sauvegarde et a la preservation du patrimoine religieux, les responsables du patrimoine religieux au ministere de la Culture, des Communications et de la Condition feminine, et des experts du patrimoine religieux. Le mandat du comite etait de proceder a la mise en place d'un inventaire national du patrimoine immateriel religieux du Quebec. Le comite s'est reuni regulierement afin de definir les elements d'une strategie et d'une methodologie de deploiement d'un vaste inventaire ethnologique presente sous forme d'une base de donnees multimedia numerique. L'inventaire semblait le meilleur moyen d'identifier, de sauvegarder et de mettre en valeur ce patrimoine immateriel religieux.

Methodologie : conserver pour communiquer

Les inventaires n'ont pas tres bonne reputation parmi les ethnologues et les chercheurs en sciences humaines generalement. On leur reproche souvent de transformer des traditions vivantes en archives, de selectionner et de hierarchiser, puis de figer les pratiques traditionnelles en les conservant en copie unique erigee en modele. Il freinerait l'evolution des pratiques culturelles et enleverait a la culture traditionnelle son dynamisme. Mais comment peut-on reduire ainsi l'inventaire alors qu'il est a la base de toute demarche scientifique ? La constitution d'un corpus d'informations, donc d'un inventaire, n'est-il pas un prealable a toute recherche scientifique ? Meme les praticiens (artisans, conteurs, musiciens, chanteurs) font de petits inventaires des differentes pratiques observees de maniere informelle lorsqu'ils constituent leurs repertoires. C'est moins l'inventaire lui-meme que l'on doit remettre en cause que la maniere de le faire. Animes par la theorie des survivances, les ethnologues d'il n'y a pas si longtemps recherchaient les recits ou les pratiques les plus authentiques et en faisaient des objets de contemplation. Le but n'etait pas de transmettre les traditions pour les communiquer, mais plutot de les conserver et de les figer dans leurs formes jugees les plus pures. Il faut dire que l'inventaire ethnologique classique, realise sur support analogique (bandes magnetiques et films), exigeait des equipements lourds, de longs sejours sur le terrain, et des conditions de conservation particulieres (salles a temperature et a humidite controlees) qui entrainaient des couts eleves. Ainsi, les enregistrements sonores et audiovisuels etaient generalement realises une seule fois, essentiellement dans une perspective de preservation, conserves en un exemplaire unique dans un lieu hautement securitaire et ferme a cle. Les praticiens, a commencer par les informateurs eux-memes, avaient difficilement acces a ces enregistrements qui, en raison de leur caractere singulier, etaient eriges en references incontournables.

Plus qu'un simple inventaire destine a la conservation, nous souhaitons faire une base de donnees multimedia virtuelle qui facilite la communication du patrimoine immateriel religieux. Nous croyons meme que la communication est le meilleur moyen de conserver le patrimoine immateriel religieux dans la mesure ou il participe a sa transmission. La transmission n'assure pas seulement la conservation des traditions, elle contribue a les transformer, a les dynamiser et a les renouveler en leur trouvant de nouveaux usages sociaux. Par la meme occasion, elle participe a la valorisation et a la reconnaissance de ceux qui les transmettent. Il ne s'agit pas de promouvoir le culte, mais de faire connaitre et reconnaitre les pratiques traditionnelles--cultuelles et culturelles--et leurs artisans en tant que patrimoine dans un souci d'education du grand public. L'usage d'equipements d'enregistrement electroniques, de bases de donnees numeriques et des applications Web pour exploiter ces bases a contribue a revolutionner les pratiques de l'inventaire du patrimoine immateriel. Les nouvelles technologies de l'information facilitent non seulement la fabrication, l'acces et la gestion des inventaires, elles suscitent de nouvelles facons de concevoir et de realiser l'inventaire lui-meme. Les communautes et les porteurs de tradition peuvent participer plus facilement au processus de collecte et de communication des donnees. L'acces aux donnees par le Web permet des appropriations et reappropriations multiples par un large eventail de personnes (communautes elles-memes, journalistes, museologues, chercheurs) et favorise l'evolution des pratiques et la valorisation sociale des communautes qui en sont les detenteurs. En effet, l'inventaire virtuel devient un outil dynamique de communication patrimoniale et de developpement culturel et social. Compte tenu du caractere novateur de notre approche, nous tenions a mettre a l'epreuve la methodologie developpee et a bien planifier le terrain. Il nous semblait donc souhaitable de realiser un projet pilote aupres de communautes de differentes confessions et de tester nos outils avant de se lancer dans un inventaire national. (6)

Les objectifs du projet pilote etaient les suivants :

* L'evaluation de la nature et de l'etendue du patrimoine immateriel religieux a partir d'un echantillon qui recoupe les principales institutions religieuses du Quebec;

* Le developpement d'une methodologie appropriee, des outils d'enquete et d'une grille de classification efficaces qui serviront de modele pour l'inventaire national;

* La cueillette des donnees sur le terrain et leur traitement en laboratoire en vue d'elaborer un inventaire informatise multimedia comprenant des descriptions textuelles, des photographies, des extraits sonores et des extraits audiovisuels, gere par le biais d'un site Web, afin de rendre l'inventaire facilement accessible au public;

* L'organisation d'interventions culturelles pendant ou apres les enquetes pour mettre en valeur et communiquer le patrimoine immateriel religieux directement sur le terrain par le montage d'expositions, la preparation de documents multimedias, la redaction d'articles, des entrevues a la radio ou a la television.

Le projet pilote a debute en septembre 2007 et s'est poursuivi jusqu'en fevrier 2008. La Chaire a recrute une equipe d'ethnologues et a assure dix jours de formation sur le patrimoine materiel et immateriel religieux, sur la methodologie d'inventaire et sur les equipements multimedias. Par la suite, les ethnologues ont rencontre les responsables des communautes afin d'identifier les principaux porteurs de tradition, de definir les sujets et les types d'entrevues et d'etablir un calendrier de rencontres. Apres avoir contacte les informateurs, des entrevues ont ete realisees avec les porteurs de tradition cibles. L'enqueteur procedait a des enregistrements sonores et a la captation d'images (photographies et videos). Par la suite, debutait le traitement des donnees, soit la redaction de fiches descriptives, le classement des recits, le montage des extraits sonores et visuels ainsi que le traitement des images.

Nous avons adopte une definition du patrimoine immateriel religieux assez large qui deborde le caractere strictement religieux et spirituel pour atteindre la vie culturelle et sociale des religieuses et des religieux. Il faut d'abord dire que limiter le patrimoine religieux a la seule sphere du sacre serait tres restrictif et nous ferait manquer l'essentiel qui est d'ordre culturel. Par exemple, les pratiques religieuses et spirituelles des communautes religieuses catholiques sont tres semblables, regies par a peu pres les memes rites imposes par la doctrine de l'Eglise catholique romaine. Un inventaire qui porterait exclusivement sur le patrimoine sacre serait donc assez redondant, du moins pour les catholiques qui representent la grande majorite de la population quebecoise. La specificite du patrimoine religieux quebecois reside dans son adaptation au territoire, dans son histoire, dans la vocation particuliere de chacune des congregations et dans la culture institutionnelle qui se developpe dans les communautes. C'est sans doute pour cette raison que tous les specialistes proposent une definition large du patrimoine immateriel religieux. Par exemple, Mission patrimoine religieux englobe dans sa definition les savoir-faire de la vie communautaire, professionnelle et artisanale :
 Le patrimoine immateriel est celui qui fait decouvrir les us et
 coutumes qui decoulent de t'esprit et du charisme des fondateurs
 ainsi que de la mission propre a chaque communaute; des savoirs et
 des savoir-faire qui ont ete developpes et transmis de generation en
 generation dans chacune des institutions et qui se rapportent a la
 vie communautaire, a la vie religieuse, a la vie professionnelle
 ainsi qu'a l'artisanat pratique dans chacune des communautes
 (Bulletin de Mission patrimoine religieux, no 8, 2005 : 10).


De meme, Jean Simard, s'inspirant de la definition du patrimoine donnee en 2000 par le Groupe-conseil sur la politique du patrimoine culturel du Quebec preside par Roland Arpin, estime qu'est patrimoine tout ce qui est approprie collectivement pour sa valeur de temoignage et de memoire historique : << En font partie des objets materiels mais aussi des savoirs et des savoir-faire immateriels que detiennent des porteurs de traditions >> (Simard, Bergeron et Masse 2006). Il faut dire que ce sont ces savoir-faire et ces memoires specifiques qui representent les elements les plus menaces et les plus significatifs de ce patrimoine religieux avec la disparition prochaine de bon nombre de communautes religieuses. Lorsque disparaissent les personnes qui portent les traditions, le savoir et la memoire de ces choses, c'est-a-dire ce qui leur donne veritablement sens, ceux-ci sont perdus a tout jamais. Avec cette preoccupation a l'esprit, nous avons ouvert l'enquete a un nombre assez grand de possibilites pour eviter de passer a cote de traditions uniques. Plutot que d'imposer des choix << d'en haut >>, bases sur les seuls criteres d'esthetisme, d'anciennete ou d'exclusivite, nous avons invite les membres des communautes a choisir << par le bas >> les elements qui semblaient significatifs et valorisants pour elles.

Afin de s'assurer d'une certaine representativite, nous avons choisi des communautes quebecoises de differentes traditions religieuses. Elles ont ete selectionnees en fonction de leur anciennete, de la richesse de leur patrimoine, du caractere menace du groupe ou de l'institution, tout en respectant un equilibre dans la repartition confessionnelle, geographique et de genre (feminines/masculines).

En depit d'une decroissance marquee qui s'accelere dans les congregations catholiques, le nombre d'informateurs potentiels demeure assez eleve et le travail a accomplir est considerable. Il y a encore 4146 pretres, 1370 freres, 393 diacres permanents, 12 624 soeurs catholiques, repartis dans plus de 275 congregations religieuses catholiques, soit un total de quelque 18 500 religieuses et religieux au Quebec (30% appartenant a des communautes masculines, 70% a des communautes feminines). Pendant le projet pilote, environ 10% des congregations religieuses ont ete contactees. Nous avons pu identifier plus de 340 informateurs, ce qui represente environ 1,8% de la population totale. Selon les donnees fournies par MPR, une personne sur vingt, soit 5% des religieuses et religieux serait susceptible de livrer des informations pertinentes et de participer a l'inventaire. Il serait donc utile de mener des entrevues aupres d'environ 1050 informateurs (sur une population de 18 500 religieuses et religieux).

Pour le projet pilote, nous avons choisi deux congregations feminines fondatrices qui possedent un riche patrimoine immateriel : les Augustines et les Ursulines de Quebec. Etablies en Nouvelle-France en 1639, les missions educative des Ursulines et hospitaliere des Augustines ont perdure jusqu'a aujourd'hui sous des formes renouvelees. Nous avons rencontre les Augustines et avons convenu de travailler a partir du corpus des entrevues menees ces dernieres annees au monastere de l'Hotel-Dieu de Quebec. Pour leur part, les Ursulines souhaitaient utiliser les donnees recueillies lors du projet pilote afin de presenter une exposition sur la mission educative des Ursulines a Quebec en 2009. Les six informatrices representent bien la communaute ursuline au point de vue de l'age et des monasteres ou couvents frequentes. Quelques-unes ont ete pensionnaires chez les Ursulines et la plupart ont frequente l'ecole normale de Merici ou d'autres institutions des Ursulines. La moyenne d'age des informatrices est de 82 ans. Il faut noter que les Ursulines interviewees (soeurs de choeur et enseignantes) ont poursuivi des etudes universitaires et ce, souvent en meme temps qu'elles enseignaient. Elles ont occupe differentes fonctions dans le monastere. En prenant leur retraite de l'enseignement, les Ursulines ont toujours des responsabilites au sein de la communaute : quatre religieuses sont impliquees au Centre Marie-de-l'Incarnation et deux siegent au conseil d'administration du monastere.

Nous avons egalement sollicite les pretres de la Compagnie de Saint-Sulpice de Montreal, communaute fondatrice masculine, et ils ont accepte d'y participer sans hesitation. La Compagnie celebrait en 2007 le 350e anniversaire de l'arrivee des premiers pretres de Saint-Sulpice au Canada. Les commemorations ont permis de rappeler les taches essentielles de la Compagnie que sont l'evangelisation des Amerindiens, les responsabilites liees a son statut de proprietaire et seigneur de Montreal ainsi que son travail pastoral en paroisse (voir Deslandres, Dickinson et Hubert 2007). Bien que la formation des pretres constitue la mission principale de Saint-Sulpice, celle-ci ne sera effective qu'a partir du XIXe siecle, avec la fondation du Grand Seminaire de Montreal (1840). Certains sulpiciens s'occupent du ministere paroissial et de communautes religieuses en tant qu'aumoniers. Le role de Saint-Sulpice dans l'enseignement a tous les niveaux et dans le developpement culturel (Bibliotheque Saint-Sulpice) a perdure jusque dans la deuxieme moitie du XXe siecle. Huit sulpiciens et un laic ont ete interroges lors de l'enquete. Les informateurs ont entre 57 et 83 ans. Leurs experiences de vie religieuse sont tres diversifiees : seminaristes puis missionnaires, professeurs, cures de paroisse, aumoniers et archivistes. Selon les plus recentes donnees (septembre 2007), 108 sulpiciens appartiennent a la province canadienne de Saint-Sulpice dont 64 Canadiens, sept Japonais et 37 Colombiens. La province compte aussi dix candidats.

Il nous semblait important d'inclure dans notre projet pilote les paroisses catholiques qui continuent a jouer un role important dans la vie communautaire et religieuse. Il y a au Quebec, 1879 paroisses catholiques encore en activite. Les paroisses ont un riche patrimoine immateriel, les pratiques religieuses et culturelles y sont diversifiees et ancrees dans la tradition. Apres consultation, nous avons choisi la paroisse Saint-Charles-Borromee de Charlesbourg. Fondee en 1670, la paroisse possede un riche patrimoine immobilier et mobilier. Plusieurs traditions et coutumes religieuses ont ete maintenues et la vie paroissiale est dynamique. Par exemple, les paroissiens ont mis sur pied un comite pour sauvegarder et mettre en valeur leur patrimoine. La plupart des informateurs ont plus de 60 ans et frequentent l'Eglise Saint-Charles-Borromee sur une base reguliere. Toutes les personnes rencontrees sont impliquees dans la communaute et dans le maintien des traditions.

Les communautes protestantes, orthodoxes, juives ainsi que les traditions spirituelles amerindiennes font partie du paysage religieux depuis fort longtemps et leurs traditions sont toujours bien vivantes au Quebec. Le patrimoine de ces communautes demeure encore peu ou mal connu des Quebecois. Dans le cadre du projet pilote, nous avons mene des enquetes dans chacune de ces communautes. Elles ont ete choisies en fonction de leur anciennete, de leur patrimoine et de leur dynamisme.

Nous avons retenu la communaute anglicane de Quebec en raison de son anciennete et de sa richesse patrimoniale. La paroisse de Quebec fait partie du Diocese de Quebec appartenant a l'Eglise anglicane du Canada. La cathedrale Holy Trinity est egalement le siege de l'Archeveche anglican du Quebec. Les administrateurs de la cathedrale mettent en valeur leur patrimoine mobilier et immobilier. Le pasteur ainsi que les membres du comite du patrimoine de la cathedrale ont accepte de nous recevoir dans le cadre du projet pilote. Les membres de la communaute sont d'origines assez diverses: historiquement, la communaute etait constituee de Britanniques arrives apres la Conquete. La communaute est aujourd'hui composee essentiellement de nouveaux paroissiens, de tradition anglicane, presbyterienne ou autre, venus des iles britanniques, des provinces canadiennes ou des Etats-Unis a Quebec pour un emploi ou pour les etudes. On remarque tout recemment la presence de paroissiens d'origine francophone catholique, qui se sont integres a la communaute pour des raisons diverses, soit la presence d'activites pour les enfants ou tout simplement l'appreciation des membres de la paroisse. Au total, la communaute compte une centaine de foyers, ce qui correspond a environ 180 membres. De ces derniers, 60% sont des paroissiens reguliers. Meme si la plupart des membres sont bilingues et qu'on trouve des lectures bibliques en francais lors des services religieux, la langue commune a la communaute est l'anglais. La grande majorite des paroissiens ont entre 50 et 80 ans, mais on y compte aussi quelques plus jeunes familles.

Nous voulions aussi intervenir aupres des communautes protestantes francophones qui sont restees longtemps dans l'ombre dans un Quebec tres catholique. Notre choix s'est porte sur la paroisse de Sainte-Marie-de-Monnoir (Marieville). Le temple evangelique baptiste de Marieville fut le premier a etre erige exclusivement pour le service de Dieu au Canada francais. Sur les six informateurs rencontres, quatre vivent a Marieville et deux proviennent d'un village avoisinant Sainte-Madeleine. L'age des informateurs varie entre 40 et 85 ans. Deux informateurs provenaient de familles pionnieres du mouvement evangelique a Marieville. Les autres informateurs se sont convertis a la foi evangelique. Il reste peu de familles pionnieres qui frequentent encore aujourd'hui l'eglise de Marieville. La plupart des paroissiens habitent dans des villages de la region.

Des enquetes ont ete menees a la Spanish and Portuguese Synagogue et dans les differentes communautes qui la composent. Fondee en 1768, elle est la plus ancienne synagogue au Canada. Lors de sa fondation, la synagogue regroupait des communautes sepharades venues d'Angleterre. A la fin du XIXe siecle, les immigrants europeens ashkenazes l'ont investie et, depuis les annees 1970, les Irakiens, les Marocains et les Libanais, sepharades, se sont integres a la communaute. La synagogue est interessante a plusieurs points de vue : s'y cotoient une communaute sepharade composee de differentes communautes culturelles ainsi qu'une communaute ashkenaze plus ancienne d'Europe de l'Est. C'est une communaute dynamique et en perpetuel renouvellement. La mission de la synagogue Spanish and Portuguese est, selon le rabbin Joseph, de maintenir l'orthodoxie juive moderne a Montreal. Les informateurs de la communaute juive ont ete choisis afin d'assurer une bonne representativite des differentes communautes qui la composent: les descendants de familles fondatrices et les representants des sous-communautes arrives plus recemment.

Pour ce qui est des orthodoxes, nous avons retenu la cathedrale et la paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul appartenant a l'Eglise orthodoxe russe d'Amerique dont les origines remontent a l'Eglise orthodoxe russe d'Alaska fondee en 1794 par le saint Synode de l'Eglise russe. La paroisse Saint-Pierre et Saint-Paul, fondee en 1907, est reconnue comme la plus ancienne paroisse orthodoxe au Quebec. Nous avons egalement enquete dans la communaute orthodoxe de Rawdon, rattachee a la paroisse montrealaise. Etablie depuis la Deuxieme Guerre mondiale, cette communaute temoigne de l'apparition et du developpement de la communaute russe au Quebec. La religion dans la communaute represente un cadre de mise en valeur et de preservation de l'identite culturelle et sociale russe. Contrairement a la cathedrale de Montreal, Rawdon represente une urgence du point de vue de la sauvegarde patrimoniale. Peu de documents et peu de survivants peuvent raconter l'evolution de la communaute et parler de la tradition et des coutumes religieuses orthodoxes. L'enqueteur a rencontre des membres du clerge orthodoxe, le cure et le recteur, des moines, des sous-diacres ainsi que des membres du conseil d'administration des deux paroisses. Les membres de la communaute qui composent les paroisses sont de differentes communautes culturelles (russe, roumaine, ukrainienne et canadienne) et ont plus de cinquante ans.

Pour faciliter le travail de terrain, nous avons recrute un ethnologue innu pour mener les entrevues dans les communautes innues d'Uashat et de Maniutenam, situees pres de la ville de Sept-Iles. Le travail d'enquetes dans ces communautes est long et parfois difficile compte tenu de la barriere linguistique et de la mefiance des Amerindiens a parler de leur patrimoine a des non-autochtones. Dans les communautes amerindiennes, on assiste depuis quelques annees au renouveau de la spiritualite autochtone, mais aucune structure organisationnelle ne regroupe les personnes qui pratiquent les rituels traditionnels innus. Selon l'ethnologue, il est urgent de poursuivre les enquetes et de filmer les entrevues afin de pouvoir conserver ce patrimoine qui est peu documente et qui tombe dans l'oubli, faute de moyens financiers et de personnes competentes pour recueillir les recits et les pratiques de la spiritualite traditionnelle. Les aines disparaissent et la jeune generation est peu sensibilisee a la culture traditionnelle et plus ou moins motivee a prendre la releve. Tous les informateurs rencontres sont des Innus, a l'exception du cure de la paroisse catholique de Betsiamites et de deux religieuses qui ont enseigne dans les reserves, des temoins precieux des pratiques catholiques encore repandues et des syncretismes religieux.

Une lettre d'invitation a participer au projet pilote de l'inventaire du patrimoine immateriel religieux a ete envoyee aux communautes choisies. Par la suite, nous avons sollicite une rencontre avec les responsables de la communaute afin de presenter en detail le projet. Lors de la rencontre, le responsable de la communaute designait une personne ressource qui serait notre guide dans la communaute. Ces premiers contacts nous ont permis d'associer les membres des communautes au projet et d'etablir un climat de confiance.

Nous avons opte pour une approche qui privilegie la cueillette des donnees par le biais de recits oraux et du film ethnographique, soit par la voix et l'image. L'enquete par le recit represente une forme d'entrevue semi-dirigee qui offre l'avantage de laisser l'informateur parler librement et facilement de ce qu'il sait et de ce qu'il a vecu. Nous inspirant de l'approche bien connue et repandue des recits de vie (7), nous avons voulu l'etendre aux objets, aux lieux et aux pratiques. Il s'agit tout simplement de demander a l'informateur de parler d'objets, de lieux et de pratiques : leur histoire, leur signification et leur valeur patrimoniale. En plus d'evoquer le patrimoine en parlant de leurs experiences concretes, les recits permettent de faire le lien entre le patrimoine immateriel et materiel. En effet, il est plus facile pour les informateurs de parler du patrimoine a partir du recit d'un objet concret, d'un lieu precis, d'une pratique significative ou de leur vie. Ces objets, ces lieux servent de soutien et de stimuli a la memoire, facilitant le rappel du passe et le sens donne aux biens patrimoniaux. Le recit facilite le va-et-vient entre le sens et la chose, entre l'immateriel et le materiel, et la conception meme du patrimoine.

Nous avons defini les quatre categories de recits de la facon suivante :

1. Les recits de lieux portent sur l'usage et le sens des espaces les plus significatifs dans chacune des communautes, les hauts lieux de l'habitat (chapelle, sacristie, jardin, grotte, refectoire, salle d'enseignement, cimetiere, presbytere, synagogue, lieu de culte, espace communautaire) ;

2. Les recits d'objets renvoient aux objets materiels ayant une forte valeur symbolique et identitaire, et juges les plus significatifs pour les communautes sur le plan patrimonial (objet religieux, vetement liturgique, habit traditionnel, mobilier traditionnel, mobilier de cuisine, etc.) ;

3. Les recits de vie visent a documenter des vies ou des episodes de vie de membres de la communaute renfermant un caractere exceptionnel et donc une valeur patrimoniale (missionnaire, artiste, artisan, enseignant, etc.) ;

4. Les recits de pratiques cultuelles et culturelles regroupent les devotions particulieres, les coutumes funeraires, les pratiques liturgiques significatives, les pratiques professionnelles marquantes, les savoir-faire uniques ayant une valeur a la fois pragmatique et symbolique dans la communaute (la statuaire, la broderie, la dentellerie, la dorure, le tressage, la fabrication d'objets religieux, la fabrication de produits alimentaires, etc.).

Les categories choisies pour inventorier le patrimoine immateriel religieux se sont averees pertinentes. Toutes les donnees recueillies lors des entrevues ont ete traitees sans difficulte dans l'une ou l'autre des categories. Trois fiches d'inventaire ont ete redigees : une fiche contenant les recits de lieux, d'objets, de pratiques, une autre sur la communaute et une derniere sur les recits de vie. Chacune des fiches comprend des donnees nominatives (nom, adresse de l'informateur, role dans la communaute, etc.), des donnees sur le recit (description generale, description historique, apprentissage, transmission, etc.) et des donnees techniques d'inventaire (nom de l'enqueteur, indexeur, documents audio et video, date des entrevues et du traitement, etc.). Dans le cas d'un chevauchement de plusieurs types de recits dans la meme entrevue, les enqueteurs ont redige des fiches d'inventaire pour chacun des recits. Lorsque differents informateurs ont aborde le meme sujet, une fiche individuelle a ete completee. Des le depart, nous avons privilegie une approche methodologique permettant d'aller au-dela de la simple description; nous voulions rendre compte du vecu du patrimoine au sein de la communaute. Nous avons filme autant que possible les entrevues, surtout d'objets, de lieux et de pratiques, afin de pouvoir lier la parole a l'image, le discours a l'objet, puis d'illustrer concretement et de maniere vivante les choses. Les fiches d'inventaire ont ete creees en format Excel afin de faciliter le transfert automatique de l'information dans une banque de donnees informatisee, accessible sur le Web.

Survol des resultats recueillis

Les recits recueillis sont tres diversifies et couvrent bien les differents aspects du patrimoine immateriel religieux. Par exemple, parmi les recits de lieux, nous avons repertorie les pratiques liees a la tente a sudation, rituel de purification chez les Innus et la soukka de la communaute juive, symbole de la fragilite de la vie. Parmi les recits d'objets, nous avons recueilli des temoignages sur la relique de saint Seraphim de Sarov, reconnu pour soulager les malades et sur la fabrication et la symbolique du cercueil en bois chez les Juifs. Les recits de vie temoignent de la mission des communautes : nous avons rencontre un missionnaire catholique ayant preche au Japon pendant 50 ans et celui d'une religieuse ayant enseigne pendant 40 ans. Les recits de pratiques sont les plus nombreux, de la ceremonie de veture chez les Ursulines en passant par le bar mitzvah chez les Juifs et les vepres orthodoxes.

Dans un recit de lieu portant sur le corridor de pierre chez les Ursulines, notre informatrice nous raconte pourquoi et comment ce corridor est devenu un lieu de memoire pour la communaute. En deambulant dans le corridor, elle s'attarde aux details d'une fenetre, nous parle des dedicaces aux portes et des taches quotidiennes au monastere, nous raconte le bombardement de Quebec et nous montre l'endroit ou Murray avait installe son quartier general :
 Le corridor de pierre c'est un re-souvenir de toute l'histoire ...
 l'histoire a une epaisseur chez les Ursulines, quand on marche dans
 le corridor de pierre, on a l'impression de vivre ce que nos meres
 ont vecu, les difficultes de construction, les faits historiques, et
 le fait qu'on travaillait dans ces endroits, ca nous les rendait
 coutumiers. Ces endroits vivaient avec nous et nous vivions avec les
 endroits.


Dans un autre recit de lieu, notre informateur innu nous explique comment son pere lui a transmis ses savoirs et savoir-faire et nous parle de son experience :
 La premiere fois que j'ai fait une tente a suer j'avais peur et je
 ne voulais pas penetrer a l'interieur ... la premiere fois que j'ai
 penetre dans une tente a suer, j'ai eu de bonnes sensations, ce que
 j'ai ressenti m'a fait beaucoup de bien et j'etais fier de
 participer au rituel. Je vais vous raconter une histoire vecue par
 mon grand-pere : il etait dans la tente avec une autre personne. Il
 a demande a la personne de sortir. Il se trouvait seul, la personne
 a l'exterieur a entendu mon grand-pere parler avec quelqu'un et au
 meme moment la tente s'est mise a bouger. Moi-meme j'ai vu une tente
 bouger.


Dans les paroisses, nous avons recense des pratiques qui, sans etre directement liees au culte, sont etroitement associees a la vie communautaire. Les sonneurs de cloches de la cathedrale anglicane Holy Trinity de Quebec exercent leur art pour le plaisir mais egalement pour marquer les temps religieux. Cette pratique, remontant au Moyen Age, regroupe une dizaine de personnes, hommes et femmes, qui s'entrainent pendant des semaines, voire des mois, pour apprendre a sonner de concert ces cloches renversees qui offrent au sonneur une grande precision d'execution. Une fois bien synchronises, ces sonneurs peuvent produire l'effet d'une veritable symphonie destinee a annoncer des messes, des mariages, des funerailles et d'autres moments forts de la vie religieuse.

A la synagogue, nous avons recueilli, entre autres, des recits sur les rites funeraires. Nos informateurs nous ont explique le sens et la valeur des objets, des pratiques et des lieux lors des funerailles : selon la tradition, le cercueil (recit d'objet) doit etre simple puisque << les hommes sont tous egaux devant la mort >>. Il ne comporte aucune piece de metal et est fabrique de matieres naturelles biodegradables, afin que le corps redevienne rapidement poussiere puisque << nous devons retourner a la terre d'ou nous venons >>. Un de nos informateurs nous raconte comment son pere lui a transmis les pratiques concernant la preparation du corps du defunt (recit de pratique). Il nous montre le bain rituel (mikveh) et explique les etapes avant la mise en biere. Enveloppe simplement dans un linceul, les yeux et la bouche enduits de la terre d'Israel, le corps du defunt est veille jusqu'a l'enterrement au cimetiere (recit de lieu).

Le pere de la paroisse orthodoxe russe nous montre comment s'effectue le transport des saintes especes et des reliques (recit de pratique), et nous explique la signification des gestes rituels et la symbolique des vetements sacerdotaux.

Toutes ces prestations font l'objet de << docu-clips >>. Les objets, les lieux et les pratiques sont ainsi mis en contexte et leur valeur patrimoniale revelee.

Au total, 152 fiches ont ete completees a partir des donnees recueillies. (8) Le type de recits inventories par categorie (figures 1 et 2) represente bien le caractere varie de l'etat et de la nature du patrimoine de chaque regroupement religieux. Dans les communautes protestantes, il y a peu d'objets sacres dans la mesure ou le protestantisme decourage le culte des objets materiels. Cependant les pratiques cultuelles et culturelles sont abondantes. On fait le meme constat pour les communautes autochtones. Chez les sulpiciens, les membres de la communaute sont ages, la releve peu nombreuse et plusieurs pratiques ont disparu. En revanche, le patrimoine mobilier et immobilier est tres important. A la synagogue, nous avons recueilli un grand nombre de recits de vie, car la communaute tend a mettre en lumiere la diversite culturelle des membres de la synagogue. Pres de 50% des recits repertories sont des recits de pratiques, ce qui exprime le caractere significatif du patrimoine immateriel dans les communautes (figure 3). Cependant, il est probable que, lors de l'inventaire national, principalement dans les congregations catholiques, la repartition des categories de recits soit plus diversifiee. D'une part, parce que plusieurs pratiques commencent a disparaitre, d'autre part parce que les patrimoines immobilier (recits de lieux et de batiments) et mobilier (recits d'objets) sont importants. Nous avons egalement ete surpris par la faible representation des recits de vie au sein de l'inventaire. Compte tenu du fait que les membres des congregations sont vieillissants, nous pensions que cet etat se refleterait dans une surrepresentation des recits de vie. C'est le contraire qui s'est produit. Comment l'expliquer? Sans doute par le fait que la plupart des religions pronent l'effacement de la personne devant la mission de la communaute. Les informateurs tendent ainsi a mettre de l'avant les accomplissements de la mission par les rituels, l'architecture et les oeuvres artistiques et artisanales, plutot que par les personnes elles-memes qui ont parfois du mal a se concevoir comme patrimoine. C'est la figure du martyr qui est valorisee et donc la figure de l'anti-heros par excellence. Il faut dire aussi que nous avions demande aux enqueteurs de ne retenir que les recits qui avaient une signification importante pour la communaute et qui permettaient de comprendre sa mission: recits de vie de missionnaire, d'enseignante, de cure, de membres de familles fondatrices. Cette exigence a peutetre dissuade certains informateurs qui ne consideraient pas leur vie comme faisant partie du patrimoine de la communaute. Les donnees recueillies aupres des 76 informateurs rencontres ont genere 133 fiches (excluant les recits des Augustines), soit 1,75 fiche par informateur. En effet, un informateur peut nous renseigner sur plusieurs sujets. Par exemple, le pere Melnyk de la communaute orthodoxe russe a ete l'informateur principal pour la plupart des pratiques cultuelles de son eglise. Mais, il arrive parfois qu'il soit necessaire de mobiliser plusieurs informateurs pour obtenir de l'information sur un sujet.

Il va sans dire que le traitement des donnees est une etape cruciale de l'inventaire. Il determine la qualite de l'information qui sera diffusee sur le Web : la classification des recits, la richesse et la pertinence de la description textuelle, la qualite des images et du son sont autant d'elements qui rendront les donnees faciles d'acces et faciliteront la comprehension du phenomene religieux. C'est un travail qui doit se faire avec minutie et qui necessite une bonne formation. C'est pour cette raison que nous avons offert deux semaines de formation intensive aux enqueteurs afin de leur donner les connaissances requises dans differents domaines: le patrimoine religieux, l'enquete ethnologique en milieu religieux, les systemes de classification, le film ethnographique, la numerisation des donnees, la recherche-action et la mise en ligne des informations.

La mise en place d'un systeme de classification : la grille de Jean Du Berger

La mise en place d'un systeme de classification logique et coherent qui regularise le lexique utilise a ete un des problemes majeurs auquel nous avons ete confrontes. Contrairement a la culture materielle qui beneficie de systemes de classification, comme celui de Chenhall largement employe en Amerique du Nord (Chenhall 1978 ; Blackaby 1988), il n'existe pas d'equivalent pour la culture immaterielle en raison du developpement recent de ce champ de connaissances. D'habitude, chaque auteur developpe son propre systeme rudimentaire base sur ses propres experiences regionales et nationales. Il en resulte une grande variete de typologies et une plethore de definitions aux mots utilises pour designer les differents elements du patrimoine immateriel, ce qui cree une grande confusion terminologique. Pour y remedier, nous avons repris et adapte la grille de pratiques culturelles de Jean Du Berger (1997). Professeur d'ethnologie a l'Universite Laval, il l'avait developpee comme un outil d'analyse du fonctionnement culturel. Il n'en demeure pas moins qu'elle s'avere etre aussi un outil de classification tres efficace car cette grille relationnelle evoque les rapports entre les differentes pratiques culturelles et demontre leur organisation et leur fonctionnement en societe. En plus de contribuer a fixer le sens des mots, elle fournit une arborescence operatoire pour le patrimoine immateriel et nous permet de structurer la base de donnees dans un tout coherent. La grille est divisee en trois champs : le champ coutumier, le champ pragmatique et le champ symbolique et expressif. Ces champs forment un reseau, le champ coutumier incluant pour ainsi dire les autres champs puisque la coutume est le fondement de notre vivre en societe, de nos comportements.

Dans la grille de pratiques culturelles, les objets et les pratiques y sont interconnectes. Par exemple, les objets de devotion pourront etre consideres sous l'aspect de leur fabrication (champ pragmatique) ou de leur utilisation dans un rituel (champs symbolique et expressif). Ainsi les categories ne sont pas exclusives et les champs interactifs, ce qui represente un avantage dans un inventaire informatise sur le patrimoine immateriel religieux dans la mesure ou notre definition du patrimoine immateriel se veut inclusive et interrelationnelle. Certaines pratiques, par exemple celles des associations caritatives laiques (champ coutumier), ont souvent un lien etroit avec des communautes religieuses et avec le religieux (champ symbolique). S'il ne s'agit pas veritablement de pratiques ethiques au sens strict, elles sont neanmoins inspirees d'une representation du monde et d'un systeme de croyances.

Les pratiques ethiques font partie du champ symbolique et expressif. Ce champ comprend les pratiques ludiques et esthetiques, les pratiques langagieres et les pratiques ethnoscientifiques. Selon Du Berger, les pratiques ethiques (figure 4) ont pour objet << la comprehension et l'explication des phenomenes qui depassent le domaine naturel par des systemes de croyance, l'encadrement des rapports de l'homme avec ces phenomenes dans une organisation religieuse et un culte, leur controle par l'homme grace a des pratiques rituelles, la regulation des conduites humaines en fonction de ces phenomenes par un ensemble de prescriptions et d'interdits >> (1997: 37). Si la grille offre flexibilite et souplesse dans le classement des pratiques, la classification appropriee pour chacun des recits demande reflexion et une bonne comprehension de la typologie.

La reflexion sur le classement des recits s'est faite tout au long du processus de traitement de l'information pendant et apres le terrain. Puisque nous n'avions pas de cas concrets a traiter au debut du projet pilote, l'experience du terrain a servi de banc d'essai et fut l'occasion de tester l'operabilite du systeme de classement. Dans l'ensemble, celuici a bien repondu aux attentes, hormis quelques ajustements. Afin d'assurer une certaine rigueur et un classement uniforme des donnees pour le meme type de recits, nous avons toujours veille a classer le recit en fonction de l'information recueillie lors de l'entrevue, c'est-a-dire de respecter scrupuleusement la parole et le geste de l'informateur. Il s'agit de bien noter si l'informateur evoque les modes de fabrication de l'objet, ou son utilisation sociale dans un rituel par exemple, ou sa valeur esthetique ou les trois a la fois, et de decider ensuite s'il n'y a pas un aspect dominant pour classer comme pratique technique, ethique ou esthetique. Lorsqu'un informateur etait a meme de produire plusieurs types de recits, nous l'avons incite a les distinguer et a les separer afin de pourvoir mieux les enregistrer et les consigner dans des fiches differentes.

La grande majorite des recits recenses s'inscrit dans le champ des pratiques ethiques, ce qui n'est pas surprenant dans la mesure ou il s'agit de patrimoine religieux. Il n'en demeure pas moins que 28% des recits n'ont pas un caractere ethique dominant. Bien qu'ils baignent dans un contexte religieux, ils figurent davantage dans le champ des pratiques coutumieres, vestimentaires et techniques (figure 5).

Nous avons reussi sans difficulte a classer les recits dans les cinq premiers niveaux (sur un total de six) de la grille Du Berger et cela pour les differentes religions retenues. L'exercice a confirme le caractere universel du systeme de classification a partir de la grille Du Berger. Par exemple, pour le recit de la ceremonie de veture chez les Ursulines, on peut se rendre jusqu'au cinquieme niveau dans le champ des pratiques ethiques:
900 000 Pratique ethique (niveau 1)

920 000 Organisation religieuse (niveau 2)

922 000 Personnel religieux (niveau 3)

922 200 Religieux et religieuse (niveau 4)

922 250 Voeux (niveau 5)


Il en va de meme pour Vercenia, les vepres chez les orthodoxes :
900 000 Pratique ethique (niveau 1)

930 000 Pratique religieuse (niveau 2)

931 000 Culte (niveau 3)

931 100 Ceremonie (niveau 4)

931 110 Vepres (niveau 5)


Parfois, on obtient au quatrieme niveau une identification suffisamment precise de la pratique. La procession de la Fete-Dieu chez les Ursulines de Quebec en est un bon exemple:
900 000 Pratique ethique (niveau 1)

930 000 Pratique religieuse (niveau 2)

931 000 Culte (niveau 3)

931 600 Procession (niveau 4)


Dans certains cas, on peut se rendre jusqu'au sixieme et dernier niveau de la grille Du Berger, comme dans les cas de la vie d'une hospitaliere chez les Augustines ou d'un pretre orthodoxe, qui nous permet d'atteindre l'oeuvre de la personne:
900 000 Pratiques ethiques (niveau 1)

920 000 Organisation religieuse (niveau 2)

922 000 Personnel religieux (niveau 3)

922 200 Religieux et religieuse (niveau 4)

922 260 Forme d'action (niveau 5)

922 262 OEuvre (niveau 6)


Bien sur, le libelle du recit nous renseigne sur la nature de l'information. Si on adopte le classement a quatre niveaux pour l'arborescence du site Web, on atteint un degre de precision satisfaisant pour faire des recherches tres fines. Pres de 95% des recits peuvent etre classes dans les quatre premiers niveaux de la grille. Neanmoins, il y aurait lieu de faire des ajustements a la grille afin de ne pas denaturer les rites non chretiens. Il serait donc pertinent de modifier l'appellation de certains niveaux pour permettre le classement des pratiques d'autres confessions (par exemple, << cure, rabbin, chef spirituel >>). Il s'agirait en quelque sorte de << de-catholiciser >> la grille en utilisant des termes plus neutres et en y faisant au besoin certains ajouts.

La recherche-action : un outil de valorisation du patrimoine immateriel religieux

Pour favoriser la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine religieux, nous avons incorpore dans la demarche un volet recherche-action, toujours dans le but de ne pas se limiter a la simple conservation de ce patrimoine et d'encourager sa communication. Les interventions effectuees sur le terrain visent a accroitre la diffusion et la mise en valeur educative et culturelle des ressources ethnologiques identifiees. Cette approche vise des retombees immediates au cours de la recherche de terrain a l'interieur et hors de la communaute. Il ne s'agit pas de faire oeuvre d'evangelisation, ni de pratiquer de la pastorale, mais plutot de presenter les pratiques cultuelles dans une perspective culturelle et d'assurer un retour de ces pratiques devenues patrimoine dans la communaute et la societe elargie.

La valorisation se fait en trois temps. D'une part, directement sur le terrain, lors de la cueillette des donnees, par la publication d'articles dans les journaux, la participation a des emissions de radio et de television, l'organisation d'expositions temporaires et des conferences publiques. Les enqueteurs consacrent entre le quart et le tiers de leur temps de terrain a des projets de mise en valeur elabores en collaboration avec les membres des groupes religieux. Les activites culturelles peuvent prendre plusieurs formes et se deroulent a differents moments du terrain selon les besoins et les attentes de la communaute. Les donnees recueillies sont tout d'abord deposees aux archives des communautes pour utilisation ulterieure. Pendant le terrain, les enqueteurs peuvent etre amenes a participer a des activites deja prevues dans la communaute. Dans la paroisse orthodoxe de Saint-Pierre et Saint-Paul, l'ethnologue a participe au montage d'une exposition sur le centieme anniversaire de la fondation de la paroisse. A la demande du conseil d'administration de l'eglise baptiste de Marieville, l'enqueteur a numerise les photographies remises par les paroissiens lors d'une cueillette speciale dans la paroisse. Des entrevues ont ete accordees aux journalistes pour des revues (par exemple, la revue Notre-Dame-du-Cap), des journaux (Le Devoir, le journal autochtone Innuvelle) ou des emissions radiophoniques (par exemple, a la radio CKAU de Mani-Utenam). Les temoignages recueillis aupres des Ursulines (enregistrements audio et video) ont ete utilises dans le cadre d'une exposition sur la mission educative des Ursulines. A la synagogue Spanish and Portuguese de Montreal, l'enqueteur a fait une presentation des resultats de la recherche en Powerpoint aux membres de la communaute.

L'accessibilite sur un site Web represente le deuxieme temps de la valorisation. La presentation des recits les plus remarquables sur plusieurs supports--textuels, iconographiques et audiovisuels--permet a chaque communaute de presenter ses traditions et de mieux exploiter son potentiel culturel. En plus d'aider directement les communautes dans l'identification de leur riche patrimoine immateriel, la mise en ligne des recits des communautes contribue a une meilleure connaissance des traditions reiigieuses qui ont faconne le Quebec. L'Interner permet de multiplier les differentes formes de mise en valeur de cette riche base de donnees multimedias: par la fabrication de sites Web thematiques ou pour chaque communaute, le montage de presentations multimedias sur des questions precises, la preparation de materiel promotionnel pour le tourisme et l'elaboration de programmes de formation. Actuellement en cours de construction, le site Web du projet pourrait devenir un outil pedagogique dans le cadre du programme d'ethique et de culture religieuse du ministere de l'Education, du Loisir et du Sport. Ce nouveau programme est instaure dans les ecoles primaires et secondaires depuis 2008. Le programme adopte une approche culturelle du phenomene religieux: il permet de poser un regard sur le patrimoine religieux du Quebec dans toutes ses dimensions (immobilier, mobilier et immateriel). L'accent est mis sur les traditions religieuses qui ont marque le Quebec (catholicisme, protestantisme, judaisme et spiritualite autochtone), mais s'interessera egalement aux traditions religieuses anciennes (bouddhisme, islamisme, hindouisme, etc.) implantees plus recemment sur le territoire.

La diffusion scientifique constitue le troisieme moyen de valorisation. L'inventaire represente un important corpus de donnees inedites dans lequel les etudiants et les professeurs peuvent puiser pour preparer des conferences, des seminaires, des memoires de maitrise, des theses de doctorat, des articles scientifiques et des livres savants. Bien que plus restreinte, la diffusion scientifique permet de faire connaitre le patrimoine immateriel du Quebec dans le milieu des specialistes, tant a l'echelle nationale qu'internationale.

Conclusion

Le projet pilote nous a permis de raffiner nos approches et de parvenir a des resultats concluants. Nous avons developpe des pratiques d'inventorisation qui, a l'aide des nouvelles technologies de l'information et de la communication, nous donnent la possibilite de creer une base de donnees multimedia numerique pour a la fois conserver et communiquer efficacement ce patrimoine immateriel religieux. La cueillette et la saisie par 1e biais de technologies audiovisuelles numeriques des recits de lieux, d'objets, de pratiques et de vie permettent de capter les divers aspects de ce patrimoine, de le rendre plus visible et palpable, de bien contextualiser ses usages sociaux et d'integrer ses dimensions materielles et immaterielles. Grace a la grille des pratiques culturelles de Jean Du Berger, nous avons elabore un systeme de classement du patrimoine immateriel religieux qui est operatoire dans toutes les religions, du moins parmi celles que nous avons etudiees. Cette premiere grille de classification pourrait etre etendue a l'ensemble du patrimoine immateriel et utilisee dans d'autres cultures et dans d'autres pays. Son caractere universel en fait un cadre de classement tres souple, polyvalent, efficace et exportable. Le projet pilote nous a egalement donne l'occasion de developper une approche participative destinee a mettre en valeur ce patrimoine directement sur le terrain par des actions culturelles diverses: des sites Web, des expositions museales, la production de DVD multimedia, des modules pedagogiques et des publications d'ordre scientifique. C'est par la communication des pratiques cultuelles et culturelles patrimonialisees que l'on parviendra a conserver et a mettre en valeur ce riche chapitre du passe quebecois. Une fois numerise, le patrimoine immateriel religieux s'offre a des adaptations et a des applications diverses, a des appropriations et a des reappropriations par de nombreux acteurs sociaux. La base de donnees virtuelle devient elle-meme un engin d'hybridation et de creation sans limites.

Nous envisageons enfin, avec la Direction du patrimoine et de la museologie du MCCCF, d'integrer cette base de donnees sur le patrimoine immateriel religieux du Quebec a la banque de donnees ministerielle qui recele deja une grande quantite d'informations sur le patrimoine immobilier (batiments et sites) et mobilier (meubles, oeuvres d'art, vetements, artefacts) religieux. L'internaute aura alors la possibilite de cliquer sur une fiche d'inventaire d'une eglise classee et d'y trouver des informations sur l'architecture et egalement sur tous les biens patrimoniaux mobiliers et immateriels associes, contenant des fiches descriptives des principales oeuvres artistiques et artisanales accompagnees de photos, d'images en 3D, et d'enregistrements audiovisuels. Par un simple clic, l'internaute accedera aux recits de lieux, d'objets, de pratiques et de vie. Cette banque de donnees offrira une vision complete et integree du patrimoine. Connue sous l'acronyme PIMIQ (Patrimoine immobilier, mobilier et immateriel du Quebec), elle representera, a notre connaissance, la premiere banque de donnees informatisees du genre au monde.

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(1.) Voir http://www.patrimoine-religieux.qc.ca/fr/organisme/ historique.php (4 septembre 2008)

(2.) Meme lors d'un feu ou d'une catastrophe naturelle, il reste toujours des structures du batiment ou des plans ou encore des photographies qui permettent de le reconstruire.

(3.) Les actes du colloque ont ete publies l'annee suivante dans Turgeon 2005.

(4.) Voir Assemblee nationale du Quebec 2006.

(5.) La Chaire a developpe un inventaire multimedia numerise du patrimoine immateriel du Quebec depuis 2004, disponible sur le Web, connu sous l'acronyme IREPI (www.patrimoine-immateriel.ulaval.ca).

(6.) Pour plus d'informations sur ce projet pilote, voir Laurier Turgeon et Louise Saint-Pierre 2008.

(7.) Voir D. Bertaux, 1996; P. Brun, 2001; le Reseau quebecois pour la pratique des histoires de vie (www.rqphv.org); et C. Dornier et R. Dulong, 2005.

(8.) Les enquetes ont permis de rencontrer 76 informateurs, mener 83 entrevues, prendre 1 946 photos, enregistrer 82 heures de materiel audio et 61 heures de video. A partir de ces donnees, nous avons realise 134 fiches descriptives, 96 extraits audio et 76 extraits video pour les 8 communautes retenues. Les extraits audiovisuels durent entre deux et six minutes. Ces chiffres excluent les Augustines ou le travail a ete fait a partir des enquetes menees precedemment par Diane Audy 2004.

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Laurier Turgeon

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique, Universite Laval

Louise Saint-Pierre

Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique Le ministere de la Culture des Communications et de la Condition feminine

Laurier Turgeon holds a Canada Research Chair in Cultural Heritage and is professor of history and ethnology, and director of the Institute for Cultural Heritage at Lavai University, Quebec. He has held fellowships and visiting professorships in various North American and European universities. In much of his recent work, he has studied the relationship between tangible and intangible cultural heritage, and the transmission and construction of heritage through intercultural contacts in colonial as well as postcolonial contexts. His book entitled : Patrimoines metisses : Contextes Coloniaux et Postcoloniaux, Lavai University Press, 2003, was awarded the Luc Lacourciere Prize in 2004 for the best book published on the history and ethnology of French North America. His most recent book, published with Octave Debary, Objets et memoires, Editions de la Maison des sciences de l'homme (Paris), 2003, deals with the ways material objects construct memory and, conversely, with the way memory constructs objects. He has also published more than 60 peer-reviewed articles and book chapters, and has edited several books. Laurier.Turgeon@hst.ulaval.ca

Laurier Turgeon est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Patrimoine culturel et enseigne l'histoire et l'ethnologie a l'Universite Lavai a Quebec ou il est egalement directeur de l'Institut du Patrimoine culturel, li a obtenu plusieurs postes d'enseignement et de recherche, et des postes de professeur invite dans diverses universites en Amerique du nord et en Europe. Ses travaux recents ont porte sur la relation entre le patrimoine materiel et immateriel, et sur la transmission et la construction du patrimoine au travers des contacts interculturels dans les contextes coloniaux et postcoloniaux. Son ouvrage intitule Patrimoines metisses. Contextes Coloniaux et Postcoloniaux, Presses de l'Universite Lavai, 2003, a remporte en 2004 le prix Luc Lacourciere du meilleur livre publie sur l'histoire et l'ethnologie de l'Amerique francaise. Son livre le plus recent, publie avec Octave Debary, Objets et memoires, Paris, Editions de la Maison des sciences de l'homme (Paris), 2003, traite des facons dont les objets materiels construisent la memoire et celles dont la memoire construit a son tour l'objet. I1 a egalement publie plus de 60 articles scientifiques, plusieurs chapitres de livre et dirige plusieurs ouvrages. Laurier.Turgeon@hst.ulaval.ca

Louise Saint Pierre is a professional researcher. She is the coordinator of the Inventory of religious intangible heritage of Quebec and an active member of the Canada Research Chair in Cultural Heritage. She also works at the Department of Culture, Communications and the Status of Women of Quebec. Louise.St-Pierre.l@ulaval.ca

Louise Saint-Pierre est professionnelle de recherche. Elle est coordonnatrice de l'inventaire du patrimoine immateriel religieux du Quebec, membre actif de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique et travaille egalement au ministere de la Culture, des Communications et de la Condition feminine du Quebec. Louise.St-Pierre.l@ulaval.ca
Figure 1. Categories de recits par communaute.

Communautes Pratiques Recits Recits
 d'objets de lieux
 Cultuelles Culturelles

Augustines de 4 10 3 1
l'Hotel-Dieu
Ursulines 5 5 1 4
de Quebec
Sulpiciens 4 4 7 3
de Montreal
Holy Trinity 8 6 2 2
de Quebec
Synagogue
Spanish and
Portuguese 6 3 5 2
de Montreal
Saint-Charles 2 2 3 2
-Borromee de
Charlesbourg
Eglise evange- 2 3 1 1
lique baptiste
de Marieville
Innus de la 2 2 1 2
Cote-Nord
Sobor des 4 2 6 6
saints Pierre
et Paul

TOTAL 37 37 29 23

Communautes Recits Total
 de vie

Augustines de 1 19
l'Hotel-Dieu
Ursulines 2 17
de Quebec
Sulpiciens 4 22
de Montreal
Holy Trinity 2 20
de Quebec
Synagogue
Spanish and
Portuguese 8 24
de Montreal
Saint-Charles 0 9
-Borromee de
Charlesbourg
Eglise evange- 1 8
lique baptiste
de Marieville
Innus de la 0 7
Cote-Nord
Sobor des 8 Z6
saints Pierre
et Paul

TOTAL 26 152

Figure 2. Categories de recits par communaute, en pourcentage.

Communautes Pratiques % Recits Recits
 d'objets % de lieux %
 Cultuelles Culturelles

Augustines de
l'Hotel-Dieu 21 53 16 5
Ursulines
de Quebec 29 30 6 23
Sulpiciens
de Montreal 18 18 32 14
Holy Trinity
de Quebec 40 30 10 10
Synagogue
Spanish and
Portuguese
de Montreal 25 12 21 8
Saint-Charles
-Borromee de
Charlesbourg 22 22 33 22
Eglise evange-
lique baptiste
de Marieville 25 37.5 12.5 12.5
Innus de la
Cote-Nord 29 29 13 29
Sobor des
saints Pierre
et Paul 15 8 23 23

Communautes Recits Total
 de vie

Augustines de 5 100
l'Hotel-Dieu
Ursulines 12 100
de Quebec
Sulpiciens 18 100
de Montreal
Holy Trinity 10 100
de Quebec
Synagogue 34 100
Spanish and
Portuguese
de Montreal
Saint-Charles 0 100
-Borromee de
Charlesbourg
Eglise evange- 12.5 100
lique baptiste
de Marieville 0 100
Innus de la
Cote-Nord
Sobor des 31 100
saints Pierre
et Paul

Figure 3. Recits inventories, en pourcentage.

RECITS
 %

Pratiques cultuelles 24 48
Pratiques culturelles 24
Objets 19
Lieux 15
Vie 19

Figure 4. Arborescence du champ des pratiques ethiques.

900000 PRATIQUES ETHIQUES

910000 SYSTEME DE CROYANCES

911000 Phenomene naturel et vision du monde

912000 Representation d'etre spirituel

913000 Forme tangible de representation

914000 Mythe

920000 ORGANISATION RELIGIEUSE

921000 Religion

922000 Personnel religieux

960000 MAGIE

961000 Repertoire de pratiques magiques

962000 Contexte de la pratique magique

963000 Magicien

964000 Contenu de la pratique

970000 SORCELLERIE

971000 Repertoire de pratiques de sorcellerie

972000 Contexte de la pratique de sorcellerie

973000 Sorcier

974000 Contenu de la pratique

980000 PRATIQUES RELIGIEUSES ALTERNATIVES

981000 Occultisme

982000 Satanisme

983000 Spiritisme

984000 Vaudou

985000 Autre forme de pratique religieuse

990000 SUPERSTITION

991000 Repertoire de pratiques superstitieuses

992000 Contexte de la pratique superstitieuse

993000 Individu superstitieux

994000 Contenu de la pratique

Figure 5. Classement des recits par pratiques culturelles

Classement des 152 recits %

Pratiques coutumieres 23%
Pratiques vestimentaires 3%
Pratiques techniques 2%
Pratiques ethiques 72%
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Title Annotation:study on how multimedia technology might aid Quebec religious communities
Author:Turgeon, Laurier; Saint-Pierre, Louise
Publication:Ethnologies
Geographic Code:1CQUE
Date:Mar 22, 2009
Words:10747
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