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Le << retour a la ville >> : un reinvestissement symbolique.

Dans les pays industrialises, les decennies d'apres-guerre, marquees par l'intensification des developpements peripheriques, sous forme de grandes zones residentielles et de nouveaux espaces de consommation et de production, ont ete accompagnees par des transformations intenses dans les secteurs centraux. Les vieux quartiers populaires ont montre, au cours des annees cinquante et soixante, un declin suite acette suburbanisation des populations, des activites et des emplois. Apres avoir connu un essor important au XIXe siecle et au debut du XXe siecle, ils presentent au lendemain de la seconde guerre mondiale des signes de << degenerescence >> : ralentissement des activites economiques, pauperisation, diminution de la population et degradation du cadre bati. Selon Morin (1988), ce declin a ete principalement engendre par un mouvement de delocalisation du capital (immobilier, commercial et industriel) appele ainvestir dans d'autres champs ouverts par l'urbanisation. De plus, la banlieue, avec son nouveau modele residentiel idealise attire de nombreux menages ouvriers, provocant un processus d'abandon progressif des quartiers centraux et un declin demographique (Despres et Larochelle 1998 ; Morin 1988).

Ce n'est qu'apartir des annees 1970 que les quartiers centraux suscitent un nouvel interEt, autant dans le contexte nord-americain qu'europeen. Cette periode, qualifiee de << retour ala ville >> (1) entendue comme la revalorisation de la vie en ville, se caracterise par un changement d'attitude fondamental vis-a-vis des quartiers centraux qui s'opere au sein de certains segments de la population et des autorites gouvernementales. Ce revirement d'attitude, que Bourdin (1984) qualifie de << prise de conscience >> sociale, va permettre un deploiement urbanistique et financier spectaculaires sous l'imlmlsion des Etats qui reorientent leurs politiques urbaines. Il ne s'agit plus de raser ces quartiers auxquels on pretait jusqu'ici une signification negative (quartiers << malades >>, << taudis >>, << verrue urbaine>>, << cancer urbaim >>, etc.) mais plutot de conserver, de revaloriser l'existant et de redorer l'image de ces quartiers desormais consideres comme << quartiers patrimoniaux >>. La nouvelle politique mise en place, connue sous le nom de revitalisation urbaine ou reanimation urbaine, passe alors par une injection d'activites economiques mais egalement par plusieurs operations urbanistiques connues sous le vocable technique de renovation, de restauration, de rehabilitation et de mise en valeur (2). A ces operations urbaines, initiees et alimentees essentiellement par les fonds publics, s'additionnent les operations d'auto-amelioration du milieu physique par la population en place et les projets immobiliers prives (Dansereau 1985). Ce phenomene sera accompagne par un autre, d'ordre social cette fois-ci, que les chercheurs en sciences sociales qualifient de << reconquete des quartiers anciens par les couches moyennes >> ou encore de << gentrification >> des quartiers centraux. On entend par ce phenomene le relevement du niveau socio-economique d'un quartier urbain central engendre par l'arrivee massive d'une nouvelle classe de residents, exercant des activites de haut niveau et disposant de revenus confortables (dans d'autres cas, on parle d'un rehaussement du niveau socio-economique de la population locale).

Durant les annees 1970-1980, toute une litterature nord-americaine et europeenne relevant de diverses disciplines (economie, politique, sociologie, geographie, histoire, urbanisme) s'est penchee sur ce phenomene. On s'est principalement interesse aux causes (3) et impacts de la gentrification. Toutefois, on a souvent considere la gentrification comme un phenomene homogene et propose un modele universalisant. Ce ne sont que quelques etudes en geographie qui ont remis en cause l'idee de l'homogeneite de la gentrification et ont prouve qu'elle pouvait varier selon le temps et l'espace. Des differences sensibles ont ete observees entre pays, au sein du meme pays, selon les villes et selon les periodes historiques. Parnfi les plus importantes recherches sur les variations synchroniques, les recherches de Ley (1981, 1988, 1992) illustrent clairement les differences entre plusieurs villes canadiennes. Dans le meme sens, l'etude de Dansereau et Beaudry (1986) a demontre qu'a Montreal, seuls quelques quartiers << privilegies >> ont ete affectes par le phenomene de reconquete (comme le Plateau Mont-Royal, le Vieux-Montreal, le Bas-Outremont).

Les differences synchroniques observees au sein d'une meme ville nous ont amene anous interroger sur les fondements de la repartition geographique des gentrificateurs. En effet, comment expliquer une telle variation contextuelle et les raisons qui ont incite les gentrificateurs a investir des territoires particuliers plutot que d'autres. Quelles ont ete les motivations derriere leur choix territorial ? Pour quelle raison, devant une situation socio-economique et une politique de reanimation urbaine communes, certains quartiers centraux se sont vus gentrifies, alors que d'autres quartiers n'ont pas reussi asusciter l'interet de la population, malgre les efforts importants deployes par les municipalites et les changements urbanistiques deja operes ? En effet, si la politique de revitalisation urbaine a permis acertains quartiers centraux de connaitre une veritable renaissance (exemple montrealais : le Vieux-Montreal, le Plateau Mont-Royal), elle s'est montree moins infructueuse dans d'autres cas (exp : Centre-Sud a Montreal, Saint-Roch a Quebec). L'insertion d'activites economiques, les amenagements de qualite ou encore les interessantes operations patrimoniales et architecturales, ont semble insuffisants pour assurer la << regenerescence >> et la gentrification de ces quartiers. Dans l'ensemble, le phenomene demeure peu documente, il merite pourtant que l'on s'y attarde. Une piste lancee par certains auteurs nous a semble alors interessante aexplorer, a savoir celle qui entrevoit la necessite de considerer les significations sociales dans le processus de revitalisation urbaine et de gentrification.

En effet, certains chercheurs (Mercier et al. 1999; Morisset et al. 1999; Mills 1993; Remy 1983) avancent que le succes de la reanimation urbaine suppose un investissement imaginaire de l'espace. Pour Mercier, Morin et Parazelli (1999), la prise en compte de l'imaginaire collectif est meme essentielle dans l'elaboration des programmes de revitalisation urbaine. La meconnaissance des representations et significations sociales (les valeurs actualisees par l'espace geographique) peut etre un obstacle al'efficacite urbanistique. Selon eux, l'insucces de la revitalisation urbaine dans certains quartiers est du au fait que les operations urbanistiques n'aient pas ete suivies ou n'aient pas reussi asusciter une revalorisation sociale, c'est-a-dire adonner anouveau de la valeur aun quartier deprecie par la population. Il semblerait que l'image negative de ces quartiers, qui persiste malgre les importantes actions entreprises par les municipalites, constitue un frein majeur a l'investissement symbolique des lieux. Les auteurs evoquent a ce titre le cas de la "Grande Place" du quartier Saint-Roch a Quebec, dont l'echec selon eux, serait lie, en grande partie, ala contradiction qui existe entre les images de prosperite que l'urbanisme tente de projeter atravers ses projets et la representation de decadence urbaine que la population se fait du quartier.

Cette etude vient recuser la these selon laquelle il suffit, comme strategie de relance des quartiers en declin, de stimuler la demande en recreant les conditions propices au reinvestissement avec des incitatifs financiers et des operations sur le cadre bati (augmentation de loyers, mise en valeur du bati, amelioration des equipements collectifs, diminution des obligations fiscales, diminution des contraintes de l'offre, etc.) tel que le soutiennent certains economistes liberaux ou planificateurs (4). En somme, on avance qu'il est important, pour assurer la consecration d'un quartier, d'avoir recours aun travail sur les << images >>, aune << construction mythique >>, parfois aide par une multitude de moyens concrets. Il s'agirait de produire une sorte de << marketing urbain >> base sur une production de discours. Remy (1983, 312) avait dejadit ace propos qu'il fallait << utiliser une meilleure connaissance des mecanismes psycho-sociaux d'usage, de perception et d'investissement affectif de l'espace, pour tenter d'induire et de focaliser de << grands projets >>. L'etude de Mills (1993), qui s'inscrit dans la nouvelle geographie culturelle, nous revele egalement que les quartiers gentrifies (comme de l'espace urbain en general) sont sujets ades mythes. En effet, dans son etude d'un quartier de Vancouver gentrifie (Fairview Slopes), elle demontre le processus de construction du mythe autour du quartier atravers les discours des producteurs d'espace. Elle met en exergue le role de ces agents dans la diffusion de certaines valeurs rattachees au logement situe au centre-ville. Qu'il s'agisse d'une production de nouvelles valeurs creees de toutes pieces ou d'une diffusion de valeurs dejapresentes dans le milieu, cette recherche nous apprend comment ces discours ont fortement faconne l'image et la signification sociale associees ace type de milieux residentiels. On aurait vendu plus un << style de vie >> urbain et un statut residentiel qu'un produit, comme l'avait remarque Fortin (1982) pour le cas de la banlieue dans les annees 1950-1960. La pertinence de cette etude reside dans le fait qu'elle met en lumiere la production de discours sur le bati (discours interpretatif) et non plus la production du bati (largement elaboree par l'approche materialiste) dans le phenomene de revitalisation urbaine. Elle vient appuyer la these de Noppen (1995) selon laquelle les lieux de memoire trouvent leur signification dans la production ou la reproduction de mythologies collectives.

Peut-on alors penser que la << reussite >> des quartiers gentrifies est liee, entre autres, au fait qu'ils ont su revEtir une signification positive ? Dans cette perspective, de quelles valeurs ont-ils ete investis ? Sur quelles bases s'est edifiee leur notoriete ? Convaincus qu'on ne peut se contenter de decrire ou de mesurer les territoires gentrifies (lacunes de la plupart des etudes), il nous semble important de se pencher sur les fondements ideaux de ce phenomene. Nous partageons, en ce sens, l'idee du geographe Racine (1981, 146) qui considere que : << l'une des cles d'interpretation de l'organisation des pratiques spatiales d'une societe passe par la lecture dans l'espace des idees, des images, des codes de comportement, des systemes de valeurs, tout ce qui n'etant pas materiel a autant de realite, les representations mentales, en bref l'ideologie de la societe qui a produit son espace ason image >>. Nous nous inscrivons des lors dans l'approche socioculturelle qui considere que le phenomene de la reconquete des quartiers centraux n'est pas uniquement une traduction des importantes mutations socioeconomiques, demographiques et politiques de la societe postmoderne, mais egalement l'expression d'une reorientation ideologique. En effet, les tenants de cette approche (Allen 1980; Bourdin, 1979,1984; Clay 1979; Levy1987,1990; Remy 1983; Rosenthal 1980) voient dans les nouvelles representations sociales de l'espace la specificite du phenomene. Ces chercheurs attribuent, en fait, un role preponderant aux dimensions symboliques dans le phenomene du retour aux quartiers anciens et mettent en exergue l'emergence de nouvelles << valeurs culturelles >>. Ils remontent a la << contre-culture urbaine >> des annees 1960, dans laquelle ont baigne les gentrificateurs alors en formation, qui a ete par la suite recuperee par ces derniers et diffusee dans les milieux de pouvoir dans lesquels ils exercaient (medias, universites, bureaux d'urbanisme, services de gestion de l'habitat, du culturel, commissions et postes electifs, etc.). Les valeurs promues telles que la defense de l'environnement naturel et du patrimoine bati, l'opposition au gaspillage de la societe de consommation, la recherche d'une societe diversifiee et communautariste, la tolerance et la reconnaissance des groupes sociaux juges jusqu'ici marginaux, auraient ete favorables ala revalorisation des quartiers anciens. La reconquEte des quartiers centraux anciens s'inscrit alors dans un nouvel ordre symbolique.

Toutefois, comment expliquer le choix des quartiers centraux comme cristallisation de ces nouvelles valeurs ? Cet article propose donc d'aborder en profondeur les significations sociales qui ont ete associees aux quartiers centraux, durant les annees 1970-1980. L'elaboration theorique esquissee dans les paragraphes suivants a pour objectif d'offrir un cadre analytique plus pousse pour une meilleure interpretation du phenomene du << retour a la ville >>. Cet article tente, surtout, d'etablir des liens theoriques entre differents univers disciplinaires autour de la question. Enfin, ces valeurs peuvent servir de trame de fond pour evaluer le potentiel de << regenerescence >> d'un quartier en declin, offrir les ingredients sur lesquels le discours interpretatif doit miser pour assurer sa consecration ou encore fournir des assises pour une eventuelle << mise en valeur >>.

La revalorisation de la << vie urbaine >>, une reaction a l'urbanisme moderne (valeur d'urbanite)

Pour plusieurs auteurs, le regain d'interet pour la vie urbaine--apres avoir ete devalorisee dans la periode precedente--naitra de la prise de conscience sociale des ravages causes par l'urbanisme d'apresguerre qu'ont connu les villes occidentales (Bourdin 1984; Levy 1987; Remy 1983). En effet, les annees 1960-1970 sont le theatre de nombreuses revendications et de mouvements contestataires urbains, tant en Amerique qu'en Europe. On s'interroge sur le type de developpement urbain dominant, heritier de l'urbanisme fonctionnaliste, soumis aux forces du marche et qui impose une organisation spatiale tres eclatee. Plusieurs critiques se sont dresses contre l'urbanisme moderniste lui reprochant d'avoir cherche, en faisant table-rase de l'heritage historique, a faire disparaitre ce qui fait que la ville est un << milieu de vie >> : sa diversite sociale et fonctionnelle, son dynamisme, la sociabilite qu'elle permet et met en scene. Les pouvoirs publics ont ete egalement accuses d'avoir ete trop souvent au service des promoteurs et pas assez au service des citoyens. De nouveaux partis politiques naitront revendiquant une << ville pour les citoyens >> et la participation publique. On assiste egalement a l'emergence d'une nouvelle pensee plus << engagee >> socialement se manifestant entre autres en planification urbaine et regionale (concept d' << advocacy planning >>).

Il faut egalement rappeler que la constitution de ce mouvement reactionnaire donna souffle a de nouvelles conceptions urbanistiques qui prirent la ville traditionnelle (dans sa forme et/ou de son contenu) comme reference. Ces theories marqueront profondement la pensee des amenagistes postmodernes. Parmi elles, on retrouve l'approche dite la plus conservatrice qui preche pour le retour total a la forme de la ville du passe et son respect. Elle vante les charmes, les qualites visuelles, les qualites d'ambiance et de confort de la ville ancienne (Cullen 1961; Krier 1980). Ce courant de pensee se caracterise par une vision esthetique, une contestation du progres, une volonte de reification de la culture du passe et une obstination a vouloir momifier la ville ancienne ou a en faire une ville-tableau. Il place, en fait, l'espace de centralite, auquel on reconnait toutes les valeurs, comme un territoire a defendre. D'ailleurs, il nourrira largement le mouvement patrimonial. Une autre ecole de pensee, plus conciliatrice que la premiere, fera son apparition en force en Italie et en France, connue sous le nom de la typomorphologie (Aymonino et al. 1966; Caniggia et Maffei 1979; Castex et al. 1980; Conzen 1978; Muratori et al. 1963; Panerai et al. 1980; Rossi 1982). Cette approche ne consiste pas a mettre en lumiere toutes les traces de l'histoire, mais cherche a travers l'etude historique de l'espace urbain traditionnel (logiques de constitution et de transformation, sedimentation, superposition des structures urbaines, etc.) des elements de references pour assurer la continuite et le controle morphologique de la ville. D'autres penseurs privilegieront davantage la recherche de l'urbanite traditionnelle (contenu) qu'un retour systematique au modele (forme). Ce principe du retour a l'urbanite a ete essentiellement defendu par les culturalistes qui se sont interesses a la ville dans sa globalite et pour qui les faits sociaux de la ville priment sur son organisation physique. Une des figures les plus importantes de ce courant nostalgique de la ville << conviviale >> est Lewis Mumford (1964). Disciple de Patrick Geddes, Mumford est l'un des plus importants critiques aceres du developpement urbain. Redoutant la suburbanisation generalisee a laquelle il prevoyait un destin catastrophique, Mumford plaide pour une ville equilibree, de dimension restreinte, une ville qui demeure le theatre de l'action sociale. Ce mouvement de pensee s'est prolonge avec Gutkind (1962) et Jane Jacobs (1961) qui firent l'apologie de l'urbanite ancienne, de la rue comme espace social. Citons egalement les importants travaux de Lynch (1960, 1984) portant sur les centrevilles qui mettent en exergue leurs elements de lisibilite qui assurent le bien etre physique et psychologique des habitants. En France, Lefebvre (1968) avec << Le droit a la ville >> marque un tournant important dans la pensee urbanistique. Lefebvre defend l'idee qu'en plus des besoins anthropologiques de base (securite, certitude, aventure, travail, echange, etc.), il faut prendre en compte le besoin de ville et de vie urbaine, c'est-a-dire le besoin de lieux qualifies, de simultaneite, de rencontres, ou l'echange ne passe pas par la valeur d'echange, le commerce et le profit. Sa reflexion urbanistique vise la connaissance et la reconstitution des capacites integratives de l'urbain ainsi que les conditions de la participation pratique, en d'autres termes, l'objet des etudes urbaines doit etre l'urbain, ou passe, present et possible ne se separent pas.

En somme, specialistes et populations habitantes ont tous dresse durant ces annees un veritable plaidoyer en faveur du centre-ville et de sa diversite fonctionnelle et sociale:
 L'interet se porte vers tout ce qui rendait la ville et la
 vie urbaine plus aimables ou moins agitees, plus
 conviviales surtout. La recherche des solidarites et des
 lieux ou celles-ci etaient sensees se forger est
 troublante : l'agora, le forum, la piazza ou plaza, la
 place, la rue, sont considerees comme ayant l'echelle
 optimale pour susciter cette democratie du coude a
 coude et de la rencontre quotidienne. C'est bien d'une
 apologie de la vie quotidienne qu'il s'agit alors. L'interet
 va ainsi vers des epoques ou la ville etait oeuvre avant
 d'etre produit, et, pour reprendre des formules qu'Henri
 Lefebvre a contribue a vulgariser, ou les valeurs
 d'echange n'avaient pas encore fait disparaitre les
 valeurs d'usages. (Levy 1987, 44).


Le centre-ville, un << espace de consommation culturelle et ludique >> (valeur culturelle)

Selon Zukin (1998) et Molotch (1996), l'attractivite des centres urbains repose en grande partie sur leur << economie symbolique >> qui s'est deployee ces dernieres annees en reponse aux nouveaux styles de vie. Ils remarquent qu'a l'age postmoderne, l'art, le ludique et le culturel tiennent une place preponderante. La ville postmoderne se caracterise par une diversite d'espaces de << consommation culturelle >>, tels que les restaurants de cuisine exotique, les clubs, boutiques, galeries d'art, coffee bars, pubs, etc.

Zukin met egalement en evidence l'emergence du tourisme urbain culturel, qui a pris une ampleur sans precedent et qui est devenu un important facteur de developpement economique. Au sommet de la hierarchie urbaine culturelle, New York, Paris et Londres ont su s'imposer comme de veritables << capitales culturelles >> avec leurs boutiques de luxe, les spectacles et les evenements mediatiques (mode, cinema, etc.) qui s'y tiennent. Zukin note que les strategies de developpement culturo-economique prennent plusieurs formes, passant de la valorisation patrimoniale, a la creation de zones recreatives exnihilo (musees, festivals de musique, de cinema etc.). C'est sur ce mode culturel que les villes internationales, sensibles a leur image dans un contexte de competition economique, misent pour se distinguer et asseoir leur specificite (villes historiques comme Paris vs villes avant-gardistes comme New York).

L'economiste americain Florida (2002) va jusqu'a soutenir que les villes les plus florissantes sont celles qui misent precisement sur ce type d'activites et lieux, capables d'attirer des travailleurs a haut niveau d'education et talentueux qui cherchent a vivre dans une atmosphere propice a la creativite et ou regne un << bien-etre urbain >>. Pour Zukin, cette << economie symbolique >> des centres urbains a sensiblement modifie le paysage urbain tant sur le plan fonctionnel qu'esthetique.

L'aspect de tolerance des quartiers centraux (valeur d'emancipation ou morale):

Plusieurs auteurs se sont appuyes sur le concept de la ville comme espace d'emancipation pour expliquer la gentrification des quartiers centraux. Si ce concept est contenu implicitement dans les etudes de Ley (1996) et Butler (1997), il est plus explicite dans la recherche de Caulfield (1994). En effet, l'etude de Toronto de Caulfield aborde le centre-ville comme un espace d'emancipation et la gentrification comme une pratique sociale d'emancipation, une forme de contestation sociale des patterns institutionnels dominants. Selon lui, si les centres anciens sont elus milieux de vie par les gentrificateurs (surtout les groupes dits << en marges >>) c'est parce qu'ils permettent la << difference >>, la << tolerance >> et l'expression des libertes individuelles. La ville reconnaitrait plus facilement les droits politiques et civiques (concept deja elabore par A. Lees 1985). Pour Caulfield, l'ambiance de tolerance est due au cotoiement et les rencontres frequentes des << differentes >> personnes que le centre-ville, comme territoire restreint, occasionne. Cette idee avait deja ete mise en avant par les geographes feministes (comme Rose 1989), qui expliquaient l'attrait des quartiers centraux notamment par l'ambiance de << tolerance >> qu'on y trouve et qui etait recherchee par les menages non conventionnels (menages biraciaux, menages homosexuels, menages monoparentaux, etc.).

Cependant, ce plaidoyer de Caulfield en faveur des centres urbains a ete vivement critique par d'autres auteurs qui y ont vu plus un ideal urbain (des centres ou triompheraient la mixite, l'assimilation et l'integration) qu'une realite. Lees (2000) rappelle que les groupes de gentrificateurs n'ont pas tous necessairement ce << desir >> de cohabitation diversifiee (mis en exergue dans la these de Caulfield), comme le prouve egalement l'etude de Butler et Robson (2001) sur Londres. Zukin (1995) note que les reticences envers les etrangers (definis ici comme personnes differentes socialement) a meme permis la formation de quartiers << enclaves >> fortement types du point de vue de l'appartenance sociale, de l'origine ethnique ou de la tendance sexuelle. Il existerait une sorte de segregation urbaine au sein meme du territoire gentrifie. Ces critiques reprennent, en quelque sorte, l'idee de l'ecologie urbaine (ecole de Chicago) selon laquelle les groupes sociaux (dans ce cas, les gentrificateurs) rivalisent entre eux, selon leurs moyens, pour l'espace et se regroupent entre eux selon certaines affinites, ce qui donne une repartition residentielle differenciee par statut socio-economique et par appartenance culturelle. L'auteur le plus oppose a la these de Caulfield est Smith (1996) qui considere le centre-ville, non pas comme un espace d'emancipation, mais au contraire, comme une zone de combat entre les classes aisees et les classes defavorisees et ou s'etablissent des lignes de demarcation socio-spatiale (<< urban frontier >>). a l'oppose de la these de la ville << emancipatrice >>, la these de la ville << revanchiste >> de Smith se concentre sur le << desir d'accaparement >> territorial de l'elite et sur ses consequences violentes sur les populations originaires. La gentrification est alors percue comme une pratique d'injustice sociale (deplacement des populations en situation de precarite economique).

En revanche, force est d'admettre que la ville, comme l'affirmait Grafmeyer (1994), meme organisee en << ghettos >>, provoque des occasions d'interactions ou des situations de cohabitation, qu'elles soient souhaitees ou subies, susceptibles de creer une << ambiance de tolerance >> a laquelle Caulfield refere. On ne peut nier ce que Grafmeyer nomme l'effet de contexte auquel aucun citadin ne peut etre indifferent. De plus, les modalites de cohabitation peuvent differer d'un contexte urbain a un autre (pacifiste vs conflictuelle). Certes, la proximite physique n'est pas le garant de la proximite sociale, mais la cohabitation de populations heterogenes dans le meme espace peut aussi bien aviver les tensions que favoriser les relations cordiales et les influences mutuelles. D'ailleurs, les etudes de Goldberg et Mercer (1980, 1986) avaient deja remis en cause le modele segregatif de la ville nordamericaine qu'on voulait universalisant, en demontrant les differences contextuelles entre villes canadiennes et villes americaines. Selon ces auteurs, la vie dans les centres urbains canadiens etait plus attrayante que dans le cas des Etats-Unis, grace, entre autres, a la << culture urbaine >> des canadiens et a leur tolerance vis-a-vis de la diversite sociale et ethnique.

La revalorisation du patrimoine urbain : une quete de sens pour la postmodernite (valeur patrimoniale/ideologique)

Certains chercheurs (Bourdin 1984; Chastel 1980; Germain, 1988; Levy 1987; Mercier, 1988; Noppen et Morisset 1997; Schiele 2002), s'attachent davantage a dire que cette reappropriation collective des quartiers centraux s'appuie sur la reconnaissance sociale du patrimoine urbain et de la necessite de sa preservation. Les annees 1970 et 1980 se caracterisent par l'introduction du concept de patrimoine et de l'historicite dans la conception de la ville. Prenant comme acquis que le patrimoine est une construction sociale, ces auteurs s'interessent particulierement a la signification et au sens conferes au patrimoine au tournant des annees 1970, une periode charniere de la valorisation spatiale. La question du sens leur est primordiale, car selon eux, si la patrimonialisation est un marquage de l'espace, elle temoigne encore plus des nouvelles representations sociales de l'espace. Ce n'est donc pas la materialite (ou l'immaterialite) de l'objet qui compte, mais sa charge symbolique (commemoration, appreciation, rejet, etc.). Pour saisir le phenomene patrimonial, il est alors imperatif de le relier au champ des significations qui lui donne sens et fonde sa concretisation. Le patrimoine qualifie avant tout une attitude sociale (Chastel 1980), il est une facon de penser le monde et de se penser dans le monde (Schiele 2002).

Pour la plupart des auteurs, le patrimoine est avant tout un regard, un regard oriente qualifiant un rapport au temps et a l'espace. Cependant, la question du rapport a la temporalite ne semble pas faire l'unanimite et souleve plusieurs controverses. Si Davallon (2002) suppose que c'est la projection vers le passe qui sous-tend l'appropriation symbolique du patrimoine, Schiele avance que c'est la relation avec le futur qui est determinante. Ce dernier part de l'hypothese que le regard contemporain porte sur le patrimoine convoque le passe pour interpeller et se premunir contre l'avenir:
 Le passage d'une societe de la connaissance a une
 societe de l'innovation entraine une destabilisation
 perpetuelle du present. Ce changement se produit en
 conjonction avec un reflux des ideaux des Lumieres et
 l'incertitude dont s'accompagne cette dissolution des
 reperes. Le passe apparait alors comme une valeur
 refuge et un moyen de conjurer le futur et de fixer, ne
 serait-ce que temporairement, une impermanence sur
 laquelle la societe n'a plus de prise. (p.10, dans
 l'introduction).


L'idee du desenchantement contemporain et de la crise des valeurs a laquelle Schiele fait allusion, est largement partagee par plusieurs auteurs (Bourdin 1984; Chastel 1980; Castells 1996, 2000). La revalorisation du patrimoine serait alors une reponse a notre temps, caracterisee par le doute et l'inquietude face a un futur incertain suscites par les mutations politiques, economiques, socioculturelles, scientifiques et technologiques. Les tenants de cette approche placent, en fait, la perte de sens comme un enj eu du patrimoine contemporain. Ils partent du postulat que notre postmodernite, souvent definie comme un espace d'instabilite depourvu << d'horizons moraux >> (Lyotard 1979), convoquerait les formes du passe pour redonner sens au present et au futur. Laidi (tire de Schiele 2002) voit que ces mutations ont permis progressivement une recomposition de notre relation au temps et a l'espace. Pour Chastel (1980,113), le mouvement patrimonial est un repli reactionnel face aux changements modernes : << l'ame moderne souffre d'une tendance schizophrenique qui ne s'est jamais attenuee, la valorisation des formes anciennes s'intensifie- au fur et a mesure que les developpements modernes, mecaniques, industrialises les derangent davantage >>. Bref, selon cette these, la patrimonialisation se presente comme une quete de sens devant un contexte social en mutation ou en crise, ou les reperes traditionnels auraient disparu sans qu'il y en ait d'autres de substitution.

Toutefois, une tendance moins alarmiste que la precedente (Bourdin 1984; Levy, 1987; Morisset et Noppen 1995) considere que notre epoque vit la fin de la philosophie des Lumieres en meme temps que sa reussite. Un changement dans la civilisation occidentale n'entraine nullement l'image de la faillite, du grand saut d'un monde a un autre, mais plutot une remise en cause de l'ensemble des categories fondamentales qui nous servent a penser le monde. De plus, le recours a l'histoire n'est pas propre a notre epoque, on retrouve ce mouvement pendulaire dans l'histoire des idees. En effet, on note plusieurs similitudes lorsqu'on compare notre epoque, qui succede a une phase de croissance economique, a celles qui vinrent apres les vigoureux developpements de la Revolution Industrielle a la fin du XIXe siecle. L'evocation contemporaine des quartiers anciens releve de cette meme demarche empreinte de nostalgie propre a d'autres periodes historiques (comme la Renaissance avec l'antiquite greco-romaine ; la Revolution industrielle avec le classicisme). On remarque surtout que la quete du passe surgit souvent suite a d'intenses productions du cadre bati et d'urbanisme modifiant sensiblement le paysage urbain. Cependant, Bourdin (1984) souligne qu'a la difference des autres epoques, les attitudes contemporaines se contentent d'evoquer le passe sans chercher des references aux origines proprement dites. On s'attache davantage aux valeurs incarnees par ce passe (valeur d'anciennete, d'historicite, d'authenticite, etc.) qu'aux modeles morphologiques.

Selon cette perspective, notre epoque est plutot envisagee comme une << renaissance >>, a savoir << a la fois une rupture d'avec le present disqualifie, une reforme plus ou moins draconienne de ce present, et un ressourcement fondamentaliste a quelque modele passe >> (Durand 1996, 175).

La reappropriation du patrimoine urbain : un enjeu identitaire (valeur patrimoniale/identitaire)

Pour plusieurs auteurs (Noppen 1995; Castells 1997; Arpin 2002; Schiele 2002), la revalorisation du patrimoine urbain constitue egalement un enj eu identitaire. Ils mettent en exergue le rapport entre les identites collectives et l'espace urbain historique. Le patrimoine bati, percu comme un moyen pour etablir une relation memorielle avec le passe, est porteur de significations particulieres : forme tangible de l'heritage collectif, il evoque l'identite d'un groupe, d'une societe, d'une nation, d'une civilisation. La glorification des lieux de memoire repond a une volonte d'affirmation sociale et de reconnaissance des appartenances et des identites communautaires. Elle se veut surtout l'echo d'une protestation contre l'uniformisation et la standardisation culturelle, << une aspiration a retrouver ou a conforter le sens des racines, des origines >> (Arpin 2002, XXIV).

D'une maniere generale, le paysage urbain historique, reinvesti par les collectivites, joue un role de caracterisation identitaire, tel que note par Noppen (1995, 7) : << l'affirmation de l'identite de celles-ci, certes, s'associe souvent a quelque forme batie manifestant parmi d'autres l'originalite ou la specificite de ces collectivites ; mieux, tous admettent que la stricte morphologie du paysage architectural participe a la reconnaissance des caracteristiques defmitoires du groupe, du peuple ou de la nation >>. Dans le cas des quartiers anciens centraux, Germain (1984) souligne que ce sont essentiellement les couches moyennes, soucieuses de valoriser leur capital culturel, qui investissent les quartiers patrimoniaux, juges comme lieux prestigieux et propices pour se distinguer comme groupe social. Selon Remy (1983, 314), cette categorie sociale cherche, a travers son association a ce type de milieu, a se construire une identite symbolique revelant leur position sociale, ou ascension sociale : << En effet, la classe moyenne peut etre definie comme une position sociale de transition qui cherche a dissocier son groupe de reference de son groupe d'appartenance et a se construire un passe et une identite enracinee >>. Il semblerait que l'attitude de ces couches moyennes s'apparente de pres a celle de la bourgeoisie, ce qui probablement explique le fait qu'on l'ait qualifiee de nouvelle petite bourgeoisie (Remy, 1983). En effet, la bourgeoisie, remarquent Pincon et Pincon-Chariot (1989,2001), construit son identite sociale a partir de la reputation rattachee aux quartiers prestigieux. Habiter le << beau quartier >> consacrerait la reussite sociale et valoriserait l'image de soi. Que ce soit dans le cas de la bourgeoisie (Pincon et Pincon-Chariot, 1989) ou celui des couches moyennes (Bourdin, 1984 ; Jager, 1986), la mise en scene architecturale des << beaux quartiers >> (par le traitement architectural, l'amenagement paysager, l'esthetique urbaine, les commerces de luxe, etc.) constitue une traduction spatiale de la volonte d'exprimer sa position sociale. L'espace agit alors comme un element de differenciation et de demarcation sociales.

Jager (1986) precise un element important : la forme architecturale et urbaine n'affirme pas seulement le rang social, mais en determine les limites : un changement dans l'echelle sociale suppose un changement de lieu de residence. De plus, Jager insiste sur l'interrelation entre la definition de la classe moyenne et celle du cadre bati historique. L'environnement bati est a la fois contrainte et expression des relations sociales. Il reflete le changement social et le structure en meme temps. En somme, le rapport entre l'espace et les sujets n'est pas unidirectionnel (il peut etre le determinant, le vehicule, le resultant, la cause ou l'effet des quetes identitaires, selon Noppen, 1995). Dans cette perspective, la presence de cette categorie sociale aurait elle aussi un impact sur l'identite du quartier. L'appropriation et l'occupation des lieux historiques par les elites permettent au patrimoine bati d'acquerir une dimension symbolique. En outre, sa conservation participe egalement a la valorisation de ceux qui l'initient.

Cela dit, comment expliquer l'inclination de la classe moyenne pour les formes historiques ? Jager evoque a ce sujet les << gouts >> esthetiques articules autour de la notion d'histoire. Selon lui, le << modele formel >> se caracterise par l'evocation de l'histoire qui elle-meme est associee au prestige. L'histoire est alors une valeur que la classe moyenne partage avec la bourgeoisie (Pincon et Pincon-Charlot 1989, 2001). Sinou (2001) nous apprend que cette sensibilite des elites envers les temoignages physique du passe n'est pas recente mais qu'elle s'est construite au fil des epoques. Les ideaux morphologiques remontent a la Renaissance italienne ou les artefacts historiques (greco-romains), ayant acquis une nouvelle signification, devenaient l'apanage des elites aristocratiques et savantes (souverains, l'Eglise, architectes, historiens, peintres, etc.) qui s'etaient placees comme gardiennes de l'heritage collectif et du genie de leurs peuples. En se manifestant dans d'autres epoques (notamment au Moyen age et XIXe siecle), le modele se consolide pour devenir l'embleme meme de la nomenclature urbaine. S'il portait a ces epoques des enjeux philosophiques et politiques, il soustend au XXe siecle un enjeu identitaire. Il s'agit d'une consommation et reproduction de l'histoire a des fins de demarcation sociale. Pour Jager, l'appropriation des environnements patrimoniaux est une appropriation triomphale car elle suppose que seule une certaine categorie sociale a le privilege d'acquisition. La question de rarete et d'exclusivite de l'objet historique confere a son acquereur du prestige, ce qui devient un facteur de valorisation (se mesurant notamment au nombre d'objets collectionnes : meubles antiques, tableaux anciens, vaisselles, etc., Pincon et Pincon-Charlot, 1989). Cette demarche repose sur un processus social mental cumulant l'idee de l'exception et de l'unicite, qui marque la superiorite de la classe sociale detentrice sur les autres. Pincon et Pincon-Charlot (1989, 2001) rajoutent que la bourgeoisie, dans le contexte europeen, affectionne les formes historiques pour les valeurs d'anciennete et d'authenticite qu'elles incarnent, des valeurs auxquelles elle s'associe pour se legitimer et se distinguer des nouvelles fortunes (ligne de partage entre vieilles et jeunes bourgeoisies).

Conclusion

Cette recherche theorique temoigne bel et bien de l'existence d'un mythe urbain, ou le quartier central est revele comme le lieu privilegi, de la sociabilite, le cadre par excellence de l'emancipation sociale et l'expression d'une affirmation identitaire. Le quartier ancien central est alors choisi comme decor symbolisant cette nouvelle culture et comme traduction des valeurs qui auraient pris de l'importance aux yeux des collectivites dans un contexte de crise ideologique. En fait, l'image du quartier qui s'y degage fait echo aux rapports existentiels qu'entretiennent les individus avec la ville dans un contexte culturel en pleine mutation. Dans une large mesure, ce travail de mise en lumiere de la symbolique urbaine postmoderne vient appuyer la these de Ledrut (1990) selon laquelle la civilisation contemporaine n'est pas moins << imaginative et imaginaire qu'une autre >>. En effet, que les mythes soient consideres comme des reincarnations ou des nouvelles visions du monde, toujours est-il que la societe actuelle, bien que materialiste et rationaliste, n'a pas renonce a la sacralisation, ce qui rejoint l'idee de Carlier et Griton-Rotterdam (1994, 91), selon laquelle << a chaque age, sur des modeles anciens, la societe reecrit ses mythes >>.

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Notes

(1) A ne pas confondre avec << retour en ville >> qui designe les migrations de banlieusards qui decident de s'installer en ville; voir Germain (1984) a ce sujet.

(2) Selon les definitions de Maurice Blanc (dans Espaces et Societes no 30/31, 1979,p.5):

--la renovation urbaine, au sens strict, consiste a detruire les immeubles existants, pour faire place aux constructions neuves.

--la restauration consiste a remettre en etat les constructions anciennes.

--la rehabilitation est une restauration limitee aux installations sanitaires (mise aux normes d'habitabilite).

(3) Voir Dansereau (1985) au sujet des theories explicatives sur le phenomene de reconquete des quartiers centraux durant les annees 1970-1980.

(4) Voir Dansereau (1985) a ce sujet.

Kenza Benali

Doctorante en etudes Urbaines

Universite du Quebec a Montreal / Institut national de la recherche scientifique--Urbanisation, Culture et Societe
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Author:Benali, Kenza
Publication:Canadian Journal of Urban Research
Date:Jun 22, 2005
Words:7208
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