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Le declin de la maison de fond de cour a Montreal, 1880-1920 (1).

Luc Carey (2)

Resume:

La maison de fond de cour montrealaise est une habitation ouvriere typique des quartiers pauvres, associee a la revolution industrielle. Construite dans la cour arriere, elle est cachee de la rue par un autre batiment situe a l'avant du lot. Il s'agit principalement d'un duplex ou d'un quadruplex de deux etages a toit plat, adosse au fond du lot et relie a la rue par une porte cochere. Le nombre de maisons de fond de cour augmente jusqu'a la fin du [XLX.sup.e] siecle, puis diminue jusqu'a la disparition presque complete du phenomene vers 1980. Plusieurs facteurs expliquent ce declin: l'amelioration progressive des conditions de vie et l'exode urbain, la diminution de la taille des lots, l'expansion du centreville et la reglementation municipale. Considerees autrefois comme des taudis, cibles de farouches campagnes de demolition au [XX.sup.e] siecle, les maisons de fond de cour sont depuis quelques annees renovees par une population aisee desireuse de vivre en toute tranquillite a proximite du centre-ville.

Abstract:

The Montreal rear tenement is typical working-class housing, located in poor neighbourhoods, and associated with the Industrial Revolution. This house is built in the back yard, hidden from the street by another building located at the front of the lot. The rear tenement is principally a duplex or a two-story fourplex, with a flat roof built at the rear of the lot, and linked to the street by a covered passage. The number of rear tenements increases up to the end of the 19th century, and then decreases until this kind of housing nearly disappears around 1980. Many combined factors explain this decline: progressive improvement in living conditions, urban sprawl, reduction in the size of lots, downtown expansion, and municipal by-laws. Considered as slums in the past and targets offierce demolition campaigns during the 20th century, the rear tenements have been renovated in the last few years by wealthy people who wish to live in a calm environment close to downtown.

If one desires to find where drunkenness and crime, disease and death, poverty and distress are most in evidence in western Montreal, he has only to search out the rear tenements. (...) The rear tenement must go. (3)

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Cette citation est tiree d'une enquete menee en 1896 par Herbert Brown Ames (1863-1954) dans les quartiers Saint-Joseph et Sainte-Anne Montreal. La conclusion est plus que limpide: l'melioration des conditions de vie de la classe ouvriere passe par a demolition des maisons de fond de cour. Ames sera eventuellement elu echevin et poursuivra sur la scene politique municipale sa campagne contre les maisons de fond de cour. Sa croisade aurait-elle porte fruit? On pourrait le croire puisque cent ans plus tard, en 1996, il ne reste plus que 5 % des maisons de fond de cour reperees Montreal la fin du [XIX.sup.e] siecle. C'est donc 95 % du stock immobilier qui a disparu, un phenomene unique dans l'histoire de l'habitation montrealaise.

Cet article dresse les principales caracteristiques architecturales de la maison de fond de cour a l'epoque de son apogee, vers 1900, et decrit les differentes raisons expliquant son declin au [XX.sup.e] siecle. Les resultats presentes dans cet article, fruits d'une recherche de quatre ans (1992-1996), apportent une meilleure comprehension des mecanismes et des forces a l'oeuvre dans la determination de la typologie et de la morphologie urbaine a la fin du [XX.sup.e] siecle, notamment au niveau de l'occupation des lots et de l'expansion du centre-ville.

Pour des raisons methodologiques, il est difficile d'etudier apparition des maisons de fond de cour dans le paysage urbain montrealais (4) De plus, peu de travaux traitent de ce type d'habitation (5). On peut neanmoins presumer que l'origine de cette maison remonte a la revolution industrielle (6) et constitue une reponse simple et efficace l'arrivee massive Montreal dune main-d'oeuvre pauvre et demunie. En effet, l'urbanisation qui accompagne l'industrialisation dans la deuxieme moitie du [XIX.sup.e] siecle amene un probleme de surpopulation. Comment loger, sans augmenter la densite du tissu urbain, tous ces futurs travailleurs qui, faute de revenus suffisants, ne peuvent se payer ni des conditions de logement decentes ni le luxe de demeurer trop loin de l'usine (7)?

La densification est un concept difficile cerner. II faut tenir compte des dimensions horizontales et verticales du batiment, et des differentes echelles de l'analyse (pieces, logements, maisons ou lot). A l'aide des recensements decennaux, Jason Gilliland et Sherry Olson ont deja etudie, l'echelle de la maison, la densification Montreal au [XIX.sup.e] siecle (8). Mais qu'en est-il l'echelle du lot? On peut augmenter la densite residentielle sur un lot sans changer le nombre de maisons qui s'y trouvent : on agrandit les batiments existants ou on les remplace par de plus grands. Mais si a dimension du terrain le permet, on peut tout simplement ajouter une autre maison, soit pres de la rue cote de celle deja presente (on accroit alors le nombre de facades, et donc 'effet de couloir, sur Ia rue), soit l'arriere vers le fond du lot. La maison de fond de cour correspond ce dernier scenario.

Pour une main-d'oeuvre sous-payee et demunie comme celle de Montreal au [XIX.sup.e] siecle, la maison de fond de cour repond a deux besoins essentiels: demeurer a une assez faible distance du lieu de travail pour se deplacer a pied, et se loger a faible cout (9) dans l'attente d'un demenagement dans une maison de meilleure qualite, plus aeree et ensoleillee (10) Pour les pro-prietaires de terrains, la maison de fond de cour permet de rent-abiliser leur bien fancier a un cout minimal, sans alterer les batiments residentiels deja presents sur le lot. Bref, tout le monde y trouve son compte. Voila l'explication probable de l'apparition de la maison de fond de cour a Montreal lors de la revolution industrielle.

Le present article s'attarde davantage a Ia periode correspondant a l'apogee et au declin de la maison de fond de cour, de 1880 a 1920 (certaines de nos donnees remontent a 1870). II comprend trois sections: une presentation de la methodologie utilisee pour reperer ce type d'habitat dans l'espace et dans le temps, une description des principales caracteristiques typo-morphologiques de la maison de fond de cour, et finalement une reflexion sur chacun des quatre facteurs expliquant la disparition de ce phenomene Montreal.

La maison de fond de cour: pour une definition

Tres tot dans la recherche, une definition precise de l'objet d'etude s'est imposee, dictee en partie par certains criteres utilises par les differents observateurs contemporains du phenomene etudie, et en partie par nos besoins de distinguer differents types de batiments apparentes a la maison de fond de cour. La maison de fond de cour repond a tous les criteres suivants:

1. elle est une maison, a savoir une structure habitable autonome (quatre murs autoportants et un toit) avec ou sans fonction connexe non-residentieile, et constituee d'un ou de plusieurs logements;

2. son eloignement du trottoir est au moins egal a la profondeur du batiment lui-meme;

3. vue de la rue, sa facade doit etre cachee a plus de 50 % par un autre edifice situe a l'avant sur le lot.

Un plan fictif d'occupation au sol d'un ilot urbain (figure 1) illustre diverses dispositions d'une maison de fond de cour sur un terrain (voir les lots 102, 104, 107, 108, 110, 116 et 117). Les photographies (figures 8, 9 et 10) prises dans le quartier Centre-Sud a Montreal donnent quatre exemples de ce type d'habitation.

La definition d'une maison de fond de cour permet de distinguer plusieurs types d'edifices sur le lot. Les maisons suivantes ne sont pas considerees comme maison de fond de cour (mfc), mais ont ete retenues dans notre etude: les maisons de fond de lot (mfl; voir les lots 106, 109, 111 et 118 a la figure 1), les maisons sur ruelle (msr; voir les lots 108 et 112 a la figure 1) et les maisons sur rue (msR). Sur une base sociologique, nous avons ecarte les maisons de fond de cour des secteurs huppes de Montreal ou logent les jardiniers, les chauffeurs et les domestiques.

Deux types de sources ont servi au reperage des maisons de fond de cour: les anciens plans d'utilisation du sol et d'assurance-incendie, et les feuilles de route. Les plans anciens, surtout d'assurance-incendie, permettent un reperage visuel rapide. Outre l'adresse et le numero du lot, les plans nous renseignent sur Ia forme et la taille de la maison, sa position sur le lot, le lien entre la cour et la rue, la forme et la dimension du lot, la presence de fonctions autres que residentielles et diverses caracteristiques typologiques (nombre d'etages, type de toit, structure des murs).

Les feuilles de route, disponibles a partir de 1863, contiennent diverses donnees recueillies par les fonctionnaires municipaux charges du recensement annuel effectue apres le [1.sup.er] mai. Elles servent notamment a calculer les taxes foncieres pour les proprietaires (role d'evaluation) et la taxe d'eau pour les locataires. Classees par quartiers, puis par rues et par adresses paires et impaires, les inscriptions contenues dans les feuilles de route renseignent sur le nom et l'occupation du locataire, le montant du loyer (residentiel ou d'affaires), le nom du proprietaire et sa religion. A partir de certaines annees, on ajoute le nom des rues transversales (1875), le numero du lot (1879), sa superficie (1876) et ses dimensions (1893), le type de recouvrement des batiments (1894), et l'evaluation totale repartie selon le terrain et les batiments (1894).

On trouve egalement dans les feuilles de route divers symboles inscrits pres de l'adresse. Bien qu'aucurie instruction aux recenseurs n'ait ete retrouvee, il a ete possible de retracer leur signifi-cation. Par exemple, les lettres et chiffres [much less than] a, b, c, 1/4, 1/2, 3/4 [much greater than] designent une sous-adresse [much less than]1st, 2nd, 3rd, ab, above[much greater than], l'etage ou se trouve le local recense (11); [much less than]bas, base, bsment [much greater than], un logement situe au sous-sol; [much less than] R, L [much greater than], un logement situe a droite ou a gauche en haut d'un escalier interieur; [much less than] acc [much greater than], un compte paye (accounted).

Les inscriptions [much less than] r, rear, arr, arriere [much greater than] S'averent particulierement importantes pour notre recherche. Par deduction, nous croyons qu'elles designent tout logement dont la porte d'entree principale exterieure est invisible aux yeux du recenseur Iorsque celuici se tient sur le trottoir, devant la facade de la maison. II peut s'agir de l'une des trois possibilites suivantes:

1. un logement dont la porte d'entree donne sur le cote de la maison (surtout dans le cas d'une maison situee au coin d'une rue ou d'une ruelle; voir les lots 100 et 112 a la figure 1);

2. un logement d'une maison sur rue, generalement situe au [2.sup.e] ou au [3.sup.e] etage, et dont l'entree principale se trouve dans la cour arriere (voir le lot 103 a la figure 1);

3. un logement d'une maison de fond de cour suffisamment cachee de la rue par un batiment situe a l'avant du lot, soit le cas qui nous interesse vraiment (12).

Afin de distinguer ces trois possibilites, et ainsi retracer avec certitude la presence d'une maison de fond de cour (troisieme possibilite au paragraphe precedent), l'utilisation d'un plan ancien devient necessaire.

Outre les plans et les feuilles de route, nous avons consulte les annuaires Lovell, les reglements municipaux et des lois provinciales. Finalement, les 60 maisons de fond de cour encore existantes a l'ete 1995 ont ete photographiees.

Le reperage et la caracterisation des maisons de fond de cour entre 1880 et 1920 se sont effectues par le depouillement comparatif et simultane des feuilles de route et des plans anciens.

Les dizaines de milliers de pages de recensements municipaux microfilmes ont ete scrutees page par page, adresse par adresse. Chaque inscription [much less than]r[much greater than] trouvee dans les feuilles de route fut aussitot confrontee aux batiments du lot en question, tels que dessines sur un plan ancien de la meme epoque, afin de departager les trois possibilites evoquees plus haut (logement de coin de rue, logement de maison sur rue, logement de fond de cour). La decision finale de retenir ou non une inscription comme etant une maison de fond de cour a ete prise au cas par cas, dans le respect des trois criteres enumeres au debut de la presente section.

L'etude couvre la periode 1880-1920 (figure 2), soit le moment ideal pour retracer les causes du declin de cette habitation. Le reperage a ete effectue aux trois annees suivantes: 1880, 1900 et 1920. Chacune d'elles correspond au creux d'un cycle de construction, moment propice pour analyser un changement dans le domaine de la construction residentielle (13).

Finalement, un decompte plus rapide des maisons a ete effectue a des dates plus recentes, soit vers 1955 a l'aide des plans anciens, et en 1995 a l'aide des plans de la Ville de Montreal et de visites sur le terrain.

La maison de fond de cour montrealaise

Distribution dans l'espace et le temps

La figure 3 montre la localisation des 1 276 maisons de fond de cour repertoriees entre 1880 et 1920. Ce type d'habitation est absent (ou presque) d'au moins trois secteurs de la ville, soit le Vieux-Montreal, le Golden Square Mile et le couloir forme des rues Saint-Denis et Saint-Hubert (quartier de l'elite francophone). La maison de fond de cour n'est donc ni une habitation de l'epoque preindustrielle, ni une habitation des classes aisees de la societe. Exception faite du secteur le long de l'ancien chemin Saint-Laurent, toutes les maisons se retrouvent au sud de l'escarpement qui longe la rue Sherbrooke, dans les quartiers ouvriers de la basse ville. La maison de fond de cour est donc une habitation caracteristique des vieux faubourgs developpes au debut et au milieu du [XIX.sup.e] siecle, soit juste avant et pendant la revolution industrielle.

La courbe de la figure 4 montre l'evolution du nombre de maisons de fond de cour a Montreal pour cinq dates de reperage. L'apogee est atteint vers 1900, et le declin s'amorce dans les annees suivantes selon une courbe parfaitement droite jusqu' a la fin du [XX.sup.e] siecle. Des 1 276 differentes maisons identifiees entre 1880 et 1920, il n'en reste plus que 62 en 1995, soit 4,9 % du stock initial ; la tres grande majorite de ces dernieres sont deja renovees ou sont en voie de l'etre, ce qui devrait stabiliser leur nombre entre 50 et 60.

Ajout de maisons

L'addition de nouvelles maisons de fond de cour au stock immobilier peut se faire de trois facons. De 1880 a 1900, plus de 50 % des nouvelles maisons de fond de cour resultent d'une construction a l'arriere d'une maison sur rue deja existante (ce pourcentage passe a 65% apres 1900). Une autre tranche de 25 % provient de la construction d'une maison sur rue devant une maison de fond de lot deja existante, cette derniere devenant par le fait meme une maison de fond de cour. Cette deuxieme facon de proceder traduit une occupation du sol par etapes : on construit un batiment modeste au fond du lot en attendant de construire une maison plus grande a l'avant pour y emmenager, la maison arriere etant alors mise en location pour des revenus d'appoint (14). Finalement, un dernier 25 % des ajouts resulte de la conversion d'un batiment non residential (par exemple une ancienne ecurie), sans pouvoir preciser la nature de la dependance transformee.

Position sur le lot

La position de la maison de fond de cour sur le lot change graduellement entre 1870 et 1920 (tableau 1), de plus en plus de batiments se retrouvant vers le fond du lot. Les nouvelles maisons de fond de cour sont construites surtout vers l'arriere du lot, alors que celles que l'on demolit sont situees surtout vers le milieu du lot. La maison de fond de cour est repussee vers le fond du terrain par de nouvelles maisons sur rue qui, outre le fait qu'elles soient de plus en plus grandes, reculent de quelques pieds par rapport au trottoir pour faire place a un escalier exterierur. Quant a l'acces de la cour a la rue, il s'agit surtout d'une allee (passage decouvert) avant 1890, puis d'une porte cochere apres cette date, resultat d'une densification croissante a l'avant du lot (augmentation du nombre et de la taille des maisons sur rue).

Typologie residentielle

De tout temps, et plus encore apres 1900, le deux-plex (15) demeure la principale forme de maison de fond de cour a Montreal (tableau 2). Avant 1880, il partage le premier rang avec l'unifamiliale, et entre 1880 et 1900, avec le quatre-plex. Quant au troisplex, il demeure marginal parmi les maisons de fond de cour, contrairement aux maisons sur rue construites pendant la meme periode (16). Avant 1880, 73 % des trois-plex de fond de cour possedent deux etages (generalement deux logements au-dessus d'un seul); apres 1880, 73 % ont trois etages (le triplex conventionnel), ce qui correspond cette fois-ci aux resultats trouves pour la maison sur rue. Le nombre d'etages renseigne aussi sur la structure du toit. Si 17 % des maisons de fond de cour construites avant 1880 possedent un toit en pente (un etage et demi, deux etages et demi), le pourcentage devient presque nul apres 1880; comme la majorite des habitations ouvrieres, la maison de fond de cour possede un toit plat en gravier.

L'analyse des batiments dans Papineau, le quartier temoin, permet de caracteriser davantage notre objet d'etude. Avant 1900, la forme au sol des maisons de fond de cour demeure majoritairement la meme : un rectangle parallele a la rue et caracteristique des maisons construites sur les grands lots des anciens quartiers. Puis, graduellement, les maisons qui s'ajoutent prennent une forme carree. Le moment et l'ampleur de la transition correspondent aux resultats obtenus par Legault pour les maisons sur rue, a la difference pres que la forme adoptee par ces dernieres n'est pas le carre mais plutot le [much less than]L allonge [much greater than], perpendiculaire la rue (17).

La structure de bois recouverte de briques sur les quatre cotes apparait apres 1870 comme le principal type de murs exterieurs, suivant exactement la tendance observee pour les maisons du quartiar construites sur la rue. Il est par contre tres etonnant de constater le nombre significatif de maisons recouvertes de bois qui se construisent encore entre 1870 et 1890 (environ 18 %, soit 34 des 186 nouvelles maisons repertoriees pendant cette periode), malgre un reglement municipal interdisant cetta pratique depuis... 1852 (18)!

Finalement, on ratrouve dans 8 % des maisons de fond de cour de 1920 une fonction connexe, c'est-a-dire une activite economique autre que residentielle. En 1900, la pourcentage est encore plus eleve. Malheureusement, si les sources a notre disposition ne nous permettent pas d'evaluer le nombre de ces fonctions attanantes au [XIX.sup.e] siecle, nous soupconnons que ce phenomene est encore plus important. Les fonctions connexes identifiees se repartissent egalement entre la transport (ecurie, garage d'auto), l'entreposage (foin, rebuts), les boulangerias et de petits ateliers (forgeron, cigarier, charpentier). Nonobstant une presence somme toute limitee de ces fonctions, elles contribuent a l'animation de la cour mais y degradent davantage les conditions de vie deja mauvaises.

Densification du tissu urbain

Une premiere approche pour l'etude de la densification serait la taille des batiments au plan horizontal. Or, bian que la superficie au sol des maisons sur rue (msR) augmante sans arret entre 1870 et 1920 (figure 5), celle des maisons de fond de cour cesse de croitre en 1890, puis se met diminuer. Si on additionne la superficie des deux batiments, on atteint une valaur de 1 800 [pi.sup.2] qui demeure constante entre 1890 et 1920. En considerant une superficie moyenne denviron 5 000 [pi.sup.2] pour les lots ou Ion retrouve les deux types de batiments (voir tableau 3), c'est donc 35 % du terrain qui est consacre directement a I'habitation dans un quartier ouvrier comme Papineau. On pourrait deduire, a I'analyse de la figure 5, que la maison sur rue croit au detriment de la maison de fond de cour, comme s'il y avait competition entre les deux types de batiments. Or, le comportement de la maison de fond de lot durant la meme periode est identique a celui de la maison de fond de cour (augmentation de la superficie jusqu'en 1890, puis diminution). Pourtant, la maison de fond de lot est seule sur le terrain; on ne peut donc parler ici de competition. A moins que I'on construise cette derniere en fonction d'une maison sur rue qui sera, un jour, construite 'a I'avant du lot. La maison de fond de lot ne serait alors qu'une maison de fond de cour en devenir, ce qui confirmerait I'hypothese, avancee par Gilles Lauzon, dune strategie d'occupation du lot par etapes pour certains proprietaires (voir la section Ajout de maisons).

Une deuxieme approche, la densification au plan vertical, nous est donnee par le nombre moyen d'etages (tableau 2). La hauteur moyenne des nouvelles maisons de fond de cour demeure constante a 2,08 jusqu'en 1900, puis augmente a 2,24. Autrement dit, la maison de fond de cour s'agrandit a I'horizontal au [XIX.sup.e] siecle (forme rectangulaire), puis adopte une forme carree et diminue de superficie, compensant la perte d'espace au sol par une plus grande elevation

Une troisieme approche, I'echelle de I'analyse, se limitera a la question du logement. Pendant toute la periode d'etude, la superficie des logements situes dans les maisons sur rue demeure stable 800 [pi.sup.2]. Par contre, la situation est differente pour les maisons de fond de cour. De 1870 a 1900, la superficie moyenne des logements de fond de cour diminue de 25 % pour chuter a 475 [pi.sup.2], puis demeure stable jusqu'en 1995. Vers 1900, les logements de fond de cour sont presque deux fois plus petits que ceux retrouves dans les maisons sur rue, ce qui correspond aux differences observees pour les valeurs de loyer inscrites dans les feuilles de route (voir la note 9). Pourquoi cette baisse de la superficie moyenne des logements de fond de cour au [XIX.sup.e] siecle, alors que pendant la meme periode, les maisons de fond de cour nouvellement construites sont plus grandes (figure 5)? II se pourrait que I'augmentation du nombre moyen de logements par maison, de 2,4 a 3,0 (tableau 2), vienne annuler et meme r enverser I'augmentation de la superficie au sol des nouvelles maisons. De plus, 20 % des maisons de fond de cour deja construites en 1870 et encore presentes en 1900 voient le nombre de leurs logements augmenter par subdivision 'interieur du batiment; donc davantage de logements sans augmentation de la superficie de ces maisons.

La diminution de la superficie des logements de fond de cour s'oppose aux resultats de Gilliland et Olson pour l'ensemble du parc immobilier montrealais la maison de fond de cour evolue dans le sens contraire de la tendance observee chez la majorite des maisons de Montreal (situees l'avant des lots). Malheureusement, nous ne pouvons conclure avec certitude une baisse de la surface habitable dans les maisons de fond de cour entre 1871 et 1900, faute de connaitre le nombre moyen de personnes par logement.

Une derniere approche, le degre de contiguite, correspond au nombre moyen de murs exterieurs d'une maison de fond de cour en contact avec un autre batiment (residentiel ou non) situe sur le lot ou sur un lot adjacent. Les resultats ainsi obtenus donnent une indication du degre de densification. Cette valeur augmente jusquen 1913 (tableau 1), puis diminue jusqu'en 1995. Une telle variation sexplique par les changements dans la superficie au sol des maisons de fond de cour et dans le nombre de dependances dans la cour (ecuries et hangars notamment). Par exemple, au [XX.sup.e] siecle, la superficie au sol des maisons de fond de cour diminue, et le nombre de batiments dans les cours arrieres decroit suite aux vigoureuses campagnes de demolition menees par les autorities municipales, d'ou une baisse du degre de contiguite.

Ces quelques resultats constituent une premiere tentative de caracterisation de la maison de fond de cour montrealaise. D'autres parametres meriteraient une analyse approfondie, notamment l'architecture de la facade. En effet, la consultation des plans anciens et les visites sur le terrain montrent que la facade des maisons de fond de cour ressemble beaucoup au mur arriere de la maison situee l'avant du lot, et ce, autant dans la forme que dans les materiaux et les couleurs utilises (figure 8). Une telle uniformite autour de la cour reflete une volonte de faire de cet espace un lieu organise, coherent et vivant, site de diverses activities liees autant au domaine du travail (atelier en fond de cour) qu'a celui du transport (ecuries et garage automobile), du jeu pour les enfants, des besoins corporels (toilettes exterieures), du lavage (corde linge) et, evidemment, du logement.

Le declin: quatre explications

L'objectif principal de cet article est d'expliquer la baisse du nombre de maisons de fond de cour Montreal apres 1900. Afin de valider les differentes hypotheses pouvant expliquer ce declin, les donnees de la figure 5 ont ete ventilees par quartier (19). En changeant l'echelle de l'analyse, I devient possible de mieux comprendre les forces en action. Les resultats kpresentes la figure 6 sont pour le moms surprenants. Dans tous les quartiers l'ouest du boulevard Saint-Laurent, le nombre de maisons est en baisse des 1880 I Dans lest de la ville, le meme phenomene ne debute qu'apres 1900 (1920 pour le quartier Papineau). Faut-il s'en etonner, il y a une division entre les univers anglophone et francophone. S'il est premature dexpliquer ces differences de baisses par des facteurs sociologiques ou culturels, on peut neanmoins affirmer quil existe une incidence geographique.

L'evolution du nombre de maisons de fond de cour resulte de deux actions qui ne sont pas sans rappeler les taux de natalite et de mortalite en demographie: 1[degrees] l'jout de maisons au parc immobilier (par construction, par conversion d'une maison de fond de lot ou par conversion d'un batiment non residentiel) l suppression de maisons de ce parc immobilier (par destruction, par conversion en maison de fond de lot ou par conversion en batiment non residentiel). Laddition de maisons de fond de cour diminue, sans s'arreter, sur lensemble du territoire etudie apres 1900, mais a un rythme different selon les quartiers :il s'en ajoute moms l'ouest du boulevard Saint-Laurent. Le processus cesse completement dans tous les quartiers apres 1920. Quant au rythme de suppression de maisons de fond de cour, il varie lui aussi selon les quartiers, ce taux etant plus eleve pour les quartiers de l'ouest de Montreal. Par consequent, le declin des maisons de fond de cour s'amorce plus rapidement dans les quartiers Sainte-Ann e, Saint-Joseph, Saint-Georges et Saint-Laurent que dans les quartiers de l'est de la ville.

Les donnees statistiques d'ajout et de suppression par quartier confirment I'incidence de facteurs geographiques dans l'evolution de la maison de fond de cour. Plus encore, elles ont aussi permis d'infirmer ou de valider les differentes hypotheses expliquant le declin de ce type d'habitation. En resume, on peut expliquer le declin des maisons de fond de cour a Montreal par I'action combinee de quatre processus.

La reglementation municipale

La seule raison proposee avant 1992 pour expliquer le declin etait celle de l'action energique et determinee de la Vill de Montreal. Sous I'impulsion du reformiste H. B. Ames, elu echevin en 1900 (20), on durcit les reglements municipaux concernant les maisons de fond de cour (21). Le depouillement de tous ls reglements des services d'incendie, d'hygiene publique, d'aqueduc et de voirie (chaussee, trottoir et egouts) de 1841 a 1948 a revele l'existence de plus d'une vingtaine d'articles relies de pres ou de loin aux maisons de fond de cour. Des la creation de la Cite de Montreal, on tente de controler, souvent timidement, l'espace situe a l'arriere des maisons. Mais jamais on ne votera de reglement forcant la demolition des maisons de fond de cour ou empechant leur construction. Par contre, l'article a. 104 du reglement R. 260 adopte le 1er fevrier 1904 vient pour la premiere fois imposer des contraintes a l'erection d'une nouvelle maison de fond de cour. Desormais, il faut respector des distances mini-males a l'avant et a l'arriere de cette derniere, c'est-a-dire par rapport a la maison sur rue (bref la cour) et par rapport au fond du lot. Ces distances dependent du nombre d'etages de chacun des batiments sur le lot. L'objectif avoue est d'essainir les cours arrieres en permettant une meilleure aeration et un plus grand ensoleillement. Ces contraintes auraient-elles sonne le glas des maisons de fond de cour, en rendant plus difficile leur construction sur un terrain? II semble que non.

Afin de verifir I'impact du reglement, nous avons confronte les contraintes de distances imposees a partir de 1904 a la realite revelee par les plans anciens. Les resultats sont surprenants. Des 1870, pres de 80% des cas analyses respectent la distance imposee 30 ans plus tard entre la maison de fond de cour et la maison sur rue ; ce pourcentage ne change pas apres l'adoption du reglement. De plus, si seulement 20% des maisons respectent la distance avec le fond du lot avant 1907, ce pourcentage ne change pas non plus par la suite. Bref, le reglement de 1904 ne fait qu'enteriner certainers pratiques en vigueur depuis des decennies, sans reussir a changer certaines autres. Cela s'explique probablement par la difficulte a faire appliquer ce reglement, par la penurie de ressources (les directeurs se plaignent souvent du manque d'inspecteurs a leur disposition) et par la position des maisons de fond de cour en retrait de la rue, loin du regard inquisiteur des fonctionnaires.

Si l'adoption du reglement R.260 coincide avec le declin de la maison de fond de cour, il n'explique ni la difference des baisses entre les quartiers, ni le fait que certaines de ces baisses soient deja en cours en 1880, soit 20 ans plus tot. II faut donc chercher ailleurs la cause du declin.

Le lot de 25 pieds de largeur

Les resultats exposes a la section sur la densification laissent entrevoir une possible relation entre l'evolution de la maison de fond de cour et la dimension du lot ou on la construit. La figure 7 montre que 88 % des maisons de fond de cour construites apres 1880 l'ont ete dans la zone urbanisee... avant 1880. Les resultats sur l'ensemble du territoire d'etude confirment egalement cette observation. Pourquoi cette attirance pour les secteurs anciens ? La reponse reside dans la dimension du lot. La figure 7 montre l'emplacement des lots de 25 pieds de facade et moins. IIs sont pour la plupart situes dans les secteurs developpes apres 1880.

Avant 1880, le lot le plus commun possede une dimension de 40 pieds sur 105 pieds. A partir de 1880, le lot de 25 pieds de facade sur 80 pieds de profondeur s'impose (tableau 4). La diminution de la largeur des terrains survient suite a la modification du Code du batiment en 1865, lequel exige dorenavant une distance maximale de 25 pieds entre deux murs porteurs (22). L'apparition des ruelles au centre des ilots dans la deuxieme moitie du [XIX.sup.e] siecle contribue a diminuer la profondeur des lots. Consequence directe de ces changements, la superficie moyenne des nouveaux lots diminue de pres de 50 % entre 1870 et 1920. Nous avons essaye de disposer deux maisons sur un meme lot en utilisant les dimensions moyennes tirees des plans anciens et les specifications contenues dans le R.260 de fevrier 1904. Apres 1890, il devient de plus en plus difficile, sinon impossible, de placer deux edifices sur un lot de 25 pieds de facade; un des deux doit disparaitre, et ce sera celui dans la cour.

La maison de fond de cour reste donc confinee a des terrains de grandes dimensions (tableau 3), avec une largeur de facade suffisante pour permettre un acces de la rue a la cour, et d'assez grande profondeur afin de permettre un ensoleillement et une aeration adequats dans la cour. Ces grands terrains ne se retrouvent que dans les anciens quartiers centraux de Montreal. Tous les nouveaux secteurs en developpement a Montreal demeurent inaccessibles a la maison de fond de cour, car les lots n'y sont pas assez larges et profonds. II y est impossible de percer une porte cochere au rez-de-chaussee de la maison sur rue sans hypothequer severement la dimension des logements a cet etage. De plus, la presence d'une maison a l'arriere du lot rend impossible toute communication entre la cour et la ruelle. Bref, au plan organique, la maison de fond de cour n'a plus sa place sur les lots de tous les quartiers montrealais developpes apres 1880.

Mais cette raison, tout aussi interessante soit-elle, n'explique que partiellement le declin de la maison de fond de cour. En effet, pourquoi ne pas continuer au [XX.sup.e] siecle a eriger des maisons de fond de cour sur les grands terrains des quartiers centraux? De plus, comment expliquer la demolition des maisons de fond de cour?

L'expansion du centre-ville

Les quartiers ou se trouvent les plus grands lots correspondent aux anciens faubourgs situes autour du Vieux-Montreal, autre-fois le centre-ville de Montreal (figure 3). Jusqu'en 1930, la croissance economique de Montreal et le necessaire deploiement des activites de son centre-ville se deroulent dans les quartiers limitrophes du Vieux-Montreal (23). Cette expansion aurait-elle eu un quelconque impact sur le tissu urbain de ces quartiers, et par le fait meme sur l'evolution des maisons de fond de cour ? Afin de repondre a cette question, nous avons analyse la vocation des lots immediatement apres la disparition de ces habitations (tableau 5).

La premiere serie de mesures implique les lots ou la vocation residentielle est preservee, implicitement dans la maison sur rue a l'avant du lot. Avant 1900, le recyclage (le batiment dans la cour est conserve, mais il n'y a plus de logements) est la principale cause de disparition des maisons de fond de cour (dans notre article, la disparition d'un batiment residentiel ne signifie pas necessairement sa destruction). Bien qu'on elmine la fonction residentielle a l'arriere du lot, on semble vouloir garder dans la cour une densite importante du bati et un certain niveau d'activites. Mais apres 1900, la destruction pure et simple des maisons de fond de cour devient la principale cause de disparition; assainir la cour rime avec eclaircir l'interieur des ilots.

La deuxieme serie de mesures concerne les lots ou la vocation residentielle disparait (y compris la maison sur rue), remplacee par une activite economique associee davantage au centre-ville. Peu importe la periode de reperage, la conversion de maisons de fond de cour demeure negligeable. On demolit plutot tout ce qu'il y a sur le terrain, et souvent sur plusieurs lots adjacents, afin de construire de plus grosses infrastructures.

Prises dans leur ensemble, les donnees du tableau 5 indiquent que 50 % des maisons de fond de lot sont detruites entre 1900 et 1955 pour faire place aux industries, aux commerces, aux institutions ou aux transports (surtout ferroviaires). Si on reprend l'analyse par quartier, on obtient des resultats revelateurs. De 1880 a 1900, pour tous les quartiers de l'ouest de la ville, la destruction de maisons avec perte de vocation residentielle du lot compte pour 38 % des disparitions de maisons de fond de cour, alors que pour la meme periode, ce taux n'est que de 11 % dans les quartiers de l'est de la ville. Autrement dit, l'expansion des activites du centre-ville au [XIX.sup.e] siecle affecte davantage les secteurs a l'ouest du boulevard Saint-Laurent, en raison notamment du developpement industriel le long du canal de Lachine (Griffintown et Pointe-Saint-Charles), de la croissance des infrastructures ferroviaires autour de la gare Bonaventure, et du deplacement du centre des affaires vers le nord-ouest du Vieux-M ontreal. Dans lest de la ville, le phenomene survient tardivement, vers le milieu du [XX.sup.e] siecle, avec l'agrandissement de la Brasserie Molson, l'elargissement de la rue Dorchester ou la construction des Habitations Jeanne-Mance, de la Place Desjardins ou de la Malson de Radio-Canada. Voila l'explication des differences observees dans les courbes de la figure 6.

Au-dela de la simple destruction de maisons de fond de cour, expansion des activites du centre-ville entraine a perte irreversible de lots vocation residentielle. Lorsque l'on construit une usine, un chemin de fer, une autoroute ou un gratte-ciel, il n'y a plus de retour en arriere possible. Par consequent, la maison de fond de cour se retrouve confinee un territoire (les vieux quartiers centraux avec des lots de 40 pieds de facade) qui ne peut plus s'etendre vers la peripherie (ce terrain est dorenavant occupe par les lots de 25 pieds de facade) et qui retrecit avec l'expansion du centre-ville. Ainsi, non seulement se detruit-il davantage de maisons de fond de cour dans les quartiers de I'ouest de Montreal pendant Ia periode de 1880-1900, mais il s'en construit moms parce qu'il y a diminution du nombre de lots residentiels disponibles.

Ce troisieme facteur, combinee celui des lots 25 pieds, explique pourquoi la construction de maisons de fond de cour baisse entre 1880 et 1920. De plus, I explique la demolition de pres de 50 % de ces habitations. Mais il ne repond pas adequatement a la question suivante: pourquoi cesse-t-on to-talement de construire des maisons de fond de cour Montreal au [XX.sup.e] siecle?

L'exode urbain

Parallelement a l'expansion du centre-ville, on assiste au tournant du [XX.sup.e] siecle a une migration intra-urbaine. Les gens quittent les anciens quartiers devenus insalubres pour de nouveaux secteurs ou Ia qualite des maisons et les conditions de vie sont meilleures. La construction residentielle s'arrete completement dans la vieille ville, alors que la construction de maisons atteint des niveaux inegales dans les banlieues et les quartiers en peripherie de la zone urbaine. La population des quartiers centraux plafonne, voire meme diminue, au profit des anciennes banlieues annexees Montreal apres 1900. Les conditions de vie des classes ouvieres s'ameliorent tres lentement. Lexpansion du reseau de tramways suite I'electrification des lignes ouvre de nouveaux territoires lurbanisation. Les habitants quittent de plus en plus le bas de la ville pour s'installer dans Villeray, Rosemont ou Vilie Emard, par exemple.

La consequence de cet exode urbain est qu'il n'y a plus de marche pour la maison de fond de cour. Seuls quelques Montrealais peu fortunes accepteraient de vivre dans ce type d'habitation. Desormais, les locataires se tournent vers les maisons sur rue qui ont une marge de recul par rapport au trottoir, avec une cour privee et des logements de meilleure qualite (pieces plus grandes et plus nombreuses). La demande pour les maisons de fond de cour n'etant plus la, on cesse d'en construire. Au mieux maintient-on le stock existant, au pire le laisset-on aller a l'abandon.

Conclusion

La maison de fond de cour typique est un deux-plex carre ou un quatre-plex rectangulaire de deux etages, de facture architecturale tres simple, adaptee un marche locatif bas de gamme. Ce type d'habitation semble adopter plusieurs des innovations technologiques du [XIX.sup.e] siecle dans le domaine de la construction residentielle. Par exemple, le toit plat et les murs exterieurs en charpente de bois recouverte de brique s'imposent rapidement apres 1870, Jusqu'en 1890, la forme de la maison passe du rectangle au carre. La dimension au sol de la maison de fond de cour augmente au meme rythme que celle de la maison sur rue, bien que cette derniere demeure plus grande en tout temps.

Mais partir de la decennie 1890-1900, la maison de fond de cour est incapable d'integrer les nouvelles tendances dans le domaine de la construction, Elle n'adopte pas la forme en [much less than]L[much greater than] Le tripiex ne reussit pas a s'imposer. La dimension au sol commence diminuer, contrairement la maison sur rue. La taille des logements de fond de cour est deux fois plus petite que celle des logements situes sur le bord de la rue. La maison de fond de cour conserve une typologie residentielle maintenant depassee. Ce faisant, elle se place hors circuit du marche locatif et se condamne a vegeter, voire disparaitre du paysage montrealais

L'eutde de la disposition des batiments sur le lot revele un antagonisme entre la maison de fond de cour et la maison sur rue. Les lots crees la fin du [XIX.sup.e] siecle sont de plus en plus petits. Vers 1900, il devient difficile, voire impossible, de faire cohabiter sur un meme lot les deux types d'habitation. Lun des deux doit disparaitre, et ce sera la maison de fond de cour. Par consequent, il ne reste plus a cette derniere qu'un bien petit espace pour se [much less than]reproduire[much greater than]: les anciens quartiers ou la grandeur des lots permet encore la coexistence entre une maison de fond de cour et une maison sur rue. Or, vers la fin du [XIX.sup.e] siecle, ces anciens quartiers subissent de profondes mutations.

Le centre-ville, autrefois confine au Vieux-Montreal, s'etend graduellement au tournant du siecle; les activites qui lui sont habituellement associees debordent sur les quartiers environnants, avec une tendance a se deplacer vers l'ouest et le nord de la ville. La consequence directe de ce redeploiement est double: la destruction d'un grand nombre de maisons qui, normalement, auraient du persister dans le decor montrealais, et la perte irreversible de lots residentiels ou l'on aurait pu construire de nouvelles habitations. La maison de fond de cour est condamnee a disparaitre par asphyxie de son aire naturelle de distribution.

En resume, on peut expliquer le declin des maisons de fond de cour a Montreal par laction combinee de quatre processus. II serait difficile

de chiffrer I'impact relatif de chacun deux. Aussi nous contenterons-nous de les classer par ordre decroissant d'importance:

[1.sup.o] l'exode urbain et absence de marche pour ce type d'habitati on;

[2.sup.o] la generalisation du lotissement de 25 pieds de facade;

[3.sup.o] l'expansion du centre-ville qui detruit les vieux quartiers centraux;

[4.sup.o] la reglementation municipale, notamment le reglement R.260 sur le Code du batiment.

L'absence de marche pour la maison de fond de cour a contribue fortement a son declin. Or, paradoxalement, c'est tout a fait le contraire qui se passe actuellement et qui permet d'esperer la preservation des soixante et quelques maisons encore existantes. En effet, les visites sur le terrain et les echanges avec les residents et les proprietaires des maisons de fond de cour nous amenent a constater que ce type d'habitation est particulierement recherche depuis quelques annees! Dans une ville ou l'automobile est reine, la maison de fond de cour constitue un havre de paix, un espace intime apprecie au coeur du tourbilion de la vie urbaine. Les nouveaux residents sont musiciens, artistes, etudiants universitaires ou employes de firmes de multimedia ou du domaine de la television et du cinema. Sous la force de la [much less than]gentrification[much greater than] a l'ceuvre dans les quartiers centraux, on a renove avec soin un bon nombre des maisons de fond de cour restantes et amenage en petits jardins les cours interieures (figure 9); l'acces a plusieurs d'entre elles est dorenavant interdit aux non-residents par de lourds griliages cadenasses places a l'entree des portes cocheres (figure 10).

Le present article se voulait une incursion dans le monde peu connu et peu etudie de la maison de fond de cour. Le depouillement comparatif de deux sources independantes et fiables nous permet de croire que la majorite de ces maisons construites entre 1880 et 1920 ont ete retracees. Les resultats obtenus ont depasse les objectifs de depart en soulignant l'importance du lotissement dans la morphologie urbaine et la typologie residentielle. Mais tout n'a pas ete dit, loin de la. La prochaine etape consisterait depouiller les recensements decennaux, afin de lever le voile sur les conditions socio-economiques des residents des maisons de fond de cour. De plus, des entrevues avec d'anciens occupants des maisons de fond de cour sont toujours possibles, ce type d'habitat faisant encore partie du paysage urbain apres la Deuxieme Guerre mondiale. Les donnees ainsi recueiilies ouvriraient de nouvelles pistes de recherche.

Par exemple, il serait interessant de verifier les liens socioeconomiques et familiaux entre les occupants de la maison de fond de cour et ceux de la maison a l'avant du lot. Connaissant la taille des manages, nous pourrions aussi calculer la surface habitable et comparer les resultats avec ceux de Gilliland et Olson pour l'ensemble des maisons montrealaises. Y a-t-il sur-population dans les petits logements de fond de cour, ou y retrouve-t-on plutot des menages de taille plus modeste que dans les logements sur rue? Si la deuxieme possibilite s'avere exacte, la maison de fond de cour sert-elle de phase de transition certaines etapes de la vie de personnes seules (recente migration d'un paysan en ville en attendant le reste de sa famille, pied-a-terre pour des travailleurs saisonniers issus de la campagne, celibat ou veuvage) ? Connaitre la provenance des residents des maisons de fond de cour permettrait egalement de mieux cerner l'importance de la mobilite spatiale comme moyen d'integration dans la ville (pou r les nouveaux urbains) ou comme moyen de survie pour les families ouvrieres. L'etude des relations entre les families partageant une meme cour pourrait mettre en evidence l'importance de la solidarite sociale et communautaire dans le quotidien des quartiers ouvriers. Bref, le chemin est maintenant ouvert pour quiconque desire etudier et comprendre mieux la vie des gens modestes en milieu ouvrier.

[FIGURE 2 OMITTED]

[FIGURE 4 OMITTED]

[FIGURE 5 OMITTED]

[FIGURE 6 OMITTED]
Tableau 1

Position sur le lot, acces a la rue et degre de contiguite des maisons
de fond de cour a chaque annee de reperage, quartier Papineau, 1870-1995

 1870 1880
 nbre % nbre

Position sur le lot
touche a 1 cote 15 25 19
touche a 1 cote + arriere 22 37 39
touche a 2 cotes + arriere 19 32 34
touche a l'arriere seulement 3 5 4
au milieu de la cour 0 0 0
total 59 100 96

Acces a la rue
 par une allee 41 68 54
 par une porte cochere 19 32 33
 de la cour a une rue de cote 2 3 2
 total 60 100 87

Murs contigus (a)
 0 5 8 8
 1 21 34 33
 2 24 39 32
 3 12 19 26
 total 62 100 99
 degre de contiguite (b) 0,56

 1880 1890
 % nbre

Position sur le lot
touche a 1 cote 20 26
touche a 1 cote + arriere 41 50
touche a 2 cotes + arriere 35 65
touche a l'arriere seulement 4 8
au milieu de la cour 0 0
total 100 149

Acces a la rue
 par une allee 62 67
 par une porte cochere 38 85
 de la cour a une rue de cote 2 3
 total 100 152

Murs contigus (a)
 0 8 14
 1 33 45
 2 32 57
 3 26 39
 total 100 155
 degre de contiguite (b) 0,59 0,59

 1890 1900
 % nbre %

Position sur le lot
touche a 1 cote 17 27 15
touche a 1 cote + arriere 34 58 32
touche a 2 cotes + arriere 44 87 49
touche a l'arriere seulement 5 7 4
au milieu de la cour 0 0 0
total 100 179 100

Acces a la rue
 par une allee 44 73 40
 par une porte cochere 56 108 60
 de la cour a une rue de cote 2 6 3
 total 100 181 100

Murs contigus (a)
 0 9 22 12
 1 29 43 23
 2 37 67 36
 3 25 54 29
 total 100 186 100
 degre de contiguite (b) 0,60

 1907 1913
 nbre % nbre

Position sur le lot
touche a 1 cote 24 13 22
touche a 1 cote + arriere 62 34 79
touche a 2 cotes + arriere 88 49 90
touche a l'arriere seulement 7 4 8
au milieu de la cour 0 0 0
total 181 100 199

Acces a la rue
 par une allee 65 35 72
 par une porte cochere 120 65 133
 de la cour a une rue de cote 4 2 3
 total 185 100 205

Murs contigus (a)
 0 18 10 13
 1 39 21 51
 2 77 41 86
 3 55 29 58
 total 189 100 208
 degre de contiguite (b) 0,63

 1913 1920
 % nbre

Position sur le lot
touche a 1 cote 11 19
touche a 1 cote + arriere 40 78
touche a 2 cotes + arriere 45 87
touche a l'arriere seulement 4 8
au milieu de la cour 0 0
total 100 192

Acces a la rue
 par une allee 35 71
 par une porte cochere 65 129
 de la cour a une rue de cote 1 2
 total 100 200

Murs contigus (a)
 0 6 21
 1 25 45
 2 41 91
 3 28 45
 total 100 202
 degre de contiguite (b) 0,64 0,60

 1920 1955
 % nbre %

Position sur le lot
touche a 1 cote 10 15 10
touche a 1 cote + arriere 41 66 42
touche a 2 cotes + arriere 45 69 44
touche a l'arriere seulement 4 6 4
au milieu de la cour 0 0 0
total 100 156 100

Acces a la rue
 par une allee 36 57 35
 par une porte cochere 65 108 65
 de la cour a une rue de cote 1 1 1
 total 100 165 100

Murs contigus (a)
 0 10 20 12
 1 22 49 30
 2 45 68 41
 3 22 29 17
 total 100 166 100
 degre de contiguite (b) 0,55

 1994
 nbre %

Position sur le lot
touche a 1 cote 1 4
touche a 1 cote + arriere 9 39
touche a 2 cotes + arriere 12 52
touche a l'arriere seulement 1 4
au milieu de la cour 0 0
total 23 100

Acces a la rue
 par une allee 7 30
 par une porte cochere 16 70
 de la cour a une rue de cote 0 0
 total 23 100

Murs contigus (a)
 0 8 35
 1 11 48
 2 3 13
 3 1 4
 total 23 100
 degre de contiguite (b) 0,30

Sources: plans d'utilisation du sol, plans d'assurance incendie et
feuilles de route.

(a)les valeurs indiquent le nombre de maisons de fond de cour avec 0, 1,
2 ou 3 murs contigus.

(b)ce parametre est calcule en divisant la moyenne totale du murs
mitoyens par trois (soit le nombre maximum de murs pour une maison).

Tableau 2

Nombre de logements et d'etages de maisons de fond de cour nouvellement
contruites, par periode de reperage, Montreal

 avant 1880
 nombre d'etages
Type de maison (a) 1 1 1/2 2 2 1/2 3

unifamiliale 4 8 47 3 4
deux-plex 1 6 53 4 4
trois-plex 0 1 8 1 1
quatre-plex 0 2 33 10 3
cinq-plex et plus 0 0 10 0 4
total (nbre) 5 17 151 18 16
total (%) 2% 8% 73% 9% 8%
nombre moyen
de logements (c) 2,40

 avant 1880 1880-1900
 total etages nombre d'etages
Type de maison (a) nbre % moy (b) 1 1 1/2

unifamiliale 66 32% 3 1
deux-plex 68 33% 1 1
trois-plex 11 5% 2,06 0 0
quatre-plex 48 23% 0 0
cinq-plex et plus 14 7% 0 0
total (nbre) 207 100% 4 2
total (%) 100% 2% 1%
nombre moyen
de logements (c)

 1880-1900
 nombre d'etages total
Type de maison (a) 2 2 1/2 3 nbre %

unifamiliale 8 0 0 12 7%
deux-plex 60 0 1 63 39%
trois-plex 2 1 8 11 7%
quatre-plex 58 2 2 62 38%
cinq-plex et plus 8 1 5 14 9%
total (nbre) 136 4 16 162 100%
total (%) 84% 2% 10% 100%
nombre moyen
de logements (c) 3,02

 1880-1900 1900-1920
 etages nombre d'etages
Type de maison (a) moy (b) 1 1 1/2 2 2 1/2

unifamiliale 3 0 6 0
deux-plex 0 0 43 0
trois-plex 2,08 0 0 3 0
quatre-plex 0 0 22 1
cinq-plex et plus 0 0 0 0
total (nbre) 3 0 74 1
total (%) 3% 0% 70% 1%
nombre moyen
de logements (c)

 1900-1920
 nombre total etages
 d'etages
Type de maison (a) 3 nbre % moy (b)

unifamiliale 0 9 8%
deux-plex 4 47 44%
trois-plex 16 19 18% 2,24
quatre-plex 0 23 22%
cinq-plex et plus 8 8 8%
total (nbre) 28 106 100%
total (%) 26% 100%
nombre moyen
de logements (c) 2,75

Source: plans d'utilisation du sol, plans d'assurance incendie et
feuilles de route.

(a)ne furent considerees que les maisons avec au moins un logement et
sans fonction connexe.

(b)nombre obtenu en multipliant le nombre de maisons par le nombre
d'etages, puis en divisant par le nombre total de maisons.

(c)nombre obtenu en multipliant le nombre de maisons par le nombre de
logements (5 pour les cinq-plex), puis en divisant par le nombre total
de maisons.

Tableau 3

Nombre de maisons de fond de cour construites, selon la largeur du lot,
par periode de reperage, Papineau, 1870-1920

largeur des lots avant 1870 1870-1880
 n % n

l <= 25 pieds 12 19% 2
25 <1 <= 50 pieds 38 61% 33
50 <l 12 19% 6
largeur moyenne (pi.) 47.2
profondeur moyenne (pi.) 108.4
superficie moyenne ([pi.sup.2]) 5045

largeur des lots 1870-1880 1880-1890
 % n

l <= 25 pieds 5% 2
25 <1 <= 50 pieds 80% 28
50 <l 15% 3
largeur moyenne (pi.) 44.5 44.4
profondeur moyenne (pi.) 110.0 112.9
superficie moyenne ([pi.sup.2]) 4965 5028

largeur des lots 1880-1890 1890-1900
 % n %

l <= 25 pieds 6% 2 5%
25 <1 <= 50 pieds 85% 32 86%
50 <l 9% 3 8%
largeur moyenne (pi.) 43.8
profondeur moyenne (pi.) 107.6
superficie moyenne ([pi.sup.2]) 4760

largeur des lots 1900-1907 1907-1913
 n % n

l <= 25 pieds 1 9% 0
25 <1 <= 50 pieds 8 73% 23
50 <l 2 18% 4
largeur moyenne (pi.) 49.5
profondeur moyenne (pi.) 115.0
superficie moyenne ([pi.sup.2]) 6075

largeur des lots 1907-1913 1913-1920
 % n

l <= 25 pieds 0% 1
25 <1 <= 50 pieds 85% 4
50 <l 15% 0
largeur moyenne (pi.) 55.2 37.0
profondeur moyenne (pi.) 109.3 103.0
superficie moyenne ([pi.sup.2]) 6490 3775

largeur des lots 1913-1920
 %

l <= 25 pieds 20%
25 <1 <= 50 pieds 80%
50 <l 0%
largeur moyenne (pi.)
profondeur moyenne (pi.)
superficie moyenne ([pi.sup.2])

Sources: plans d'utilisation du sol, plans d'assurance incendie et
feuilles de route.

Tableau 4

Lots residentiels, premiere occupation, par periode de reperage,
quartier Papineau

 avant 1870
 n %

largeur des lots
 I <= 25 pieds 89 17%
 25 < I <= 50 pieds 356 66%
 50<I 91 17%
largeur mayenne (pi.) 46.2
largeur la plus frequente (pi.) 40
profondeur moyenne (pi.) 91.5
profondeur la plus frequente (pi.) 105
superficie mayenne ([pi..sup.2]) 4275

 1870-1880
 n %

largeur des lots
 I <= 25 pieds 25 6%
 25 < I <= 50 pieds 343 86%
 50<I 30 8%
largeur mayenne (pi.) 43.8
largeur la plus frequente (pi.) 40
profondeur moyenne (pi.) 100.0
profondeur la plus frequente (pi.) 105
superficie mayenne ([pi..sup.2]) 4280

 1880-1890
 n %

largeur des lots
 I <= 25 pieds 79 44%
 25 < I <= 50 pieds 90 50%
 50<I 10 6%
largeur mayenne (pi.) 37.4
largeur la plus frequente (pi.) 25 et 50
profondeur moyenne (pi.) 84.0
profondeur la plus frequente (pi.) 80
superficie mayenne ([pi..sup.2]) 3060

 1890-1900
 n %

largeur des lots
 I <= 25 pieds 106 62%
 25 < I <= 50 pieds 60 35%
 50<I 4 2%
largeur mayenne (pi.) 32.0
largeur la plus frequente (pi.) 25
profondeur moyenne (pi.) 84.6
profondeur la plus frequente (pi.) 80
superficie mayenne ([pi..sup.2]) 2700

 1900-1907
 n %

largeur des lots
 I <= 25 pieds 72 52%
 25 < I <= 50 pieds 64 46%
 50<I 3 2%
largeur mayenne (pi.) 33.1
largeur la plus frequente (pi.) 25
profondeur moyenne (pi.) 81.1
profondeur la plus frequente (pi.) 80
superficie mayenne ([pi..sup.2]) 2690

 1907-1913
 n %

largeur des lots
 I <= 25 pieds 228 74%
 25 < I <= 50 pieds 79 26%
 50<I 2 1%
largeur mayenne (pi.) 30.0
largeur la plus frequente (pi.) 25
profondeur moyenne (pi.) 80.4
profondeur la plus frequente (pi.) 80
superficie mayenne ([pi..sup.2]) 2420

 1913-1920
 n %

largeur des lots
 I <= 25 pieds 173 91%
 25 < I <= 50 pieds 16 8%
 50<I 1 1%
largeur mayenne (pi.) 26.8
largeur la plus frequente (pi.) 25
profondeur moyenne (pi.) 83.7
profondeur la plus frequente (pi.) 85
superficie mayenne ([pi..sup.2]) 2298

Sources: plans d'utilisation du sol et plans d'assurance incendie

Tableau 5

Disparition de maisons defond de fond de cour par destruction ou par
recylage, selon la preservation ou la perte de la fonction residentielle
du lot, par periode de reperage, Montreal, 1880-1995

 1880-1900
raisons n % (a)

Preservation de la vocation
 residentielle du lot
 recyclage en dependance de la 89 32%
 maison sur rue
 destruction, maison sur rue 58 21%
 identique
 destruction, maison sur rue plus 40 14%
 grande
 destruction, remplacement par une 26 9%
 autre mfc

Total 213 76%

Perte de la vocation residentielle
 du lot
 recyclage en commerce ou 7 3%
 industrie
 destruction, remplacement par 43 15%
 commerce ou industrie
 destruction, remplacement par 17 6%
 infrastructure de transport

Total 67 24%

TOTAL 280

 1900-1920
raisons n % (a)

Preservation de la vocation
 residentielle du lot
 recyclage en dependance de la 50 15%
 maison sur rue
 destruction, maison sur rue 85 26%
 identique
 destruction, maison sur rue plus 42 13%
 grande
 destruction, remplacement par une 16 5%
 autre mfc

Total 193 58%

Perte de la vocation residentielle
 du lot
 recyclage en commerce ou 22 7%
 industrie
 destruction, remplacement par 96 29%
 commerce ou industrie
 destruction, remplacement par 19 6%
 infrastructure de transport

Total 137 42%

TOTAL 330

 1920-1955
raisons n % (a)

Preservation de la vocation
 residentielle du lot
 recyclage en dependance de la 14 6%
 maison sur rue
 destruction, maison sur rue 62 25%
 identique
 destruction, maison sur rue plus 39 16%
 grande
 destruction, remplacement par une 1 0%
 autre mfc

Total 116 46%

Perte de la vocation residentielle
 du lot
 recyclage en commerce ou 10 4%
 industrie
 destruction, remplacement par 75 30%
 commerce ou industrie
 destruction, remplacement par 50 20%
 infrastructure de transport

Total 135 54%

TOTAL 251

 1955-1995
raisons n % (a)

Preservation de la vocation
 residentielle du lot
 recyclage en dependance de la 0 0%
 maison sur rue
 destruction, maison sur rue 132 44%
 identique
 destruction, maison sur rue plus 89 30%
 grande
 destruction, remplacement par une 0 0%
 autre mfc

Total 221 74%

Perte de la vocation residentielle
 du lot
 recyclage en commerce ou 0 0%
 industrie
 destruction, remplacement par 71 24%
 commerce ou industrie
 destruction, remplacement par 8 3%
 infrastructure de transport

Total 79 26%

TOTAL 300

Sources: plans d'utilisation du sol, plans d'assurance incendie et
feuilles de reoute.

(a)pourcentages exprimes em fonction du total de maisons disparues dans
la periode.


Notes

(1.) Cet article constitue un resume du memoire de maitrise de l'auteur, intitule Un type de maison ouvriere : le declin de la maison de fond de cour a Montreal, 1880-1920, Universite du Quebec a Montreal, departement d'histoire, decembre 1996, 227 pages.

(2.) L'auteur tient a remercier chaleureusement son directeur de memoire Jean-Claude Robert et son co-directeur David Hanna, sa conjointe Johanne Paquette et sa directrice de these Sherry Olson pour leur disponibilite, leurs encouragements et leurs commentaires.

(3.) [much less than]Si quelqu'un desire savoir ou se trouvent I'ivrognerie et le crime, la maladie et la mort, la pauvrete et la detresse dans l'Quest de Montreal, il n'a qu'a rechercher les maisons de fond de cour. (...) La maison de fond de cour doit disparaitre. [much greater than], in Herbert Brown Ames, The City Below the Hill, Toronto, University of Toronto Press, 1972, p.45.

(4.) La maison de fond de cour est une habitation cachee de la rue et destinee a une population tres pauvre. Pour ces raisons, les autorites de l'epoque lui ont accorde peu d'attention. Les sources primaires et secondaires avant 1880 y font peu allusion, ce qui rend son reperage tres difficile avant cette date.

(5.) Le traitement accorde par les chercheurs a la maison de fond de cour montrealaise est generalement bref. Outre les ouvrages cites ailleurs dans cet article, on peut consulter les sources suivantes : Philip P. Carpenter, [much less than] On the Relative Value of Human Life in Different Parts of Canada [much greater than], Canadian Naturalist and Geologist, 1859, p. 182-183 ; Real Belanger, George S. Mooney et Pierre Boucher, Les vieux logements de Montreal : Rapport d'une etude faite pendant l'ete 1937, Montreal, Commission metropalitaine de Montreal, 1938, p.20 ; Stuart Wilson, [much less than] A Part of Le Faubourg [much greater than], Journal of the Royal Architectural Institute of Canada (Architecture Canada), vol. 43, n[degrees] 11, 1966, p. 73-74; Michel Barcelo, [much less than] Montreal Planned and Unplanned [much greater than], Architectural Design, vol. 37, juillet 1967, p. 309 ; Jean-Claude Marsan, Montreal en evolution, Montreal, Fides, 1974, p. 271-273; Jean-Claude Marsan, [much less than] L' habitation type montrealaise au tournant du siecle [much greater than], Critere, n[degrees] 10, 1974, p. 177-179; David B. Hanna, The Layered City: A Revolution in Housing in Mid-Nineteenth Century Montreal, Montreal, departement de geographie, Universite McGill, 1986, p. 4 et 8 ; Patricia A. Thornton, Sherry Olson et Thay Thach, Infant Mortality in Montreal in 1860: The Roles of Culture, Class and Habitat, Call. "Share Spaces / Partage de l'espace [much greater than], n[degrees] 9, septembra 1987, p. 11.

(6.) Un depouillement sommaire des annuaires Lovell montre que le nombre d'inscriptions portant la lettre [much less than] r [much greater than], pour rear (logement arriere), augmente apres 1865, se stabilise vars 1900, puis decroit. Mais pour diverses raisons, le Lovell demeure une source peu fiable pour le reperage des maisons de fond de cour.

(7.) Jusqu'au debut du [XX.sup.e] siecle, Montreal est une ville de faible etendue ou I'on se deplace a pied. La zone urbaine s'agrandira vraiment avec l'accessibilite de la classe ouvriere au transport en commun (tramway electrique), puis au transport prive (automobile).

(8.) Jason Gilliland at Sherry Olson, [much less than] Claims on Housing Space in Nineteenth-Century Montreal [much greater than], Urban History Review / Revue d'histoire urbaine, vol. XXVI, n[degrees] 2, mars 1998. Selon ces auteurs, le nombre moyen de personnes par logement diminue de 6 a 5 entre 1861 at 1871, puis reste stable jusqu'en 1901 (cette valeur est actuellement inferieure a 3). Pendant ces 40 annees, le nombre moyan de pieces par logement passe de 4,6 a 5,7 (le mode passe de 3 a 4). Bret, avec de moins en moins de personnes dans des logements qui ont de plus en plus de pieces, la surface habitable augmente dans la deuxieme moitie du [XIX.sup.e] siecle.

(9.) Dans les roles d'evaluation, le loyar des logements en fond de cour est regulierement 50% inferieur a celui des logements sur rue.

(10.) Bettina Bradbury, Families ouvrieres a Montreal: age, genre at survie quotidienne pendant la phase d'industrialisation, Montreal, Boreal, 1995, p.85,97 et 108.

(11.) Dans cet article, I'identificetion des etages se fait a la maniere anglaise du [XIX.sup.e] siecle: le premier etage correspond au rez-de-chaussee, et ainsi de suite.

(12.) Un logement de maison de fond de lot ne portera pas de mention [much less than]r[much greater than], car la porte d'entree demeure visible de la rue. Mais si on construit une maison sur rue a l'avant, la feuille de route de l'annee suivante indiquera un [much less than]r[much greater than]. Pourtant, il s'agit toujours de la meme maison dans le fond du lot. Pour ces raisons, nous avons inclus las maisons de fond de lot dens notre reperage.

(13.) Glues Lauzon, "Habiter un nouveau quartier ouvrier de la banlieue de Montreal Village Saint-Augustin (Municipalite de Saint-Henri), 1855-1881 [much greater than], memoire de maitrise, Montreal, Universite du Quebec a Montreal, 1986, p. 113-114 et 192-193.

(14.) Rejean Legault, "Architecture et forme urbaine L'exemple du triplex a Montreal de 1870 a 1914", Urban History Review / Revue d'histoire urbaine, vol. XVIII, n[degrees]1, juin 1989, p.6.

(15.) Certains tableaux et figures du present article referent a ensemble des maisons de fond de cour repertoriees, alors que d'autres ne traitent que des nouvelles maisons de fond de cour construites. De plus, certaines donnees correspondent a des mesures prises sur une periode de temps (de 10 ou de 20 ans selon le cas), alors que d'autres donnent un portrait a une date precise (un instantane), generalement a la fin d'une periode.

(16.) Pour une discussion sur la nomenclature des [much less than] plex [much greater than], voir Jean-Pierre Collin, Histoire de l'urbanisation de la paroisse de Montreal, 1851-1941, Montreal, INRS-Urbanisation, 1984, p. 131.

(17.) Ibid., p. 7.

(18.) Ville de Montreal, r.222, 14 juillet 1852. De 1840 a 1865, la Villa de Montreal adopte 249 reglements ([much less than] r. [much greater than] dans le texte), subdivises en articles (a.). En 1865, ces derniers sont refondus en 34 chapitres (c.), subdivises en sections (s.). Apres 1865, on recommence a 1 la numerotation de tout nouveau reglement adopte ([much less than] R.[much greater than] dans le texte).

(19.) Les donnees pour les quartiers Saint-Georges, Saint-Andre et Ouest ont ete regroupees vu le faible nombre de maisons de fond de cour. Pour les memes raisons, les quartiers Centre et Est ont ete respectivement reunis aux quartiers Saint-Laurent et Saint-Jacques.

(20.) Paul-Andre Linteau, Histoire de Montreal depuis la Confederation, Montreal, Boreal, 1992, p. 254-256.

(21.) Aime Cousineau, [much less than] L'habitation ouvriere a Montreal [much greater than], Revue Trimestrielle canadienna, vol. 6, n[degrees] 21, mars 1920, p. 86; Rejean Legault, [much less than] Architecture et forme urbaine [much greater than], p. 9.

(22.) Villa de Montreal, c.9, s.26, 1865.

(23.) Brian Slack, Lourdes Meana, Martha Langford at Patricia Thornton, [much less than] Mapping the Changes: The Spatial Development of Industrial Montreal, 1861-1929 [much greater than], Urban History Review / Revue d'histoire urbaine, vol. 22, n[degrees]2, mai 1994, p. 100-105.

Luc Carey, a freelancer in historical cartography, completed his master's degree in history at Universite du Quebec a Montreal in 1996 under the supervision of Jean-Claude Robert and David Hanna. He has just started a Ph.D. degree in historical geography at McGill University in Montreal, under the direction of Sherry Olson.

Travailleur autonome en cartographie historique, Luc Carey a complete son memoire de maitrise en histoire l'Universite du Quebec Montreal en 1996 sous la supervision de Jean-Claude Robert et de David Hanna. II vient de commencer des etudes doctorales en geographie historique a l'Universite McGill, sous la direction de Sherry Olson.
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Author:Carey, Luc
Publication:Urban History Review
Geographic Code:1CQUE
Date:Sep 22, 2002
Words:11147
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