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La fierte d'etre anormal : valorisation des stigmas comme nouvelle identite chez les lolita et angura a Tokyo.

Proud to be Abnormal: Revalued Stigmas as a New Identity among the Lolita and Angura in Tokyo

LES CHANGEMENTS SOCIAUX, politiques et economiques qui ont lieu depuis les annees 1990 ont bouleverse le Japon de l'apres-guerre. Le Japon prospere est soudainement devenu un Japon fragile, instable, a l'avenir lourd et noye dans une insecurite generalisee. Les ecarts de pouvoirs et de statuts se sont non seulement accru, mais sont apparus de plus en plus evidents dans un pays qui vantait son homogeneite ethnique, economique et ideologique (Kelly 1993). Les jeunes ont subi cette periode difficile qui dure encore en etant critiques et consideres comme des facteurs contribuant a l'instabilite de la societe japonaise. Ces critiques refletaient une difference de mentalite entre les generations, mais surtout << une reelle tension, en reference a la precarite de ce qui peut etre appele "l'ordre social des adultes" au Japon >> (Mathews et White 2004 : 1).

Leur dependance financiere envers leur famille, l'instabilite d'emploi de nombreux jeunes et leur refus ou l'impossibilite de se marier et d'avoir des enfants les font paraitre comme des etres immatures et irresponsables. Cette vision de la jeunesse japonaise et la remise en question de valeur des jeunes en tant que membre de la societe japonaise sont notamment exprimees dans les medias de masse, masquant le fait que les reels problemes sociaux et economiques dont ils sont victimes restent sans solutions.

De nombreux jeunes vivent de maniere brutale cette devalorisation implicite au discours normatif des adultes et expriment leur detresse en se retirant de la societe, ou en recherchant un espace d'expression libre leur donnant un certain confort et un sentiment de securite. Cet espace se constitue, pour plusieurs jeunes, en sous-cultures.

De nombreuses sous-cultures sont presentes a Tokyo et sont dispersees a travers les 23 arrondissements. Elles se definissent par des valeurs ou des interets specifiques, mais aussi par des activites ou des lieux/quartiers particuliers. Je pense par exemple aux otaku a Akihabara, aux gyaru a Shibuya, aux lolita a Harajuku et Shinjuku et les angura a Shinjuku. Chacun de ces groupes s'oppose d'une facon ou d'une autre aux normes sociales, vestimentaires ou esthetiques (par le tatouage ou les habits excentriques, par exemple). Ces groupes sont aussi marques par l'exces et l'exageration qui s'expriment notamment dans les styles et les valeurs qu'ils promeuvent.

L'objectif de cette etude est de comprendre comment et pourquoi les jeunes adultes de deux communautes localisees dans le centre de Tokyo, les lolita et les angura, dont les membres, ages de 16 a 40 ans, se reapproprient dans leurs discours des stigmas qui leur sont attribues. Cette etude s'inscrit dans une recherche doctorale portant sur l'<< empowerment >> des individus marginalises a travers une reappropriation de leur vulnerabilite. Nous abordons l'<< empowerment >> comme un processus interpersonnel, interpersonnel et sociopolitique de prise ou reprise de pouvoirs de la part d'individus impuissants, dans lequel ces derniers reprennent le controle de leur vie. Les individus peuvent influencer les structures societales et organisationnelles dans lesquelles ils vivent, apprendre a utiliser des outils, des ressources et des competences et reprendre le plein pouvoir sur la prise de decision dans leurs vies. Au niveau intrapersonnel, l'<< empowerment >> psychologique peut se traduire par l'acceptation de soi, un regain de confiance en soi, une comprehension politique et sociale de leur vie et une reprise de la capacite de prendre les decisions pour soimeme ou, possiblement, pour sa communaute. Les individus ayant repris le controle de leur vie et de leur identite peuvent exprimer un << sentiment d'empowerment >>, que l'on retrouve, par exemple, dans les temoignages de cette recherche.

Les lolita et les angura

Les deux sous-cultures presentes a Tokyo qui font l'objet de cette etude, les lolita et les angura, partagent un meme espace social (activites, reseaux, lieux de rencontre) ainsi qu'un meme esthetisme base sur l'exces et le refus de la banalite.

Ces sous-cultures se veulent des deviances marquees par l'exces et l'exageration, en opposition aux cultures de masse qui constituent la culture dominante au Japon notamment au niveau vestimentaire par le port de l'uniforme (McVeigh 2000). La demarcation esthetique est centrale, et chaque individu doit pouvoir et doit vouloir s'exprimer librement, en opposition a l'homogeneite de la societe japonaise et l'hegemonie culturelle. Le discours d'une culture et d'une societe japonaise homogene perdure depuis l'apres-guerre (Kelly 1993). Selon ce discours, les ecarts de classe et de culture n'existeraient pas au Japon et faire partie de cette culture et classe << moyenne >> homogene temoignerait de la normalite d'un individu.

Les sous-cultures en Occident ont ete conceptualisees en tant que contestations face aux pressions de conformisme des societes de masses et un refus de l'alienation ressentie dans ces societes notamment par les chercheurs du Centre for Contemporary Cultural Studies (CCCS) ou l'ecole de Birmingham (Gedler 2007) et plusieurs auteurs definissent les sous-cultures au Japon sous l'angle de la resistance (Kinsella 1998 ; Winge 2008). Il est par contre necessaire de noter que la conceptualisation des sous-cultures en terme de resistance a ete critiquee comme etant romantique et sentimentalisee (Muggleton et Weinzierl 2003 : 7). La conceptualisation des sous-cultures au Japon, selon Anne McKnight, n'est pas necessairement fondee sur une non-normativite meme si elles expriment une deviance. Elles peuvent etre definies en tant que communautes et lieu de production culturelle dans un contexte globalise d'identites differentielles, comme c'est le cas avec les lolita et angura (McKnight 2010 : 127). Parallelement, selon Dick Hedhige, l'identite individuelle ou de groupe est un element central des sous-cultures puisqu'elles s'appuient sur l'alienation et la reappropriation de ce qui a ete perdu dans la culture dominante. L'identite de groupe est un des aspects de l'existence perdus qu'il est imperatif de retrouver (Hebdige 1979 : 79). Ainsi, les sous-cultures sont des espaces de construction d'identites alternatives parfois ritualisee--comme chez les lolita, qui incorporent des manierismes, des poses et utilisent des codes vestimentaires precis.

En prenant en compte la definition des sous-cultures explicitees cidessus je considere qu'elles sont caracterisees par une volonte de se demarquer et de s'exprimer librement tout en etant des espaces de construction d'une identite alternative. Cette volonte s'exprime notamment a travers une resistance visuelle et sociale face a la culture dominante par des choix individuels qui les positionnent manifestement a l'ecart des valeurs conformistes de la societe japonaise.

Les lolita, qui sont presents a Harajuku et Shinjuku, s'habillent de vetements inspires de l'aristocratie europeenne, notamment anglaise de la periode victorienne et francaise de la periode rococo (McKnight 2010 ; Winge 2008) (les robes a crinoline chez les femmes et les habits de majordome chez les hommes en sont des exemples), en accordant une importance particuliere a l'elegance et au mignon. Ils idealisent l'Europe et l'aristocratie et sont nostalgiques d'un passe pre-moderne, au moment de la << revolution de consommation >>, la transition d'un regime feodal vers un regime bourgeois, ou les femmes pouvaient enfin avoir acces au marche (McKnight 2010 : 118). Particulierement chez les femmes, certains personnages feminins tels que Alice au pays des merveilles ou MarieAntoinette sont idolatres. Les angura, dont le nom vient de l'anglais << underground >>, sont des individus ayant un penchant pour la culture du sadomasochisme, du fetichisme et des modifications corporelles. Les membres de cette sous-culture expriment une fascination pour le corps humain a travers certaines activites : piercing, tatouage, spectacle de suspension, etc. Ils sont localises a Shinjuku, Roppongi, Ikebukuro et un peu a Shibuya. Les sous-cultures lolita et angura ont emergee vers la fin des annees 1980 et ont gagne en popularite durant les annees 1990, decennie durant laquelle de nombreux evenements (p. ex. : les rencontres de the pour les lolita et les evenements << fetish >> pour les angura) ont vu le jour.

Les deux sous-cultures sont fondees sur l'exces, la demarcation esthetique et visuelle et l'identification de soi comme << etre anormal >>. Cette presente recherche explore l'importance de cette << demarcation >> esthetique, visuelle, culturelle et sociale chez les individus de ces sous-cultures, en tant que refus du conformisme et de la culture dominante de masse.

Les membres de ces sous-cultures forment des communautes constamment en mouvement, car ils rejoignent ou quittent la communaute de maniere volatile et peuvent passer facilement d'un groupe a un autre. Leurs affiliations sont a caractere oppositionnel soit en opposition a la culture hegemonique, detachees du milieu familial de l'individu, et surtout transitoires ou sans attaches (Halberstam 2005 : 315). Ces communautes se creent leur propre geographie, qui reste tres flexible, et dans laquelle un ensemble de lieux leur sert de centre de cohesion et de construction identitaire. Chaque sous-culture a un quartier de reference parmi les vingt-trois arrondissements de la ville de Tokyo (tel qu'indique precedemment, les otaku sont a Akihabara, les gyaru a Shibuya, etc), bien que cette delimitation ne soit pas officielle.

De reels << espaces >> se creent pour les membres de chaque sousculture : espaces culturels, espaces temporels et espaces physiques (Hall et Jefferson 1976 : 45). Des rituels de relations interpersonnelles se creent, incorporant des activites, des types de relations, des rythmes d'interaction et d'expression de collectivite. Ainsi, les deux communautes de cette recherche, les lolita et les angura, se croisent lors de certains grands evenements a Tokyo (detailles plus bas dans le texte). Ces evenements sont organises, geres et animes par et pour les membres de la communaute. Bien que ce soit des evenements ouverts au grand public, les membres y font souvent reference en termes de << retrouvailles >> et de << lieu de repos >>, un lieu reserve a leur groupe et a l'expression de leurs valeurs. Les valeurs des membres de la communaute incluent l'importance accordee a l'apparence et au style vestimentaire, a un detachement ressenti et exprime envers les normes sociales dominantes, une attirance pour une vision atypique des genres et de la sexualite et un refus du conformisme de la societe japonaise.

Il y a un code vestimentaire strict pour participer a la grande majorite de ces activites, puisque, encore une fois, l'appartenance a ces sousgroupes passe tout d'abord par leur style vestimentaire.

Les lolita et angura de Tokyo ne sont pas necessairement residents de la prefecture de Tokyo. Un bon nombre habite dans les prefectures avoisinantes et fait le voyage de facon irreguliere pour se << ressourcer >> dans le centre de Tokyo. Comme je l'ai mentionne plus haut, la population est tres mobile et volatile, non localisable sauf durant les evenements et rassemblements de leur communaute. Il est ainsi difficile d'estimer de facon precise la proportion de la population qui s'identifie aux deux communautes. Dans le cadre de ce projet de recherche, je m'attarde donc aux membres repondants aux criteres suivants : les individus portant des vetements lolita ou de style angura, s'identifiant ouvertement (en personne et sur Internet) comme un/une << lolita >>, un/une << adepte du fetish >> ou << aimant le style angura >> ; les individus etant actifs dans les activites de leur communaute (evenements et autres) ayant lieu a Tokyo et sur Internet, maintenant une bonne communication avec les autres membres. Il n'y a aucune restriction liee a l'age, au sexe ou au lieu de residence des personnes (notons cependant que les membres ont rarement plus de 35 ans).

Les moyens de communication sont principalement les reseaux sociaux sur Internet, notamment Mixi (1), Twitter et Facebook. L'utilisation d'internet comme medium principal de communication est un aspect important de ces communautes, car elle permet aux membres, dont certains proviennent de milieux et de lieux tres differents, d'entrer plus facilement en relation les uns avec les autres. J'ai d'ailleurs moi-meme utilise ces plateformes de communication pour contacter les repondants et suivre leurs activites et interactions. Bien que les membres communiquent frequemment sur ces plateformes, se voient regulierement en personne et entretiennent des liens etroits, ils connaissent rarement leurs vrais noms respectifs. Mixi, la plateforme japonaise, a la particularite de permettre l'utilisation d'un pseudonyme, ou d'un << handle name >> comme il est de coutume dans les forums, habitude qui a ete maintenue dans les echanges en personne. Ainsi, les membres des communautes lolita et angura se connaissent par leur pseudonyme (et je ne fais pas exception puisqu'ils ne m'appellent que par mon pseudonyme). Ces nouvelles technologies de la communication ont aussi permis de repondre au desir d'une coupure avec la realite quotidienne (et l'alienation qui y est ressentie), faisant de la communaute virtuelle un espace social flottant et servant de refuge.

Parallelement, les deux groupes partagent des discours similaires, qui construisent et reconstruisent les frontieres de leur groupe et de leur identite, bien qu'il existe certaines differences au niveau des termes utilises. Une partie de leurs discours sera analysee dans ce texte, notamment l'importance attribuee a leur identite en tant qu'<< anormaux >> et leur attachement a la << perversion >> (hentai), tous deux etant des termes utilises par les repondants eux-memes.

Bien que ces communautes aient une petite population, elles sont reconnues a travers le Japon comme des excentricites propres a Tokyo depuis les annees 1990 (Winge 2008). Les lolita sont d'ailleurs repris par le gouvernement japonais et les medias comme nouvelle identite japonaise et comme un nouveau nihonjinron (discours qui vante la particularite de la nation japonaise), notamment avec la nomination d'une lolita, Aoki Misako, comme << Ambassadrice du mignon >> par le ministere des Affaires etrangeres en 2009.

Problematique

Initialement, l'objectif de la recherche etait d'etudier la relation entre la stabilite emotionnelle et l'implication des membres dans les activites des sous-cultures etudiees. Or, lors d'un premier contact avec ceux-ci, l'importance des notions d'<< anomalie >> et de << perversion >> ainsi que le poids identitaire de la sous-culture pour les individus ont ete si frappants qu'il a fallu reorienter ma problematique dans cette direction. Cet article se concentre ainsi sur la raison, l'importance et la signification chez les membres de leur participation a ces sous-cultures, ainsi que l'impact de leur nouvelle identite (ici, en tant qu'<< anormaux >>) sur leur vie. Nous discuterons du processus d'<< empowerment >> qui permet a des individus vulnerables appartenant a des sous-cultures de s'identifier a une culture et a un groupe marginal ainsi que de se reapproprier leur << anomalie >>. La vulnerabilite des individus en question fait reference a la reaction negative qu'a eu la societe japonaise face a leur choix de vie non conformiste et a la marginalisation qui s'en est suivie. L'<< empowerment >> implique alors une reprise de controle des qualificatifs et des stigmas par lesquels on definit ces individus ainsi qu'une reprise du pouvoir d'auto-identification. Dans ce contexte, l'<< empowerment >> peut etre compris a deux niveaux : d'une part au niveau macro, ou la communaute doit se creer et doit acquerir un meilleur controle de son environnement et, d'autre part, au niveau micro, ou le membre reprend le pouvoir de definition de soi.

Les termes << anormaux >> et << pervers >> utilises pour souligner leur marginalite deviennent ainsi un outil de contestation et d'epanouissement chez les membres de ces sous-cultures. Ces derniers se reapproprient les stigmas qu'ils ont subis et les presentent comme nouvelle identite. C'est pourquoi nous pouvons affirmer que cette nouvelle identite constitue une contestation de la societe et la culture dominante. Les activites des communautes et leurs rassemblements servent alors a consolider cette nouvelle identite << hors-norme >>. Les stigmas en question sont, tels que definis par Erving Goffman, un attribut qui discredite l'individu, et le reduit a une presence infectee au lieu de le concevoir comme un individu a part entiere (1986 :12). Mais le stigma n'est pas simplement qu'une question d'attribut, il aussi un langage de relation, de sorte que la valorisation ou la devalorisation d'un attribut (et de l'individu qui le porte) est relative au regard de celui qui le qualifie ainsi qu'aux conditions dans lesquelles on lui associe une connotation negative. Le stigma reduit ainsi l'individu aux attributs negatifs qu'on lui associe selon le contexte. La reappropriation des stigmas se fait autant au niveau individuel que collectif.

Methodologie

Les donnees presentees ici sont issues de la premiere partie de ma recherche doctorale, et non de son entierete, d'ou l'echantillon limite. La collecte des donnees a ete realisee au moyen d'entrevues informelles avec les jeunes de ces communautes de sous-cultures, de seances d'observation-participante lors d'evenements de communautes et d'interactions avec les membres, en personne ou par Internet. Pour recruter mes informateurs, j'ai cible les hommes et les femmes participants, activement ou non, a des activites lolita ou angura a Tokyo et dont le style vestimentaire et les modifications corporelles permettent de les reconnaitre comme faisant partie de ces groupes.

Le terrain a ete effectue durant l'ete 2011, du mois de juillet a la fin du mois d'aout. 14 entrevues ont ete effectuees avec 9 lolita et 6 angura (un est membre des deux communautes). Les repondants des entrevues sont ages de 18 a 40 ans ; quatre d'entre eux sont des hommes et dix sont des femmes ; tous resident en banlieue de Tokyo, dans les prefectures avoisinantes (Kanagawa, Saitama, Chiba et Ibaragi) ou au centre de Tokyo. Les repondants ont d'abord ete contactes a travers le site Internet de reseautage social destine aux Japonais--Mixi--dont la structure est plus ou moins similaire a Facebook. Quelques individus faisant partie de << communautes >> ou groupes rassemblant les lolita de Tokyo sur le site Mixi ont tout d'abord ete choisis et contactes pour une premiere entrevue. Nos autres repondants, lolita et angura, nous ont ete referes par ces derniers, par effet boule de neige (a partir de plusieurs sources). Les questions posees (2) portaient sur l'importance chez les individus de la sous-culture, des vetements qui y sont associes et des activites communautaires.

Resultats (3)

En repondant aux questions sur leur identite, tous ont mentionne etre fiers de se demarquer de la norme et des codes vestimentaires et esthetiques << banals >>. Presque tous les repondants (12 sur 14) ont indique que leur choix vestimentaire est fondamental pour la construction de leur identite et certains considerent que la participation dans la communaute leur est aussi cruciale. Tous disent tenir absolument a s'habiller librement, sans tenir compte des normes sociales, et ce, malgre les critiques qu'ils subissent.

J'aime [les vetements] lolita car c'est mignon. Mais ce n'est pas juste ca... [...] Je ne pourrai pas vivre sans etre une lolita. Mes parents sont contre, mais je ne peux pas m'en empecher [de porter ces vetements]. (Ruri, femme de 18 ans, lolita)

Apres avoir vecu de mauvaises experiences [d'intimidation a l'ecole] pendant mon adolescence. je me suis demande pourquoi je continuais a porter attention aux regards des autres alors que celles qui m'intimidaient semblaient si libres. Alors j'ai decide de me liberer et etre qui je veux etre. [...] Les gens m'insultent dans la rue, et je n'aime pas ca, mais je veux continuer a porter ces vetements. Etre une lolita me definit. (Senhime, femme de 25 ans, lolita)

Plusieurs (10 sur 14) indiquent que ce n'est pas une << nouvelle >> identite, mais leur << vraie >> identite. Il ne s'agit donc pas d'une mode passagere chez ces individus ni d'une metamorphose, mais un retour a sa vraie nature.

Ce n'est pas que j'ai voulu devenir lolita, je l'avais toujours ete. Ce n'etait pas un choix. Je n'ai pas d'existence si je ne suis pas une lolita. (Ruri)

Pour moi, me maquiller est un rituel important. J'ecoute de la musique inspirante. C'est un rituel pour retourner a mon vrai moi. (Chris, homme de 40 ans, angura)

Oui, j'ai des desirs de transformation ... mais me maquiller et m'habiller ainsi est un retour a moi-meme. (Haru, femme de 20 ans, angura)

Le port des vetements et l'affichage des choix esthetiques sont consideres par tous et toutes comme un gain de pouvoir et de controle sur leur interaction avec leur entourage. L'utilisation du terme << armure >> pour definir leurs vetements a maintes fois repetees et mises de l'avant.

Je n'aurais jamais eu le courage [de rencontrer une inconnue pour faire une entrevue] si je n'etais pas habillee en lolita. C'est comme une armure. Ca me rend heureuse et forte. (Ruri)

Je perdrais equilibre dans ma vie si je ne pouvais pas m'habiller en lolita. Porter ces vetements me motive a travailler. De toute facon, je travaille juste pour m'acheter des vetements [...]. Ca me renforce d'etre habillee comme ca. Je suis capable d'ignorer le regard des autres. (Senhime)

Une forme plus nuancee d'<< empowerment >>, mais neanmoins significative est l'importance accordee a leur << anomalie >> et leur << perversion (4) >> chez certains individus (ces termes ont ete utilises par les individus). Ce sont leur << anomalie >> et leur << perversion >> qui, bien avant les differencie de la masse est, avant le style vestimentaire ou toute autre chose.

Je travaille [en tant qu'hotesse dans un cabaret] avec des filles normales... et mes clients sont aussi normaux. Ca me suffoque. Je suis sure que les autres [des communautes lolita et angura] ressentent la meme chose. La societe est vraiment etouffante. Je ne comprends pas la sensibilite << normale >> que nous devons avoir. meme mes amies [a l'exterieur des souscultures]. Elles me disent je suis anormale. Surtout quand on parle de sexualite. Je ne comprends pas la normalite. [...] Oui c'est triste de se faire dire qu'on est etrange, mais maintenant j'en suis juste contente. << Je suis anormale ! Super ! >> [...] Etre normale c'est nul. Nous sommes anormaux et pervers, et c'est un compliment. On en est fier. (Sana, femme de 25 ans, angura et lolita)

Je plains ceux qui sont normaux [...] Ils me critiquent, mais c'est plutot moi qui les regarde de haut. Ils sont comme tout le monde [.] Je profite beaucoup plus de la vie a etre comme je veux. (Kuro, femme de 24 ans, angura)

Je comprends que les choses seraient plus simples si on aime les choses Normales ... J'imagine qu'on a plus de chance d'etre facilement heureux en etant normal. Mais si on peut trouver quelqu'un qui nous comprend dans notre perversion, on peut etre tellement plus heureux que les gens normaux. (Ryo, homme de 33 ans, angura)

Comme dans les temoignages ci-dessus, de nombreux repondants (10 sur 14) ont indique ne pas se sentir a l'aise en societe et avec les individus << normaux >>. Ils affirment ne jamais se sentir a l'aise lorsqu'ils sortent de l'espace des sous-cultures.

Avant [de demenager a Tokyo et de devenir une lolita], personne ne me comprenait. Personne ne partageait mes idees. Alors qu'ici, dans la communaute.... beaucoup me comprennent. (Sana)

Parallelement, certains craignent que leur sous-culture ne soit manipulee par la culture dominante et reintegree dans cette derniere, notamment a travers les medias de masse, et qu'ils finissent par perdre leur seul lieu de reconfort.

Ils [dans les medias] disent que les sous-cultures, comme les lolita ou les manga, sont des symboles de la culture japonaise ... mais ils pensent tout de meme que nous sommes repugnants. (Senhime)

C'est facile d'etre comme tout le monde [...] alors c'est facile de nous critiquer. [...] Je n'aime pas qu'ils [les gens] me critiquent, mais encore moins qu'ils nous exploitent. Ils exploitent notre style comme un simple amusement sans rien y comprendre. (Kuro)

Un sentiment de crainte, de mefiance, de doute et de mepris envers la societe japonaise normative imbibe leur discours, explicitant une potentielle remise en question des structures et valeurs hegemoniques de la societe japonaise.

Analyses

Les sous-cultures sont par definition un refus explicite de l'alienation de la culture dominante (Gedler 2007 :4). On retrouve ce refus dans les discours des deux communautes etudiees. Bien qu'il y ait une variabilite des degres d'implication et d'identification aux sous-cultures de la part des membres, ils partagent tous un certain inconfort dans la culture dominante et un desir de detachement de cette derniere. Ne pouvant adherer aux normes de la culture dominante, ils ressentent des differences de valeurs et de perspectives et l'identite alternative devient primordiale dans leur vie. Leur discours souligne leur fierte de se demarquer par rapport a la norme (et, consequemment, des gens dits << normaux >>) et de la place significative que cette sous-culture a dans leur identite personnelle. Certains vont meme jusqu'a dire qu'ils ne font que retrouver leur identite reelle, et que ces retrouvailles les ont aides a surmonter une alienation ressentie en societe.

Cette alienation a ete exprimee par ces individus comme etant un detachement de soi (self estrangement) vis-a-vis de la societe, dans laquelle ils sentent ne pas avoir ete fideles a eux-memes et a leurs valeurs. L'alienation est ressentie avant l'adhesion a la communaute de sous-culture, en tant que moteur douloureux les poussant a se forger une nouvelle identite, mais aussi comme un detachement de la societe apres l'adhesion a la sous-culture d'appartenance. En effet, la plupart sont pointes du doigt comme des individus atypiques et rejetes, mais sans que cela ne les touche profondement.

Dans l'analyse du discours des individus, je me suis concentree sur cette distanciation des membres vis-a-vis de la societe apres l'adhesion aux communautes de sous-cultures qui, en opposition au detachement et a l'alienation qui sont vecus par certains avant la participation a la sousculture, semble leur redonner un pouvoir sur leur propre identite (agency) et les rendre plus confiants. Par ailleurs, le detachement vecu dans le passe peut meme etre necessaire a l'experience de la sous-culture : << La culture des lolita est devenue populaire, mais etre une lolita doit etre un detachement de la realite. Nous ne sommes pas de ce monde. Je ne me sens pas humain. >> (Sana).

Les stigmas associes aux membres consistent, entre autres, en l'idee qu'ils sont << anormaux >>, << dangereux >>, << instables >>, << malades >> et << pervers >>. Au lieu de fuir ces termes, les membres de ces sous-cultures ont plutot choisi de leur accorder de l'importance. Il s'agit d'une reappropriation des etiquettes negatives imposees de maniere a contester la normalite valorisee. Ce processus est accompagne d'une devalorisation de la normalite (comme indique dans certains temoignages concernant leur fierte) : << Reappropriation implies that deviance or abnormality is itself not necessarily a bad thing, thereby promoting a celebration of diversity. >> (Galinsky 2003 : 232). Les individus stigmatises prennent donc le pouvoir de valoriser leurs attributs, ou leur stigma, en opposition a la normalite << de masse >> et << banale >>, et creent ainsi une voix de resistance passive. La reappropriation des stigmas n'est evidemment pas une chose unique aux lolita et angura. De nombreux groupes marginalises ont utilise cette strategie en faisant usage de << creativite sociale >> afin de combattre la negativite de la stigmatisation vecue (ibid. : 228).

Cette forte identification a la sous-culture et la reappropriation des stigmas, ainsi que leur participation meme a ces sous-cultures sont des resistances a la culture dominante et a la societe japonaise. Les repondants ont manifeste, en grande partie, un sentiment de resistance a travers leurs choix esthetiques, moraux et sociaux. Leur presence meme dans la foule de Tokyo est une resistance visuelle. Brian McVeigh presente la consommation du << mignon >> (kawaii), qui definit notamment le style des lolita, comme une consommation de resistance (McVeigh 2000 : 158) de la part des jeunes japonais. Une resistance carnavalesque, moqueuse et provocante qui n'est pas necessairement consciente, organisee ou en contestation a l'Etat. Le carnaval des sous-cultures libere temporairement ses membres sans necessairement creer de rupture avec les structures de pouvoir. En effet, les jeunes des sous-cultures participent souvent a un style de vie productiviste afin d'avoir le capital pour consommer, comme c'est le cas chez de nombreux lolita et angura. Or, on trouve aussi une tentative d'instaurer d'une economie locale autour des produits crees par et pour les membres de la communaute ou d'inventer des lieux specifiques pour les activites de la communaute.

On ne peut manquer de noter que cette situation est paradoxale. Pour toute personne ayant eu un contact avec le Japon, l'idee que la culture du << mignon >> soit une contestation face a la culture dominante semblerait inadequate puisque le << mignon >> semble au coeur de la culture de masse au Japon. Or, le << mignon >> peut etre considere comme une echappatoire aux structures sociales restrictives et aux obligations auxquelles doivent se soumettre les Japonais (McVeigh 2000 : 138). Le << mignon >>, concept et appreciation esthetique qui demeurent encore tres flous et ouverts, s'oppose par exemple aux codes vestimentaires stricts des ecoliers ou des employes de bureau, ou encore a l'autorite masculine et aux valeurs traditionnelles de << rigidite >> et de << force mentale >>. C'est ce qu'affirment eux-memes les membres de ces sous-cultures lorsqu'ils decrivent leurs gouts et leur style. Ils justifient l'exces de << mignon >> comme un refus d'etre un adulte mature et d'etre un membre a part entiere de la societe. (C'est le cas notamment des ama-loli, une sous-categorie de lolita de style particulierement enfantin et colore.)

Ce refus de l'hegemonie peut en revanche n'etre que superficiel, et ce, sur plusieurs points. En premier lieu, ces sous-cultures sont elles-memes standardisees et conformes a des regles internes, calquant possiblement les structures de la culture dominante. Les codes esthetiques et sociaux internes du groupe recreent une rigidite a laquelle les membres voulaient en un premier temps echapper. Deuxiemement, de nombreux elements des sous-cultures ont ete repris par la culture dominante : comme mentionne precedemment, une lolita a ete nommee Ambassadrice du mignon et represente le Japon a l'echelle internationale ; l'image de la lolita ou gothic lolita est devenue un symbole de Tokyo, et est ainsi presente dans les medias populaires ; des films, series manga ou anime se sont inspires de la culture lolita ou angura etc. De plus, certains individus peuvent avoir << une vie double >> ; de jour, ils se montrent comme des employes obeissant, et, des lors, comme adherant a la societe et a la culture dominante, et, de nuit, ils se presentent comme angura. Ceci etait effectivement le cas pour certains membres, sans toutefois l'etre pour la majorite.

Malgre le paradoxe, les repondants ont laisse entendre a de nombreuses reprises qu'ils voulaient echapper aux structures dominantes et que leur mal-etre etait cause specifiquement par la rigidite et l'hypocrisie de la societe japonaise qui serait, selon eux, unique en son genre.

Les Japonais disent etre ouverts d'esprit et ouverts a l'avant-garde [...], mais ils restent tres conservateurs et sont tres stricts concernant la couleur des cheveux, par exemple. [...] Il faut faire attention au Japon, les gens portent beaucoup d'importance a l'allure. Nous devons faire attention et cacher nos tatouages. (Kuro)

Les critiques de la part d'individus de ces communautes rejoignent les quelques voix contestataires des jeunes japonais qui, depuis les crises economiques des annees 1990, remettent en question les decisions politiques ainsi que les structures sociales du Japon. Certains membres des sous-cultures sont en situation de precarite economique et sociale (emploi instable ; travaillant dans les milieux de la prostitution ou dans du divertissement ; problemes d'adaptation scolaire ; problemes de sante mentale, etc.) et sont exposes aux difficultes et aux exigences de la societe japonaise. Leur incapacite a repondre a ces exigences peut avoir renforce leur mepris envers les normes japonaises.

Cette valorisation des stigmas a, par contre, des limites. Si les individus se demarquent positivement par leur stigma, ce dernier fait aussi ressortir des << faiblesses >> (la fragilite emotionnelle, par exemple) comme etant des consequences (considerees desagreables) de l'attribut stigmatisant (Goffman 1986 : 26). Alors que ces traits passeraient inapercus chez un individu normal, ils sont particulierement percus comme des defauts et des consequences (negatives) du stigma chez l'individu stigmatise. La construction identitaire autour d'un stigma, renforcant donc sa presence et son importance chez l'individu stigmatise, devient un choix risque. L'individu peut s'accorder lui-meme une importance et une singularite positive, ce qui peut par contre le vulnerabiliser.

Il est important de noter que cette presente etude ne couvre que deux sous-cultures localisees a Tokyo et ne peut etre generalisee a toutes les sous-cultures urbaines du Japon. Le but de cette recherche n'est pas de confirmer les categorisations et stereotypes du paysage culturel urbain au Japon, mais tout simplement de s'attarder sur la realite de deux d'entre elles.

Conclusion

A la suite des nombreux mouvements politiques crees par les jeunes dans les annees 1960 ainsi qu'a l'effacement du radicalisme politique dans les annees 1970, les jeunes japonais et leur culture n'etaient tranquillement devenus qu'une categorie symbolique de decheance de la societe japonaise traditionnelle (Kinsella 1998). Passant par de nombreuses categorisations et de nombreux stigmas inventes (les jeunes gates des annees 1970, les << nouveaux humains >> des annees 1980 et les << criminels fous potentiels >> des annees 1990 en sont quelques exemples), les jeunes ont ete continuellement surveilles, encadres et severement critiques par la societe japonaise.

Ces deux communautes, les lolita et les angura, ne sont qu'un exemple parmi tant d'autres de formes de resistance des jeunes a la societe japonaise, a sa culture dominante et aux valeurs normatives qui indique la diversite des nouveaux types de resistance de ceux-ci. La resistance chez les jeunes au Japon existe encore, malgre le fait que certains auteurs critiquent le manque de participation politique et l'absence de protestations des jeunes (Mathews et White 2004 : 33). D'autres chercheurs, en revanche, confirment la presence de nouveaux mouvements de contestation chez les jeunes, que ce soit au niveau des sous-cultures, des jeunes penseurs, ou des unions de freeters et employes a contrats (Amamiya 2007).

En ce qui concerne les sous-cultures, d'autres formes et contenus de contestation existent, comme chez les otaku (Lamarre 2006) qui sont les fans et consommateurs obsessifs des manga (bandes dessinees japonaises), des animes (animations japonaises) et, souvent, des jeux videos. De facon similaire aux sous-cultures de cette etude, les otaku participent a des evenements << marginaux >> (mais qui sont maintenant devenus populaires) tels que le << comic market>> (5) qui est crucial a l'identite otaku. Il y a une contestation evidente des otaku face aux corporations qui se manifeste notamment par le piratage de series anime ou manga offrant les oeuvres et les traductions gratuitement en ligne dans un reseau international. De cette facon, le reseautage des otaku se base sur une serie d'activites illegales portant directement atteinte aux corporations (Lamarre 2006 : 358).

Or, toutes ces resistances sont accompagnees d'un potentiel d'exclusion de la societe japonaise. Les lolita et les angura font un choix risque et plusieurs questions pourraient faire l'objet de futures recherches. La resistance implique-t-elle des revendications ou des desirs de changements sociaux? Si oui, en quoi consistent-elles?

Le refus de la normalite est un poids lourd a porter, notamment dans un pays conformiste comme le Japon. Coinces entre leur propre alienation, leur vulnerabilite sociale en tant que jeune japonais et la resistance qu'ils veulent affirmer, les individus des communautes lolita et angura ont cree une identite unique, un pouvoir et, surtout, un refuge que la societe japonaise n'a pas pu leur offrir. Nous ne savons encore si ce refuge peut durer longtemps, puisque les membres sont tous jeunes et que cet espace est encore a l'etat embryonnaire. Il est pour le moment difficile d'evaluer si la presence d'une economie locale (a travers les evenements, production et vente de vetements et accessoires pour les membres), d'une communaute plutot unie et d'un sentiment d'alienation commun pourront maintenir cette communaute comme espace de refuge detachee de la culture dominante. Il est egalement difficile de dire si la participation a ces communautes n'est qu'une phase des annees difficiles de la jeunesse actuelle toujours marginalisee, economiquement, culturellement et socialement et si leur sentiment de detachement et de resistance sera, avec le temps, assimile au quotidien.

AKANE D'ORANGEVILLE

Departement d'anthropologie, Universite de Montreal

akane.dorangeville@umontreal.ca

Notes

(1.) http://mixi.jp

(2.) Par exemple : quels sont les styles vestimentaires que vous portez et pourquoi? Rencontrez-vous des gens qui portent le meme style? Si oui, a quelles occasions? Faites-vous partie d'une communaute en particulier? Quelles sont les activites de cette communaute? Que signifie pour vous la participation aux activites de la communaute? Est-ce un element significatif de votre identite? Pourquoi continuezvous a participer a la communaute? Est-ce que votre adhesion au groupe a une signification quelconque?

(3.) Les entrevues ont ete traduis du japonais au francais par l'auteure.

(4.) Le terme utilise par les individus est hentai, qui indique un etat maladif ou une deviance sexuelle.

(5.) Plus grande convention d'anime et manga au monde, ou les mangaka amateurs vendent leurs oeuvres.

Bibliographie

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Author:D'Orangeville, Akane
Publication:Diversite urbaine
Date:Mar 22, 2013
Words:6230
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