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La formation des ouvriers des metiers du livre au Quebec (1925-1971): le cas de l'Ecole des arts graphiques de Montreal (1).

SUMMARY

In 1925, a printing department was integrated into the program of the Technical School of Montreal. Twelve years later, a binding workshop, founded and directed by Louis-Philippe Beaudoin, was added to the School's program. The Graphic Art School of Montreal was then created through the merging of those two departments in 1942. This paper will recall the global evolution of the apprenticeship of the printing workers from 1925 to 1971, when the School joins the Ahuntsic College. Thus, for more than 40 years, the Graphic Art School of Montreal influenced the Quebec printing-industry through two ways. First, the School provided workers with a professional education that improved their living conditions. Second, the School helped to promote the career of many artists, such as Roland Giguere who studied printing at the School with professors Albert Dumouchel and Arthur Gladu. The School trained graphic artists in the 1950s and also actively participated in the material transformation of the book which helped Quebec publishers to differentiate themselves from the traditional model inherited from France.

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A ce jour, les etudes portant sur l'Ecole des arts graphiques se sont surtout attardees au volet artistique de l'institution. Dans son memoire de maitrise depose a l'Universite Concordia en 1975, Suzanne Beaudoin-Dumouchel accorde sa preference a l'atelier de reliure ainsi qu'au << souffle artistique >> que le professeur et graveur Albert Dumouchel a su insuffler a l'Ecole. Ce choix s'exphque en parue par le fait que Suzanne Beaudoin-Dumouchel etait la fille de Louis-Philippe Beaudoin, relieur d'art et premier directeur de l'Ecole, et qu'elle etait mariee a Albert Dumouchel. Son memoire, qui a fait oeuvre de pionner dans les recherches portant sur l'Ecole, se veut un hommage a ces deux hommes (3). Grace a la correspondance privee de son pere, a des entrevues menees avec d'anciens professeurs et etudiants et a une selection de coupures de journaux, l'auteure retrace efficacement le volet artistique de l'Ecole entre 1944 et 1956. Yolande Racine s'est egalement interessee au role joue par Albert Dumouchel a l'Ecole des arts graphiques. Par son travail de precurseur Dumouchel a passe 18 ans a enseigner la gravure a l'Ecole des arts graphiques. Yolande Racine conclut qu'Albert Dumouchel aura permis de former la premiere generation d'artistes graveurs au Quebec (4).

Au-dela de la dimension artistique de l'Ecole, qui ne prend veritablement forme qu'avec l'arrivee de Dumouchel comme professeur a temps plein au milieu des annees 1940, le volet technique n'a encore fait l'objet d'aucune etude. En fait, l'evolution des techniques d'imprimerie demeure un champ de recherche qui a ete aborde au Canada anglais (5) et en France (6), mais qui demeure encore peu explore au Quebec. Seul Bernard Dansereau a etudie l'arrivee des premieres linotypes sur le marche montrealais a la fin du XIXe siecle et les consequences qu'elles ont provoquees sur les conditions de travail des ouvriers (7). Pourtant, la connaissance des methodes et techniques de production du livre est essentielle a une meilleure comprehension de l'histoire du livre et de l'imprime dans sa globalite (8). En ce sens, la formation professionnelle des ouvriers des metiers du livre constitue le but premier de la creation de l'Ecole des arts graphiques.

Nous nous proposons donc de retracer l'evolution globale de la formation des ouvriers des metiers du livre a partir de 1925, moment ou l'Ecole technique de Montreal integre a son programme une section sur l'imprimerie, jusqu'en 1971, lorsque l'Ecole des arts graphiques est annexee au College Ahuntsic. Les rares etudes qui portent sur l'Ecole font toujours debuter son histoire en 1942, annee de la fusion de la section d'imprimerie et de la section de reliure dirigee par Louis-Philippe Beaudoin. Officiellement, l'Ecole des arts graphiques nait effectivement a ce moment et, des lors, acquiert son autonomie. Toutefois, il demeure important de remonter aux sources puisque la creation de l'Ecole en 1942 repose sur l'existence de ces deux sections, leur fonctionnement, leur philosophie, leur pedagogie, etc. D'ailleurs, la fondation de l'Ecole se fait en parfaite continuite avec les facons de faire et de penser elaborees au sein des anciennes sections d'imprimerie et de reliure. Ce sont les memes professeurs qui prennent le relais en 1942, les memes eleves qui poursuivent en substance le meme programme. Ainsi, apres avoir presente le concept d'apprentissage et l'evolution de l'enseignement technique au Quebec a la fin du XIXe siecle, nous mettrons l'accent sur la fondation de la section d'imprimerie de l'Ecole technique de Montreal, sur la creation de l'Ecole des arts graphiques en 1942, sur l'evolution et l'analyse des programmes pedagogiques de l'Ecole, sur les changements provoques par la crise economique des annees 1930 et la Deuxieme Guerre mondiale et sur le role joue par certains de ses professeurs comme Fernand Caillet, Albert Dumouchel et Arthur Gladu.

L'apprentissage des ouvriers des metiers du livre et l'enseignement technique

En 1925, au moment ou est creee a Montreal la premiere ecole de formation pour les jeunes ouvriers typographes, le systeme traditionnel ou le jeune apprenti apprend le metier en atelier aupres d'ouvriers experimentes constitue toujours le modele d'apprentissage privilegie. En fait, l'engagement d'apprentis typographes et pressiers par les maitres imprimeurs est un phenomene important chez ce groupe de travailleurs depuis le XVIIe siecle dans les colonies britanniques. Ages entre 12 et 16 ans au moment de leur embauche, les apprentis imprimeurs et pressiers doivent travailler en general de 4 a 5 ans avant de devenir compagnons. Pour etre engage, le jeune garcon--les jeunes filles n'etaient pas admises comme apprenties--doit savoir lire, ecrire et connaitre les mathematiques. L'apprenti assure la bonne marche de l'atelier. Il voit donc a passer le balai, a faire les courses, mais aussi, et surtout, a classer les caracteres d'imprimerie dans les casses, a aider les compagnons a charger le papier dans les presses, enfin, a apprendre le metier (9).

Dans la deuxieme moitie du XIXe siecle, on assiste a une transformation rapide du modele traditionnel de l'apprentissage avec l'apparition de grandes imprimeries dans les centres urbains. En 1851, par exemple, l'imprimerie de John Lovell emploie 41 ouvriers compagnons a Toronto, 30 a Montreal et plusieurs apprentis (10). Trop nombreux pour etre loges et nourris chez le maitre imprimeur, les apprentis recoivent dorenavant un salaire pour leurs services.

Cette situation prend evidemment de l'ampleur a la fin du XIXe siecle avec la montee en force des entreprises de presse commerciale. Ainsi, de 1891 a 1911, le secteur de l'imprimerie au Canada voit le nombre de ses employes doubler, passant de 8999 a 19 263. Avec 631 etablissements en 1911, on trouve donc une moyenne de pres de 31 travailleurs par entreprise comparativement a n en 187 (11). Dans les centres urbains, plusieurs entreprises emploient des centaines de personnes. A Montreal, les ateliers du Witness emploient 128 personnes en 1878, le Star en compte 125 en 1885, La Presse 130 en 1896 et plus de zoo en 1901 et le Herald emploie 400 salaries en 1914 (12). Avec l'apparition de ces grandes entreprises, on passe d'un modele artisanal a un modele industriel ou la formation des ouvriers ne peut pratiquement plus se faire uniquement sur leur lieu de travail sous la supervision constante d'un ouvrier qualifie. Dans ces conditions, les ecoles techniques prennent le relais du modele artisanal traditionnel.

Au Quebec, des cours sont offerts aux ouvriers depuis le milieu du XIXe siecle a travers les mechanics' institutes et les societes d'artisans. Avec l'essor de l'industrialisation a partir des annees 1860-1870, de nombreux organismes comme la Societe des artisans canadiensfrancais et l'Art Association offrent des cours du soir en vue de former les ouvriers. En 1869, le gouvernement quebecois fonde le Conseil des arts et manufactures, un organisme visant a chapeauter les ecoles de metiers. En 1874, le Conseil supervise une demi-douzaine d'ecoles a Trois-Rivieres, Sherbrooke, Levis, Sorel, Saint-Hyacinthe et Montreal. On offre alors aux jeunes apprentis des cours de dessins industriels dans le but de parfaire la formation professionnelle des eleves. Percus comme une methode pedagogique moderne, les cours de dessin visent a rendre les enfants (et les plus vieux) aptes aux travaux manuels. Ces cours facilitent aussi la lecture des plans, ce qui est tres utile pour certains metiers comme ceux de modeliste, de tolier-chaudronnier ou de machiniste (13). A son Ecole speciale des Beaux-Arts, Sciences, Arts et Metiers et Industrie, fondee en 1871, l'abbe Joseph Chabert enseigne d'ailleurs aux ouvriers le dessin, la peinture, la gravure, la sculpture, l'architecture (pour les tailleurs de pierre et les macons) (14). A partir de 1889, les ecoles du soir fondees par Honore Mercier, qui visent l'alphabetisation des classes ouvrieres, offrent elles aussi des cours de dessin en plus de cours generaux (calcul, francais, histoire, geographie, etc) (15).

L'organisation plus systematique de l'enseignement technique emerge au debut du XXe siecle avec la creation d'ecoles techniques a Montreal et a Quebec par le gouvernement liberal de Lomer Gouin en 1907. Au debut des annees 1920, on trouve donc quatre ecoles techniques situees a Montreal, a Quebec, a Trois-Rivieres et a Hull. Une autre, installee a Shawinigan, resulte d'une initiative privee (16). Des ecoles industrielles, fruits des autorites municipales, sont egalement creees a cette epoque, comme c'est le cas a Beauceville, a Grand-Mere et a Shebrooke. Enfin, les ecoles du Conseil des arts et manufactures seront abolies en 1928.

On offre des cours de toutes sortes dans ces ecoles, que ce soit pour devenir modeleur, forgeron, menuisier, ajusteur, tourneur, electricien, mecanicien ou dessinateur, mais aucune formation n'est offerte a l'ouvrier qui desire devenir typographe, pressier ou relieur. Le modele traditionnel de l'apprentissage directement en atelier monopolise encore les metiers du livre. En effet, il faut attendre l'annee 1925 pour voir la situation se transformer avec l'apparition d'une section d'imprimerie a l'Ecole technique de Montreal.

Ailleurs au Quebec, des cours d'arts graphiques seront offerts a partir de 1942 dans la ville de Quebec. Crees par le syndicat catholique des ouvriers typographes de la capitale, ces cours sont en fait des conferences publiques offertes << en attendant que, comme a Montreal, Quebec ait son ecole d'imprimerie >> (17). Ainsi, du 5 octobre au 30 novembre 1942, 9 conferences, regroupant une vingtaine de participants, pour la majorite de jeunes ouvriers travaillant le jour comme typographe, pressier, relieur ou photograveur, sont organisees. Gratuites et offertes le soir, ces conferences portent sur la grammaire, le rendement en atelier et l'histoire de l'imprimerie au Canada. La conference sur la naissance de l'imprimerie au Canada est offerte par Hector Faber, imprimeur de metier et fils d'imprimeur. On projette aussi des films educationnels, un sur les etapes de la fabrication d'un grand journal et l'autre sur la formation des caracteres d'imprimerie. Membres du syndicat catholique, les conferenciers sont majoritairement des ouvriers typographes. Compte tenu du succes de ces conferences publiques, on prevoit en tenir d'autres en janvier et fevrier 1943 sur l'etude de l'anglais, le dessin, l'arithmetique et les differentes techniques du metier. Les organisateurs prennent egalement soin d'ecrire au Secretaire provincial, Hector Perrier, dans le but de reclamer la mise sur pied d'une ecole d'imprimerie a Quebec a l'image de celle de Montreal (18).

La premiere ecole d'imprimerie

Le 21 decembre 1925, on assiste a l'ouverture de la section d'imprimerie de l'Ecole technique de Montreal, situee sur la rue Sherbrooke au coin de Jeanne-Mance, en face l'Ecole des beaux-arts de Montreal. Selon Augustin Frigon, directeur de l'Ecole technique, le gouvernement liberal aurait cede aux demandes repetees des patrons imprimeurs de la region de Montreal, ainsi que des ouvriers qui, au nombre de mille, ont signe une petition en faveur d'un enseignement technique dans leur domaine (19). Si les employeurs sont en faveur d'un tel projet, les syndicats ouvriers de l'epoque sont moins chauds a l'idee. Ils craignent en effet que la mise sur pied d'une telle ecole provoque un encombrement du marche du travail en permettant la formation d'un nombre trop eleve d'apprentis et, consequemment, que ce trop plein cree une pression a la baisse sur les salaires des ouvriers compagnons. Or, depuis le milieu du XIXe siecle, les organisations syndicales quebecoises, representees majoritairement par l'International Typographical Union, une organisation americaine affiliee a l'American Federation of Labor (AFL), controlent le bassin de main-d'oeuvre dans l'industrie en determinant le ratio d'apprentis par compagnon que l'on trouve dans chaque atelier (20). Pour la bonne marche du departement d'imprimerie, on met donc sur pied comite consultatif regroupant des representants de l'Ecole, de la partie patronale et des organisations syndicales : << L'on voit donc que toutes les precautions ont ete prises pour faire en sorte que le Departement d'Imprimerie de l'Ecole Technique de Montreal marche en collaboration intime avec l'industrie qu'il est appele a aider. Les patrons et les ouvriers ont des representants qui peuvent les tenir au courant de ce qui se passe a l'Ecole et par l'intermediaire desquels ils peuvent faire connaitre leurs desirs >> (21). Ce comite consultatif est consulte pour la creation des programmes et des differentes politiques touchant la section d'imprimerie.

Sauf exception, la section d'imprimerie ne recoit que des eleves qui sont deja en apprentissage regulier dans les ateliers. Le mode de fonctionnement est simple : l'eleve passe une semaine a l'Ecole et la suivante en apprentissage en atelier, comme le stipule d'ailleurs le prospectus publicitaire de 1930: << L'eleve doit etre inscrit comme apprenti regulier dans une industrie. Le temps qu'il passe a l'Ecole est reconnu comme temps d'apprentissage par les organisations ouvrieres. [...] Ils lies eleves] recoivent un salaire qui en principe doit etre le meme, qu ils soient a l'Ecole ou a l'atelier >> (22). L'Ecole decide d'admettre des apprentis francophones et anglophones.

D'une duree de trois ans, le programme s'adresse uniquement aux apprentis qui desirent apprendre le metier de typographe (23). L'accent est donc mis sur la composition manuelle, les apprentis etant appeles a realiser des travaux pratiques selon un programme d'enseignement precis : << Leurs travaux sont ensuite imprimes de facon a ce qu'ils puissent se rendre compte du resultat qu'ils auraient obtenus dans la pratique courante >> (24). Pour realiser leurs travaux, les apprentis peuvent compter sur un equipement comptant 15 cabinets en bois pour la composition a la main, 144 casses, une pierre d'imposition (marbre), une douzaine de jeux de caracteres avec les accents francais, et quatre presses a imprimer (deux presses a platine, une a cylindre a double revolution Miehle, et une presse a epreuves) (25).

Outre les cours de composition typographique, le programme comprend aussi un volet de cours theoriques portant sur le francais, l'anglais, l'arithmetique, le dessin, et l'histoire de la typographie. Comme le typographe doit posseder une excellente connaissance de la langue francaise pour exercer son metier, l'accent est mis sur l'apprentissage de la grammaire et de la syntaxe, comme le precise a ce sujet le directeur de l'Ecole technique : << En effet, tout imprimeur, quelle que soit sa specialite, doit bien connaitre sa langue et l'art de la composition >> (26). Pour etre admis au cours d imprimerie, les eleves francophones doivent avoir termine avec succes leur huitieme annee d'etudes ou leur deuxieme annee du High School s'ils sont anglophones et ils doivent etre ages de 16 ans au minimum (27). Apres leurs trois annees, les diplomes doivent faire deux autres annees d'apprentissage en industrie avant de pouvoir devenir compagnons (28) Au nombre de 26 au total la premiere annee, les eleves se divisent comme suit: 15 dans la section francaise dirigee par Fernand Caillet (29) et 11 dans la section anglaise dirigee par Frank Rhodes (30). Sur ces 26 eleves, plus des trois-quarts avaient deja de 6 mois a 3 ans d'experience. Les inscriptions atteindront rapidement le nombre maximum de 48 (31).

Des fevrier 1926, des cours du soir en composition sont ajoutes a la formation de jour. On compte 41 eleves au cours du soir : 24 a la section anglaise et 17 a la section francaise. En 1930, il en coute 5 dollars pour assister a 23 lecons de deux heures chacune. Trois niveaux de cours sont offerts selon l'experience de l'apprenti qui desire suivre ces cours. Par exemple, le cours de deuxieme annee, qui se donne les vendredis soirs entre 19h30 et 21h30, est destine aux apprentis typographes qui ont au moins deux ans d'experience et porte sur la fabrication du livre : << Il comprend : l'historique de l'imprimerie, les differentes parties d'un livre et leur etude en detail, l'evaluation de la copie, la coupe des filets, l'emploi des initiales, l'imposition, etc. >> (32). Enfin, si, au depart, l'Ecole ne comptait donner que des cours de typographie, il semble que des l'annee suivante (1926), on decide aussi d'offrir des cours d'impression, mais seulement en cours du soir. (33) Ainsi, a Caillet et Rhodes s'ajoutent Adrien Charbonneau et Victor Sauve qui donneront des cours d'impression (34).

La Crise provoque un changement de cap

En 1935, apres 10 ans de fonctionnement, on en profite pour faire un bilan et apporter certaines modifications. On apprend ainsi qu'entre 1925 et 1935, 195 eleves se sont inscrits au departement d'imprimerie de l'Ecole technique de Montreal. Sur ce nombre, 93 (47,7%) ont obtenu le << certificat d'etudes typographiques >> decerne par l'Ecole depuis la premiere promotion en 1928 (35). Fernand Caillet en conclut que, sur une periode de huit ans, l'ecole a fourni a l'industrie de l'imprimerie 12 apprentis par annee en moyenne : << Qu'il nous soit permis tout de suite de nous servir de ces chiffres afin de refuter (une fois pour toutes nous l'esperons) les arguments qui, en certains milieux, veulent que l'ecole inonde le marche de main-d'oeuvre et, consequemment, fasse baisser les salaires >> (36). Dix ans plus tard, le meme debat fait donc toujours rage!

En septembre 1935, on modifie le systeme en vigueur puisque celui-ci semble montrer certaines defaillances. En effet, a cause de la crise economique des annees 1930, l'ecole se retrouve avec des eleves, une trentaine, qui sont au chomage. En consequence, ces derniers suivent les cours une semaine sur deux, mais ils ne peuvent travailler en atelier et mettre en pratique ce qu'ils ont appris durant l'autre semaine. On decide donc de reduire le nombre d'inscription de 48 a 36 et d'offrir un programme a temps plein d'une duree de deux ans au lieu de trois : << Ceci permet d'ores et deja un cours plus complet et plus detaille; l'augmentation du cours portera surtout sur la grammaire et le cote pratique du metier; cette derniere partie etant destinee a suppleer l'experience que l'eleve aurait du acquerir pendant son sejour a l'atelier >> (37). Deux ans plus tard, la direction de l'Ecole decide de revoir les exigences lors de l'admission des apprentis en ajoutant un examen d'admission portant sur la grammaire, l'arithmetique et la redaction 38.

En 1935, le cours de typographie de Fernand Caillet est divise en 28 lecons theoriques et 70 lecons pratiques. Parmi les 28 cours theoriques, on trouve l'etude de la casse; l'introduction au travail d'edition; l'histoire, la classification et la signification des caracteres; l'etude des bordures et ornements; l'imposition pour les presses a platine; la theorie et l'emploi des couleurs; etc. (39) Les examens de fin d'etude se divisent en deux parties, l'une theorique et l'autre pratique. L'examen theorique comprend une composition de grammaire, d'arithmetique et de dessin, dix problemes d'arithmetique appliques directement au domaine de l'imprimerie et vingt questions theoriques portant sur le domaine. Des questions plus techniques, mais des questions plus generales egalement comme : << Pourquoi Gutenberg choisit-il le style gothique pour ses caracteres mobiles ? >> ou encore << D'ou vient le mot << casse >> et pourquoi s'epelle-t-il avec deux << s >> ? >> (40). D'une duree de 50 heures, l'examen pratique se fait en atelier et comporte 20 problemes pratiques que l'apprenti doit resoudre en plus d'une epreuve de vitesse obligeant l'apprenti a composer durant trois heures a raison d'une moyenne de 18 lignes en faisant le moins d'erreurs possibles. Ce programme d'etude, en grande partie developpe par Fernand Caillet, a par ailleurs recu l'aval du bureau d'education de l'International Typographical Union.

Le virage effectue en septembre 1935 semble porter ses fruits puisque deux ans plus tard on apprend que les cours de jour de typographie affichent complet avec 48 apprentis inscrits et que la direction a meme du refuser une douzaine de candidatures, faute de place. De plus, cette annee-la, tous les finissants du cours d'imprimerie ont trouve un emploi. Les cours du soir de typographie et de procedes d'impression reprennent aussi un certain elan apres le ralentissement cause par la crise economique. A l'automne 1937, 106 eleves se sont inscrits aux cours du soir meme si les droits d'inscription, coupes de 20% au cours des annees anterieures, sont remontes au tarif regulier (41).

Au point de vue des installations et de la machinerie disponible, il faudra attendre l'annee 1938 pour voir l'Ecole technique acquerir une Intertype et une Monotype permettant ainsi l'enseignement de la composition mecanique (42). Apres des annees de reclamations aupres des autorites gouvernementales, Fernand Caillet avait enfin reussi a convaincre le gouvernement d'octroyer a l'Ecole technique les fonds necessaires pour moderniser l'outillage de la section d'imprimerie et acheter ces machines. Evidemment, Caillet n'est pas sans savoir que l'utilisation des machines a composer, par le biais de la Linotype principalement, s'est generalisee a partir de la fin du XIXe siecle. L'arrivee de la composition mecanique permet dorenavant a un linotypiste de composer plus de 5000 caracteres a l'heure (l'equivalent de cinq typographes manuels), rendant ainsi possibles le developpement de grandes imprimeries et la production de journaux quotidiens a grand tirage. A Montreal, le Witness acquiert ses premiers modeles de linotypes en 1892, La Presse en 1894 et le Montreal Daily Star l'annee suivante avec l'achat de 24 appareils (43). Deux raisons expliquent le retard de l'Ecole technique de se doter de telles machines plus rapidement. En premier lieu, le prix eleve de ces machines constitue un frein a leur achat (44). En deuxieme lieu, le fait que les contrats de travail signes entre les syndicats de typographes et les associations patronales exigent que les apprentis possedent d'abord les competences traditionnelles, soit la composition manuelle avant de pouvoir s'exercer a la composition mecanique sur les Linotype ou les Monotype, motive egalement la decision de l'Ecole. En 1944, par exemple, un apprenti doit avoir fait 9 900 heures de composition a la main avant de pouvoir travailler sur les machines a composer. Apres 12 000 heures d'apprentissage (l'equivalent de six ans de travail), l'apprenti devient compagnon (45). Dans ces conditions, il est plus facile de comprendre pourquoi l'Ecole technique misait prioritairement sur l'enseignement de la composition typographique manuelle.

L'Ecole de reliure

En 1937, une nouvelle section se joint a l'Ecole technique de Montreal, la section reliure de l'Ecole technique. C'est le relieur d'art bien connu a l'epoque, Louis-Philippe Beaudoin, qui devient directeur de cette nouvelle section. Louis-Philippe Beaudoin est ne en 1901 a Montreal. A l'age de 17 ans, il entre comme apprenti relieur a la librairie Beauchemin et devient rapidement compagnon relieur. En 1922, il obtient une bourse d'etude--la premiere accordee au Canada dans le domaine de la reliure--pour aller parfaire sa formation a Paris, au college technique Estienne, specialise dans l'enseignement professionnel des arts et industries du livre. Il y passe quatre annees, de 1922 a 1926, se specialisant dans la reliure d'art (46). A son retour, il ouvre un atelier prive de reliure d'art a Montreal avec Hector Perrier et Benoit Laberge. L'atelier fonctionnera de 1927 a 1936, puis en 1937, Beaudoin fonde la section reliure de l'Ecole technique de Montreal. Sa fille, Suzanne Beaudoin-Dumouchel, explique la philosophie de la nouvelle section de reliure : << Cette ecole, c'est l'acceptation de l'esprit de la demarche de l'atelier prive, avec apprentis-eleves-compagnons, sous l'oeil du maitre-d'oeuvre-professeur. C'est la sanction officielle par le gouvernement des preuves d'efficacite donnees par cet atelier >> (47).

[FIGURES 1-2 OMITTED]

A ce moment, le cours de reliure s'etend sur une periode de 5 ans et comprend des cours de culture generale (dont un cours d'histoire du livre), des cours techniques, des cours pratiques en atelier et des visites industrielles. Le programme est divise en quatre secteurs : la reliure proprement dite ou de bibliotheque; la reliure commerciale; la dorure sur cuir et la dorure sur tranche; et la maroquinerie. (48) Les eleves, au nombre de sept seulement la premiere annee, commencent leur apprentissage en septembre 1938, sous la supervision des professeurs Edward Sullivan et M. Daignault (49).

En 1940, pour souligner le cinquieme centenaire de l'invention de l'imprimerie, Louis-Philippe Beaudoin organise, en collaboration avec l'Ecole des Beaux-Arts de Montreal et l'Ecole du Meuble, une vaste exposition historique a l'Ecole technique de Montreal. Suzanne Beaudoin Dumouchel relate l'evenement :
 L'exposition Gutenberg a l'Ecole Technique se composa de vingttrois
 kiosques fermes, vitres, eclaires, avec panneaux explicatifs de dix
 lignes chacun, avec le caractere de l'epoque de l'exibit [sic], a
 partir des pharaons, du papyrus, allant au premier caractere,
 moule, bois-de-lettre, retracant les etapes de l'imprimerie et
 l'evolution des caracteres. Tous les textes avaient une couleur
 differente et passaient de l'ecriture cursive a l'enluminure puis
 au goldoni et autres, parmi les cent vingt-cinq familles de
 caracteres. Ces kiosques et tryptiques educatifs contenaient, entre
 autres, des incunables du college des Jesuites, le livre d'heures
 de Marie Stewart, et autres pieces rares pretees par des mecenes,
 sans oublier la replique de la presse en bois de Gutenberg (50).


En 1940, la section d'imprimerie de l'Ecole technique est dirigee par Leon Pilliere. Il est seconde dans sa tache par les professeurs James A. Gahan et Roch Lefebvre. Les matieres enseignees sont l'arithmetique appliquee, le dessin applique a la typographie, la grammaire francaise et anglaise, la composition elementaire, la composition du livre, les principes generaux de disposition (harmonie des formes, harmonie des couleurs, etc.), les croquis et leurs applications, l'imposition (presses a platines et cylindriques, etc.) et la theorie des couleurs. La section de reliure pour sa part compte trois formateurs : Roland Daignault, Edouard Sullivan et Louis-Philippe Beaudoin, qui est en charge de la section. On y enseigne l'histoire du livre, la grammaire francaise et anglaise, le dessin, la legislation ouvriere, la chimie, la comptabilite industrielle, les mathematiques appliquees, la sociologie, la reliure de bibliotheque, la maroquinerie, la dorure sur cuir et la reliure commerciale (51).

L'Ecole des arts graphiques de Montreal

En 1942, on fusionne les sections imprimerie et reliure de l'Ecole technique pour former une ecole a part entiere, l'Ecole des arts graphiques de Montreal. Louis-Philippe Beaudoin est nomme directeur de la nouvelle ecole qui occupe les anciens locaux de l'Ecole du Meuble a l'inteneur de 1 Ecole technique, au 2020, rue Kimberley (52). La mission de la nouvelle ecole << est de former des artisans et des techniciens qui auront une connaissance generale et etendue des differents procedes de l'imprimerie et de tous les metiers connexes, ainsi qu'un entrainement specialise dans une branche des metiers de l'imprimerie et de la reliure >> (53).

Avant 1942, seule la composition typographique manuelle (197.5), le fonctionnement des presses (1926), la reliure (1937) et la composition mecanique (1938) etaient enseignes a l'Ecole technique. Avec la creation de l'Ecole des arts graphiques en 1942, plusieurs nouveaux domaines de specialisation font leur apparition. On offre maintenant des formations sur la clicherie, la gravure en relief, la galvanoplastie, la photomecanique, la gravure en taille-douce et l'impression de la taille-douce, la lithographie, la chromo-lithographie et l'impression lithographique. On modifie egalement le mode d'apprentissage. Ainsi, durant la premiere annee, tous les eleves doivent obligatoirement suivre un stage dans chacun des trois ateliers de base que sont la typographie manuelle, la reliure manuelle et les presses a platine. A partir de la deuxieme annee, l'eleve commence a se specialiser, specialisation qu'il poursuivra au cours des deux annees suivantes. Apres ce cours de trois ans, l'eleve peut travailler dans une imprimerie, mais il lui restera trois autres annees a completer a titre d'apprenti avant de devenir compagnon (54).

[FIGURES 3-4 OMITTED]

Le personnel de l'Ecole compte alors 24 personnes, dont deux professeurs de typographie (Roch Lefebvre et Leon Pilliere), trois pour l'enseignement des presses (Gahan, Bastien et Cusson), un monotypiste (Beauchamp), un linotypiste (Chartrand), quatre professeurs pour la reliure (Sullivan, Goudreau, Daignault et Lusignan), un doreur (Gingras), un professeur de droit (Dansereau), un professeur de camera offset et de photographie (Arthur Gladu) et un professeur d'arts plastiques (Albert Dumouchel). Aucune femme ne fait partie du corps enseignant. D'une duree de quatre ans, le programme comprend trois annees de cours theoriques et pratiques, la quatrieme annee etant reservee uniquement a la pratique du metier (55).

Au milieu des annees 1940, un groupe de professeur, dont Louis-Philippe Beaudoin, Conrad Bastien, Roch Lefebvre, Arthur Gladu, Leon Pilliere, Eddy Gareau, et quelques autres, decident de produire un manuel destine aux eleves de l'Ecole. En introduction, Beaudoin justifie ce projet par le fait que s'il existe deja plusieurs manuels sur le marche, ces derniers proviennent en general de la France, des Etats-Unis ou de l'Angleterre et ne peuvent tenir compte du contexte canadien: << Notre milieu, en effet, est une synthese des influences americaines, anglaises et francaises; il en resulte une facon particuliere de voir, de comprendre et de travailler>> (56). Divise en trois grandes parties (la typographie, l'impression et la reliure) et abondamment illustre, Initation aux metiers de l'imprimerie aborde essentiellement les aspects les plus techniques de la profession. Pratiquement tous les chapitres formant les trois grandes sections se terminent par un questionnaire permettant aux apprentis de tester leur comprehension de la matiere. Au milieu des annees 1960, ce meme manuel sera toujours utilise comme livre de reference pour certains cours de typographie (57).

Un volet plus artistique aussi fait son apparition avec de nouveaux cours de dessin et de maquette et avec l'arrivee de nouveaux professeurs comme Arthur Gladu en 1946 et surtout Albert Dumouchel, artiste graveur connu et important, considere comme un incontournable dans le domaine. Dumouchel fait son entree a l'Ecole des arts graphiques en 1942, d'abord a temps partiel: <<Son metier de dessinateur de tissu a la Montreal Cotton de Valleyfield, l'influence de James Lowe, graveur, patron a la Cotton, qui a eveille chez lui le gout de la gravure, ont fait de lui le meilleur candidat pour le poste de professeur d'art plastique >> (58). En 1944, Dumouchel devient professeur a temps plein. Il enseigne le dessin, la composition decorative et la gravure. Seules l'Ecole des arts graphiques et l'Ecole des beaux-arts de Montreal enseignent la gravure a cette epoque. Rappelons egalement, qu'il est le gendre de Louis-Philippe Beaudoin, le directeur de l'Ecole. Avec Arthur Gladu, Albert Dumouchel vise surtout a developper chez ces jeunes, venus a l'Ecole avant tout pour apprendre un metier technique, une certaine approche artistique qu'ils pourront peut-etre exploiter dans leur travail (59). Roland Giguere a bien raison de souligner qu'avec l'embauche de Dumouchel et d'Arthur Gladu << l'ecole d'imprimerie commencait a devenir vraiment l'Institut des arts graphiques dont revait le directeur Louis-Philippe Beaudoin >> (60).

A son arrivee a l'Ecole, Dumouchel eprouve des difficultes d'integration, comme le souligne son frere, Jacques Dumouchel, qui lui a consacre un tres beau livre:
 On semble aimer sa personnalite, mais sa production fait sourire.
 Elle est incomprise dans ce milieu de professeurs qui viennent,
 pour la plupart, du secteur industriel et qui ne partagent pas ses
 interets artistiques. Le probleme ne reside pas vraiment dans la
 production de Dumouchel, mais dans l'ecart entre des techniciens de
 l'imprimerie qui sont des gens du metier et Dumouchel qui fait
 passer la creativite avant la technique. Son cours de dessin doit
 apprendre aux etudiants des techniques picturales applicables aux
 metiers de l'imprimerie. Or, Dumouchel mettra un accent
 considerable sur l'essor des talents souvent caches chez ses

 etudiants. Cette demarche ne semble pas avoir ete appreciee par ses
 collegues (61).


[FIGURE 5 OMITTED]

L'imprimeur Gerard Therien, qui a etudie a l'Ecole des arts graphiques a cette epoque et qui etait un ami d'Arthur Gladu, confirme qu'il y avait mesentente entre Dumouchel et les professeurs qui venaient du << cote technique >> (62). C'est l'arrivee d'Arthur Gladu, en septembre 1946, a titre de nouveau professeur de typographie qui permet a Dumouchel de sortir de son isolement (63). Diplome avec grande distinction de la section d'imprimerie de l'Ecole technique de Montreal en 1935, Gladu possede egalement une formation en dessin et design de l'Ecole des Beaux-Arts de Montreal, ainsi que des connaissances en photographie et photogravure acquises lors de son passage de pres de cinq ans dans l'armee canadienne au sein de la Film and Photo Unit (64). Comme il le rappelle dans ses memoires qu'il faisait paraitre en 1988, il possede un interet marque pour l'art et le dessin--tout jeune, Gladu suivait les cours de Paul-Emile Borduas a l'Ecole Plessis--, ce qui l'amene a se rapprocher rapidement de Dumouchel (65).

En 1947, Albert Dumouchel lance les Ateliers d'arts graphiques, une des premieres revues d'art a voir le jour au Quebec. Dumouchel est le directeur artistique de la revue, tandis qu' Arthur Gladu en est le directeur technique. Une revue << luxueuse >> selon Roland Giguere, << utilisant tout l'arsenal des competences et des techniques disponibles de l'Ecole >> (66). Patronnee par 1'Ecole des arts graphiques et par son directeur, Louis-Philippe Beaudoin, la revue comprend des poemes (Remi-Paul Forgues), des essais, des caricatures (de La Palme, entre autres), des reproductions de gravures et des oeuvres des automatistes de l'epoque comme Paul-Emile Borduas, Pierre Gauvreau, Jean-Paul Mousseau et Therese Renaud, mais egalement des reproductions des membres du futur groupe Prisme d'Yeux comme Alfred Pelland, Leon Bellefleur, Mimi Parent, Roland Truchon, Albert Dumouchel et Arthur Gladu (67). Quatre etudiants de l'Ecole, dont Jean-Louis Roy et le relieur Pierre Ouvrard, participent au numero de 1947 (68). Tire a 1 500 exemplaires et imprime par les eleves de l'Ecole, c'est le deuxieme numero des Ateliers d'arts graphiques qui sort des presses en 1947, le premier numero etant reste a l'etat de maquette. Malgre l'accueil chaleureux recu de la part des journaux (69), un seul autre numero, le numero 3, sera publie en 1949.

Le volet artistique de l'Ecole a retenu l'attention des specialistes de l'histoire de l'art en grande partie en raison du passage d'Albert Dumouchel a l'Ecole, des publications artistiques de Dumouchel et Gladu (comme les Ateliers d'arts graphiques parus en 1947 et 1949) et de leur participation au manifeste Prisme d'Yeux inspire par Alfred Pellan en 1948. Guy Robert, qui positionne les cahiers des Ateliers d'arts g0raphiques comme un point central de l'histoire des arts graphiques au Quebec souligne que << l'on retrouve dans ces cahiers les noms les plus significatifs du grand tournant dans l'histoire de l'art au Quebec dont ceux de Borduas et Pellan, Bellefleur et Giguere, Gauvreau et Mousseau, pour n'en citer que quelques-uns >> (70).

Dans cette meme veine, le passage de Roland Giguere a l'Ecole a titre d'etudiant entre 1948 et 1952 nous eclaire a la fois sur l'essor du volet artistique de l'institution, mais egalement sur les aspects plus techniques du travail d'imprimeur et sur l'esprit de camaraderie qui y regnait. Ainsi, lorsqu'il fonde les editions Erta en 1949, Giguere utilise les equipements de l'Ecole pour imprimer ses premiers recueils de poesie, comme il le rappelle lui-meme : << Avec l'accord tacite du chef d'atelier Roch Lefebvre et celui d'Arthur Gladu, nous pouvions ainsi disposer de quelques heures par semaine pour travailler exclusivement a notre livre. Conrad Tremblay preparait les maquettes et, tous les trois, nous composions les poemes soit a la main, soit en Ludlow. Ce fut un veritable delire typographique. De page en page defilaient presque tous les caracteres de l'Ecole : des Garamond, Baskerville, Caslon jusqu'aux Kabe, Tempo et Old English. [...] En tout cas, c'est un vif plaisir que nous donnait, ces soirs, l'art de la typographie >> (71). Cet extrait montre bien comment les aspects plus techniques du metier peuvent s'inscrire dans une dynamique artistique.

Roland Giguere collabore aussi a la revue creee par Dumouchel, ce qui lui permet d'entrer en contact avec de nombreux artistes, principalement des poetes et des peintres qui l'influenceront. D'apres Richard Giguere, c'est a partir de ce moment << que Roland Giguere commenca a favoriser une etroite collaboration entre des poetes et des artistes graphiques dans la realisation des livres >>, ce qui sera la marque de commerce des editions ERTA pour les annees a venir (72).

Selon Silvie Bernier, specialiste du livre illustre au Quebec, l'Ecole des arts graphiques et le travail d'Albert Dumouchel autour des Atelien d'arts graphiques sont directement responsables de l'eclosion des editions ERTA, mais aussi des editions Goglin qui regroupent une seconde generation de graveurs que l'on retrouve, entres autres, dans la publication Sept Eaux-fortes en 1957 (73). Par son travail innovateur, tant en ce qui touche le texte que la presentation materielle du livre, Roland Giguere impose << une facture contemporaine au livre quebecois >> comme le precise si judicieusement Francois Cote (74).

Outre Roland Giguere, plusieurs autres eleves de Dumouchel ont connu de belles carrieres dans le domaine de la gravure comme le typographe Pierre Guillaume qui creera les editions Goglin en 1957, Richard Lacroix qui fondera les editions de la guilde graphique et l'Atelier libre au milieu des annees 1960, Marie-Anastasie, Francoise Bujold, Richard Lacroix, Gilbert Marion et Robert Savoie (75). Yolande Racine resume ainsi l'influence de Dumouchel sur cette generation d'eleves : << En mettant l'accent dans sa pedagogie sur l'experimentation et la creation, il sut motiver des eleves qui venaient apprendre un metier de l'imprimerie a s'orienter vers la creation par le moyen de la gravure. Il forma ainsi, par detournement en quelque sorte, la << premiere generation >> d artistes-graveurs du Quebec >> (76) .

Finalement, Albert Dumouchel et Arthur Gladu demissionneront en 1960 a la suite de la nomination de Lucien Normandeau comme nouveau directeur de l'Ecole. Contrairement a Louis-Philippe Beaudoin, Normandeau attache peu d'importance a la formation artistique des eleves. Il abolit certains cours de dessin, ainsi que les cours speciaux de gravures ouverts aux jeunes artistes qui ne sont pas eleves a l'Ecole (77). Dans ces conditions, Dumouchel et Gladu quittent pour l'Ecole des beaux-arts de Montreal.

L'Institut des arts graphiques

Au lendemain de la guerre, l'Ecole prend de l'expansion grace aux anciens combattants qui desirent suivre des cours d'imprimerie pour se recycler et au marche du travail qui connait un boom sans precedent. A cette epoque, l'Ecole recoit de 30 a 40 demandes d'admission par jour de la part d'anciens combattants (78). Signalant que l'industrie manque cruellement de main-d'oeuvre, l'Association des maitresimprimeurs de Montreal, une association patronale regroupant sur une base volontaire des imprimeurs montrealais, demande au gouvernement d'agrandir l'Ecole des arts graphiques afin d'y recevoir un plus grand nombre d'etudiants (79).

Puis, en 1948, la Commission d'apprentissage des metiers de l'imprimerie de Montreal decide d'offrir des cours de perfectionnement gratuits le soir pour les ouvriers qui desirent se mettre a jour et ameliorer leurs competences professionnelles. Pres de 275 ouvriers demontrent de l'interet pour ce projet (80). La formule trouvee est interessante puisque chaque mardi, des ouvriers de l'imprimerie de la metropole viennent passer une journee de perfectionnement a l'Ecole des arts graphiques et sont remplaces dans les ateliers par des etudiants de l'Ecole. << De cette facon, les ouvriers viennent acquerir de precieuses notions theoriques et pratiques qui ajoutent a leur savoir et les eleves ont l'occasion de se familiariser avec le travail meme des ateliers >>, selon Raymond Guyot, directeur des etudes a l'Ecole (81). La formule connait un veritable succes puisqu'on compte 357 inscriptions aux cours du soir des la premiere annee, en 1948-1949, le plus fort contingent d'eleves desirant suivre des cours de reliure et d'impression typographique (82). En 1956, Georges-Aime Gagnon, president sortant de la Commission d'apprentissage trace un bilan des cours du soir donnes aux ouvriers depuis 1948. Selon lui, 953 apprentis et 759 compagnons ont suivi les cours du soir de l'Ecole pour un total de 22 770 heures (83). A l'epoque, 18 cours de perfectionnement sont offerts le soir aux apprentis avances et aux compagnons qui desirent etre au fait des nouvelles techniques dans leur domaine (84).

Tous ces changements provoquent un manque d'espace et menent, le 20 octobre 1956, a l'inauguration de nouveaux batiments pour l'Ecole des arts graphiques situee sur la rue Saint-Hubert, au nord du boulevard Cremazie (a l'emplacement actuel du College Ahuntsic). Deux ans plus tard, on decide de moderniser le nom de l'Ecole qui devient l'Institut des arts graphiques. Le nouvel institut, qui peut maintenant accueillir 400 eleves aux cours du jour et 1 500 aux cours du soir, a coute pres de 4 millions de dollars, dont un million uniquement pour l'equipement et l'outillage. Selon les sources officielles, il serait, a ce moment, le plus vaste, le plus moderne et le mieux equipe du genre au Canada (85).

Au debut des annees 1960, il faut posseder un diplome de douzieme annee ou de dizieme, avec examen d'admission dans ce dernier cas, pour entrer a l'Institut. La formation de j'our, entierement gratuite, s'etend sur trois ans, de septembre a mai de chaque annee (86). La formation compte des cours de culture generale ou cours theoriques comme l'algebre et la comptabilite, l'administration, l'anglais, la chimie du papier, le droit commercial et la legislation industrielle, le francais, l'histoire du livre (87), l'histoire generale, l'initiation aux affaires, les mathematiques generales et appliquees, les sciences et la sociologie. Du cote des cours techniques, on offre des cours de formation visuelle (arts plastiques), de camera offset, de correction typographique, de dessin a la main, de dorure, d'estimation, de gravure, d'impression offset, d'impression typographique, de preparation de copie, de reliure, de serigraphie et de typographie manuelle. On donne aussi des cours speciaux de dessin, de gravure, de linotypie, de monotypie, de maquette, de photo, de montage et plaques offset, de photomecanique, d'optique et theorie de la couleur et de reliure. Enfin, les apprentis et compagnons qui desirent se perfectionner peuvent egalement suivre des cours du soir ou des cours intensifs d'une duree de deux semaines seulement. En 1963-1964, 35 professeurs sont en charge des cours de jour et 43 aux cours du soir. On compte trois religieux parmi le corps professoral, mais aucune femme (88).

Les cours de dessin, d'arts plastiques et de maquettes menent aussi a la formation des premiers graphistes quebecois dans les annees 1950, ceux que l'on nomme les << layout man >> a l'epoque, comme le rappelle Claude Cossette :
 La formation du graphiste pouvait donc se faire, a partir des
 annees 50, par deux voies academiques: soit en s'inscrivant a une
 ecole de beaux-arts ou la formation etait davantage celle d'un
 artiste, habile en dessin et connaisseur de la couleur, soit en
 s'inscrivant a l'Institut ou la formation dispensee etait davantage
 celle d'un maquettiste d'edition rode aux techniques d'imprimerie.
 A l'Ecole des beaux-arts, on concoit des affiches--a l'imitation de
 ce qui se fait en Europe et meme si c'est un support tres marginal
 en Amerique--alors qu'a l'Institut des arts graphiques, on
 s'attaque a de la mise en page, ce qui est mieux adapte au milieu
 (89).


Entre 1942 et 1965, l'Ecole des arts graphiques aura permis a 682 eleves d'obtenir leur diplome de l'Ecole. Les diplomes de la section typographie arrivent au premier rang (223), suivis des pressiers typographiques (185), des relieurs (80), des pressiers offset (55), des maquettistes (46), des monteurs offset (34), des diplomes en photo et camera (26), des linotypistes (2,2) et des monotypistes (4) (90). Ces statistiques n'incluent pas les milliers d'apprentis et de compagnons qui ont suivi des cours de perfectionnement le soir que ce soit par l'entremise de la Commission de l'apprentissage ou non.

[FIGURE 6 OMITTED]

Malgre la presence substantielle des femmes dans certains metiers de l'imprimerie comme celui de relieur, on trouve bien peu de femmes parmi les diplomes de l'Ecole durant cette periode. Selon les fiches des diplomes de l'institution, la premiere femme diplomee serait Therese Plouffe en Art publicitaire en 1947. La consultation de ces fiches entre 1942 et 1965 nous a permis de trouver seulement une autre femme diplomee, celle-la de la section de reliure en 1949 (91). Nous savons par ailleurs que certaines femmes, comme Jeannine Leroux-Guillaume, Marie-Anastasie et Francoise Bujold, suivaient les cours de gravure sur metal d'Albert Dumouchel dans les annees 1950, mais elles y participaient en dehors du programme regulier de l'Ecole (92). Malgre ces exceptions, l'Ecole demeure un milieu d'hommes, tres peu frequente par les femmes, que ce soit aux cours reguliers du jour, aux cours du soir ou meme au sein du corps professoral (93).

En fevrier 1971, l'Institut des arts graphiques releve du ministere de l'Education et des l'annee suivante, l'enseignement des metiers de l'imprimerie et des arts graphiques se fera au College Ahuntsic, l'Institut des arts graphiques devenant le secteur << communication visuelle >> du College (94).

Conclusion

En definitive, l'Ecole des arts graphiques aura ete durant plus de 40 ans un lieu privilegie de formation professionnelle permettant a des centaines de jeunes ouvriers d'apprendre un metier valorisant tant du point de vue socio-professionnel que culturel. Il y a plusieurs annees maintenant, Roland Giguere affirmait a juste titre que << le typographe est au coeur du texte : c'est lui qui fait le passage entre le manuscrit et le livre; il est le maitre des lettres >> (95). Les typographes, les relieurs, les pressiers, en fait tous ceux qui pratiquent les metiers du livre et de l'imprime, sont au coeur de la vie culturelle d'une societe. Ils participent au processus de production de l'imprime; ainsi, ils sont partie prenante d'une histoire du livre et de l'imprime qui s'etend de la production et de l'edition de l'imprime jusqu'a sa diffusion et a sa consommation.

L'Ecole des arts graphiques de Montreal a donc influence le milieu de l'imprimerie au Quebec d'une double facon. Tout d'abord, en permettant a des ouvriers de profiter d'une formation professionnelle qui ameliore leurs conditions de vie a une epoque ou les Canadiens francais etaient encore trop souvent limites a des emplois peu qualifies. Ensuite, l'Ecole s'est revelee etre un tremplin pour plusieurs artistes, d'une part, grace au volet artistique mis de l'avant par son premier directeur, le relieur d'art Louis-Philippe Beaudoin et, d'autre part, grace a l'enseignement de professeurs comme Albert Dumouchel et Arthur Gladu. La fondation de l'Ecole des arts graphiques en 1942 a egalement permis le retour de la gravure dans les livres illustres, phenomene identifiable a partir des annees 1950 (96). De plus, par son volet technique, nous sommes d'avis que l'Ecole a egalement constitue un terrain fertile a l'essor des arts graphiques et des metiers de maquettistes et de graphistes dans le Quebec des annees 1950 et 1960. Ce n'est pas un hasard si on assiste a une transformation du livre dans son apparence materielle au Quebec a partir des annees 1950 (97). En ce sens, l'Ecole des arts graphiques a joue un role non negligeable dans l'epanouissement des arts graphiques au Quebec.

(1) Cet article est tire d'une communication prononcee au Congres de la Societe bibliographique du Canada qui s'est tenu a l'Universite York de Toronto, le 2 juin 2006. Tout comme la communication, l'article s'inscrit dans un plus vaste projet de recherche portant sur l'histoire de l'imprimerie au Quebec. Nous desirons donc remercier de son soutien financier le Fonds de recherche sur la societe et la culture du gouvernement du Quebec. L'auteur desire remercier Monsieur Francois Gingras, responsable des archives du College Ahuntsic a Montreal.

(3) Suzanne Beaudoin-Dumouchel, La fondation des arts graphiques/The Foundation of the Graphic Art School in Canada, memoire de maitrise en arts, Universite Concordia, 1975, p. III.

(4) Yolande Racine, Albert Dumouchel a l'Ecole des arts graphiques de 1942 a 1960, memoire de maitrise en histoire de l'art, Universite de Montreal, 1980, p. 116.

(5) Bryan Dewalt, Technology and Canadian Printing: A History from Lead Type to Lasers, Ottawa, National Museum of Science and Technology, 1995, 160 p.; Angela E. Davies, Art and Work: A Social History of Labour in the Canadian Graphic Arts Industry to the 1940s, Montreal/Kingston, McGill-Queen's University Press, 1994, 187 p.

(6) Daniel Renoult, << Les nouvelles possibilites techniques: le triomphe de la mecanique >>, dans Henri-Jean Martin (dir.), Histoire de l'edition francaise, tome IV: le livre concurrence 1900-1950, France, Promodis, 1986, p. 36-57; JeanJacques Weber, << Industries graphiques : de la mecanisation a l'information >>, dans Pascal Fouche (dir.), L'edition francaise depuis 1945, Paris, Editions du Cercle de la librairie, 1998, p. 460-503; Alan Marshall, << Les Mutations de la chaine graphique au XXe siecle >>, Revue francaise d'histoire du livre, 2001, p. 273-191.

(7) Bernard Dansereau, L'avenement de la linotype : le cas de Montreal a la fin du XIXe siecle, Montreal, VLB, 1992, 150 p.

(8) John P. Feather, << The Book in History and the History of the Book >>, dans John P. Feather et David McKitterick, The History of Books and Libraries. Two Views, Washington, Library of Congress, 1986, p. 1-16.

(9) Patricia Fleming, << The Printing Trade in Toronto: 1798-1840 >>, dans John Gibson et Laurie Lewis, Sticks and Stones. Some Aspects of Canadian Printing History, Toronto, Toronto Typographical Association, 180, p. 66. Lorsque le jeune Joseph Guibord decide de s'engager aupres de Nahum Mower, proprietaire du Montreal Herald, le 30 juillet 1823, le contrat stipule que le jeune garcon de 14 ans devra servir durant 7 ans comme apprenti avant de passer compagnon typographe. Guibord s'engage a etre obeissant et honnete, en echange de quoi Mower s'engage a le loger, le nourrir, lui fournir un lit et de quoi se laver et a lui enseigner le metier d'imprimeur (ANQ-M, Minutiers T. Bedoin, 30 juillet 1823, microfilm 3155, no. 1904). Certains contrats comprennent aussi des clauses ayant trait a la moralite des apprentis. En 1827, par exemple, William Lyon Mackenzie inclut dans le contrat d'apprentissage du jeune Tom Shaw, age de 13 ans, une clause precisant que ce dernier ne pourra se marier avant d'etre age de 23 ans (Colonial Advocate, 4 janvier 1827, dans Fleming, << A Canadian Printer's Apprentice in 1826 >>, The Devil's Artisan, p. 15).

(10) George Parker, << Lovell, John >>, Dictionnaire biographique du Canada (DBC), vol. XII, ([Quebec] : Presses de l'Universite Laval, 1990), p. 620.

(11) Recensements du Canada : 1871, tableau XXXVIII, p. 388; tableau XL, p. 400; tableau XLVI, p. 421; 1891, tableau 1, p. 40-41 et 265-270; 1911, tableau III, p. 59; tableau V, p. 62-238.

(12) Jean de Bonville, La presse quebecoise de 1884 a 1914. Genese d'un mass media, Sainte-Foy, Les Presses de l'Universite Laval, 1988, p. 110.

(13) Jean-Pierre Charland, L'enseignement specialise au Quebec, 1967 a 1982, Quebec, IQRC, 1982, p. 53-74.

(14) Celine Lariviere-Derome, << Un professeur d'art au Canada au XIXe siecle : L'abbe Joseph Chabert >>, Revue d'histoire de l'Amerique francaise, 28, 3 (decembre 1974), p. 347-366.

(15) Gilles Gallichan, Honore Mercier : la politique et la culture, Sillery, Septentrion, 1994, p. 92.

(16) Charland, L'enseignement specialise ..., p. 93.

(17) Le Maitre imprimeur, octobre 1942, p. 8.

(18) Memoire humblement presente a l'honorable Hector Perrier, secretaire provincial, pour qu 'il daigne jeter les yeux sur le mouvement educationnel lance depuis deux mois, dans la cite de Quebec, par quelques ouvriers, dans le but de developper les connaissances des apprentis de l'imprimerie, College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/A 17K.

(19) Auguste Frigon, << Notre nouvelle ecole d'imprimerie >>, Technique, fevrier 1926, p. 5.

(20) L'utilisation croissante d'apprentis par les employeurs a partir du milieu du XIXe siecle est d'ailleurs l'une des principales causes de la formation d'associations ouvrieres parmi les ouvriers imprimeurs. Au cours des annees suivantes, le controle des regles d'embauche des apprentis (duree de l'apprentissage, salaires et nombre d'apprentis par compagnon) est au coeur des revendications des associations ouvrieres. L'utilisation des apprentis sur les machines a composer au tournant du XXe siecle est une autre cause importante de friction qui menera eventuellement a une bataille rangee avec les employeurs. En definitive, les associations de typographes remporteront une victoire en reussissant a conserver leur pouvoir sur le processus de travail en maintenant, entre autres, le controle sur l'apprentissage puisque pour etre operateur de linotype, il faudra d'abord avoir fait son apprentissage de typographe. Voir a ce sujet: Sally F. Zerker, The Rise and Fall of the Toronto Typographical Union, 1832-1972: A Case Study of Foreign Domination, Toronto, University of Toronto Press, 1982, p. 23-26 et 112; Wayne Roberts, << The Last Artisans: Toronto Printers, 1896-1914 >>, dans Gregory S. Kealey et Peter Warrian (dirs.), Essays in Canadian Working Class History, Toronto, McClelland and Stewart, 1976, p. 137 ; Dansereau, L'avenement de la linotype ..., p. 108-109.

(21) Auguste Frigon, << Notre nouvelle ecole d'imprimerie >>, Technique, fevrier 1926, p. 9.

(22) Ecole technique de Montreal. Prospectus, Montreal, 1930, p. 13.

(23) Augustin Frigon, << Notre enseignement technique >>, Technique, mars 1932, p. 1.

(24) Ecole technique de Montreal. Prospectus, Montreal, 1930, p. 14.

(25) Augustin Frigon, << Notre nouvelle ecole d'imprimerie >>, Technique, fevrier 1926, p. 5.

(26) Auguste Frigon, << Notre nouvelle ecole d'imprimerie >>, Technique, fevrier 1926, p. 7. Les memes exigences concernant une bonne connaissance de la langue sont aussi demandees aux apprentis anglophones : << they must first have a good knowledge of English, composition and spelling >> (<< Our Printing School >>, Technique, octobre 1929, p. 1).

(27) Alphonse Belanger, << La rentree des classes du jour a l'Ecole technique de Montreal en 1930 >>, Technique, octobre 1930, p. 1 ; << Montreal Technical School >>, Technique, octobre 1932, 1.

(28) << Our Printing School >>, Technique, octobre 1929, p. 2.

(29) Fernand Caillet est ne a Paris le 10 octobre 1886. Il fait son apprentissage a Paris avant son arrivee au Canada en 1912. Apres avoir occupe plusieurs emplois chez differents imprimeurs, il devient contremaitre au Messager, poste qu'il quitte au moment de la greve des typographes de 1921 a cause de ses positions prosyndicales. Il etait d'ailleurs membre de l'Union typographique Jacques-Cartier, section locale 145, depuis 1917. Lorsqu'il quitte le Messager, il est aussitot engage comme contremaitre a la Mercantile Printing, l'imprimerie montrealaise du dirigeant syndical bien connu a l'epoque, Gustave Francq. A cette epoque, Caillet enseigne aussi la typographie aux apprends de l'Union typographique Jacques-Cartier. Il demeure a la Mercantile Printing jusqu'en 1925 au moment ou il est engage comme professeur de typographie a l'Ecole technique de Montreal. Tout au long de sa carriere de professeur, il collabore activement a la revue Technique pour laquelle il redige une centaine d'articles. En 1938, il publie, sur les presses de l'Ecole, un manuel pour les eleves de l'Ecole dans le but de combler une lacune qui fait que la documentation pertinente dans le domaine de l'imprimerie est majoritairement de langue anglaise (Fernand Caillet, Lecons de Typographie a l'usage des eleves compositeurs de l'atelier d'imprimerie, Montreal, Imprimerie de l'Ecole Technique, 1938. College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/F61B.). En definitive, il est le premier a avoir organise des cours de typographie en francais dans une ecole publique. Il decede le 19 novembre 1938 a l'age de 52 ans dans des circonstances plutot nebuleuses. (Le Maitre imprimeur, octobre 1937, p. 1-2; novembre 1938, p.2 ; Le Typo, mars 1937). Roch Lefebvre, engage deux ans auparavant, le remplacera comme chef de la section d'imprimerie. Roch Lefebvre, qui a fait partie de la premiere cohorte de diplomes du departement de l'imprimerie en 1928 sera Imprimeur de la Reine (Editeur officiel du Quebec) apres son passage a l'Ecole des arts graphiques comme professeur. Il est decede le 17 juillet 2002 a l'age de 94 ans (Le Devoir, 31 juillet 2002).

(30) Ne a Manchester en Angleterre le 1er decembre 1879, Frank Rhodes est age de 26 ans lorsqu'il immigre au Quebec avec sa famille en 1907. Il travaille d'abord comme contremaitre a la Sterling Press et a la Ronald's Press avant d'etre engage comme professeur a l'Ecole technique en 1925. Le 8 octobre 1932, il decede a la suite d'un << refroidissement >> contracte quelques jours plus tot sur son lieu de travail. Ses articles parus dans la revue Technique et la Printing Review faisaient de lui une << autorite en matiere de composition >> selon le journal Le Monde ouvrier. Quelques mois avant son deces, il avait d'ailleurs remporte le troisieme prix lors d'un concours de typographie regroupant plus de 300 participants a travers le Canada et les Etats-Unis (<< Frank Rhodes >>, Technique, octobre 1932, p. 49-50 ; Le Monde ouvrier, 15 octobre 1932, p. 2). Rhodes sera remplace par James-A. Gahan, ancien eleve diplome de l'Ecole, qui prend donc la charge de la section anglaise de composition typographique (Prospectus de l'Ecole technique de Montreal, 1933-1934, Montreal, 1934, p. 4).

(31) Fernand Cailler, << Dix ans apres >>, Technique, septembre 1935, p. 298.

(32) Ecole technique de Montreal. Prospectus, Montreal, 1930, p. 23.

(33) << A l'Ecole d'imprimerie >>, Technique, fevrier 1926, p. 39.

(34) Ecole technique de Montreal Prospectus, Montreal, 1930, p. 5.

(35) Fernand Caillet, << Dix ans apres >>, Technique, septembre 1935, p. 298.

(36) Idem.

(37) Ibid., p. 299.

(38) Fernand Caillet, << La formation des apprentis typographes >>, Technique, juin 1937, p. 264.

(39) Les 28 cours theoriques sont retranscris dans : Fernand Caillet, << Dix ans apres >>, Technique, septembre 1935, p. 299-300.

(40) Fernand Caillet, << La formation des apprentis typographes >>, Technique, juin 1937, p. 263.

(41) Le Maitre imprimeur, decembre 1937, p. 2.

(42) << L'Ecole des arts graphiques >>, Technique pour tous, octobre 1956, p. 46.

(43) de Bonville, La presse quebecoise de 1884 a 1914 ..., p. 104.

(44) Dansereau, L'avenement de la linotype ..., p. 39.

(45) Jean Delorme, << L'imprimerie >>, Technique, janvier 1944, p. 21.

(46) Beaudoin Dumouchel, La fondation des arts graphiques ..., p. 6-9.

(47) Ibid., p. 26. Sur l'histoire de la reliure au Quebec et sur l'apport de Louis-Philippe Beaudoin, on consultera: Jacqueline Halle, << Histoire de la reliure au Quebec >>, dans 1ere Biennale de la reliure du Quebec, Montreal, 1985, p. 9-15; Guy De Grosbois, << Pour une histoire de la reliure quebecoise: materiaux et perspectives de recherche >>, Cinquieme forum international de la reliure d'art, Montreal, Les Amis de la reliure d'art, ARA Canada, 1996, p. 25-31; Guy De Grosbois, << Le metier de relieur >>, Le Maitre imprimeur, 60, 8 (aout 1996), p. 25-26; 61, 3 (mars 1997), p. 19-20 ; 61, 8 (aout 1997), p. 19 ; 62, 4 (avril 1998), p. 21 ; 62, 9 (octobre 1998), p. 17.

(48) Hector-F. Beaupre, << L'Ecole technique de Montreal>>, Technique, fevrier 1939, p. 104. Le programme d'etude detaille pour les annees 1937 a 1942 se retrouve dans : Beaudoin Dumouchel, La fondation des arts graphiques ..., p. 18-22 et p. 31-32.

(49) << L'Ecole des arts graphiques >>, Technique pour tous, octobre 1956, p. 46.

(50) Beaudoin Dumouchel, La fondation des arts graphiques ..., p. 39.

(51) Ecole Technique de Montreal, Prospectus. Cours du jour, Montreal, 1940, 95 P.

(52) Le Maitre imprimeur, aout 1942, p. 1.

(53) Ecole Technique de Montreal, Prospectus, Montreal, 1946-1947, p. 1.

(54) Louis-Philippe Beaudoin, << L'Ecole des arts graphiques >>, Amerique francaise, novembre 1944, p. 28.

(55) Ecole Technique de Montreal, Prospectus, Montreal, 1943, 98 p.

(56) Initiation aux metiers de l'imprimerie, Montreal, ministere du Bien-Etre Social et de la Jeunesse, 264 p.

(57) Plans de cours, septembre 1965, College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/F61F.

(58) Beaudoin Dumouchel, La fondation des arts graphiques ..., P. 54.

(59) Racine, Albert Dumouchd a l'Ecole des arts graphiques ..., P. 37.

(60) Roland Giguere, <<Une aventure en typographie: des Arts graphiques aux editions Erta>>, etudes francaises, 18, 2 (automne 1982), p. 100.

(61) Jacques Dumouchel, Albert Dumouchel, maitre graveur, LaPrairie (Quebec), editions Marcel Broquet, Collection Signatures, 1988, p. 110.

(62) Entrevue realisee avec Gerard Therien le IX septembre 2002.

(63) Racine, Albert Dumouchel a l'Ecole des arts graphiques ..., p. 37.

(64) Arthur Gladu. Curriculum vitae, 30 juin 1963. College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/C3LA.

(65) Arthur Gladu, Tel que j'etais ... : recit autobiographique, Montreal, Hexagone, 1988, 188 p. Malheureusement, l'autobiographie de Gladu est principalement axee sur ses annees de jeunesse et sa participation a la Deuxieme Guerre mondiale, son recit s'arretant au moment de son embauche comme professeur a l'Ecole en 1946.

(66) Giguere, << Une aventure en typographie ... >>, p. 101.

(67) Francois-Marc Gagnon, Paul-Emile Borduas (1905-1960). Biographie critique et analyse de l'oeuvre, St-Laurent, Fides, 1978, p. 213-214.

(68) Les ateliers d'arts graphiques, 2 (1949), College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/G71D. Il faut mentionner que les etudiants de l'Ecole possedent deja leur propre revue, Impressions, entierement realisee par eux depuis la fondation de l'Ecole en 1942. Du cote des professeurs, les principaux animateurs de la revue semblent etre Dumouchel et Gladu (Racine, Albert Dumouchela l'Ecole des arts graphiques ..., p. 85-89). Roland Giguere temoigne du travail des etudiants a batir cette revue : << les numeros (annuels) se construisaient a partir de nos propres textes que nous composions, mettions en page, illustrions et imprimions, selon la specialite de chacun. Cette revue etait, en somme, l'application de nos cours theoriques. Une grande liberte nous etait cependant laissee dans la creation de la maquette, le choix des caracteres et les gravures sur linoleum qui accompagnaient les textes. La revue Impressions offrait vraiment un lieu ideal d'experimentations des possibilites typographiques >> (Giguere, << Une aventure typographique ...>> , p. 101).

(69) Voir, entre autres, La Patrie, 1er juin 1947, p. 14; Notre Temps, 14 juin 1947, P. 4; Le Canada, 3 juin et 17 juillet 1947, p. 12 et 11.

(70) Guy Robert, Albert Dumouchel ou la poetique de la main, Sainte-Foy, Les Presses de l'Universite du Quebec, 1970, p. 14.

(71) Roland Giguere, <<Une aventure en typographie: des Arts graphiques aux editions Erta>>, Etudes francaises, 18, 2 (automne 1982), p. 102.

(72) Richard Giguere, << Les editions Erta: un surrealisme sans frontieres >>, dans Jacques Michon (dit.), L'Edition litteraire au Quebec de 1940 a 1960, Sherbrooke, Ex Libris, 1985, p. 146.

(73) Silvie Bernier, Du texte a l'image. Le livre illustre au Quebec, Sainte-Foy, Les Presses de l'Universite Laval, 1990, p. 90-93.

(74) Francois Cote, << Les premiers pas du livre d'artiste. ERTA (1949-1953) >>, Arts et Metiers du Livre, 252 (fevrier-mars 2006), p. 45.

(75) Dumouchel, Albert Dumauchel, maitre graveur, ..., p. 149.

(76) Racine, Albert Dumauchel a l'Ecole des arts graphiques ..., p. 116.

(77) Ibid., p. 107-108.

(78) Le Maitre imprimeur, decembre 1945, p. 1.

(79) L'Association des maitres imprimeurs base sa reclamation sur une enquete menee en 1945 par le Comite paritaire de l'industrie de l'imprimerie de Montreal qui soulignait une penurie de 500 ouvriers specialises dans le secteur. Fonde en 1936, le Comite paritaire est un organisme regroupant un nombre egal d'employeurs et d'employes et dont la principale mission est de voir a l'application des differentes conventions collectives dans le secteur de l'imprimerie (Le Maitre imprimeur, decembre 1945, p. 1; mars 1956, p. 15-20).

(80) Le Maitre imprimeur, avril 1949, p. 1.

(81) << Metiers de l'imprimerie >>, Technique pour tous, mai 1956, p. 47.

(82) Voici la repartition des 357 eleves inscrits aux cours du soir en 1948-1949 : 98 en reliure, 94 dans les cours d'impression, 70 en typographie (cours en francais), 21 en imposition, 20 en monotypie, 16 en linotypie, 15 en maquette, 15 en estimation et 8 en typographie (cours en anglais) (Analyse des cours du soir 1948-1949, College Ahuntsic, Fonds de l'institut des arts graphiques, A1/F 67B).

(83) << Inauguration de la nouvelle Ecole des arts graphiques >>, Technique pour tous, novembre 1956, p. 47.

(84) Rapport annuel 1956-1957 de la Commission d'apprentissage des metiers de l'imprimerie de Montreal et du district. Appendice << D >>, Sommaire des cours du soir, College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/F67B.

(85) <<L'Ecole des arts graphiques>>, Technique pour tous, octobre 1956, p. 47; << Inauguration de la nouvelle Ecole des arts graphiques >>, Technique pour tous, novembre 1956, p. 48.

(86) Andre Charest, << Le metier de typographe >>, Technique, octobre 1962, p. 25.

(87) L'ouvrage classique de Lucien Febvre et Henri-Jean Marin, L'Apparition du livre, publie quelques annees plus tot en 1958 apparait comme ouvrage du professeur dans le plan de cours du cours d'histoire du livre.

(88) Enseignement professionnel specialise. Rapport statistique pour l'annee scolaire 1963-1964, College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/F64A.7 ; Plans de cours, septembre 1965, College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/F61F

(89) Claude Cossette, Petite histoire du nouveau graphisme quebecois, edition hors commerce. Page consultee le 17 mars 2007 : http://www.ulaval.ca/ikon/finaux/Itexque/DOUVEN.HTML#25

(90) Une section << divers >> complete le tableau et compte 7 diplomes. Parmi les 22 diplomes en linotypie, on compte l'auteur et dramaturge bien connu Michel Tremblay, diplome de la promotion de 1963. Le pere de Michel Tremblay etait d'ailleurs pressier de metier (Tableau 1. Les diplomes de l'Institut des arts graphiques, College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/E, 55K).

(91) Fiches-dossiers, recipiendaires de diplomes, 1943-1972, College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1/E, 55K.

(92) Racine, Albert Dumauchel a l'Ecole des arts graphiques ..., p. 104.

(93) Encore en 1970, on ne retrouve aucune femme parmi les 39 professeurs (Institut des arts graphiques, College Ahuntsic, Fonds de l'Institut des arts graphiques, A1F64A).

(94) Le Maitre imprimeur, fevrier 1971, p. 3 ; Beaudoin Dumouchel, La fondation des arts graphiques ..., p. 83.

(95) Giguere, << Une aventure en typographie ... >>, p. 98.

(96) Bernier, Du texte a l'image ..., p. 88.

(97) Entrevue realisee avec Jean Arcand, professeur retraite de l'Institut des arts graphiques, le 20 mai 2001.

Eric Leroux (2)

(2) eric Leroux est professeur adjoint a l'Ecole de bibliotheconomie et des sciences de l'information de l'Universite de Montreal. Ses recherches portent principalement sur les dimensions sociales et culturelles de l'histoire du livre et de l'imprime au Canada. Parmi ses publications, soulignons sa collaboration aux volumes 2 et 3 de l'Histoire du livre et de l'imprime au Canada/History of the Book in Canada, codiriges par Yvan Lamonde et Patricia Fleming.
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Author:Leroux, Eric
Publication:Papers of the Bibliographical Society of Canada
Geographic Code:1CANA
Date:Mar 22, 2007
Words:10790
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