Printer Friendly

La structure iconographique d'un art rupestre est-elle Une clef pour son interpretation?

RESUMEN: La hipotesis de R. Layton segun la cual la estructura de las artes rupestres difiere mucho en terminos de fiecuencia de los motivos y de su distribucion entre los sitios, en funcion de la religion y de la organizacion social de los grupos humanos es examinada de nuevo en este trabajo colectivo, a la luz de una documentacion nueva y aumentada procedente de Africa y Australia y de un analisis pormenorizado del arre parietal paleolitico de Europa occidental. Resulta de este estudio que la heterogeneidad de los sitios (distribucion geografica de los motivos) y la diversidad de la iconografia (frecuencia de los motivos) son criterios efectivamente ligados a la estructura social, a las creencias y a la economia de las sociedades, pero no permiten decidir a favor de una organizacion totemica o de practicas chamanicas.

Palabras clave: Arte rupestre. Arre parietal paleolitico. Estructuracion. Totemismo. Chamanismo.

RESUME: L'hypothese emise par R. Layton selon laquelle la structure des arts rupestres differe profondement, entermes de frequence des motifs et de leur distribution entre les sites, en fonction de la religion et de l'organisation sociale des groupes humains est reexaminee dans ce travail collectif, a l'aide d'une documentation renouvelee et augmentee provenant d'Afrique et d'Australie, mais aussi d'une analyse approfondie de l'art parietal paleolithique d'Europe occidentale. Il ressort de cette etude que l'heterogeneite des sites (distribution geographique des motifs) et la diversite de l'iconographie (frequence des motifs) som des criteres importants indubitablement lies a la structure sociale, aux croyances et a l'economie des societes, mais qu'ils ne permettent pas de trancher en faveur d'une organisation totemique ou de pratiques chamaniques.

Mots-cle: Art rupestre. Art parietal paleolithique. Structuration. Totemisme. Chamanisme.

Is the iconographic structure of rock art a key to interpretation?

1. Introduction

Bien que les strategies d'acquisition des matieres premieres et des ressources alimentaires des chasseurs du Paleolithique superieur soient de mieux en mieux connues, notre connaissance des relations socio-economiques entre les groupes et de l'extension des reseaux d'echange a l'echelle de l'Europe occidentale reste en grande partie conjecturale. Notre ignorance est particulierement grande en ce qui concerne les echanges culturels. Les productions artistiques, parietales et mobilieres, sont un des tares moyens dont nous disposons pour approcher les rapports humains entre ces societes mobiles et fluctuantes, car la manipulation de symboles graphiques codifies est un des actes fondateurs de la culture (Fortea et al., 2004). Toutefois, une interrogation demeure, car elle echappe en grande partie a la stricte etude des documents, c'est celle qui concerne la fonction et de la signification de l'art rupestre. Si la plupart des specialistes s'orientent vers une explication relevant du domaine des croyances religieuses et de valeurs spirituelles, le debat concernant la nature de ces croyances semble tellement sterile que beaucoup d'archeologues preferent s'en tenir a l'ecart.

Cela explique que, depuis plus d'un siecle, les memes hypotheses soient repetees en boucle. Selon les predispositions de chaque epoque, materialistes ou spiritualistes, ethnocentriques ou universalistes, on voit refleurir periodiquement des idees concernant la magie propitiatoire, la magie sympathique, le totemisme ou des pratiques chamaniques. Le dernier avatar de ce mouvement pendulaire est la renaissance de l'hypothese chamanique a laquelle nous assistons depuis quelques annees (Clottes et Lewis-Williams, 1996). On sait comment cette hypothese est revenue a l'actualite a la suite des travaux de Lewis-Williams sur les San d'Afrique du Sud pour lesquels des arguments serieux pouvaient etre presentes en faveur de pratiques chamaniques, plus ou moins directement liees a l'execution de l'art rupestre (Lewis-Williams, 1981). En revanche, les arguments invoques en faveur d'une extension a d'autres arts rupestres a travers le monde, et en particulier a l'art parietal paleolithique d'Europe occidentale, sont apparus faibles et suspects des le debut (cri commentaires dans Lewis-Williams et Dowson, 1988).

Robert Layton a recemment propose une approche de l'art rupestre qui pourrait permettre de trancher entre des hypotheses interpretatives telles que le chamanisme ou le totemisme (Layton, 2000). A partir de quelques exemples d'arts rupestres realises par des societes pour lesquelles on possede des donnees ethnographiques concernant leur organisation totemique ou leur pratique du chamanisme, R. Layton a montre que les deux types de societes produisaient des arts rupestres qui differaient profondement dans leur structure. Les deux aspects qui presentent les differences les plus significatives concernent les frequences des differents motifs figuratifs dans une aire geographique donnee, ainsi que la distribution de ces memes motifs dans l'ensemble des sites. Les societes chamaniques tendent a favoriser un petit nombre de motifs qui sont communs a presque tous les sites, tandis que les societes totemiques montrent une plus grande diversite de motifs dont beaucoup n'apparaissent que dans un ou deux sites. Il y a donc la a priori un moyen de distinguer ces deux grands types de comportement socio-religieux et la methode peut avoir un caractere predictif tres utile, si elle est appliquee a un art rupestre de tradition inconnue comme l'art paleolithique.

C'est en partant de ce constat que nous avons decide de joindre nos efforts et d'associer nos domaines de competences, afin d'etablir les conditions d'un test comparatif fiable, de dejouer les pieges interpretatifs inherents a la methode et de proposer une discussion des resultats qui va au dela de l'equation simpliste: totemisme ou chamanisme.

2. Resultats preliminaires

En se fondant sur des echantillons d'art rupestre d'Australie et d'Afrique du Sud, Robert Layton (2000) a pu montrer que les frequences des differents motifs animaux representes dans une aire geographique donnee et leur distribution dans les differents sites variaient selon la nature du systeme de croyances en vigueur. Dans les regions ou le totemisme est pratique (Kimberley occidental, Australie), le nombre de motifs est eleve, mais la plupart d'entre eux ne sont presents que dans un petit nombre de sites, de sorte que les frequences (calculees pour l'ensemble de l'echantillon) sont faibles et que le pourcentage de sites dans lesquels ils sont presents est petit. Au contraire, la ou le chamanisme est atteste (Drakensberg, Afrique du Sud), on observe une focalisation sur un petit nombre de motifs animaux (sans doute parce qu'ils sont les "guides spirituels" des chamanes et sont partages par un grand nombre d'entre eux). Il en resulte que certains motifs sont presents dans presque tous les sites et atteignent des frequences elevees dans l'ensemble de l'echantillon.

Entre ces deux cas extremes, une troisieme situation est decrite par R. Layton. I1 s'agit d'un art rupestre, dit "art seculier", car il n'est pas explicitement lie a un systeme de croyances et se contente de representer les animaux et les plantes que l'on trouve communement dans l'environnement. Tous les sites de la region presentent des caracteristiques identiques, de sorte que de nombreux motifs figurent au repertoire (comme dans les systemes totemiques), mais que leur distribution est large et homogene (comme dans les systemes chamaniques). Ces differents situations peuvent etre resumees schematiquement dans un tableau a quatre cases (Tableau 1). On notera que la cellule vide represente un cas non atteste, caril est tres improbable que certains motifs puissent avoir une frequence deux fois plus elevee que les autres, s'ils ne sont presents que dans un petit nombre de sites.

Pour illustrer les differentes situations, R. Layton a presente deux sortes de graphiques (Layton, 2000):

1) La frequence de chaque motif en fonction de son rang dans la liste des motifs classes par ordre decroissant (Fig. 1).

2) La proportion des sites dans lesquels un motif est present en fonction de son rang dans la liste des motifs classes par ordre decroissant (Fig. 2).

[FIGURE 1 OMITTED]

3. Graphes "frequence-distribution"

I1 est possible de reduire les deux graphes des figures 1 et 2 a un seul sans perte d'information en portant directement la frequence des motifs en fonction du pourcentage de sites ou ils apparaissent, c'est-a-dire la frequence des motifs en fonction de leur distribution spatiale. La Figure 3 montre que des situations tres differentes sont revelees par ce type de representation graphique.

[FIGURE 2 OMITTED]

[FIGURE 3 OMITTED]

Independamment de toute interpretation en terme de chamanisme ou de totemisme qui serait prematuree, il apparait que les differentes situations qui emergent de la Figure 3 meritent tout notre attention, car elles revelent que les differents arts rupestres examines presentent d'importantes differences de structuration. Comparez par exemple la region de Kimberley (Australie) ou aucun motif n'est present dans la moitie des sites et la region de Karoo (Afrique du sud) ou au contraire, la plupart des motifs sont presents dans plus des deux tiers des sites. Ce type d'analyse possede par consequent un haut potentiel informatif et discriminant du point de vue archeologique.

3.1. Art Parietal Paleolithique

Les donnees concernant le Paleolithique superieur utilisees dans l'article de Cambridge Archaeological Journal (Layton, 2000) etaient un petit echantillon de 903 figures provenant de 18 sites (tire essentiellement des travaux de Leroi-Gourhan, 1965). Or, nous disposons de donnees statistiques beaucoup plus completes concernant les representations animales dans l'art parietal paleolithique (Sauvet et Wlodarczyk, 2000-01). Ces donnees sont reparties en sous-ensembles geographiques et chronologiques qui donnent prise i une analyse spatiale et diachronique. Dans le travail cite, nous avons explique pourquoi la seule coupure dans le temps qui nous avait semble praticable sans risque d'erreur majeure etait celle qui separe une periode "archaique" allant de l'Aurignacien au debut du Magdalenien et une periode recente couvrant le Magdalenien moyen et superieur. En datations absolues, compte tenu des dates C14 dont on dispose, cette coupure se situerait autour de 15000 BE Ces deux periodes recoupent approximativement ce qu'A. Leroi-Gourhan appelait Style II et Style III d'une part et Style IV d'autre part (Leroi-Gourhan, 1965).

Si nous appliquons le modele de representation frequence-distribution a chacun de ces sous-ensembles, nous obtenons les graphes de la Figure 4. On voit que des differences sensibles se font jour. Dans la region Rhone-Languedoc, dans les stades anciens du Paleolithique superieur, aucun motif animal ne se distingue reellement, le premier d'entre eux, le Cheval, ne depassant guere 20% (Fig. 4e). Il est remarquable que, dans la grotte Chauvet qui est la plus importante de ce sous-ensemble et la plus ancienne grotte ornee datee a ce jour, 13 des 14 motifs figuratifs qui constituent la substance de l'art parietal, toutes epoques et toutes regions confondues, sont deja presents.

Dans le Perigord, au cours de la periode "archaique", le motif du Cheval se detache singulierement avec une frequence de 44 %. Il est quatre fois plus frequent que son second immediat, le Bison (Fig. 4a).

Dans la region cantabrique, au cours de la periode "archaique", la motif de la biche atteint 30%, suivie de pres par le Cheval (Fig. 4c), tous deux sont presents dans pres de 80% des sites. L'evolution de la region cantabrique dans la periode recente montre un phenomene tres interessant que nous avons deja eu l'occasion de discuter (Sauvet et Wlodarczyk, 2000-01), a savoir qu'a partir d'un moment que l'on peut situer vers la fin du Magdalenien inferieur cantabrique, la thematique regionale change assez brusquement, puisque le motif dominant est desormais le Bison qui represente 42% des motifs animaliers (Fig. 4d). Cette situation est a rapprocher de celle qui regne sur le versant nord des Pyrenees ou le bison represente 47% des motifs et est present dans presque tous les sites (Fig. 4f).

Au cours du Magdalenien, la region du Perigord presente une particularite notable, car le motif numeriquement dominant est le mammouth (Fig. 4b), bien que celui-ci ne soit present que dans un petit nombre de grottes (dont Rouffignac qui en possede a elle seule plus de 150 exemplaires). Juste derriere le mammouth, le motif suivant par ordre de frequences decroissantes est le cheval qui, lui, a une distribution beaucoup plus large. On voit, sur cet exemple, que certains motifs d'emprise tres localisee peuvent biaiser la vision que l'on a de la structure iconographique d'une region.

C'est la raison pour laquelle, pour caracteriser une region, nous nous appuierons non pas seulement sur le motif principal, mais sur les deux motifs principaux afin de minimiser l'impact d'un motif au comportement trop original, qui, de ce fait, ne serait pas representatif de la tendance generale. Cette situation peut se rencontrer dans tous les arts rupestres. Citons par exemple, lecas d'un certain type de lezard (frill-neck lizard) qui, dans la region du Kimberley, arrive en seconde position numeriquement, bien qu'il ne soit represente que dans un seul site.

[FIGURE 4 OMITTED]

4. Frequence-distribution des motifs principaux

Nous venons de voir que les graphes representant la frequence des differents motifs figuratifs d'un art rupestre en fonction de leur distribution dans les sites presentaient des differences significatives. Comment quantifier ces differences et faciliter les comparaisons?

[FIGURE 5 OMITTED]

Nous avons tout d'abord pense utiliser seulement le motif dominant qui, d'une certaine facon, donne une bonne indication de la tendance de la region consideree. Mais nous avons observe que, parfois, un motif, present seulement dans quelques sites pouvait malgre tout prendre la preseance numerique et donner une vision deformee de la realite (cas du mammouth en Perigord que nous venons de discuter). Pour eviter cette difficulte, nous avons prefere utiliser les deux premiers motifs afin de minimiser les effets locaux. C'est la raison pour laquelle dans le graphe de la Figure 5 qui rassemble des donnees australiennes, africaines, americaines et celles du Paleolithique superieur du vieux continent, nous avons calcule la frequence moyenne des deux premiers motifs de chaque region consideree et le pourcentage moyen de sites dans lesquels ces deux motifs apparaissent. Cette facon de proceder a l'avantage de stabiliser les resultats, mais elle cache certaines differences interessantes, notamment lorsque les frequences et/ou les distributions de deux premiers motifs sont tres differentes. C'est pourquoi ces informations ont ete reportees dans le Tableau 2. Les donnees brutes ont ete analysees en ne prenant en compte que les motifs animaliers et en ne comptabilisant que ceux dont la frequence globale depassait 0,5%, les autres etant regroupes anonymement dans une categorie "especes rares".

Nous discuterons en premier lieu les donnees australiennes en raison de leur grande variabilite qui permet d'apprecier la diversite des situations rencontrees. On notera par exemple que, dans le Kimberley, aucun motif n'est reellement dominant, puisque la moyenne des deux premiers est inferieure a 20% et qu'ils sont presents dans moins de la moitie des sites. La Terre de Arnhem presente la particularite d'abriter deux formes d'art rupestre de chronologie et de structure tres differentes (Tacon et Chippindale, sous presse). Eune d'elles, appelee OM Dynamic, remonte probablement au Paleolithique (> 10000 BP) et a pour motif principal un macropode indetermine qui sort du lot et est represente dans les deux tiers des sites. L'autre, denommee recent X-ray, beaucoup plus recente (< 4000 BP), presente un tres grand nombre de motifs dont le principal ne depasse pas 14% et n'est present que dans 28% des sites (Tableau 2). L'echantillon de la region de Laura (Queensland du Nord) montre egalement une repartition assez egalitaire des frequences, aucun motif ne se detachant reellement, avec une repartition dans les sites relativement uniforme (Trezise, 1971). Les trois cas de figure precedemment decrits sont donc representes dans l'art rupestre d'Australie.

Nous avons pu analyser en detail les sites de la region du Brandberg (Namibie), grace aux excellentes publications de H. Pager, qui offrent la possibilite d'un decoupage interne en sous-ensembles geographiques (Pager, 1989, 1993, 1995, 1998, 2000). Les six ensembles que nous avons examines montrent une grande uniformite et une position dans le graphe de la Figure 5 qui merite une discussion separee (voir plus loin). C'est egalement le cas des donnees inedites des montagnes de l'Ennedi (Tchad) qui nous permettront de comparer l'art rupestre de peuples eleveurs a celui des chasseurs-cueilleurs.

Les sous-ensembles chronologiques et regionaux du Paleolithique superieur presentent pour leur part une dispersion extremement forte. Du Quercy archaique aux Pyrenees magdaleniennes, les differences structurelles sont considerables et reclament egalement d'etre discutees.

Toutefois, avant d'aborder la discussion proprement dite concernant les interpretations possibles des differentes structures mises en evidence, il convient d'aborder quelques problemes methodologiques generaux qui sont poses par le traitement des donnees.

5. Questions methodologiques

Le premier probleme que nous voudrions aborder est un probleme de typologie. Il est evident que la frequence des motifs constituant une iconographie donnee depend directement du nombre total de motifs que l'on retient pour l'analyse. Or, de nombreux motifs sont ambigus, ou du moins apparaissent ainsi aux yeux de l'observateur non informe. C'est pourquoi les enregistrements d'art rupestre dans la litterature archeologique et anthropologique font souvent appel a des categories generales telles que serpent, oiseau ou poisson, faute d'avoir pu identifier precisement les especes. Dans le Brandberg, par honnetete intellectuelle, H. Pager a choisi de distinguer les springboks (Antidorcas marsupialis) des "bucks indetermines" et les oryx des antilopes indeterminees. Dans ce cas particulier, l'indetermination est due essentiellement a des figures endommagees ou incompletes et il ne semble pas que de telles distinctions aient eu un sens pour leur auteurs (1).

Il en va tout autrement lorsque les peintres ont volontairement multiplie les details distinctifs. Par exemple dans la tradition des "peintures aux rayons-X" de la Terre de Arnhem occidentale, le motif le plus frequemment

[FIGURE 6 OMITTED]

En consequence, si l'on veut effectuer des comparaisons entre des ensembles rupestres, il faut que les motifs se situent tous au meme niveau d'analyse. Il faut eviter qu'un type de motifs ne fasse l'objet d'une analyse beaucoup plus fine et detaillee que les autres (12 especes de poissons contre un seul genre "macropode"). A noter que ce risque n'existe pas lorsque l'on compare des sousensembles d'une meme aire geographique selon une liste typologique unique, ce qui est le cas pour les differentes regions du Brandberg et pour les sous-ensembles du Paleolithique Superieur franco-cantabrique.

Un deuxieme probleme typologique qui peut preter a discussion concerne le choix exclusif des motifs animaliers, a l'exclusion des representations humaines. Lorsque l'on compare des arts rupestres oo les representations humaines sont tres largement majoritaires comme c'est la cas en Afrique australe ou en Australie avec l'art parietal du Paleolithique superieur oh les humains ne representent que 3,4% du total figure, cela introduit un biais qui interdit toute comparaison terme a terme et contribue a masquer l'une des differences essentielles entre ces differentes formes d'arts rupestres (Layton, 1995). Cependant, la comparaison que nous entendons faire entre des arts rupestres represente est le poisson, mais une douzaine d'especes differentes ont ere soigneusement figurees et sont parfaitement reconnaissables par de nombreux details anatomiques (Tacon, 1988). Les graphes frequence-distribution que l'on obtient suivant que l'on consiere un seul motif generique "poisson" (Fig. 6a) ou autant de motifs qu'il y a d'especes de poissons (Fig. 6b) sont evidemment tres differents. Analyses sans precaution, ils conduiraient a des interpetations opposees. de continents differents ne porte pas sur la thematique dans son ensemble, mais sur la place qui est devolue au monde animal et au symbolisme qui lui est attache, symbolisme auquel toutes les religions font appel sans exception. Des lors, la part animaliere de l'iconographie peut etre consideree comme un sous-ensemble autonome dont la structuration est un element culturel discriminant, en particulier parce que les creatures composites (y compris les therianthropes) sont extremement rares dans tous les arts rupestres discutes dans ce travail.

Enfin, une troisieme difficulte d'analyse peut venir de la definition d'un site et d'une region. Doit-on considerer que chaque abri-sous-roche constitue un site independant ou faut-il admettre, comme le font certains auteurs, qu'un site peut etre constitue par un groupe d'abris voisins? C'est sans doute le cas de la region de Karoo oh chaque "site" regroupe en moyenne 230 figures (Deacon, 1994). I1 est probable que c'est a cause de cette definition tres extensive de la notion de site que certains motifs sont presents dans tous les sites (Tableau 2).

La taille de ce que l'on considere comme une entite regionale autonome peut egalement constituer un obstacle. Si elle est trop grande, on peut avoir des doutes sur son homogeneite (voir ci-dessous le cas de l'art recent de la terre de Arnhem occidentale), mais si les echantillons examines sont trop petits, ils risquent de ne pas etre representatifs de toute la variabilite de la region (la question peut se poser pour la region de Stein River en Colombie britannique qui ne comporte qu'une douzaine de sites et moins de 150 figures en tout).

6. Discussion

Le principal interet de l'analyse structurale des arts rupestres en termes de frequence et de distribution des motifs animaliers, telle que nous la presentons, est de mettre en evidence des situations tres contrastees. Les differences etant importantes, il est legitime de se demander quels phenomenes lies a la fonction sociale de l'art rupestre sont capables d'induire de telles differences.

L'hypothese qui avait servi de point de depart au travail de Robert Layton (2000) figure toujours parmi les explications possibles. Les grandes tendances mises en evidence par la Figure 5 sont en effet compatibles avec l'existence d'une relation entre la frequence et la distribution des principaux motifs animaliers et les pratiques socioreligieuses du groupe qui les a produits. Si l'on decoupe mentalement le plan du graphe frequence-distribution en quatre cases, on retrouve bien, dans le case inferieure gauche (A), l'art "totemique" du Kimberley, l'art "seculier" de la region de Laura dans la case inferieure droite (B) et l'art "chamanique" du Drakensberg (Afrique du Sud) dans le carre superieur droit (C) (Fig. 7). Mais ce sont la des cas-limites qu'une analyse plus fine va nous obliger a nuancer.

[FIGURE 7 OMITTED]

En ce qui concerne l'art rupestre totemique, le modele est solidement etabli, caril decoule, pour ainsi dire par definition, du fait que des especes differentes sont associees a differents groupes locaux. Dans la plupart des cas, le nombre total de motifs est eleve, chaque motif n'est represente que dans un ou deux sites et les frequences de chacun d'eux tendent a s'egaliser. Le point representatif du Kimberley sur le graphe de la Figure 5 illustre bien cette situation.

Il convient toutefois de remarquer qu'il n'est pas impossible theoriquement que les frequences de certains motifs soient beaucoup plus elevees que la moyenne des autres. En effet, un art rupestre qui aurait la structure decrite dans le Tableau 3 serait represente dans le diagramme de la Figure 5 par un point situe assez haut dans le cadran superieur gauche, puisque le motif A represente 50 % du total et qu'il n'est present que dans un seul des six sites (16,6%). Une telle situation constituerait par consequent un cas-limite d'art totemique.

L'existence d'un art "purement" seculier, c'est-a-dire d'un art dont les motivations seraient essentiellement liees a la vie quotidienne, a la faune et a la flore presentes dans l'environnement immediat, est plus difficile a demontrer. De meme, la localisation du point representatif sur le graphe de la Figure 5 est moins facile a prevoir d'un point de vue theorique. En effet, l'economie des chasseurs-collecteurs repose sur une grande variete d'animaux et de plantes et le meme spectre d'animaux est a la disposition de bandes voisines vivant a l'interieur d'une meme zone ecologique, que leur art rupestre soit lie au totemisme ou qu'il fasse appel a des considerations profanes. La distinction entre ces deux types de motivations peut donc se reveler delicate. Les donnees ethnographiques que l'on possede sur la region de Laura (Queensland du Nord) suggerent qu'une partie importante de l'art rupestre est liee aux activites de la vie de tous les jours (Layton, 1995). On notera que le point representatif de la region de Laura sur le graphe de la Figure 5 s'accorde bien avec le modele d'un art seculier (une grande variete de motifs traites de facon relativement egalitaire et presents dans la majorite des sites). Le cas de l'art rupestre dit "aux rayons-X" de la Terre de Arnhem est plus delicat, car nous avons vu que la position du point representatif dans le graphe de la Figure 5 dependait de la decision de developper ou non la categorie "poisson" en ses differentes especes (cf. Fig. 6b). Si les auteurs se sont donne les moyens graphiques de distinguer douze especes de poissons, c'est que cela devait avoir une importance a leurs yeux: il semble donc justifie de suivre cette option. Toutefois, on peut observer qu'aucune espece de poisson n'est presente dans plus d'un tiers des sites, ce qui cadre assez mal avec le modele seculier dont il semble pourtant que cet art soit un representant indubitable du point de vue ethnographique (Tacon, 1988). Si la distribution geographique des differentes especes de poissons representees dans l'art rupestre n'est pas uniforme, cela peut etre en partie le reflet d'une certaine differenciation locale de l'ichtyofaune, la region concernee s'etendant sur plus de 200 km. Mais des raisons culturelles doivent egalement intervenir. On observe en effet que certaines especes, notamment des poissons carnivores qui jouent un role important dans les mythes et les rites ont une distribution dans l'art qui ne reflete pas leur abondance locale. Ce probleme est egalement bien connu des specialistes de l'art paleolithique europeen qui ont maintes fois fait remarquer que la faune figuree n'etait pas le reflet de la faune chassee. Cela doit nous amener a considerer avec beaucoup de prudence la realite d'un art qui ne serait que l'image de la faune et la flore environnantes: il serait bien etonnant que des considerations culturelles locales ne viennent pas perturber cette vision naturaliste. L'affirmation des aborigenes que ce qu'ils representent, c'est seulement de la nourriture ('just meat") ne doit pas nous faire oublier que, dans toutes les cultures, les animaux ne sont pas seulement bons a manger, mais qu'ils sont aussi "bons a penser" selon le mot de Levi-Strauss. Meme si les poissons realistes de la Terre de Arnhem ont ete peints au retour de la peche, c'est aussi en raison de leur grande importance "mytho-totemique" et de leur pouvoir benefique qu'il est bon d'en orner les parois des abris (Tacon, 1988). Une autre difficulte peut venir du nombre total de motifs constituant l'iconographie animaliere. Dans des populations pratiquant l'elevage, l'attention se focalise generalement sur un petit nombre d'especes: un art seculier peut donc se caracteriser par un point situe tres haut dans le diagramme frequence-distribution, et pourrait alors etre confondu avec une tradition chamanique (voir plus loin la discussion de l'Ennedi).

La position theorique du point representatif d'un art rupestre "chamanique" sur la Figure 7 n'est pas non plus facile a definir. En effet, li n'y a pas de raison a priori pour laquelle le chamanisme devrait etre caracterise par la preeminence d'une espece dans tous les sites. Cette inference initialement proposee par Robert Layton reposait sur l'observation de Lewis-Williams (1981) concernant la preeminence de l'eland dans l'art du Drakensberg (Afrique du Sud), cet animal representant a lui seul 60% des motifs et etant present dans tous les sites (Vinnicombe, 1976). De nombreuses donnees provenant d'autres regions du monde confirment cette prediction et contribuent a lui donner une portee generale. C'est le cas des donnees de Stein River (Colombie britannique) oo, en depit de l'information ethnographique selon laquelle une multitude d'especes pouvait servir de guides spirituels aux chamanes (Hann et al., a paraitre), l'art rupestre decrit par York et al. (1993) est largement domine par deux especes, le cerf et la chevre (28 et 25% respectivement). D'autres exemples allant dans le meme sens peuvent etre trouves dans l'ethnographie de l'Amerique du Sud (Campbell, 1989) et de Siberie (Jordan, 2003). Toutefois, il faut egalement signaler qu'Elisabeth Marshall (1969) a documente des changements tres rapides dans les rites de transe du Kalahari, chacun d'eux etant associe a une espece animale differente. Tsuru (1988) a decrit une situation similaire chez les Baka d'Afrique centrale. Il n'y a donc pas de regle absolue: la predominance d'une espece n'est pas une condition necessaire pour qu'un art rupestre soit chamanique, notamment si une assez grande duree est consideree.

L'art rupestre du Haut Karoo (Afrique du Sud) egalement lie au chamanisme presente une situation tres differente de celle du Drakensberg (Deacon, 1994). Ici, le nombre total de motifs est beaucoup plus eleve et les plus frequemment figures (l'eland et l'antilope comme dans le Drakensberg) ne depassent pas 21%. Le point representatif dans le graphe de la Figure 5 se situe donc relativement bas et pourrait etre confondu avec un art "seculier". Le Karoo est donc un exemple d'art chamanique sans motif predominant.

Nous venons de voir que la predominance d'une espece n'est pas une condition necessaire pour qu'un art rupestre soit chamanique, mais on peut egalement se demander si la condition est suffisante: autrement dit, lorsque l'on observe la situation C (forte frequence du motif principal repandu dans presque tous les sites), estce une indication suffisante pour inferer des croyances de type chamanique? Certainement pas, car n'importe quel systeme religieux base sur un pantheon hierarchise avec des personnages mythologiques principaux et des personnages secondaires donnera cette image. De ce point de vue, la situation qui prevaut dans le Drakensberg (omnipresence de l'Eland qui est le motif recurrent du plus grand nombre de panneaux ornes) n'est pas tres differente de celle que l'on observe dans les Pyrenees a l'epoque magdalenienne, oo le bison est present dans presque tous les ensembles. Faut-il conclure que les Magdaleniens des Pyrenees pratiquaient le chamanisme? Non, bien sur, car cette situation est tout aussi compatible avec un systeme de croyances religieuses dans laquelle le bison serait au coeur de tous les recits mythiques, periodiquement reactives au cours de ceremonies rituelles (ce qui est la definition exacte de la pensee mythique). L'hypothese chamanique n'apporterait rien de plus. Enfin, rappelons qu'un art seculier, domine par un petit nombre de motifs recurrents (le boeuf chez les eleveurs par exemple), peut egalement conduit a une situation qui ressemblera fortement a un art chamanique.

Il existe une raison supplementaire pour laquelle il est souvent difficile de trancher en faveur de l'un des cas-limites que nous venons de discuter. L'art rupestre est un moyen de communication a la disposition du groupe, qui peut etre utilise dans de multiples occasions. La co-occurrence possible dans les memes sites de figures realisees dans des circonstances differentes, avec des buts differents, constitue une sorte de bruit de fond qui peut brouiller l'analyse statistique. On notera que cette possibilite n'est pas seulement theorique, car elle est etayee par les donnees ethnographiques. Par exemple, les donnees que l'on possede sur la region de Lauta (Queensland du Nord) suggerent que des motivations liees au totemisme ou a des pratiques de sorcellerie ont pu intervenir a cote des motivations liees aux activites de subsistance quotidiennes (Layton, 1995). Si differents motifs caracteristiques de telle ou telle motivation se superposent sur les memes parois, le schema resultant sera totalement incomprehensible pour un observateur exterieur. C'etait peut-etre deja le cas au Paleolithique superieur oo la difficulte d'identifier des "themes", c'est-a-dire de reconnaitre des "sujets de composition" ou d'etablir des relations sceniques, est particulierement grande. La co-existence de deux systemes graphiques differents --les "signes non iconiques" et l'art animalier-- est en faveur de cette hypothese. En effet, l'association volontaire de representations figuratives et nonfiguratives indique l'existence de relations significatives entre les figures (liees peut-etre a certaines activites humaines ou ressortissant du domaine symbolique ou allegorique). Ce type d'information est malheureusement occulte par l'analyse portant sur la frequence et la distribution des motifs individuels et doit faire l'objet parallelement d'etudes specifiques.

A la polysemie synchronique (liee a la co-existence instantanee de plusieurs types de motivations) peut encore venir s'ajouter une polysemie d'ordre diachronique. En effet, l'art rupestre s'est souvent accumule dans les memes abris et dans les memes grottes pendant de tres longues periodes au cours desquelles les motivations ont pu changer. Le cas est particulierement sensible dans le cas de l'art parietal paleolithique qui a dure pres de 20.000 ans. La distinction que nous avons falte entre une periode "archa'fque" et une periode "recente" est minimale: elle a pour seul objectif de tester l'importance des evolutions temporelles dans cette culture de chasseurs-cueilleurs.

Malgre toutes ces difficultes d'analyse qui reclament beaucoup d'attention et de discernement, il n'en reste pas moins que d'importantes differences sont mises en evidence par les representations frequence-distribution presentees dans ce travail et que de grandes tendances se manifestent. Il s'agit d'un outil supplementaire au service du specialiste qui lui permet d'eclairer les faits sous un jour nouveau. Toutefois, pour les differentes raisons que nous venons d'envisager, il semble difficile de maintenir l'appellation des trois formes canoniques/totemique/-/seculier/--/chamanique/. En revanche, les parametres mesurables que sont la frequence des motifs et leur distribution dans les sites nous semblent pertinents et utiles pour caracteriser differentes situations que nous designerons simplement par A, B et C pour ne pas avoir a leur coller une etiquette lourde de presupposes (Figure 7).

Il convient d'ailleurs de faire observer que l'interpretation de la structure iconographique d'un art rupestre ne doit pas obligatoirement etre recherchee dans le domaine des croyances religieuses. On peut egalement envisager de faire intervenir des criteres socio-economiques (comme dans l'art de l'Ennedi) lies par exemple a des periodes d'abondance et a des periodes de penurie (Smith, 1992). Lorsque l'approvisionnement ne pose pas de probleme, la solidarite entre les groupes devient moins imperative et ils tendent a se separer, d'oo une certaine divergence sur le plan linguistique et une diversification des croyances, et secondairement des themes iconographiques (une situation qui se rapprochera du cas A). Au contraire, la disette impose un regroupement des forces de chaque groupe, une meilleure cooperation qui passe par une meilleure integration des croyances, d'oo une certaine uniformisation de l'iconographie (une situation qui se rapprochera des cas B ou C selon que certains motifs domineront ou non).

6.1. Distribution spatiale des matifs

Il apparait que la distribution spatiale des motifs est un parametre tres sensible pour caracteriser un art rupestre. En effet, deux situations opposees peuvent se presenter:

1) Les differents sites de l'aire geographique consideree presentent des motifs differents, parce que la fonction de ces derniers est justement de servir d'elements differenciateurs des groupes. Chaque site contiendra donc un segment different de l'iconographie globale et, pour l'observateur, la distribution des motifs sera heteragene (comme c'est le cas lorsque les motifs animaliers representent les emblemes totemiques des differents groupes humains).

2) Les motifs constituent une iconographie commune, partagee par tous les groupes occupant le territoire et ceux-ci, animes par les memes motivations et/ou les memes croyances, puisent dans le stock des images: dans ce cas, la distribution spatiale des motifs apparaitra hamagene. Notons que cette derniere situation peut eventuellement recouvrir lecas d'un art chamanique, mais que la formulation que nous en donnons est volontairement plus generale. En particulier, si les motivations sont essentiellement profanes, l'iconographie parietale sera, de la meme facon, caracterisee par une distribution uniforme, d'oo la difficulte de distinguer entre un art chamanique et un art seculier sur ce seul critere.

6.2. Diversite des motifs de chaque site

L'importance du critere d'homogeneite de la distribution des motifs dans les sites peut egalement etre percue en examinant la diversite des motifs dans chaque site. Si les motivations sont les memes en chaque lieu et si l'iconographie est partagee par tous les groupes, on doit s'attendre a ce que la diversite augmente avec la taille de l'echantillon (Kintigh, 1989). Nous avons teste cette hypothese en portant la diversite des motifs presents dans un site (exprimee par la proportion de l'iconographie totale qu'il represente) en fonction de la taille du site (exprimee par le pourcentage du total des figures qu'il contient). Nous avons fait ce test pour la region du Kimberley (modele d'art totemique), pour la region de Laura (art seculier) et pour deux regions du Paleolithique superieur (le Quercy archaique et les Pyrenees recentes) (Fig. 8).

Comme on pouvait s'y attendre, on constate que, dans le Kimberley, la diversite a l'interieur de chaque site demeure faible et croit tres peu avec la taille du site. Au contraire, dans la region de Laura et au Paleolithique superieur, la diversite augmente fortement avec la taille du site et tend apparemment vers une limite de 100%, ce qui va dans le sens d'une iconographie partagee par tous les acteurs regionaux. Ce type de representation distingue nettement un art totemique d'un art qui s'appuie sur un systeme de representations graphiques commun, mais dans ce dernier cas, ne permet pas distinguer entre les differentes fonctions que l'art rupestre a pu posseder. Ence qui concerne les deux regions du Paleolithique superieur choisies, l'une d'elles, le Quercy archaique, etait situe dans le graphe de la Figure 5 assez pres du Kimberley et l'on aurait pu emettre des doutes sur son appartenance au meme systeme de pensee que les autres regions. La Figure 8 montre qu'il n'en est rien: des que le nombre de figures augmente (cas de la grotte de Pech-Merle), son spectre iconographique se diversifie et devient conforme a celui des autres regions. Cette analyse complementaire est donc un moyen de verifier si les differents sous-ensembles d'une meme aire geographique sont homogenes ou non.

6.3. Frequences des motifs

Le profil iconographique d'une region est bien illustre par la courbe des frequences des motifs classes dans l'ordre de leur importance numerique (Fig. 1). De tels graphes mettent en evidence, dans certains cas, l'existence de motifs dominants ou, au contraire, la tendance a une repartition uniforme. En premiere approximation, le profil d'une region peut etre caracterise par la valeur moyenne des deux motifs principaux. C'est un parametre interessant a prendre en compte, mais nous avons vu qu'il n'etait pas propre a un systeme religieux. Par exemple, il n'y pas de raison a priori pour que le chamanisme soit associe systematiquement avec un motif dominant. En consequence, un art chamanique sans motif dominant (cas du Haut Karoo) a une structure iconographique qui le rapproche d'un art profane (seculier). Inversement, un art seculier tres stereotype, s'exprimant a l'aide d'un nombre reduit de motifs, pourra avoir une structure proche de celle d'un art chamanique (cas de l'Ennedi).

[FIGURE 8 OMITTED]

6.4. Structure iconagraphique de l'art rupestre du Drakensberg (Afrique du sud)

L'art rupestre de la region de Ndedema (Pager, 1971) se trouve au coeur de l'art rupestre lie a la transe. Les resultats sont presque exhaustifs concernant cette petite vallee au nord des montagnes, dotee d'une vegetation particulierement dense et d'une riviere perenne qui en font un habitat apprecie par des chasseurs-cueilleurs. Cette description s'applique egalement a l'environnement global du Drakensberg, mais l'echantillon du Ndedema differe de celui du Sud Drakensberg (Vinnicombe, 1976) par le fait que la frequence du motif le plus abondant, a savoir l'eland, est plus faible et se rapproche ainsi de l'echantillon du Karoo et d'autres traditions qui ne sont pas chamaniques. Cependant, les motifs principaux sont presents dans plus de 90% des sites, ce qui est caracteristique de la region et d'un art rupestre que l'on suppose lie a la transe.

Les differences entre les deux regions du Drakensberg se manifestent au dela de la frequence du premier motif, puisque dans le sud, le Cheval est un motif important (avec 15% du total des animaux, il est le premier animal domestique), alors qu'il est absent au nord, dans la region de Ndedema. Cette differenciation regionale dans l'iconographie a probablement ete induite par la confrontation avec les colons europeens qui a eu lieu dans le sud. De meme, les representations de poissons sont abondantes dans le sud et presque absentes au Nord, sans que cela puisse etre explique par des causes ecologiques. Cependant, a un niveau plus general, on note que la distribution des motifs presente un schema uniforme qui provient sans doute de l'extension du contexte de la transe.

L'art rupestre du Haut Karoo (Afrique du Sud), egalement relie au chamanisme, presente une situation tres voisine de celle de Ndedema Gorge. Une riche ethnographie a ete recueillie au cours du XIXe siecle aupres des bochimans/Xam dont les territoires etaient tres proches des sites d'art rupestre. Ce sont ces donnees qui ont ete utilisees par Lewis-Williams (1981) dans son etude comparative du chamanisme des San d'Afrique du sud. Deacon a montre que des experiences de transe avaient ete representees dans l'art rupestre (Deacon, 1994: 245-251). Il faut cependant signaler que les donnees de Deacon que nous avons utilisees dans le Tableau 2 proviennent de la region voisine du nord du Cap.

6.5. Structure iconographique de l'art rupestre du Haut Brandberg (Namibie)

L'art rupestre du Haut Brandberg est typiquement un art de chasseurs-cueilleurs puisque la tradition picturale a cesse lorsque les premiers animaux domestiques ont ete introduits (Lenssen-Erz, 2001; Richter, 1993). Etant reste a l'ecart des innovations "neolithiques", contrairement aux cas du Drakensberg et du Sahara, l'art rupestre de Namibie est lie a un mode de vie qui a beaucoup de points communs avec celui du Paleolithique superieur. Les donnees que nous presentons ici indique une domination du springbok (et autres bucks indetermines) et de l'oryx/gemsbok (et autres antilopes indeterminees). L'art du Haut Brandberg est essentiellement un art seculier, mais cela n'exclut pas des motivations d'ordre symbolique, le springbok etant une metaphore d'un etat desire de la nature, souvent invoque dans des rites de la saison des pluies (une motivation typiquement seculiere plutot que chamanique ou totemique).

6.6. Structure iconographique de l'art rupestre de l'Ennedi (Tchad)

La zone etudiee est une region montagneuse au nordest du Tchad. La circulation y est relativement aisee, facilitant les echanges entre les differents secteurs. Les vestiges archeologiques (poterie) presentent une distribution relativement homogene (B. Keding, commun, pers.), mais une certaine regionalisation est perceptible dans le style et les techniques (peinture et gravure). La distribution de certains motifs est egalement variable. Par exemple, le cheval represente 22,6% des animaux a l'ouest contre 2% seulement a l'est et au centre de la region, probablement pour de simples raisons ecologiques (difficultes d'accommodation du cheval dans certains secteurs).

L'art rupestre de l'Ennedi est caracterise par une tres forte focalisation sur le motif du boeuf domestique qui est present dans presque tous les sites. Peu de motifs animaliers (5 a 8 selon les regions) depassent la frequence de 0,5% (2). A premiere vue, cela pourrait etre regarde comme un schema typique d'une tradition chamanique comparable a celle d'Afrique du sud, mais dans tout l'art saharien, il n'y a aucune indication d'un contexte chamanique (Le Quellec, 2001); aucune figure humaine qui pourrait etre liee a des danses d'homme-medecine ou des chamanes en cours de transformation; aucun signe "entoptique"; aucun animal dont le comportement pourrait, par deduction metaphorique, etre assimile a une experience de la transe. Au contraire, par sa thematique, la plus grande partie de cet art apparait comme un art seculier principalement concerne par les realites de ce monde. La position des quatre echantillons de l'art rupestre de l'Ennedi sur le graphe de la Figure 5 confirme cette tendance. En effet, lis sont nettement regroupes et se situent a l'ecart non seulement des arts chamaniques, mais egalement des arts de chasseurs-cueilleurs du Paleolithique europeen ou de l'age de pierre tardif d'Afrique du sud. Cela suggere que cet art rupestre s'inscrit dans un cadre de significations etranger a la transe ou a des considerations sociales.

De facon evidente, l'art des pasteurs de l'Ennedi s'apparente au "complexe du betail" tel qu'il a ete defini par Herskovits (1926). Par nature, ledit "complexe du betail" penetre tous les domaines de l'existence, seculiers autant que religieux. Dans cette vision du monde, la possession de betail est une source de prestige, un capital symbolique autant qu'un bien materiel. Par une sorte de meta-symbolisme, les peintures de bovines sont une facon de representer la valeur sociale qui decoule de leur possession.

Dans un etat ulterieur de l'art des pasteurs, les boeufs deviennent de plus en plus individualises par les details de leur robe qui prend des formes geometriques distinctives, tres eloignees de la realite. Cette individualisation des animaux (et par voie de consequence de leur proprietaires) montre que l'identite diffuse des groupes evolue vers une identification plus personnelle. Cette impression est renforcee par la presence d'hommes associes aux animaux, exhibant des lances et des boucliers a la decoration egalement personnalisee.

Au debut, l'art rupestre de l'Ennedi peut etre considere comme "neolithique" et semble lie a des campements permanents parfois figures par des huttes ou de petits villages. A l'age du fer, s'ajoute aux boeufs domestiques les chameaux et les chevaux et le mode de vie devient nomadique. A ce tournant important, le "complexe du betail" semble faire place a un "complexe du chameau", voire localement a un "complexe du cheval" indiquant un glissement vers d'autres valeurs.

6.7. Art rupestre, chronologie et ethnographie de la Terre de Arnhem (Australie)

La tradition de l'art rupestre dynamique dans la Terre de Arnhem remonte au moins a 10000 BP. Cet art est etonnamment similaire par son style et son contenu a l'art des San d'Afrique du sud. Les figures humaines portent des ornements et sont representees en action, chassant, collectant, dansant et interagissant dans de veritables scenes. Les animaux associes aux humains forment des recits ou tout au moins des associations significatives. Tacon et Chippindale (sous presse) pensent que l'art dynamique etait associe a une vison chamanique du monde, en raison notamment des etres composites mi-humain mi-animaux (qui rappellent les therianthropes d'Afrique du sud) et de petits animaux assis sur des figures humaines a la maniere de gardiens individuels.

Des changements technologiques et de profondes modifications de l'organisation sociale se produisirent entre 6000 et 4000 BP et cela se manifeste notamment dans l'outillage lithique. Dans la tradition ancienne (anterieure a 5000 BP) dite core tool and scraper, les outils etaient fabriques en tant que de besoin et aussitot abandonnes; les campements etaient de faible importance et ephemeres. Vers 5000-6000 BP, apparik en Terre de Arnhem une tradition de "petits outils" (Allen et Barton, 1989: 104; Jones, 1985: 296; Flood, 1983: 187-188), comme des armatures de javelots ou des lames, qui sont fabriques dans le camp de base et mis au rebut apres usage. L'usage des sites devient plus stable et plus structure.

Ces changement technologiques s'accompagnent de changements dans l'art qui en sont probablement la consequence indirecte (Lewis, 1988: 64; Tacon, 1991: 202). Jusqu'a la fin de la periode glaciaire, les societes australiennes avaient eu des relations assez laches avec le territoire et croyaient en des entites spirituelles sans attache territoriale (de nos jours, c'est encore ainsi que les Aborigenes considerent les personnages de la tradition dynamique). Vers 5000 BP, quand le niveau de la mer s'est stabilise, il semble que le rapport de l'homme a son environnement ait change et que les relations entre bandes se soient fortement structurees et organisees sur une base territoriale. Il est etabli que le plus ancien art totemique est posterieur a cette transition puisque, dans le Kimberley, il se superpose a des figures de style dynamique (Lewis, 1988: 110; Welsh, 1990, 1993). C'est pourquoi Tacon et Chippindale (sous presse) suggerent que l'art recent (y compris l'art dit des rayons-X) resulterait de la superposition d'une culture totemique sur un vieux fonds chamanique.

6.8. Structure iconographique de l'art rupestre du Paleolithique superieur europeen

L'un des points qui semble particulierement interessant a discuter concerne la grande dispersion des differents sous-systemes regionaux et chronologiques du Paleolithique superieur dans le graphe de la Figure 5. L'analyse en terme de frequence-distribution n'apporte pas de reponse univoque puisque les trois situations A, B et C semblent plus ou moins coexister. Par exemple, au cours du Paleolithique superieur ancien, les regions du Rhone-Languedoc et du Quercy ressortissent plutot de la situation B (pas de motif dominant), tandis que la Peninsule iberique (de l'Andalousie a la region cantabrique) et le Perigord releveraient plutot de la situation C (en raison de la forte domination d'un motif). Cependant, observant que l'animal dominant n'est pas le meme dans les deux regions (la biche en Espagne, le Cheval en Perigord), il faut considerer qu'elles appartiennent a des systemes de pensee plus ou moins independants (cf. Fig. 4). On aurait donc pendant toute la premiere partie du Paleolithique superieur trois groupes distincts: l'un dans le sud-ouest de la France (Perigord, Charente), l'autre au sud du Massif Central (Quercy, Languedoc et rive droite du Rhone) et le troisieme englobant tout la peninsule iberique.

La situation change apparemment au debut du Magdalenien moyen. Comme nous l'avons deja note, li semble que l'on assiste a un rapprochement culturel important entre la region cantabrique et les Pyrenees dont la structure de l'art parietal s'apparente de plus en plus nettement a la situation C, cette fois avec un meme motif dominant: le Bison. De nombreuses analogies dans l'art parietal et dans l'art mobilier confortent ce point de vue (Sauvet et al., sous presse). Curieusement, dans le meme temps, le Perigord semble demeurer en marge, mais nous avons note que cela est du a l'effet d'une poussee ephemere, mais invasive, du motif du mammouth dans quelques grottes (effet Rouffignac). Sans cette presence massive du mammouth, le Cheval et le Bison seraient les motifs dominants comme dans les autres regions et le point representatif se rapprocherait sensiblement de celui des Cantabres et des Pyrenees (cf. Fig. 4b). Ce n'est pas le moindre interet de la variable distribution spatiale intra-regionale que nous avons introduite dans l'analyse; en effet, celle-ci permet de reconnaitre de facon particulierement claire certaines phenomenes, marginaux mais numeriquement importants, qui, s'ils n'etaient pas identifies en tant que tels, rendraient la structure incomprehensible.

7. Conclusion

A l'issue de cette discussion, nous proposons une ultime mise en forme des notions de frequence-distribution appliquees aux arts rupestres, qui consistera a redefinir ces deux parametres d'une facon legerement differente (Fig. 9). En ce qui concerne la distribution spatiale, nous avons vu que la repartition des motifs dans les differents sites fournissait une mesure de l'heterogeneite. En effet, ce parametre permet d'etablir une echelle de l'heterogeneite des regions entre, d'une part, des iconographies disjointes, caracterisees par une tres faible associativite des motifs, et d'autre part, des iconographies partagees, tres semblables dans tous les sites et dont les motifs sont frequemment associes entre eux. Le caractere symbolique de ces assemblages interspecifiques est particulierement evident lorsqu'il s'agit d'especes qui ne se cotoient pas dans la nature ou qui ne frequentent pas le meme biotope.

En ce qui concerne la frequence des motifs (caracterisee comme nous l'avons fait dans ce travail par la frequence moyenne des deux premiers d'entre eux), ce parametre depend directement du nombre total de motifs mis en oeuvre, c'est-a-dire de la diversite de l'iconographie. Plus le nombre de motifs est important, plus les frequences de chacun tendront a demeurer faibles, mais cela peut etre totalement remis en cause si un ou deux motifs font l'objet d'une attention particuliere et deviennent numeriquement dominants. La Figure 9 resume les differentes situations. Le lecteur pourra, a sa guise, les confronter aux differents arts rupestres identifies sur la Figure 5 et aux donnees ethnologiques que l'on possede pour certains d'entre eux. Le cas de l'art parietal paleolithique demeure malheureusement l'un des plus difficiles a interpreter, car sa grande variabilite en terme de frequence et de distribution interdit de lui plaquer une etiquette precise.

[FIGURE 9 OMITTED]

En resume, les parametres structuraux que representent la frequence des motifs dans une region donnee et la repartition de ces motifs dans les differentes sites de la region sont des donnees importantes pour caracteriser le role socio-religieux que l'art rupestre a pu tenir pour les societes sans ecriture. Si le schema qui se degage, a l'issue de la discussion, est plus complexe que ne le suggerait le modele initialement propose par R. Layton (2000), il n'en demeure pas moins que les informations qu'il vehicule sont interessantes pour le prehistorien. Meme si l'on abandonne l'idee qu'il puisse y avoir une relation directe et non ambigue entre la frequence-distribution des motifs et une organisation totemique ou la pratique du chamanisme, l'analyse d'un art rupestre en ces termes structuraux permet de reveler des evolutions internes, des rapprochements entre groupes voisins et d'esquisser une veritable histoire des relations humaines a l'echelle de vastes territoires.

Remerciements

Ce travail a ete realise en partie dans le cadre du projet de recherche "Emergence et fonction des systemes semiologiques dans les groupes humains du Paleolithique superieur" subventionne par le programme Origine de l'Homme, du Langage et des Langues du CNRS.

Bibliographie

ALLEN, H. et BARTON, G. (1989): Ngarradj Warde Djobkeng: White Cockatoo Dreaming and the prehistory of Kakadu. Sydney: Oceania Publications, monograph number 37.

CAMPBELL, A. (1989): To square with Genesis: causal statements and shamanic ideas in Wayapi. Edinburgh: Edinburgh University Press.

CLOTTES, J. et LEWIS-WILLIAMS, J. D. (1996): Les chamanes de la prehistoire: transe et magie dans les grottes ornees. Paris: Editions Seuil.

CRAWFORD, I. (1968): The art of the Wandjina. London: Oxford University Press.

-- (1977): "The relationship of Bradshaw and Wandjina art in northwest Kimberley". In UCKO, P.J. (ed.): Form in indigenous art. Canberra: Australian Institute of Aboriginal Studies, pp. 357-369.

DEACON, J. (1994): "Rock engravings and the folklore of Bleek and Lloyd's/Xam San informants". In DOWSON, T. et LEWIS-WILLIAMS, D. (eds.): Contested images: diversity in Southern African rock art research. Johannesburg: Wiwatersrand University Press, pp. 237-256.

FLOOD, J. (1983): Archaeology of the Dream Time. Glasgow: Collins.

-- (1987): "Rock art of the Koolburra Plateau, north Queensland", Rock Art Research, 4, pp. 91-126.

FORTEA PEREZ, J.; FRITZ, C.; GARCIA, M.; SANCHIDRIAN TORTI, J. L.; SAUVET, G. et TOSELLO, G. (2004): "L'art parietal paleolithique a l'epreuve du style et du carbone-14". In OTTE, M. (ed.): La spiritualite (colloque commission VIII UISPP, Liege, decembre 2003). ERAUL 106, pp. 163-175.

HANN, D.; KEYSER, J. D. et CASH MINTHORN, P. (sous presse): "Columbia Plateau rock art: a window on the spirit world". In WHITLEY, D. S. (ed.): Ethnography and Western North American rock art. Albuquerque: University of New Mexico Press.

HERSKOVITS, M. J. (1926): "The cattle Complex in East Africa", American Anthropologist, 28, pp. 230-272 (361-380, 494-528, 633-664).

JONES, R. (1985): "Archaeological conclusions". In JONES, R. (ed.): Archaeological research in Kakadu National Park. Canberra, Australian National Parks and Wildlife (special publication no. 13), pp. 291-298.

JORDAN, P. (2003): Material culture and sacred landscape: the anthropology of the Siberian Khanty. Wallnut Creek (CA): Altamira.

KINTIGH, K. (1989): "Sample size, significance, and measures of diversity". In LEONARD, R. D. et JONES, G. T. (eds.): Quantifying diversity in Archaeology. Cambridge: Cambridge University Press, pp. 25-36.

LAYTON, R. (1995): "Relecture de l'art rupestre du Nord de l'Australie", L'Anthropologie, t. 99, pp. 467-477.

-- (2000): "Shamanism, totemism and rock art: 'Les chamanes de la prehistoire' in the context of rock art research", Cambridge Archaeological Journal, 10, pp. 169-186.

LE QUELLEC, J.-L. (2001): "Shamans and Martians: the same struggle". In FRANCFORT, Henri-Paul y HAMAYON, Roberte N. in collaboration with Paul G. BAHN: The Concept of Shamanism: Uses and Abuses. Budapest: Akademiai Kiado, pp. 135-159.

LENSSEN-ERZ, T. (1996): "Perceptions du cadre ecologique et ses expressions metaphoriques dans l'art rupestre du Brandberg (Namibie)", L'Anthropologie, 100 (2), pp. 457-472.

-- (2000): "Picturing Ecology through Animal Metaphorism Prehistoric Hunter-Gatherers and the First Pastro-Foragers in Namibia". In BOLLIG, Michael et GEWALD, Jan-Bart (eds.): People, Cattle and Land--Transformations ora Pastoral Society in Southwestern Africa. Koln: Rudiger Koppe, pp. 95-118.

-- (2001): Gemeinschafi--Gleichheit--Mobilitat. Felsbilder im Brandberg, Namibia, und ihre Bedeutung. Koln: HeinrichBarth-Institut.

LEROI-GOURHAN, A. (1965): Prehistoire de l'art occidental, lere ed. Paris: Mazenod, 482 pp., 804 figs. LEWIS, D. (1988): The rock paintings of Arnhem Land: social, ecological and material culture change in the post-glacial period. Oxford, British Archaeological Reports, S415.

LEWIS-WILLIAMS, D. (1981): Believing and seeing: symbolic meanings in southern San rock paintings. London: Academic Press.

LEWIS-WILLIAMS, J. D. et DOWSON, T. A. (1988): "The signs of ali times: entoptic phenomena in Upper Paleolithic art", Current Anthropology, 29, pp. 201-245.

PAGER, H. (1989): The rock paintings of the Upper Brandberg. Part 1: Atais Gorge. Cologne: Heinrich-Barth-Institut, 502 pp.

-- (1993): The rock paintings of the Upper Brandberg. Part 2: Hungorob Gorge (2 tomes). Cologne: Heinrich-Barth-Institut.

-- (1995): The rock paintings of the Upper Brandberg. Part 3: The Southern Gorges. Cologne: Heinrich-Barth-Institut, 544 pp.

-- (1998): The rock paintings of the Upper Brandberg. Part 4: Umuab and Karoab Gorges (2 tomes). Cologne: HeinrichBarth-Institut, 646 pp.

-- (2000): The rock paintings of the Upper Brandberg. Part 5: Naib Gorge (A) and the Northwest (2 tomes). Cologne: Heinrich-Barth-Institut, 334 pp.

RICHTER, J. (1934): Studien zur Urgeschichte Namibias. Koln: Heinrich-Barth-Institut.

ROSENFELD, A. (1981): "Excavations at the Early Man shelter". In ROSENFELD, A.; HORTON, D. et WINTER, J.: Early Man in North Queensland. Terra Australis 6. Canberra: Australian National University, pp. 5-44.

SAUVET, G.; FORTEA PEREZ, J.; FRITZ, C. et TOSELLO, G. (sous presse): "Chronique des echanges entre les groupes humains paleolithiques. Contribution de l'art dans la periode 20.000-12.000 BP". In Acres du Colloque OHLL "Art rupestre et Communication". Toulouse, 2005.

SAUVET, G. et WLODARCZYK, A. (2000-2001): "El arte parietal, espejo de las sociedades paleoliticas", Zephyrus, 53-54, pp. 215-238.

SMITH, C. (1992): "The use of ethnography in interpreting Rock Art: a comparative study of Arnhem Land and the western desert of Australia". In MORWOOD, M. J. et HOBBS, D. R.: Rock Art and Ethnography. AURA publication no 5. Melbourne, pp. 39-46.

TACON, P. (1988): "Identifying fish species in the recent rock paintings of western Arnhem Land", Rock Art Research, 5, pp. 3-15.

-- (1991): "The power of stone: symbolic aspects of stone use and tool development in western Arnhem Land, Australia", Antiquity, 65, pp. 192-207.

TACON, P. et CHIPPINDALE, C. (sous presse): "Changing places: ten thousand years of north Australian rock-art transformations". In MASCHNER, H.; PAPAGIANNI, D. et LAYTON, R. (eds.): Salt Lake City: University of Utah Press.

TREZISE, P. (1971): Rock art of Southeast Cape York. Canberra: Australian Institute of Aboriginal Studies, 132 pp.

TSURU, D. (1998): "Diversity of ritual spirit performances among the Baka pygmies in southeastern Cameroon", African Study Monographs, supplement 25, pp. 47-84.

VINNICOMBE, P. (1976): People of the Eland. Pietermaritzburg: University of Natal Press.

WELCH, D. (1990): "The bichrome art period in the Kimberley, Australia", Rock Art Research, 7, pp. 110-124.

-- (1993): "Early 'naturalistic' human figures in the Kimberley, Australia", Rock Art Research, 10, pp. 24-37.

YORK, A.; DALY, R. et ARNETT, C. (1993): They write their dreams on the rock forever. Rock writings in the Stein River Valley of British Columbia. Vancouver: Talonbooks.

(1) Dans nos propres decomptes, nous avons considere que les bucks indetermines ne constituaient pas un paradigme distinct des springboks clairement identifiables et nous les avons rassembles; de meme, nous avons decompte les antilopes indeterminees avec les oryx.

(2) Les animaux qui sont seuls concernes dans cene etude representent 68% des motifs, le reste etant constitue par des hommes et des signes. Alors que dans l'art des chasseurs-cueilleurs, l'interaction homme-animal est rarement figuree, ce n'est pas le cas dans l'art rupestre de l'Ennedi ou l'on voit frequemment des hommes s'occupant du betail ou montes sur le dos de chameaux ou de chevaux (jamais sur des boeufs). La separation des animaux et des autres motifs est sans doute plus discutable dans le cas d'un art de pasteurs. Toutefois, l'absence de therianthropes montre que les animaux constituent encore une categorie distincte.

Georges SAUVET, Centre de Recherche et d'Etude de l'Art Prehistorique, UTAH (UMR 5608). Av. Antonio Machado. 31058 Toulouse-Cedex. Correo-e: sauvet@galilee, univ-paris l3.fr

Robert H. LAYTON, Universite de Durham (Angleterre). Correo-e: r.h.layton@durham.ac.uk

Tilman LENSSEN-ERZ, Heinrich-Barth-Institut. Universite de Cologne (Allemagne). Correo-e: lenssen.erz@uni-koeln.de

Paul TACON, Griffith University (Australie). Correo-e: p. tacon@griffith.edu.au

Andre WLODARCZYK, Centre de Linguistique theorique et appliquee. Universite Paris-Sorbonne (Paris-4). Correo-e: andre.wlodarczyk@paris4.sorbonne.fr
TABLEAU 1. Frequences et distribution spatiale des motifs animaliers
dans les arts rupestres selon leurs motivations sociales et
religieuses qui les inspirent (d'apres Layton, 2000.

    Distribution           Les motifs           Les motifs sont
     Frequence         n'apparaissent que        presents dans
                       dans quelques sites     presque tous les
                                                     sites

Certains motifs sont            ?                  chamanique
au moins 2 fois plus
frequents que la
moyenne des autres
motifs
Tous les motifs ont         totemique               seculier
des frequences
faibles et voisines

TABLEAU 2. Caracteristiques des differentes regions d'art rupestre
analysees dans ce travail. F1%, F2%: frequences du premier et du
second motif par ordre d'importance numerique; SI %, S2%:
proportions de sites dans lesquels les motifs 1 et 2 sont presents.

                               Motifs >0.5%   N sites   N fig.

W Arnhem Land Old Dyn.               13          70       231
W Arnhem Land X-ray                  20         304      2622
Kimberley                            24          15        98
Laura (Queensland)                   23          29       398
Stein River (Colombie brit.)         18          11       142
Karoo (Afrique Sud)                  19           6      1379
Ndedema (Afrique Sud)                12          15      1050
Namibie Brandberg Hun                14          89       902
Namibie Brandberg Amis               14          44       992
Namibie Brandberg PT3                11          75       668
Namibie Brandberg PT5                14          50       767
Namibie Brandberg K                  14          38       475
Namibie Brandberg U                  16          46       449
Ennedi Mornou peintures               7          39       792
Ennedi Mornou gravures                8          49       632
Ennedi Shekitiye                      5          40       544
Ennedi Archei                         5          16      1656
PS-Espagne Centre et Sud             14          26       251
PS-Cantabres archaique               14          28       672
PS-Cantabres recent                  14          22       345
PS-Perigord archaique                14          19       412
PS-Perigord recent                   14          15       698
PS-Rhone-Lang archaIque              14          11       482
PS-Pyrenees recent                   14          20       768
PS-Quercy archaique                  14          10       102
PS-Quercy recent                     14           9        94

                                       Motif 1          Motif 2

W Arnhem Land Old Dyn.            macropode indet.      poisson
W Arnhem Land X-ray                 barramundi        poisson-chat
Kimberley                             serpent           lezard
Laura (Queensland)                  poisson-chat        poisson
Stein River (Colombie brit.)           chevre            cerf
Karoo (Afrique Sud)                   antilope           eland
Ndedema (Afrique Sud)                  eland             buck
Namibie Brandberg Hun              springbok/buck     oryx/antilope
Namibie Brandberg Amis             springbok/buck     oryx/antilope
Namibie Brandberg PT3              springbok/buck     oryx/antilope
Namibie Brandberg PT5              springbok/buck     oryx/antilope
Namibie Brandberg K                springbok/buck     oryx/antilope
Namibie Brandberg U                springbok/buck     oryx/antilope
Ennedi Mornou peintures              boeuf dom.         chameau
Ennedi Mornou gravures                chameau          boeuf dom.
Ennedi Shekitiye                     boeuf dom.         chameau
Ennedi Archei                        boeuf dom.         cheval
PS-Espagne Centre et Sud               Cheval          Bouquetin
PS-Cantabres archaique                 Biche            Cheval
PS-Cantabres recent                    Bison            Cheval
PS-Perigord archaique                  Cheval           Bison
PS-Perigord recent                    Mammouth          Cheval
PS-Rhone-Lang archaIque                Cheval          Mammouth
PS-Pyrenees recent                     Bison            Cheval
PS-Quercy archaique                    Cheval          Mammouth
PS-Quercy recent                       Cheval           Bison

                                 F1%     S1%    F2%     S2%

W Arnhem Land Old Dyn.          41,6    67,1   22,1    18,6
W Arnhem Land X-ray             13,6    28,0   12,1    28,9
Kimberley                       20,4    53,3   13,3     6,7
Laura (Queensland)              15,3    69,0   10,6    34,5
Stein River (Colombie brit.)    28,2    54,5   25,4    81,8
Karoo (Afrique Sud)             21,5   100,0   20,9   100,0
Ndedema (Afrique Sud)           35,3    92,3   20,6    92,3
Namibie Brandberg Hun           40,2    69,7   23,1    61,8
Namibie Brandberg Amis          49,3    79,5   16,9    52,3
Namibie Brandberg PT3           35,5    69,3   26,8    54,7
Namibie Brandberg PT5           48,9    72,0   19,9    54,0
Namibie Brandberg K             48,0    76,3   17,1    60,5
Namibie Brandberg U             46,5    71,7   17,4    41,3
Ennedi Mornou peintures         64,0    87,2   10,8    48,7
Ennedi Mornou gravures          60,8    28,6   24,4    63,3
Ennedi Shekitiye                58,4    60,0    5,2    15,0
Ennedi Archei                   42,3    87,5   22,6    56,2
PS-Espagne Centre et Sud        41,1    80,8   12,0    30,8
PS-Cantabres archaique          29,3    82,1   22,3    78,6
PS-Cantabres recent             39,4    77,3   23,5    63,6
PS-Perigord archaique           43,2    68,4   11,9    57,9
PS-Perigord recent              28,5    40,0   24,5    80,0
PS-Rhone-Lang archaIque         20,5    72,7   16,0    63,6
PS-Pyrenees recent              47,3    90,0   27,2    95,0
PS-Quercy archaique             19,6    70,0   18,6    20,0
PS-Quercy recent                32,6    66,7   14,6    55,6

TABLEAU 3. Constitution theorique d'un art rupestre totemique ou
l'un des motif a une frequence au moins deux fois
superieure a la moyenne des autres.

          Site 1   Site 2   Site 3   Site 4   Site 5   Site 6

Motif A     20
Motif B              10
Motif C                       4
Motif D                                3
Motif E                                         2
Motif F                                                  1
COPYRIGHT 2006 Ediciones Universidad de Salamanca
No portion of this article can be reproduced without the express written permission from the copyright holder.
Copyright 2006 Gale, Cengage Learning. All rights reserved.

Article Details
Printer friendly Cite/link Email Feedback
Author:Sauvet, Georges; Layton, Robert H.; Lenssen-erz, Tilman Tacon, Paul; Wlodarczyk, Andre
Publication:Zephyrus
Date:Jan 1, 2006
Words:11859
Previous Article:Comunidades humanas y circulcion de recursos, bioticos y abioticos, en el Paleolitico superior del noreste de la Peninsula Iberica *.
Next Article:Reflexiones sobre el arte paleolitico interior: la meseta norte espanola y sus relaciones con Portugal.
Topics:

Terms of use | Privacy policy | Copyright © 2019 Farlex, Inc. | Feedback | For webmasters