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La rumeur dans le monde grec a travers le discours de Polybe.

The Rumor in the Greek World through Polybius' Discourse

1. Introduction

Depuis quelques annees, les etudes sur la rumeur en Grece ancienne demontrent l'interet que les chercheurs accordent a un phenomene qui est presque familier a l'epoque contemporaine. On denombre a ce jour, en effet, un certain nombre d'articles consacres aux bruits et un ouvrage majeur publie recemment sur l'histoire de ce phenomene en Grece ancienne (1). Dans l'antiquite, ce phenomene a retenu l'attention de bon nombre d'auteurs. Parmi ceux-ci, on pourrait citer l'historien acheen Polybe chez qui on retrouve des allusions sur les bruits au moins a cinquante cinq reprises, dont quarante quatre utilisees pour le terme pheme (la rumeur) (2). D'oo l'interet de voir comment Polybe traite le phenomene de la rumeur (3) dans Histoires, l'oeuvre qu'il redigea avant 150 a Rome et qu'il termina en Grece apres 146 (4). L'oeuvre comprend quarante livres dont les trente-neuf premiers consacres aux principaux evenements qui se deroulerent en Grece d'Europe, en Asie et a Rome depuis les invasions gauloises (IVe s.) jusqu'a la conquete romaine de Carthage (146), de Corinthe (146) et de Numance (133). L'auteur, Polybe (200-118), est issu d'une grande famille de Megalopolis en Arcadie. Il recut une solide education militaire dans sa jeunesse aupres du stratege acheen Philopoemen. Il merite notre attention, d'abord en tant que soldat du fait qu'il exerca la fonction d'hipparque au moment de la troisieme guerre de Macedoine (172-168) qui se termina par la defaite a Pydna en 168 du roi macedonien Persee devant le general romain Paul Emile. En outre, en tant qu'ancien hipparque, il participa, a l'appel de Scipion Emilien, au siege de Carthage de 149 a 146. Polybe est donc un historien qui avait une experience militaire et d'homme politique. Polybe est, ensuite, l'objet de notre etude parce que son histoire se veut pragmatique ([TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII]) c'est-a-dire consacree a la politique et aux guerres et apodictique ([TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII]) a cause de la surete du recit (5).

La rumeur se definit comme un bruit ou des nouvelles qui se repandent dans le public dont l'origine et la veracite sont incertaines (6). Les principaux termes retenus par les auteurs pour designer une rumeur sont pheme, logos et occasionnellement kleos (7). De tous ces termes, pheme est le vocable le plus couramment utilise. Derive du verbe le terme [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII] designe a l'origine toute parole qui fait signe, en particulier la parole divine, la prediction, le presage. Cette valeur religieuse, tres nette pour les premiers cas d'emploi, et en particulier chez Homere, semble progressivement s'effacer au benefice d'autres acceptions. Le substantif designe egalement, beaucoup plus souvent, tout bruit qui se transmet (8). Certains auteurs comme Homere, Hesiode, Herodote ou encore Eschine presentent la Pheme comme une divinite.

Cette etude vise a situer la position de Polybe sur plusieurs aspects concernant la rumeur qui sont notamment: l'emploi des termes pheme et logos; la naissance et la propagation de la rumeur; la condition generale ou particuliere des colporteurs et des recepteurs; et enfin les objets et le pouvoir de la rumeur.

2. La naissance et la propagation de la rumeur chez Polybe

Le souci de montrer comment la rumeur nait et se propage et quelle est la condition generale ou particuliere de ses colporteurs ou de ses recepteurs est atteste chez Polybe. L'auteur, en effet, ne manque pas de donner quelques allusions a travers certains passages de Histoires, son ouvrage.

A propos de l'utilisation des termes designant la rumeur, Polybe a travers son ouvrage utilise logos et pheme, mais la question est de savoir si chez cet auteur ces termes sont totalement synonymes. On remarque d'abord que Polybe emploie alternativement logos et pheme pour designer les rumeurs aux colporteurs (logopoioi) clairement identifies: concernant l'emploi de logos, on le releve pendant la guerre des Allies (220-217) pour la rumeur diffusee par les conseillers du roi Philippe V (9), puis en 215 pour la rumeur lancee par le commandant Lagoras lors du siege de Sardes (10), et enfin en 196 pendant les Isthmiques a Corinthe a propos des rumeurs qui circulaient dans la foule. Quant a pheme, on note son usage en 221 a propos de l'allusion sur la rumeur repandue par Cleomene III a ses geoliers (11), puis en 146/5 au sujet de la rumeur emise par le stratege etolien Diaios a Corinthe sur des Acheens romanophiles (12).

On note ensuite que Polybe utilise egalement logos et pheme pour exprimer les rumeurs anonymes: concernant l'emploi de logos, on le rencontre entre 228 et 224 pour l'allusion a la rumeur de l'attaque de Thebes lors de l'expedition du roi Antigone Doson en Asie (13), en 206 au sujet de la rumeur de l'intervention de Philopoemen pendant le siege des Thebains a Megare (14), en 191 a propos de la rumeur des outrages subis par le stratege etolien Phaineas (15), et en 171 pour la rumeur de l'accusation des dirigeants acheens par les Romains C. Popilius et son collegue devant l'Assemblee des Acheens (16). En ce qui concerne l'usage de pheme, on a des occurrences en 204 au sujet de la rumeur sur la mort de la reine Arsinoe III (17), en 194/3 pour la rumeur sur la politique des dirigeants acheens (18), en 171 pour la rumeur de la victoire de Persee a Callinicos (19), en 149 a propos de la victoire du pseudo-Philippe sur les Macedoniens dans une bataille au-dela du Strymon (20). Il ressort donc de toutes ces allusions que les mots logos et pheme sont entierement synonymes chez Polybe. Ils sont utilises autant pour designer des rumeurs aux colporteurs (logopoioi) clairement identifies et les rumeurs anonymes.

A propos de la genese de la rumeur, Polybe mentionne souvent des occurrences oo les colporteurs (logopoioi) sont les hommes: lors des Isthmiques de 196 a Corinthe, les rumeurs qui circulaient dans la foule provenaient des debats; durant la guerre des Allies (220-217), les conseillers de Philippe V furent les auteurs d'une rumeur (logos) lancee aux peltastes et au corps de l'agema; en 221, le roi Cleomene III fut l'auteur d'une rumeur (pheme) repandue a ses geoliers; en 215, lors du siege de Sardes, le commandant cretois Lagoras qui dirigeait les troupes du roi Antiochos III fut l'auteur d'une rumeur adressee a ses soldats; en 197, les soldats etoliens estimes a 6000 (21) remplirent la Grece du bruit (pheme) de leur prouesse (22); en 146/5 durant la guerre que le koinon acheen livrait contre Rome, le stratege acheen Diaios repandit une rumeur (pheme) concernant les dirigeants acheens romanophiles (23).

Quand les rumeurs ne viennent pas des hommes, elles surgissent sans qu'on ait une idee de leurs colporteurs: on peut mentionner les rumeurs qui circulerent entre 228 et 224 lors de l'expedition du roi macedonien Antigone Doson en Asie (24); en 206 les rumeurs se rapportant a l'intervention du stratege acheen Philopoemen en Beotie (25); en 204 la rumeur (pheme) qui courut en Egypte sur la mort de la reine Arsinoe III (26); autour de 194/3, la rumeur (pheme) qui se repandit sur la politique des dirigeants acheens Philopoemen et Aristainos (27) sur l'application du traite achaio-romain; en 170, la rumeur de l'accusation des dirigeants acheens, Lycortas, Polybe et Archon devant l'assemblee acheenne par les Romains C. Popilius et son collegue (28); en 171, la rumeur de la victoire de Persee a Callinicos (29); en 149 la rumeur sur l'expedition du pseudo-Philippe (30). Polybe ne donne aucune allusion de l'origine de ces rumeurs qui ont surement des sources qu'il serait difficile de definir. En somme, pour Polybe quand les rumeurs ne sont pas anonymes, elles proviennent des colporteurs (logopoioi) appartenant en general au cercle de l'armee ou a la classe dirigeante. Dans son histoire pragmatique, Polybe n'introduit pas les dieux comme colporteurs des rumeurs comme le font certains auteurs de l'epoque hellenistique tel qu'Apollonios de Rhodes (31). Il fait plutot de l'homme, pris collectivement ou individuellement, l'acteur et l'ouvrier de l'histoire. Toute explication historique repose chez Polybe sur une conception de l'action humaine dans les evenements (32). L'homme est aina et [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII], responsables ou initiateurs des evenements. Le premier terme suppose une imputation morale dans laquelle entrent le jugement et l'intention. Le second designe l'auteur d'une action deja pensee et decidee. Pratiquement les deux notions se confondent chez la meme personne, car celui qui concoit est aussi en general celui qui entreprend (33). Chez Polybe donc, l'homme est l'instance supreme, la force superieure qui anime et dirige les evenements (34). En plus de l'origine de la rumeur, Polybe s'interesse a la condition particuliere ou generale des colporteurs et des recepteurs de ce phenomene.

En montrant que des rumeurs vinrent des rois, des conseillers de roi et des strateges, Polybe prouve la condition particuliere des colporteurs (logopoioi). En outre, en faisant allusion a la rumeur repandue par les soldats et en montrant que ces derniers ainsi que des geoliers furent souvent des recepteurs de rumeurs, Polybe semble reveler la condition generale des colporteurs et des recepteurs.

Mais, il arrive que Polybe se detourne de presenter la condition particuliere ou generale des recepteurs des rumeurs: cela se constate quand Polybe fait allusion aux rumeurs qui se repandirent en Grece apres Cynoscephales (197) et en 171 apres la victoire de Persee a Callinicos en Thessalie. On le percoit aussi quand Polybe aborde quelques rumeurs au sein de la Confederation acheenne: on pourrait citer la rumeur se rapportant a l'application du traite achaio-romain de 194/3 par les strateges Philopoemen et Aristainos et les rumeurs sur l'arrestation des dirigeants acheens, Lycortas, Polybe et Archon. En ne presentant pas la condition particuliere ou generale des recepteurs, Polybe montre la grande portee de ces rumeurs qui interesserent tous les habitants de la Grece et du koinon acheen.

Outre les colporteurs et les recepteurs des rumeurs, Polybe fait aussi allusion a la capacite de propagation de ce phenomene: en 204 au sujet de la mort de la reine Arsinoe II, Polybe affirme que

[...] la nouvelle de sa mort eclata [...] (35).

En 197, Polybe declare qu'apres la defaite de Philippe V, les Etoliens repandirent le bruit de leurs prouesses en Grece (36). En 191, apres l'entrevue entre les representants etoliens et le consul romain M'Acilius Glabrio au lendemain de la chute d'Heracleia, Polybe declare que

[...] la nouvelle de ce qui etait arrive a Phaineas s'etait repandue dans le pays [...] (37).

En 171, apres la victoire de Persee a Callinicos, Polybe declare que:

[...] la nouvelle du combat de cavalerie et de la victoire des Macedoniens se repandit en Grece [...] (38).

En 149/8 a propos du pseudo-Philippe, Polybe affirme

[...] au bout de trois ou quatre mois, quand le bruit se repandit qu'il avait vaincu les Macedoniens dans une bataille livree au-dela du Strymon [...] (39).

L'emploi du verbe se repandre (diaggelo) montre que la rumeur se tend, s'etire comme une arme de jet que l'on bande (40). Quant a l'usage du verbe s'eclater, il tend a prouver que la rumeur se propage comme une trainee de feu. Polybe veut ainsi montrer, par l'emploi de ces verbes, l'ample diffusion spatiale des rumeurs. Depuis Homere, les Grecs ont l'habitude de considerer les paroles comme susceptibles de voler. La rumeur est alors comparable a un oiseau, qui volant a tire d'ail, se diffusent rapidement, traversent de part en part les communautes (41). Comme les dieux, la rumeur est capable de se deplacer tres rapidement et d'etre present partout et entrer en contact avec les hommes. Elle se distingue ainsi par ses modalites de diffusion surhumaine (42). De tous les passages de Polybe faisant allusion a la propagation rapide des rumeurs, celui portant sur les pourparlers de paix apres la chute d'Heracleia en 191 merite qu'on s'y attarde: alors que les Etoliens avaient decide d'envoyer dans les cites des messagers pour convoquer les citoyens et soumettre a leurs deliberations les exigences imposees par le consul romain M'Acilius Glabrio, la rumeur de ce qui etait arrive au stratege Phaineas s'etait repandue dans le pays au point oo les populations ressentirent une telle exasperation que personne n'accepta l'idee de participer a une telle assemblee (43). On percoit dans ce passage la vitesse avec laquelle la rumeur (pheme) des outrages infliges par le consul M'Acilius Glabrio au stratege etolien Phaineas parvint aux cites etoliennes avant l'arrivee des messagers. Cette rumeur (pheme) se propagea tres vite sans doute en raison de l'importance de l'entrevue qui se deroula entre le stratege etolien et le consul Romain. Au cours de cette rencontre, le stratege etolien Phaineas fut outrage par le consul romain M'Acilius Glabrio apres l'assemblee etolienne tenue a Hypata du fait qu'il contesta la decision de soumettre la nation etolienne a la deditio qui fut une procedure par laquelle le Senat romain mis a l'honneur de traiter le suppliant rendrait les termes. Il reaffirma au contraire, l'idee d'un traite entre deux Etats independants dont l'un avait ete defait dans quelques combats de la guerre qui etait en cours (44). Cette contestation irrita le consul romain qui considera que la nation etolienne ne pouvait discuter sur le meme pied d'egalite avec Rome.

Il reste, cependant, difficile d'etablir exactement le temps de parcours d'une rumeur se diffusant d'une region a un autre bout du monde grec (45). Si la rumeur est transmise par voie maritime, son temps de parcours depend etroitement des conditions de navigation: il faut compter sur l'alea des conditions meteorologiques, l'absence de ligne directe entre les differentes cites, la lenteur du cabotage des navires commercants, qui s'eloignent rarement des terres. Si la rumeur est transmise par voie terrestre, son temps de parcours est conditionne par le morcellement du relief grec, la faiblesse des infrastructures routieres, le franchissement des fleuves et des montagnes (46). Que la rumeur soit transmise par voie maritime ou terrestre, si elle ne presente pas de caractere extraordinaire, elle se propage lentement, au rythme de la marche des paysans, des voyageurs et de leurs betes de somme. En cas d'urgence, quand elle est transmise par voie maritime, il est possible d'augmenter la vitesse des bateaux, en naviguant de jour comme de nuit en associant rame et voile (47). Par la voie terrestre, les nouvelles peuvent etre transportees par un heraut ou par un messager (48). Il ressort de toutes ces allusions que pour Polybe, les rumeurs peuvent se diffuser rapidement comme une arme de jet, un oiseau ou un dieu en raison de leur portee.

Au sujet de l'espace de propagation, Polybe presente plusieurs espaces oo les rumeurs sont diffusees. La rumeur peut se propager dans toute la Grece en suivant plusieurs circuits: ce fut le cas de la rumeur de la prouesse des Etoliens en 197 apres Cynoscephales et celui de la victoire de Persee en 171 a Callinicos. Elles suivirent plusieurs circuits pour gagner certaines regions. On suppose qu'elles utiliserent la voie maritime et la voie terrestre pour atteindre certaines cites.

La rumeur peut se propager dans une cite ou une region de la Grece: ce fut le cas lors de l'attaque d'Antigone Doson entre 228 et 224. Dans ce cas, la rumeur gagna donc la campagne a partir de la cote avant d'atteindre toute la Beotie. On voit par la que le trajet de parcours de la rumeur semble moins long. La propagation de la rumeur devrait donc se realiser en une journee du fait que l'espace etait limitee a une region de la Grece (49). Elle peut, en revanche, etre circonscrite a un espace plus restreint telle que la prison, comme ce fut le cas en 227 pour la rumeur diffusee par Cleomene III a ses geoliers. Polybe rapporte donc des rumeurs se rapportant a toute la Grece, a une region de la Grece, a une cite ou a un endroit isole telle que la prison.

Concernant la credibilite a accorder aux rumeurs, quelques passages de Polybe permettent d'avoir une idee de l'attitude des recepteurs. En ce qui concerne les rumeurs aux colporteurs clairement identifies: durant la guerre des Allies (220-217), les peltastes et les soldats de Yagema ajouterent foi a la rumeur que leur repandirent les conseillers de Philippe V, Megaleas, Leontios et Ptolemee (50). Ces soldats faisant partie des corps d'elite de l'armee antigonide s'elevaient a 5.000 dont 3.000 constituaient le corps des peltastes et 2.000 formaient l'agema (51). Ces peltastes ajouterent foi a cette rumeur (logos) sans doute du fait qu'elle provenait des conseillers qui detenaient des postes cles au sein de l'administration du jeune roi Philippe V: Leontios etait le commandant des peltastes, Megaleas etait le chancelier du roi et Ptolemee le chef de l'agema.

En 221, les geoliers recurent du roi Cleomene III la rumeur de sa liberation. A ce propos Polybe affirme que le roi spartiate attendit le depart du roi Ptolemee IV pour Canopos pour repandre la rumeur. Pour les detourner de tout soupcon, le roi leur fit partager un repas. Tout ce stratageme utilise par Cleomene rendit les geoliers credules (52). On pourrait supposer une fois de plus que cette rumeur s'imposa aux geoliers parce qu'elle vint d'un roi. Ce qui laisse penser que le roi, malgre son statut de prisonnier etait toujours respecte par les sujets du royaume.

En 215, lors du siege de Sardes, Lagoras le Cretois qui commandait les troupes du roi Antiochos III repandit a au moins 2000 soldats qui participaient au siege la rumeur d'une intervention de mercenaires etoliens. Ces soldats crurent a cette rumeur du fait qu'elle fut emise par leur commandant (53). Dans ce cas comme dans les cas precedents, la credulite des soldats est liee a l'autorite de leur commandant. La position subalterne des soldats ne leur permit sans doute pas de mettre en cause ou de chercher a controler une information venant d'une autorite. Lagoras sut sans doute exploiter sa position dans l'armee pour utiliser l'arme de la rumeur. Au total Polybe montre que, quand les rumeurs vinrent des personnages appartenant a la classe dirigeante ou au cercle de l'armee, leurs recepteurs se montrerent aussi facilement credules a leur endroit sans aucun soupcon ou sans aucun controle. Hormis la position des recepteurs a l'endroit des rumeurs aux colporteurs (logopoioi) clairement identifies, quelques passages de Polybe montrent aussi l'attitude des recepteurs envers les rumeurs anonymes.

Entre 228 et 224, quand l'equipage d'Antigone Doson echoua sur la cote pres de Larymna en Beotie, un bruit courut que le roi qui exercait la regence au nom de Philippe V allait attaquer la cite de Thebes. Neon, l'hipparque des Beotiens, qui parcourait le pays avec sa cavalerie recut la rumeur et accourut sur les lieux et put constater que la rumeur n'etait pas fausse (54). Neon prit la peine de se rendre sur les lieux parce que le bruit annoncait l'attaque de Thebes. Une telle information ne pouvait etre negligee par un hipparque.

En outre, quand en 206 les Beotiens assiegerent la cite de Megare qui venait de quitter leur Confederation pour la Confederation acheenne, un bruit (pheme) se repandit que Philopoemen arrivait a la tete de l'armee acheenne. Pris de panique, les Beotiens abandonnerent le siege de la cite. On ne connait pas les auteurs de cette rumeur, mais les assaillants la prirent pour argent comptant. Les Thebains crurent a la rumeur du fait du danger que pouvait representer pour eux le redoutable stratege acheen. N'etant probablement pas en mesure de l'affronter, ils jugerent sans doute bon de ne point douter de la rumeur par mesure de prudence. Polybe montre donc que ces deux rumeurs bien qu'etant anonymes ne furent pas rejetees par leurs recepteurs du fait qu'elles vehiculaient des informations relatives a des attaques. Sur le plan militaire, Polybe prouve donc que de telles informations ne pouvaient etre negligees par une armee ou par un hipparque.

Cependant, il existait aussi des rumeurs anonymes qui peinaient a s'imposer. Concernant l'histoire surprenante du pseudo-Philippe, Polybe affirme qu'au debut les Macedoniens ne croyaient pas en un Philippe tombe du ciel car le veritable Philippe etait mort a Albe en 156 en Italie, deux ans apres Persee, a l'age de dix-huit ans environ. Mais, au bout de trois ou quatre mois, quand la rumeur se repandit qu'il avait vaincu les Macedoniens au-dela du Strymon, au pays des Odomantes, un certain nombre de gens admirent que la nouvelle etait vraie, tandis que la plupart persistait dans leur doute (55). Les victoires aussi certaines soient-elles n'influencerent pas l'opinion de la plupart des Macedoniens. Malgre le fait qu'une rumeur est anonyme, des personnes lui ajouterent foi. Polybe pense donc que la rumeur est une information d'origine connue ou inconnue a laquelle on peut ajouter foi suivant son importance ou le contexte dans lequel elle est diffusee.

On remarque donc que Polybe accorde un interet particulier a la condition des recepteurs ou des colporteurs, a la genese et a la propagation de la rumeur, a son espace et a sa capacite de propagation et enfin a la credibilite des rumeurs. Hormis ces aspects developpes dans son ouvrage, Polybe aborde aussi l'objet des rumeurs.

3. L'objet de la rumeur dans le discours de Polybe

Les rumeurs peuvent porter sur plusieurs sujets, mais l'historien a travers son oeuvre montre les rumeurs qui focaliserent son attention. Ces rumeurs se rapportent a des traites, des exploits ou des campagnes militaires, a quelque combat olympique, et sur des personnages importants.

Un decret pouvait etre source de rumeur. Le senatus consulte de 196 relatif aux accords de paix entre Rome et Philippe V (56) poussa les Etoliens a diffuser une rumeur dans toute la Grece: A en croire POLYBE:
   Comme les propos malveillants des Etoliens se repandaient de plus
   en plus et trouvaient parfois quelque credit, Flamininus fut
   oblige, au cours de cette seance, d'invoquer toutes sortes
   d'arguments [...] (57).


Le senatus consulte stipulait que la liberte serait accordee a tous les Grecs d'Asie et d'Europe et qu'ils se gouverneraient selon leurs lois. En outre, les cites qui furent soumises a Philippe V et occupees par des garnisons macedoniennes seraient remises par ce dernier aux Romains avant les Isthmiques (58). Philippe retirerait ses troupes des cites d'Euromos, de Pedasa, de Bargylia et d'Iasos, d'Abydos, de Thasos, de Myrina et Perinthe. Celles qui devaient etre remises aux Romains etaient les cites d'Oreos, d'Eretria, Chalcis, Demetrias et Corinthe (59). Les Etoliens furent irrites par ce senatus consulte qui contrastait avec la declaration de la conference de Locride de 198 et il n'est pas etonnant qu'a la lecture du texte, les Etoliens aient partout proclame que les anciens sujets de Philippe n'avaient fait que changer de maitres (60). En realite, ce senatus consulte fut contraire aux interets des Etoliens qui avaient des pretentions annexionnistes. Des les conferences de Locride, les Etoliens avaient exige la restitution des cites qui avaient anterieurement fait partie de la Confederation etolienne, et notamment une serie de places de Thessalie, de Phthiotide, et de Malide, que Philippe aurait neglige de restituer, contrairement a ses engagements de 206. Philippe etait pret a acceder a ces revendications, mais Flamininus s'y opposa a l'exception de Thebes de Phthiotide (61). Cette derniere avait ete la seule a resister aux Romains avant de se rendre, alors que les autres cites s'etaient mises volontairement sous la protection romaine (62).

Un autre exemple de traite qui suscita des rumeurs (logoi) fut celui qui concerna le statut des cites grecques liberees du joug de Philippe V: selon POLYBE:
   Ces decisions venaient d'etre prises quand arriva la date fixee
   pour la celebration des jeux Isthmiques. De presque toute la terre
   habitee etaient arrivees d'importantes personnalites, car on
   attendait avec impatience ce qui allait se passer. Toutes sortes de
   rumeurs circulaient parmi la foule (63).


La proclamation romaine aux Isthmiques de 196, l'une des plus grandes fetes panhelleniques qui rassemblaient tous les Grecs, suscita de folles rumeurs du fait que les habitants des cites liberees du joug de Philippe V etaient inquiets du sort que leur reservait Rome. Cette perplexite est attestee par l'explosion de joie qui suivit la proclamation (64). La methode utilisee par Polybe pour sa narration consista a d'abord evoquer les bruits qui circulaient et l'incertitude qui gagna la foule pour exciter l'interet de cet evenement historique. Ce recit est si vivant et si colore qu'il est tres certain que Polybe fut temoin oculaire de cette scene. En 196, Polybe pouvait avoir 13 ans et il n'est pas impossible qu'il soit venu avec son pere a Corinthe (65). On remarque ainsi que lorsqu'un evenement concernait le sort d'une communaute, il suscitait des rumeurs (logoi). Les rumeurs suscitaient des echanges entre les divers membres des communautes qui faisaient ainsi tomber les cloisons qui les separaient (66). En outre, on constate que chez Polybe, les causes de l'histoire sont aussi les traites, les decrets et les constitutions (67) Outre les traites qui susciterent des rumeurs, Polybe evoque des rumeurs sur des campagnes et des victoires militaires de grande envergure.

La rumeur (pheme) peut porter sur une expedition militaire de grande envergure. Entre 228 et 224 (68)
   Antigonos Doson, qui, depuis la mort de Demetrios, exercait la
   regence au nom de Philippe, avait pris la mer pour mener quelque
   operation et, longeant le littoral beotien, se trouvait devant
   Larymna, quand, a la suite d'un brusque reflux des eaux, ses
   navires s'echouerent sur le rivage. Le bruit s'etant alors repandu
   que le Macedonien allait faire une incursion dans la campagne
   alentour, Neon, qui etait hipparque et qui circulait a travers le
   pays avec toute la cavalerie beotienne, pour en assurer la
   protection, arriva sur Antigonos qui se trouvait la, fort
   embarrasse et tres ennuye par ce qui venait de lui arriver (69).


Neon reconnu comme etant avec Ascondas, un pro macedonien, ajouta foi a la rumeur (pheme) d'une intervention d'Antigone Doson en Beotie. La credulite de Neon en cette rumeur pourrait sans doute se comprendre par l'etat des relations hostiles entre la Macedoine et la Beotie. Jusqu'en 1942, la plupart des savants consideraient que ce passage de Polybe montrait bien l'existence d'une hostilite entre la Macedoine et la Beotie (70). Puis, en 1942, M. Feyel a defendu une opinion opposee: le passage de Polybe n'atteste nullement une tension entre les deux Etats (71). Les Beotiens auraient cru, dans un premier temps, qu'il s'agissait d'un debarquement de pirates, l'hipparque Neon, avec ses hommes, se serait trouve la par hasard et les Macedoniens auraient ete terrifies parce qu'ils ne savaient plus oo la mer les avait portes. Ces differentes meprises font croire momentanement a une hostilite qui disparait une fois les malentendus dissipes. Deux etudes ont aborde a nouveau ce sujet et, independamment l'un de l'autre, les auteurs sont revenus au point de vue ancien. Ch. Ehrhardt considere que le texte de Polybe indique clairement qu'il exista une hostilite entre les deux peuples et que Neon ne se trouvait pas la par hasard (72). R. Etienne et D. Knoepfler pensent que les Beotiens s'attendaient a une attaque imminente d'Antigone du fait qu'il existait dans la region un fort courant anti-macedonien (73). S. le Bohec pense qu'a la lecture de Polybe, il semble effectivement ressortir que les Beotiens craignaient une operation de la part des Macedoniens. Un autre argument va dans ce sens: les preparatifs pour faire face a un debarquement eventuel des troupes d'Antigone se caracterisaient par leur importance: c'est toute la cavalerie beotienne qui patrouillait sous les ordres de l'hzpparque Neon (74). F. Hultsch pense que le coup de main etait dirige contre le district de la frontiere, mais non contre Larymna (75). Selon M. Feyel et D. Roussel (76), Doson avait pour but de se rendre en Asie et il n'a certainement pas prevu de s'arreter d'abord en Beotie pour y lancer un coup de main. Polybe insiste clairement sur l'embarras provoque par cet incident du cote macedonien et, a la fin, sur le fait que le roi peut reprendre la mer pour accomplir son projet initial qui etait de se rendre en Asie.

A lire le texte de Polybe, on peut croire que l'operation dont il parle ne concernait pas la Beotie. Antigone Doson n'avait donc pas prevu un arret a Larymna et n'avait pas envisage un coup de force en Beotie. Quant a l'etat des relations entre la Confederation beotienne et la Macedoine, on peut s'en referer a la suite du texte de Polybe. Ce dernier affirme qu'Antigone Doson fut reconnaissant a l'egard de Neon du fait qu'il n'ait pas profite de l'incident qui lui etait arrive pour l'attaquer (77). Autrement dit la reconnaissance d'Antigone a l'egard de Neon ne s'imposait pas si les relations entre la Confederation beotienne et la Macedoine etaient normales. En outre, il n'aurait pas a l'avenir recompense Brachylles pour l'acte que son pere avait pose. Tout atteste qu'a cette epoque les Thebains n'etaient pas en de bons termes avec la Macedoine etant donne que ces derniers blamerent Neon pour n'avoir pas profite de cette opportunite pour attaquer Antigone Doson. Tout porte donc a croire qu'apres la guerre demetriaque, les Beotiens, sous la conduite des Thebains avaient rompu leur alliance avec la Macedoine et c'est sans doute la raison pour laquelle Neon crut en la rumeur d'une attaque de Doson.

La rumeur (pheme) peut se rapporter a une victoire eclatante. En 171 <<lorsque la nouvelle du combat de cavalerie et de la victoire des Macedoniens se repandit en Grece, les sentiments des masses a l'egard de Persee, que la plupart des gens avaient, jusque-la, dissimules, eclaterent comme un incendie>> (78). Au cours de l'annee en question se produisirent les premieres rencontres entre le consul P. Licinius Crassus auquel s'etait adjoint Eumene et l'armee macedonienne conduite par le roi Persee. Le souverain macedonien remporta le combat a Callinicos, pres de Larissa. La rumeur (pheme) qui se propagea a cet effet entraina un sentiment de joie au sein des populations grecques (79). En faisant allusion a la [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII], l'etat d'ame occasionnel de l'ordre affectif ou intellectuel, Polybe montre que dans sa methode historique qu'elle fait partie des devoirs de l'historien au meme titre que la recherche des causes (80). Cependant, contrairement a ce que Polybe semble affirmer, il n'est pas certain que la nouvelle de la victoire de Persee entraina une joie partagee par toutes les populations grecques. Il est possible que cette explosion de joie concernat seulement les populations macedoniennes et leurs alliees telles que les populations beotiennes. En revanche, il est peu probable que les populations etoliennes et acheennes et une partie de la population epirote qui furent du cote de Rome se soient rejouies. Il n'est pas etonnant que l'evenement se repande dans toute la Grece etant donne que ce fut la premiere confrontation entre Persee et l'armee romaine. Les allies de Persee laisserent eclater leur joie du fait qu'ils ne pouvaient imaginer Persee vainqueur de l'armee romaine. Polybe, faisant allusion aux gens qui montrerent leur sympathie a Persee designerait tous ceux qui appartiendraient aux basses classes sociales hostiles aux <<amis>> des Romains se trouvant dans les differentes cites (81).

Une autre evenement sur lequel des rumeurs (phemai) coururent concerne l'histoire surprenante du pseudo-Philippe en 149/8:
   Quant au pseudo-Philippe, on refusa meme, pour commencer, d'ajouter
   foi a une telle histoire; un Philippe tombe du ciel, qui se
   presentait en Macedoine, qui se jouait non seulement des
   Macedoniens, mais aussi des Romains et qui ne disposait d'aucun
   argument plausible pour se lancer dans une pareille entreprise,
   puisque l'on savait que le veritable Philippe etait mort a Albe, en
   Italie, deux ans apres Persee, a l'age de dix-huit ans environ.
   Mais au bout de trois ou quatre mois, quand le bruit se repandit
   qu'il avait vaincu les Macedoniens dans une bataille livree au-dela
   du Strymon, au pays des Odomantes, un certain nombre de gens
   admirent que la nouvelle etait vraie, tandis que la plupart
   persistaient dans leur scepticisme. Peu apres, on annonca qu'il
   avait a nouveau battu les Macedoniens, cette fois en deca du
   Strymon, et qu'il etait maitre de toute la Macedoine. Puis, quand
   les Thessaliens eurent envoye aux Achaiens des emissaires porteurs
   d'une lettre dans laquelle ils reclamaient du secours, parce qu'ils
   se voyaient menaces a leur tour, la surprise fut grande et la chose
   parut tout a fait extraordinaire. Un tel evenement paraissait
   absolument inconcevable et inexplicable (82).


L'anecdote d'Andriscos, le pseudo-Philippe, montre a quel point la rumeur (pheme) peut provoquer dans l'opinion la certitude et le scepticisme. Quand l'entreprise du pseudo-Philippe debuta, personne en Macedoine n'osa la croire. Plusieurs arguments favoriserent sans doute le rejet des faits a ses debuts: l'opinion considerait le pseudo-Philippe comme <<tombe du ciel>> du fait que la mort du fils de Persee, Philippe VI, en 156 a Albe en Italie avait ete tenue pour certaine (83). Par ailleurs, l'opinion pensait <<qu'il ne dispose d'aucun argument plausible pour se lancer dans une telle entreprise>>. Celle-ci, en effet, pouvait apparaitre demesuree devant une armee romaine qui venait dans un passe recent battre le roi Persee. Cependant, un changement se produisit au sein d'une partie de l'opinion publique macedonienne de l'epoque quand le pseudo-Philippe remporta deux victoires en 149 sur les Macedoniens et qu'au cours de la meme annee, il menaca la Thessalie (84). A la suite de ces faits d'armes, Andriscos reussit manifestement a passer aupres d'une partie des Macedoniens pour un homme providentiel car certains d'entre eux le crurent tout a la fois capable de reunifier leur pays, de retablir une monarchie qu'ils regrettaient sans doute et d'effacer l'humiliation de Pydna (168) grace a sa politique probablement anti-romaine (85).

Malgre la rumeur (pheme) sur les faits d'armes du pseudo-Philippe, la plupart des Macedoniens <<persistaient dans leur scepticisme>>. Et pourtant, il y avait lieu de croire a cette rumeur (pheme) dans la mesure oo le pseudo-Philippe avait reussi a rallier a sa cause un nombre assez important de Macedoniens qui n'hesiterent pas a combattre avec vaillance pour lui permettre de monter sur le trone (86). Polybe fait intervenir la [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII] qui depuis Anaxagore est une cause cachee a la connaissance humaine comme la cause de la revolte du pseudo-Philippe. Pour Polybe, la revolte du Pseudo-Philippe est incomprehensible sans une intervention surnaturelle car les Romains avaient comble de bienfaits les Macedoniens et ils n'avaient aucune raison de se soulever pour suivre un aventurier. C'est dans cette perspective que Polybe apprecie les causes du soulevement du pseudo-Philippe, evenement resultant a ses yeux d'un dessein surnaturel et impenetrable (87).

Polybe prouve donc que la rumeur courut sur de grands exploits militaires qui marquerent sans doute la Grece a l'epoque hellenistique. Il est tout a fait impensable qu'une victoire militaire de la grandeur de celle de Philippe V a Callinicos ne puisse pas susciter des rumeurs. Il en est de meme de la randonnee fantastique du pseudo Philippe. Par ailleurs, la rumeur porta egalement sur des personnages importants en ce qui concerne leur fin et leur politique.

En 204 une rumeur (pheme) courut en Egypte sur la mort de la reine Arsinoe III:
   lorsque la nouvelle de sa mort eclata, chacun cherchait les
   circonstances de sa disparition; et, comme il n'existait aucun
   commentaire officiel, mais que la voix de la verite avait neanmoins
   reussi a s'imposer malgre les obscurites qui persistaient, la
   realite des faits s'imprima dans tous les esprits. Cela provoqua
   dans la foule un immense desarroi (88).


C'est donc par la rumeur (pheme) que le peuple egyptien fut informe sur la mort de la reine Arsinoe III. Cette rumeur (pheme) gagna tout le peuple egyptien au meme moment puisque selon Polybe, elle <<eclata>>. Ce qui suppose donc que cette rumeur se repandit tres vite au sein du peuple. Mais elle n'apportait pas tous les details concernant les circonstances de la mort de la reine. Le peuple egyptien ignorait qu'Arsinoe III avait ete assassinee par les deux puissants ministres du royaume, Sosibios et Agathocle, apres la mort en ete 204 de son frere et epoux Ptolemee IV. L'assassinat de ce dernier plongea le royaume dans une lutte sanglante pour la regence du fait que Ptolemee V Epiphane n'etait encore qu'un enfant. La veuve et soeur de Ptolemee IV, Arsinoe III, convoitant alors ardemment le pouvoir se heurta alors aux ambitions de Sosibios et d'Agathocle (89).

La rumeur (pheme) courut egalement sur la politique de certains dirigeants grecs de l'epoque hellenistique. Au sein de la Confederation acheenne, des rumeurs (phemai) circulerent sur l'application par Philopoemen et Aristainos du traite achaio-romain conclu probablement autour de 194/3 (90). Selon POLYBE:
   [...] si la politique de Philopoemen etait conforme a l'honneur,
   celle d'Aristainos se justifiait par de bonnes raisons [...] La
   rumeur publique disait cependant qu'Aristainos etait mieux dispose
   que Philopoemen a l'egard des Romains (91).


La politique d'Aristainos consistait a se soumettre aveuglement et a executer avec empressement les injonctions romaines meme quand cellesci n'etaient pas conformes au traite d'alliance (92). En cela, il fut le chef de ce qu'on pourrait appeler le parti de la docilite resignee (93). Philopoemen, contrairement a Aristainos, voulait sauvegarder la dignite et l'independance de la Confederation a l'egard de Rome. Pour lui, il suffirait a cet effet d'utiliser le besoin que Rome a de son alliee, en face du danger qui menacait son oeuvre grecque et de s'en tenir aux termes du traite. En outre, il fallait considerer Rome, non pas comme une protectrice, mais comme une egale. La devise de Philopoemen pourrait se resumer a cette formule: tout le traite, mais rien que le traite .

Un autre exemple de rumeur (logos) sur la conduite des dirigeants politiques acheens rapporte par Polybe en l'annee 170 qu'on pourrait aussi citer.
   on disait que C. Popilius et son collegue se proposaient, apres
   avoir fait convoquer les Achaiens en assemblee generale, d'accuser
   devant eux Lycortas, Archon et Polybe, en les denoncant comme des
   adversaires de la politique romaine, qui se tenaient tranquilles
   pour l'instant, non parce que telle etait, dans le fond, l'attitude
   choisie par eux, mais parce qu'ils observaient les evenements et
   guettaient l'occasion d'agir (94).


Rome compta, en effet, a cette periode marquee par la guerre qu'elle livrait a Persee des adversaires, aussi bien que des partisans et des neutres au sein de la Ligue acheenne. Contrairement a ce que les envoyes romains pouvaient croire, Polybe, Lycortas et Archon ne furent pas des adversaires de Rome. Parmi les trois dirigeants cites, Lycortas semble avoir ete le plus neutre d'entre eux et etait l'un des leaders acheens de cette epoque qui voulait traiter avec Rome sur la base du respect mutuel (95). En revanche, il semble que Polybe ait partage l'opinion d'Archon qui preconisa d'agir selon les circonstances (96). Cela valut en 170/69 a Archon d'etre elu stratege et a Polybe hipparque. Mais les emissaires n'ont pas ose incriminer ces dirigeants, car ils ne disposaient pas d'elements pour le faire (97). Toutefois par la suite, les denonciations des partisans de Rome a la suite de la victoire de Rome sur Persee en 168 eurent pour effet de conduire Polybe et un millier de ses compatriotes en exil a Rome (98).

Ces deux exemples attestent que Polybe prit soin de rapporter les rumeurs qui coururent sur la conduite des dirigeants acheens a l'egard de la puissance romaine du fait qu'elle determinait l'avenir du koinon acheen au moment oo Rome etait en conflit avec le roi Persee. Cela confirme le fait que, quand le sort d'une cite etait lie a des traites ou a la politique des dirigeants, elle suscita des rumeurs.

Polybe ne se limita pas aux rumeurs sur des faits militaires, les traites et les hommes politiques. Il fit aussi allusion a une rumeur sur un combat olympique. On retrouve dans l'oeuvre de Polybe, une seule occurrence d'une rumeur sur un combat olympique. Ce qui pourrait etre prise comme une exception dans son oeuvre car l'auteur Acheen l'utilisa pour expliquer la reaction des populations grecques apres la victoire de Persee a Callinicos en 171. Cette rumeur se rapporta au combat entre Cleitomachos, un Grec de Thebes et Aristonicos, un Grec d'Egypte. Polybe affirme que le roi lagide contemporain de l'evenement voulant mettre fin a la renommee de Cleitomachos soumit Aristomachos a un entrainement intensif. Au debut de la confrontation, Aristonicos eut le soutien de la foule. Ce qui poussa a un moment donne, Cleitomachos a s'adresser a la foule pour savoir les raisons pour lesquelles il n'avait pas son soutien. Les paroles que Cleitomachos prononca provoquerent le revirement de la foule et en definitive il obtint la victoire (99). On ne sait pas exactement a quelle epoque remonte ce combat dont Polybe fait allusion. Par contre, il nous parait difficile d'expliquer les raisons pour lesquelles Cleitomachos n'eut pas le soutien de ses compatriotes au debut du combat. Le sort que connut Cleitomachos fut semblable a celui du roi Persee au debut de ses entreprises contre Rome. Il n'eut pas, en effet, le soutien des Grecs qui ne croyaient pas en ses succes. Mais apres sa victoire de Callinicos sur l'armee romaine en 171, on constata un revirement spectaculaire au sein des Grecs. Il ressort de tous ces exemples que Polybe se detourna des rumeurs qui se rapporterent aux faits sociaux ou economiques et n'accorda un interet certain qu'a ceux touchaient le domaine politique ou militaire. Outre les objets sur lesquels porterent les rumeurs, Polybe semble s'etre aussi interesse au pouvoir de la rumeur.

4. Polybe et le pouvoir militaire ou strategique de la rumeur

Polybe semble evoquer que la rumeur etait dotee d'un veritable pouvoir qui contribua au denouement de l'issue de certains faits militaires qu'il expose dans son oeuvre.

En 221, quand le roi Cleomene III fut emprisonne en Egypte, Polybe montre que la rumeur (pheme) joua un role capitale dans sa strategie d'evasion:
   Ayant guette le depart du roi pour Canope, il repandit parmi ses
   gardiens le bruit que le roi allait le relacher, et pour ce motif
   il regala ses serviteurs et envoya a ses gardiens des viandes, des
   couronnes et, en meme temps, du vin. Pendant qu'ils profitaient de
   ces provisions sans defiance et quand ils furent ivres, il prit
   avec lui les amis qui l'entouraient et ses esclaves, et en plein
   jour, a l'insu des gardiens, il sortit arme de poignards [...]
   (100).


Cleomene, refugie a Alexandrie apres sa defaite de Sellasie (222), fut emprisonne en raison du danger qu'il pouvait representer pour le royaume d'Egypte gouverne par Ptolemee IV Philopator des lors que la menace d'Antigone Doson disparue avec sa mort. Il jouissait, en effet, d'une popularite aupres des mercenaires peloponnesiens, cretois et cariens en service dans le royaume. Il avait, en outre, decide de reconquerir le trone a Sparte, et pour ce faire, il demanda des subsides au roi egyptien. Les pretentions et la popularite du roi spartiate pousserent donc Sosibios, un personnage qui avait la haute main sur l'administration royale a l'arreter par mesure de prudence (101). En prison, le roi utilisa la rumeur (pheme) pour tromper la vigilance de la garde (102). On voit donc que par la rumeur (pheme) le roi spartiate put convaincre ses geoliers et put faire aboutir son stratageme.

Durant la guerre des Allies (220-217), Polybe montre que la rumeur (logos) eut un role decisif dans la strategie orchestree par les conseillers du jeune roi Philippe V en vue d'affaiblir son autorite. Leontios, Megaleas et Ptolemaios dirent aux peltastes et aux hommes de Vagema qu'ils
   [...] etaient exposes a tous les risques, ils n'obtenaient rien de
   ce a quoi ils avaient droit et ils ne recevaient pas la part de
   butin qui, selon l'usage, devait leur etre reserve. Ils
   echaufferent si bien les esprits que les soldats s'ameuterent et
   entreprirent de mettre au pillage les logis occupes par ceux des
   <<amis>> du roi qui etaient les plus en vue. Ils enfoncerent meme
   les portes et briserent les tuiles de la residence de Philippe. A
   la suite de ces incidents, l'agitation et les troubles se
   repandirent dans toute la ville [...] (103).


Comme dans le cas precedent le moment qu'avaient choisi ces trois conseillers du roi Philippe V pour repandre la rumeur (logos) au sein des peltastes et de Vagema fut l'absence du roi occupe aux preparatifs de sa flotte a Lechaion pendant la guerre des Allies (220-217). Les membres du conseil de regence institue par Antigone Doson mort en 221 dirige par Apelles (104) voulaient controler la politique menee par Philippe V contre laquelle ils s'opposaient. Ils etaient hostiles a la remise des conquetes du roi Philippe V a l'Achaie et voyaient en la symmachie un instrument pour l'agrandissement politique et financiere de la Macedoine. Ils avaient tente de saboter le projet naval de Philippe V qu'ils consideraient comme ruineux, hasardeux et qui devait peser sur le tresor royal et le grand nombre de proprietaires fonciers (105). Mais cette emprise qu'il entendait imposee au roi Philippe V connaissait sans doute un echec a cause de l'influence qu'exercait Aratos aux cotes du roi (106). Face a l'echec des diverses actions qu'ils avaient entreprises, ils susciterent une mutinerie au sein des peltastes et de Vagema en vue de destituer ou affaiblir l'autorite royale. Et l'une des armes qu'ils utiliserent fut la rumeur (logos). On constate encore une fois de plus que les soldats furent convaincus et se mutinerent. En se servant donc de la rumeur, les conseillers du jeune roi Philippe V parvinrent a leur but.

L'utilisation de la rumeur s'avera encore sans doute determinante dans le denouement de la lutte entre le roi Antiochos III et son cousin Acheos general d'Asie Mineure et vice roi de Sardes. En effet, au debut de l'annee 215 du siege de Sardes oo etait retranche Acheos autoproclame roi d'Asie Mineure, la rumeur fut utilisee dans la strategie qui avait ete planifiee contre lui. Cette situation fut le corollaire de l'occasion que saisit Acheos au moment oo Antiochos III marchait sur l'Atropatene, pour se jeter sur la Syrie et s'emparer du gouvernement avec l'aide des Cyrrhestes revoltes contre le roi. A peine remis de sa defaite a Raphia en 217 contre Ptolemee IV Philopator, Antiochos III conclut une alliance avec Attale et franchit le Taurus pour mettre un terme au regne de son cousin en Asie Mineure (107). Pour eviter que la vraie raison du choix des soldats qui devaient participer a son operation ne soit connue, Lagoras fit courir le bruit (logos) selon lequel les Etoliens s'appretaient a penetrer dans la ville par un ravin et qu'il fallait prendre contre eux des mesures energiques (108). L'effet de l'utilisation de la rumeur (logos) contribua sans doute en la reussite de l'operation etant donne que la ville de Sardes tomba en 215 aux mains des assaillants (109), mais Acheos resta toujours retranche dans la citadelle (110). Et il fallut l'annee 213 pour qu'il soit capture par les soldats du roi Antiochos III. Polybe montre une fois de plus le role important que pouvait jouer la rumeur (logos) dans une strategie militaire.

La rumeur (pheme) fut egalement determinante lors de l'attaque thebaine contre Megare en 206:
   [...] degoutes par la facon dont les Beotiens se gouvernaient, ils
   (les Megariens) se tournerent donc a nouveau vers les Achaiens.
   Fort irrites par une decision qui leur apparaissait comme une
   marque de mepris a leur egard, les Beotiens mobiliserent toutes
   leurs troupes et marcherent contre Megare. Comme les Megariens ne
   se laissaient nullement impressionner par leur venue, ils
   entreprirent, dans leur rage, de faire le siege de la ville et
   d'assaillir l'enceinte. Mais la panique s'empara des assiegeants,
   quand le bruit se repandit parmi eux que Philopoemen arrivait a la
   tete de l'armee achaienne. Abandonnant leurs echelles dressees
   contre la muraille, ils s'enfuirent en grand desordre et
   regagnerent leur pays (111).


Thebes alliee de Philippe V attaqua la cite de Megare du fait qu'elle voyait d'un mauvais oeil la defection d'un de ses allies au profit des Acheens. Et pourtant les Megariens ne furent pas les allies traditionnels des Thebains. Les Megariens furent des allies de la Confederation acheenne des 243 a l'instigation du stratege Aratos apres la prise de l'Acrocorinthe (112). Pendant la guerre demetriaque (239-229), la Megaride tomba entre les mains de Demetrios II en 237. A la mort de Demetrios II en 229, la Megaride rejoignit de nouveau la Ligue acheenne (113). Lors de la guerre cleomenique (229-222) quand Cleomene III s'empara de l'isthme en 224, les Megariens <<[...] se trouverent coupes de leurs associes et, avec le consentement de ceux-ci, adhererent a la Confederation beotienne (114) >>. Polybe attribue la defection des Megariens a la licence et au relachement des moeurs des Beotiens, ce qui semble une pure exageration. Il est probable que les Megariens aient prefere l'alliance acheenne en raison de la protection que pourrait leur apporter cette Confederation dirigee a cette epoque par le stratege Philopoemen. Mais nos sources semblent ne pas faire allusion a une quelconque intervention de Philopoemen en Megaride en 206. Polybe montre donc une fois de plus comment par la puissance de la rumeur Megare a pu defaire l'attaque thebaine sans vraiment combattre.

En 146/5, durant la guerre que le koinon acheen livra contre Rome pour son unite, Polybe prouve encore une fois de plus que la rumeur (pheme) fut utilisee par le stratege Diaios durant sa lutte contre les dirigeants acheens romanophiles:
   Diaios, qui avait ete elu stratege par l'assemblee, venait
   d'arriver a Corinthe, quand Andronidas et ses compagnons se
   presenterent de la part de Metellus. Ayant anterieurement repandu
   le bruit que ces hommes etaient d'intelligence avec l'ennemi, il
   les livra maintenant a la foule. Les malheureux eurent a subir
   toutes sortes de sevices, avant d'etre enchaines et traines en
   prison (115).


Depuis la mort de Critolaos a Scarpheia pres des Thermopyles en Locride de l'Est en 146/5, le stratege de l'exercice precedent, Diaios de Megalopolis symbolisa le chef de fil de la lutte anti romaine. Ce dernier organisa la resistance contre Rome et contre les dirigeants acheens romanophiles conduits sans doute par un certain Andronidas qui suppleait Callicrates, une figure qui domina la politique acheenne de 168 a 149116. Diaios se servit sans doute de la rumeur (pheme) pour denoncer les dirigeants acheens romanophiles au moment oo l'armee du koinon allait de revers en revers (117). Par la rumeur (pheme), Diaios parvint a se servir de la foule et parvint a eliminer ses adversaires.

Polybe s'interessa au role de la rumeur durant les campagnes militaires parce qu'en tant qu'ancien hipparque, il avait le souci de montrer les causes qui contribuent au succes ou a l'echec d'une campagne militaire. En exposant les faits dont les issues furent denouees en grande partie par la contribution de la rumeur, Polybe montre que ce phenomene a un reel pouvoir. L'utilisation de la rumeur dans des operations militaires prouve que les generaux comprenaient que les victoires militaires ne s'obtenaient pas seulement par la bravoure ou par l'arsenal militaire, mais aussi par l'art de repandre de fausses rumeurs. Les generaux prouverent ainsi que la transmission de l'information etait capitale dans le succes ou l'insucces d'une entreprise militaire. Par l'allusion au pouvoir de la rumeur, Polybe prouve que l'homme par sa pensee et sa parole est l'acteur principal du drame historique. Toutes les modalites du devenir, succes, echecs, revirements, moyens d'action, dependent de lui (118). En insistant sur les stratagemes elabores par les rois, les generaux ou les conseillers, Polybe montre que les rumeurs naissent des pensees qui se forment dans la partie superieure de l'homme, dans son intellect, createur d'idees et de raisonnements (119).

5. Conclusion

En somme, on remarque que Polybe se distingue par son impartialite et son exactitude sur les rumeurs dans le monde grec de son epoque. Il porta son attention particulierement sur les rumeurs concernant des traites, des exploits ou des campagnes militaires importants, quelque combat olympique et des faits touchant des dirigeants politiques. Pour les evoquer, l'historien Acheen utilise essentiellement Pheme et logos qui paraissent synonymes chez lui. En abordant les colporteurs des rumeurs, on note que Polybe n'evoque pas l'intervention des dieux. Il insiste plutot sur le fait que les colporteurs des rumeurs clairement definies sont des militaires ou des dirigeants politiques. Quand les colporteurs ne sont pas des hommes, Polybe montre que les rumeurs surgissent sans qu'on ait une idee de leurs auteurs. Polybe presente egalement la condition generale ou particuliere des colporteurs des rumeurs, mais souvent s'en detourne. Il fait allusion a la capacite de propagation de la rumeur et aborde leurs espaces de propagation. Il montre la credibilite que les recepteurs accordent aux rumeurs bien identifiees et les rumeurs anonymes. Enfin, Polybe met l'accent sur le role que joua la rumeur dans la reussite de stratagemes ou des campagnes militaires menes par des rois, des generaux ou des conseillers militaires. Suite a cette analyse de la rumeur chez Polybe, on se serait aussi tente de voir comment ce theme fut aborde par d'autres historiens de l'epoque hellenistique tels que Diodore de Sicile.

6. Bibliographie

I) Sources litteraires

POLYBE: Histoires [1970] 2010: tr. fr. D. Roussel. Paris: Gallimard, Bibliotheque de la Pleiade.

POLYBE [1971] 2004: t. 3, liv. 3, tr. fr. J. A de Foucault. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France.

POLYBE 1995: liv. 13-16, tr. fr. P. Cauderlier et R. Weil. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France.

POLYBE 1991: liv. 2, tr. fr. P. Pedech. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France, 1991.

POLYBE 1990: liv. 10 et 11 tr. fr. E. Foulon. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France.

POLYBE 1982: t. 7, liv. 7-8 et 9, tr. fr. R. Weil. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France, 1982.

POLYBE 1977: t. 5, liv. 5, tr. fr. P. Pedech. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France.

POLYBE 1977: t. 6, liv. 6 tr. fr. R. Weil, R et C. Nicolet. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France.

POLYBE 1972: t. 4, liv. 4 tr. fr. J. A. de Foucault. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France.

POLYBE 1970: t. 2, liv. 2, tr. fr. P. Pedech. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France.

POLYBE 1969: t. 1, liv. 1, tr. fr. P. Pedech. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France.

POLYBE 1961: t. 9, liv. 12 tr. fr. P. Pedech. Paris: Les Belles Lettres, Collection des universites de France, 1961.

TITE-LIVE 1971: Histoire romaine, liv. 41-42. Paris: Bude.

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II) Ouvrages generaux, specialises et articles

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(2.) Larran: 2011, p. 15.

(3.) Les dates mentionnees dans cet article se situent avant Jesus-Christ.

(4.) Pedech: 1964, p. 344.

(5.) Pedech: 1964, p. 22.

(6.) Petit Robert: 1990.

(7.) Larran: 2011, p. 15.

(8.) Gotteland: 1997, p. 91.

(9.) Plb. 5. 25. 2-4.

(10.) Plb. 7. 15-16.

(11.) Plb. 5. 39. 1-2.

(12.) Plb. 38. 17. 1-2.

(13.) Plb. 20. 5. 7-11.

(14.) Plb. 20. 9-12.

(15.) Plb. 20. 10. 13-15.

(16.) Plb. 28. 3. 7-8.

(17.) Plb. 15. 25. 6.

(18.) Plb. 24. 13. 8.

(19.) Plb. 27. 9. 1.

(20.) Plb. 36. 10. 1-6.

(21.) Errington: 1984, p. 268.

(22.) Plb. 18. 34. 2.

(23.) Plb. 38. 17. 1-2.

(24.) Plb. 20. 5. 7-11.

(25.) Plb. 20. 9-12.

(26.) Plb. 15. 25. 6.

(27.) Plb. 24. 13. 8. 10.

(28.) Plb. 28. 3. 7-8.

(29.) Plb. 27. 9. 1.

(30.) Plb. 36. 10. 1-6.

(31.) Larran: 2011, p. 25. Dans les Argonautiques, c'est Hera qui repand la rumeur a l'occasion des noces de Jason et de Medee de Pheacie: <<Pour voir les heros, les femmes sortaient en foule des remparts et les hommes des champs se joignaient a elles en les entendant, car Hera avait repandu la rumeur veridique>> Apollonios de Rhodes, 4, 1182-1185 (tr. F. Vian et E. Delage).

(32.) Pedech: 1964, p. 204.

(33.) Pedech: 1964, pp. 206-207.

(34.) Pedech: 1964, p. 254.

(35.) Plb. 15. 25. 6.

(36.) Plb. 18. 34. 2.

(37.) Plb. 20. 10. 13-15.

(38.) Plb. 27. 9. 1.

(39.) Plb. 36. 10. 1-6.

(40.) Larran: 2G11, p. 36.

(41.) Larran: 2G11, p. 38.

(42.) Larran: 2G11, p. 32.

(43.) Plb. 20. 10. 13-15

(44.) Grainger: 1999, p. 466.

(45.) Larran: 2011, p. 33.

(46.) Larran: 2011, p. 34.

(47.) Larran: 2011, p. 34.

(48.) Larran: 2011, p. 34.

(49.) Larran: 2011, p. 35.

(50.) Plb. 5. 25. 1.

(51.) Hatzopoulos 2001: 332. Tite-Live paraphrasant ou traduisant Polybe fait de l'agema une formation composee de soldats d'elite choisis parmi tous les peltastes en fonction de leur force et de la vigueur de leur age (Liv. 42. 51. 5). Pour Polybe, il n'est jamais question d'un agema des peltastes. Ce corps serait donc une formation se trouvant aux cotes des peltastes. En revanche, Tite-Live fait souvent une confusion en l'incorporant tantot a celui des peltastes (Liv. 42. 59. 7) et tantot en le distinguant d'eux (Liv. 42. 51. 4). Tite-Live aurait fait cette confusion en supposant que les peltastes apres leur trente-cinquieme annee etaient verses dans l'agema, oo ils resteraient jusqu'a leur quarante-cinquieme annee, voire au-dela. Quoi qu'il en soit, l'agema devrait etre distingue des peltastes (Hatzopoulos 2001: 68).

(52.) Plb. 5. 39. 1.

(53.) Plb. 7. 16. 7.

(54.) Plb. 20. 5. 8.

(55.) Plb. 36. 10. 1-6.

(56.) Shipley: 2000, p. 375; Pol. 18. 44-45, 47.

(57.) Plb. 18. 45. 8.

(58.) Plb. 18. 44. 2-3.

(59.) Plb. 18. 44. 4.

(60.) Ferrary: 1988, p. 81.

(61.) Will [1966, 1967] 2003. 2: 161.

(62.) Errington: 1969, p. 269.

(63.) Plb. 18. 46. 1.

(64.) Plb. 18. 46. 6; 18. 46. 9; Ferrary 1988: 81.

(65.) Pedech: 1964, p. 291-292.

(66.) Plb. 18. 46. 2-3.

(67.) Pedech: 1964, p. 346; Pol. 3. 6. 7; 6. 2. 8.

(68.) Les sources ne donnent pas la date precise de l'expedition. Trogue-Pompee la situe entre la revolte de la Thessalie et la guerre menee par Doson contre Cleomene III, soit entre 228 et 224. St. Dow et Ch. F. Edson placent l'expedition pendant l'ete 226. Cette suggestion n'a, en general, pas ete retenue. M. T. Piraino place cet episode en 228 car elle considere 231/ 230 comme la premiere annee de regne de Doson, mais les historiens ont repousse cette chronologie. Ed. Will et W. Walbank proposent la date de 227. Cependant, beaucoup d'historiens qui optent pour cette date n'apportent aucun argument decisif. On ne peut donc attribuer une date sure a cette entreprise (Cf. Le Bohec 1993, 333). Walbank 2002: 116.

(69.) Plb. 20. 5. 7-8.

(70.) Droysen: 1983, pp. 121; Beloch: 1927, p. 279.

(71.) Feyel: 1942, pp. 116-121.

(72.) Ehrhardt: 1975, pp. 257-259 et n. 38.

(73.) Etienne & Knoepfler: 1976, pp. 331-337; Will: [1966, 1967] 2003. 2, p. 364, note 211 suit maintenant leur point de vue.

(74.) Le Bohec: 1993, p. 192.

(75.) Hultsch cite par le Bohec: 1993, p. 192.

(76.) Roussel cite par le Bohec: 1992, p. 192.

(77.) Plb. 20. 5. 11.

(78.) Plb. 27. 9. 1.

(79.) Will: [1966, 1967] 2003. 2, p. 272; Hammond: 1989, p. 369; Derow: 1984, p. 310.

(80.) Pedech: 1964, p. 83.

(81.) Derow: 1984, p. 311.

(82.) Plb. 36. 10. 1-6.

(83.) Larran: 2011, p. 120.

(84.) Will: [1966, 1967] 2003. 2, p. 388.

(85.) Larran: 2011, p. 121. Les troubles civils agitant les cites macedoniennes apres 166 paraissent temoigner du mecontentement ressenti par les Macedoniens apres leur defaite de Pydna. (Yial: 1995, p. 90).

(86.) Plb. 36. 17. 14.

(87.) Pedech: 1964, pp. 336-337; Walbank: 2002, p. 105.

(88.) Plb. 15. 25. 8.

(89.) Green: 1997, p. 332; Errington: 1969, p. 251.

(90.) Aymard: 1938, p. 267.

(91.) Plb. 24. 13.8-10.

(92.) Plb. 24.11. 4.

(93.) Aymard: 1938, p. 292.

(94.) Plb. 28. 3. 7-8.

(95.) Shipley: 2000, p. 379.

(96.) Plb. 28. 6.7.

(97.) Plb. 28. 3. 9.

(98.) Shipley: 2000, p. 381; Will: [1966, 1967] 2003. 2, p. 283. Walbank: 2002, p. 97.

(99.) Plb. 27. 9. 10.

(100.) Plb. 5. 39. 1-2.

(101.) Plb. 5. 36. 7.

(102.) Plb. 5. 39. 5-6.

(103.) Plb. 5. 25. 2-4.

(104.) Errington: 1969, p. 21.

(105.) Walbank: 1940, pp. 51-52.

(106.) Walbank: 1940, p. 45.

(107.) Will: [1966, 1967] 2003. 2, p. 49; Errington: 1984, p. 248.

(108.) Plb. 7. 15-16.

(109.) Plb. 7. 17. 7.

(110.) Will: [1966, 1967] 2003. 2, p. 49.

(111.) Plb. 20. 6. 9-12.

(112.) Will: [1966, 1967] 2003. 2, p. 330.

(113.) Will: [1966, 1967] 2003. 2, p. 346.

(114.) Plb. 20. 8.

(115.) Plb. 38. 17. 1-2.

(116.) Will: [1966, 1967] 2003. 2, p. 391.

(117.) Plb. 38. 16. 4-11.

(118.) Pedech: 1964, p. 207.

(119.) Pedech: 1964, p. 210; Plb . 3.6.

Adou MARCEL AKA

ENS Abidjan

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Fecha de recepcion: 16-6-2015; aceptacion definitiva: 5-7-2015 BIBLD [0213-2052(2015)33;39-67]
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Title Annotation:texto en frances
Author:Marcel Aka, Adou
Publication:Studia Historica. Historia Antigua
Article Type:Ensayo
Date:Jan 1, 2015
Words:12182
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