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La redemption par l'Histoire: le cas de Pierre Matthieu (1563-1621).

La fin de l'annee 1588 et le debut de l'annee 1589 ont marque un tournant important dans l'histoire du long conflit civil qui, depuis 1562, agitait la France. Alors que les institutions politiques fonctionnaient encore jusque-la vaille que vaille, les assassinats du duc de Guise et de son frere le cardinal de Lorraine, ordonnes par Henri III, plongerent le royaume dans une guerre civile inedite qui opposa les plus zeles des catholiques regroupes au sein de la Ligue au pouvoir royal. Les institutions n'arriverent plus a calmer le jeu, la partie politique normale n'etait plus jouable. Il devint impossible pour les autorites de prendre les decisions qui s'imposaient et de les faire respecter par l'ensemble du corps social (1). Les pamphletaires ligueurs se dechainerent contre ce roi qu'ils qualifierent de tyrannique tout en l'accusant des pires vices (2).

Les meurtres de Blois placaient les Francais devant un choix difficile : devaient-ils demeurer fidele a ce prince qui defendait la legitimite de ces actes et qui pretendait qu'il avait du agir en etat de legitime defense, les Guise complotant de le deposer et de s'emparer du trone ? Devaient-ils voir, comme les consuls d'Albi, dans << les inhumains et detestables massacres et assassinats des personnes de tres illustres tres vertueux et magnanimes princes le cardinal de Lorraine et le duc de Guise (3) >> la preuve indeniable de l'appui apporte par Henri de Valois aux heretiques ? Chose certaine, nul ne pouvait rester indifferent ou se refugier dans la neutralite. Jacques Carorguy, greffier royaliste de Bar-sur-Seine, remarqua justement que : << C'est a ceste heure [celle de l'assassinat des Guise] que la plus grand part des villes franchisent le sault : leur rebellion et desobeissance c'est bien montree aultrement que aux barricades de Paris. (4) >> Une decision prise par la Faculte de theologie de l'Universite de Paris le 7 janvier 1589 facilita leur entree dans l'opposition, alors qu'elle delia solennellement les Francais de leur serment d'obeissance a Henri III. Ses sujets se virent meme autorises a prendre les armes contre lui. Le parlement et la chancellerie recurent l'ordre de faire disparaitre de leurs arrets les mots << Henry, par la grace de Dieu, roy de France et de Pologne >>. Il fut ordonne egalement de changer la formule des prieres dites durant les messes : le pro rege nostro Henrico (pour notre roi Henri) fut remplace par lepro Christianis nostris Principibus (pour nos princes chretiens). Le sceau du royaume de France devait etre utilise en lieu et place du sceau royal. Pour les ligueurs, l'ensemble de ces mesures revenait a une destitution officielle du roi, prononcee par l'autorite spirituelle. Quatre mois plus tard, Sixte Quint confirma le tout en prononcant l'excommunication d'Henri III (5).

Ce renversement des forces entre pouvoirs politique et ecclesiastique s'accompagna de la mise sur pieds de nouvelles institutions a l'interieur desquelles des representants du clerge travaillaient aux cotes de nobles et de membres du tiers-etat. Le Conseil general de l'Union, au sein duquel se retrouvaient neuf ecclesiastiques, sept gentilshommes et vingt-quatre notables, fit office d'etats generaux; sa juridiction s'etendant officiellement a tout le royaume. Differentes villes se doterent d'un conseil extraordinaire auquel furent convies des gens d'Eglise. Ainsi, le 8 janvier 1589, au terme d'une longue assemblee, la ville de Toulouse decida de la creation d'un bureau compose de six ecclesiastiques, six membres du parlement et six bourgeois pour veiller aux affaires de l'Etat et aux moyens de preserver la religion. A Lyon, un << conseil des affaires d'estat >> fut erige en fevrier 1589. Charge d'epauler le duc de Nemours, gouverneur ligueur de la ville, et son lieutenant, le sieur de Botheon, il regroupait << lesdits sieurs eschevins messieurs du clerge ou leurs deputez, les seigneurs d'alincourt et aultres de la noblesse qui se voudront trouver avec ceulx des financiers justice et bourgeois qui pour ce seront commis et deputez. (6) >> Pourtant, quelques mois auparavant, Toulouse et Lyon avaient manifeste leur fidelite au roi, alors que celui-ci avait ete chasse de Paris lors de la journee des Barricades (7). Signe des temps, Henri III n'eut d'autres choix que de se rapprocher du roi de Navarre, tout huguenot qu'il fut. Les deux signerent un traite le 3 avril 1589. Meme si des tendances divergentes continuerent a se manifester a l'interieur des partis opposes, il n'en reste pas moins qu'a partir de cette date les enjeux furent clairs. La division ideologique profonde qui separait irremediablement les Francais se faisait entre les tenants de la loi salique et ceux de la loi de catholicite.

Ces evenements provoquerent la publication de nombreux ouvrages polemiques defendant les positions de l'un ou l'autre parti. Un texte ecrit peu apres l'assassinat des Guise et remanie aux lendemains de la mort d'Henri III connut alors une grande popularite, avec trois reeditions en 1589. Redigee par le Lyonnais Pierre Matthieu, La Guisiade faisait le panegyrique du duc de Guise et defendait les principales idees ligueuses (8). Le texte presentait le duc defunt comme un heros de la foi romaine et de la monarchie francaise, comme un homme sincere, vertueux et loyal. Henri III et ses plus proches partisans, les mignons, etaient depeints comme des etres penetres de tous les vices, des individus irremediablement voues a la damnation eternelle (9). La Guisiade affirmait egalement la primaute de la religion sur l'Etat, de la loi de catholicite sur la loi salique (10). Henri de Navarre devenait de ce fait exclu de la succession au trone, Matthieu soulignant meme qu'il serait preferable que la France soit gouvernee par un monarque espagnol plutot que par un heretique. Sur le plan politique, Matthieu soutenait que les principaux conseillers du roi devaient etre issus de la grande et ancienne noblesse, et que celle-ci avait le droit de se revolter contre un roi qui agirait tel un tyran en s'entourant de conseillers provenant de la petite noblesse. Si les deux premieres editions de cette tragedie demandaient au roi d'accepter ces principes, la troisieme, modifiee et publiee apres l'assassinat du dernier Valois, invitait a une lecture plus coherente des consequences de la mort des Guise. Henri III mort, Henri IV conteste, Matthieu attaqua plus virulemment les deux hommes en condamnant sans equivoque l'assassinat des Guise et en justifiant celui du dernier Valois. Il donna son appui au << Roi de la Ligue >>, Charles X. Surtout, il tenta de convaincre les Francais d'accepter les pretentions des Lorrains ou des Espagnols au trone de France (11). Moins de cinq ans plus tard, malgre la virulence de ces propos, Pierre Matthieu se ralliait a Henri IV et entreprenait l'ecriture d'une grande ceuvre historique dans laquelle, pour reprendre les mots de Jacqueline Boucher, il << adore ce qu'il avait brule et [...] brule ce qu'il avait adore >> (12).

Le parcours de Matthieu ne fut pas exceptionnel. Il fournit toutefois l'occasion de se pencher sur la mise en pratique de la politique de reconciliation nationale initiee par Henri IV des 1589 dans l'espoir de mettre un terme aux troubles de Religion (13). Ce parcours met particulierement en lumiere differents aspects de la double conversion indispensable au succes de la politique royale de reconciliation : la premiere de ces conversions fut religieuse, alors qu'Henri IV se rallia a la foi de la majorite de ses sujets, la seconde fut politique, alors que les ligueurs rejoignirent le clan royaliste. C'est uniquement dans ce cadre que l'oeuvre de Pierre Matthieu peut se comprendre, elle qui devient une << bonne oeuvre >> garante de la sincerite de sa conversion politique, une acte redempteur. Apres avoir presente rapidement la vie de Pierre Matthieu, nous nous attarderons sur le processus double de la conversion, puis, nous terminerons ce texte en examinant comment cela se manifeste chez Matthieu.

I. Un pareours

Ne a Pesmes, en Franche-Comte, en 1563, Pierre Matthieu franchit toutes les etapes devant le mener a une carriere d'erudit. Recteur et homme de lettres, son pere le placa chez les Jesuites ou il forma son esprit aux Anciens. Il ecrivit sa premiere tragedie, Clytemnestre, vers l'age de quinze ans, puis publia une Esther en 1581 (14). Apres quatre ans comme regent des etudes a Vercel, ou enseignait son pere, l'humaniste entama a Paris, en 1584, des etudes de droit qu'il completa a Valence. Il s'installa par la suite a Lyon ou il devint avocat au presidial de cette ville. Ce poste lui permit de devenir le client de Pierre d'Epinac, archeveque de Lyon, duquel il devint juge desterres et secretaire en 1587 (15). Fidele serviteur d'Henri III, d'Epinac s'en detacha progressivement, peut-etre parce que le roi n'avait pas satisfait a son ambition de remplacer dans sa charge le chancelier de France Rene de Birague, mort en 1583. Des lors, d'Epinac se rapprocha d'Henri de Guise, dont il devint un des principaux conseillers. Arrete a Blois en decembre 1588, emprisonne en compagnie du cardinal de Guise, d'epinac est finalement relache en octobre 1589. Il est alors nomme garde des Sceaux par le duc de Mayenne, lieutenant general du royaume pour la Ligue.

Le lien etroit qui unissait Matthieu a l'archeveque de Lyon l'amena a embrasser ouvertement le parti ligueur, notamment en publiant en novembre 1588 les Stances sur l'heureuse publication de la paix et saincte Union (16). Ce texte presentait et encensait le programme politique de la Ligue, tel qu'il semblait avoir ete adopte par Henri III. Ce dernier, chasse de Paris en mai 1588, avait convoque les etats generaux a Blois en octobre. Les elections des deputes furent aprement disputees entre partisans royalistes et ligueurs, ces derniers finissant par l'emporter. Incapable d'influencer la tournure des etats, le roi dut se resoudre a jurer de respecter l'edit d'Union, texte fondateur de la Ligue. La paix qui semblait alors avoir ete retrouvee entre les ligueurs et le roi rejouit Matthieu qui y vit l'espoir du maintien de la France dans le giron catholique et de l'eradication prochaine de l'heresie. Aux lendemains de l'assassinat des Guise, Lyon adhera a la Sainte Union, alors que Matthieu devint le secretaire du nouveau gouverneur ligueur de la ville, le duc de Nemours, et le porte-parole du Consulat. Cette charge etait non seulement prestigieuse et remuneratrice, elle lui permit de participer au pouvoir du Consulat, qui dirigeait toutes les autres institutions municipales et qui agissait comme administrateur de la cite. En mars 1589, la Ligue lyonnaise se dota d'un conseil reunissant les trois ordres qui devait agir conjointement avec le Consulat, le gouverneur et l'archeveque. Matthieu le dirigeait avec Merle, un autre notable. Le cumul de ces fonctions fit en sorte qu'il possedait, en compagnie de d'Epinac et de Nemours, le veritable pouvoir sur l'union catholique de Lyon (17).

Le zele de Matthieu pour la Ligue s'exprima a travers ses tragedies qui s'avererent de veritables armes de propagande et contribuerent a ce titre a enflammer les passions. Ses drames antiques ou bibliques faisaient ressortir une morale ou un enseignement s'appliquant a l'actualite politique et religieuse de l'epoque. Ils attaquaient l'ennemi en le noircissant a outrance et en l'accablant de tous les vices ou, au contraire, defendaient aveuglement l'Union catholique. Par exemple, dans Vasthi-Aman (1589), on devine aisement que le peuple elu de Dieu (les Hebreux) se referait aux Ligueurs. Dans la reedition remaniee d'Esther, publiee a l'automne 1589, l'association est evidente entre la reine juive de Perse qui tira son peuple du danger et la reine Catherine de Medicis, qui reussit a convaincre le roi Henri III de se concilier avec les catholiques zeles afin d'assurer la defense de la religion romaine. De meme, le duc de Guise se substitue a Moise dans la Pompe funebre des Penitens de Lyon, publication de l'oraison funebre des deux Guise que prononca Matthieu le 16 juin 1589. Mais l'oeuvre la plus polemique et qui revet le caractere le plus didactique de Matthieu s'avere La Guisiade evoquee plus haut.

Influence par les evenements locaux et nationaux, Matthieu revisa ses positions politiques au courant de l'hiver 1593-1594. La Ligue ne represente pas une periode glorieuse pour Lyon. Capitale commerciale et financiere du royaume dans la premiere moitie du XVIe siecle, la ville souffrit terriblement des troubles de Religion (18). La derniere etape de ceux-ci vit la municipalite se diviser entre les clients du duc de Nemours, qui cherchait a se constituer une possession territoriale dans le Lyonnais avec l'appui du duc de Savoie, et ceux de son demi-frere, le duc de Mayenne, chef de la Ligue nationale. Ce dernier comptait comme principal allie a Lyon l'archeveque d'Epinac. Le gouvernement despotique de Nemours incita une partie des Lyonnais a reagir et a emprisonner leur gouverneur en septembre 1593. Dans des lettres ecrites a Mayenne les 16 et 20 septembre, les consuls de la ville reiterent leur appui a la Ligue et denoncerent le fait que Nemours cherchait selon eux a obtenir l'emprise absolue sur son gouvernement, ce qui aurait incite la ville a se revolte (19). Matthieu appuya ce geste et redigea meme un texte dans lequel il justifia l'emprisonnement de Nemours (20). Maintenant sous la gouverne d'Epinac, la ville n'etait cependant pas plus disposee qu'avant a reconnaitre Henri de Navarre. L'archeveque avait explique sa position dans une lettre adressee a Pomponne de Bellievre le 20 mars 1593 : s'il desirait la paix, il considerait qu'il fallait d'abord proteger la religion catholique dont la sauvegarde devait passer devant celle de l'Etat : << ceulx du party contraire veulent establir la religion par l'estat et nous voulons fonder l'estat sur la religion >> (21).

Finalement, au debut fevrier 1594, redoutant une entreprise du marquis de Saint-Sorlin, frere cadet du duc de Nemours, sur la ville, le peuple lyonnais prit les armes. Le 8, des articles furent rediges a l'attention d'Henri IV afin que ce dernier les accepte prealablement a sa reconnaissance comme roi. Ils furent presentes a l'archeveque qui trouva << tres mauvais >> que l'on quitte la Ligue pour le parti royal,
   attendu tant de protestacions et le serment preste a ladite unyon,
   et pource estoit d'advis que avant que de promettre la fidelite et
   obeissance requise par les deputez a sa majeste qu'il luy failloit
   faire une depesche pour la supplier de s'accommoder avec
   monseigneur de Mayenne pour le repos de ce royaume tant afflige et
   desole et une aultre a monseigneur de Mayenne pour le supplier
   aussi de s'accommoder avec sa majeste et faire cesser les troubles
   et guerres civiles dudit royaulme d'aultant qu'il seroit malaise de
   pouvoir contenir le peuple de cette ville et de toute la province
   de se getter au bras et en la protection de sa majeste contre les
   violences plus que barbares des troupes de monseigneur de Nemours
   (22).


Son avis ne fut pas ecoute, et une delegation partir a la rencontre d'Alphonse d'Ornano, representant d'Henri IV dans la region. L'apres-midi meme, d'Omano franchit les murs de la ville ou un accueil triomphal l'attendait : << Il n'avoit pas approche la premiere murail qu'une grande multitude de peuple qui le suyvoit a la foulle n'ayt crie a haulte voix Vive le Roy >>. La scene se reproduisit a tous les carrefours, jusqu'a ce qu'il arrive a la maison de l'archeveque. Lyon revint dans le giron royaliste, et Pierre Matthieu faisait partie des deputes qui preterent allegeance au roi en son nom. Quant a d'epinac, il se rallia en mai 1594.

II. La double conversion

Le 19 fevrier 1594, les autorites lyonnaises ecrivirent au pape Clement VIII pour lui annoncer qu'elles avaient reconnu Henri IV comme leur souverain legitime. Elles se doutaient bien que le Saint Pere serait surpris d'apprendre qu'elles s'etaient <<gettees en la protection du roy >>, apres tant de protestations de rester fidele a l'Union des catholiques. Mais Dieu, <<pour le rendre capable de la couronne >>, avait inspire le roi de Navarre a se convertir et a rejeter toutes les heresies. De plus, le roi leur avait promis que seule la religion catholique serait toleree dans la ville (24). L'immense majorite des communautes ligueuses qui se rendirent au roi entre janvier 1594 et avril 1598 lui demanderent au prealable une telle assurance, qu'elles recurent. Avant que ces villes ne deviennent royalistes, le roi devait devenir catholique.

Des le lendemain de la mort du dernier Valois, Henri IV recut un ultimatum de la part des fideles catholiques du roi defunt qui lui demanderent d'embrasser la religion de la majorite de ses sujets. Devant la possibilite de voir son armee se debander completement, le nouveau roi s'engagea a ne rien faire contre la religion catholique et ses institutions, et a convoquer dans un delai de six mois un concile national auquel il soumettrait la question de sa foi personnelle. Il ne pourrait non plus adopter de mesures favorisant trop ostensiblement les protestants dans son royaume (25). Mais, parallelement a cela, ses coreligionnaires esperaient le voir promulguer une declaration leur redonnant les droits qu'ils consideraient leurs, d'autant que la declaration arrachee par les anciens fideles d'Henri III a son successeur leur semblait ouvrir la voie a un abandon de leur cause (26). Henri IV ne put immediatement donner aux huguenots ce qu'ils esperaient de lui. Un tel geste aurait ete tres mal percu par ses allies catholiques. Ce ne fut que le 4 juillet 1591 qu'il s'executa. L'edit qu'il promulgua alors reprit le texte de l'edit de pacification de Poitiers de 1577 et devait s'appliquer jusqu'a ce que Dieu eut retabli la paix dans le royaume et que celle-ci eut permis au roi de pourvoir a la question religieuse conformement a ce qu'il avait promis lors de son avenement a la couronne (27).

Devant gerer les contradictions religieuses qui se retrouvaient a l'interieur de son propre parti, Henri IV fut aussi appele a negocier avec les ligueurs au sujet de sa foi. Les trois annees qui suivirent la mort d'Henri III virent l'ensemble du royaume etre agite de soubresauts guerriers. De grandes armees parcouraient le territoire national, entre autres celle menee par Henri IV lui-meme. Des operations militaires furent menees grace auxquelles le roi, habilement secondee par une propagande efficace, acheva de gagner la reputation militaire qui l'accompagnera jusque dans la tombe et au-dela. Mais aucune operation decisive ne permit a l'un ou l'autre parti de se demarquer. L'incapacite de conclure par les armes ouvrit necessairement la porte a des negociations entre les adversaires. Des pourparlers menes au cours de l'annee 1592 ne menerent a rien, sinon a une entente sur un texte, qualifie d'expedient par Philippe Duplessis-Mornay, dans lequel le foi promettait de se faire instruire avec l'intention de se convertir par la suite (28). Pour temoigner de sa bonne volonte a l'endroit des catholiques, Henri IV deputa deux ambassadeurs vers le pape. Le cardinal de Gondi et le marquis de Pisany etaient charges d'informer Clement VIII du respect et de l'obeissance que le roi lui portait, et de son engagement a agir envers lui de la meme facon que les souverains ses predecesseurs (29). Mais Clement VIII refusa de recevoir les ambassadeurs royaux. Il approuva meme la volonte des ligueurs de convoquer des etats generaux dont la tache principale serait de proceder a l'election d'un roi catholique.

Les etats de la Ligue n'apporterent aucun resultat concret. Devant l'impasse, de nouvelles negociations furent entreprises entre royalistes et ligueurs. Les personnages designes de part et d'autres pour y participer susciterent enormement d'espoir, car Navarre et Mayenne n'avaient pas hesite a y deleguer des individus de renoms, susceptibles d'arriver rapidement a une entente satisfaisante pour tous. La delegation ligueuse etait dirigee par l'archeveque de Lyon, Pierre d'epinac, celle des royalistes par l'archeveque de Bourges Renaud de Beaune. Une treve entre les partis fut decidee pour permettre aux pourparlers de suivre leur cours, mais en vain. Les deux prelats qui negociaient campaient sur leurs positions respectives et ne montrerent pas de velleites de compromis sur les principaux points qui les divisaient (30). La conference semblait promise a l'echec, ce que le roi ne voulait pas accepter. Apres maintes hesitations et consultations, Henri de Navarre annonca, le 17 mai 1593, son intention de suivre une instruction religieuse en vue de se convertir.

La conversion et l'instruction qui la preceda avaient comme objectif de reconcilier le roi avec ses sujets catholiques grace a leur reunion dans une meme foi. Afin de ne laisser aucun doute sur la sincerite de son geste, le roi suivit scrupuleusement les demarches reconnues par l'Eglise romaine dans sa marche vers sa conversion (31). La premiere etape passait par une reconnaissance de ses fautes. Une fois sa situation de pecheur acceptee, le penitent devait suivre une instruction lui permettant de faire la distinction entre la Verite et l'erreur. Ayant pris conscience de la gravite de ses peches, celui qui cognait a la porte de l'Eglise devait montrer qu'il les regrettait profondement en faisant etat de ses remords, en adoptant une attitude de contrition. Celle-ci le preparait a la confession qui devait se derouler en public, car le converti demandait a entrer dans la communaute des fideles. Ce qu'il disait au pretre qui l'entendait restait du domaine prive, mais l'entree aux yeux de tous dans le confessionnal temoignait de la realite du geste pose. L'absolution etait donnee au pecheur dans le secret du confessionnal, mais la communion publique qui suivait montrait aux fideles reunis pour la circonstance que le penitent avait bel et bien rejoint l'Eglise. Finalement, la satisfaction permettait au nouveau catholique de montrer a tous sa foi et de la conforter en accomplissant des bonnes oeuvres.

Afin de temoigner de la sincerite de son geste, le roi convoqua aupres de lui des partisans de longue date, dont la fidelite ne faisait aucun doute, pour qu'ils assistent ou participent a son instruction religieuse. La convocation envoyee par le roi fut soigneusement redigee (32). L'objectif n'etait pas tant de convaincre les destinataires de venir le rejoindre--ils n'attendaient probablement que ca-, que de montrer aux sceptiques la sincerite de son geste. Il devait egalement eviter de s'aliener les huguenots, qui voyaient avec amertume leur coreligionnaire et protecteur renier leur religion, tout en preservant la dignite royale. Henri IV s'engagea donc davantage sur le plan politique que sur le plan religieux, mais en mettant de l'avant des preoccupations qui traduisaient sa religiosite. Comme le Createur qui est pret a pardonner les fautes de Ses creatures, il temoigna de sa compassion envers les ligueurs qui avaient erre au cours des demieres annees, guides qu'ils etaient par de faux bergers. Il desirait reunifier le royaume, ce qui passait necessairement par une reunification de son Eglise. En rejoignant le giron de l'Eglise catholique, le royal penitent montrait l'ampleur de la grace divine qui, sur terre, se traduisait par le pardon qu'il etait pret a accorder a tous ses sujets.

Les oeuvres redemptrices accomplies par le penitent royal allerent beaucoup plus loin que la simple participation aux rituels religieux traditionnels, qu'il multiplia par ailleurs. Les nombreux edits de reconciliation qu'il negocia avec les villes ligueuses comportaient des clauses qui montraient la sincerite de sa conversion et son engagement a proteger la religion catholique. Quatre mesures se rapportant aux questions religieuses se retrouverent de facon plus ou moins recurrente dans les edits de reconciliation d'Henri IV : l'interdiction de pratiquer le culte protestant dans la ville retournant a l'obedience royaliste; l'assurance que le clerge local retrouverait les moyens d'accomplir son oeuvre; le maintien en place de l'administration ligueuse; l'engagement que la defense de la ville reviendrait a celle-ci ou a des catholiques designes conjointement par le roi et la municipalite. Ces quatre mesures furent renforcees par deux messages importants vehicules egalement par ces ententes contractuelles: la prise d'armes par les ligueurs dans le but de proteger la religion catholique etait justifiee et Henri IV s'engageait formellement a vivre et a mourir dans la foi de ses ancetres (33).

Malgre les espoirs immenses qu'elle suscita, la conversion religieuse du roi de Navarre ne provoqua pas de ralliements massifs a sa cause

et ne fut pas suffisante pour mettre un terme a la guerre civile. En tant qu'heretique relaps, Henri de Navarre devait officiellement recevoir son absolution des mains du souverain pontife pour pouvoir se considerer reintegre dans le giron de l'Eglise catholique. De nombreux royalistes reconnaissaient la validite de cette position. Toutefois, ils arguaient de l'urgence de la situation pour reconnaitre aux prelats francais le droit d'accueillir le roi au sein de l'Eglise. Selon une decision du concile de Trente, n'importe quel ecclesiastique possedait le droit d'absoudre un penitent si ce dernier se trouvait en danger de mort. Les menaces d'assassinat qui pesaient sur la vie du roi de Navarre, les risques qu'il encourait sur les champs de bataille le placaient continuellement dans une situation perilleuse. Il etait donc du devoir d'un ecclesiastique de sauver son ame. Mais l'echec d'une ambassade royale envoyee vers le pape a la fin de l'annee 1593 convainquit de nombreux ligueurs moderes que leurs chefs, qui n'avaient rien fait pour que Clement VIII reconnaisse la conversion d'Henri IV, ne desiraient pas vraiment la paix (34). Les unes apres les autres, les villes ligueuses se rangerent dans le parti royal. Le mouvement fut initie par Meaux qui ouvrit ses portes au roi le 4 janvier 1594 (35).

Les ligueurs qui quittaient leur ancien parti pour se joindre au roi passaient par une conversion politique similaire a la conversion religieuse du roi. La premiere etape etait l'instruction. Il s'agissait pour eux de comprendre pourquoi Henri IV etait bien leur roi legitime et comment avaient-ils pu etre induits en erreur par les ennemis de la France. Cette instruction se faisait particulierement par le biais de la propagande, et notamment grace aux nombreux pamphlets publies a l'epoque. Des la mort d'Henri III, l'entourage de son successeur mit en place une campagne d'information visant a demontrer que le premier Bourbon etait bel et bien le roi legitime des Francais, malgre ce qu'en disaient ses ennemis qui ne desiraient qu'usurper la couronne. Ces pamphlets insistaient sur les differences existant entre les demiers Valois et le premier Bourbon et attaquaient severement les princes Lorrains et les Espagnols, accuses de vouloir mettre la main, sous des pretextes specieux, sur un bien qui ne leur revenait pas, soit le royaume de France (36). Ils chantaient parallelement les vertus d'Henri IV, nouvel Hercule gaulois capable de faire rejaillir la gloire d'antan de la France. Ces themes etaient bien connus des ligueurs repentis, qui, au plus fort de la lutte repondaient presqu'aussitot aux attaques formulees contre leur parti (37). Les nombreuses references a des pamphlets royalistes qui se retrouvent dans l'Histoire des derniers troubles de Pierre Matthieu montrent a quel point les ligueurs etaient a l'affut des messages royalistes auxquels ils devaient repondre.

Leur instruction ayant ete faite par le biais de l'acceptation des messages vehicules notamment par les pamphlets royalistes, les Ligueurs repentis faisaient acte de contrition, regrettaient publiquement leurs fautes passees (38). Celles-ci etaient importantes et auraient pu inciter Henri IV a leur refuser le pardon qu'ils demandaient. Le 20 juin 1594, le sieur Guy de Lanssac, gouverneur de Blaye, ecrivit ainsi au roi pour lui demander de le considerer a l'avenir comme un ses fideles serviteurs. Lanssac reconnaissait dans cette lettre que ceux qui se s'etaient soustraits de l'obeissance naturelle qu'ils devaient a leur roi legitime << ont justement merite l'indignation d'icelle >>. S'avouant etre un de ceux-ci, le gouverneur suppliait humblement le roi de le << recevoir pour son tres humble et tres fidele sujet et serviteur et considerer que tant plus ma faute a este grande que tant plus elle fera reluire en elle ceste vertu de clemence que tout le monde admire et recherche en votre majeste. (39) >> Les habitants de Chatillon-sur Seine, en implorant le pardon royal et l'oubli des fautes qu'ils avaient pu commettre durant les troubles, avouerent eux aussi publiquement leurs ecarts :
   Que les habitans desditz ville et faulxbourgs de Chastillon, soyt
   en general ou en particulier, ne seront recherchez de toutes et
   chacunes les choses qu'eulx, leurs gouverneurs, Maire, eschevins,
   officiers et autres personnes soubz eulx, ont faictes durant et a
   l'occasion des presens troubles par la prinse des deniers des
   receptes generales et particulieres du domaine, decimes, gabelles,
   ventes de sel et levees de deniers faictes sur la dite ville,
   bailliage de la Montagne, pays de Champaigne et Bourgogne, soubz
   l'autorite et par le commandement et consentement de qui que ce
   soyt, manyement, distribution et disposition de deniers, subsides
   et fortiffications de la dite ville, corvees, demolitions
   d'eglises, couvens, bastimens, munitions, fontes d'artilerie et
   boulletz et prinses de places, feus, ruynes, demolitions et
   dementellements d'icelle, amendes, rancons et autres choses
   generalement quelconques, encores que le tout ne soit icy par le
   menu specifie, comme ayant este faict par la necessite de la guerre
   (40).


L'absolution royale obtenue, les anciens ligueurs s'engageaient dans des oeuvres redemptrices. Les communautes juraient fidelite a Henri IV pour le reste de son regne. Les nobles se disaient prets a donner leur vie au souverain. Pour sa part, un homme de lettres tel Pierre Matthieu accomplit son oeuvre redemptrice a travers ce qu'il savait le mieux faire : ecrire. Ce faisant, il montra sa capacite a assimiler rapidement le discours royaliste, et meme de facon plus large les idees defendues par les partisans de celui qui n'etait encore que le roi de Navarre. Mais il montra egalement les tensions qui habitaient la Ligue et l'affaiblissaient. La critique des ambitions nobiliaires a laquelle il se livra traduisait en effet l'ecart qui separait nobles et bourgeois a l'interieur du parti des catholiques.

III. Une oeuvre redemptrice

Des les premieres pages de son Histoire, Pierre Matthieu fait acte de ligueur repenti. L'epitre dedicatoire au roi reprend tous les grands themes de la propagande henricienne : roi victorieux, pere du peuple, souverain clement, monarque donne par Dieu a la France, etc. Matthieu insiste particulierement sur la clemence royale, dont il a lui-meme profite : << Vertu qui releve les abbatus, qui fait bon visage a ceux qui se prostement aux pieds de V. Maieste, qui embrasse ceux qui se presentent a elle, le service a la bouche, le repentir au coeur, estans hors d'haleine pour avoir fait courir a bride abattue la discorde et le rebellion parmy vos subiects >>. Le message est donc clair : les ennemis du roi devaient porter la responsabilite des troubles qui avaient divise le royaume, ils devaient s'humilier devant le roi pour recevoir l'oubli de leurs injures, et demontrer un repentir sincere, solidement ancre dans leur coeur. Cela etant dit, le discours de Matthieu s'articule autour de quatre axes principaux que nous analyserons tour a tour : les demiers Valois n'ont pas eu la force necessaire pour s'opposer aux velleites de leurs ennemis ; l'ambition des Guise a pu profiter de ce manque de majeste pour s'epanouir ; la conquete du royaume par les princes lorrains s'est appuyee sur la volonte manifestee par Philippe II et les Espagnols d'abattre definitivement l'ennemi francais ; la force et la legitimite d'Henri IV sont venues a bout des desordres.

A la fin du mois de juillet 1589, les armees d'Henri III et de son heritier presomptif Henri de Navarre assiegerent Paris qui, quinze mois auparavant, avait chasse le roi de ses murs lors de la journee des barricades. Un jeune moine demanda a parler au souverain, arguant qu'il avait des informations importantes a lui transmettre de la part

de certains de ses partisans demeures dans Paris. S'approchant du roi, Jacques Clement lui assena un coup de couteau dans le bas ventre. Le demier Valois mourut deux jours plus tard. Ce geste, aux consequences politiques enormes, fut percu de facon bien differente par les uns et les autres. Si le maitre charpentier Remois Jehan Pussot, ardent catholique, signala sobrement la mort du << tirand Henry de Vallois >> dans son journal, le magistrat royaliste Etienne Pasquier deplora 1'<< execrable parricide >> du roi << le plus Catholic qui fut oncques, entre tous les Catholics >> (41). Cet assassinat plongea brutalement Henri IV dans une situation difficile. Une partie des anciens partisans du roi defunt refusaient d'obeir a un huguenot qu'ils connaissaient mal. Le siege de la capitale dut etre leve, les forces royales n'etant plus assez nombreuses pour le maintenir. Le nouveau monarque lanca des lors une double offensive pour conquerir le coeur de ses sujets et le territoire de son royaume. Pour atteindre ce premier objectif, les propagandistes royaux presenterent une image idyllique de leur champion tout en insistant sur les faiblesses des derniers Valois (42). Cette strategie, si elle permit de presenter l'arrivee d'un age d'or au cours duquel la France renaitrait de ses cendres (43), ouvrit egalement la porte a une justification des actes poses par la masse des ligueurs. Ces demiers, aux yeux des catholiques, devinrent les victimes de princes ambitieux qui mettaient la religion de l'avant afin de cacher leurs objectifs bien personnels.

Matthieu associe le debut des malheurs de la France a une perte de legitimite du pouvoir survenue aux lendemains de la mort tragique d'Henri II. Selon lui, la regence devait revenir a Antoine de Bourbon, premier prince du sang, et pere du futur Henri IV. Mais cette responsabilite lui fut deniee, << et la Royaute passa entre les mains d'un Roy de quinze ans, d'une italienne, d'un cardinal, et d'un Prince de Lorraine >>, funeste combinaison qui ne pouvait que mener l'Etat a sa ruine (44). Malgre les espoirs suscites de part et d'autres par l'arrivee sur le trone d'Henri III, en qui les catholiques voyaient un ardent defenseur de leur foi et les protestants un individu dote d'un naturel << vrayement Francois, eslongne non seulement des actions cruelles, mais encore des desseins trop severes >> (45), celui-ci ne put empecher son royaume de sombrer. Selon Matthieu, le dernier Valois ne fut jamais capable de s'imposer en tant que roi, particulierement apres que la mort de son dernier frere, le duc d'Anjou, en juin 1584 eut fait de son cousin Henri de Navarre l'heritier presomptif de la couronne. Ce deces alarma les catholiques zeles qui refusaient de voir un heretique monter sur le trone.

Alors que de grands nobles se regrouperent autour du duc de Guise et signerent, le 31 decembre 1584 en presence de deux representants du roi d'Espagne, un traite dans lequel ils designaient pour successeur de la couronne le Cardinal de Bourbon, oncle d'Henri de Navarre, age de 61 ans (46), des bourgeois parisiens, plus radicaux, mirent sur pied une Ligue roturiere. Animes par une religiosite profonde, ses membres suivirent une logique eschatologique qui rendit leurs relations avec la Ligue nobiliaire assez ardues. Qu'importaient a leurs yeux les biens et les pouvoirs terrestres auxquels ne se montraient pas insensibles les Guise et leurs amis si tous se retrouvaient en Enfer pour avoir laisse un huguenot monter sur le trone de France? N'etaient-ce pas ces ardents catholiques, comme le pretendait Jehan de Caumont, les veritables nobles? Car << ceulx qui plus honnorent Dieu et qui ont plus grand soing de le faire honnorer, ceux-la sont gentils hommes et nobles >> (47).

Face a ces deux groupes, Henri III avait bien peu de marge de manoeuvre. Etrangle financierement, ne faisant confiance qu'a un petit nombre de fideles, le roi ne pouvait a la fois combattre les protestants et se proteger contre les ligueurs. Il utilisa une tactique qui lui avait deja reussi en 1576, lors de la premiere manifestation de la Ligue, en decidant d'en prendre la tete afin de mieux la controler. Il entreprit rapidement des negociations avec les ligueurs nobiliaires par l'intermediaire de sa mere. Des le 9 avril 1585, Catherine de Medicis invita le duc de Guise << affin que nous puissions commencer a negocier >> (48). Le 20 juin, elle annonca a Pomponne de Bellievre la conclusion de la paix entre le roi et les Guise (49). Le traite de Nemours du mois de juillet revoquait tous les edits de pacification precedents, interdisait la pratique du protestantisme a la grandeur du royaume, ordonnait le depart de tous les ministres reformes, demandait aux protestants de se convertir a l'interieur d'un delai de six mois, abolissait les chambres mi-parties, interdisait aux protestants d'occuper des offices royaux. Deux mois plus tard, le pape Sixte V excommuniait Henri de Navarre et le prince de Conde et les declarait ineligibles a la succession de la couronne francaise.

Les protestants denoncerent evidemment toutes ces manoeuvres qui, selon eux, temoignaient d'abord et avant tout de l'immense faiblesse du roi qui se retrouvait completement demuni face aux Guise. Revenant sur ces evenements dans un pamphlet publie en 1588, Michel Hurault ecrivit que : << depuis qu'un Roy fait conoistre qu'il craint quelqu'un dans son Royaume, qu'il y a quelqu'un qui peut estre plus grand que lui, il n'a plus de maieste, il n'est plus rien, tout le monde court a cestuy la. (50) >> Matthieu, s'appuyant ouvertement sur le pamphlet d'Hurault, reprend ces propos a plusieurs reprises. Selon lui, depasse par les evenements, Henri III se presentait en penitent, plutot qu'en souverain, a la Ligue. S'il eut fait voir << qu'il estoit Roy, la vraye et vive image de Dieu, qui avoit le foudre prest en la main pour accrazer ceux qui s'eslevoyent contre luy, la guerre seroit finie >>. Mais Henri III fut incapable de demontrer << une fermete, un courage, une resolution convenable a sa Maieste >>. Il etait toujours possible pour lui de prendre le controle de la situation en 1585. Mais, en se placant a la tete de la Ligue, il ravala beaucoup de son autorite : << Des lors son respect, sa puissance, sa crainte, s'esvanouirent. Il ne parla plus a la Ligue qu'en termes d'esgal a esgal, et receut la Loy de ceux qui la devoient prendre de luy. (51) >>

Matthieu revient sur ces idees lorsqu'il relate la journee des Barricades du mois de mai 1588. Confiant dans sa force, tablant sur la faiblesse royale qu'il avait ete a meme de constater, le duc de Guise n'hesita pas a passer outre a un ordre d'Henri III lui interdisant de franchir les murs de la capitale. Inquiet de perdre le controle de la ville, le roi ordonna a ses Suisses d'y penetrer pour se stationner dans ses principaux points strategiques; c'etait aller contre les privileges municipaux. Alimentes par les rumeurs les plus folles, les Parisiens bloquerent les mes a l'aide de barricades, assiegerent les soldats royaux qui ne durent leur salut qu'au duc de Guise que le roi dut appeler a l'aide. Humilie, Henri III fuit la capitale pour se refugier a Chartres, puis a Blois. Aux lendemains de ces evenements, le roi n'avait pas su faire face a Guise, et avait encore montre un naturel benin. Matthieu le lui reproche : << quand il y a de l'exces en ceste Clemente, qu'elle se convertit en une nature molle, et facile, que cette bonte n'est mesleee avec la vigueur, la facilite avec l'austherite, i'estime cela une pure nonchalanee >> (52). Mais le roi se trouvait dans une situation intenable, alors que les ligueurs lui demandaient son appui pour lutter contre les huguenots. Henri III savait tres bien que la ruine des Etats vient de la guerre civile, qu'il ne pouvait appuyer un parti au sein de son royaume sans signer son arret de mort (53). Il avait cependant ete incapable de reagir et de faire face aux ambitions nobiliaires qui se cachaient derriere les belles paroles des ligueurs.

A l'oree des troubles de religion, les Guise avaient non seulement acquis une popularite sans precedent grace a leurs prouesses militaires au cours des guerres d'Italie, mais ils avaient reussi a s'inserer dans les rouages de l'Etat grace a la protection d'Henri II (54). Leur puissance a la cour etait assuree par le soutien de centaines de gentilshommes qui leur devaient leur carriere et leurs etaient donc tout devoues. Au controle du royaume durant le court regne de Francois II, les Guise furent ecartes, bien malgre eux, du pouvoir apres la mort de ce dernier. La regente les tint a l'oeil, car elle croyait fermement qu'ils revaient de reprendre l'influence qu'ils avaient perdue. Dans une lettre adressee a la reine d'Espagne le 24 aout 1563, Catherine de Medicis soutint que le cardinal de Lorraine << ha henvie par heun moyen ou par heun aultre revenir a manyer les afayres dans set royaume >>, et qu'il prenait les moyens pour y parvenir (55). Mais l'assassinat du duc de Guise par Poltrot de Mere en fevrier 1563 s'etait deja traduit par un declin de cette famille qui s'etait toujours illustree par ses faits guerriers. Les heritiers du defunt etaient trop jeunes pour pouvoir s'illustrer immediatement sur les champs de bataille, alors que le cardinal de Lorraine n'arriva pas a mobiliser leurs clients. Catherine de Medicis, toute a sa politique de conciliation entre les deux religions, appreciait sans nul doute cette situation. Le massacre de la Saint-Barthelemy offrit finalement l'occasion a la famille d'une rentree en graces temporaire, l'avenement d'Henri III la releguant a nouveau aux seconds rangs. Mais le nouveau roi semblant hesitant a combattre ouvertement les protestants, les Guise prirent ouvertement parti contre lui et pour la defense du catholicisme.

Les attaques contre les Guise commencerent des les annees 1560. Le premier, Francois Hotman redigea une violente diatribe a l'endroit du cardinal de Lorraine aux lendemains de la repression de la conjuration d'Amboise. L'objectif de l'auteur etait de purger la cour de ce << tigre enragee, vipere venimeuse, sepulcre d'abomination, spectacle de malheur >>. Il tenta de rallier les Francais a sa cause en exposant les vices du cardinal, et notamment l'utilisation qu'il faisait des femmes pour parvenir a ses fins. Il << a implorer [leur] ayde et demander leur alliance, envers lesquelles apres t'en estre prevalu, tu as este non moins ingrat. (56) >> Ne respectant aucune regle, il aurait entretenu, pour parvenir a ses fins, des relations sexuelles avec Catherine de Medicis et sa belle-soeur Anne d'Este, mais aussi avec sa propre soeur Renee. Tout comme les Italiens, Charles de Lorraine etait un << vilain sodomite >>, un << bougre >>. D'ailleurs, n'avait-il pas fait << expressement venir d'Italie, huit mil bougres infects >>? Les Lorrains, en agissant ainsi, ne cherchaient qu'a rabaisser la France afin de mieux s'y elever, puisque, comme l'ecrivait un pamphletaire anonyme en 1561, ces << cadetz d'une maison estrangere >> ne vivaient << aujourd'huy en la grandeur, et laquelle ils se sont elevez, sinon de la moelle qu'ils ont tiree de nos pauvres os, et du sang qu'ils ont succe de noz vaines. (57) >> A terme, leurs actions les auraient amenes a usurper le gouvernement au detriment des princes du sang. L'accusation devint plus grave par la suite, lorsque leurs adversaires leur reprocherent d'etre au service de l'Espagne. Des lors, ces etrangers devenaient des traitres qui voulaient s'accaparer de la couronne au detriment des souverains legitimes (58). Cela ne causait aucun scrupule a ces individus a qui << la fleur de lys semble impure, est de mauvaise odeur et leur put >> (59). De la a dire aux << vrais >> Francais que les Guise etaient les principaux << aucteurs et causes [...] des maulx consecutifs >> subis par le royaume au cours de la deuxieme moitie du XVIe siecle, il n'y avait qu'un pas, que leurs adversaires n'hesiterent pas a franchir (60).

Matthieu avance que l'objectif premier des Guise avait toujours ete de monter sur le trone. En 1576, un individu aurait ete intercepte en possession de memoires exposant les << moyens d'authoriser ceste ligue et rompre l'ordinaire cours de la succession de France >> (61). La maison de Lorraine mit de l'avant la pretention qu'elle descendait de Charlemagne, et qu'ainsi elle avait davantage de droit au trone que celle des Capet, et donc des Valois. Le ligueur Pierre Matthieu accepta ces pretentions : << Ils sont Francois, et issus des Roys de France, de la ligne la plus asseuree pour la succession de la coronne, soit qu'on la prenne des Carolins, ou des Capets >> (62). La propagande ligueuse qui visait, selon le royaliste Matthieu, a tromper les uns et les autres, commenca aussitot son oeuvre afin de distiller ce mensonge dans l'esprit des bons Francais : << les Courriers sont despechez ca et la pour porter les premiers advis de ces desseins, affublez de belles et brillantes couvertures, pour esblouyr les yeux et des grands et des petits. >> A la mort du duc d'Anjou, les ligueurs mirent de l'avant la candidature du Cardinal de Bourbon a la couronne, donnant ainsi l'impression qu'ils respectaient les regles de la loi salique. Toutefois, parallelement, << tout sourdement on coule aux ames du simple peuple, ceste fretillante usurpation des Capets sur les heritiers de Charlemagne. (63) >> Les Guise, ecrit Matthieu : << avoi[ent] fait imprimer des livres pour rompre l'ordre de la legitime succession a la coronne en la faveur de la maison de Lorraine. >> Le duc de Guise tenait particulierement a cette idee. Il << ne pensoit qu'a restablir, qu'en sa personne comme branche de Charlemagne la grandeur & authorite usurpee par les anciens Maires du Palais, a ce que le Roy ne porta que le nom & qu'il fit de luy ce que Charles Martel avoit fait de Chilperic (64). >> Les simples Francais veritablement soucieux de leur religion etaient impuissants devant une machination si bien rodee, ils devinrent les jouets de cette famille qui affirmait pourtant continuellement qu'elle se trouvait a l'ecoute du peuple.

De fait, la pression fiscale generee par les troubles affectait profondement la population. La situation agricole difficile augmentait egalement la tension, et rendait encore plus attrayant des discours axes sur le soulagement du public. Mais les Lorrains ne profiterent pas des occasions qui s'offraient a eux pour tenter de redresser la situation. Les negociations qu'ils menerent avec le roi, entre 1585 et 1589, revelerent leur empressement a regler leurs affaires personnelles et leur peu d'interet pour les questions religieuses et economiques (65). Matthieu se fait l'echo d'un tel jugement : << Considerez maintenant si ces grands soulageurs du Peuple, ces Timoleons, ces Arates, qui faisoient trompetter si haut la querelle du bien public, qui detestoient les creues des tailles, l'invention des imposts se sont souvenus du Peuple en ceste negotiation. (66) >> Le pauvre paysan qui ignorait ce qu'etait la Ligue en payait les frais, et avec interets!

Une des critiques principales adressees par les ligueurs a Henri III concernait ses mignons, accuses de dilapider le tresor public a des fins personnelles. Dans la Guisiade, les conseillers du roi devinrent des << diables incarnez, Machiavelistes, Hereticques >> appelant l'Enfer << comme [des] desespere[s], [des] sorcier[s], avec toute [leur] daemonomanie >> pour les aider contre les vrais catholiques (67). Matthieu change completement son fusil d'epaule dans son Histoire des derniers troubles, alors que les mignons sont presentes comme des serviteurs fideles du roi, et d'ardents defenseurs du catholicisme, tandis que l'ambition guisarde est pourfendue. Les mignons << n'avoit rien tant a coeur que la conservation de la Religion Catholique [, eux] qui jamais ne se laisserent traverser a quelque passion contre le discours de l'utilite publique, [...] qui ne suivoient pas l'opinion, mais la raison >> (68). Matthieu consacre treize pages (p. 130 a 143) de son troisieme livre a faire etat de la fidelite qu'Epernon, Joyeuse et Valette avaient montre au roi et au catholicisme, ainsi qu'a leur engagement dans la guerre contre les huguenots. Parlant par la bouche du roi, il va plus loin, disant que
   La Ligue veut que je chasse mes serviteurs, ceux qui me sont plus
   affectionnez. Ainsi les loups prierent les brebis de chasser les
   chiens pour en avoir meilleur compte. Que je m'oblige a leurs
   menees & pourquoy faire & pour leur servir de planche a la royaute,
   queje couve en mon sein les viperes qui me rongeront, que je couvre
   sous les Heurs de Lys ces croisettes de Lorraine, que de Roy je
   devienne chef de bande, que le peuple sache que [...] si je n'ay le
   courage pour punir les entrepreneurs, ils n'ont ny honte ny crainte
   de poursuivre l'entreprinse. [...] & quand cela seroit fait, quel
   avancement pour moy ny pour la Republique? (69)


Matthieu pourfend les tendances particularistes des chefs ligueurs, chacun d'entre eux desirant se forger un royaume personnel dans les territoires qu'il controlait: tous avaient << chacun dessein a part, chacun desirant s'asseoir en la chaire du maistre >>. Ils ne << cherchoient que de voir ce sceptre brise, ceste coronne en pieces, pour en ramasser les esclats, & en recueillir les fleurons >> (70). Matthieu affirme que le bien public n'etait qu'un alibi permettant aux Ligueurs de donner libre cours a leur violente rebellion : << Que [...] de trahisons, [...] de desloyautez, de rebellions, [...] triompheront soubz le spacieux pretexte de guerre pour [...] le bien public >> (71). En fait, son ouvrage accuse litteralement les Guise de vouloir << despouiller [le roi] de son authorite voire du nom de Roy >> (72). Des le Livre premier, l'historien est tres clair a ce sujet:
   Si c'est pour le Roy, ou sont ses commissions? Si c'est pour son
   service, ou est son commandement? Si c'est pour luy, pourquoy le
   faites-vous sans luy? Si c'est pour son obeissance, pourquoy
   jurez-vous d'obeir au chef de vostre ligue? pouvezvous estre
   obligez par un mesme serment a deux contraires? [<< Le subject ne
   se doit obliger par serment de fidelite a autre qu'a son Seigneur
   >>.] Ne scavez-vous que toute levee d'armes est crime de lese
   Majeste, sans la permission du Souverain? que les subjects ne se
   peuvent liguer sans le Prince, que les ligues se font entre
   personnes esgales & non subjectes. (73)


Incapable de se contenter de son rang, le duc de Guise ne trouvait, selon Matthieu, la paix que dans les troubles. Il n'hesitait pas a s'elever contre son roi legitime, meme si les sujets devaient accepter sa gouverne, fut-il un tyran. Il agitait devant les catholiques la cause de la religion, mais << toute sedition, toute rebellion est mauvaise et pernicieuse es Royaumes, encor qu'elle eut bonne & honeste cause. (74) >> Ce faisant, les ligueurs outrepassaient leur condition de sujets en formant une Ligue contre l'avis du roi. S'ils affirmaient agir au nom de leur foi, ils cherchaient en fait a diviser l'Etat, temoignant ainsi de leur hypocrisie, et a le donner a l'Espagne. Ils insistaient egalement sur la necessite de reformer l'Etat, mais ceci etait egalement un faux pretexte : << Toutes guerres Civiles, mesmes a Rome, celles de Sylla et Marius, Cesar et Pompee, Octavius, Marc Anthoine, et Lepidus estoient couvertes de ce voile de liberte et utilite publique. (75) >> De denoncer les Guise permettait de prendre la defense des institutions et des moeurs francaises. Malgre ses croyances religieuses, le roi de Navarre etait un individu profondement francais : << il est Francois, et prince Francois, membre de la France, qui sent ses douleurs, et se sent de ses plaies. (76) >> A ce titre, il ne pouvait accepter de voir le royaume tomber en mains etrangeres, ce qui risquait d'arriver, l'Espagne guettant la moindre occasion de mettre la main sur son ennemi ancestral.

Le dernier Valois, aux yeux de ses detracteurs, n'avait pas su s'elever audessus de la melee politique et se poser en roi. Le duc de Guise avait gagne la bataille sur ce tableau et avait reussi a convaincre une majorite de Francais que la majeste residait davantage en lui que dans le roi. Mais l'assassinat du duc en decembre 1588 changea la donne. Son frere et successeur, le duc de Mayenne, ne possedait pas le meme charisme, loin de la. Il fut oblige de faire de plus en plus appel aux Espagnols pour l'aider a mener sa lutte. L'introduction de l'ennemi hereditaire de la France a l'interieur de ses frontieres ne pouvait etre le fait que d'individus etrangers a la nation des fleurs de lys, le veritable Francais ne pouvant supporter le joug de ce tyran. En janvier 1594, Jean Le Maistre, president du parlement de Paris, dit au duc de Mayenne que les Parisiens le tenaient plus pour espagnol que francais (77). Mayenne n'etant pas considere comine un grand danger par les royalistes, leurs attaques se tournerent plus franchement vers l'Espagnol, ce qui permettait de minimiser la responsabilite des Francais, et meme celle des Guise, dans le deroulement des troubles, facilitant ainsi le processus de reconciliation.

Pour les royalistes qui, dans leurs ecrits, amplifiaient a des fins polemiques le role de l'Espagne dans les affaires internes francaises, Charles Quint et Philippe II etaient les principaux responsables des troubles de religion francais. Le roi d'Espagne, en effet, << n'a eu d'autre but, que la confusion de cet Etat, qui lui empeche la Monarchie, pour en tirer profit. (78) >> D'apres Matthieu, Philippe II en particulier << craint que nostre prosperite ne soit son malheur, nostre paix sa guerre, [... Il] met l'huile & le bois pour entretenir l'embrasement de nos divisions [...] ne se soustient plus que sur nos ruines [et] ne craint autre secousse que la Paix de ces guerres civiles, qui ne finiront que par les estrangeres, d'ou elles sont conceues >> (79). Certains opuscules royalistes alimentaient le patriotisme francais en recourant a des attaques xenophobes a l'endroit des Espagnols, race contaminee par le sang et les croyances des Juifs et des Maures. Ils animaient ainsi la haine a leur endroit et etablissaient la superiorite francaise Un pamphlet attribue a Duplessis-Mornay les associait directement aux Italiens et aux Espagnols. Selon l'auteur, ils << veulent nous faire oublier notre naturel de Francois et nous rendre Italiens et Espagnols, c'est-a-dire deloyaux, traitres, et sanguinaires, pour tant plus aisement nous faire ploier sous leur Inquisition tyrannique, qu'ils veulent etablir et mettre en ce royaume, pour nous gehenner a la facon d'Espagne, quand ils se seront rendus les maitres. (80) >> Alors que le caractere francais du roi de Navarre ne faisait aucun doute, << le duc de Guise n'hesitait pas a appeler a la rescousse << un Espagnol, un Italien, voire un Turc et Mahometan, pour le faire participant de sa conquete, et partager avec lui, aimant trop mieux avoir une partie de ce corps politique qu'il marchande il y a si long-temps, que de le conserver sain et entier a sa mere, a l'exemple de la paillarde, qui aimoit mieux avoir la moitie de l'enfant de sa Voisine, que de le voir rester a la vraie mere en son entier. (81) >>

Loin de vouloir defendre la perennite de la religion catholique, les Espagnols et le pape qui leur etait completement soumis voulaient plutot mettre la main sur la couronne de France et faire subir aux Francais les tourments qu'avaient deja du affronter les Amerindiens et les habitants des Pays-Bas. Les pamphletaires denoncaient cette hypocrisie et avertissaient les Espagnols qu'ils ne se laisseraient pas faire :
   Vous n'avez pas affaire a voz Toupinanbous : n'apprehendes vous
   point qu'il vous faudra affronter tant de milliers de vrais
   Francois, qui vous donneront cent et cent batailles (s'il en est
   autant de besoin) devant que de devenir Espagnols? Quoy? Que ces
   Maranes soyent nos Roys! Nos Princes! Que le Gentil-homme Francois
   flechisse souz le commandement Espagnol? Que la France soit
   adioustee entre les tiltres de ce Roy de Maiorque, de ce demi More,
   demi Juif, demi Sarrazin (82)?


Matthieu reprend ce genre de discours lorsqu'il mentionne qu'en << ce bigarrement de tant de superstitions & de la Synagogue & de l'Alcoran, la religion des Chrestiens [d'Espagne] se corrompoit [...] il n'y resta tousjours quelque levain de ceste premiere opiniastrete qu'ils tenoient successivement de leurs bisayeulx >> (83). En mettant la faute sur l'Espagne, les royalistes tentaient de dedramatiser les troubles qui affectaient le royaume. Une guerre civile est un evenement anormal dans la vie d'un Etat au sein duquel la population doit vivre en harmonie. Un conflit qui n'etait pas naturel etait remplace par une lutte plus acceptable qui se faisait contre une nation etrangere. Ce nouveau combat devait cimenter l'unite des Francais contre un adversaire qu'il s'agissait de repousser a l'exterieur des frontieres. Ceux qui refusaient de s'y joindre etaient des traitres a la nation, et meriteraient de se faire traiter comme tels.

D'apres Matthieu, << ceux qui sous couleur de Religion veulent envahir l'Estat, & introduire les barbares Espagnols & autres usurpateurs [maintiennent 1'] Anarchie [...] a l'aide des doublons d'Espagne >> (84). Mais ces grands ligueurs avaient peut-etre cru que leur ambition serait davantage satisfaite par Philippe II que par Henri IV. Ainsi, Mayenne << s'imagina qu'il auroit bien tost le tiltre de Lieutenant general du Roy d'Espagne en la conqueste de la France >>, un titre que jamais Henri IV ne lui aurait accorde (85). L'historien va plus loin, affirmant que les Guise etaient des << ames Francoises transsubstantiees en Espagnoles >> qui travaillaient a << accommoder les affaires de l'Espagnol >> (86). Quant aux chefs de la Ligue roturiere, ils etaient << empoisonnez de l'or d'Espagne >>, voulaient << acheminer [...] les affaires selon l'intention du Roy d'Espagne >> et etaient prets a subir << l'horrible servitude & tyrannie des Espagnols >> (87). Car Philippe II << voudra vivre en maistre, ruinant les Heretiques & les Ligueurs, prendra le rasoir pour faire esgalement la barbe aux uns & aux autres, ostera tous les partis du royaume, hors mis le sien. Les feux de joye de ces victoires seront les obseques & funerailles de nostre party [la Ligue] >> (88). La aussi, Matthieu reprend a son compte le discours antiespagnol developpe par les royalistes durant les premieres annees du regne d'Henri IV. Il integre egalement, quoique de facon plus moderee, les propos que tenaient les royalistes au sujet de la dependance des Saints Peres envers le maitre de l'Escurial.

La place du pape dans les affaires nationales francaises fut l'un des sujets de discorde du temps. Les ligueurs adopterent une position ultramontaine a laquelle leurs adversaires repondirent en developpant un discours fortement gallican (89). Pour les royalistes, la souverainete et les interets de l'Etat francais devaient etre preferes a l'universalisme du Saint-Siege, qui violait le sens historique, la tradition et les institutions de la France (90). Des juristes de la fin du XVIe siecle, tels Guy Coquille ou Pierre Pithou, plaiderent pour un renforcement du pouvoir de la royaute sur les structures ecclesiastiques, car ils croyaient que cette avenue s'avererait la plus susceptible de proteger l'Eglise francaise. Matthieu se dit pour sa part convaincu que << les ordonnances de France [sont] pleines de respect & de reverence envers l'Eglise >> (91). Mais les papes ne semblaient plus respecter les lois francaises. Ainsi, Sixte Quint (1585-1590) exigeait que les articles du concile de Trente deviennent lois fondamentales du royaume francais, ce qui substituerait l'autorite de la papaute sur celle du roi dans plusieurs domaines et qui detournerait completement la magistrature d'Henri III (92). Pourtant, dit Matthieu, << les bons Papes n'ont jamais ceste jurisdiction au pervertissement des Loix politiques. >> (93) Ensuite, ce pape excommunia Henri III et Navarre, laissant croire qu'en cas extremes un pape avait le droit d'intervenir dans les affaires politiques des Etats.

L'intrusion romaine dans les affaires francaises exasperait les royalistes qui croyaient que le Saint-Pere arbitrer les differends entre les factions plutot que de prendre carrement partie pour l'une d'entre elles. En 1590, Sixte Quint envoya le cardinal Cajetan en tant que legat en France, mais celui-ci prit fait et cause pour la Ligue, alors que le pape l'avait envoye vers Henri IV afin de l'inciter a se convertir. Un pamphletaire anonyme fit remarquer que le legat ne s'etait pas presente en France avec le desir de contribuer a l'etablissement de la paix, mais plutot avec un glaive a main, et en etant soucieux de mettre le royaume a feu et a sang (94). Matthieu se fait l'echo de telles paroles : << le Legat du Pape, fortifie par les chefs de la Ligue, & selon les intelligences avec l'Espagnol, duquel il estoit pensionnaire, continuoit de troubler la France par ses Bulles >> (95). La France dut donc faire face a de puissants ennemis exterieurs au cours des annees 1590. Heureusement, Dieu lui avait donne un roi capable de surmonter semblables defis.

La demiere phase des conflits civils qui affligerent la France durant la seconde moitie du XVIe siecle reposa sur la question de la legitimite meme d'Henri IV. Reconnu par Henri III mourant comme son successeur, le premier Bourbon fut rejete par les catholiques zeles qui refusaient de voir un protestant monter sur le trone de France. De nombreux royalistes, notamment au sein de la noblesse combattante, etaient egalement ambivalents devant ce nouveau roi qu'ils connaissaient peu ou mal (96). Henri dut donc se lier par contrat avec eux des le 4 aout, alors qu'il promit de convoquer dans les six mois un concile national dont il s'engageait a respecter les conclusions. Il reconnut egalement les privileges de l'ensemble de ses sujets, alors que les charges et dignites octroyees par Henri III furent maintenues dans les mains de leurs proprietaires (97). En s'engageant ainsi, Henri IV reconnaissait qu'il aurait besoin de ses nobles pour reconquerir son royaume. En 1589, la solution au conflit semblait passer par les champs de bataille. Afin de solidifier les appuis que le roi obtint grace a ses premiers succes militaires, sa propagande commenca a le presenter comme un habile guerrier choisi par Dieu afin de tirer la France du chaos. Sa force, son courage et sa tenacite, vertus qui rappelaient celles d'Hercule, etaient garants du succes a venir contre les ennemis du royaume infeodes a l'Espagne. Forme a la guerre des l'age de douze ans, sa valeur et sa legitimite etaient reconnues de Dieu qui lui permettait de remporter des victoires inesperees contre des ennemis bien superieurs en nombre (98).

Pierre Matthieu reprend les memes themes dans son Histoire des derniers troubles. Son evocation de la bataille de Dreux du mois de mars 1590 est particulierement evocatrice sur ce point. Il insiste d'abord sur le courage du roi, pret a combattre coute que coute contre des forces bien superieures en nombre:
   la veille & le jour du combat, il luy [Navarre] arriva plus de six
   cents chevaux, sans lesquels neantmoins il estoit tout resolu de
   combattre [, et] deux mil Gentils hommes Francois, dont il n'y en a
   pas eu plus de douze cents qui combattirent, ayant desfait & mis en
   telle route une armee [ligueuse] de quatre mille chevaux & de douze
   mille hommes de pied, leur cavallerie estant fraische, bien montee
   & bien armee (99).


Le combat lui-meme permet a l'historien de vanter les merites du Bearnais. Dans cette bataille, on vit, dit-il, le << Roy tousjours victorieux >>
   partir la longueur deux fois de son cheval avant aucun autre, & se
   mesler si furieusement parmy les ennemis, qu'il fit bien
   recognoistre, que si auparavant il avoit, en commandant &
   ordonnant, bien faict l'office d'un grand Roy & d'un grand
   Capitaine, au combat, il sceut bien faire celuy d'un brave &
   magnanime gendarme [...]. on le vid paroistre couvert du sang de
   ses ennemis, sans que Dieu mercy, ils eussent veu une goute du
   sien, encores qu'il fust assez remarquable par un grand panache
   blanc, qu'il avoit a son accoustrement de teste, & un autre que
   portoit son cheval (100).


La victoire obtenue montre bien que, malgre les affirmations des ligueurs qui exaltaient les liens de leur parti avec le Createur, les entreprises royales etaient benies de Dieu. Faisant le bilan de la bataille de Dreux, Matthieu soutient que << il s'est peu cognoistre en ce combat deux ou trois choses si extraordinaires & miraculeuses, qu'elles ont eu faire juger, que Dieu y a voulu besongner. (101) >>

Ce soutien donne par Dieu aux entreprises royales faisait encore plus transparaitre les mensonges des chefs de la Ligue qui ne luttaient que pour la defense de leurs interets personnels, alors qu'Henri IV etait le roi investi par la loi salique. Dans la Guisiade, Matthieu faisait clairement passer la loi de catholicite avant la loi salique : << Le sceptre du Francois n'a jamais sceu permettre / D'avoir un Huguenot, ny un Tyran pour maistre : / L'Heretique est hay de ce sacre fleuron [... ] / Plustost nous quitterons nostre Salique loy / Que d'endurer sur nous l'Heretique pour Roy >> (102). Convaincu de la sincerite de la conversion royale, Matthieu se fait le defenseur de la loi de succession a la couronne :
   tout bon Francois & Catholique doit detester & abhorrer [aller
   contre la Loi salique, car cela est] directement contraire a la
   parole de Dieu, aux saincts Decrets, Concile & libertez de l'Eglise
   Gallicane : & [...] ouvre la porte a l'entiere ruine & eversion de
   toutes polices & societez humaines instituees de Dieu[.] tout homme
   de bien & vray Francois doit exposer sa vie, plustost que souffrir
   qu'elle soit alteree & violee (103).


Et il se pose la question suivante : si les lois du royaume n'empechent pas un fils d'heriter des biens de son pere en raison de sa confession de foi protestante, pourquoi un prince devrait-il etre prive de sa couronne (104)? Matthieu va plus loin en laissant entendre que les Guise reconnaissaient eux-memes la validite de la loi salique. Pour quelle raison, sinon, auraient-ils tente de se faire passer pour des descendants de Charlemagne ? De tels detournements demontrent clairement la perfidie des Guise, et leur volonte de satisfaire leurs ambitions d'abord et avant tout. Dieu, qui protegeait depuis toujours la France, n'avait pas permis que ces etrangers triomphent et il avait eclaire le coeur d'Henri de Navarre dont la conversion royale enlevait toute legitimite a la poursuite de la lutte par les bons Francais catholiques. Ceux qui croyaient en la destinee francaise, dont Matthieu, convaincu de la sincerite du geste pose par Henri IV, se rallierent a lui et commencerent a oeuvrer a la restauration du royaume.

Des son arrivee sur le trone, Henri IV promut une politique de reconciliation nationale qui, une fois les troubles termines, visait a amener les Francais a oeuvrer ensemble pour relancer le royaume dans la voie de la prosperite et de la grandeur. Son objectif n'etait donc pas d'ostraciser ses sujets qui avaient suivi la Ligue, bien au contraire. Ces individus avaient ete le jouet de manipulateurs ambitieux, d'ennemis de la France, qui transmettaient leurs faussetes par le biais de predicateurs infeodes a l'Espagne. En fustigeant ces << prescheurs empoisonnez de l'or d'Espagne >>, Matthieu, comme bien des royalistes, minimisait la responsabilite du petit peuple qui avait ete << persuade par les impostures de certains Ligueurs >> a prendre fait et cause contre le pouvoir legitime (105). Il faisait ainsi de la Sainte Ligue un parti totalement controle par ses chefs et Philippe II, dans lequel le peuple avait simplement subi << l'horrible servitude & tyrannie des Espagnols, & de la faction des seize >> (106). Mais la population croyait sincerement defendre la religion catholique contre la menace de l'heresie. La justesse de ce sentiment fut reconnue par Henri IV qui, comme l'ecrivit Antoine Arnauld en 1592, dut plus pardonner le manque de jugement des ligueurs que leur mauvaise volonte (107). Cette approche facilita la reconciliation entre les ennemis d'hier. Reconnu comine le monarque legitime des Francais, recevant des anciens ligueurs la promesse qu'ils lui seraient toujours fideles, le premier Bourbon accueillit pres de lui ceux qui s'etaient prononces contre la venue sur le trone d'un monarque heretique.

Comme l'immense majorite des ligueurs, Pierre Matthieu se convertit politiquement en 1594, suite a la conversion religieuse d'Henri IV. Ces deux operations sont intimement liees, rune ne pouvant se comprendre sans l'autre et les deux adoptant sensiblement la meme demarche. Apres avoir ecrit de nombreux textes dans lesquels il defendait avec passion le credo de la Ligue, Matthieu prit la plume pour temoigner a son nouveau maitre, et a l'ensemble de ses lecteurs, son attachement profond a celui qui symbolisait la reconciliation entre les Francais. Il le fit en mettant en lumiere la faiblesse des derniers Valois qui avait permis aux Guise et a Philippe II d'Espagne de satisfaire leur ambition. Ils se seraient empares de la France si Henri IV ne s'etait pas dresse, tel un nouvel Hercule, devant eux. Le choix qu'avait fait Dieu de ce prince se manifesta clairement lorsqu'il eclaira son coeur et le disposa a se convertir au catholicisme. L'independance et la grandeur nationales etaient garanties avec un tel homme a la tete du royaume. L'attachement de Matthieu a Henri IV ne se dementira pas. Il continuera a travailler sur son Histoire des derniers troubles, en recherchant par ce fait meme une reconnaissance de la part de son patron qu'il finira par recevoir en etant nomme historiographe du roi en 1603.

L'oeuvre de Matthieu ne s'inscrit pas dans le grand courant historiographique francais de la deuxieme moitie du XVIe siecle (108). Il s'en demarque notamment par l'absence de regard critique sur les documents qu'il utilise pour la realiser. Mais cette oeuvre montre bien comment un ex-ligueur peut agir pour affirmer aux yeux de tous la profondeur de sa conversion politique. Matthieu integre parfaitement dans son discours les idees vehiculees par les propagandes royale et henricienne, bien qu'il les ait rejetees du revers de la main jusqu'en 1594. Son recours a des pamphlets royalistes celebres, qu'il n'hesite aucunement a retranscrire tout au long, temoigne de la lecture qu'il faisait de la litterature ennemie au temps des troubles. Il est interessant de constater qu'il a probablement conserve en sa possession certains de ces textes pendant des annees et qu'il est capable d'y faire reference le temps venu. Sa recherche d'informations ne s'epuise jamais, comme le montre un emprunt au Dialogue d'entre le maheustre et le manant, celebre pamphlet ligueur publie a la fin de l'annee 1593 (109). Mais il est d'autant plus facile pour lui d'emprunter au discours royaliste que celui-ci rejoint certaines de ses preoccupations. Matthieu est un bourgeois qui a vu de pres un grand noble ligueur tenter de profiter des circonstances du temps pour se constituer une possession territoriale dans le Lyonnais. Lorsqu'il attaque l'ambition des Guise dans son Histoire des derniers troubles, Pierre Matthieu reflete les tensions qui existaient a l'interieur de la Ligue. En promettant systematiquement aux habitants des villes qui se remettaient sous son obeissance que leurs droits, franchises et privileges seraient scrupuleusement respectes, Henri IV donne l'impression qu'il repond aux preoccupations de certains bourgeois qui s'inquietaient de voir les pouvoirs municipaux leur echapper au profit de l'Etat centralise (110). Par ailleurs, en garantissant le monopole du catholicisme dans ces memes municipalites, il rassure les Francais qui avaient pris les armes au nom de Dieu. Bourgeois et catholique, Pierre Matthieu ne put resister a l'appel du premier Bourbon.

Meme si le retour au bercail royaliste des villes ligueuses n'elimine pas completement les tensions entre les Francais, la politique de reconciliation nationale d'Henri IV cree des conditions favorables qui permettent au royaume de connaitre un calme relatif au cours de la decennie 1610. La France semble sur la voie du renouveau, et des hommes tel Pierre Matthieu veulent participer a ce mouvement, et en profiter personnellement. Pour ce faire, ils doivent demontrer clairement l'attachement qu'ils eprouvent envers la monarchie et le monarque. Chez Matthieu, cela se fait au prix d'une certaine perversion de l'histoire recente. Si la << verite >> historique est souvent une des premieres victimes de la preparation a la guerreet de l'entree dans le conflit, elle souffre aussi generalement de la sortie de crise.

(1) Ce sont ces elements qui, selon William Zartman, determinent si un pays est plonge ou non dans une guerre civile : Elusive Peace ." Negotiating an End to Civil Wars, Washington, The Brookings Institution, 1995, p. 5. Jean-Pierre Deriennic y ajoute des facteurs de divisions ideologiques apparaissant irreconciliables : Les guerres civiles, Paris, Presses de Science-Po, 2002.

(2) Sur les attaques portees contre Henri III a cette epoque, voir Guy Poirier, Henri III de France en mascarades imaginaires, Quebec, Les Presses de l'Universite Lavai, 2010, p. 117-159.

(3) << Testement de messieurs les consuls de l'annee 1588 finissant 89 >>, Archives Departementales du Tarn, BB28, fols 276-284.

(4) Memoires de Jacques Carorguy greffier de Bar-sur-Seine 1582-1595, Edmond Bruwaert ed., Paris, Picard, 1880, p. 17. Selon le redacteur des memoires de Gaspard de Saulx-Tavannes, le massacre de la saint-Barthelemy et celui << de MM. de Guise a Blois >> ne reussirent pas a eteindre << les guerres

civiles >>, mais << les enflammerent perilleusement >>, Collection complete des memoires relatifs a l'histoire de France, M. Petitot ed., Paris, Foucault, 1822, t. XXIV, p. 264-265. Dans certaines villes, toutefois, la mort du duc de Guise se traduisait par la disparition d'un gouvemeur omnipotent qui empechait les autorites municipales de manifester leur attachement a la monarchie. Ce fut le cas, par exemple, de Chalons-sur-Marne : Mark W. Konnert, Local Politics in the French Wars of Religion. The Towns of Champagne, the Duc de Guise, and the Catholic league, 1560-1595, Aldershot, Ashgate, 2006, p. 211212.

(5) Frederic J. Baumgartner, Radical Reactionaries ." The Political Thought ofthe French Catholic League, Geneve, Droz, 1976, p. 103-104 ; Arlette Jouanna, Jacqueline Boucher, Dominique Biloghi, Guy Le Thiec, Histoire et dictionnaire des guerres de Religion, Paris, Robert Laffont, 1998, p. 348; Nicolas Le Roux, Un regicide au nom de Dieu. L'assassinat d'Henri III, Paris, Gallimard, 2006, p. 160-181.

(6) Archives Municipales Toulouse, BB 16, fols 227-242 ; Archives Municipales Lyon, BB 122, fol. 1.

(7) Bibliotheque Nationale, Ms. Fr. 15574, fols 168 et 216.

(8) Gilles Ernst, << Des deux Guisiade de Pierre Matthieu >>, dans Bibliotheque d'Humanisme et Re naissance, vol. 47, no. 2, 1985, p. 368-371.

(9) Pour un portrait convaincant des mignons qui se trouve bien loin de l'image sombre qu'en ont trace les ennemis du roi, voir Nicolas Le Roux, La faveur du roi : Mignons et courtisans au temps des Valois (vers 1547-vers 1589), Seyssel, Champ Vallon, 2001.

(10) Sur les debats entourant la loi salique a l'epoque, voir : Elie Barnavi, << Mythes et realite historique: le cas de la loi salique >>, Histoire, economie, Societe, Vol. III, no. 3 (1984), p. 323-337 ; Stephane Rials, << Aux origines du constitutionalisme ecrit. Reflexions en marge d'un projet constitutionnel de la Ligue (1588) >>, Revue d'histoire des facultes de Droit et de la Science Juridique, no. 8 (1989), p. 189-265.

(11) Pierre Matthieu, La Guisiade, Louis Lobbes ed., Geneve, Droz, 1990, p. 13.

(12) Jacqueline Boucher, <<redacteur de l'histoire a la fin du XVIe et au debut du XVIIe siecle >>, dans Ecritures de 1'histoire (XIVe-XVle siecles) : acres du colloque du centre Montaigne, Bordeaux, 19-21 septembre 2002, Daniele Bohler et Catherine Magnien Simonin eds, Geneve, Droz, 2005, p. 313.

(13) Michel De Waele, Reconcilier les Francais. Henri IV et la fin des troubles de Religion, Quebec, Presses de l'Universite Laval, 2010.

(14) Pierre Matthieu, Theatre complet, Louis Lobbes ed., Paris, Champion, 2007.

(15) Sur cet individu, voir Pierre Richard, La Papaute et la ligue francaise. Pierre d'Epinac, archeveque de Lyon (1573-1599), Paris, Picard, 1901. Selon Nicolas Schapira, une << relation etroite a un maitre dont le service efficace suppose d'abandonner toute independance d'esprit, alors meme qu'il s'agit d'un travail d'intellectuel >> se trouve au coeur de la fonction de secretaire : << Les secretaires particuliers sous l'Ancien Regime. Les usages d'une dependance >>, Les cahiers du centre de Recherches Historiques, No. 40 (2007), p. 111.125.

(16) Stances sur l'heureuse publication de la paix et saincte union : avec un hymne de mesme argument, Lyon, Gaspard Jullieron, 1588.

(17) Jean-Marie Constant, La Ligue, Paris, Fayard, 1996, p. 276.

(18) Y. Lignereux, Lyon et le rol De la << bonne ville >> a l 'absolutisme municipal (1594-1654), Seyssel, Champ Vallon, 2003, p. 30-38.

(19) Archives Municipales Lyon, AA 111, fols 17 et 19v0.

(20) Discours veritable, et sans passion sur la prinse des armes, et changemens advenus en la ville de Lyon le 18 de septembre 1593 : envoye par un bon citoven de Lyon a un sien amy ; Avec la proposition faicte a Monseigneur le Duc de Nemours par le Conseil, Lyon, Jean Pillehotte, 1593.

(21) Bibliotheque Nationale, Ms. Fr. 15910, foi. 22.

(22) << Reduction de la ville de Lyon sous forme de proces verbal >>, Archives Municipales Lyon, BB 131, fols 20-22.

(23) Sur la reduction de la ville a l'obeissance d'Henri IV et les rapports qui s'etablissent par la suite entre la municipalite et l'autorite monarchique, voir : Y. Lignereux, Lyon et le roi.

(24) Archives Municipales Lyon, AA 111, fol. 129v0. L'article 1 de l'edit de reconciliation de Lyon, promulgue a Saint-Germain-en-Laye en mai 1594 et enregistre au Parlement de Paris le 24 mai 1594, stipule << qu'il ne se fera en ladicte ville et faux-bourgs d'icelle, et autres lieux du Gouvemement, deffendus par l'Edict de pacification faict en l'annee mil cinq cens soixante et dix-sept, aucun autre exercice, que de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine >> : Archives Nationales, X 1a 8641, fol. 61v0.

(25) Declaration de la volonte du Roy, avec la remonstrance faicte a sa Majeste, par les Princes de son sang Officiers de la Couronne, Tours, Jamet Mettayer, 1589.

(26) << Memoire baille a M. des Barreaux >>, dans Memoires et correspondance de Duplessis-Mornay, A.-D. de La Fontenelle de Vaudore et P.-R. Auguis eds, Geneve, Slatkine Reprints, 1969 (1824-1825), t. 4, fols. 43-50.

(27) Archives Nationales, Xla 8640, fol. 187v.

(28) Hugues Daussy, Les huguenots et le roi. Le combat politique de Philippe Duplessis-Mornay (1572-1600), Geneve, Droz, 2002, p. 452-456.

(29) << A nostre sainct pere le pape >>, dans Recueil des lettres missives de Henri IV, M. Berger de Xivrey ed., Paris, Imprimerie royale, 1843-1876, t. 3, p. 674.

(30) Michael Wolfe, The Conversion of Henri IV. Politics, Power. and Religious Belief in Early Modern France, Cambridge, Harvard University Press, 1993, p. 125-131.

(31) T. N. Tentler, Sin and ConJbssion on the Eve of the Reformation, Princeton, Princeton University Press, 1977 ; Jean Delumeau, L'aveu et le pardon : les difficultes de la confession, XIIIe-XVIIIe siecles, Paris, Fayard, 1990; M. Wolfe, The Conversion of Henri IV, p. 9-11.

(32) Bibliotheque Nationale, Dupuy 770, fols 225-226.

(33) Henri IV ne perdit pas une occasion de montrer a ses sujets qu'il etait un bon catholique. Ainsi, au lendemain du retour de la ville de Dijon a son obeissance, il ordonna la tenue d'une procession qui devait remplacer celle de la Fete-Dieu qui n'avait pu se derouler normalement. Le roi honora cette ceremonie de sa presence : Mack P. Holt, << Henri IV et les privileges municipaux a Dijon : La politique de la reconciliation >>, Lendemains de guerre civile : Reconciliations et restaurations en France sous Henri IV, M. De Waele ed., Quebec, Presses de l'Universite Laval, 2011, p. 17-38.

(34) Discours de la legation de Monsieur le duc de Nevers. Envoye par le Tres-Chrestien Roy de France et de Navarre, Henry III vers le pape Clement VIII, Paris, 1594. Proche des Guise, le duc de Nevers fut profondement perturbe par l'assassinat d'Henri III qui, comme l'ensemble des Francais, l'obligea brutalement a se demander s'il pouvait se rallier a un monarque protestant. Apres bien des hesitations, il refusa de suivre le parti des princes ligueurs qui, selon lui, n'etait mu que par la recherche de la satisfaction d'interets personnels. Son attachement a la monarchie l'amena a se rallier a Henri IV et a oeuvrer en faveur de sa conversion : Ariane Boltanski, Les ducs de Nevers et l'Etat royal. Genese d'un compromis (ca 1550--ca 1600), Geneve, Droz, 2006, p. 460-476.

(35) Michel De Waele, << La reddition de Meaux et la fin des guerres de Religion francaises >>, Bul letin de la Societe Litteraire et Historique de la Brie, t. L, 1996, p. 23-48.

(36) Les pamphlets favorables a Henri IV se nourrissaient des idees vehiculees sur les Guise depuis plus d'une decennie : Marco Penzi, << Les pamphlets ligueurs et la polemique anti-ligueuse : Fauxtextes et "vrais faux". Propagande et manipulation du recit (1576-1584) >>, La memoire des guerres de Religion. La concurrence des genres historiques (XVIe-XVIIIe siecles), Jacques Berchtold, Marie-Madeleine Fragonard eds, Geneve, Droz, 2007, p. 133-151.

(37) Pour ne donner qu'un exemple, l'avocat royaliste Antoine Amauld publia en 1590 L'Anti-espagnol. La meme annee sortit des presses lyonnaises de Jehan Pillehotte une Responce a l'Anti-Espagnol, seme ces iours passes par les rues et carrefours de la ville de Lyon, de la part des coniurez qui avoyent conspire de livrer ladicte ville en la puissance des heretiques et de la distraire du party de la Sainte-Union.

(38) Dans certains cas, comme a Amiens, cela se fit dans le cadre d'une entree solennelle du roi dans la ville : Olivia Carpi, Une Republique imaginaire. Amiens pendant les troubles de religion (1559-1597), Paris, Belin, 2005, p. 210-212. Sur les entrees comme acte reconciliateur, voir Michel De Waele, << "Paris est libre" Entries as Reconciliations : from Charles VII to Charles de Gaulle >>, French History, vol. 23, no. 4 (2009), p. 425-445. Henri IV effectue une entree royale a Lyon en septembre 1595. Le programme de cette entree fut confie a Pierre Matthieu : Yann Lignereux, << Les 'trois corps du roi'. Les entrees d'Henri IV a Lyon, 1594-1596 >>, XVIIe siecle, no. 212 (2001) p. 405-417.

(39) Bibliotheque Nationale, Ms. Fr 23194, fol. 150. Sur Lanssac, voir : Nicolas Le Roux, << Guerre civile, entreprises maritimes et identite nobiliaire. Les imaginations de Guy de Lanssac (1544-1622) >>, Bibliotheque d'Humanisme et Renaissance, t. LXV, no. 3 (2003), p. 529-569.

(40) << Arret du conseil d'etat et lettres patentes du roi Henri IV qui valident et confirment les articles de la capitulation accordee aux habitants de Chatillon >>, 23 juillet et 11 septembre 1595, dans J. Garnier, Chartes des communes et d'affranchissements en Bourgogne, Dijon, Imprimerie J.-E. Rabutot, 1867, t. 1, p. 450-459.

(41) Journalier ou memoires de Jean Pussot, E. Henry ed., Reims, P. Regnier, 1858, p. 31; Etienne Pasquier, << Lettre au comte de Sanzay >>, 5 aout 1589, dans Lettres historiques pour les annees 1556-1594, D. Thickett ed., Geneve, Droz, 1966, p. 431. Nicolas Le Roux, Un regicide au nom de Dieu.

(42) Une telle strategie laissait dans l'oubli les efforts effectues par Henri III pour assurer la paix dans son royaume en l'engageant dans la voie de reformes bien necessaires : Mark Greengrass, Governing Passions. Peace and Reform in the French Kingdom, 1576-1585, Oxford, Oxford University Press, 2007.

(43) Sur ce point, voir Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu. La violence au temps des guerres de religion, vers 1525-vers 1610, Seyssel, Champ Vallon, 1990, vol. 2, p. 569-574.

(44) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles de France, Lyon, 1594, t. 1, p. 12. Matthieu reprend ici un discours propre aux royalistes : << Tous nos malheurs passes ne nous sont arrives que des regnes des femmes, des enfans, puis du gouvernement incongru des estrangers, et enfin d'aultres personnes trop autorisees >>, ecrivait un pamphletaire en 1590 ; << Louez Dieu, ecrivait un autre deux ans plus tard, bienheureux francois, de n'avoir plus de meres et des mineurs pour roys, mais un roy plein de force, un roy participant a la verdeur de la jeunesse, et de la meurete de la vi eillesse >> : Le panegyrique adresse au roy de la part de ses bons subjects de sa ville de Paris, s. 1., 1590, p. 7 ; G. Joly, Panegyrique au roy Henry IIII, Paris, 1594 (1592), p. 9.

(45) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles de France, t. 1, p. 31.

(46) Cette entente engageait egalement la France a recevoir les decrets du concile de Trente, prevoyait la fin de l'alliance avec les Turcs et stipulait que l'Espagne fournirait 600 000 ecus pour financer les operations de la Ligue : De Lamar Jensen, Diplomacy and Dogmatism. Bernardino de Mendoza and the French Catholic League, Cambridge, Harvard University Press, 1964, p. 53-55; J.-M. Constant, Les Guise, p. 128-129.

(47) Jehan de Caumont, De la vertu de noblesse aux roys et princes tres-chrestiens, Paris, 1585, fol. 2r.

(48) Lettres de Catherine de Medicis, Hector de la Ferriere ed., Paris, Imprimerie nationale, 1880-1909, t. 8, p. 245

(49) Lettres de Catherine de Medicis, t. 8, p. 325.

(50) Michel Hurault, Excellent et libre discours, sur l'Estat present de la France par un docte per sonnage, bienverse aux affaires d'Estat de la France, 1588, p. 10.

(51) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 1, p. 110 et 112; t. 2, p. 2.

(52) Ibid., t. 3, p. 29. Pour Thomas d'Aquin, << pardonner a tous est cruaute aussi bien que refuser tout pardon >>, Somme theologique, Paris : Editions du Cerf, 1984-1986, II, II, Q. 157, art.2, s. 1; art. 3, s. 1. Cette idee sera reprise en 1632 par le Cardinal de Richelieu, alors que la revolte que menait Gaston d'Orleans en etait a ses derniers soubresauts. Le 7 septembre, il ecrivit au marechal de La Force qu'il << est bien necessaire de faire quelques exemples de ceux qui se rebellent sy facilement. >>, Lettres, Instructions diplomatiques et papiers d 'Etat du cardinal de Riehelieu, M. Avenel (ed.), Paris, Imprimerie Imperiale, 1861t. 4, p. 359-360. Quelques partisans de Monsieur furent arretes et executes, mais le roi pardonna rapidement a son frere et a ceux qui l'avaient suivi leur prise d'armes : Articles de la Paix accordee par le Roy a Monsieur le Duc d'Orleans, Frere unique de sa Majeste, Paris : Antoine Estienne, P. Mettayer & C. Prevost, 1632

(53) p. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 3, p. 102.

(54) J.-M. Constant, Les Guise.

(55) Lettres de Catherine de Medicis, t. 10, p. 109.

(56) Epistre envoiee au tigre de la France, s. 1., s. d., n. p.

(57) Supplication et remonstrance Adressee au Roy de Navarre, et autres Princes du sang de France, pour la delyvrance du roy et du royaume, s.l., 1561, p. 6.

(58) Remonstrance aux bons et loyaux Francois, sur le pretendu edit donne a Rouen en juillet dernier 1588, en faveur des conjurez et liguez ennemis de la maison et couronne de France, s. 1., 1588.

(59) << Conseil salutaire d'un bon Francois aux Parisiens contenant les impostures et monopoles des faux Predicateurs, avec un discours veritable des actes plus memorables de la Ligue depuis la iournee des Barricade >> (1589), dans Memoires de la Ligue contenant les evenemens les plus remarquables depuis 1576, jusqu'a la Paix accordee entre le Roi de France et le Roi d'Espagne, en 1598, Amsterdam, 1758, t. 1, p. 416.

(60) << Lettre du roy de Navarre a MM. De la ville de Paris, faicte par M. Duplessis, de Montauban le 1er janvier 1586 >>, dans Memoire et correspondance, op. cit., t. 3, p. 299; Michel Hurault, Excellent et libre discours, p. 19-25.

(61) p. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 1, p. 44.

(62) P. Matthieu, La Guisiade, p. 31. Sur la fabrication de ces pretentions par les ennemis des Guise, voir M. Penzi, << Les pamphlets ligueurs et la polemique anti ligueuse ... >>.

(63) p. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 1, 44 et 84-85.

(64) Ibid., t. 4, p. 166 et 169.

(65) Voir la lettre adressee par la reine mere a son fils le 29 mai 1585 : Lettres de Catherine de Me dicis, t. 8, p. 302-306.

(66) p. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 1, p. 116. Les royalistes s'en prenaient egalement aux fausses promesses des Guise relativement aux baisses d'impots : << Ou est cestte abolition de tailles ? helas ils les ont sextuplees ! >>, L'estat d'Espagne : avec le proces-verbal de l'hommage faict par l'a'ieul du roy Philippes a present regnant, au tres chretien roy de France Louis XII, 1594, p. 37

(67) P. Matthieu, La Guisiade, p. 67.

(68) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 3, p. 241 a 245.

(69) Ibid., t. 2, p. 126-127.

(70) Ibid., t. 5, p. 37.

(71) Ibid., t. 4, p. 171.

(72) Ibid., t. 4, p. 244

(73) Ibid., t. 1, p. 36 a 39.

(74) Ibid., t. 3, p. 69-78.

(75) Advertissement a tous bons et loyaux subiectz du Roy, Ecclesiastiques, Nobles, et du Tiers estat, pour n 'estre surprins et circonvenuz par les propositions colorees, impostures, suggestions et suppositions des conspirateurs, participants et adherens a la pernitieuse et damne entreprise, faicte et machinee contre le Roy, nostre souverain Seigneur, et son Estat, Paris, 1587, n. p. En aout 1632, le garde des sceaux Chateauneuf declarera que << C'est le pretexte ordinaire de ceux qui sont si osez d'entreprendre contre les Roys, et la Royaute, d'accuser les mauvais conseils de ceux dont ils se servent, de blasmer leur conduicte, et de publier le soulagement du peuple, et professer une entiere obeissance de bouche envers leur souverain, en mesme temps qu'ils meditent de le spolier de sa couronne, et de son Estat, et qu'ils exercent toutes sortes de violences et oppressions contre ses subiects >> : << Harangue de Monseigneur de Chasteauneuf gardes des sceaux lorsque le Roi fut au Parlement tenir son lit de justice pour faire publier la declaration contre Monsieur son frere >>, 12 aoust 1632, BN, Dupuy 380, fols 104-105v..

(76) Declaration du Roy de navarre, sur les calomnies publyees contre luy es protestations de ceux de la Ligue qui se sont eslevez en te Royaume, Orthez, 1585, p. 42.

(77) << Memoire pour la Ligue commencant en Novembre 1593 >>, Bibliotheque Nationale., Ms. Fr. 20153, fol. 660.

(78) << Les dangers et inconvenients que la Paix faite avec ceux de la Ligue apporte au Roy et a son Etat >>, 1586, dans Memoires de la Ligue, t. 2, p. 111.

(79) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 2, p. 56.

(80) << Exhortation et remontrance Faite d'un commun accord par les Francois Catholiques et Pacifiques pour la Paix >>, 1586-87, dans Memoires de la Ligue, t. 2, p. 147.

(81) << Conseil salutaire d'un bon Francois aux Parisiens contenant les impostures et monopoles des faux predicateurs >>, 1589, dans Memoires de la Ligue, t. 3, p. 410.

(82) Antoine Arnauld, Coppie de 1'Anti-Espagnol, faict a Paris, Lyon, Pierre Ferdelat, 1594 (1590), p. 13. Voir egalement : Francois de Clary, Les lauriers du Roy, contre les foudres pratiquez par l'Espagnol, Tours, 1590 ; Antoine Arnauld, La fleur de lys, qui est un Discours d'un Francois retenu dans Paris, sur les impietez et desguisements contenus au manifeste d'Espagne, publye au moys de janvier dernier 93, s.l., 1593.

(83) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles., t. 2, p. 129-130.

(84) Ibid., t. 5, p. 36-37.

(85) Ibid., t. 5, p. 45.

(86) Ibid., t. 5, p. 39.

(87) Ibid., t. 5, p. 21, 30 et 47.

(88) Ibid., t. 2, p. 57-58.

(89) Marco Penzi, << Tours contre Rome au debut du regne d'Henri IV >>, Revue de l'histoire des re ligions, t. 226 (2009), p. 329-347.

(90) Donald Kelley, Foundations of Modern Historical Scholarship: Language, Law, and History in the French Renaissance, New York, Columbia University Press, 1970, p. 308.

(91) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 4, p. 234.

(92) J.-M. Constant, Les Guise, p. 129.

(93) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 4, p. 232-233. Malgre tout, les gallicans erudits concedaient au pape une place importante dans le catholicisme francais : Jotham Parsons, << Papaute, histoire et memoire gallicane au XVIe siecle >>, Revue de l'histoire des religions, t. 226 (2009), p. 315-328.

(94) Du Pouvoir des Legats de nostre S. Pere le Pape. et de la forme qui se doit garder quand ils entrent en la France, Tours, 1590.

(95) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 5, p. 35.

(96) Discours au vray de ce qui s'est passe en l'armee conduicte par sa Majeste, depuis son advenement a la couronne, jusques a la prinse des faux-bourgs de Paris. Et de la iusques a la Prinse de la ville d'Alencon, s.l., 1589, p. 5.

(97) Declaration de la volonte du Roy, avec la remonstrance faicte a sa Majeste, par les Princes de son sang Officiers de la Couronne Seigneurs Gentils-hommes et autres subjets de la France, Tours, 1589

(98) Discours de la divine election du tres-chrestien Henry Roy de France et de Nauarre. Confirmee par les merueilleux faicts que Dieu a monstre en la personne et actions de sa Majeste auparavant et depuis son aduenement a la Couronne, et de la ruine ineuitable de ceux qui s'y opposent, notamment de la ville de Paris. Par G. R. N, Tours, 1590; Panegyric au tres-chrestien Henry IIII. Roy de France et de Navarre. Par le S. D. I. E. S. L., Tours 1590 ; G. Joly, Panegyrique au roy Henry IIII, Paris, 1594.

(99) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 5, p. 19.

(100) Ibid., t. 5, p. 18.

(101) Ibid., t. 5, p. 19.

(102) P. Matthieu, La Guisiade, p. 50.

(103) P. Matthieu, Histoire des derniers troubles, t. 5, p. 36.

(104) Ibid., t. 4, p. 146.

(105) Ibid., t. 5, p. 21 et t. 3, p. 245.

(106) Ibid., t. 5, p. 47.

(107) Antoine Arnauld, Seconde phillippique a la France, s.l., 1592, p. 4.

(108) D. Kelley, Foundations of Early Modern Scholarship; George Huppert, L'idee de l'histoire parfaite, Paris, Flammarion, 1973; Claude-Gilbert Dubois, La conception de 1'histoire en France au XVIe siecle (1560-1610), Paris, Nizet, 1977.

(109) P. Mattieu, Histoire des derniers troubles, t. 2, p. 54-55.

(110) Robert Descimon, Qui etaient les Seize? Mythes et realites de la ligue parisienne (1585-1594), Paris, Klincksieck, 1983.

Professeur au Departement d'histoire de l'Universite Laval, Michel De Waele fait porter ses recherches sur les conflits civils a l'epoque moderne, et notamment leur resolution.

Titulaire d'une maitrise en histoire de l'Universite Laval, Felix Lafrance enseigne l'histoire au Cegep de Chicoutimi. Il s'interesse particulierement a l'ecriture de l'histoire immediate.
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Author:De Waele, Michel; Lafrance, Felix
Publication:Canadian Journal of History
Article Type:Author abstract
Geographic Code:4EUFR
Date:Mar 22, 2012
Words:15242
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