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La litterature masquee. Sur quelques deguisements auctoriaux fin de siecle.

Du masque, "visage eclaire d'une exquise grimace" decrit par Baudelaire dans le texte eponyme que le poete dedie au statuaire Ernest Christophe (55), les auteurs qui emergent a la fin du dix-neuvieme siecle depuis les marges du Parnasse dominant jusqu'aux groupuscules symbolistes retiennent volontiers la contorsion grincante et l'artifice mystifiant. "Decor suborneur" (55), comme l'ecrit encore Baudelaire, ce motif carnavalesque puissamment significatif investir l'imaginaire collectif et ses actualisations thematiques sont nombreuses, tant sur le plan pictural (qu'on pense au seul James Ensor) qu'en ce qui concerne la production litteraire (Gourmont publie de la sorte en 1896 une premiere serie du Livre des masques, quisera completee deux ans plus tard par une seconde livraison). Au-dela de cette presence au coeur meme du discours, l'entour du texte (ce que Genette appelle le paratexte) se revele, pour les acteurs litteraires de l'epoque, une occasion de profiter pleinement de la valeur et des effets de ce motif. C'est ce qu'on verra au cours des trois temps de ce petit parcours synthetique, construir a l'aune des theories developpees par Jean-Francois Jeandillou (Esthetique) et qui se veut moins un recensement exhaustif des formes des jeux carnavalesques fin de siecle qu'une reflexion sur les possibles de l'epoque en matiere de positionnements mystificateurs et sur les effets de ces derniers. (1)

1. FAUX-COPPEE ET AUTRES "CONNERIES." LA PARODIE DES PAIRS.

Parmi les grandes logiques d'"alterite et d'alteration pseudonymique" (66) qu'il degage, Jeandillou met en lumiere le phenomene d'allonymie, a entendre au sens strict comine un phenomene d'emprunt du nom d'une personne reelle. (2) L'Album zutique, a ce sujet, fait office d'exemple tendant vers l'idealtype. (3) Dans ce volume manuscrit confectionne a la fin de l'annee 1871 (soit au lendemain de la Commune), des Rimbaud, qui developpe alors plusieurs series monosyllabiques sous le titre de "Conneries," (4) Verlaine, Cros et autres auteurs largement oublies depuis (Cabaner, Valade, Pelletan) reagissent a l'actualite sociopolitique et litteraire de leur temps en affirmant leur heterodoxie totale et usent notamment, pour ce faire, de la parodie allonyme. Confine au local de l'Hotel des Etrangers, duquel il est appele a ne pas sortir sous peine de reveler le fond de la pensee d'individus soucieux pour la plupart de ne passe compromettre publiquement, l'Album zutique est une satire corrosive et totale, realisee a plusieurs mains dans un esprit cynique. Ses auteurs signent leurs contributions des noms de ceux dont ils se moquent, tel Alphonse Daudet, auquel sont attribuees deux pieces, en realite commises par Charles Cros et par Paul Verlaine. Respectivement intitulees "Interieur matinal" et "Pantoum neglige," elles seront reprises et amendees par leurs auteurs dans Le Coffret de santal et Jadis et naguere.
   INTERIEUR MATINAL

   Joujou, pipi, caca, dodo ...
   Do, re, mi, fa, sol, la, si, do ...
   Le moutard gueule et sa soeur tape
   Sur un vieux clavecin de Pape
   Le pere se rase au carreau
   Avant de se rendre au bureau.
   La mere emiette une panade
   Qui mijote, gluante et fade,
   Dans les cendres. Le fils aine
   Cire avec un air etonne
   Les souliers de toute la troupe.
   Car ce soir apres la soupe
   Ils iront autour de Musard
   Et ne rentreront pas trop tard;
   Afin que demain l'on s'eveille
   Pour une existence pareille:
   Do, re, mi, fa, sol, la, si, do ...
   Joujou, pipi, caca, dodo ...!

   Alph. Daudet
   C. C. (Album zutique, Feuillet 3, verso)

   PANTOUM NEGLIGE

   Trois petits pates, ma chemise brule;
   Monsieur le cure n'aime pas les os;
   Ma cousine est blonde: elle a nora Ursule.
   Que n'emigrons-nous vers les Palaiseaux!

   Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
   On dirait d'un cher glaieul sur les eaux.
   Vivent le muguet et la campanule!
   Dodo, l'enfant do, chantez doux fuseaux.

   Que n'emigrons-nous vers les Palaiseaux
   Trois petits pates; un point et virgule
   On dirait d'un cher gla'ieul sur les eaux
   Vivent le muguet et la campanule!

   Trois petits pates; un point et virgule;
   Dodo l'enfant do, chantez doux fuseaux!
   La demoiselle erre emmi les roseaux ...
   Monsieur le cure, ma chemise brule!

   Alph. Daudet (Album zutique, Feuillet 6, recto)


Les deux textes sont traverses par un vocabulaire enfantin typique des rengaines et chansons populaires qui participe de leur tonalite satirique. Entre la routine navrante d'un foyer petit-bourgeois decrite par Cros et le poeme verlainien, ouvert par un titre oxymorique qui annonce l'irreverence du texte a l'egard de la disposition canonique du pantounf et etalant ensuite les tics meridionaux des Lettres de mon rnoulin, (6) l'intersection est a chercher du cote du desordre, d'une cacophonie typique, selon les deux parodistes, de la prose de Daudet. (7) Fruits du mepris verlainien pour un ecrivain qui etait parvenu a seduire Julia Allart--aupres de laquelle le poete saturnien avait soupire en vain (8)--et de la fidelite de Charles Cros pour un ami dont les ennemis devenaient les siens, ces deux reecritures de Daudet sont du reste assumees differemment par leurs auteurs. Cros livre directement la clef d'un mystere peu epais en faisant suivre la signature allonyme de son propre monogramme, tandis que Verlaine s'en tient au nora du parodie. Il faut toutefois veiller a ne pas surinterpreter ces donnees; dans la mesure od l'Album zutique ne circulait qu'en vase clos parmi les membres du cercle qui l'elaboraient, il est probable que Verlaine n'ait simplement pas juge utile de signer une contribution dont chaque lecteur privilegie savait qu'il etait le responsable. (9)

Plus interessant, pour ce qui nous concerne, est cette fonction devaloriante confiee a la signature allonyme puisque, si c'est quelquefois telle hypotexte celebre qui est reinvesti, sans que l'auteur initial ne soit explicitement mentionne (La Legende des siecles de Hugo est revisitee de facon scabreuse au verso du feuillet 6 de l'Album), (10) s'emparer du nom d'un autre, pour les Zutistes, a egalement une puissante fonction performative, qui consiste principalement a salir ce nom en raillant deliberement l'ecriture de celui auquel il appartient. Cet autre, du reste, n'est pas forcement a chercher loin du groupe, comme en temoignent la parodie de Verlaine signee Rimbaud et celle, fameuse, d'Albert Merat coecrite par les deux precedents.
   FETE GALANTE

   Reveur, Scapin
   Gratte un lapin
   Sous sa capote.

   Colombina
   --Que l'on pina!--
   --Do, mi,--tapote

   L'oeil du lapin
   Qui tot, tapin,
   Est en ribote....

   Paul Verlaine
   A. R. (Album zutique, Feuillet 3, recto)

   L'IDOLE

   Sonnet du Trou du Cul
   Obscur et fronce comme un oeillet violet
   Il respire, humblement tapi parmi la mousse
   Humide encor d'amour qui suit la fuite douce
   Des fesses blanches jusqu'au coeur de son ourlet.

   Des filaments pareils a des larmes de lait
   Ont pleure, sous le vent cruel qui les repousse,
   A travers de petits caillots de marne rousse,
   Pour s'aller perdre ou la pente les appelait.

   Mon reve s'aboucha souvent a sa ventouse;
   Mon ame, du co'it materiel jalouse,
   En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

   C'est l'olive pamee, et la flute caline;
   C'est le tube ou descend la celeste praline:
   Chanaan feminin dans les moiteurs enclos!

   Albert Merat
   P. V.--A. R. (Album zutique, Feuillet 2, verso)


Dans uncas comme dans l'autre, les parodies sont a la fois signees du nom de leur auteur presume et du monogramme de leur(s) veritable(s) responsable(s). Focalisees sur une poetique erotique plus ou moins avouable (l'homosexualite, qui est au coeur de l'ambivalent "Sonnet du Trou du Cul"--qui peut se comprendre "Sonnet a propos du Trou du Cul" ou "Sonnet du au Trou du Cul" que serait alors Merat--, etait largement desavouee a l'epoque; voir Robb), ces deux contributions renvoient a des publications en volume des auteurs qu'elles parodient, a savoir le recueil L'Idole de Merat (1869), place en surtitre du texte second et qui remettait au gout du jour la poesie des blasons, et les Fetes galantes de Verlaine, ici resumees a une seule petite sauterie. Ces textes, plus complexes qu'ils ne peuvent le sembler," sont significatifs sur le plan de la logique qu'ils instaurent au coeur du petit cenacle qui elabore l'Album zutique: dans cette confrerie, l'individu doit savoir que sa personnalite est en quelque sorte susceptible d'etre investie par ses pairs, principalement pour le pire; le bon fonctionnement du groupe, en somme, necessite cette autoderision des membres et leur capacite a lacher la bride de leurs propres oeuvres. (12) Un Verlaine s'en accommodait sans probleme, mais le soigneux Merat n'avait que peu goute le fait que deux extravagants s'autorisent a completer ses blasons en s'en moquant. (13)

Dans le manuscrit zutique, la victime la plus frequente de ces parodies pourvues de signatures allonymes est Francois Coppee. Veritable tete de Turc des jeunes gens de l'Hotel des Etrangers, (14) le Parnassien est le pretendu signataire d'un quart des poemes zutiques. Les auteurs de ces derniers se plaisent a reprendre la forme du dizain tant prisee par leur souffre-douleur (comme dans "Le Balai," compose par Rimbaud et signe uniquement du monogramme "F. C.," "L'Orpheline" de Valade ou "Oaristys" de Charles Cros, pourvu du monogramme du veritable auteur et de la signature tronquee de l'auteur suppose, "Fr. Coppee"), (15) et n'hesitent pas, quelquefois, a le mettre en scene dans des formes de confessions onanistes entretenant peu de rapports avec la production du sujet raille (ainsi du huitain "Remembrances," signe "Fs Coppee" par Verlaine, qui joint son monogramme a ce faux autoportrait). Coppee, aux yeux de ce petit cenacle, etait non seulement coupable d'etre l'auteur de poesies bourgeoises et ronronnantes, enclines a une certaine condescendance a l'egard du petit peuple qui en est le sujet, mais aussi d'etre, malgre cette mediocrite, l'un des poetes disposant d'une position parmi les plus privilegiees au sein du Paris litteraire de l'epoque (Saint-Amand 108-18). Les moqueries de son ceuvre seront prolongees, apres l'Album zutique, par un volume collectif tout entier dedie a cette entreprise d'excoriation et cette fois destine a la publication, Les Dixains realistes. Emmene par "differents auteurs," selon l'expression qui orne la couverture de l'edition publiee par la Librairie de l'Eau-forte en 1876, le projet des Dixains permet "la revanche des exclus," selon le mot de Daniel Grojnowski (198), puisqu'il reunit autour de Charles Cros plusieurs des auteurs qui n'avaient pas ete retenus en vue de la troisieme livraison du Parnasse contemporain. S'ils visent specifiquement Coppee et, par ricochet, l'editeur Alphonse Lemerre, les cinquante dizains rassembles dans cette anthologie de la mediocrite poetique derogent a la logique allonyme en vigueur au coeur de l'Album zutique: suivis des noms ou monogrammes de leurs veritables auteurs (Charles Cros, qui remanie pour l'occasion son "Oaristys" zutique, Germain Nouveau, qui n'avait pas pu se meler au groupe de l'Hotel des Etrangers, Maurice Rollinat ou Nina de Villard, revenue de son exil suisse), ces textes temoignent d'une modification de la logique parodique a l'oeuvre a l'epoque, selon laquelle la signature apocryphe de Coppee etait devenue superflue puisqu'elle etait pour ainsi dire incluse dans le contrat generique du dizain.

2. FORGERIES PSEUDONYMALES

La periode fin de siecle est egalement riche en logiques pseudonymiques pures, c'est-a-dire en utilisations auctoriales de patronymes differant du nom legal, mais n'usurpant pas le nom d'un autre. Jean-Francois Jeandillou a bien montre comment ces denominations "forgees a plaisir" (78) se declinent selon les logiques de l'heteronymie (soit la creation, par l'ecrivain, d'un nom relativement arbitraire donne a un autre imaginaire) et de la cryptonymie (c'est-a-dire une forme de pseudonymie motivee, par exemple, a travers une anagramme ou une metonomasie--ou "traduction"). On voit bien, toutefois, ce que cette taxonomie peut avoir de contingent: s'il parait evident que Verlaine use volontiers de cryptonymes (quand il fait paraitre le recueil lesbien Les Amies (1867) sous le nom de Pablo de Herlagnez pour des raisons de censure ou quand il s'inclut a sa seconde serie des Poetes maudits (1888) sous l'anagramme evocateur de Pauvre Lelian), le cas d'un Isidore Ducasse qui attribue ses Chants de Maldoror (1869) au Comte de Lautreamont est moins limpide. La plupart des specialistes de Ducasse, a la suite de Philippe Soupault, considerent ce pseudonyme comme une distorsion du patronyme de Latreaumont, (16) le heros d'Eugene Sue, mais cette identification demeure une hypothese seduisante qui, faute de preuves, n'empeche pas que ce pseudonyme puisse se reveler une forgerie totale, voire un emprunt du nom de quelque quidam connu par l'auteur. En realite, toute typologie, reductrice par nature, ne peut que trahir la realite complexe des logiques pseudonymiques et le meilleur parti semble encore de mesurer specifiquement les effets des cas qui se presentent au chercheur.

Parmi les grandes forgeries pseudonymales de la periode fin de siecle, il faut retenir la tendance a la recuperation de certains personnages fictifs. L'hypothese dominante au sujet du pseudonyme de Lautreamont defend cette piste, on l'a dit, mais on en trouve une autre illustration probante une petite vingtaine d'annees apres la publication des Chants de Maldoror sur la page de titre du Petit glossaire pour servir a l'intelligence des auteurs decadents et symbolistes (1888). Publie chez Vanier, (17) ce dictionnaire satirique puisant aux oeuvres d'une petite quinzaine d'auteurs contemporains pour reagir aux accusations d'hermetisme subis par la poesie symboliste, est signe du pseudonyme de Jacques Plowert. Il est en realite l'oeuvre de Paul Adam, qui avait lui-meme cree ce personnage avec Jean Moreas, quelques annees plus tot. Dans ses Origines du symbolisme (1936), Gustave Kahn est brievement revenu sur cette identite mystificatrice facile a demasquer: "Plowert est le nom d'un manchot qui evolue, non sans grace, dans un roman de Moreas et Paul Adam [...] Il parut piquant sans doure a Paul Adam de mettre le nom d'un heros a un seul bras, sur la couverture d'un petit volume qui allait etre ecrit par une demi-douzaine de dextres" (60). (18) L'ironie inherente a la figure de Plowert etait deja manifeste, quoique de facon attenuee, au sein meme du roman Les Demoiselles Goubert (1886) duquel elle est issue et qui constituait lui-meme un ouvrage redige a plusieurs mains. Le personnage n'y faisait au demeurant qu'une apparition fugace, a la fin du recit: presente par M. Freysse a Marceline Goubert en perspective d'un mariage organise, le jeune homme, sorte de globe-trotter aussi brillant que plaisant, ne parvient malgre lui qu'a inspirer du degout a la demoiselle. Consciente des qualites de Plowert, celleci est incapable de se detacher de l'impression ressentie a la vue accidentelle du moignon de son pretendant. (19) Le malheureux est finalement econduit et regagne sans ressentiment ni tristesse ses voyages orientaux, non sans avoir pris la peine d'adresser a Marceline des "adieux tres aimables," qui enferment la demoiselle dans un vague sentiment de regret. Quelque part entre l'albatros baudelairien et le "rossignol de la boue sans alies" de Corbiere, Plowert s'inscrit a merveille dans la posture decadente archetypale: se presentant comme un esthete de seconde zone que son originalite et son imprevisibilite rendent plus rebutant qu'attirant, il est la personne de papier toute designee pour endosser la responsabilite d'une reflexion sur le lexique symboliste.

Parmi les mystifications pseudonymiques fin de siecle, retenons-en encore trois, peut-etre plus liees qu'elles n'y paraissent a priori et regies par des mecanismes comparables, qui autorisent certainement qu'on les fasse dialoguer.

La premiere est l'ceuvre d'Arthur Rimbaud, dont on sait que les debuts fulgurants en litterature furent stimules par une volonte d'investir le Parnasse, lucidement percu par l'Ardennais comme ce que la critique qualifierait aujourd'hui de seul lieu d'emergence possible en matiere de poesie dans le champ litteraire de l'epoque. Le 24 mai 1870, Rimbaud ecrit de la sorte a Theodore de Banville, en le priant de "faire faire a la piece 'Credo in unam' une petite place entre les Parnassiens" (324). Laisse sans reponse, le jeune homme revient a la charge un an et quelques mois plus tard et fait parvenir a Banville une lettre datee du 14 juillet 1871 comprenant le long poeme "Ce qu'on dit au poete a propos de fleurs." Cette satire explicite decochee contre une poesie bucolique depassee est signee du pseudonyme d'Alcide Bava, qui endosse de la sorte la responsabilite d'un discours capitaliste et colonialiste contre lequel Rimbaud s'insurge ironiquement:
   Dis, non les pampas printaniers
   Noirs d'epouvantables revoltes,
   Mais les tabacs, les cotonniers!
   Dis les exotiques recoltes (357-62)


La deuxieme, plus tardive, est l'une des plus connues des amateurs de canulars litteraires et trouve son origine dans les colonnes de la revue Lutece, emmenee par Leo Trezenik. Confronte aux critiques virulentes emanant de lecteurs decus de trouver dans le periodique le nom et les poemes de Jules Laforgue et en porte-a-faux avec une epoque tenant Mallarme pour un fumiste, Trezenik publie dans trois livraisons des pieces pour le moins originales: "Le Petunia sauveur" et "Cantique avant de se coucher," dus a la plume d'Etienne Arsenal, paraissent de la sorte le 1er fevrier 1885; les "Fragments d'une symphonie en Vert mineur," surtitres Les Deliquescences et suivis de la signature de J. M. J. Floupette sont integres au numero du 19 avril de la meme annee; enfin, quatre poemes ("Platonisme," "Pour etre conspue," "Madrigal" et "Rythme claudicant") de la plume d'Adore Floupette completent le numero du 2 mai 1885. A la meme epoque est publiee la plaquette Les Deliquescences, poemes decadents d'Adore Floupette, chez Leon Vanier, qui devient pour l'occasion Lion Vanne. (20) Les responsables de ce recueil satirique sont les poetes Gabriel Vicaire et Henri Beauclair: leur farce, malgre le souhait de Trezenik, ne dupe en realite personne, mais se revele un succes de vente et connait rapidement differentes reeditions. Vicaire redige ulterieurement une "Vie d'Adore Floupette," qui tient lieu d'introduction au volume: y sont relatees les deambulations du decadent imaginaire au cafe Le Panier fleuri, en compagnie de ses comparses Bleucoton et Arsenal, doubles respectifs, calembouresquement transparents, de Verlaine ("Vert-laine") et de Mallarme ("Mal-arme"). Les pieces qui parsement ce recueil pour rire miment quant a elles la distorsion syntaxique et le gout pour la rarete lexicale (qui motivera le Petit Glossaire de Plowert) propres a la poetique symboliste, comme en temoigne l'extrait suivant:
   POUR AVOIR PECHE

   Mon coeur est un Corylopsis du Japon. Rose
   Et paillete d'or fauve,--a l'instar des serpents,
   Sa rancoeur detergeant un relent de Chlorose,
   Fait, dans l'Ether baveux, bramer les Aegypans.

   Mon ame Vesperale erre et tintinnabule,
   Par dela le cuivre des grands envoutements;
   Comme un crotale, pris au lac du Vestibule,
   Ses ululements fous peignent les Necromans.

   Les Encres, les Carmins, fleches, vrillent la cible,
   Qu'importe, si je suis le damne qui jouit?
   Car un petunia me fait immarcescible.
   Lys! Digitale! Orchis! Moutarde de Louit! (Grojnowski 377)


Surjouant la distinction lexicale en recourant avec bonheur a la terminologie botanique ("Corylopsis du Japon," "Chlorose," "Orchis"), (21) le texte se moque aussi, en l'imitant, d'un fourre-tout mythologique mal assimile et mobilise a tout va (les "Aegypans" se melant aux "Necromans") et ne manque pas de forcer l'ethos de maudit desinvolte de son enonciateur ("Qu'importe, si je suis le damne qui jouit"): l'ensemble qui en resulte, naturellement, exsude un manierisme ridicule qui prolonge bien le nom du pseudo-auteur de ces lignes.

Enfin, le troisieme et dernier jeu pseudonymique fin de siecle que nous retenons ici se deploie egalement sur un support periodique et, en heritier d'Adore Floupette, s'ecrit lui aussi a plusieurs mains, respectant une logique de la collaboration litteraire que privilegie le regime parodique. (22) La logique de son elaboration, toutefois, doit etre distinguee de son modele puisqu'elle ne correspond pas vraiment a une saillie corrosive et qu'elle repond plutot a un imperatif de distinction vaguement commercial. Elle se met en effet en place dans les colonnes du Decadent, cree par le vigoureux mais peu inspire Anatole Baju, qui avait cru bon, en novembre 1888, d'annoncer l'avenement de son propre mouvement, le decadisme, soucieux de proposer une alternative au symbolisme. Dans les faits, ces tendances etaient toutefois difficiles a distinguer et le manque d'originalite du Decadent risquait d'etre rapidement devoile. "Conscients de se trouver dans une impasse," comme l'ecrit Grojnowski (391), les contributeurs du periodique eurent l'idee de rediger eux-memes de faux inedits de Rimbaud, pris en differe au piege de son propre gout pour la parodie, avant d'unir leurs forces pour presenter au public un bigarre auteur de papier, du nom de Mitrophane Crapoussin. (23) Les responsables de cette mystification sont Laurent Tailhade, qui a forge le pseudonyme et reprendra certaines poesies de Mitrophane dans ses oeuvres futures, Ernest Raybaud, Maurice Du Plessys et Georges Fourest. Mentionnons le poeme "Au cafe," publie dans le numero du 1er-15 mars 1889:
   AU CAFE

   Epandant comine un gout d'Ylang-Ylang fugace,
   Il ostente ses clairs bijoux et l'eclatant
   Plastron immacule qui l'illustre d'autant
   Assis qu'il est, ce soir, au frais sur la terrasse.

   Le gaz joue en reflets alternes sur sa face,
   De cite blanche, effeminee, ou, nonobstant,
   L'ebene impollue des moustaches se trace,
   Et lui confere on ne sait quoi d'inquietant.

   Il devisage un gros monsieur qui se pavane
   Alors qu'a son collet, molle et tiede, se fane
   Une fleur qu'il eut mieux valu ne pas cueillir.

   Et, tout en eructant le ciel bleu d'un havane,
   Il se delecte a voir, en secret, tressaillir
   Le gros monsieur qui se pavane avec sa canne.


Le decalage entre la position du sujet decrit et celle occupee par celui qu'il observe lui-meme ("un gros monsieur qui se pavane") peut rappeler le panorama social deploye par Rimbaud dans le texte "A la musique": mais la ou le poeme rimbaldien manifestait explicitement son adhesion au jugement satirique du locuteur contre la bourgeoisie carolopolitaine, les auteurs qui se cachent derriere Mitrophane Crapoussin se moquent non seulement de la figure du bourgeois, mais encore de celle du client de cafe, presente comme une caricature de l'esthete decadent a la Des Esseintes (c'est ce que mettent en place les deux premiers quatrains, ou le raffinement du sujet decrit est pousse a son comble et jure avec le cafe dans lequel il est exhibe).

Que retenir alors de ces trois noms "forges a plaisir" que nous avons voulu articuler et des entreprises qu'ils ont permis d'assumer a moitie? Tout d'abord, c'est leurs mecanismes de composition qui invitent a forcer ce dialogue. Oscillant entre l'heteronyme et le cryptonyme, Alcide Bava, Adore Floupette et Mitrophane Crapoussin se completent phonetiquement autant qu'ils soulignent chacun leur propre distinction. Sortes de mousquetaires fictifs de la parodie fin de siecle, qui croisent leurs epees pour s'en prendre avec plus ou moins de morgue a leurs pairs bien reels, ces trois auteurs de papier signifient par eux-memes autant que par leurs oeuvres. De cette facon, Alcide Bava, qui peut reprendre ironiquement le prenom du journaliste Alcide Dussolier (qui, en 186:, faisait de la reclame pour que Gautier soit elu a l'Academie), peut se presenter comme un Ali-Baba de pacotille, pale ersatz deforme par l'echo, mais il permet surtout l'union d'un prenom desuet et d'un nom tres prosaique, renvoyant au passe simple du verbe baver et a toutes les implications erotiques que peut revetir ce terme quand le manie Rimbaud (qu'on songe a son "coeur supplicie" qui "bave a la poupe"). (24) Adore Floupette, pour sa part, leve le voile de la mystification des qu'il apparait comme signataire de la troisieme livraison de poemes-canulars publiee par Lutece: la devotion suggeree par son prenom correspond bien au mysticisme excessif dont les symbolistes ont pu etre accuses, tandis que son nom denote a la fois l'hermetisme reproche a cette litterature ("flou") et le ridicule de cette derniere (explicite par le diminutif depreciatif). Enfin, Mitrophane Crapoussin est une figure ambivalente, dont le prenom peut renvoyer au premier pretre orthodoxe chinois, a la coiffe d'un eveque et, selon le Godefroy, cite par Grojnowski, au "trou de la verge" (392n11), et dont le nom designe a l'origine un petit crapaud, mais s'etend au registre de l'insulte pour designer une petite personne bedonnante et sans importance. Dans les trois cas, le pseudonyme est forme d'un prenom archaique, remarquable par sa rarete, et d'un nom de famille risible, a la limite de l'insulte et lourd a porter. En cela et parce que ces noms finissent par se repondre les uns aux autres au fil des annees, les veritables auteurs qui se trouvent derriere ces supercheries pseudonymales annoncent la couleur de leurs entreprises en les placant, des l'un des elements les plus saillants du paratexte et les plus importants de la communication litteraire, sous la banniere de la bouffonnerie.

3. LA DISSIMULATION COMPLETE. STRATEGIE D'ANONYMAT

Resterait alors a se tourner vers une derniere logique a l'oeuvre du cote des alterations de la fonction auctoriale, celle qui voit l'ecrivain se retirer completement de son oeuvre et se retrancher derriere celle-ci, sans donner explicitement au lecteur la possibilite de l'identifier. Cette strategie d'anonymat est celle qui regit la mise en circulation, a la fin de l'annee 1866, du Parnassiculet contemporain, ouvrage fondateur en matiere de poesie parodique compose de contributions d'Alphonse Daudet, Paul Arene, qui en est le principal auteur, Charles Monselet, Jean Du Boys, Franc-Nohain et Alfred Delvau, parmi d'autres. Raillerie explicite a l'egard du Parnasse contemporain, qu'il reduit en visant precisement certains de ses collaborateurs, le Parnassiculet avait paru sous couvert d'anonymat pour eviter certaines retombees facheuses, mais Paul Arene a precise ulterieurement a plusieurs reprises, dans diverses notes manuscrites relevees par Yann Mortelette (210-16), quels etaient les auteurs responsables de la supercherie. Cette strategie d'aveu en differe, sans doute, n'aurait pas suffit a permettre aux Zutistes de diffuser egalement les poesies qu'ils recopiaient dans leur Album puisque celles-ci, en plus de privilegier frequemment une poetique de l'obscene, ne se cantonnaient pas au domaine litteraire et versaient allegrement dans la satire sociale et politique.

Vingt ans apres le Parnassiculet, un autre collectif satirique investir le champ litteraire francais sans que ses auteurs ne soient mentionnes sur le volume. Dictionnaire onomastique du Paris litteraire et artistique, cet ouvrage intitule Petit bottin des lettres et des arts est en realite l'oeuvre de Felix Feneon, Jean Moreas, Oscar Metenier et Paul Adam. Le symboliste Gustave Kahn en rend compte avec un amusement desinvolte dans le premier numero de La Vogue, aux pages 31 et 32 de la rubrique "Les Livres." Le Petit Bottin y prend place avant des notules concernant les parutions respectives de La Vie et la Mort de Jean Rameau et Les Hantises d'Edouard Dujardin:
      LE PETIT BOTTIN DES LETTRES ET DES ARTS. (GIRAUD.)

   Les auteurs sont anonymes, a coups surs fins, et l'auteur des
   Silhouettes des Poetes dits decadents est expert a trouver le trait
   mordant caracteristique, caricatural. On pourrait chercher a
   savoir, mais pourquoi? Laissons les injustices nombreuses peser,
   remords graves, sur les consciences des coupables et amusons-nous
   avec les auteurs. Je cite les tetes de Turcs. [...] (25) Nous en
   passons et des meilleurs et des plus mauvais. Remontez aux
   sources.


On remarque que, si Kahn prend acte de l'anonymat des auteurs en signalant pratiquement que le mystere participe ici du plaisir du texte, il note aussi, d'emblee, que la production est celle d'un collectif. Brillante intuition ou lapsus d'un initie? Dans une lettre du 3 mai 1886, envoyee de Berlin, Jules Laforgue ecrivait a Kahn: "J'ai vu ici le Petit Bottin des Lettres et des Arts et ce qui m'y est reserve. Est-ce que tu sais les auteurs?" Jean-Jacques Lefrere, qui cite la missive en question, estime, a raison sans doute, que l'auteur a venir des Palais nomades "ne pouvait l'ignorer" (482). Quant a cette strategie d'anonymat, la critique cherche parfois i la justifier en soulignant qu'elle diminuait considerablement le risque de se confronter a la revanche de ceux que le volume egratigne. (26) Pareille option paratextuelle pourrait egalement viser a envelopper la production d'une aura mysterieuse, laquelle se revelerait plus rentable d'un point de vue commercial. Moins hypothetiquement, debarrasser la plaquette du nom de ses auteurs equivaut, pour ceux-ci, a refuser, consciemment ou non, de se manifester explicitement comme les juges de leurs pairs: en n'assumant pas officiellement la responsabilite de leurs piques, Feneon et consorts echappent en effet a la production et a la diffusion d'un ethos collectif d'evaluateurs qui les aurait places, symboliquement, en position privilegiee par rapport a ceux qu'ils definissent. Cette superiorite est certes inferee par le discours que tiennent la plupart de leurs definitions, mais, dans la mesure ou celles-ci ne sont pas signees, le pole enonciateur reste desincarne et ne prend corps qu'a moitie, dans une oscillation entre fiction et realite qui a pour effet de reduire considerablement, en apparence, le role de prise de position que pourrait jouer un tel discours. Contrecarrant la dimension surspecialisee du volume (qui pretend definir un ensemble cible d'agents des champs litteraire et artistique), cette absence de signature relativise la portee dogmatique de l'entreprise et contribue des lors a indiquer sa portee satirique.

Emprunt non forcement consenti, forgerie allusive ou dissimulation complete, les strategies anthroponymiques dont nous venons d'observer quelques manifestations ne disent pas uniquement a quel point le champ litteraire de la seconde moitie du dix-neuvieme siecle peut retrospectivement se donner a voir comme un espace ludique en plus d'un espace de luttes. Elles temoignent, par ailleurs, de la facon dont cet espace alors autonomise produit involontairement ses propres sapeurs-createurs, avec ces individus desireux de bousculer les codes et de les reinvestir pour porter, sous couvert du masque, un regard et un discours original sur les pratiques inherentes au champ. D'un point de vue plus large, enfin, ces pratiques de l'ecriture deguisee semblent tres largement constitutives d'une modernite litteraire qui voit la reflexivite s'eriger en veritable condition d'une subsistance sinon d'un renouveau: ce carnaval onomastique saisissable s'apparente en effet a une maniere d'autotelisme necessaire qui, selon la tres belle formule de Valerie Stienon appliquee a un autre cas, se donne a voir comme le "reflexe d'une litterature qui, renouant avec le larvatus prodeo cartesien, s'avance masquee tout en designant du doigt son masque"(149-50), c'est-a-dire, dans le cas qui nous concerne, met en place la supercherie tout en l'annoncant clairement. C'est, en cela, une pratique ambigue qui se deploie et qui, reagissant i ce qu'on a parfois pu definir comme un moment de "crise," oscille entre irreverence a l'egard du milieu lettre et necessite de reinventer celui-ci pour mieux recuser la croyance en une forme de sacralite litteraire tout en affirmant, performativement, que le jeu vaut tout de meme la peine d'etre joue.

FNRS Research Fellow

University of Liege

OEUVRES CITEES

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NOTES

(1.) Plusieurs descas explores dans cet article ont ete reunis dans l'anthologie La Muse parodique composee par Daniel Grojnowski.

(2.) Ainsi, les allonymes sont definis des 1845 par Bescherelle comme des "ecrivains qui se cachent sous le nom de quelque auteur en reputation, et cherchent a lui attribuer des ouvrages qu'il n'a pas ecrits."

(3.) Voir Whidden 2010, Teyssedre et Saint-Amand.

(4.) Voir Robert St. Clair, "'Soyons chretiens!'? Memoire, anticapitalisme, et communaute dans 'Paris'" (Whidden 2010: 241-61).

(5.) Cf. Jean-Louis Aroui, "Metrique et intertextes dans le 'Pantoum neglige'" (Whidden 2010: 263-90).

(6.) "De longueur variable, le pantoum se compose d'une serie de quatrains a rimes croisees selon le schema ABAB. Sa particularite est que les deuxieme et quatrieme vers de chaque strophe fournissent respectivement les premier et troisieme de la suivante, le poeme se terminant en outre par la reprise du vers initial" ("Pantoum," dans Gorp 345-46). Les Lettres de mon moulin en partie composees avec Paul Arene avaient paru en 1866.

(7.) Pour une analyse plus detaillee de ces deux cacophonies, voir Saint-Amand 128-132.

(8.) Voir Petitfils 57-58.

(9.) Les logiques des signatures des contributeurs de l'Album zutique sont en realite bien complexes: Verlaine, Rimbaud, Cros et Valade, pour ne citer qu'eux, ne manquent pas de signer certaines pieces, alors qu'ils omettent de le faire pour d'autres et se satisfont quelquefois de leurs monogrammes respectifs.

(10.) Voir Saint-Amand 41. Sur les mecanismes d'echo a des oeuvres non explicitement reattribuees a leurs auteurs, voir Seth Whidden, "Poetry in Collaboration in the 1870s: the Cercle Zutique, 'Le Fleuve' and 'The Raven'" (78-82).

(11.) Voir notamment l'article de Philippe Rocher, "Les virtuosites et les jubilations intertextuelles du Sonnet du Trou du Cul."

(12.) Cette loi implicite du groupe, qui regit sa conduite de vie, se voit d'emblee afficher, dans le manuscrit zutique, au detour du sonnet liminaire de l'Album intitule "Propos du Cercle" et dans lequel se met en place une caricature de l'idiolecte de plusieurs membres de la confrerie (voir Saint-Amand 24-25 et 82-85).

(13.) Merat refusera de la sorte de poser en compagnie de Verlaine et de Rimbaud pour le Coin de table que prevoyait de realiser Fantin-Latour. La place qu'etait cense occuper l'auteur de L'Idole, dans le coin droit du tableau, aux cotes de Camille Pelletan, est comblee par un imposant bouquet de fleurs. Cf. Lionel Cuille dans Whidden 2010.

(14.) Voir Saint-Amand, 108-118 et Michael Pakenham, "Francois Coppee hydresque."

(15.) Coppee s'etait essaye au dizain dans les parties Vet VI des Intimites (1867), mais aussi, de facon plus systematique, dans les dix-huit tableautins de ses Promenades et interieurs retenus pour la deuxieme livraison du Parnasse contemporain, qui allait etre diffusee en 1872 mais etait deja prete--et connue de plusieurs Zutistes--depuis 1870.

(16.) C'est dans la preface aux CEuvres completes du comte de Lautreamont publiees en 1927 (aux editions Au Sans Pareil) que Soupault propose le rapprochement, tres souvent repris depuis lors. Voir Lautreamont, x-xi.

(17.) Une edition mettant bien en evidence les enjeux de ce volume et retracant precisement sa genese a ete donnee par Patrick McGuinness (1998).

(18.) Paul Adam, du reste, avait deja repris ce patronyme de son invention pour signer sa chronique "Parentheses et incidences" dans les colonnes du Symboliste.

(19.) "Soudain, il eclata de rire. Alors son moignon sautilla dans la manche trop large: une chose pointue qui plissa l'etoffe de la redingote" (Adam et Moreas 212).

(20.) Au sujet de cette mystification, voir Grojnowski 327-39; Jeandillou, Supercheries 230-44 et Richard, A l'aube symbolisme 173-268.

(21.) Le regard attentif de Seth Whidden, que nous remercions, a bien remarque que l'excipit de ce poeme n'etait pas sans rappeler, par son premier motif comme par sa ponctuation forte, le quatrain zutique intitule "Lys" que Rimbaud conclut de son monogramme, precede de la signature apocryphe "Armand Silvestre" (Album zutique, Feuillet 2, verso). Pour une lecture de ce poeme, voir Steve Murphy, Rimbaud et la menagerie imperiale 127-43.

(22.) Voir Whidden, "Poetry in Collaboration in the 1870s."

(23.) Voir Grojnowski 387-94, Le Couedic 127-50 et Richard, Le Mouvement decadent 157-70.

(24.) Ce pseudonyme a particulierement retenu l'attention de la critique rimbaldienne, qui a pu y lire une caricature onomastique du destinataire de la missive contenant le poeme (BAnVille/BAVa). Voir notamment le travail de Georges Kliebenstein, "Alcide B/bava et la Galaxie Rimbaud."

(25.) Sont ici inserees, en guise de mise en bouche, les notices dediees a Aicard, Arthur Arnould, Olympe Audouard, Cherbuliez, Alphonse Daudet (delestee de la mention "N. C." et limitee a "Exportation"), Ernest Daudet, Dennery, Gounod (tronquee: "Illustre amant anglais, etc."), Juliette Lamber, Lemaitre, Sarah Bernhardt, Vacquerye et Maurice, Huysmans (recopiee dans son integralite malgre sa relative longueur) et Moreau.

(26.) C'est ce que dit, par exemple, Noel Richard: "Le 22 fevrier 1886 avait paru chez Giraud, sans nom d'auteur, Le Petit Bottin des Lettres et des Arts. Les medaillons empruntant le genre rosse, on comprend que les portraitistes aient prefere garder l'anonymat" (Profils 263).
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Author:Saint-Amand, Denis
Publication:Nineteenth-Century French Studies
Article Type:Critical essay
Date:Sep 22, 2013
Words:6238
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