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Le destin d'une soeur grise de Montreal dans la Prairie: contribution d'une <> anonyme au debat sur l'approche biographique en histoire.

Abstract : This article seeks to measure the contribution of the biographical elements of the life of Reine Saint-Jacques, a Grey Nun, to the history of the healthcare system in western Canada. More broadly, this text aspires to understand in the context of the debate on the biographical approach in history, the impacts of a nun whose path seems ordinary.

Resume : Ce texte cherche a mesurer l'apport des elements biographiques de la vie de Reine Saint-Jacques, une soeur grise, a l'histoire du developpement des soins de sante dans l'Ouest du Canada. Plus largement, il aspire a comprendre, dans le cadre du debat sur l'approche biographique en histoire, les impacts d'une religieuse dont le parcours semble ordinaire.

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Le renouveau des etudes biographiques n'est pas sans lien avec l'appetit du public a l'egard des destins particuliers, des figures emblematiques, voire heroi'ques qui, a force d'acharnement, de resilience ou plus simplement, de leur fidelite a leurs reves ou a leurs croyances, se sont depassees. Les biographies romancees ou erudites se multiplient et connaissent un indeniable succes d'estime ou de ventes. Au-dela des cliches ou des reflexions sur la marchandisation abusive des vies celebres, l'approche biographique permet notamment de reflechir sur les destins des individus au sein d'une collectivite.

Le retour en faveur de la biographie au sein de la discipline historique est plutot recent. L'Ecole des Annales a inspire des approches renouvelees (3). Francois Dosse notait dans son ouvrage consacre a ce sujet que plusieurs chercheurs se mefiaient d'une telle entreprise d'ecriture, car la subjectivite des auteurs, les projections psychologiques et les anachronismes ne menaient qu'a l'illusion d'une vie saisie dans sa totalite. Des pans entiers de ces vies restent empreints de mysteres et en disent plus sur le monde du biographe que du biographie lui-meme (4).

Neanmoins, des voix fortes sont venues reaffirmer l'apport du domaine biographique en histoire comme complement de l'etude des structures sociales et des comportements collectifs (5) ou comme moyen pour caracteriser un groupe (6). Depuis, grace a de nombreuses biographies individuelles (7) ou collectives (8), l'influence de la micro-histoire (9) et de la prosopographie (10), il est possible d'exemplifier des cas particuliers et de contribuer ainsi a une meilleure intelligence des structures, des rapports entre les roles et les fonctions ainsi que de l'influence des acteurs. Alors, une question se pose : est-ce que n'importe quel cas-type peut parfaitement incarner le devenir collectif de son groupe d'appartenance? Cette question n'est pas sans importance si Ton juge les publications recentes d'historiens francophones comme celles d'Alain Corbin (11), d'Ivan Jablonka (12), de Patrick Boucheron (13) ou de Dominique Kalifa avec Philippe Artieres (14). Tous ees cas ont renouvele le domaine des etudes biographiques en se jouant des conventions habituelles de redaction, en poussant la reflexion theorique plus loin et surtout, en capitalisant sur une transparence reelle sur leurs horizons d'attente, le lien developpe avec le sujet et surtout, l'assurance reflechie que leur contribution demeure un acte narratif marque de subjectivite qui ne clot d'aucune maniere le sujet.

En histoire religieuse au Quebec et au Canada, le genre biographique ne semble pas avoir ete encore touche par cette tendance nouvelle. Il faut bien dire que le champ litteraire religieux demeurait--encore tout recemment--heteronome, car l'acces a certaines archives dependent largement des autorisations voulues par les communautes. Certes, entre les <<vies>> des figures fondatrices publiees entre le XVIP et le milieu du XXe siecle (15) et les ecrits universitaires a caractere traditionnel qui leur font suite, un grand fosse s'est creuse (16).

Ces derniers s' inseri vent dans cette voie erudite qui tente, avec des resultats inegaux, d'historiciser l'action d'une figure fondatrice de communautes dans son contexte social. Ces auteurs offrent une mine d'informations historiques et techniques, mais confrontent les congregations parfois a une reappropriation difficile ou eludent certains problemes.

En effet, il n'est pas toujours aise pour les congregations religieuses de reeadrer une image heroi'que de fondation avec celle plus banale d'un besoin social dans une paroisse (17) ou d'une scission entre une communaute mere et ses fondations diocesaines (18). Dans d'autres cas, la recherche compromet une certaine tradition hagiographique en remettant a l'avant-plan des tensions entre le clerge masculin et les femmes, les incertitudes vocationnelles de certaines fondatrices (19), la deposition ou l'expulsion de certaines d'entre elles par l'episcopat (20). Certes, des exceptions existent comme la biographie consacree par Jean Hamelin au fondateur de la Fraternite sacerdotale qui laisse une grande place aux aspects psychologiques, mais cela reste une exception (21). L'analyse de destins moins celebres est done susceptible d'apporter du neuf, car rien ne nie la capacite d'un individu plus humble a temoigner d'un cheminement collectif.

C'est ce que cet article se propose de faire a travers une etude de cas, celle de Reine Saint-Jacques (1890-1974), mon arriere-grande-tante maternelle devenue sceur grise, qui a passe la plus grande partie de sa vie active dans des hopitaux du Manitoba et de la Saskatchewan. Les obediences et les promotions de cette soeur ne se distinguent pas de celles des autres membres de sa congregation qui ont contribue a son expansion et a son succes, ce qui en fait un cas interessant d'analyse, car on ne peut pas dire qu'elle est la victime d'un oubli injustifiable ou que sa vie fut brisee par des evenements tragiques. Le dialogue entre le role individuel de cette femme qui s'est consacree a l'etablissement et au fonctionnement de certaines institutions sanitaires dans l'Ouest canadien, et les recits canoniques collectifs des Sceurs grises dans la region, ainsi que les histoires officielles de ces institutions, eclaire un peu plus l'experience et l'apport des femmes a l'histoire du Canada (22). Quels effets de connaissance peut-on attendre d'une etude de cas comme celle-ci? Qu'est-ce que les traces ou les silences dans les archives nous revelent sur cette sceur en marge des grandes decisions de sa congregation et sur les enjeux du developpement des provinces et des institutions de l'Ouest? C'est ce que cette etude cherchera a savoir a travers trois dimensions dans lesquelles sa vie s'est deployee : ses obediences, sa foi et son reseau personnel.

Une soeur parmi tant d'autres

Soeur Reine Saint-Jacques n'est pas un cas limite exceptionnel, ni une personne totalement anonyme dont la <<renaissance>> tient a l'assemblage de traces dont aucune n'a ete produite par le desir de construire l'existence, comme dans le cas etudie par Alain Corbin (23). Il s'agit d'une de ces milliers de femmes qui s'est librement jointe a l'une des congregations religieuses catholiques actives au Quebec et au Canada. Elle s'est retrouvee dans une institution dont les modalites de fonctionnement appelaient ses membres a exercer un apostolat quotidien dans une humilite silencieuse pour la plus grande gioire de Dieu. Ce silence tout relatif--on lui connait cinq lettres personnelles (24)--profite pourtant de deux sources fondamentales. D'abord, sa communaute, les Soeurs de la charite de l'hopital general de Montreal, dites Soeurs grises, une communaute fondee par Marguerite d'Youville de la Jemmerais au XVIIF siecle afin de s'occuper de soins de sante et de services sociaux, a conserve sur elle, comme sur ses consoeurs, des informations personnelles et professionnelles (25). Ces donnees prosopographiques, croisees les unes avec les autres, permettent de degager les caracteres communs propres a ce groupe de personnes consacrees et d'analyser les modalites de fonctionnement de ses differentes institutions (26).

Chacune des institutions et des couvents de la congregation produit des chroniques, car la preservation de la memoire se fait pour des raisons historiques, pedagogiques et apologetiques (27). L'attention portee a certains itineraires personnels invite les lectrices a s'attacher a des figures inspirantes. Or, lorsque ces figures ne sont ni la fondatrice, ni les figures historiques de l'autorite, ces experiences de femmes deviennent intrigantes, car ce sont celles de personnes modestes qui ont integre la tradition du groupe en repetant la routine congreganiste. Leur presence dans les chroniques illustre un rayonnement ad intra de la congregation. C'est ainsi que soeur SaintJacques se retrouve evoquee dans les chroniques de la maison generale, celle du provincialat de Saint-Boniface et celles des differentes institutions auxquelles ses obediences Font menee (28).

Une soeur et des reseaux

Les donnees prosopographiques qui nous sont parvenues offrent le portrait d'une femme, qui ayant decide de <<se consacrer entierement a Dieu>>, en <<mourant au monde (29) >>, n'a pas pris cette decision a la legere. Originaire de Sainte-Scholastique, dans le comte de Deux-Montagnes au Quebec, Marie-Reine Saint-Jacques est la quatorzieme enfant d'une fratrie en comptant quinze. C'est au moment de ses seize ans que sa famille vend la terre familiale et s'installe a Montreal. Son pere, Michel, est identifie comme rentier. Le cas de la famille de Marie-Reine Saint-Jacques s'inscrit parfaitement dans le profil decrit par Lucia Ferretti et sa collaboratrice a propos de celles des Dominicaines de Trois-Rivieres : une famille nombreuse, des origines rurales, mais aussi une experience urbaine avant d'entrer en communaute (30). Nee en 1890, elle ne manifeste pas un pressant desir d'entrer en communaute des la fin de ses etudes a 16 ans. En fait, comme deux de ses soeurs, elle demeure celibataire et continue a vivre chez ses parents. La notice necrologique de Reine mentionne que << cet interessant trio installe (31) >> attirait les regards de deux tantes maternelles et de trois cousines entrees chez les Soeurs grises. Il est done indeniable qu'un processus social est en action et pese sur sa decision : les valeurs catholiques developpees au sein du foyer (32) et la construction d'une image positive du don de soi a partir des exemples de la parentele. Cela amenera << mademoiselle Marie-Reine, aidee en cela de son directeur [de conscience], a se consacrer a Dieu>> a partir de ses 27 ans (33). Il est difficile de parler ici d'un ideal de jeunesse, car elle mentionne dans un document officiel que l'idee ne la traversait que depuis quelques annees seulement. C'est done une vocation que Fon peut qualifier de tardive pour l'epoque, car les entrees se faisaient en moyenne autour de 21 ans entre 1880 et 1930 dans l'Institut des Soeurs de la charite.

Lorsqu'elle complete le formulaire d'admission chez les Soeurs grises en 1918, elle y mentionne ses tantes, ses cousines ainsi que des connaissances provenant des villages de Sainte-Scholastique et de Saint-Benoit. Le reseau youvillien de soeur Saint-Jacques compte done des personnes que les alliances matrimoniales et les amities avaient habitue a frequenter et que l'appartenance commune a la meme congregation allait rapprocher. C'est un reseau d'abord plus maternel que paternel. On lui connait deux tantes maternelles, six cousines maternelles, deux tantes paternelles ainsi qu'une niece paternelle. Ces donnees ne surprennent guere et s'inscrivent dans ce que l'historiographie a constate depuis une trentaine d'annees sur le recrutement familial des communautes religieuses (34). Or, comme nous le verrons plus loin, ce capital relationnel aura des consequences directes sur le deploiement ainsi que les experiences professionnelles de soeur Saint-Jacques dans l'Ouest du Canada et nuancera le poids des decisions de la structure congreganiste sur son parcours (35).

Selon le registre des professes perpetuelles, au moment oU sceur SaintJacques entre au postulat, 37 autres femmes posent le meme geste a la Maison Mere des Soeurs grises de Montreal et au noviciat de Saint-Boniface (36). Elle appartient a la cohorte des 90 femmes qui en etaient a differentes etapes de leur noviciat et qui se joignaient aux 1114 professes actives dans les differentes provinces canoniques de la congregation (37). Elle est dirigee ensuite vers le Manitoba afin d'y faire son noviciat. Toujours selon le registre des professes perpetuelles, 5 femmes font leur profession temporaire au Manitoba, en 1920 alors que selon les Actes de vetures et profession de la Province Saint-Boniface, elles sont plutot 8 soeurs (19 a Montreal). La difference entre le premier et le second registre s'explique par le fait que le dernier recense toutes les professions temporaires, que les femmes soient sorties de la communaute avant de faire leur profession perpetuelle ou qu'elles soient devenues professes perpetuelles (38). Le registre des professes, les statistiques et les rapports internes de la Province de Saint-Boniface ne permettent pas de savoir combien de sceurs du Quebec ont ete envoyees au Manitoba en 1920, mais on peut se douter que l'annee n'etait pas particulierement bonne sur le plan du recrutement local, car la chronique provinciale manitobaine mentionne le probleme du manque <<d'ouvrieres pour le champ apostolique de l'ouest>>. Seule ou accompagnee par une ou deux compagnes montrealaises, elle passe ses trois annees au noviciat de Saint-Boniface et a l'hopital de la localita tenu par la congregation. Son noviciat se deroule sans probleme et le conseil provincial recommande son admission definitive (39). Au moment de sa profession perpetuelle en 1923, elle retourne a Montreal et se joint a 29 compagnes a la chapelle de la maison mere, puis elle quitte pour le Manitoba (40). Elle ne reviendra qu'une decennie plus tard.

Les Sceurs grises dans l'Ouest et dans un regime d'historicite propre

Soeur Saint-Jacques appartieni a Tune des congregations catholiques qui deploie le plus d'efforts pour mettre en place des institutions de sante (41) et de controle social (42) dans l'Ouest. Loin de n'etre que les auxiliaires des Oblats (43), ces femmes consacrees ambitionnent, a travers leurs actions, de marquer les esprits et les corps a travers les institutions qu'elles fondent et qu'elles dotent (44). La formation acquise au noviciat avant Vatican II ancre chez toutes les religieuses l'importance d'oeuvrer a son salut personnel, mais aussi a celui des malades. Chaque communaute locale devient un pole missionnaire de l'expansion de cette Eglise et un lieu d'attente de la parousie, le retour du Christ sur la terre. Le temps vecu par les religieuses est done profondement marque par cette dimension salvatrice et il ne faut pas se surprendre que les chroniques et les recits qu'elles concoivent se basent sur un regime d'historicite religieux plutot que laique.

En effet, dans les chroniques des soeurs, les evenements sont rapportes sur la base du calendrier liturgique et des references constantes a la vie consacree. La reactualisation du cycle sacre revet une sorte de fonction coutumiere qui colore l'histoire des etablissements des Soeurs de la charite. Ce << temps catholique>> s'inscrit dans la pluralita de ces historicites dans lesquelles les <<communautes humaines vi vent leurs rapports au temps et ont pense les divers decoupages du temps a partir d'un certain nombre d'invariants et de categories transcendantales (45) >>. Ainsi, les mentions dans les chroniques de la participation annuelle a une retraite, aux grandes ceremonies de Paques, de Noel ainsi que les fetes calendaires propres a la congregation rythment le reste des activites qui deviennent presque secondaires.

Toutefois, les decisions gouvernementales et le contexte socioeconomique de la province nuisent, pour les soeurs, a cette vision d'une cite de Dieu autonome. Les chroniques nous informent ainsi des evenements qui peuvent nuire a l'expansion et a la consolidation de l'oeuvre des filies de Marguerite d'Youville au Manitoba. Toutefois, on parle ici d'une periode plutot positive pour la congregation, car presque en parallele avec la carriere de soeur SaintJacques au Manitoba (1920-1950), la legislature provinciale verra le Parti United Farmers prendre la direction sous le premier ministre John Bracken pendant vingt ans (1922-1943). Celui-ci mettra en place un gouvernement peu depensier guide par l'ethique de l'Evangile social. Les choix de l'administration Bracken se confronteront a la grave crise economique des annees 1930 et a une secheresse majeure. La gestion privee (et payante) des frais de sante par les religieuses sera soutenue par des investissements etatiques ponctuels et des versements limites pour chaque malade, la gratuite du travail des religieuses compensant le plus souvent le cout des employes laiques (46). C'est done dans ce contexte que soeur Saint-Jacques agira comme infirmiere dans la Prairie manitobaine.

<< Parcourir de longues distances et soulager les pauvres malades (47) >>

Sceur Saint-Jacques laisse peu de traces dans les chroniques durant les onze premieres annees qu'elle passe a l'hopital de Saint-Boniface. Elle complete son cursus en nursing en 1925, a l'hopital meme (48). Elle appartieni a cette minorite de femmes qui recoit une formation professionnelle reconnue grace aux affiliations universitaires de la congregation (49). Comme femme consacree de son epoque, elle accepte ce que la congregation lui offre comme formation et rien dans son dossier ne laisse penser qu'elle s'en soit plainte, mais rien ne nous permet d'acceder non plus a ce qu'elle en a vraiment concu. Elle completera son postgraduate certificate (50) dans le traitement de la tuberculose en 1931 au Glen Lake Sanatorium a Oak Terrace, au Minnesota (51), un etablissement americain a l'avant-garde du traitement de cette maladie (52).

A titre de proprietaires et d'administratrices, les Sceurs grises imposent leur vision et leur modele de gestion des soins. Chaque departement ou salle specialisee se trouve sous la direction d'une religieuse a qui tous les employes laiques sont soumis, y compris les medecins. Cette formation lui offre la possibilite d'exercer son expertise.

Sceur Saint-Jacques connaitra six obediences dans l'Ouest, toutes au Manitoba, sauf la derniere qui s'effectuera a Gravelbourg en Saskatchewan. Ce nombre d'obediences ne revele rien de particulier. Outre deux longs sejours a l'hopital de Saint-Boniface, elle se retrouve a son annexe, l'hopital Saint-Roch, au sanatorium de Saint-Boniface et a l'hopital de Sainte-Rosedu-Lac. Cette femme ordinaire (53) n'est pas insignifiante pour autant (54), car le cumul de ses formations et de ses experiences professionnelles permet le deploiement d'une competence identifiee par les autorites congreganistes, laquelle orientera la suite de son parcours manitobain.

Du Sanatorium de Saint-Boniface a l'Hopital de Gravelbourg : la construction d'une experience de femme

Il n'est pas question ici de faire la presentation chronologique et detaillee de toutes les mentions de soeur Saint-Jacques dans chacune des chroniques des institutions pour lesquelles elle a travaille dans le but de convaincre les lecteurs que cette litanie confirmerait sa valeur comme individu. Au-dela des anecdotes, une telle demarche est inutile. Il est plutot interessant de considerer le genre de mention qui est faite afin de l'inserire dans le continuum de l'oeuvre globale des Soeurs grises et de faire ressortir la signification historique de sa vie. Son passage au sanatorium permet justement d'en saisir certains aspects.

Le Manitoba ne possedait qu'une seule autre institution dediee aux tuberculeux, mais elle etait protestante. A la fois affirmation identitaire et projet apostolique, le dessein du sanatorium s'inscrit dans le plan plus large de l'elaboration d'un reseau dense d'institutions catholiques aux fins de la protection des valeurs de la communaute croyante (particulierement celles des francophones de la province). Comme la congregation assumait les couts de construction de l'edifice, le gouvernement provincial de Bracken agrea le projet qui fut inaugure en 1931 dans le secteur Saint-Vital, a proximite de Saint-Boniface.

Neuf religieuses dont soeur Saint-Jacques forment le noyau de fondation de l'institution. Dans les chroniques des Soeurs grises et dans la litterature religieuse en general, ce type d'action n'est pas banal. En effet, l'imaginaire chretien retrace dans chacune des nouvelles oeuvres un lien avec les origines. Cette reactualisation des debuts (la prise en charge de l'Hopital general par Marguerite d'Youville, la fondation de l'Institut des Soeurs de la charite ou les debuts de la mission manitobaine en 1844) vise a revaloriser la dimension proprement hero'ique d'une telle action et son fondement religieux. Les fondatrices d'une oeuvre, guidees par les constitutions, les regles et la spiritualite de l'institut, sont habitees par une espece de mystique d'abandon a la volonte de Dieu, avec parfois en filigrane le reve obscur d'une fin en martyre. Certes, aussi precaires que soient les conditions de vie dans le Manitoba des annees 1930, elles n'ont plus rien a voir avec celles qui prevalaient avec celles du debut de l'oeuvre, mais l'esprit persiste (55). Aux yeux des soeurs, les fondatrices sont des femmes dignes choisies pour leurs vertus.

Comme l'autre religieuse formee dans le traitement de la tuberculose, soeur Rose Letellier, est nommee superieure de l'etablissement et que ses fonctions lui imposent davantage de gestion et d'administration au quotidien, sceur Saint-Jacques devient la reference sur le pian du traitement des tuberculeux dans l'etablissement. Une sceur formee a grand prix doit pouvoir communiquer ses acquis. Les autres religieuses, les infirmieres lai'ques et meme les novices recoivent ses conseils. La notice necrologique de soeur Saint-Jacques rapporte que si la religieuse etait << tres competente, consciencieuse et exigeante pour elle-meme, elle l'etait aussi pour les autres, ce qui n'allait pas sans larmes, surtout pour les etudiantes qu'elle voulait former dans les plus brefs delais. C'etait une ombre dans un beau tableau (56) >>. Que nous dit une telle phrase? Le <<controle>> par les soeurs formees n'implique pas necessairement les qualites pedagogiques et psychologiques esperees dans la transmission des savoirs et des competences. La notice precise plus loin que ce <<travail est, par sa nature, tres stressant; ce poids etait encore augmente par le perfectionnisme de soeur Saint-Jacques qui souffrait de troubles digestifs serieux par suite de ce surcroit d'inquietude (57) >>. On comprend done qu'elle n'est pas a l'aise dans ce role. Une reorientation est envisagee.

Une veilleuse

Le coutumier des Sceurs grises presentent les taches des infirmieres de nuit, appelees <<veilleuses>>, comme suit:
   Elles noteront fidelement les feuilles d'observations selon l'ordre
   indique dans les hopitaux. Tenues de surveiller les personnes qui,
   en certains etablissements considerables, partagent les veilles,
   elles ne sauraient apporter trop d'attention et de diligence pour
   que les malades aient tous les soins voulus et que le bon ordre
   regne partout (58).


De nature nerveuse, soeur Saint-Jacques trouve dans la fonction de nuit le cadre qui lui convient parfaitement. Cette decision individuelle n'apas, sur le fonctionnement de la congregation, un impact majeur, mais offre a soeur Saint-Jacques de nouvelles possibilites. Or ce choix s'avere particulierement strategique et dynamique pour les deux petites institutions pour lesquelles elle ceuvra. Comme veilleuse, elle profite d'une autonomie personnelle plus large. Pourtant, on ne parle pas ici de periodes de tout repos, car les effectifs medicaux sont maintenus au minimum, ce qui implique souvent des surcharges. Ainsi, la chronique de Sainte-Rose-du-Lac rapporte :
   Notre soeur Saint-Jacques a ete bien occupee aussi elle est tres
   fatiguee ce matin, mais joyeuse. Aujourd'hui c'est le devoir de
   nuit qui admet tous les patients. Notre soeur Saint-Jacques ayant
   eu une nuit tres mouvementee se hate de se retirer ce matin pour
   refaire ses forces et se depenser a nouveau aupres de nos cheres
   malades qui sont en grand nombre surtout des cas de pneumonie (59).


Une hausse des hospitalisations apporte des revenus supplementaires, la possibilite de la rentabilisation des installations et l'assurance de l'equilibre budgetaire, ce qui est une preoccupation constante chez les Soeurs grises (60). Au-dela de l'impact financier des decisions medicales de soeur Saint-Jacques, la chronique souligne un trait qui apparait alors regulierement : sa bonne humeur. Est-ce lie a une nature profondement heureuse, a la satisfaction de ses nouvelles fonctions ou a une integration reussie de cette dimension valorisee dans les constitutions ? C'est probablement un peu de tout. La caracteristique se repete a un tei point dans les textes et durant ses annees de service que cela apparait etre une force de sa personnalite reconnue par ses consoeurs et les patients (61). En outre, son professionnalisme et sa versatilite sont demontres. Formee comme infirmiere generaliste, specialiste de la tuberculose, veilleuse, elle devient par la force des choses parturologue a ses heures :
   Apres une nuit assez tranquille, notre chere veilleuse voit venir
   des yeux de feu qui lui amenent une petite patiente souffrante de
   douleurs abdominales, elle la met au lit et la soigna, si bien que
   la petite s'endormit. Notre sceur etait heureuse d'avoir ainsi
   sauve quelques heures de sommeil a notre devoue docteur qui
   travaille. Vers 5h40, une autre malade arrive, mais cette fois,
   sans hesitation, elle fait lever le docteur, car c'est une petite
   maman qui redame des soins urgents, quelques minutes plus tard,
   elle a le bonheur de donner naissance a un enfant. Le tout coincide
   avec la sainte messe notre chere veilleuse doit en faire le
   sacrifice ainsi que de sa communion et elle se retire immediatement
   apres le dejeuner (62).


Les chroniques lui donnent regulierement du <<chere veilleuse>>. Il ne s'agit pas d'un detail banal, ni d'une habitude d'ecriture propre aux chroniques a l'egard de toutes les soeurs, car cette expression n'est utilisee de maniere aussi generale que pour celles qui exercent l'autorite. Les autres religieuses ne sont le plus souvent mentionnees que nominalement. Il y a done la quelque chose comme une personnalite qui transcende le quotidien, mais sans desir de paraitre, ce qui en fait au sein de la petite communaute manitobaine, un cas. Sa vie n'est peut-etre pas son oeuvre, mais ses actions marquent sa vie, celle de ses patients et elle recoit l'approbation des autres soeurs (63), car tout cela est soutenu par une foi qui apparait profonde.

Une femme consacree

L'historiographie des dernieres decennies a souligne la dimension proprement sociologique de plusieurs vocations feminines (64). Cette dimension fait desormais largement consensus chez les historiens. Il ne faut toutefois pas nier pour autant la hauteur du spirituel dans les convictions et le travail des sceurs apostoliques, lei, l'approche biographique peut nous en apprendre davantage que le traitement prosopographique. Les mentions distinctes portant sur les devotions, les habitudes et la frequentation des evenements du calendrier religieux nous eclairent sur leur vie spirituelle et nous permettent d'approcher les sentiments religieux et les emotions qui les habitent. Le defi est bien sur de departager ce qui appartient au comportement collectif des Sceurs grises et ce qui releve de soeur Saint-Jacques et aussi de garder en memoire qu'une part d'ombre subsiste sur ce qui pourrait representer le volet plus complexe des questionnements face aux actions de l'Eglise. A ce chapitre, les chroniques ne nous livrent guere d'exemples (65). On lui connait un attachement sincere au Saint-Sacrement, au Sacre-Coeur de Jesus et a la beaute des lieux de eulte. Ses initiatives comme decoratrice de la chapelle (66) se poursuivront au Manitoba : << Quelle surprise ! La chapelle est decoree de guirlandes de fleurs deposees avec discretion par notre chere veilleuse (67). >>

Les notations eparses permettent aussi de se faire une certame idee de ses habitudes et de sa sensibilite qui partage des traits avec celle de son groupe emotionnel qui est sa communaute et qui impose son propre regime a ce chapitre (68). On peut toutefois deceler aussi les particularites de sa foi. Lorsque, par exemple, la chroniqueuse souligne le debut d'une periode de trois jours de recollection sur la renovation des voeux, le texte vise surtout a transmettre les emotions vecues dans ce cadre, car les vceux sont une voie royale pour le salut de chacune des religieuses. Le rendu des sentiments est done important et attendu par les lectrices. Or, a cette occasion, la chronique relate que sceur Saint-Jacques a demontre plus d'intensita que les autres sceurs dans l'expression de certaines emotions. En effet, la pensee d'etre parmi les premieres a renouveler ses vceux au sanatorium la trouble (69). Des larmes coulent-elles ? Des paroles de joies sont-elles prononeees ? La chronique ne le precise pas, mais le fait que la reaction de sceur Saint-Jacques soit soulignee plutot que celle du groupe atteste qu'elle a mieux que quiconque su saisir, a ce moment precis, le sens aigu de l'historicite de la mission et de cette maniere partagee de vivre.

Quelques annees plus tard, on la mentionne a l'occasion des festivites pascales en contemplation devant le Saint-Sacrement, ce qui confirme les observations faites lors de son noviciat (70). Cette constatation se repete deux autres fois dans des obediences differentes. La lecture serree des chroniques permet bien de croiser les mentions d'autres religieuses dans des situations similaires, mais elles ne sont pas courantes. On souligne aussi son enthousiasme a partir en retraite et son souci de partager a son retour les benefices encourus a cette occasion. Elle semble done vivre avec intensite sa foi et porter en elle une ferveur religieuse animee davantage par une piete qui merite d'etre exemplifiee. Sa <<renommee>> n'est pas celle d'une sainte, mais celle d'une sceur qui incarne les processus collectifs esperes par le groupe. Il faut reflechir aussi au fait que les autorites de la communaute la deleguent regulierement a la cathedrale de Saint-Boniface afin de participer a la vie religieuse locale ou lors des fetes ou des processions (comme celle de la Fete-Dieu). On peut penser qu'elle offre l'image attendue d'une religieuse qui equilibre les deux dimensions de sa vie, le travail missionnaire et la contemplation, et ce qu'elle incarne est susceptible d'inspirer les croyants.

Identita et reseau

Les Soeurs grises sont profondement enracinees dans leurs origines montrealaises. Malgre le developpement des oeuvres et des vocations dans l'Ouest, la majorite des religieuses qui se retrouvent au Manitoba proviennent du Quebec. Pour plusieurs, le Manitoba demeure <<un pays nouveau (71) >> ou une <<terre de mission (72) >>. <<La patrie, c'est Montreal (73) >> et le <<cher chez nous>> de plusieurs chroniqueuses sont symptomatiques d'un attachement visceral, parfois melancolique, qui s'explique par lararete des allers-retours. Dans le cas de sceur Reine, outre ses vceux perpetuels en debut de carriere, elle ne retourne que deux fois a Montreal, soit une fois a tous les dix ans avant son retour definitif en 1950. Les chroniques mentionnent les arrivees des religieuses montrealaises et les visites de personnages importants comme le cardinal Villeneuve de Quebec (74) ou le chanoine Lionel Groulx qui vient prononcer des conferences (75). Les technologies rapprochent aussi le Quebec des Sceurs grises manitobaines. Grace a la radio, le pelerinage de Sainte-Anne-de-Beaupre est vecu en direct : << En entendant les cloches sonner, les soeurs quebecoises eurent la nostalgie de chez nous (76). >> Deux ans plus tard, c'est la grande messe du congres eucharistique de Quebec qui est retransmise et l'emotion est palpable chez toutes celles qui ecoutent (77). Il faut dire aussi que la question de la langue occupe une place particuliere. Toutes les religieuses prennent conscience de la domination de l'anglais dans l'Ouest. Des recrues irlandaises, polonaises et ukrainiennes joignent les rangs des Soeurs grises, mais cette communaute demeure d'abord canadienne-francaise. Les discours des elites clerico-nationalistes resonnent particulierement chez elles, car la precarite de la langue y est palpable : lors de la fete de la Saint-Jean-Baptiste, une chroniqueuse s'epanche: <<prions pour notre chere nation qui semble, helas !, s'anglifier [si'c] de plus en plus. Et avec notre langue, c'est la foi qui s'eteint (78). >> Il ne faut done pas s'etonner si soeur Saint-Jacques reprend constamment les futures infirmieres a user du bon vocabulaire concernant les traitements, les objets et leur etat de sante. Elle le voit comme une responsabilite (79).

Contrairement a plusieurs autres Sceurs grises, soeur Reine compte sur la presence de certains membres de sa famille dans la province voisine de Saskatchewan et surtout sur son reseau familial au sein de la congregation. Son attachement est indeniable. Elle beneficie du fait que sa cousine Bianche Labrosse occupe differents postes importants au sein de la province manitobaine (80). Soeur Reine appartieni toujours aux delegations qui la visitent a I'occasion de son anniversaire. De meme, comme maitresse des novices, soeur Labrosse se permet des visites aupres de sa cousine Saint-Jacques a un rythme qui va bien au-dela des hasards et des fonctions officielles. Comme un de ses neveux est aussi oblat dans l'Ouest, elle beneficie aussi de sa presence. Cette vie mondaine liee a un reseau familial et religieux, plus rare pour la majorite des soeurs, lui offre done un equilibre affectif et lui permet indeniablement de passer a travers les differentes missions et de vivre sur une base plus reguliere que d'autres compagnes des ruptures dans le temps religieux et la routine organisationnelle. Il n'est pas inutile de mentionner que l'influence de ce reseau familial se poursuit a son retour a Montreal, car elle est nommee grace a sa cousine a un poste aux finances a l'hopital Maisonneuve (81). De plus, jusqu'a son deces en 1974 a la maison mere de Montreal, elle comptera sur la presence sur place de ses deux soeurs celibataires (82).

Conclusion

Le parcours de soeur Reine Saint-Jacques dans la Prairie manitobaine s'inscrit dans l'histoire collective des Soeurs grises. La congregation regroupe une pleiade de femmes qui disposent chacune de pouvoirs et de qualites qui sont, somme toute, limites. La collaboration inserite dans l'action collective et le partage des experiences de femmes leur permet, a la fois sur le pian individuel et collectif, de gagner en force et en influence. Ainsi, on peut dire que l'appartenance commune transcende les faiblesses individuelles. La trajectoire de soeur Saint-Jacques se fait durant une periode de developpement et de consolidation des soins de sante au Manitoba, mais aussi au sein des ceuvres de la congregation. L'histoire de cette femme se deroule largement avant les reformes du concile Vatican II. Ce recit au singulier permet d'illuminer certains aspects du cheminement d'une <<soeur normale>>, sans poste d'autorite, qui a persevere pendant 55 ans de vie religieuse.

A la lumiere de tout cela, une telle biographie par le bas permet-elle, sur le plan scientifique, d'apporter quelque chose d'important au niveau de l'histoire globale des Soeurs grises ou du developpement du reseau de la sante au Manitoba? Contrairement a la prosopographie, une approche comme celle-ci souligne quelques traits des habitus d'une personne qui, autrement, serait demeuree ignoree. Une etude de cas humanise aussi le devenir collectif au-dela des strides obediences a travers les choix, les actions, les decisions d'une personne. Les chroniques sont revelatrices a maints egards, mais nous sommes toutefois tributaires des choix des redactrices. Tout n'y est pas dit et les limites sont vites atteintes. Un tei cas-type ne glane pas suffisamment d'elements pour pouvoir clairement traduire le developpement de la congregation, mais assurement, il permet un dialogue entre le global et le particulier.

L'essor du systeme de sante au Manitoba ne dependait pas plus de ses decisions que de ses actions. Il y a la des forces plus importantes que sont le gouvernement provincial et celui de sa congregation. Malgre de nombreux flous, sa singularite se detache par la reconnaissance de son travail et de son attitude chez ses pairs et sa famille. A la hauteur de ses responsabilites et de sa capacite de representer et d'incarner une maniere de soigner les corps et les ames, elle a exerce sa fonction avec conviction et professionnalisme. Son intimite ou sa vie privee demeure largement cachees. Une aporie majeure qui resiste aussi a toute tentative de reponse est de mesurer l'attachement reel des religieuses aux lieux de mission auxquels elles ont ete assignees. Soeur Saint-Jacques s'est-elle sentie a un moment ou un autre franco-manitobaine de cceur? Difficile de le dire. Elle a toutefois une conscience certame de la precarite de la petite communaute francophone et de l'impact reel de son deploiement dans le systeme de sante manitobain.

J'aurais bien pu, par l'ecriture, lui donner plus d'importance, lui donner de <<l'heroi'ne inconnue>>, mais c'est inutile. Son destin s'inscrit dans celui d'un groupe de femmes consacrees d'origine canadienne-francaise et les traits de joie et de foi qui traversent les chroniques permettent de saisir certaines facettes de sa personnalite, mais il ne faut pas en tirer des conclusions erronees, car apres tout, des infirmieres besogneuses, positives et heureuses, il y en a eu d'autres, religieuses ou laiques.

Comme historien, parce que je voulais faire ressortir son parcours, j'ai ete attentif a tout ce qu'elle faisait et il n'est pas impossible que j'aie parfois sur-analyse certains aspects. Carlo Ginzburg rappelle que chacune des traces decouvertes sont positives, car meme rares et limitees, elles permettent de saisir une realite plus profonde qui mene a la reconstitution d'une trame coherente sur cette vie (83).

Il reste tout de meme quelque chose, c'est ce qu'Yvan Lamonde a appele la spirale de la sociabilite (84). Avec le cas de soeur Saint-Jacques, j'ai traite de certains aspects, souligne ce qui semble les accents propres a son parcours, mais ces elements gagnent en valeur avec la mise en perspective des reseaux de soeur Saint-Jacques. Le reseau des soeurs expatriees montrealaises au Manitoba, celui des collaboratrices dans les hopitaux, celui des communautes locales de Soeurs grises, le reseau familial largement maternel insere au sein de la congregation, qui lui a fourni certaines opportunites d'avancement et dans un quotidien eloigne de ses racines montrealaises, une presence familiale, a travers les expatries dans la province voisine de Saskatchewan, reseau avec lequel elle entretient des relations jusqu'a sa mort. Il y a la un angle a explorer davantage sur le plan des biographies religieuses. Au final, le plaisir de decouvrir une lointaine parente et celui de lui redonner une voix momentanement grace a l'essai historique demontrent a quel point l'ecriture biographique n'est finalement qu'un point de vue partiel et un choix ... d'historien.

Dominique Laperle (2)

(1.) Version remaniee d'une communication presentee a l'occasion du 85c congres annuel de la SCHEC tenu a l'Universite de Saint-Boniface, a Winnipeg. Je tiens a remercier Melanie Lanouette et les lecteurs anonymes pour leurs judicieux commentaires sur les versions prealables de cet essai. Mes remerciements vont aussi a Mylene Laurendeau, archiviste des Sceurs grises de Montreal, pour son soutien indefectible lors de la recherche.

(2.) Dominique LAPERLE (Ph. D., UQAM, 2013) enseigne au Pensionnat du SaintNom-de-Marie et au Departement de didactique de l'Universite de Montreal. Il est aussi chercheur associe a la Chaire J.-M. R. Tillard sur la vie religieuse du College dominicain d'Ottawa et professeur invite a l'Institut de pastorale de ce meme college. Il a recemment publie Entre concile et Revolution tranquille, les religieuses au Quebec, une fidelite creative (Mediaspaul, 2015).

(3.) Francois DOSSE, Le pari biographique. Ecrire une vie, Paris, La Decouverte, 2011 [2005], p. 213 el supra.

(4.) Pierre BOURDIEU, <<L'illusion biographique>>, Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 62-63 (juin 1986), p. 69-72.

(5.) Jacques LE GOFF, << Comment ecrire une biographie aujourd'hui ? >>, Le Debat, voi. 2, no 54 (mars-avril 1989), p. 48-53; Voir son Saint Louis, Paris, Gallimard (coli. <<Quarto>>), 2004 [1996], p. 173-983.

(6.) Giovanni LEVI, << Les usages de la biographie >>, Annales. Economies, Societes, Civilisations, vol. 44, no 6 (1989), p. 1130.

(7.) Parmi les biographies les plus celebres, outre celle de saint Louis deja citee, notons celle de Peter BROWN, La vie de saint Augustin, Paris, Seuil (coll. << Point>>), 2001 [1967], 675 p. ou celle de Ian KERSHAW, Hitler, Paris, Flammarion, 2008 [1999], 1200 p.

(8.) Deux exemples de ce genre : Christopher R. BROWNING, Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de reserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne, 1992, Paris, Tallandier (coli. <<Texto>>), 2007, 367 p.; Sabina LORIGA, Soldats. Un laboratoire disciplinaire, l'armee piemontaise au XVIIP siecle, Paris, Les Belles Lettres, 2007, 308 p.

(9.) L'univers d'un meunier du Frioul, Carlo GINZBURG, Le fromage et les vers, Paris, Aubier, 1980, 222 p.

(10.) Claude NICOLET, <<Prosopographie et histoire sociale: Rome et l'Italie>>, Annales, voi. 25, no 5 (1970), p. 1209-1228: Lawrence STONE, << Prosopography>>, Dcedelus, voi. 100, no 1 (hiver 1971), p. 46-79.

(11.) Alain CORBIN, Le monde retrouve de Louis-Francois Pinagot, Paris, Flammarion, 2016 [1998], 360 p.

(12.) Ivan JABLONKA, Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus, Paris, Seuil, 2012, 426 p.

(13.) Patrick BOUCHERON, Leonard et Machiavel, Paris, Verdier, 2008, 218 p.

(14.) Philippe ARTIERES et Dominique KALIFA, Vidal, le tueur de femmes, Paris, Verdier, 2017, 366 p.

(15.) Pour une discussion nuancee sur les distinctions a faire entre <<vies>> et ecrits hagiographiques, voir Lucie ROBERT, << Sa vie n'est pas son oeuvre. Figures feminines dans les vies quebecoises>>, Recherches sociographiques, vol. 44, no 3 (septembredecembre 2003), p. 433-453.

(16.) Giselle HUOT, Une femme au seminaire: Marie de la Charite (1852-1920), fondatrice de la premiere communaute dominicaine au Canada (1887), Montreal, Bellarmin, 1987, 525 p; Denise ROBILLARD, Emilie Tavernier-Gamelin, Montreal, Meridien, 1988, 330 p.; Emilien LAMIRANDE, Elisabeth Bruyere (1818-1876), fondatrice des Sceurs de la charite d'Ottawa (Sceurs grises), Montreal, Bellarmin, 1993, 802 p.; Guy-Marie OURY, Les Ursulines de Quebec, 1659-1853, Sillery, Septentrion, 1999, 378 p.; Patricia SIMPSON, Marguerite Bourgeoys et Montreal, 1640-1665, Montreal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1997, 269 p; Marguerite Bourgeoys et la Congregation de Notre-Dame, 1665-1700, Montreal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 2007, 303 p.

(17.) La congregation des Sceurs de Notre-Dame-du-Perpetuel-Secours passe a travers un debat douloureux sur la question du role primat de Virginie Fournier et de l'abbe Brousseau. Voir Gaetane GUILLEMETTE, <<Un tournant a risque. Le difficile passage de la decomposition a la recomposition de la congregation des soeurs de NotreDame du Perpetue! Secours>>, these de doctorat (sciences religieuses), Universite Lavai, 2003, p. 304.

(18.) Les debats chez les differentes branches des Sceurs de la charite (Soeurs grises) sur les roles respectifs de Marguerite d'Youville et des fondatrices des branches d'Ottawa, de Saint-Hyacinthe et de Quebec, pour ne nommer que les principales, sont particulierement eloquents. Voir Susan P. HUDSON, The Quiet Revolutionaries. How the Grey Nuns Changed the Social Welfare Paradigm of Lewiston, Maine, New York, Routledge, 2006, p. XIV.; E. LAMIRANDE, Elisabeth Bruyere, p. 88 et supra; Nive VOISINE et Yvonne WARD, Histoire des Sceurs de la Charite de Quebec, tome 1, Quebec, MNH, 1998, p. 83 et supra.

(19.) Voir le cas d'Ida Lafricain chez les Missionnaires oblates du Sacre-Coeur et de Marie-Immaculee dans Rosa BRUNO-JOFRE, Vision and Mission. The Missionary Oblate Sisters, Montreal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 2005, p. 14.

(20.) Marita-Constance SUPAN, i.h.m., <<Dangerous Memory. Mother M. Theresa Maxis Duchemin and the Michigan Congregation of the Sisters, IHM>>, dans Sisters Servants of the Immaculate Heart of Mary, Building Sisterhood, Syracuse, Syracuse University Press, 1997, p. 31-67. Au Quebec, les cas sont nombreux. Mentionnons celui d'Esther Blondin chez les Sceurs de Sainte-Anne. Voir COLLECTIF CLIO, Histoire des femmes au Quebec, Montreal, Le Jour, 1992, p. 238.

(21.) Jean HAMELIN, Je veux devenir un saint. Le pere Eugene Prevost (1860-1946), Quebec, Presses de l'Universite Lavai, 1999, 647 p.

(22.) Gail Cuthbert BRANDT, Naomi BLACK, Paula BOURNE et Magda FAHRNI (dir.), Canadian Women. A History, Toronto, Nelson, 2011, p. 5.

(23.) A. CORBIN, Le monde retrouve de Louis-Francois Pinagot, p. 8.

(24.) Sa demande d'admission au postulat, deux demandes de renouvellement de vceux temporaires, sa demande pour ses vceux perpetuels, une lettre de remerciements a la superieure generale a l'occasion du deces de son frere Aquila Saint-Jacques en Saskatchewan en 1964 et pour lequel une delegation de soeurs de l'Ouest s'etait rendue en son nom puisqu'elle vivait desormais a la maison mere, et une courte description de ce qu'elle est prete a faire dans le contexte du renouvellement du concile Vatican II.

(25.) Archives des Soeurs grises de Montreal (desormais ASGM), Dossier personnel, Sceur Reine Saint-Jacques, lettre, 13 aout 1920.

(26.) Pour une meilleure comprehension de l'approche prosopographique pour les communautes religieuses au Quebec, voir entre autres Jean ROY, <<Choristes, converses et angelines : prosopographie des sceurs ursulines de Trois-Rivieres, 1697-1961 >>, dans Marta Dvorak (dir.), La creation biographique / Biographical Creation, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1997, p. 261-266; Ollivier HUBERT, <<Les bases d'une prosopographie sulpicienne >>, dans Dominique Deslandres, John A. Dickinson et Ollivier Hubert (dir.), Les Sulpiciens de Montreal. Une histoire de pouvoir et de discretion, 1657-2007, Montreal, Fides, 2007, p. 133-154. Notons que les Soeurs grises possedaient quelques ecoles aussi.

(27.) Marie-Elisabeth HENNEAU, <<Femmes en quete de roles dans l'histoire du salut: biographies des religieuses et religieuses biographes>>, dans Sylvie Steinberg et Jean-Claude Arnould (dir.), Les femmes etl'ecriture de l'histoire, 1400-1800, Mont-SaintAignan, Publications des universites de Rouen et du Havre, 2008, p. 219-230; Elizabeth SMYTH, << "Writing Teaches Us our Mysteries" : Women Religious Reading and Writing History>>, dans Beverly Boutilier et Alison Prentice (dir.), Creating Historical Memory : English-Canadian Women and the Work of History >>, Vancouver, University of British University Press, 1997, p. 101-118.

(28.) ASGM L107,F,4 Hopital de Ste-Anne-Rose-du-Lac, Chroniques, 1939-1943 (desormais HSRL) ; ASGM L052,E,11 Hopital St-Roch, St-Boniface, Chroniques, 18951940 (desormais HSR); ASGM L052,E,9 HSR, 1935-1939; ASGM L052,E,8 HSR, 1933-1935 ; ASGM L098,F,9 Sanatorium St-Boniface, Chroniques, 1931-1942 (desormais SSB) ; ASGM L031,J,12 Hopital St-Boniface, Chroniques, 1924-1942 (desormais HSB); ASGM L031,J,13 HSB, 1943-1952; ASGM L094,G,9 Hopital St-Joseph, Gravelbourg, Chroniques 1948-1960 (desormais HSJ).

(29.) ASGM, Lettre de sceur Reine Saint-Jacques, 13 aout 1920.

(30.) Lucia FERRETTI et Chantal BOURASSA, << L'eclosion de la vocation religieuse chez les sceurs dominicaines de Trois-Rivieres : pour' un complement aux perspectives de l'historiographie recente>>, Histoire sociale / Social History, vol. 36, no 71 (2003), p. 225-253.

(31.) ASGM, Notice necrologique de sceur Marie-Reine Saint-Jacques (dorenavant Notice), maison mere, 1974, p. 9-2.

(32.) << L'esprit de famille a la fois profondement chretien etait remarquable>>, ASGM, note de sceur Bianche Labrosse (cousine) sur la famille Saint-Jacques, s.l., s.d., 3 p.

(33.) Notice, p. 9-2.

(34.) Voir le quatrieme chapitre du livre de Marta DANYLEWYCZ, Profession: religieuse. Un choix pour les Quebecoises, Montreal, Boreal, 1988, p. 139-167 ; Gerard BOUCHARD, <<Families a pretres? Families a sceurs? Parente et recrutement religieux au Saguenay (1882-1947)>>, Revue d'histoire de l'Amerique francaise, vol. 48, no 4 (printemps 1995), p. 483-508 ; Micheline DUMONT, Les religieuses sont-ellesfeministes ? Montreal, Bellarmin, 1995, p. 47-54.

(35.) Claire LEMERCIER, <<Analyse de reseaux et histoire>>, Revue d'histoire moderne et contemporaine, voi. 52, no 2 (avril-juin 2005), p. 88-112.

(36.) ASGM, Professes perpetuelles, Volume 2, 1920-1955, s.p.

(37.) ASGM, Bottins-statistiques, 1841-2018. Entre 1890 et 1925, 83 femmes entraient en moyenne au noviciat annuellement. Le calcul s'est fait a partir de 1890, car c'est seulement apres cette date que les novices et les postulantes sont distinguees dans les statistiques de la congregation.

(38.) ASGM, PO1,K,2,1,03, Actes de vetures et profession.

(39.) ASGM, recommandation de sceur Marie-Reine Saint-Jacques aux vceux perpetuels, 6 avril 1923.

(40.) ASGM, Annales, 1924, p. 1.

(41.) Marie LEMIRE, sgm, <<Regards sur les soins de sante dans les Territoires du Nord-Ouest, 1867-1967>>, dans Raymond Huel (dir.), Western Oblate Studies / Etudes oblates de l'ouest 3. Actes du troisieme colloque sur l'histoire des Oblats dans l'Ouest et le Nord canadiens / Proceedings of the third symposium on the history of the Oblates in Western and Northern Canada, Faculte Saint-Jean, Edmonton, 14-15 mai 1993, Edmonton, Western Canadian Publishers, 1994, p. 75-90.

(42.) Micheline DUMONT, <<Des garderies au 19e siecle : les salles d'asile des Sceurs Grises de Montreal>>, dans Nadia Fahmy-Eid et Micheline Dumont (dir.). Mattresses de maison, mattresses d'ecole. Femmes, famille et education dans l'histoire du Quebec, Montreal, Boreal Express, 1983, p. 261-285 ; Marie-Christine GIROUX, << Accueillir, vetir, nourrir, instruire, eduquer et soigner : la protection de l'enfance a l'hospice Saint-Joseph des Soeurs Grises de Montreal (1854-1911)>>, Revue d'histoire de VAmerique francaise, vol. 65, no 2-3 (automne 2011-hiver 2012), p. 153-178.

(43.) Marta McCARTHY, From the Great River to the Ends of the Earth. Oblate Missions to the Dene, 1847-1921, Edmonton, University of Alberta Press, 1995 ; Raymond HUEL, Proclaiming the Gospel to the Indians and the Metis, Edmonton, University of Alberta Press, 1996; Carole BOILY, <<Les soeurs grises et les oblats: 154 ans de collaboration>>, dans Raymond Huel et Gilles Lesage (dir.), Western Oblate Studies/ Etudes oblates de l'ouest 5. Actes du cinquieme colloque sur l'histoire des Oblats dans l'Ouest et le Nord canadiens / Proceedings of the fifth symposium on the history of the Oblates in Western and Northern Canada, Centre culture] franco-manitobain, Winnipeg, 27-29 mai 1999, Winnipeg, Presses universitaires de Saint-Boniface, 2000, p. 93-110.

(44.) Pauline PAUL, <<The Contribution of the Grey Nuns to the Development of Nursing in Canada: Historiographical Issues>>, Canadian Bulletin of Medical History/ Bulletin canadien d'histoire medicale, vol. 11 (1994), p. 207-217 et <<Les congregations religieuses soignantes : une presence remarquable dans l'Ouest canadien>>, dans Christina Bates, Dianne Dodd et Nicole Rousseau (dir.), Sans frontieres. Quatre siecles de soins infirmiers canadiens, Ottawa, Presses de l'Universite d'Ottawa, 2005, p. 125-138; Aline CHARLES et Francois GUERARD, <<Les religieuses hospitalieres du Quebec au XXe siecle: une main-d'ceuvre active a l'echelle internationale>>, dans Marie-Claude Thifault (dir.), L'incontournable caste des femmes: histoire des services de sante au Quebec et au Canada, Ottawa, Presses de l'Universite d'Ottawa, 2012, p. 79-102.

(45.) F. DOSSE, Le pari biographique, p. 382.

(46.) Le gouvernement maintiendra des normes de controle sur la formation generale du personnel et sur les niveaux attendus de service dans les hopitaux.

(47.) ASGM, feuillet autobiographique, 1964.

(48.) Durant les annees 1920, plusieurs cours sont donnes a l'Universite du Manitoba, mais le gros de la formation se fait a l'hopital. Sceur Saint-Jacques obtient aussi sa certification manitobaine en 1945, ce qui legalise sa pratique dans toutes les institutions provinciales.

(49.) Yolande COHEN, <<Les Sceurs Grises a l'Universite de Montreal, 1923-1947>>, Historical Studies in Education /Revue d'histoire de l'education, vol. 15, no 2 (automne 2003), p. 273-297 ; Yolande COHEN, Jacinthe PEPIN, Esther LAMONTAGNE et Andre DUQUETTE, Les sciences infirmieres. Genese d'une discipline, Montreal, Presses de l'Universite de Montreal, 2002, 331 p.

(50.) ASGM, Lettre de soeur Sainte-Emilienne, citee dans ChrHSB, 27 septembre 1929.

(51.) << Sceur Letellier et Saint-Jacques partent pour Minneapolis afin de suivre un cours special sur la tuberculose en vue du sanatorium qui ouvrira en 1931>>, ASGM, ChrHSB, 13 decembre 1930, voi. 3.

(52.) Mary KRUGERUD, Interrupted Lives. The History ofTurbeculosis in Minnesota and Glen Lake Sanatorium, St-Cloud, North Star Press, 2017, 282 p.

(53.) O. HUBERT, <<Les bases d'une prosopographie sulpicienne>>, p. 154.

(54.) Patricia SMART, <<Ecrire la vie d'une femme: le defi de la biographie au feminin >>, dans Dominique Lafon, Rainier Grutman, Marcel Olscamp et Robert Vigneault (dir.), Approches de la biographie au Quebec, Montreal, Fides, 2002, p. 108.

(55.) Estelle MITCHELL, sgm, Les Soeurs Grises de Montreal a la Riviere Rouge, 1844-1984, Montreal, Meridien, 1984, p. 23-38 et 229 et supra.

(56.) ASGM, Notice, p. 9.4.

(57.) ASGM, Notice, p. 9.4.

(58.) Coutumier (1934), p. 130.

(59.) ASGM, ChrHSRL, 26 avril 1940.

(60.) Le souci de pouvoir verser les salaires aux employes est present dans les differentes chroniques de la congregation.

(61.) Lois de ses deplacements a la suite des obediences, on note avec tristesse son depart : ChrHSR : <<Notre chere soeur Saint-Jacques part ce matin. Nous voyons partir avec regret cette compagne gaie et aimable>>, 29 avril 1939; ChrHSRL : <<depart trop rapide de notre chere veilleuse, une compagne inspirante>>, 27 octobre 1940.

(62.) ChrSRL, 29 avril 1940.

(63.) Je paraphrase ici le titre de l'article de Lucie Robert, <<Sa vie n'est pas son oeuvre. Figures feminines dans les vies quebecoises >>, Recherches sociographiques, vol. 44, no 3 (septembre-decembre 2003), p. 433-453.

(64.) M. DANYLEWYCZ, Profession: religieuse; M. DUMONT, Les religieuses sont-elles feministes ?

(65.) Les chroniques sont discretes sur les sceurs, mais pas sur les employes laiques ou des patients chez qui on note les ecarts ou a qui on reproche la tiedeur des devotions.

(66.) ASGM, [Rapport de] Ph. Chiron, pretre, aumonier du noviciat, 13 aout 1920; ChrHSB, 1er avril 1923 ; ChrSSB, 6 novembre 1931 ChrSSB, 4 aout 1939.

(67.) ASGM, ChrHSR, 8 mai 1935.

(68.) William M. REDDY, The Navigation of Feeling. A Framework for the History of Emotions, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, 380 p.

(69.) ASGM, ChrSSB, 21 novembre 1931.

(70.) ASGM, <<Soeur Saint-Jacques va faire une heure d'adoration devant le saint sacrement avant de suivre la procession>>, ChrHSR, 30 avril 1935.

(71.) ASGM, << Historique de la naissance de l'hopital>>, ChrHSRL, 5 janvier 1938.

(72.) ASGM, <<Historique de la naissance de l'hopital>>, ChrHSRL, 5 janvier 1938.

(73.) ASGM, ChrHSB, 2 juillet 1934: <<Nous recevons le billet mortuaire de sceur Bonneau consideree dans la ville de Montreal, notre patrie, comme la 2e providence des pauvres >>.

(74.) ASGM, ChrHSR, 26 janvier 1936.

(75.) Lionel GROULX, Mes memoires, tome IV, Montreal, Fides, 1974, p. 134-139.

(76.) ASGM, ChrSSB, 26 janvier 1936.

(77.) ASGM, ChrHSR, 26 juin 1938.

(78.) ASGM, ChrSSB, 24 juin 1936.

(79.) ASGM, ChrHSRL, lcroctobre 1940.

(80.) Outre differents superiorats de maisons, elle est maitresse des novices au Manitoba de 1935 a 1937, superieure provinciale, de 1937 a 1940 et 4e assistante generale de 1940 a 1943.

(81.) << Arrivee de sceur Reine Saint-Jacques comme econome>>, ASGM, Chroniques de l'hopital Maisonneuve, 1er septembre 1954.

(82.) ASGM, L111,C,1,1, Foyer St-Mathieu--Listes de pensionnaires, 1947-1972. Ses sceurs, Leontine et Beatrice Saint-Jacques, devinrent pensionnaires a la maison mere a une date indeterminee.

(83.) Ivan JABLONKA, <<Ecrire l'histoire de ses proches>>, Le Genre humain, voi. 52, no 1, 2012, p. 35-59.

(84.) Yvan LAMONDE, <<Problemes et plaisirs de la biographie>>, Revue d'histoire de l'Amerique francaise, vol. 54, no 1, 2000, p. 93.
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Author:Laperle, Dominique
Publication:Historical Studies
Article Type:Essay
Date:Jan 1, 2019
Words:8634
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