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La toile municipale aux XIXe-XXe siecles: un panorama transnational vu d'Europe.

Resume

La <<ville globale>> est devenue un objet d'etude tres couru depuis une quinzaine d'annees. La participation active des cites aux mouvements d'interconnexion, qu'on resume sous le nom de globalisation, est pourtant absente de cette litterature. On fait ici l'hypothese qu'en tant qu'acteurs et que sujets, les villes, a travers leur incarnation politique de gouvernements municipaux urbains, sont plus qu'un simple terrain ou se deploie la globalisation. Les echanges entre ces gouvernements municipaux urbains et au sujet de leur fonctionnement, de leur action et de leur situation institutionnelle sont alors consideres comme participant a la construction des phenomenes d'interconnexion transnationale, qu'ils soient regionaux ou globaux. Cet article propose une premiere approche de la <<toile municipale>> tissee entre les gouvernements municipaux urbains et au sujet de ceux-ci a l'epoque contemporaine. Cette toile inclut gouvernements municipaux, elus et employes municipaux, mais aussi savants et reformateurs; organismes inter-gouvernementaux, organisations non gouvernementales nationales et transnationales aussi bien que sections de gouvernements nationaux ou infra-nationaux, sans omettre les entreprises qui travaillent sur le marche de l'urbain. Elle organise et canalise la circulation des idees, des personnes, des services entre les gouvernements municipaux urbains et a leur sujet. L'article s'attache particulierement aux acteurs, materiaux de cette toile, aux objets qui la parcourent, en insistant sur les effets a long terme de ce reseau de contacts et d'echanges qui s'est mis en place depuis la fin du XIXe siecle.

Summary

There has been an outburst of scholarship on world and global cities in recent years, though cities under the guise of political entities--that is, municipal urban governments--have not been considered by this literature as having a relevant degree of agency in the process of interconnection that has been named globalisation. While they are both agents and subjects of this process, their part has been neglected or considered under a very limited chronological angle. This article offers an approach to the "municipal web" that has developed between and about municipal urban governments in the modern era. This web includes municipal governments, municipal officials and technicians as well as scholars, experts and lay reformers; intergovernmental organizations, domestic and transnational non governmental organisations as well as sections of national or infra national governments; firms as well as non profit groups. The article pays special attention to those who weaved this web and the material they used, to the items that travelled through this web of municipal interchange. It insists on the importance of studying current interconnections among and about cities in the historical perspective.

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Lors d'un recent congres de la Societe des contemporaneistes italiens (SISSCO 2003), la seance pleniere s'intitulait <<la globalisation comme point de vue historique: une nouvelle histoire?>>. En retournant la problematique de ce titre, on proposera ici de se demander comment l'histoire peut contribuer a developper un nouveau point de vue sur la globalisation. Paradoxalement en apparence, on le fera a partir d'un terrain dit <<local>>, celui de la ville. Cette voie, choisie en dehors des etats, des phenomenes economiques ou culturels qui supportent plus frequemment les interrogations sur la globalisation, tient le pari que l'etude des connexions <<subalternes>> permet de comprendre autrement les dess(e)ins et les deploiements de ces mises en relation qui caracterisent de la maniere la plus generique possible les phenomenes dits de globalisation. Cette demarche se place dans une perspective transnationale de plus en plus empruntee par des chercheurs tentant de donner raison aux phenomenes difficilement comprehensibles ou saisissables a travers le regard d'histoires nationales ou comparatives (1). On etudiera de maniere synthetique la <<toile municipale>>, ce tissu de relations entre les gouvernements municipaux urbains et a leur sujet, leur action, leur organisation et leur statut institutionnel. Pour ne pas forcer de facon anachronique des categories contemporaines sur des configurations en evolution dans le temps, j'eviterai les acronymes, les definitions et les formules qui rapprochent ou separent les differentes approches employees en sciences politiques ou en relations internationales, pour etudier la gouvernance des relations internationales contemporaines et les phenomenes de reseaux, les coalitions ou les mouvements transnationaux (2). Par <<toile municipale>>, j'entends un espace social qui traverse les limites nationales, regionales ou linguistiques et dont l'etendue est definie par l'extension des flux d'information, d'idees, de procedes, de services, de personnes centres sur les pratiques, les formes, les methodes, les principes et les valeurs du gouvernement municipal des villes. Cet espace n'est ni plat ni neutre. Il presente des asperites, des denivellations, des hierarchies, parfois dues a des conditions externes, plus souvent a l'action des protagonistes qui l'arpentent et le structurent selon leurs objectifs. Selon les epoques d'observation, on peut y rencontrer en totalite ou en partie les types suivants qui entrent en interrelation de cooperation ou de concurrence: savants, citoyens, elus, techniciens et professionnels; societes professionnelles et associations domestiques et transfrontalieres; parties d'organismes intergouvernementaux, internationaux ou regionaux, et branches des gouvernements nationaux ou infranationaux; fondations philanthropiques, groupements politiques et entreprises. Ces agents ont des ressources, des caracteristiques et des desseins divers, mais partagent un interet (convergent, conflictuel ...) a definir, a diffuser ou a modifier les normes qui ordonnent la definition et la pratique du gouvernement municipal urbain.

La toile fait circuler individus, objets, textes, mots, reglements, dessins ou plans, mais aussi statuts, representations, idees, les modalites de ces circulations allant de l'imitation a la domination en passant par l'emprunt selectif, l'appropriation ou la traduction. De ces circulations, cet article ne propose qu'un point de vue situe en Occident et s'y rapportant, avec comme preoccupation centrale la periode 1890-1940 et quelques-uns des acteurs deja cites. Il vise a tester la validite de l'hypothese de la constitution historique d'un espace d'interrelations et de son poids dans le formatage de l'action transnationale contemporaine des gouvernements municipaux urbains par la mise en place d'un repertoire de pratiques et de techniques, la definition d'une geographie, la trajectoire de certains acteurs ou la structuration de positions et de roles collectifs.

C'est la une direction que les recherches anciennes et recentes sur les <<villes globales>> et les <<systemes de villes>> n'ont que peu empruntee. De Fernand Braudel a Janet Abu-Lughod, de Brian Berry a Saskia Sassen ou Peter Hall, les villes sont des centres, des foyers, des noeuds ou se deploient et s'exercent les forces de l'economie globale, mais leur participation active au mouvement d'interconnexion regional et global, en tant qu'entites politiques, n'a pas retenu l'attention (3). Peter J. Taylor, jusque dans son souci de fonder empiriquement l'etude des reseaux urbains globaux, a privilegie avec toute l'equipe du Global and World Cities study group l'analyse de l'implantation des grandes firmes de services aux entreprises. Cette armature sert a identifier les villes appartenant au reseau global du systeme monde actuel et a definir leur hinterworld (4). Peter Karl Kresl et Earl H. Fry, dans leur tout recent ouvrage, se concentrent quant a eux sur les aspects economiques de la <<reponse des villes>> a l'internationalisation durant les trente dernieres annees (5). Les etudes sur le role des gouvernements municipaux dans les politiques de regulation de l'environnement insistent quant a elles sur la <<nouveaute>> des reseaux transnationaux d'autorites locales, <<apparus>> dans la deuxieme moitie du XXe siecle et <<vraiment>> developpes dans les annees 1980 (6). On propose ici un point de vue sinon different du moins complementaire, une approche qui replace les gouvernements municipaux urbains comme des acteurs des processus d'interconnexion dans une perspective de long terme, soit depuis les dernieres decennies de la fin du XIXe siecle (7). Leurs protagonistes visent a la fois a participer au dessin de l'ordre municipal par le travail a l'echelle mondiale et au dessin de l'ordre mondial par le travail a l'echelle municipale. Globales, les villes le sont alors par les projets, les relations, les pratiques que revele l'observation de la toile municipale. On commencera par situer celles-ci dans des contextes, faisceaux de possibilites et de contraintes, qui donnent leur cadre de possibles a la toile et a ses participants.

On connait la force des liens (diplomatiques, politiques, commerciaux) unissant certaines cites entre elles a l'epoque medievale ou moderne, la Ligue Hanseatique n'en etant que l'ecume (8). Les echanges entre individus sont certains, la circulation de regles de droit, de personnel administratif ou politique, de formes reglementaires est averee ou perceptible dans de nombreux travaux sur l'epoque moderne (9). Mais il faut souligner l'anachronisme qu'il y aurait a inscrire simplement l'histoire des connexions municipales des XIXe et XXe siecles dans la linearite des relations entre communes et cites-etats depuis le Moyen Age. Ce serait oublier que, en un mouvement enclenche au XVIIIe siecle dans certains etats monarchiques, approfondi au XIXe dans le creuset des etats nationaux et confirme au XXe siecle par les politiques des welfare states, les gouvernements des villes ont ete soumis a un ensemble de regles, de controles, de hierarchies qui ont transforme la souverainete municipale (10). La mutation dont il est question ici a transforme les villes en municipalites, organes subordonnes de gouvernement, et les a emboitees dans la structure administrative, juridique et politique des etats nationaux. Le gouvernement des villes est devenu gouvernement municipal a l'echelle planetaire, au croisement de la redefinition de constructions institutionnelles nationales et de l'expansion imperiale europeenne avec la diffusion de normes institutionnelles qu'elle a entrainee (11). Cela ne veut pas dire que le gouvernement des villes soit devenu une pure et simple antenne ou s'appliquent les decisions et les politiques des gouvernement nationaux. Bien au contraire, un certain nombre de normes, de politiques ou de pratiques ont ete developpees a l'echelle des gouvernements municipaux avant d'etre nationalisees (12). Cela ne signifie pas non plus que la definition de ce qu'est institutionnellement et pratiquement le gouvernement municipal soit identique dans le monde entier. Il serait problematique de vouloir preciser ici les differences, ou de retracer les evolutions generales des formes du gouvernement municipal. Non pas tant parce que cela serait fastidieux, mais plutot parce que ce debat de definition est precisement un de ceux qui fondent l'existence de la toile municipale et l'interet de ses protagonistes a faire vivre des flux de personnes, de mots ou de services entre les gouvernements municipaux urbains et a leur sujet. Les interactions sur la toile municipale ont eu pour consequence et pour objet de modifier la definition pratique ou institutionnelle de ce qu'est en pratique et en droit le gouvernement municipal des villes contemporaines, notamment a travers les nombreux echanges sur les politiques municipales, l'autonomie municipale, les rapports avec les gouvernements nationaux ou le gouvernement metropolitain. Ce dernier cas illustre bien le rapport non causal qu'il y a entre la forme institutionnelle de certains des acteurs prenant part au debat sur la toile et l'impact de ces debats sur la forme institutionnelle de ses acteurs. La metropolisation des gouvernements municipaux et la question du gouvernement des grandes villes sont des sujets importants de recherche et de debat entre les chercheurs en science politique et administrative depuis les annees 1910-1920. Des lors, les recherches et les enquetes sur le sujet, a l'image des volumes produits a Chicago (13), se base-rent largement sur les experiences des villes etrangeres pour proposer des changements de normes et de pratiques, ou pour defendre un statu quo. Ces themes ont aussi ete discutes dans les conferences et les rencontres de certaines organisations qui structurent la toile municipale: Union Internationale des Villes et Institut International des Sciences Administratives dans les annees 1920-1930, assemblees et commissions d'etudes des organisations intergouvernementales plus tard. Ces flux d'information sont autant de ressources pour les divers acteurs de la toile (gouvernements urbains ou nationaux, experts savants ou elus locaux) dans les changements qu'ils proposent quant a la forme du gouvernement des metropoles. Parallelement, certaines consequences materielles de la metropolisation (multiplication des niveaux d'administration et de gouvernement, etalement des territoires sur plusieurs municipalites) changent les caracteristiques de certains des agents qui participent a la toile municipale (14). C'est la une maniere d'insister sur le fait qu'on ne peut faire etablir une difference ontologique entre les gouvernements municipaux comme sujets d'etude et les gouvernements municipaux (ou ceux qui sont interesses a leur fonctionnement) comme acteurs du terrain etudies. L'enjeu de la circulation de l'information sur la toile municipale, soit la raison de la participation des differents acteurs, est precisement la definition ou la redefinition de ce qu'est ou de ce que devrait etre le gouvernement municipal urbain et du role qu'y jouent ces acteurs.

D'autres grands changements, qu'on ne peut peindre ici qu'a larges traits, donnent un cadre de possibilites et de contraintes a l'existence, a l'extension et au fonctionnement de la toile municipale. Les XIXe et XXe siecles sont ceux de l'urbanisation statistique et culturelle des societes humaines, et le sentiment de partager une evolution commune sur ce plan est particulierement fort parmi ceux qui participent aux connexions municipales, des Europeens et Nord-Americains qui s'y lancent les premiers, jusqu'a ceux dont les convictions actuelles au sujet du XXIe siecle est qu'il sera <<le siecle des villes (15)>>. Cette perception d'un present et d'un futur communs a ete a la base de la formulation d'un sentiment de proximite et d'interet mutuel qui anime les participants de la toile municipale. Une telle perception est la condition de l'usage effectif des references etrangeres, dont temoignent par exemple les faits et gestes d'un Seki Hajime, maire-adjoint puis maire d'Osaka dans les annees 1920-1930, qui pense le fonctionnement de son gouvernement municipal avec ou contre les realisations des villes allemandes, anglaises ou etats-uniennes (16). Le developpement professionnel des sciences sociales, dont le fait urbain est une des arenes, permet quant a lui l'existence d'une sphere de savoir et de savoir faire sur la ville (17). La se developpe une reflexion sur la maniere rationnelle, scientifique et universelle de gouverner les hommes et les choses dans un contexte de specialisation et d'application du savoir, different de celui qui prevalait a l'ere moderne. Enfin, le concert international est bien different. A l'epoque contemporaine, les etats nationaux et territoriaux constituent les cellules de base du systeme international. Les echanges transnationaux entre les villes et a leur sujet se font dans ce contexte, entre volonte de le subvertir et obligation de s'y inserer. A la fin du XIXe siecle, ce systeme international donne par ailleurs naissance a des organisations multilaterales inedites, que la Societe des Nations met en systeme, et qui cherchent leur autonomie par rapport aux mecanismes des rapports entre nations. Le travail et la configuration de la toile municipale sont lies a cette histoire de l'ordre mondial.

Enfin, Il faut s'attarder sur quelques conditions materielles des possibilites d'echanges et de relations, dont les connexions municipales sont une des declinaisons. L'existence de langues a propension universelle, dont les fortunes s'inscrivent dans celles des empires coloniaux ou des dominations economiques et politiques, a permis la communication entre les acteurs. Les grands mediateurs europeens et transatlantiques de la toile municipale menent leur correspondance en allemand a la fin du XIXe siecle, l'espagnol devient une langue de travail des grandes organisations de municipalites dans les annees 1950, et le travail de l'organisation asiatique Citynet est mene aujourd'hui en anglais (18). Cela ne dispense pas des rencontres et des congres, des soucis lies a la traduction ni des incomprehensions et des conflits lies a la maitrise des langues ou a leur choix comme langue de travail. Mais l'elargissement social d'un polyglottisme restreint (langue maternelle plus une ou plusieurs <<langues imperiales>>), a la suite de la mise en place de systemes scolaires de masse dans les pays occidentaux, facilite a partir de la fin du XIXe siecle des circulations d'information, de services et de personnes. La multiplication des traductions d'articles et d'ouvrages, dans le contexte d'une production imprimee en extension, temoigne de la vitalite de ces echanges linguistiques. La circulation de ces imprimes est facilitee par la rapidite des moyens de transport qui acheminent le courrier par terre, par mer ou par la voie des airs. Plus generalement, l'apparition de formes electriques puis electroniques de la communication a distance (telegraphe, telephone, telecopieur puis courrier electronique) accelere echanges et circulations. Cela est vrai pour la circulation des personnes elles-memes. La logistique de l'organisation des voyages devient plus simple. La ou l'ingenieur de la Ville de Lyon partait a l'aveuglette a Londres, sans autre outil que quelques lettres de recommandations recuperees a la hate (19), le voyageur du XXe siecle prepare son voyage, ses rencontres et son itineraire bien a l'avance (20). La diminution de la duree et du cout des voyages, grace aux reseaux ferroviaires puis routiers sur les continents, et aux progres de la navigation a vapeur sur les oceans, contribue elle aussi a cet assouplissement logistique. Des la fin du XIXe siecle, des voyages d'etudes marathons sont possibles sur le continent europeen, comme en temoigne le voyage effectue par une delegation lyonnaise en 1898 (17 jours, 13 villes et 6 abattoirs visites en Allemagne et en Autriche-Hongrie) (21), le tout avec une grande rapidite de mise en oeuvre (22). Cette souplesse accrue se retrouve dans les voyages transatlantiques (23). Dans les annees 1850, il faut deux semaines pour joindre par bateau les Etats-Unis d'Amerique et la Grande-Bretagne. Ce temps est diminue de moitie des le debut du XXe siecle. En 1937, l'universitaire Rowland Egger appareille de New York le 19 mai sur le SS Manhattan, pour aller passer plusieurs mois en Europe aupres du secretariat de l'Union Internationale des Villes (IULA, International Union of Local Authorities, dans la suite du texte). Il est a Londres des le 25 mai. Le transport aerien etait alors deja a portee de vue. L'annee precedente, le professeur Charles Merriam de l'University of Chicago et Guy Moffett, secretaire general du Spelman Fund of New York, etaient revenus de leur voyage municipal en Europe en empruntant la ligne aerienne ouverte depuis 1930 par la societe de dirigeables Zeppelin. Le voyage se faisait en moins de quatre jours.

L'importance de ces changements des conditions des voyages transatlantiques et continentaux tient, moins au fait qu'ils en permettent la multiplication, qu'aux modifications de forme et de fond du deplacement. La baisse des couts et des durees autorise les sejours brefs et cibles. Les voyageurs municipaux partaient frequemment pendant plusieurs mois a la fin du XIXe et au debut du XXe siecle; ils se deplacent pour trois ou quatre semaines dans les annees 1930, quelques jours dans les annees 1960 et une journee ou seulement quelques heures aujourd'hui. Les grandes tournees du debut du XXe siecle les emmenaient a travers des dizaines de villes et plusieurs pays; dans les annees 1960 ils visitent un lieu, un service, une realisation, un collegue. Le voyage n'est plus seulement l'aboutissement de contacts ou de curiosites, il devient le moyen de creer des liens dans un milieu inconnu, comme en temoigne la destinee tragique du Cubain Ruy de Lugo Vina. Celui-ci trouve la mort dans un accident d'avion en 1937 alors qu'il entreprend un grand circuit latino et sud-americain pour organiser le premier Congres interamericain des municipalites.

C'est dans ces conditions que les connexions municipales se developpent avec une grande rapidite a partir des annees 1880-1890. Des systemes circulatoires se mettent alors en place, qui vont progressivement structurer les echanges en Europe, mais aussi entre Europe et Ameriques, entre Europe et empires coloniaux, et permettre la discussion et la dispute sur ce qu'est le gouvernement municipal urbain et sur son fonctionnement. L'exploration de cet univers des connexions municipales correspond a une entreprise historiographique en chantier. Par consequent, on l'aborde ici sans pretendre clore le sujet, mais plutot en vue de fournir un panorama localise que d'autres pourront apprecier, deprecier, redessiner ou completer.

De ville en ville

Tout en gardant toujours presente a l'esprit la nature polymorphe d'un certain nombre d'echanges entre les gouvernements municipaux urbains et a leur sujet, une maniere commode d'aborder la toile qu'ils delimitent est de passer par les liens noues entre municipalites. Dans de nombreuses municipalites europeennes, les projets de mise en place d'un reseau d'egouts, d'un reglement du personnel, d'un service d'assistance aux pauvres ou d'un abattoir passent par une enquete aupres d'autres municipalites (correspondance, voyages, visites d'expositions) (24). Les lieux de collecte de ces renseignements varient considerablement selon les cas, mais une cartographie reflechie se dessine qui n'est pas un simple calque des reseaux de l'economie, de l'organisation institutionnelle ou de la hierarchie urbaine. Les municipalites visees sont celles qui ont une experience en la matiere, une grande reputation d'action municipale ou encore des caracteristiques urbaines proches de celles de la ville enquetrice. Ces villes peuvent etre proches ou lointaines, nationales ou etrangeres, europeennes ou extracontinentales. La sollicitation de municipalites etrangeres n'est pas forcement une pratique qui succederait a une pratique de connexions nationales, comme sous l'effet d'un elargissement des perspectives lie a des communications plus faciles. La demarche d'enquete en matiere de realisations municipales, identifiable des le XIXe siecle et qui continue d'exister jusqu'a nos jours, semble traverser les frontieres des son origine, a cause des termes meme dans lesquelles elle est formulee. Ce qui la fonde est la recherche de reponses a des problemes definis comme etant techniques et communs, ce qui equivaut a dire que la solution peut en etre universelle et la validite, depas-ser les contextes locaux et nationaux.

Geographies

Ces toiles circonstanciees d'echanges d'information ont leurs regularites et leurs noeuds. Ceux-ci se mettent en place a la jonction de deux geographies. D'une part, la geographie des origines et des demandes, et d'autre part, celle des horizons et des reponses. En emergent quelques aimants, nouvelles Jerusalem de la reforme municipale qui beneficient de la reputation, de plus en plus travaillee, de <<grande ville moderne>>. Vouloir etablir une liste de ces gouvernements municipaux a partir de cette reputation de <<modele>> est un exercice suggestif. Si on s'y livre pour l'Europe du debut du XXe siecle, une telle liste ne laisse pas de cote les grandes capitales (Paris, Londres, Berlin, Vienne), bien que souvent elles n'aient pas le statut de municipalites independantes. Mais les plus attirants de ces noeuds de la grande toile des connexions sont des villes plus ordinaires. De grandes villes comme Glasgow, Liverpool, Dusseldorf, Francfort, Cologne ou Amsterdam, mais aussi des villes petites ou moyennes comme Gand, Ulm, Elberfeld, Suresnes, Carlisle ou Schaerbeek y ont leur place. Une telle liste, qui enregistre des reputations, est pourtant illusoire. Les attractions ne sont pas universelles, et les modeles, recherches et utilises ici ou la, participent d'idiosyncrasies du recueil de l'information ou de strategies de conviction qui en disent plus sur les contraintes du lieu d'usage de la reference que sur les qualites intrinseques de la ville proposee comme <<modele (25)>>. De surcroit, les reputations et les attractions sont changeantes. L'eclipse de Glasgow apres la Premiere Guerre mondiale, la reputation grandissante de la Barcelone des annees olympiques a la fin du siecle dernier nous le rappellent. Les phenomenes de proximite geographique, les contingences des reseaux de transport, les communautes linguistiques, les appartenances politiques (26), les liens personnels ou associatifs entre elus ou entre fonctionnaires municipaux, l'action de communication des gouvernements municipaux (a travers expositions, campagnes de promotion et auto-celebration) (27) sont quelques-uns des cadres qui orientent les connexions dans certaines directions privilegiees. De surcroit, pour chaque enquete, pour chaque terrain de l'action des gouvernements municipaux se dessinent eventuellement des cartes differentes. Les villes scandinaves etudiees par Marjatta Hietala sont ainsi remarquables par leur capacite a aller chercher experiences et informations la ou elles sont, dans les grands et petits pays, les villes proches et lointaines, ajustant la cible selon qu'il s'agisse de recueillir des renseignements sur l'education technique, l'hygiene publique ou l'eclairage urbain (28).

Il est enfin capital de souligner que la cartographie des flux qui font vibrer la toile municipale ne suit pas exactement les geopolitiques nationales et internationales, comme en temoignent les structures de ce qu'on peut appeler l'Internationale Municipale, ce monde d'associations reunissant municipalites ou associations de municipalites, elus ou techniciens. On y lit l'investissement et le rayonnement international des individualites et associations de villes belges, suisses, neerlandaises ou polonaises, bien perceptibles au sein des associations internationales comme l'IULA (29); le role des <<petits pays>> dans l'associationnisme des techniciens municipaux (30); ou encore l'impulsion que donnent petites et moyennes municipalites dans la creation d'associations nationales de municipalites (31). Plus globalement, on peut faire l'hypothese qu'il n'y a pas de pays aux municipalites demandeuses a opposer a des pays a municipalites pourvoyeuses (32). Il y a bien sur des lignes de force dans la geographie des connexions, des palmares (de moins en moins informels) ou tronent certains des gouvernements municipaux <<modeles>> cites plus hauts: les villes allemandes ou britanniques sont bien souvent au premier rang des cites avec lesquelles les villes d'autres pays etablissent des liens d'information et d'echange. Mais cette ubiquite est partiellement trompeuse, dans la mesure ou les traces de ces connexions ne nous parviennent (en particulier a travers les sources imprimees) qu'au terme de veritables strategies d'usage des references etrangeres. Les informations ne sont pas recueillies, diffusees ou utilisees indifferemment: les courtiers de l'information municipale privilegient certains terroirs et en disqualifient d'autres, des lors qu'il s'agit de developper une strategie de conviction (33). D'autre part, les <<municipalites modeles>> elles-memes s'averent aussi etre a la recherche des <<bonnes pratiques>>. Le cas de Glasgow est particulierement exemplaire a cet egard. Alors meme que la municipalite des bords de la Clyde faisait figure de <<Saint Graal>> pour les reformateurs municipaux du monde occidental entre 1890 et 1914, ses elus et ses officers continuaient d'explorer ce meme monde pour y chercher des experiences propres a inspirer quelque adaptation locale (34).

Les temps de la toile

Ces liens techniques entre municipalites, developpes depuis le XIXe siecle, banalises au XXe et maintenus jusqu'a nos jours, se combinent assez tot avec d'autres modalites. Dans un article recent sur le <<nouvel internationalisme>> des municipalites, le sociologue canadien William Hewitt designait les municipalites comme un des nouveaux acteurs internationaux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, par leur engagement croissant dans les echanges educatifs, culturels, economiques et diplomatiques, et leurs exigences recentes de prendre place dans les institutions de l'ordre mondial. L'etude des connexions municipales sur le long terme semble utile pour completer ces perspectives. Le <<local>> ne surgit pas ex abrupto dans le <<global>> durant les dernieres decennies. Les gouvernements municipaux ne font pas irruption sur la scene internationale avec les jumelages de l'apres Seconde Guerre mondiale, ou dans les annees 1970-1980 autour des actions contre le regime chilien, l'apartheid ou pour le developpement, ou a la faveur de la <<globalisation>> des annees 1980-2000 (35).

Le cas de la diplomatie municipale est eclairant. Il existe une pratique historique de l'action diplomatique municipale, dans le contexte de rapports internationaux domines par les relations entre les etats-nations. Des travaux mettent en evidence le travail diplomatique effectue, au debut du XXe siecle, par diverses municipalites a des moments cruciaux des rapports entre grandes puissances europeennes (Entente Cordiale, amitie anglo-allemande, tentatives de developpement des relations entre Francais, Britanniques et Allemands). Ils rappellent ainsi que, si la cartographie et la chronologie de la toile municipale ne se resument pas en un decalque des spasmes du systeme international, elles en jouent comme d'une possibilite et d'une contrainte (36). La, comme dans les connexions mises en place entre municipalites francaises et britanniques (37), on constate que ce travail diplomatique est alors legitime par l'echange technique autour des realisations municipales. Cette base scientifique et technique, definie comme neutre et universelle, est jugee ideale pour developper une comprehension et une connaissance mutuelles qui, au regard des protagonistes, permettront de mettre en place des relations internationales pacifiees et pacifiques. Loin du coeur symbolique du pouvoir de l'Etat, loin des affaires qui concernent des souverainetes fortes et des interets antagoniques, le detour par les municipalites a donc ete pose sur ce terrain de la neutralite des echanges de savoirs et de techniques. Mais les municipalites ne sont pas simplement des paravents pour une diplomatie d'Etat qui avancerait masquee. Ses acteurs se pensent en complement, voire en opposition a cette diplomatie etatique qu'ils considerent antagonique par nature, alors que la diplomatie des villes serait cooperative (38). Antoine Vion, dans une etude des jumelages entre villes europeennes, a amene de nombreux elements sur ce point, en retracant la demarche des inventeurs de la tradition des jumelages qui tentent de coutenir un projet de construction europeenne <<a la base>>, concu comme complementaire et superieur a celui porte par les gouvernements nationaux (39). En analysant ce moment, au tournant des annees 1940 et 1950, Vion montre aussi qu'il s'est construit sur une activite municipale anterieure, dans le secteur des echanges scolaires et de jeunesse. Il affine ainsi l'approche des jumelages (40), notamment en mettant en lumiere les enjeux organisationnels, le terrain des jumelages etant occupe et dispute par plusieurs organisations aux projets assez differents. Il souligne enfin qu'il ne s'agit pas simplement d'un ensemble d'initiatives locales et contextuelles, mais d'un moment dans un tissu de relations entre municipalites, tissu qui genere des enjeux propres. Si aujourd'hui les activites culturelles sont encore au coeur des jumelages, la montee en puissance des composantes economiques de ces accords se revele frappante. Les jumelages actuels, entre villes europeennes ou entre villes europeennes et villes d'Asie ou des Ameriques, sont des machines de promotion touristique, de facilitation commerciale ou de recherches de debouches pour ces entreprises de formation que deviennent les universites du Nord. Les departements municipaux de relations internationales, qui sont monnaie courante dans les grandes et les moyennes villes europeennes ou nord-americaines, gerent les jumelages comme des elements economiques parmi d'autres, leur composante <<utopico-politique>>, decrite par Vion, etant souvent placee au second plan. Mais, d'apres des observations faites dans des conferences recentes (United Cities and Local Governments 2004, Eurocities 2005), le <<bon vieux>> jumelage base sur les echanges culturels semble trouver un regain de faveur, dans un contexte ou il est reinterprete comme un outil <<humain>>, capable de batir des liens entre des pays ou des civilisations en voie d'integration ou d'antagonisme croissant. C'est redire que la toile municipale aujourd'hui peut puiser dans un repertoire de formules construites dans des phases anterieures de son existence.

Acteurs

De nombreuses connexions municipales n'impliquent pas comme tel les gouvernements municipaux urbains. Leurs elus et leurs employes ne sont pas seuls a initier ou a animer les enquetes et les demarches qui etablissent des connexions et generent des flux d'information ou de personnes. Avec eux, bien d'autres acteurs participent a construire les canaux par lesquels l'information peut circuler. Pour le XIXe siecle, on pense a ces ingenieurs d'entreprises de services a reseaux, notamment ces Belges ou ces Britanniques qui essaimerent a travers l'Europe au gre des concessions signees par les municipalites pour les tramways, l'adduction d'eau, le gaz ou l'electricite. Quelques cas celebres constates, comme ceux des ingenieurs William Lindley, pere et fils, en Allemagne (41), ou de Louis Genis entre Bruxelles, Paris et Bordeaux (42), orientent notre attention vers des circulations fondees sur l'existence de marches du travail regionaux, nationaux ou internationaux dans l'ingenierie, l'architecture ou meme l'administration municipale. La circulation des informations municipales a aussi pu proceder de la cooperation entre entreprises et municipalites, comme dans le cas des activites de la Foreningen af Byggeinteresserede i Aarhus (Societe pour la Construction d'Aarhus, creee en 1916), qui a organise voyages, expositions et conferences sur les reglements de construction, la politique du logement, l'architecture et un certain nombre de sujets proches. Les voyages annuels que cette association a mis sur pied dans les villes europeennes, au cours des annees 1950, comportaient des visites aux entreprises de construction, aux architectes et aux administrations municipales, accompagnees des habituels rituels de sociabilite (banquets, conferences) (43). Enfin, les entreprises qui se disputaient les marches des services municipaux organisaient elles-memes la circulation de l'information, par leur presence aux congres, aux expositions et leur correspondance municipalites. En temoigne, dans de nombreuses archives municipales francaises, la presence des brochures des societes qui fournissaient cles en mains des usines d'incineration dans le monde entier au debut du XXe siecle (44).

D'autres milieux participent a l'etablissement et au fonctionnement de ces connexions entre municipalites. Universitaires, journalistes et publicistes, amateurs et professionnels de la <<reforme>> (des medecins aux notables de la bienfaisance et de l'assistance, en passant par les cooperateurs ou les animateurs de mouvements sociaux) sont parmi les plus actifs sur ce terrain. La toile municipale prend ainsi place dans un systeme de contraintes et d'opportunites lie aux divers groupes, dont elle participe a travers ses acteurs. Ceux que l'on connait le mieux aujourd'hui sont sans doute les brokers municipaux americains qui parcourent l'Europe, des annees 1880 jusqu'a la veille de la Seconde Guerre mondiale. Grace a Daniel Rodgers et a Axel Schafer, la maniere dont Richard Ely, Frederic Howe, Leo Rowe, Albert Shaw, Frank Goodnow, Benjamin Marsh, Brand Whitlock et bien d'autres construisirent et utiliserent la reference europeenne dans leurs ecrits et leurs actions sur les municipalites americaines nous est devenue familiere (45). Ces entrepreneurs de l'echange sont utilises et sollicites, dans leur pays comme au dehors, pour vehiculer les elements et les enseignements de leurs observations europeennes et changer les modalites de fonctionnement des gouvernements municipaux urbains. Ils ont de nombreux emules europeens avec lesquels ils sont souvent en contact (46). Ceux-ci sont, comme eux, de grands voyageurs ou de grands epistoliers et amassent une documentation encyclopedique, qu'ils publient en partie, sur le gouvernement des villes de leurs pays et des pays etrangers. Quelques-uns nous sont mieux connus. Marjatta Hietala a ainsi mis en lumiere le chirurgien Albert Palmberg, d'Helsinki. Publiciste et praticien de l'hygiene publique municipale, ce pelerin de l'Europe des congres est un grand lecteur des publications etrangeres, en contact permanent avec ses homologues europeens (47). Yngve Larsson, pour sa part, occupe au cours de sa carriere des fonctions d'elu, d'employe municipal, d'ingenieur et d'enseignant, et il est une autre de ces tetes de reseau capable de faire circuler l'information en Scandinavie sur une longue periode. Il illustre la longevite frequente de ces grands entrepreneurs <<es-connexions municipales>>. Larsson est encore un jeune universitaire, directeur de l'Union des villes suedoises, lorsqu'il publie en 1909 son KommunalForvaltningens och arbetstsatt qui explore les villes suedoises, francaises, prussiennes, autrichiennes, danoises et norvegiennes. Auteur du plan de reorganisation de l'administration municipale de la capitale suedoise, il devient successivement secretaire, conseiller municipal puis commissaire a la circulation de Stockholm. On le retrouve toujours actif dans les annees 1930, enquetant et conferant aux Etats-Unis a l'invitation du Spelman Fund of New York, puis diffusant en Suede les solutions qu'il a observees (gestion du personnel municipal, organisation d'un reseau de playgrounds) (48). La liste est longue de ces personnalites ubiquistes. Membres des elites reformatrices comme le Britannique Thomas Horsfall (49), polygraphes hyperactifs a la Patrick Geddes (50), fonctionnaires para-municipaux comme Riccardo Bachi (51), jeunes thesards des facultes de droit francaises (52), socialistes municipaux italiens (53), ce sont tous, a divers degres, des hommes qui peuvent cerner, mobiliser, presenter et adapter, au profit de leur milieu, des elements concernant l'activite municipale de villes etrangeres ou nationales.

Il faut souligner que les differents types de connexions peuvent avoir leur propre temporalite: celle du monde savant et de ses paradigmes changeants et celles de la <<diplomatie municipale>> inscrite dans les mutations du contexte diplomatique international, ne sont pas forcement les memes. Cela dit, ces actions s'inscrivent dans une rythmique generale des connexions municipales au XXe siecle. Bien provisoirement, on peut en faire le tableau suivant, tout en soulignant qu'il est un repere plus qu'une reference, et qu'il vaut avant tout pour l'Europe. Le tournant des XIXe et XXe siecles est un temps fort, une periode de croissance exponentielle des connexions municipales tant nationales qu'internationales. Les rencontres, les visites, les ecrits se multiplient, en autant d'occasions ou les experiences municipales sont decrites, mesurees, comparees a l'aune de l'universalite proclamee de l'urbanisation et du fait municipal. Dans les annees 1920-1930, la toile se structure autour de quelques foyers (associations, congres, revues), et l'echange municipal se fait presque routinier, tout en se concentrant sur les dimensions techniques, voire scientifiques, du gouvernement municipal urbain (54). Cette routine autorise d'ailleurs, sans paradoxe, a la fois une interpretation de ce moment comme <<age d'or>>, telle que proposee par Patrizia Dogliani, ou comme periode de <<stagnation>>, comme le suggere Oscar Gaspari (55). L'activite intermunicipale baisse d'un ton aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, comme en une consequence de l'institutionnalisation assez generale des welfare states qui ont absorbe une grande partie des competences et des innovations municipales. La vitalite des connexions municipales se manifeste neanmoins autour du theme de la construction europeenne, puis sur le terrain de la cooperation avec les villes des pays issus de la decolonisation (56). Les liens entre municipalites se multiplient a nouveau a partir des annees 1980. Cela est particulierement clair en Europe: sous l'effet conjoint de modifications du jeu institutionnel europeen (preparation du marche unique, de l'union monetaire, mise en place de programmes de developpements regionaux, election au suffrage universel du parlement Europeen, etc.), de donnees internationales (dislocation du Bloc de l'Est et fin de la guerre froide; acceleration de la competition pour l'attraction des flux de capitaux, d'entreprises, d'hommes; evolution du role de l'Etat) et de transformations des structures politiques internes a certain etats (decentralisation francaise, regionalisation dans de nombreux pays), les connexions municipales de tous types refleurissent (57). Rencontres entre maires des grandes villes (<<Davos des maires>>, organise a Lyon par l'institut Aspen en avril 2000, Sommet des Maires du Monde a Paris en mars de la memeannee), associations et reseaux de municipalites organises par region, taille ou theme (villes portuaires, grandes villes, capitales, metropoles moyennes avec Eurocities cree en 1986 (58)), floraison des accords economiques et culturels (en Europe et en direction des pays en developpement), circulations nationales intenses autour de problematiques liees au management et a l'action economique. Les proclamations sur un <<XXIe siecle des villes>>, le statut ambigu des nouvelles associations ou la competition est autant sensible que la cooperation (59), la logique de la <<ville entrepreneuriale>> marquent ce nouveau moment fort. Ce nouvel avatar des connexions municipales europeennes semble lie a une <<montee en puissance des villes (60)>>. De la a faire l'hypothese que les villes, aux domaines de souverainete reduits par le gonflement des welfare states dans les annees 1940-1970, sont <<de retour>> a cause de nouveaux fonctionnements de l'ordre international qui feraient la part belle aux modeles de <<competition state>> ou de <<virtual state (61)>>, il y a un pas qui ne sera pas franchi ici. Mais une etude plus poussee des connexions municipales dans une perspective a long terme pourrait contribuer a apporter sur ce point des elements de reponse qui soient moins tributaires de la rhetorique des acteurs, notamment les elus des metropoles, prompts a utiliser l'histoire pour justifier leurs revendications d'importance et d'autonomie.

Tisser la toile

L'activite des <<entremetteurs>> municipaux deja evoquee permet d'aborder la variete des moyens employes pour etablir et soutenir les connexions municipales. Etre en correspondance avec un ou des specialistes, nouer des amities avec des pairs, visiter les realisations municipales, assister a des rencontres collectives ou se plonger regulierement dans la lecture de textes imprimes n'etablit pas le meme genre de relation ni la meme proximite avec les acteurs et les realisations municipales d'autres villes, dans d'autres pays. La toile municipale est faite de tous ces fils, qu'ils se tissent dans la distance de l'ecrit ou dans la proximite de la visite.

Ecrits: correspondances, revues

L'ecrit demeure pendant longtemps le mode dominant des connexions municipales. Il faut mentionner ici les correspondances entre villes, ces questionnaires copies, roneotypes puis imprimes envoyes a d'autres municipalites pour solliciter leur experience sur les terrains les plus divers (62). Outre qu'ils aient parfois servi de base a des contacts <<vivants>> ulterieurs, ces questionnaires contribuent a faire circuler ces matieres premieres du gouvernement municipal que sont rapports, dessins, plans, reglements, souvent joints aux reponses recues par la municipalite demandeuse. Ces correspondances abolissent les distances et permettent aux demandeurs de chercher des reponses la ou ils le souhaitent. Un questionnaire que la municipalite de Bordeaux etablit en 1871-1872, sur diverses questions techniques, est ainsi envoye a Belfast, Berlin, Bruxelles, Florence, Francfort, Liverpool, Londres, Munich, Newcastle, Philadelphie, Stettin, Stockholm, Venise et Vilnius (63). Mais c'est aussi, et peut-etre surtout, dans la correspondance entre individus que prend place le travail de connexion et de circulation. Comme dans la Republique des Lettres, des correspondances regulieres ou occasionnelles relient les acteurs de l'action et de la discussion municipale. Demandes de renseignements, propositions de collaborations, joutes theoriques, echanges d'hommages et d'allegeances les parsement. Ces correspondances individuelles sont difficiles a exploiter systematiquement, d'autant qu'elles sont rarement conservees, notamment dans le monde europeen. Parcourir les correspondances de certains acteurs de la reforme municipale americaine, telle celle du scholar in politics Charles Merriam, montre l'intensite de ce qui s'y echange. La correspondance entre Alessandro Schiavi et Edgard Milhaud, etudiee par Patrizia Dogliani, illustre cette richesse (64). Elle est particulierement remarquable pour deux raisons. La premiere, c'est qu'elle est aveugle. C'est en 1951 que le resident genevois rencontre le compagnon italien avec lequel il correspond depuis 1909 (65). Cette absence de connaissance directe n'a aucunement empeche un echange fort entre les deux hommes, conscients de ce qu'ils partagent tout autant que convaincus de l'interet mutuel a croiser leurs renseignements. Le deuxieme fait remarquable de la correspondance Milhaud-Schiavi, c'est qu'elle a en grande partie pour objet la collaboration du second aux revues animees par le premier. Une grande partie de la correspondance de Milhaud, aujourd'hui eparse entre plusieurs lieux d'archives, est en fait vouee a ce travail de fourmi qui consiste a faire passer les informations et les informateurs du domaine de l'epistolaire a celui de l'imprime.

Revues, articles de journaux, livres, brochures sont tout autant les manifestations, les supports et les causes des connexions municipales. Le cas des revues est tout particulierement remarquable (66). Soit entierement consacrees au theme municipal, soit lui faisant une bonne place, elles fleurissent dans l'Europe du tournant des XIXe et XXe siecles, tout comme de l'autre cote de l'Atlantique. Leur duree de vie, leur diffusion, la qualite et la quantite de leurs collaborateurs, la nature de leur contenu sont bien sur tres variables. Mais toutes, a des degres divers, sont marquees par la preoccupation explicite de creer des liens, de diffuser les renseignements sur les experiences, et de donner une dimension internationale a cette organisation des flux (67). La revue italienne Germinale, la neerlandaise De Gemeentestem, la polonaise Samorzad Miejski sont quelquesunes des multiples publications dont l'avant garde est peut-etre formee par les American City Magazine et Review of Reviews etats-uniennes, le Municipal Journal londonien, la Kommunale Praxis, les Annales de la Regie Directe et la Riforma Sociale. Ces dernieres sont parmi les plus connues, les plus citees, les plus lues peut-etre. Mais chaque pays compte un ou plusieurs periodiques specialises, de nombreuses revues a audience regionale, alors meme que les grandes revues politiques, reformatrices ou savantes, ainsi que la presse quotidienne se dotent souvent de chroniques et de rubriques municipales dans les premieres decennies du XXe siecle. Grace et a travers leurs auteurs et les membres de leurs comites editoriaux, elles engagent ou accueillent des debats transfrontaliers, tentent de structurer le champ de l'etude du gouvernement municipal et font circuler l'information. Comme Milhaud aux Annales ou Harold Buttenheim a l'American, leurs redacteurs en chef et fondateurs, sont, cause ou consequence de leur fonction, au centre de reseaux tres etendus qui leur permettent de solliciter contributions et collaborations lointaines.

Le lien est tres etroit entre cette litterature municipale periodique (celle des revues et des journaux quotidiens) ou ephemere (brochures) et le livre entendu comme evenement editorial unique. De nombreuses series d'articles qui documentent les activites des gouvernements municipaux urbains sont transformees en livres, alors que les comptes rendus d'ouvrages sont une activite capitale des revues a theme municipal et que les livres a theme municipal circulent tres vite. La discussion est en effet resolument transnationale. Le cas le plus connu aujourd'hui est sans doute celui des regies municipales, depuis les annees 1880 jusqu'a la Seconde Guerre mondiale (68). Les principaux textes du debat sont traduits en plusieurs langues, tout particulierement On municipal and national trading de Lord Avebury. Les traducteurs sont la plupart du temps des individus qui participent au debat dans leur propre espace national, et les positions prises dans les discussions locales ou nationales se basent toujours sur des references etrangeres. Les diverses publications se repondent ainsi au-dela des frontieres ou des oceans et forment le langage commun de ceux qui s'accordent ou se disputent autour des themes lies a l'activite municipale.

Voyages

Nombre de ces ouvrages et articles cites et utilises a travers les divers pays occidentaux tirent leur origine d'un voyage ou d'un sejour d'enquete. Les exemples les plus connus en sont les recits des voyageurs municipaux americains, d'abord publies dans la presse quotidienne puis repris en volumes (69). Le sejour dans des villes etrangeres, par les experiences directes qu'il suppose, les contacts qu'il etablit, les recits qu'il autorise, est un element essentiel de l'alchimie des connexions municipales. Ses modalites sont diverses. Pour nombre d'universitaires ou d'elus, un sejour d'etude dans une universite etrangere fonde leur regard sur le fonctionnement des municipalites etrangeres puis, en retour, sur les municipalites de leur propre pays. Robert Hertz, introducteur en France des textes des Fabians britanniques, pivot du Groupe d'Etudes socialistes a Paris, a etudie en Grande-Bretagne; les Francais Edgard Milhaud et Albert Thomas, en Allemagne, tout comme l'Americain Charles Merriam ou le Japonais Seki Hajime (70). L'exil politique ou conjoncturel a lui aussi contribue a fonder liens et echanges, comme pour l'ltalien Enrico Ferri en Belgique, ou pour de nombreux belges dans la France de la Premiere Guerre mondiale (71). Le voyage initiatique et fondateur, tel celui du Francais Henri Sellier en Allemagne a l'age de 18 ans, n'est pas rare dans les trajectoires de socialisation et d'acculturation des entrepreneurs en connexions. Les curiosites et les liens crees par ces sejours de longue duree creent des relations personnelles durables qui se transforment en canaux ou circulent textes, idees, statistiques et autres aspects moins materiels (reconnaissance, estime, soutien) (72).

Souvent plus brefs, les voyages d'etudes n'en sont pas moins importants. Certains sont de veritables courses, tel le voyage lyonnais aux abattoirs allemands evoque plus haut. D'autres tiennent plus de la navigation au long cours, comme ces tournees de plusieurs mois presentees par Marjatta Hietala. Au retour de tous ces voyages, outre le rapport presente au Conseil municipal et souvent publie sous forme de brochure, et la production d'un projet municipal nourri par les observations faites lors du voyage, il est commun de voir les membres des delegations multiplier les conferences devant des associations civiques, des groupes politiques ou des syndicats (73). En dehors de ces modalites deja bien en place au XIXe siecle, la premiere moitie du XXe siecle voit apparaitre une nouvelle formule. A l'echelle nationale comme a l'echelle europeenne, de nombreux congres et expositions specialises, portant entre autres sur l'hygiene, la technique sanitaire, l'urbanisme, la medecine et l'education, attirent les voyageurs municipaux depuis les annees 1880 (74). L'objet municipal prend place dans ce contexte avec l'apparition d'expositions et de congres entierement consacres aux activites des gouvernements municipaux urbains. La Stadteaustellung de Dresde en 1903, ou 28 villes allemandes exposent leurs realisations, est la reference en la matiere. Les expositions se succedent par la suite a un rythme effrene jusqu'en 1914, moins frequemment par la suite (75). Elus, universitaires, employes municipaux se trouvent successivement ou simultanement organisateurs, visiteurs, conferenciers ou exposants, et c'est en provenance de villes du monde entier qu'ils parcourent l'Europe de part en part, de Seville a Berlin, de Gand a Prague. La multiplication de ces rencontres, ainsi que l'organisation progressive de ce milieu international, donne a ces rencontres une fonction croissante de sociabilite et finit par faire naitre un milieu aux figures, themes, concepts et disputes recurrents (76). Aux lendemains de la Premiere Guerre mondiale, le congres ou la conference, originellement sous-produits de l'exposition, prirent en effet le pas sur celle-ci et devinrent le pivot de l'activite d'associations specialisees, en un mouvement d'institutionnalisation des connexions municipales qui participe de <<l'internationalisme organisateur>> du debut du siecle (77). Congres, exposition et association ont d'ailleurs partie liee des le debut dans les manifestations ayant pour sujet le gouvernement municipal. C'est a Dresde en 1903 qu'est fonde le Deutsche Stadtetag, qui rassemble les organisations regionales des municipalites allemandes; c'est lors du Premier Congres International et Exposition Comparee des Villes a Gand en 1913, que se met en place l'Union Internationale des Villes. La toile municipale, si elle continue de fonctionner par le truchement des relations plus ou moins informelles qui relient des municipalites, des elus, des techniciens ou des savants, est de plus en plus le terrain d'action d'organisations structurees et perennes.

Organisations

Cette institutionnalisation de la toile est un fait important de son histoire, tant dans le cadre des etats nationaux qu'a l'echelle internationale. On ne peut pas resumer ce processus par l'idee simple que les associations nationales (d'elus, de municipalites, de techniciens) se formeraient d'abord, eventuellement sur la base d'organisations regionales, puis se reuniraient en une ou plusieurs associations internationales, le tout suivant l'implacable logique de l'emboitement geographique pyramidal ou celle de l'homologie des positions et des enjeux entre champs nationaux et champ transnational. La chronologie souligne, de maniere rudimentaire, ce probleme. L'Union des Villes Belges est creee en 1913 en meme temps que l'Union Internationale des Villes, et celle-ci va faire eclore nombre de sections nationales dans des pays ou les municipalites n'etaient pas ou peu organisees. Le Conseil des Communes et Regions d'Europe opere sur le meme modele dans les annees 1950. Ces interactions entre le national et le local ne se reduisent d'ailleurs pas a l'expansion ordonnee des associations internationales. Les connexions internationales jouent dans la mise en place des associations nationales: en Italie, les discussions autour de la creation de l'Associazione Nazionale dei comuni italiani en 1901 se definissent en partie en reference aux experiences anglaises d'organisation, et l'Unione Statistica delle citta italiane est une emulation explicite des realisations allemandes (78). Les differents niveaux en cause ont des logiques propres, et les interactions entre eux sont d'un autre ordre que celui de la progression lineaire. Un espace specialise se met en place, avec des logiques specifiques.

L'Internationale Municipale

Pour saisir le cadre dans lequel evolue l'activite des grandes associations internationales municipales, il est essentiel de tenir present a l'esprit le fait que les connexions municipales internationales participent au champ des relations internationales. Si le postulat implicite est ici qu'elles contribuent aussi a formuler ces relations entre etats, et qu'elles n'en suivent pas toutes les inflexions, il n'est aucunement question d'oublier la maniere dont les relations interetatiques contraignent les relations intermunicipales. Les chronologies et les pratiques en sont marquees, comme on s'en rend compte si l'on pense a l'adhesion du Deutsche Stadtetag a l'IULA quatre jours apres l'adhesion allemande a la Societe des Nations. D'autre part, si la sphere internationale a son autonomie, la maniere dont sont structurees nationalement les organisations d'elus ou de municipalites va orienter certaines de leurs actions a l'echelle internationale. Ainsi, le Deutsche Stadtetag, domine par les Burgermeister liberaux et soumis aux directives du ministere des Affaires etrangeres du Reich, ne participe pas en tant que tel a la conference fondatrice de l'Union des Villes, a cause du role qu'y jouent les socialistes belges et du controle strict exerce par le gouvernement allemand sur les activites internationales de la societe civile allemande (79). Enfin, et de maniere evidente, l'echelle internationale ne denoue pas par magie les relations de domination et de dependance qui peuvent exister entre etats et municipalites, comme lorsque le gouvernement neerlandais etablit clairement les limites de la discussion des annees 1950 sur la mise en place d'un Institut de credit communal europeen, en promettant de mettre en cause l'existence de l'association des communes neerlandaises si une telle initiative venait a etre approuvee (80). Cela dit, les divers groupements actifs a l'echelle internationale travaillent a subvertir ces systemes de liens et de contraintes en portant la cause de l'autonomie du gouvernement municipal. Il s'agit donc autant de faire avec que de faire contre.

Le paysage organisationnel international est relativement simple, en opposition a la fragmentation qui marque l'associationnisme national. Le terrain municipal apparait certes dans les preoccupations de plusieurs groupements internationaux, l'Institut International des Sciences Administratives, l'International Federation for Housing and Town Planning, le Comite Permanent des Congres Internationaux de l'Habitation, la Kommunale Vereiningung fur Wohnungswesen, les Congres Internationaux de l'Art Public (81), l'Association Generale des Hygienistes et Techniciens Municipaux (82) ou l'Association Internationale des Congres de la Route. Mais, pendant longtemps, il n'y a qu'une seule association internationale de gouvernements municipaux urbains, l'Union Internationale des Villes/IULA fondee a Gand en 1913. Les tentatives precedentes, liees a l'Internationale Socialiste ou imaginees dans d'autres milieux, de meme que quelques <<concurrences>> plus ou moins solides attestent de la difficulte a creer et a maintenir une telle association (83). On ne reviendra pas ici en detail sur l'histoire specifique de l'IULA, celle de ses congres, de son organisation et des divers enjeux dont elle est l'objet (84), si ce n'est pour souligner deux elements. D'une part, l'elargissement continu, mais non lineaire, de son audience et de son rayon d'action. Centree sur l'Europe continentale occidentale dans ses debuts, l'IULA elargit son audience vers l'Europe orientale, les Ameriques et certaines parties des empires coloniaux europeens au cours des annees 1920-1930. Les annees 1950-1960, ou s'affirment certaines options prises aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, sont marquees par l'importance croissante des themes et des participants lies aux espaces asiatiques et africains. D'autre part, la longue histoire de l'IULA temoigne de la tension continue entre un pole <<utopico-politique>> et un pole <<technico-administratif>>, incarnes au sein de l'Union par des acteurs individuels et collectifs, inscrits dans des themes de travail et des manieres de faire et de dire. Ces poles sont aussi incorpores dans des roles, des conduites individuelles et collectives generees par des appartenances politiques, theoriques ou nationales, ce qui explique que la tension se maintient et ne se resout pas par la disparition de l'un des deux poles (85). Cette tension evolue de la maniere suivante: la primaute du premier pole jusqu'au milieu des annees 1930, une situation qui fait la part belle aux valeurs; celle du second, entre le milieu des annees 1930 et le milieu des annees 1980; puis un retour en force des valeurs politico-utopiques dont temoignent les themes des derniers congres, ou les mots <<diversite>>, <<communaute>>, <<democratie>>, <<paix>> reviennent en force. Cette evolution interne se fait dans l'interaction, avec tout un systeme d'acteurs transnationaux.

Depuis le debut du XXe siecle, l'IULA fait partie du systeme des associations internationales et se trouve en relation de cooperation ou de conflit avec les associations citees plus haut, qui incluent le terrain municipal dans leur activite. Ces associations partagent a la fois leurs themes, leurs leaders, leurs membres et leur public, et cette proximite se traduit par une concurrence forte, en particulier dans les annees 1920-1930 ou l'IULA recherche une hegemonie sur l'urbain et se definit une vocation a federer l'activite d'associations plus specialisees (86). Cette atmosphere de rivalite s'accroit avec la creation d'autres associations municipales dans l'Europe des annees 1940-1950. Le Conseil des Communes et regions d'Europe, l'Union Internationale des Maires (franco-allemande), le Monde Bilingue, la Federation Mondiale des Villes Jumelees et l'IULA ne cohabiterent pas dans la plus parfaite harmonie. Cela fut patent tant sur le terrain europeen que sur la scene globale, en particulier pour les deux dernieres organisations. La lutte pour la detention du pouvoir de representation des municipalites, le climat de guerre froide et les tensions politiques en firent des ennemies intimes pendant de longues annees, durant lesquelles il y eut une veritable division du mouvement municipal europeen et mondial. La <<guerre des jumelages>>, evoquee par Antoine Vion, en fut un des terrains privilegies, mais on retrouve les traces de ces affrontements a l'interieur des espaces nationaux, dans le rapport aux institutions europeennes, ou dans les tentatives de monopoliser la representation des gouvernements municipaux aupres de l'ONU ou de l'UNESCO. Officialisee lors du Congres de Paris en mai 2004, la fusion entre la Federation Mondiale des Villes Jumelees, l'IULA et Metropolis pour creer United Cities & Local Governments, a ete la derniere d'une serie qui a pacifie ce milieu des associations municipales depuis 1985. Mais on peut d'ores et deja se demander comment l'accent croissant mis sur la circulation des experiences par certaines des organisations nees dans les annees 1980, en particulier Eurocities, va jouer sur les relations entre les composantes du systeme des associations internationales. De nouvelles concurrences sont sensibles entre United Cities et les nombreux reseaux thematiques de villes, et l'ouverture d'un nouvel espace de representation et de negociation aupres des Organismes intergouvernementaux pourrait enclencher une nouvelle bataille entre diverses instances qui pretendent representer les villes et les pouvoirs locaux (87).

En effet, les diverses associations evoquees dans le paragraphe precedent ont ete et sont inserees dans un systeme international complexe, aux cotes des organisations intergouvernementales regionales et mondiales. Sans entrer ici dans le detail (88), il est important de revenir brievement sur la longue duree de ces rapports. L'IULA, comme bien d'autres associations internationales, a eu avec les organisations nees du Traite de Versailles (Bureau International du Travail et Societe des Nations) une relation difficile, marquee par la difference des principes d'action et de perception entre des associations, fussent-elles de gouvernements municipaux urbains, et une organisation d'etats. Un changement majeur se produit aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'IULA et bien d'autres associations internationales, labellisees Organisations non gouvernementales, sont associees a l'activite des Nations Unies, de l'UNESCO, de la Banque mondiale et des autres agences du nouvel ordre mondial. Ce changement est fortement lie a l'action exercee par le cousin americain sous ses differents avatars (89). La presence etats-unienne parcourt d'ailleurs l'histoire des connexions municipales au XXe siecle, des visiteurs de la reforme municipale americaine a Glasgow, jusqu'aux activites diplomatiques du Departement d'Etat, en passant par les programmes des grandes fondations philanthropiques americaines et la maniere dont les experiences municipales americaines sont utilisees en Europe. L'histoire des associations internationales de municipalites, l'economie des echanges savants autour du theme municipal, l'usage des references etrangeres dans le debat municipal, la circulation des savoirs et des techniques doivent etre consideres a l'echelle transatlantique et dans la longue duree, des lors que l'on aborde le XXe siecle.

Conclusion

Cette histoire de la toile municipale s'inscrit dans l'economie generale des differents discours de l'universel qui coexistent dans le monde contemporain. Les imbrications sont nombreuses entre les connexions municipales, leurs principes, leurs acteurs, leurs structures et un certain nombre de projets sociaux et politiques a vocation universaliste, notamment ceux de <<l'utopie planetaire>>, recemment scrutes par Armand Mattelart (90). Bien souvent, on retrouve ceux qui participent a la toile municipale dans d'autres espaces transnationaux voues a la defense de causes ou de principes d'organisation sociale ou politique: socialisme, pacifisme, liberalisme democratique. Mais la toile municipale a son propre enjeu d'universel que partagent les protagonistes qui s'y retrouvent. Il s'agit, au moyen des congres, des publications, des voyages, du travail des associations, des rapports de savants, des discours d'elus ou des projets de techniciens, de definir une forme de gouvernement municipal a vocation universelle et un ensemble de <<bonnes pratiques>>, solutions techniques, administratives ou politiques valides a travers l'espace. Reinscrire cette <<fabrique de l'universel>> dans le temps long de sa formulation, des debats autour de sa definition, des positions et des ressources de ses protagonistes, est un des enjeux des recherches en cours sur les circulations de savoirs, de services, d'idees ou de personnes. Celles-ci sont en voie de developpement, notamment par le biais de recherches locales ou nationales attentives a l'insertion dans les flux transnationaux (91). Pour cela, une attention plus poussee doit etre pretee aux fonctionnements de la toile municipale dans des periodes ou des espaces encore peu familiers des chercheurs qui s'interessent a ces questions. Les circulations imperiales (92), l'insertion dans la toile municipale des acteurs des pays qui accedent a l'independance dans les annees 1950-1960, le developpement des liens entre gouvernements municipaux du bloc occidental et du bloc sovietique, les pratiques de cooperation-developpement entre villes du Nord et du Sud a partir des annees 1960 meritent une investigation soutenue, de meme que les toiles regionales creees en Asie ou au Moyen-Orient dans les annees 1980. Mais, de meme que les etudes sur d'autres types de configurations transnationales ont montre l'interet a tenir ensemble des periodes historiques eloignees, ces explorations doivent se faire en reliant la specificite des contextes chronologiques, institutionnels ou culturels, avec les repertoires de pratiques techniques et organisationnelles constitues depuis la fin du XIXe siecle (93).

Cela est d'autant plus vital que divers indices suggerent l'utilite de tenir ensemble l'etude des connexions municipales passees et presentes. Soit une suite d'etements intermunicipaux recents: le fait qu'au sommet Habitat Il d'Istanbul de 1996, les municipalites aient ete invitees a sieger aux cotes des etats; le recours de plus en plus frequent que les organisations intergouvernementales font aux pouvoirs locaux et a leurs associations; la refonte du mouvement associatif municipal international au printemps 2004 et son effort pour traiter directement avec les grands bailleurs de fonds internationaux; les programmes et les actions de certaines municipalites et associations de municipalites europeennes autour des themes de l'environnement, de la societe de l'information ou du rapport Nord-Sud (94). Plus que de marquer un tournant, ils s'inscrivent dans une longue duree historique ou le municipal, loin d'etre un theatre <<local>> sur lequel les contraintes du <<global>> viennent s'exercer, en est constitutif. La relation des deux termes ne se resume pas en une causalite successive (le global change le local) ou paradoxale (la globalisation s'accompagne de la fragmentation et de la resurgence du local). Il s'agirait plutot de trajectoires (d'individus, de groupes, de mots, de concepts) ou de formations (evenements, institutions, etc.) transnationales, qui traversent des scenes sociales que nous qualifions par commodite de locales, nationales ou internationales, et s'y deploient simultanement ou successivement. L'etude de la toile municipale, en ses commencements, permet ainsi de contribuer au travail sur la comprehension historique des interconnexions qui mettent en resonance les divers pays et regions du globe a l'epoque contemporaine et, par la meme, de travailler a historiciser cette <<globalisation>> qui est devenue un lieu commun de nos travaux en sciences humaines et sociales. Par la ville, une fois encore, peut ainsi se comprendre le parcours de nos societes contemporaines.

Notes

1. Sur ces aspects, voir Michael Werner et Benedicte Zimmermann, <<De la comparaison a l'histoire croisee>>, Le Genre Humain 15 (avril 2004): 15-52; Pierre-Yves Saunier, <<E Pericoloso Sporgersi? Attrazioni e Limiti dell'Approccio Transnazionale>>, Contemporanea 7, 1 (janvier 2004): 114-22; et <<Circulations, connexions et espaces transnationaux>>, Geneses 57 (decembre 2004): 110-26; et <<Going transnational? News from down under,>> geschichte.transnational, 13 janvier 2006, http://geschichte-transnational.clio-online.net/forum/type=artikel&id=680.

2. Je pense notamment aux social movements de Tarrow, aux transnational advocacy networks de Keck et Sikking, a la global civil society de Rosenau et autres policy networks, transnational governance networks et epistemic communities.

3. Fernand Braudel, Civilisation materielle, Economie et capitalisme XVe-XVIIIe siecles, vol. 3, Le temps du monde (Paris, Armand Colin, 1980); Janet L. Abu-Lughod, New York, Chicago, Los Angeles: America's Global Cities (Minneapolis, University of Minnesota Press, 1999); Brian Berry, <<Cities as Systems within Systems of Cities>>, Regional Science Association. Papers and Proceedings 13 (1964): 147-63; Saskia Sassen, The Global City: New York, London, Tokyo (Princeton, Princeton University Press, 1991); Peter Hall, The World Cities (Londres, Weidenfeld and Nicolson, ed. or. 1966).

4. Peter J. Taylor, World City Network. A Global Urban Analysis (Londres, Routledge, 2004). Les travaux du groupe GaWC sont accessibles en ligne a l'adresse www.lboro.ac.uk/gawc/.

5. Peter Kark Kresl et Earl H. Fry, The Urban Response to Internationalization_ (Cheltenham, Edward Elgar, 2005).

6. Richard Gilbert et al., Making Cities Work: The Role of Local Authorities in the Urban Environment (Londres, Earthscan, 1996), 92; voir aussi les travaux de Harriet Bulkeley et Michele Betsill, a commencer par leur Cities and Climate Change: Urban Sustainability and Global Environmental Governance (Londres, Routledge, 2003).

7. On rejoint par la certaines des propositions de Patrick Le Gales, Le retour des villes europeennes (Paris, Presse de la Fondation des Sciences Politiques, 2003).

8. Voir a ce sujet Wolfgang E.J Weber, <<Herrschafts und Verwaltungswissen in Oberdezutschen Reichsstadten der Fruhen Neuzeit>>, Jahrbuch fur europaische Verwaltungsgeschichte 15 (2003): 1-28.

9. Philippe Guignet, Le pouvoir dans la ville au XVIIIe siecle. Pratiques politiques, notabilite et ethique sociale de part et d'autre de la frontiere francobelge (Paris, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1990); Catherine Denys, Police et securite au XVIIIe siecle dans les villes de la frontiere franco-belge (Paris, L'Harmattan, 2002). Il y a plus de 70 ans, Paul Bonenfant avait deja esquisse la richesse et l'impact des enquetes et des visites dans le domaine de l'assistance (Paul Bonenfant, <<Le probleme du pauperisme en Belgique a la fin de l'Ancien Regime>> [these de doctorat, Universite Libre de Bruxelles, 1934], dans Guignet.

10. Voir les travaux de Fabio Rugge sur le regime juridique des villes allemandes et italiennes, a commencer par // Governo delle citta prussiane tra '800 e'900 (Milan, Giuffre, 1989).

11. Un exemple de ce processus dans Nora Lafi, <<From Europe to Tripoli in Barbary, via Istanbul: Municipal Reforms in an Outpost of the Ottoman Empire around 1870>>, dans Urbanism. Imported or Exported? Native Aspirations and Foreign Plans, Joe Nasr et Mercedes Volait, dir. (Chichester, Wiley, 2003), 187-206.

12. Un exemple parmi d'autres avec Benedicte Zimmermann, La constitution du chomage en Allemagne. Entre professions et territoires (Paris, Editions de la Maison des Sciences de l'Homme, 2001). On suggere d'ailleurs ici implicitement qu'un grand nombre de ces innovations ont decoule des interactions ayant lieu sur la toile municipale.

13. Charles Merriam, Spencer Parratt et Albert Lepawski, The Government of the Metropolitan Region of Chicago (Chicago, University of Chicago Press, 1933).

14. Cela est net aujourd'hui dans des conflits de competence entre municipalites et gouvernements metropolitains, sur le controle des outils des relations internationales urbaines (cooperation decentralisee, jumelages), qui se traduisent par des ajustements au sein meme des services en charge de ces outils.

15. Sur la perception de ce paysage commun comme precondition aux circulations, Daniel T. Rodgers, Atlantic Crossings. Social Politics in a Progressive Age (Cambridge, Belknap Press of Harvard University Press, 1998), 33.

16. Jeffrey Hanes, Seki Hajime and the Reinvention of Modern Osaka (Berkeley, University of California Press, 2002).

17. Bernard Lepetit et Christian Topalov, dir., La ville des sciences sociales (Paris, Belin, 2001); Michael Frisch, <<Urban Theorists, Urban Reform and American Political Culture in the Progressive Period>>, Political Science Quarterly 97, n[degrees] 2 (1982): 295-315; Thomas Bender, <<Intellectual, Cities and Citizenship in the United States: The 1890s and 1990s>>, Citizenship Studies 3, n[degrees] 2 (1999): 203-20.

18. Citynet (The Regional Network of Local Authorities for the Management of Human Settlements) a ete cree en 1987 et est base a Yokohama (Japon).

19. Pierre-Yves Saunier, <<Changing the City: Urban International Information and the Lyon Municipality, 1900-1940>>, Planning Perspectives 14, n[degrees] 1 (1999): 19-48.

20. Pierre-Yves Saunier, <<Les voyages municipaux americains en Europe 1900-1940. Une piste d'histoire transnationale>>, Jahrbuch fur europaische Verwaltungsgeschichte 15 (2003) <<267-88.

21. Saunier, <<Changing>>, 21-22.

22. Il en va ainsi du voyage que font 16 techniciens, elus et experts lyonnais en Angleterre afin d'etudier les reseaux d'egouts. Le conseil approuve le voyage d'etudes le 23 decembre 1918, et la delegation quitte Lyon le 2 janvier. Elle arrive dans les villes visitees avant les lettres qui annoncent sa venue.

23. Pour une mise en place, voir Christopher Endy, <<Travel and World Power: Americans in Europe 1890-1917>>, Diplomatic History 22, n[degrees] 4: 565-94, et Cold War Holidays: American Tourism in France (Chapel Hill, North Carolina University Press, 2004).

24. Les elements qui suivent sont extraits de William B. Cohen, Urban Government and the Rise of the French City. Five Municipalities in the 19th Century (New York, Saint Martin's Press, 1998); Marjatta Hietala, Services and Urbanization at the Turn of the Century. The Diffusion of Innovations (Helsinki, SHS, 1987); et <<Transfer of German and Scandinavian Administrative Knowledge: Examples from Helsinki and the Association of Finnish Cities>>, Jahrbuch fur europaische Verwaltungsgeschichte 15 (2003): 109-30; Anthony Sutcliffe, Towards the Planned City. Germany, Britain, the United States and France 1780-1914 (Londres, Basil Blackwell), 1981; Saunier, <<Changing>>.

25. A Kansas City au debut du XXe siecle, Dusseldorf est presentee au public par les reformateurs municipaux locaux comme etant la ville la mieux administree du monde. Au meme moment, a Chicago, c'est Francfort qui a cet honneur. Peu apres, dans le contexte anti-allemand de l'apres 1915, les references allemandes disparaissent des argumentaires des reformateurs municipaux etats-uniens.

26. Un exemple avec Elena Gogato-Lanza, <<Urbanisme et action administrative en Suisse 1897-1946. Nomadisme des experts et processus de specialisation>>, Jahrbuch fur europaische Verwaltungsgeschichte 15 (2003): 173-98.

27. Stephen V. Ward, Selling Places: The Marketing and Promotion of Towns and Cities, 1850-2000 (Londres, E & FN Spon, 1998).

28. Voir plus specialement son analyse des connexions de la municipalite d'Helsinki dans Marjatta Hietala, <<La diffusion des innovations: Helsinki 1875-1917>>, Geneses 10, (janvier 1993): 74-89, et notamment le tableau de la page 85.

29. Renaud Payre et Pierre-Yves Saunier, <<L'Internazionale Municipalista: L'Union Internationale des Villes fra 1913 e 1940>>, Amministrare 30, n[degrees] 1/2 (janvier-aout 2000): 217-42; Hanna Kozinska-Witt <<Zwiazek Miast Polskich 1918-1939. Zarys problematyki planowanej monografii>>, Prace Komisji Srodkowoeuropejskiej 10 (2002): 91-111; Fabio Zucca, Autonomie Locali e Federazione Sovranazionale. La Battaglia del Conseil des Communes et Regions d'Europe per l'Unita Europea (Bologne, Il Mulino, 2001); Patrizia Dogliani et Oscar Gaspari, dir., L'Europa dei Comuni. Origini e Sviluppo del Movimento Comunale Europeo dalla Fine dell'Ottocento all'Unione Europea (Rome, Donzelli, 2003), offre un panorama des mouvements associatifs de municipalites dans divers pays europeens.

30. Viviane Claude, <<Sanitary Engineering as a Path to Town Planning: The Singular Role of the Association generale des techniciens et hygienistes municipaux in France and the French-speaking Countries, 1900-1920>>, Planning Perspectives 4, n[degrees] 3 (1989): 153-66; <<Technique sanitaire et reforme urbaine: l'Association generale des hygienistes et techniciens municipaux 1905-1920>>, dans Christian Topalov, dir., Laboratoires du nouveau siecle. La nebuleuse reformatrice et ses reseaux en France, 1880-1914 (Paris, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1999), 269-98. On retrouve ici cette <<specialisation nationale dans l'international>> de certains <<petits>> pays, mise en lumiere par les historiens des sciences (voir Elisabeth Crawford, La fondation des prix Nobel scientifiques 1901-1915 (Paris, Belin, 1988) et les travaux d'Anne Rasmussen).

31. Voir en particulier Oscar Gaspari, L'ltalia dei Municipi. Il Movimento Comunale in Eta Liberale (1879-1906) (Milan, Franco Angeli, 1998).

32. On se situerait alors dans une economie des echanges assez differente de celle qui, selon Yves Meny, regne en matiere de <<mimetisme institutionnel>> entre les Etats. <<La greffe et le rejet. Les politiques du mimetisme institutionnel>>, dans La greffe et le rejet. Les politiques du mimetisme institutionnel, Yves Meny, dir. (Paris, L'Harmattan, 1993), 4-23.

33. Sur ce point, voir Daniel T. Rodgers, Atlantic Crossings, et ses notations sur la maniere dont la reference allemande est utilisee par les brokers americains de la reforme; et Ariane Landuyt <<Il Modello Rimosso. Pragmatismo, Etica, Solidarieta e Principio Federativo nelle Interrelazioni tra Socialismo Belga e Socialismo Italiano>>, Alessandro Schiavi. Indagine Sociale, Culture Politiche e Tradizione Socialista nel primo '900 Maurizio Ridolfi, dir. (Cesena, Societa Editrice Il Ponte Vecchio, 1994), pour le refoulement des riches echanges avec la Belgique dans l'histoire du socialisme italien, notamment autour du theme municipal.

34. Irene Maver, <<A (North) British End-view: The Comparative Experience of Municipal Employees and Services in Glasgow, 1800-1950>>, dans Municipal Services and Employees in the Modern City: New Historic Approaches, Michele Dagenais, Irene Maver and Pierre-Yves Saunier, dir. (Aldershot, Ashgate, 2003), 177-200. Le rayonnement glaswegien en matiere municipale etait particulierement fort de l'autre cote de l'Atlantique. Voir Bernard Aspinwall, Portable Utopia: Glasgow and the United States 1820-1920 (Aberdeen, Aberdeen University Press, 1984), 151-84.

35. William E. Hewitt, <<Municipalities and the "New" Internationalism. Cautionary Notes from Canada>>, Cities 16, n[degrees] 6 (1999): 435-44, Voir aussi Heidi Hobbs, City Hall Goes Abroad. The Foreign Policy of Local Authorities (Thousand Oaks/Londres/New Delhi, Sage Publications, 1994); Michael Shuman, Towards a Global Village. International Community Development Initiatives (Boulder, Pluto Press, 1994); Earl Fry, Lee H. Radebaugh, Panayotis Soldatos, dir., The New International Cities Era: The Global Activities of North-American Municipal Governments (Provo, David M. Kennedy Center for International Studies, 1989). Patrick Le Gales, dans Le retour, temoigne d'une attention plus forte a la dimension historique.

36. Outre les travaux d'Aspinwall et de Hietala, on consultera les travaux allemands que cite cette derniere: Gerald Deckart, <<Deutsch-Englische Verstandigung. Eine Dartsellung der Nicht Offiziellen Bemuhungen um eine Wiederannaherung der Beiden Lander Zwischen 1905 und 1914>> (these de doctorat, Universite de Munich, 1967); Gunter Hollenberg, <<Englisches Interesse am Kaiserreich. Die Attraktivitat Preussen-Deutschland fur Konservative und Liberale Kreise in Grossbritannien1860-1914>> (these de doctorat, Universite de Munich, 1971).

37. Saunier, <<Changing>>, 24-28.

38. Propose au debut du XXe siecle, souligne dans les annees 1950, ce raisonnement est aujourd'hui la fondation des discours sur le role des municipalites dans la resolution des conflits, dans les organisations comme United Cities, Eurocities ou Mayors for Peace.

39. Antoine Vion, <<Europe from the Bottom Up: Town Twinning in France during the Cold War>>, Contemporary European History 11, n[degrees] 4 (2002): 623-40.

40. L'article de Wilbur Zelinsky, <<The Twinning of the World: Sister Cities in Geographic and Historical Perspective>>, Annals of the Institute of American Geographers 81, n[degrees] 1 (1991): 1-31, est toujours la reference synthetique en matiere de jumelage. John E. Juergensmeyer, The President, the Foundations and the People to People Program, Inter-University Case Program #84 (New York, ICP/Bobbs Merrill Company College Division, 1965), illustre bien la part de <<grande politique>> des jumelages en etudiant le rapport complexe qui se noue dans le contexte de la guerre froide entre le gouvernement federal, les gouvernements municipaux et les associations municipals americaines autour de l'etablissements de liens de jumelage.

41. Brian Ladd, Urban Order and City Planning in Germany 1860-1914 (Cambridge, Harvard University Press, 1990), 50, 106.

42. Cohen, Urban Government, 170.

43. Communication de Lorna C. Goldsmith, University of Northumbria, sur sa recherche en cours.

44. Cette presence constatee a Lyon a ete confirmee dans d'autres lieux par Stephane Frioux qui consacre son travail de doctorat aux circulations entre villes francaises.

45. Rodgers, Atlantic Crossings, chap. 4 et 5; Axel R. Schafer, American Progressives and German Social Reform, 1875-1920 (Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2000), chap. 2 et 3. Voir aussi Saunier, <<Les voyages municipaux>>.

46. Les grands ouvrages americains sur le gouvernement des villes europeennes sont tres utiles aux Europeens. Parce qu'ils apportent la caution exterieure d'un regard en provenance du Nouveau Monde, parce qu'ils embrassent volontiers toute l'Europe, parce qu'ils emanent d'un espace situe en dehors du jeu des rivalites nationales, les recueils d'Albert Shaw ou de Frederic Howe sont tres commentes et tres prises. Voir par exemple leur destin italien dans Federico Lucarini, Scienze Communali e Pratiche di Governo in Italia (1890-1915) (Milan, Giuffre, 2003).

47 Hietala, Services, 391-93. L'auteur complete le panorama des brokers finlandais dans <<Transfer>> 119-23.

48. Voir Pierre-Yves Saunier, <<Selling the Idea of Cooperation. The US Foundations and the European Components of the Urban Internationale (1920s-1960s)>>, dans Giuliana Gemelli, dir., American Foundations and the Transfer of Knowledge (Bologne, Clueb, 2001).

49. Michael Harrison, <<Thomas Coglan Horsfall and the Example of Germany>>, Planning Perspectives 6 (1991): 297-314.

50. Helen Meller, Patrick Geddes: Social Evolutionist and City Planner (Londres, Routledge, 1990).

51. Cristina Accornero, <<Scienze Sociali e Citta Industriale. Alle Origine della Sociologia Urbana>>, dans Una rivista all'avanguardia. La Riforma Sociale 1894-1935 Corrado Malandrino, dir., (Firenze, Leo S. Olschki, 2000), 131-70.

52. Voir les travaux de Renaud Payre sur la <<reforme municipale>> en France, a commencer par <<A la recherche de la "Science communale". Les "Mondes" de la reforme municipale dans la France de la premiere moitie du vingtieme siecle>> (these de doctorat de science politique, Universite Pierre Mendes France Grenoble Il, 2002).

53. On pense notamment ici a Alessandro Schiavi. Voir Maurizio Ridolfi, dir., Alessandro Schiavi. Indagine Sociale, Culture Politiche e Tradizione Socialista nel Primo '900 (Cesena, Societa Editrice Il Ponte Vecchio, 1994); et Patrizia Dogliani, dir., Europeismo e Municipalismo. Alessandro Schiavi nel Secondo Dopoguerra (Cesena, Il Ponte Vecchio, 1996).

54. Voir sur ce dernier point, Renaud Payre, <<The Science That Never Was: Communal Science in France 1913-1949>>, Contemporary European History 11, n[degrees] 4 (2002): 529-48.

55. Patrizia Dogliani, <<European Municipalism in the First Half of the Twentieth Century: The Socialist Network>>, ibid., 573-96, Oscar Gaspari, <<Cities against States? Hopes, Dreams and Shortcomings of the European Municipal Movement 1900-1960>>, ibid., 597-622.

56. Voir Zucca, Autonomie Locali e Federazione Sovranazionale.

57. Patrick Le Gales, dans Le retour, offre une synthese et une interpretation de ce moment.

58. Une approche par le world wide web de cette abondance de reseaux dans Paolo Perulli, Fabio Rugge, Raffaella Florio, <<Reti di Citta: una Forma Emergente di Governance Europea>>, Foedus.Culture Economie e Territori 4 (2002): 53-70.

59. Patrick Le Gales <<Villes en competition?>>, dans Gouvernement local et politiques urbaines, Biarez et Nevers, dir. (Grenoble, CERAT, 1994), 443-61.

60. Dominique Lorrain, <<La montee en puissance des villes>>, Economie et humanisme 305 (janvier-fevrier 1989): 6-20. En Europe, cette evolution participerait ainsi de la redefinition des pyramides institutionnelles.

61. Comme le presentent Philip Cerny, The Changing Architecture of Politics: Structure, Agency and the Future of the State (Londres, Sage, 1990), ou Richard Rosecrance, <<The Rise of the Virtual State>>, Foreign Affairs 75 (1996): 45-61.

62. Sur ces pratiques, voir Cohen, Urban Government and the Rise of the French City, 223 et 258, et Saunier, <<Changing>>.

63. Cohen, Urban Government and the Rise of the French City, 324.

64. <<Edgard Milhaud e la Rivista Internazionale Annales de la Regie Directe 1908-1924>>, Annali della Fondazione Luigi Einaudi 19 (1985): 195-249.

65. Dogliani, <<European Municipalism>>.

66. Sur les revues en general et la maniere de les utiliser, voir <<Les revues dans la vie intellectuelle 1885-1914>>, Cahiers Georges Sorel, 5 (1987). Notons au passage les carences d'information sur le nombre d'abonnes, le tirage ou la nature des ressources des revues, ainsi que sur le fonctionnement des revues, sauf a traiter une abondante correspondance, comme l'a fait Patrizia Dogliani dans ses travaux sur les Annales de la Regie directe.

67. Une premiere approche des revues <<municipales>> italiennes, anglaises, allemandes, belges et francaises se trouve dans Hietala, Services; Patrizia Dogliani, Un Laboratorio di Socialismo Municipale: la Francia, 1870-1920 (Milan, Franco Angeli, 1992); Accornero, Scienze Sociali e Citta Industriale; et Payre, <<A la recherche>>.

68. Dogliani, Laboratorio, 163-93, et <<European Municipalism>>; Hietala, Services, 155-67.

69. Saunier, <<Les Voyages>>.

70. Hanes, Seki Hajime.

71. Pieter Uyttenhove, <<Les efforts internationaux pour une Belgique moderne>>, dans Resurgam. La reconstruction en Belgique apres 1914, Marcel Smets, dir. (Bruxelles, Credit Communal de Belgique, 1985), 33-68.

72. Ces liens peuvent transcender des clivages politiques forts. Un cas d'ecole se degage avec la correspondance ininterrompue entre le socialiste Henri Sellier et le dignitaire nazi Strolin. Voir Renaud Payre, <<Une republique des communes. Henri Sellier et la reforme municipale en avril 1942>>, Geneses 41 (decembre 2000): 143-63.

74. Sur le foisonnement de l'activite congressiste, voir Anne Rasmussen, <<L'lnternationale scientifique 1890-1914>> (these de doctorat en histoire, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, 1995). Une liste complete des congres d'urbanisme du debut du XXe siecle se trouve dans Giorgio Piccinato, La Costruzione dell'Urbanistica: Germania 1871-1914 (Rome, Officina Edizioni, 1974), 543, 552.

75. Pour une premiere liste des expositions internationales <<urbaines>> sur la periode 1890-1940, Hietala, Services, et Saunier, <<Changing>>. On ne doit pas oublier le foisonnement des expositions nationales ou locales. Un exemple a Amsterdam avec Nico Randeraad, <<Een Etalage van Bestuurlijke Vernieuwing. De Tentoonstelling op Gemeentelijk Administratief Gebied in 1906>>, Amstelodamum 82 (1995): 141-51.

76. Pierre-Yves Saunier, <<Sketches from the Urban Internationale. Voluntary Societies, International Organizations and US Foundations at the City's Bedside 1900-1960>>, International Journal for Urban and Regional Research 25, n[degrees] 2 (2001): 380-403.

77. Rasmussen, <<L'lnternationale scientifique 1890-1914>>. Voir aussi le numero special <<Les congres, lieux de l'echange intellectuel (1850-1914)>>, Mil Neuf Cent. Cahiers Georges Sorel, 7 (1989).

78. Gaspari, L'ltalia, 71-73, et <<L'Unione Statistica delle Citta Italiane (1907-1927)>>, Le carte e la storia 1 (1997): 139-45.

79. Ces informations sont empruntees a Ingo Bautz, <<Die Auslandsbeziehungen Deutscher Kommunen bis 1945>>, Interregiones 8 (1999): 19-58.

80. Communication de Ingo Bautz, journees d'etudes sur le Mouvement municipal en Europe, Groningen, mars 2001.

81. Voir Marcel Smets, Charles Buls. Les principes de l'art urbain (Liege, Mardaga, 1995).

82. Claude, <<Technique sanitaire>>.

83. Parmi les projets de creation d'une organisation mondiale de municipalites, outre les velleites de l'Internationale socialiste mises en evidence par Patrizia Dogliani (Laboratorio, 57-59), on peut mentionner ici la proposition de <<Congress of Capitals>> du Lord maire de Londres en 1905 ou le congres municipal tenu lors de l'Exposition de Dusseldorf en 1913. La plus ou moins fantaisiste World League of Cities de l'Americain Charles B. White, au debut des annees 1920, l'Association Internationale des Maires creee au meme moment par l'Association Generale des Maires de France ou encore la tentative d'escroquerie montee autour d'une Association Internationale des Maires par un couple d'emigres tcheques en France en 1938 montrent que l'idee de l'organisation internationale des connexions municipales suscite des attentions diverses et variees.

84. Sur l'IULA, on se reportera aux travaux cites de Bautz, Gaspari, Payre et aux differents articles de Saunier.

85. Cette distinction a ete introduite et developpee par Oscar Gaspari, <<Alle Origini del Movimento Comunale Europeo: dall'Union Internationale des Villes al Consiglio dei Comuni d'Europa (1913-1953)>>, Memoria e Ricerca 10 (decembre 1997): 147-63.

86. Saunier, <<Sketches>>.

87. Quid par exemple des liens entre United Cities, les organisations municipales asiatiques (Citynet) ou moyen-orientales (Arab Towns Organization) et la World Associations of Cities and Local Authorities Coordination, ou de leur relation avec l'United Nations Advisory Committee of Local Authorities, organisme cree pour representer les autorites locales aupres des Nations Unies et de leur programme Habitat.

88. Saunier, <<Sketches>>.

89. Ce role structurant des fondations philanthropiques etats-uniennes, notamment pour l'evolution de l'IULA, est aborde en detail dans Saunier, <<Selling>>.

90. Histoire de l'utopie planetaire. De la cite prophetique a la societe globale (Paris, La Decouverte, 2000).

91. Voir par exemple les travaux de Renaud Payre deja cites, ou ceux de Shane Ewen, <<The Internationalisation of Fire Protection: in Pursuit of Municipal Networks in Edwardian Birmingham>>, Urban History 32 (2005): 285-304, et <<Managing Police Constables and Firefighters. Uniformed Public Services in English Cities, c. 1870-1980>>, International Review of Social History 51, n[degrees] 1 (2006).

92. Outre l'article deja cite de Nora Lafi, voir aussi Andrew Brown-May, <<I Cittadini Stanno Iniziando a Lamentarsi. Saperi Municipali e Contrattazioni intorno ai Comportamenti Pubblici Molesti a Melbourne>>, Storia Urbana 28, n[degrees] 108 (juillet-septembre 2005): 53-67.

93. Une illustration de l'interet a tenir ensemble l'etude des reseaux transnationaux contemporains avec celle des phenomenes du XIXe siecle dans Margaret E. Keck et Kathryn Sikkink, Activists beyond Borders. Advocacy Networks in International Politics (Ithaca, Cornell University Press, 1998).

94. Cela est particulierement net autour de l'application de l'Agenda 21 issu du sommet de Rio. Voir Bulkeley et Betsill, Cities and Climate Change.
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Title Annotation:urban municipal governments
Author:Saunier, Pierre-Yves
Publication:Urban History Review
Geographic Code:1USA
Date:Mar 22, 2006
Words:13833
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