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Le deficit commercial n'est pas une fatalite - ALBAYANE.

Par : Abdeslam Seddiki

L'economie marocaine connait un deficit chronique de la balance commerciale que des mesures conjoncturelles de redressement n'arrivent pas a contenir. Une telle situation est devenue intenable et constitue une menace serieuse pour nos equilibres macro-economiques.

A une certaine epoque, les responsables se plaisaient de claironner que le deficit commercial n'est pas important en lui-meme tant que le pays dispose d'une balance des paiements courants excedentaire. Or, force est de constater que depuis plusieurs annees deja, le compte courant est a son tour en situation deficitaire dans la mesure ou les transferts courants (recettes touristiques et transferts des RME) n'arrivent pas a combler le deficit commercial. La situation appelle, par consequent, a une remise a plat des choix de politique economique et notamment de l'ouverture tous azimuts de l'economie.

Parlons d'abord chiffres en utilisant les donnees de l'Office des Changes. Ainsi, au cours de la periode 2014-2018, bien que le taux de couverture ait connu une amelioration relative passant respectivement de 48,7% a 54,8%, le deficit global en termes absolus s'est accru de 13,6 MM DH pour s'etablir a 190 MM DH en 2018 ! Somme largement superieure aux recettes touristiques nettes et aux transferts des RME reunis, soit respectivement 54 MM DH et 65 MM DH.

Pour presenter les choses autrement et d'une facon simple, nous disons qu'a chaque jour qui passe le Maroc importe l'equivalent de marchandises de plus d'un milliard de DH alors qu'il exporte a peine 630 millions de DH. C'est une situation pour le moins asphyxiante et seules des economies petrolieres ou du moins robustes peuvent se permettre un tel [beaucoup moins que]luxe[beaucoup plus grand que].

En examinant plus en detail les exportations et les importations pour l'annee 2018, on releve beaucoup d'anomalies et de situations rocambolesques.Au niveau des importations, le poste alimentation, pour un pays dit a vocation agricole, absorbe 45,7 MM DH; l'energie, dont le Maroc est dependant a plus de 90%, nous coute plus de 80 MM; les produits finis d'equipement industriel, necessaires pour accompagner l'industrialisation du pays, s'accaparent le quart de la valeur des importations, ce qui nous incite a relativiser les performances du PAI dont les effets induits profitent plus a nos fournisseurs en biens d'equipement ; enfin, les biens finis de consommation absorbent 108 MM DH. On voit que les importations, a l'exception des biens de consommation et notamment ceux relevant des produits de luxe, sont incompressibles et denotent l'etat de dependance de notre economie.

Au niveau des exportations, les quatre postes dominants sont par ordre d'importance : les produits finis de consommation (83,8 MM DH), les demi-produits composes notamment des engrais et de l'acide phosphorique (60 MM DH), les produits finis d'equipement industriel (53,8 MM DH) et les produits alimentaires (52,8 MM DH).

Les efforts consentis au cours des dernieres annees en matiere de promotion et de diversification des exportations n'ont pas atteint le niveau d'inflexion qui permettrait de faire du Maroc un pays emergent et industrialise tant que les goulots d'etranglement sont presents en force aussi bien au niveau macro-economique (laxisme de la politique commerciale), que meso-economique (efficience limitee des plans sectoriels) et micro-economique (entreprises prisonnieres de l'esprit de rente, peu innovantes et peu agressives a l'exterieur).

Ce deficit commercial chronique est loin d'etre une fatalite. Il est le resultat des politiques economiques et des choix qui ont montre leurs limites. En effet, le pays s'est oriente vers une liberalisation de son economie d'une facon precipitee et non maitrisee. La signature d'une serie d'accords de libre-echange avec plusieurs pays, sans avoir fait au prealable une analyse d'impact et mesure comme il se doit nos forces et nos faiblesses, s'est averee une erreur strategique. Le miracle qu'on attribue au libre-echange ne s'est pas produit. Le Maroc n'a pas tire profit des opportunites offertes par la mondialisation. Par contre, il a subi de plein fouet les risques qu'elle comporte pour des pays dont le tissu economique est fragile.

Le rapport d'evaluation, qui reste a actualiser, realise par l'IRES en 2013 sur le Maroc et les ALE confirme ce revers tres penalisant pour la croissance et l'emploi.On estime, en effet, que pres de 37% du deficit commercial enregistre par le Maroc en 2010 est attribuable aux accords de libre-echange. A l'exception de nos echanges avec la Jordanie, le Maroc n'a pas tire son epingle du jeu des ALE, y compris des accords signes avec les pays dont le niveau de developpement est proche du notre. C'est la ou le bat blesse !

Par consequent, le nouveau modele de developpement que tout le monde appelle de ses voeux ne saurait faire l'impasse sur cette epineuse problematique de deficit de notre balance commerciale. On doit absolument y remedier a travers une remise a plat des choix et des orientations en vigueur. L'evaluation de notre politique du commerce exterieur et des accords de libre echange qui en sont l'emanation est incontournable. Sans aller jusqu'a plaider pour un protectionnisme debride et sterile, on ne peut pas non plus continuer sur la voie d'une ouverture par monts et par vaux. Entre ces deux options extremes, il y a lieu de suivre une autre orientation qui preserve nos interets vitaux et notre tissu productif.

Par ailleurs, une rationalisation de nos importations s'impose en utilisant l'arme fiscale pour decourager l'importation des biens de luxe, tout en valorisant le [beaucoup moins que]made in Morocco[beaucoup plus grand que]. Enfin, il faut developper davantage notre offre competitive en diversifiant a la fois nos produits et nos clients. L'exportation ne se decrete pas. Elle est le produit d'un processus laborieux et continu dans le temps et d'une transformation des structures productives. L'emergence est a ce prix.

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Publication:Al Bayane (Al Dar Al Bayda', Morocco)
Date:Sep 11, 2019
Words:959
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