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La visee tautologique et contradictoire: capacite langagiere chez Emmanuel Hocquard et Jerome Mauche.

A premiere vue, tout semble opposer les pratiques d'ecriture d'Emmanuel Hocquard et de Jerome Mauche. En effet, chez le premier, le calme plat, le minimalisme expressif, la qualite amorphe du poeme, comme Hocquard le mentionne dans L'invention du verre, sont des aspects qui tendent a l'etablissement de moments provisoires de clarte et de sincerite, qui doivent etre pris a la lettre et qui n'ont done pas a etre expliques. A l'inverse, Mauche n'impose aucune retenue a une prose affolee et deroutee par sa propre vitesse. Sa pratique d'ecriture s'abandonne alors a une langue debride ainsi qu'aux degats causes par un "placard en flamme" (1) devant lesquels chaque proposition ne peut que reiterer que "l'usage de la langue tombe regulierement sur le plus mauvais cote de la piece ou quelquefois sur son tranchant." (2) Se court-circuitant et ne parvenant qu'a se mordre la queue, cette langue se nourrit de ses propres confusions et des erreurs qu'elles engendrent.

Afin de synthetiser ces deux portraits rapides, nous pourrions avancer qu'Hocquard entretient une visee tautologique (3) ("Viviane est Viviane" (4)), tandis que Mauche cultive une visee contradictoire ("Construction neanmoins n'empeche. Et tout le contraire" (5)). A partir de ce constat, nous tenterons de montrer comment le geste d'ecriture tautologique ne s'epuise pas en lui-meme par une saturation identitaire et comment le geste contradietoire s'eloigne du non-sens ainsi que du jeu de la negativite et de l'ontologie de l'absence. Ces attitudes d'ecriture s'inscrivent *tot comme des dispositifs linguistiques qui ouvrent sur le deploiement de possibilites d'usages de notre langage, de l'invention de cas qui ne s'opposent pas au "reel" et qui n'en revelent pas non plus des aspects qui seraient caches. Le critere d'operativite de la langue n'est des lors plus la designation, l'actualisation ou la reification d'entites diverses. Si on a vu au sein du champ poetique moderne et contemporain plusieurs tentatives de "sortie" du "transcendantalisme" et du "representationnalisme," postures associees a une approche romantique, l'activite poetique demeure portee par la supposition d'un objet qui exerce une tension dans ses rapports avec le langage. Variablement definissable et possedant des traits qui, selon les pratiques, passent du caractere le plus tangible au plus diffus, cet objet prend le plus souvent la forme de l'"etre" ou du "reel." On peut par ailleurs identifier deux attitudes qui sont correlatives cette entite: d'un cOte, la posture "lyrique" est preoccupee par le devoilement de l'"etre." D'un autre cote, une autre approche que l'on peut dire "negative" (6) et qui intente une critique A l'endroit de l'idealisme lyrique, concoit l'atteinte du reel comme impossible et fait de l' ignorance le moteur d'une pratique poetique qui se renouvellerait dans l'acharnement A saisir ce reel qui est paradoxalement lacunaire. La divergence entre ces deux postures se voit toutefois attenuee par l'election d'un autre objet, c'est-a-dire la poesie elle-meme dont la dynamique autoreferentielle, entretenue notamment par la Cache privilegiee qu'elle s'autorise, contribue a l'entretien du mythe romantique qui etabtit une frontiere stricte entre l'esthetique et les autres pratiques courantes de la vie ordinaire.

Si on est attentif aux cas que nous proposent Hocquard et Mauche, on voit se dessiner une organisation inherente aux interactions avec l'environnement familier, si bien qu'on peut parler d'un amenagement continu de la pensee, du deploiement d'un "environnement de la pensee" (7) qui manifeste des variations soutenues de l'expression et exhibent des situations a chaque fois specifiques qui communiquent non pas en suivant un trait commun, mais selon un acte de superposition qui permet un eclairage reciproque des differentes manieres de dire et met en valeur ses possibilites. Du jardinage a l'enquete policiere, en passant par la photographie, puis du monde du travail a la confidence feminine, les deux auteurs en question redistribuent et raccordent des usages de la langue, montrant que la pensee poetique ne concerne pas un domaine particulier. Lear ecriture s'articule aux gestes familiers qui relevent du "faire," d'une panoplie d'actions qui sont inherentes a notre vie. Compte tenu de cette ouverture du champ d'action, 11 semble des lors qu'une etude dirigee uniquement vers la specificite poetique, meme si celle-ci manifeste une attitude critique a l'endroit de ses propres poncifs, n'est pas satisfaisante en raison de la particularite de l'objet qu'elle suppose. Nous observerons ainsi comment le travail respectif d'Hocquard et de Mauche offre une reflexion plus globale sur le langage qui remet fortement en cause ride de la specificite d'une problematique poetique, voire la necessite d'une reference a la poesie dans l'acte d'expression et de comprehension, cela pour laisser toute la place a une "capacite langagiere," a un savoir-faire linguistique.

"Viviane est Viviane" et tout ce qu'elle pent faire

Paraphrasant Wittgenstein, Hocquard explique que scion lui, "le but de la [poesie] est la clarification logique de la pensee." (8) Mais la logique qui a cours chez lui n'entretient pas un formalisme etabli a priori, ni une categorisation objective de nos representations. Ii serait peut-etre plus pertinent de la considerer a la lumiere de la conception qu'en a propose Wittgenstein dans les Recherches philosophiques, c'est-a-dire comme une notion floue, mouvante et ordinaire qui participe d'un mouvement de pense pratique. Utiliser cette notion d'une maniere plus lache permet de resituer les dispositifs significatifs qu'elle suppose hors des criteres de verification, du vrai et du faux, et hors d'un idealisme linguistique, qu'il soit par ailleurs descriptif ou revelateur. Ce deplacement de la logique qu'on peut appeler une "descente semantique" (9) est solidaire d'une cartographie toujours ouverte de la pensee et permet une revision des liens qui coordonnent le langage et le monde; le langage ne sert plus desormais a identifier, a atteindre voire a reveler des contenus preexistants qui permettent de legitimer le sens des propositions.Comme le fait remarquer Antonia Soulez:
  [L]e mouvement de pensee implique [...] est oriente vers la
  constitution de contenu d'un autre type que les contenus dont on
  postule l'existence prealable et par lesquels on justifie
  habituellement une amarche et ses regles. Il n'y a pas d'abord des
  etres, puis des manieres de parler. (10)


On peut juger que c'est sensiblement dans un meme esprit que chez Hocquard, "la poesie / ne pane pas du monde. / Monde est un mot qui s'affiche pour le faire." (11) Selon cette perspective, le visage de la tautologie se voit considerablement modifie. En effet, Hocquard affirme que le fait que la tautologie ne puisse assurer une relation de representation n'est pas une raison suffisante pour delegitimer tout effet de sens tautologique; au contraire, on ne peut concevoir la tautologie, selon Hocquard, que dans une articulation du monde et du langage qui est etrangere a la representation (12) et a une exigence d'identite: "[l]a tautologie est [...] vide de sens si on appelle sens ce qui viendrait l'habiller d'un commentaire ou d'une explication." (13) Dans son livre Un test de solitude, Hocquard fournit l'exemple suivant:
  Viviane est Viviane. Evidente, settle.
  Qui parte?
  La phrase est sans auteur. La phrase est sans
  sujet. La phrase est sans verbe.
  Dans la phrase, est n'est pas un verbe dont
  la premiere Viviane serait le sujet et la seconde
  l'attribut.
  Il n'y a qu'une seule Viviane. Seule, evidente.
  Quels verbes Viviane enveloppe-t-elle?
  Lever les yeux, sourire, dire "Bonjour," se
  tourner, se pencher, prendre le pain [...]
  Si je pose en regle que tout enonce est une
  tautologie, il s'ensuit que toute proposition, parlee
  ou ecrite, dit cc qu'elle dit et ne dit pas autre
  chose. (14)


Dans ce passage, la proposition "Viviane est Viviane" n'a pas de fonction relative a l'identite et n'est pas a lire selon le modele d'organisation habituelle d'une phrase: sujet/verbe/complement. Si Viviane est seule et evidente, on peut croire que la repetition est le seul moyen que l'on a de "decrire" ce que l'on dit. Par ailleurs, Hocquard precise, toujours dans Un test de solitude, qu'"[e]tre est le mot qui contient tous les mots. / Et qui contient le mot manquant. / C'est le joker. / Le centre vide de la tautologie." (15) Ce manque et ce vide qu'est le verbe etre n'incarnent cependant pas l'irrepresentable ou l'innommable. Il incarne plutot un espace indetermine, une jointure amovible qui admet d'innombrables articulations possibles et provisoires. II faut donc comprendre que la tautologie est traversee par un caractere vague et qu'elle agit par potentialisation des relations linguistiques, comme un modele reduit indefiniment reutilisable, un "concentre" de facons de faire apparentees:
  La tautologie ne dit pas tout. mais oui.  Oui et tout ne sont pas
  equivalents. Chaque oui comble l'espace du langage, qui ne forme pas
  pour autant un tout.

  On n'obtiendrait pas une somme en additionnant ces oui. (16)


Ainsi, plutot que de considerer la tautologie comme inflexible et determinee, Hocquard nous invite a l'envisager comme un dispositif accueillant, "en perpetuel mouvement," (17) qui est correlatif a l'experimentation et a l'operation d'"un renversement de perspective dans nos habitudes de lecture," renversement qui suggere d'abandonner une quete du sens dependant de fondements au profit d'une recherche guidee par une volonte d'agir avec le langage et d'en varier les usages:
  on lit et on voit comme on a appris a voir et a lire, de maniere
  compulsive en ramenant ce qui est inconnu a du deja connu.
  C'est-a-dire en annulant. Somme zero. C'est pour cela, je suppose,
  que beaucoup de gens aiment les images et les metaphores [...]:
  passe l'effet de surprise, il y a quelque chose de rassurant a savoir
  ce qui est derriere l'etrangete est en fait deja familier. Le message
  decode, on retombe sur ses pieds, a la case zero [...]. La question
  n'est pas de se demander ce qu'il y a derriere ce qui est ecrit
  [...]. La question est de savoir ce que vous pouvez faire de ce qu'il
  [y] a [d]'ecrit. (19)


Suivant l'hypothese de la capacite langagiere, qui concerne au meme titre la production et la reception, la tautologie ne se presente plus comme une entite representative qui procede par identification stricte et se rend exclusive grace a son autonomie, condamnant ainsi au mutisme ou a l'ineffable. C'est suivant une "visee performative" que la tautologie potentialise des "recontextualisations" et des "recompositions" (20) de conduites conceptuelles. Elle instaure alors des actes dont la valeur significative se mesure a la pertinence des effets que ceux-ci peuvent susciter dans differentes circonstances et non pas en s'accor-dant a un modele de pensee general qui leur serait exterieur. C'est selon le meme esprit que Christiane Chauvire nous invite a considerer une reflexion de Wittgenstein qui suggere que "ce que la musique nous transmet, c'est elle-meme!" (21) Chauvire note a ce propos que:
  [s]eul l'usage reflechi du verbe, et la forme tautologique au premier
  abord un peu deroutante [...] rend justice a l'autosuffisance de la
  phrase musicale, qui ne vise rien au-dela d'elle-meme, et dont le
  "contenu" lui est immanent; il faut la prendre comme une "fin en
  sol," et la laisser faire sur moi toute son impression, comme je
  me laisse impregner par l'expression d'un visage. Il n'y a pas donc
  lieu de chercher un quelque chose "qu'elle voudrait dire ni de se
  desoler de ne pas arriver a le decrire [...]. Et surtout ii n'y a
  pas lieu de penser que, du coup, on se resigne a la musique elle-meme
  [...]." Cette idee de resignation est totalementinadequate [...]. (22)


Le refus d'attribuer un quelconque credit a l'idee de resignation indique que c'est d'une fawn interne et non causale ou explicative que l'enonciation d'une tautologie rend possible des raccords avec d'autres "jeux de langage." Ii faut ainsi:
  se rappeler que nous ne sommes pas [...] laisses entierement a
  nous-memes devant un paysage "evocateur" ou une odeur
  "caracteristique" et que la vie humaine est tout entiere faite de
  connexions et de relais, sans quoi nous serions condamnes a pietiner
  sans progres une infinite de singularites muettes. (23)


Gilles A. Tiberghien illustre cette conception quand ii explique a propos d'Hocquard que "[l]a visee tautologique ne reduit pas le poeme a la tautologie [si bien que] le poeme est toujours en exces par rapport a elle." (24) Des lors, si "Viviane est Viviane," elle n'est contrainte rien et detient la capacitd de produim une infinite d'actions (lever Jes yeux, sourire, dire bonjour, se tourner, se pencher, prendre le pain) qui ne menent a rien d'autre qu'elles-memes et qui mettent en jeu leurs propres "conditions de lumiere." (25)

Faire des erreurs et guerir

Manifestement moms portee vers les analyses fines qu'Hocquard peut mener a propos de cas linguistiques precis, l'ecriture de Jerome Mauche est plutot axee vers le detournement de notions, de principes et de lois generales abstraites; ce detournement donne le ton a ses livres, qui sont satures d'une visee contradictoire qui exemplifie les benefices que l'on peut tirer des erreurs issues de l'automatisme des divers procedes pratiques que l'on met en application. Dans Electuaire du discount Mauche explique que:
  Electuaire du discount de "luministe" a "Lingual" offre un court
  fragment du dictionnaire a finalite pratique, bien sur, et a
  dimension articulaire surtout. [...] Il se propose, medicalement,
  s'appuyant sur un savoir ancestral et pule, mais A base de
  produits naturels, par l'exemple, d'apporter des solutions concretes
  et precises a un certain nombre de situations contemporaines et
  esthdtiques a la fois, au feminin toujours. (26)


Voulant ouvrir la voie a la guerison, ces cas contiennent en eux l'affliction qu'ils tentent de combattre, puisqu'ils s'elaborent a partir d'une parole laxative qui se retourne contre elle-meme et qui n'en finit pas de s'auto-infecter. La lecture de ces differents "cas medicaux," ou l'usage impersonnel du "je" sert davantage de tremplin a la performance linguistique qu'a la reconnaissance d'une plainte elegiaque invitant a la compassion, mettent de l'avant des questions qui se font echo: De quoi la langue peut-elle prendre soin? Le langage peut-il prendre soin de lui-meme? Comment un langage peut prendre soin de quelque chose? Selon une approche voulant que notre langage fasse intrinsequement partie de nos manieres de faire, lesquelles ne sont affectees que par le reseau de references internes qu'ellesmemes forment, la projection de situations conflictuelles et impossibles decoince nos fawns de parler, agrandit le sphere de ce qui peut etre dit, sans que cela soit range du cote d'entites telles la metaphore ou la fiction, qui engendrent des categories ontologiques superflues et, consequemment, de faux problemes. En mettant en perspective nos necessites et en eclairant du meme coup, d'une maniere risible, l'aspect souvent pathetique de nos croyances les plus mystifiantes, un simple dysfonctionnement langagier peut aider a desaffubler nos exigences et nos apprehensions frequemment encombrantes a l'egard de la signification.

Cette tentative de guerison, de "desaffection," est aussi en question sous les traits d'un "splendide deficit public, [...] entre le succes et la banqueroute obliges [...] ou un denominateur de la langue des phrases etant leur surcharge ponderale, indexee au temps de travail loisible". (27) Mauche s'insere ainsi dans les fawns de parler propres au monde du travail, en utilisant et en detournant la loi des rendements decroissants, initiatement appliquee au monde agricole et economique--qui illustre l'aspect faillible de l'idee de rendement--, loi qui postule "qu' au-dela d'un certain seuil, l'efficacite productive diminue--et finalement en toute chose." (28) Ayant comme sources linguistiques "divers magazines [...], des journaux a vocation informative rapportant des faits, des mouvements, des evolutions," (29) Mauche entre dans la langue economique mique, saturee d'usages auxquels une plus-value est souvent rattachee; il la reprend, la "sur-ecrit" afin de faire decroitre ses rendements significatifs habituels et figes; "par des moyens scripturaux," dit-il, "ii faut rendre suspects le vocabulaire, la chose designee, le geste de designation." (30)

Mais ce sabotage s'effectue moins, nous dit Mauche, dans une intention cynique et denonciatrice que "mimetique et constructiviste" (31); il s'agit "[m]oins [du] prelevement que [du] prolongement" (32) du reseau d'usages du langage. En effet, on reconnait aisement que le rendement decroit, car la sur-demande d'explications privilegie une minorite d'usages des mots. Le sabotage et les culs-de-sac significatifs permettent alors de reinvestir autrement tout un vocabulaire de la larigue commune, d'exploiter la potentialite de l'indetermination de la ref6rence. La contradiction au lieu de se refermer sur elle-meme se deploie alors en possibilites langagieres et se defie des savoirs tout faits et prets a rechauffer, comme l'explique Philippe Rahmy a propos de Fenetre, porte et facade:
  [L]'expdrience qui est ici mise de l'avant est celle d'une opdration
  chirurgicale consistant a sdparer le rdcit, en tant qu'expression
  d'un pouvoir organique, oil d'un savoir linguistique, du langage
  [...]. Cette sdparation a pour but de retirer toute la graisse qui
  recouvre les mots, puis de rendre la parole au rdcit, de laisser
  enfin le langage se raconter lui-meme. Sans compromis, dans la
  fraicheur. (33)


Cette operation de degraissage nous ramene a la "biscotte sans beurre" (34) evoquee par Hocquard, figure de la depsychologisation et de la demythification de la poesie, et plus globalement du langage. On ne mange vraisemblablement pas cette biscotte au-dessus d'une table de verite logique, mais, semble-t-il, au-dessus d'une table de langage ordinaire, laquelle est au niveau du monde, non pas en surplomb ou en dessous, la oi toutes les miettes sont valables. Hocquard explique a cc titre: "Je travaille sur une table. J'y jette a plat, une, collection a16atoire 'd'objets de memoire' qui reste a formuler. [...] A ce moment-la, un enonce devient possible. Je dirai meme qu'il s' impose avec la force de l' evidence." (35) Cette methode de travail est celle de l' "elegiaque inverse"; au lieu de succomber a la plainte nostalgique habituelle de l'elegie classique, Hocquard, en Robinson idiot, amasse des souvenirs anecdotiques pour en faire des objets linguistiques qui ouvrent la porte a de nouvelles relations. L'ecriture de l'elegiaque inverse, precise-t-il, "est essentiellement ludique":
  Ce qui ne veut pas dire necessairement comique. Mais ii joue [...].
  Il joue avec les choses qui existent [...] avec le langage tel
  qu'il existe [...]. C'est-a-dire tel qu'il les rencontre, devant lui
  et autour de lui. [...] Il cueille. Son jeu consiste operer (ou
  pas) des connexions imprevisibles entre les objets de langage qui se
  presentent. fussent-il deja des representations [...], qu'il traite
  alors comme des surfaces, car il est irreductiblement superficiel.
  Ainsi, plutot que d'exprimer ses impressions, il imprime ses
  expressions. Littercilement." (36)


Ce dispositif, que l'on pourrait en grande partie accoler al'ecriture de Mauche, "pose [selon Jean-Pierre Cometti] (37) [...] un principe d'indifference entre les choses":
  [S]euls nos usages instituent ce qui ressemble ici a un trait commun,
  et qui pourrait se figer dans une image trompeuse [...]. Le monde
  [...] n'est pas investi d'un ordre qu'il y aurait lieu de retrouver ou
  de retablir, sous on ne salt quel pretexte. (38)


Cela nous autorise alors a apprehender le langage et le monde autrement que comme des faits separes, voire opposes, desquels on ne peut que constater un echec transitoire, un manque a combler, une perte de sens et consequemment un aller simple vers le pathos. Comme le mentionne Pierre Alferi dans Chercher une phrase, "l'experience ne passe que dans une phrase: c'est la phrase qui s' impose comme experience. Elle ne relate pas une experience, mais `invente une experience' qui ne livre aucun indice de 1''inadequation' du langage, pas plus que de son `adequation.'" (39) En effet, c'est au sein meme du langage, tel qu'il est, que toutes les possibilites d'expression se concoivent plutot que suivant la recherche d'une correspondance avec une quelconque entite qui viendrait d'etre decouverte (40): "[Lie passage d'une procedure de designation [...] d'objets a l'indication [...] d'aspects relatifs aux traits conceptuels qui nous frappent dans un contexte d'usage," remarque Antonia Soulez a propos du travail de Wittgenstein, "ouvre Un espace de jeu pour le deploiement de possibilites qui en dit plus sur notre capacite de creativite, de liberte semantique, que sur des questions d'essence" (41); "Le travail fictionnel de jeux possibles, poursuitelle, bat en breche le fatalisme semantique du sens accepte." (42)

"Ne pas savoir, ne pas ignorer non plus." (43)

A la lumiere de ces remarques, il semble justifie de se pencher sur une certaine remarque 6mise par Claude Royet-Journoud: "Il n'y a rien d'etonnant a ce qu['on] ne puisse jamais expliquer la poesie que par elle-meme, autrement dit a ce qu['on] ne puisse pas l'expliquer (Pseudo-Wittgenstein)." (44) Tout a fait Iegitimement, if pose la le probleme de la tautologie de la poesie ainsi que la difficulte que pose la supposition de son objet, de son extension. Jusqu'ici, l'impossibilite d'emettre une explication semble s'accorder avec ce qui a et6 dit plus tot: aucune entite exterieure n'est requise pour justifier le contenu poetique. Mais Royet-Journoud soutient egalement que "l'unique question est celle du sens et [qu'lelle demeure insoluble." (45) Compte tenu de cette tendance a la resignation, la poesie devient "un metier d'ignorance." (46) Or, ce jumelage entre l'inexplicable et le caractere insondable du sens entretient une posture correspondantiste, ou la reconnaissance de l'ineffable a pour effet de dissocier le sens de l'expression. Repris par Jean-Marie Gleize, ce constat d'ignorance devient chez lui le motus operandi du travail poetique, car "cc qui se passe est sans nom. [...] I. La poesie n'arrange rien. 2. Elk ne consiste pas a reproduire le reel, mais a se rendre a lui, a rendre le reel, a rendre reel. 3. Cela est impossible, interminable, inachevable, necessaire." (47) Il faut reconnaitre que cette attitude encourage la continuation de tentatives poetiques, d'efforts singuliers, litteraux, qui permettent de sortir des dogmes poetiques et qui autorisent, au-dela de tout souci essentialiste, que "la po6sie [soit] remplacee par le mot poesie."" Gleize dira a cet effet que "la" poesie n'existe pas, qu'elle est sans definition. Mais cette conception ne souffre-t-elle pas tout de meme d'un paradoxe important? ne cultive-t-on pas une forme d'inconsequence a penser la poesie comme "metier d'ignorance"? En effet, l'ignorance ne constitue-t-elle pas la posture privilegiee et le savoir specifique de l'activite poetique? L'"objectification" ou la reification du reel, n'implique-t-elle pas un dedoublement qui va a l'encontre d'une pensee de la litteralite? On retrouve dans ces questions une des apories majeures d'une ontologie negative: ne pouvant jongler avec nulle autre alternative que l'existence ou l'inexistence du "Sens," cette forme de pensee ne peut se dessiner qu'en fonction d'une crise perpetuelle a regard d'un reel inatteignable et instaure, sans doute bien malgr6 elle, une complaisance existentielle. a ce titre, Jerome Mauche remarque justement que:
  Du point de vue historique, post-poesie incluse, la poesie fonctionne
  en effet comme une critique de la poesie, aussi s'attaquant une fois
  encore a la poesie, s'efforcant d'obtenir plus ou moms, en en
  reclamant son depassement voire en le supposant, dans une strategie
  qui pourrait aussi a voir [sic] avec celle de la metaphysique, il
  est a craindre qu'on ne fasse qu'enrichir encore les archives de la
  poesie et par la consolider les suppositions metaphysiques, ou
  esperees, qui les etayent. (49)


Deux conceptions du sens sont ainsi proposees: une qui, comme nous l'avons souligne, ne s'epuise pas en elle-meme et potentialise des possibilites du langage sans se soucier ni de ce qu'elle designe ni de l'objet de la poesie, et une autre, qui met de l'avant l'insolubilite du sens comme moteur de l'autoreferentialite poetique. Cette distinction suit ce que Stephane Baquey souleve a propos de deux conceptions differentes de la visee litterale. Chez Claude Royet-Journoud, la litteralite est:
  concue comme l'accentuation d'une coupure enonciative par la
  convention langagiere [..] comme l'experience douloureuse de la
  discontinuite [...] [,] [l]a litteralite s'y presente comme une
  condition dont l'ecriture ferait l'experience dans la "terreur," dans
  he sentiment d'une "menace": [...] [l]a litteralite est ainsi
  l'epreuve d'un fait ontologique, ou est ressentie la "douleur de
  l'analogique." (50)


Hocquard pense plutot la litteralite comme "l'evenement le plus banal: [...] il faut un peu dedramatiser la chose et rappeler que l'accident c'est litteralement, c'est-a-dire 'ce qui survient' [...] et qui survient non de maniere exceptionnelle, mais de maniere ordinaire." (51) Consequemment, la poesie ne pent constituer une variable necessaire ou determinante dans les ecrits d'Hocquard; s'il lui semble vain de poser des problemes strictement poetiques, il devient inconsequent de tenter de trouver des solutions specifiquement poetiques a des interrogations. L'affaire se concoit autrement, selon une perspective plus large:
  ce n'est plus seulement pour lui une question de litterature ou de
  poesie, mais plutot generalement une tenebreuse affaire de langage.
  De tout le langage: comment en effet chercher a resoudre des
  problemes qui sont poses en termes de langage sinon en terme de
  langage? Ce n'est que par une critique vigilante de ses habitudes de
  langage qu'il devrait parvenir a debloquer ce qui (le) coince dans le
  langage. (52)


Quant a Mauche, "ecrire se fait a partir de ce qui est ecrit deja [...] les propositions auxquelles, comme envoiltees, nous sommes sans cesse ramenes, [il] ne voudrait pas les extirper." (53) Si "chaque nouvelle a la television informe du langage," (54) l'ecriture se nourrit de ce qui nous entoure quotidiennement, voire obstinement. L'ecriture met en jeu des aptitudes generales, cela par l'usage du "discount," des motifs les plus disponibles et "pauvres" de notre vie, geste illustre par le "superadobe," (55) methode architecturale qui construit a meme la terre ou l'on batit, mobilisant les ressources presentes sur place, autant les materiaux que la main-d'ceuvre. La legitimation du jugement d'une production n'est plus orchestree par le cadastre forme d'un genre, de son historicite et de son avenir, mais par la prise en compte de l'air exte'rieur et ambiant. Sur cette "grande surface" langagiere incleterminee, la potentialite d'usage des outils laisse entrevoir la diversite d'operations de pensee possibles.

"Les peripheries du large" (56)

Notre but n'etait pas de demontrer qu'il existe une ligne dure, ou une revendication filiale entre Mauche et Hocquard. Il s'agit d'avancer que ceux-ci sont relies sur certains points, par une pluralite de cas intermediaires qui se superposent, par une suite de corps de metiers et de civils. Tandis qu'Hocquard est archeologue, paysagiste et prive, Mauche, lui, est un jour "agent d'assurance, le lendemain patissierboucher." (57) C'est surtout le cancre, "l' eleve plus que mediocre," (58) le "dernier des derniers" (59) qui, par son incapacite a apprendre ce qu'on lui enseigne et sa tendance a devier les apprentissages, porte la question que pose leur ecriture: qu'est-ce que savoir une langue? Peut-on "faire quelque chose avec ca"? (60) La conception de l'idiotie propre a cette attitude n'est pas fondee sur un sentiment de resignation devant la singularite du reel, mais plutot sur une indifference vis-a-vis he statut de ce dernier. L'idiot est trop occupe a mettre au point un moyen de fortune qui, peut-etre, l'aidera a se sortir du bourbier dans lequel ii s'est empetre. Dans ces circonstances, son indifference va aussi a l'en-droit des regles officielles associees aux techniques qu'il convoque. L'idiot ne peut qu' imposer momentanement une regle de fonctionnement propre a l'heterogeneite du dispositif qu'il developpe. Ainsi, l'enjeu du travail d'ecriture d' Hocquard et de Mauche devient la capa-cite que detient une langue de se mettre en action et de tirer des benefices de la recontextualisation d'une variete d'apprentissages et d'ainsi offrir diverses "manieres de faire des mondes." (61) Cette capacite qui met sur le meme plan les operations qui relevent de l'expression et de la comprehension, va alors a contrario d'une conception de la poesie et de resthetique comme experience vecue specifique et entierement differentielle. Trop souvent consideree comme constituee de cas particuliers apprehendes en deca de nos experiences et de nos facons d'agir ordinaires, la poesie n'exige ni de concevoir un autre langage, ni de supposer de nouvelles entites significatives. C'est par l'aptitude concevoir de nouveaux usages linguistiques et par la mise en relation d'une multitude d'exemples de ces usages qu'on peut parvenir a entrevoir les choses autrement. L'ecolier, par sa mediocrite, incarne chez Hocquard le doute vis-a-vis des habitudes lineaires d'expression et de comprehension. Il s'agit de soupconner les mecanismes trop bien implantes, de "faire bouger les regles du langage--et donc le sens." (62) L'exigence qu' impose l'ecriture est de parvenir a "tirer parti d'une habitude." (63) C'est a travers notre conduite avec le langage qu'il sera possible de se deshabituer et de "fabriquer le concept jetable dont nous avons besoin." (64) A ce titre, Hocquard convoque Zukofsky, qui disait que "la seule chose a faire est de se desaccoutumer. [...] Alors soudain on voit quelque chose." (65) Consequemment, cette attention a l'habitude la plus triviale "sonne comme un rappel non pas a l'ordre, mais a l'immanence." (66) Pour ce qui est de l'ecriture de Mauche, elle ne propose pas cette distance a regard des habitudes, mais pourraiton dire, y entre la tete la premiere, parce que "penser est difficile et / ou prendrait trop de temps" (67); elle mobilise ainsi des acquis un peu n'importe comment et se place "entre savoir et ignorance" (68); [n]e pas savoir, ne pas ignorer non plus". (69) Cette facon de faire qui releve de l'automatisme est "exercee et vecue, non comme une experience de liberation, mais de servitude au contraire plus necessaire." (70) Mauche affirme egalement sa faveur envers une ecriture qui procederait "d'un mouvement reflexe, lequel serait distinct du refus, qui introduit toujours quelque posture, ou adhesion, un romantisme?" (71) C'est ce rapport aveugle aux regles et les habitudes qui appelle l'erreur, la rend, du point de vue de la signification, dynamique. C'est une conception qui suggere egalement qu'une perspective totale et exterieure sur nos fawns de faire est illusoire, qu'on ne peut se voir penser et agir pour en comprendre definitivement le fonctionnement. Loin d'etre une limitation qui nous empeche d'avoir une prise sur le sens que nous transigeons, cette condition nous permet de mobiliser diverses aptitudes et d'inventer d'une facon continue. On pourrait dire que chez les deux auteurs, il est moms question d' inventer une nouvelle langue a l'interieur d'une langue normee que de proposer une hygiene de la langue commune, non par souci de purete, mais par refus du mythe de l'identite et de l'hypostase linguistique, qui limite la potentialisation des manieres de dire et de redecrire une diversite d'aspects de notre vie qui nous sont les plus immediats.

Connaitre une langue peut ainsi aller de pair avec la visee tautologique ou contradictoire, considerees selon une perspective "desaffectee." La tautologie et la contradiction ne se replient pas sur ellesmemes et se rejoignent dans l'idee d'un "travail en acte" immanent du langage et de la pensee qui se defient de l'extensionalite semantique et se satisfont pleinement de l'indetermination. Il s'agit "qu'une banderole se deroule n'ayant pas d'autres revendications," (72) de reconmitre que le langage dit ce qu'il dit quand il est dit sans qu'il n'y ait de residu, de reste insoluble, et qu'il n'est pas dependant d'une regle preetablie qu'il double. Ce geste semble adopter la remarque de Wittgenstein qui veut que "pour etablir une pratique, les regles ne suffisent pas, [qu']il faut aussi des exemples. Nos regles laissent des echappatoires ouvertes et la pratique doit parler pour ellememe." (73) La capacite grammaticale consiste ainsi a inventer des cas grammaticaux possibles, a mettre a plat des usages dont l'operativite n'est jamais reductible a leur actualisation. On pourrait ainsi avancer que l'ecriture d'Hocquard et de Mauche s'arrime a certains voeux de l'approche pragmatiste, notamment celui d'assurer une continuite entre les diverses facettes de l'experience et celui de perpetuer une attitude experimentale et inventive, a partir des ressources communes et publiques, ce qui permet de ne pas entrevoir imprevisibilite comme l'exception a une regle etablie, mais comme un trait des plus repan-dus de notre vie. Par ailleurs, les notions de savoir-faire et de capacite relative a une reflexion sur l'action appellent d'autres questions liees l'invention, notamment en ce qui a trait aux differents problemes relatifs a la dimension psychologique qui sont predominants au sein des debats esthetiques. Cette approche peut notamment contribuer a sortir des impasses concemant le sujet et l'intention. Au lieu de tenter de prouver l'inalienabilite d'un sujet en evoquant l'irreductibilite de l'esprit et les richesses de l'interiorite ou de prouver son inexistence en rappelant le determinisme qu'implique une conception systemique et formelle des regles sociales, il serait plus pertinent de le considerer comme un usager qui agit continuellement sur la valeur d'un bien commun qu'il partage avec d'autres et sur lequel il n'a ni autorite, ni privilege d'action. Ce sont des questions qu'Hocquard et Mauche, a leur fawn, abordent egalement dans leurs "entreprise[s] de travaux publics." (74)

Universite du Quebec a Montreal (Canada)

Notes

(1.) Jerome Mauche, Le placard en flattzmes (Bordeaux: Le bleu du ciel, 2009).

(2.) Jerome Mauche, Fenetre, porte et facade (Bordeaux: Le bleu du ciel, 2004), 62.

(3.) Emmanuel Hocquard, Les bobouches vertes. Une grananaire de Tanger II (Marseille/Tanger: Centre international de poesie/Institut francais Tanger Tetouan, 2009), s.p.

(4.) Emmanuel Hocquard, Un test de solitude (Paris: P.O.L, 1998), Livre I, (XX).

(5.) Mauche, Le placard en flammes, 126.

(6.) Emmanuel Hocquard a exploite et questionne, pendant une certaine periode, cette conception de la negativite qui est profonddment ancree dans la pratique de Claude Royet-Journoud, un de ses plus proches collaborateurs. Mais a partir de la fin des annees 80, la negativite changera de visage et convoquera les qualites du negatif photographique et de sa possibilite a activer une image. La langue entiere, en tant que surface indefinie deviendra une potentialite d'usages varies et le negatif du poeme: "Tout ce qui se lit dans les livres d'Emmanuel Hocquard depend d'une possibilite photographique a 'possibiliser les mots [...] [L]e poeme dit oui au negatif photogra-phique. Et comment 'ca voir' la trajectoire du non au oui? [...] [L]a photographic ne represente Tien, dans la mesure ou elle ne rejoue aucune presence supposee ailleurs [...]. La photographie (ou l'image) n'a qu' une fonction aleatoire, un developpement parmi d'autres." Francis Cohen, "Lucrece a invente la photographic, je dirais meme plus," Cahier critique de poesie 3, (2001), 25-36, 25, 28, 29.

(7.) Voir a ce sujet Jean-Pierre Cometti, "Un monde sans humour. Remarques sur 'L'environnement de pensee" in Elisabeth Rigal (dir.) Wittgenstein. Etat des lieux (Paris: Vrin, 2008), 355-68. Dans le cadre d'une etude de la comprehension et de la signification chez Wittgenstein ou l'imprevisibilite de la regle et l'immediatete de la comprehension vont de pair et s'inscrivent comme alternative aux procedes qui supposent un dedoublement (notamment l'interpretation), Cometti insiste sur le fait que l'expression et la comprehension relevent de "l'appartenance du langage a une forme de vie et avec un environnement de pensees, c'est-a-dire a la fois avec les facteurs contextuels qui entrent dans cette dimension du sens que nous rattachons a la physiono-mie, et avec ce qui fait communiquer les mots et le langage avec la totalied de nos jeux de langage. [...] [I]l s'agit d'une totalled plurielle, aux frontieres indeterminees, dont les connexions sont celles des 'airs de famine.' Pour former une totalled, il ne leur est necessaire de posseder ni un centre, ni un principe qui en traverserait intdgralement l'extension. Si nos usages y sont assu-jettis a des regles, c'est en ce que nos expressions et nos jeux de langage y puisent leur signification, laquelle ne se distingue pas des applications auxquelles elks se pretent" (365).

(8.) Emmanuel Hocquard, ma hale. Un 'wive it Tanger II (Paris: P.O.L, 2001). 22. On sait que selon la logique formelle developper par le philosophe dans le Tractatus (notamment 4.46), la tautologic et la contradiction constituent les deux limites--possibilite ci impossibilite--de la signification, lesquelles ne peuvent decrire le monde.

(9.) Antonia Soulez, Comment ecrivent les philosophes?. De Kant a Wittgenstein oil le style Wittgenstein (Paris: Editions Kime 2003), 186.

(10.) Soulez. Comment ecrivent les philosophes?, 27.

(11.) Hocquard, L'invention du verre, (Paris: P.O.L., 2003) 22.

(12.) II est important de differencier ce refus de la representation de celui qui tente de la surpasser par une quete de la "presence" ou d'une autre reification de cc type.

(13.) Hocquard, Les babouches vertes, s.p.

(14.) Hocquard, Un test de solitude, Livre I, (XX et XXI).

(15.) Hocquard, Un test de solitude, Livre I, (XVII).

(16.) Hocquard, Un test de solitude, Livre II, (III). Dans les deux derniers vers. Hocquard suggere que les possibilites ne sont pas deja determinees et ne forment pas on system..

(17.) Hocquard, Les babouches vertes, s.p.

(18.) Hocquard, Les babouches vertes, s.p.

(19.) Hocquard, ma haie, 235-6.

(20.) Pour detainer plus avant les implications de la "recontextualisation" et de la "recomposition," voir notamment Richard Rorty, "La recherche comme recontextualisation," in Objectivisme, relativisnte et virile (Paris: PUP, 1994), 105-32. Voir dgalement Frank Leibovici, "La redescription," in Des documents poetiques (Paris: al dante/Questions theoriques. 2007), 57-76.

(21.) Ludwig Wittgenstein, Le cahier bleu et le cahier bruit (Paris: Gallimard, 1996), 273.

(22.) Christiane Chauvird, Wittgenstein en heritage. Philosophic de l'esprit. epistemologie et pragmatisme (Paris: Editions Kime, 2010), 19.

(23.) Francois Latraverse, "Architecture et langage: une note wittgensteinienne," in Celine Poisson (din), Penser. dessiner construire (Paris: Editions de itciat, 2007), 77-89 (83).

(24.) Gilles A. Tiberghien, Enunanuel Hoc quard (Paris: Seghers, 2006), 103.

(25.) Emmanuel Hocquard, Conditions de lumiere. Elegies (Paris: P.O.L, 2007), 185 pp.

(26.) Jerome Mauche, Electuaire du discount (Bordeaux: Le bleu du ciel. 2004), 25.

(27.) Jerome Mauche, La loi des rendements decmissants (Paris: Seuil, 2007). 9-10.

(28.) Mauche, La loi des rendements decroissants, 185.

(29.) Mauche, La loi des rendements decroissants, 187.

(30.) Mauche, La loi des rendements decroissants, 190.

(31.) Jerome Mauche et Sitaudis, "Electuaire du discount de Jerome Mauche. Interview," Sitaudis.fr (2004), consult le 27 juin 2011, http://www.sitaudisfr/Parutions/electuaire-du-discount-de-jerome-mauche.php.

(32.) Mauche, La loi des rendements decroissants, 190.

(33.) Philippe Rahmy, "Jerome Mauche, Fenetre, pone. facade [sic]," Renitte.net -(24305), consulte le 27 juin 2011. http://remue.net/spip.php?articlei 180.

(34.) Hocquard, ma hale, 26-7.

(35.) Emmanuel Hocquard, "Un malaise grammatical." Theories des tables (Paris: P.O.L, 1992), s.p.

(36.) Hocquard, ma haie, 479.

(37.) Jean-Pierre Cometti, "Emmanuel Hocquard et le rhinoceros de Wittgenstein," Critique 735-736, (2008), 669-76 (673).

(38.) Cometti, "Emmanuel Hocquard et le rhinoceros de Wittgenstein," 672.

(39.) Pierre Alferi, Chercher tine phrase (Paris: Christian Bourgois editeur, 2007), 37.

(40.) En reference a Jacques Bouveresse, Christiane Chauvire explique cette idee comme ceci: "toute la possibilite est contenue dans le langage, et non dans un monde de possibilites intermediaire entre le langage et la realite, confine les philosophes ont tendance a le croire en multipliant les entites fantomatiques telles que le possible, le sens, la proposition, etc. Les modalites, en general, sont dans le langage, non dans le reel." Christiane Chauvire, "Dispositions ou capacites. La philosophie sociale de Wittgenstein," in Christiane Chauvire, Le moment anthropologique de Wittgenstein (Paris: Kane, 2004), 11-38 (26).

(41.) Soulez, Continent ecrivent les philosophes?, 41.

(42.) Soulez, Comment ecrivent les philosophes?, 32.

(43.) Mauche, La mi des rendements decroissants, 187.

(44.) Claude Royet-Journoud, La poesie entiere est preposition (Marseille: Eric Pesty Editeur, 2007), 22.

(45.) Royet-Journoud, La poesie entiere est preposition, 10.

(46.) Royet-Journoud, La poesie entiere est preposition, 9.

(47.) Jean-Marie Gleize, A noir: Poesie et litteralite (Paris: Seuil, 1992), quatrietne de couverture.

(48.) Christophe Hanna, "Assez vu!" in Jean-Marie Gleize, Sorties, (Paris: Questions theoriques, 2009), 6-17 (8). Ce "slogan" ne va pas sans rappeler celui de Joseph Kosuth "L'art est la definition de l'art." Ce genre de formulation ternoigne d'une certaine ambiguIte entre la volonte de se defarie des definitions et la suggestion d'une definition autoreferentielle et tautologique qui sugere que l'art ou la poesie ne peut prendre sens qu'en se referant nicessairement aux autres productions artistiques ou poetiques. Cette facon de voir s'inscrit dans une theorie institution-nelle de l'art qui est une autre forme d'ontologie dont le critere du sens repose sur cc que les choses sont plutot que sur ce qu'elles font.

(49.) Jerome Mauche, Wittgenstein, on ami qui vous veut do bien, Texte inedit.

(50.) Stephane Baquey, "Emmanuel Hocquard: une poesie litterale?," in Daniel Guillaume (dir.), Poesie et poetiques contemporaines (Cognac: Le temps qu'il fait, 2003), 309-27 (316).

(51.) Baquey, "Emmanuel Hocquard: une poesie litterale?," 316.

(52.) Hocquard, ma haie, 285.

(53.) Mauche, La loi des rendements decroissants, 190.

(54.) Jerome Mauche, Les possibtes (Paris: Editions Nicolas Philippe, 2002), 15.

(55.) Jerome Mauche, Superadobe (Bordeaux: Le bleu du ciel, 2005).

(56.) Didier Arnaudet, Les peripheries do large (Bordeaux: Le bleu du ciel, 2008), 76 pp.

(57.) Mauche, "Le dernier des derniers" in Superadobe, 27-70 (40).

(58.) Emmanuel Hocquard, Une grammaire de Tanger (Marseille: Centre international de poesie Marseille/Spectres familiers, 2007), s.p.

(59.) Mauche, Superadobe, 27-70.

(60.) Hocquard, ma hale, 517.

(61.) Nelson Goodman, Manieres de faire des monde.v (Paris: Gallimard, 2006), 228 pp.

(62.) Hocquard, Une grammaire de Tanger.

(63.) Emmanuel Hocquard, Terrasse a la Kasbah (Marseille: Centre international de poesie Marseille, 2006), 4.

(64.) Hocquard, ma haie, 278.

(65.) Hocquard, ma haie, 236.

(66.) Hocquard, Terrasse a la Kasbah, 3.

(67.) Mauche, La loi des rendements decroissants, 190.

(68.) Mauche, La loi des rendements decroissants, 186.

(69.) Mauche, La loi des rendements decroissants, 187.

(70.) Mauche, Le placard en flammes, quatrieme de couverture.

(71.) Mauche, Wittgenstein, un ami qui vous veut du bien.

(72.) Mauche, Fenetre, porte et facade, 15.

(73.) Ludwig Wittgenstein, De la certitude (Paris: Gallitnard, 1976), [section] 139.

(74.) Mauche, Fene'tre, porte et facade, 6.
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Article Details
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Author:Charron, Philippe
Publication:French Forum
Article Type:Critical essay
Geographic Code:4EUFR
Date:Jan 1, 2012
Words:6789
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