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La fable esopique, litterature de resistance, de soumission ou de subversion de l'ordre social?

The aesopic fables aform of resistance, submission or subversion literature from social order?

RESUMEN: Siempre se ha considerado que las fabulas de Esopo conformaban un medio para expresar la sumision de una clase social dentro de un orden desigual. Sin embargo, en este articulo nos detenemos a analizar la nocion que las contempla como una via de resistencia. De hecho, ?pueden relacionarse las fabulas con su supuesto autor? ?Despliegan las fabulas de Esopo --escritas por un Esopo esclavo-- un guion de sumision al orden de esclavitud? Esta reflexion se estructura en torno a tres conceptos clave: las literaturas de sumision, de subversion y de resistencia, con el fin de destacar las relaciones entre la produccion discursiva y las practicas sociales. Dada la condicion de esclavo del propio autor de estos relatos, su analisis ha dado lugar, con frecuencia, a un estudio social, a un enfrentamiento entre lo fuerte y lo debil, como una manera de representar la lucha de clases. Esta asimilacion ha llevado a desvalorizar estos relatos. Por eso nos cuestionamos si pueden considerarse meros <<clasicos>> o simples metaforizaciones de un saber popular.

Palabras clave: fabulas de Esopo, escrito de sumision, poesia de resistencia, "Clasicos>> y saber popular.

ABSTRACT: Whereas Aesop's fables are often considered as a way to express submission to an unequal social order, we study how they can be a way of resistance. Indeed, is !t possible to rank together fables and their supposed author? Are Aesop's fables -written by a slave named Aesop- ineluctably a script of submission to slave order?

This reflection is organized according to three keywords: literature of submission, or subversion or resistance, in order to stress the relationships between discursive production and social practices. Tale analysis very frequently gives rise to a social study of the struggle between strong and the weak, as a way of depicting the class-struggle, the presumed author being a slave himself. This assimilation leads to these tales being devaluated. We can thus regard them as <<commoners' classics>> or merely as a metaphorization of a social knowledge. That is the point we analyse.

Key words: Aesopic fables, writing of submission, poetry of resistance, <<Commoners' Classics>>, social knowledge

Maintenant aux rois, tout sages qu'ils sont, je conterai une histoire (ainos). Voici ce que l'epervier dit au rossignol au col tachete, tandis qu'il l'emportait la-haut au milieu des nues, dans ses erres ravissantes. Hesiode, Les Travaux et les Jours, 202-204

Introduction

Dans la plupart des histoires litteraires contemporaines, Esope n'est pas repertorie comme un auteur a part entiere. C'est tout au plus un personnage legendaire connu par des recits mettant en scene des animaux. Raconteur d'histoires (logopoios), la Tradition fait de lui a la suite d'Herodote (II, 134. (1)) et d'autres auteurs antiques, un esclave dont les railleries seraient restees celebres (2). La vie et le statut d'Esope donnent lieu a de nombreuses conjectures (3). Selon Francois Lissarague, Esope serait Lin, esclave dont le portrait apparait comme une veritable <<fable archeologique (4)>> a l'instar du personnage lui-meme. Cependant, force est de constater que sa popularite est grande a Athenes au Veme siecle avant notre ere (5). Le nom et meme la figure d'Esope ont leur place dans la cite.

Dans cet article, ce qui nous servira de fil conducteur, c'est la maniere dont un auteur lui-meme esclave parle de l'esclavage et des esclaves. Peut-on considerer que ces recits expriment directement des rapports esclavagistes? Les fables etant en quelque sorte le miroir immediat, tine sorte de cliche pris sur le vif de cette realite. Pourquoi alors utiliser des animaux et non pas des humains? Quel role joue les animaux parlants? Certains sont-ils plus esclaves que d'autres dans ces textes? Nomme-t-on des animaux esclaves?

Nous etudierons tout d'abord comment les fables en tant que genre litteraire temoignent ou sont censees temoigner du statut servile de leuir auteur, puis nous analyserons les fables qui mentionnent explicitement des esclaves ou l'esclavage, ce qui nous permettra enfin de soulever la question de l'enjeu de ces textes, constituent-ils un savoir de resistance ou une litterature de subversion?

1. Un rapport complexe liant les fables et l'esclave Esope

Pourquoi rattacher ces textes a une prodLiction d'esclave? Comment s'effectue le glissement de texte simple mettant en scene des animaux a texte d'esclave? C'est ce que nous allons examiner.

Les arguments donnes pour expliquer cette qualification sont pratiquement toujours les memes. Le plus courant d'entre eux rappelle que ces textes a la construction tres simple oo le fort est en conflit avec le faible ont pour thematique essentielle la survie. Ce qui serait l'exemple meme d'une societe oo les rapports de force entre domines et dominants, esclaves et maitres sont monnaie courante. Cependant, tous les recits issus du corpus esopique ne sont pas construits sur ce modele, nous avons demontre ailleurs que certaines d'entre elles peuvent etre des mythes degrades (6).

D'autre part, asssimiler de maniere automatique production discursive et pratique sociale, revient a nier totalement leur part de creation litteraire. Pourtant dans certains cas, je pense aux Lettres de pecheurs, de paysans, de parasites et d'hetaires d'Alciphron, malgre des recits qui donnent la parole a des narrateurs pauvres et meprises, en marge de la cite athenienne, la condition sociale de l'auteur n'est pas assimilee a ses personnages. Cette oeuvre est presentee comme une fiction, comme un jeu de lettres, <<jeu savant, litteraire, de pastiche et de parodie>> selon Anne-Marie Ozanam (7). Dans le meme registre, Esope n'est pas le seul <<auteur>> de fables. Hesiode, Archiloque, Aristophane, Eschyle, Sophocle, Platon, et Aristote utilisent ou inserent dans leurs propos des fables.

Le deuxieme type d'argument utilise est que ces recits mettant en scene des animaux, sont immediatement assimiles a des textes didactiques. Effectivement des l'Antiquite, l'ecole les utilise pour faire ecrire, pour faire assimiler des regles grammaticales et morales (8) entre autres. Cependant, cet exemple ne donne aucune indication sur les autres utilisations reelles des fables. Aristophane, par exemple, ne les mentionne pas dans ces situations de meme Platon.

Exercices de logique, presque apparentes aLix syllogismes d'Aristote, ces textes sont assez souvent constmits sur deux ou trois protagonistes dont l'action se deroule sous forme de proposition neutre a laquelle s'ajoute un surgissement inattendu introduit par le hasard (kairos) un animal ou autre chose qui change la situation. Du coup, le sens du texte reste profondement obscur et comme tout exercice logique enchaine les propositions sans que le lecteur y voit autre chose que des propositions a la logique implacable (9).

Ajoutez a cela des lieux neutres indetermines comme un champ, une route, une vigne, une maison et, <<naturellement>>, si j'ose dire, vous concluez que ces textes sont tout ati plus l'expression d'un bestiaire familier a portee morale. Mais c'est oublier un peu vite qtie <<le recit (ainos) est un code porteur d'un message destine a l'auditoire vise: en dehors de ces auditeurs exclusifs>> <<qui peuvent comprendre>>, le message est susceptible d'etre mecompris, fausse>> (10).

De fait, meme si la fable ne repond pas a des criteres formels stricts sur plan de la syntaxe, de la prosodie ou de la metrique ni du point de vue stylistique, elle a cependant des constantes structurelles qui permettent de la reconnaitre et de l'identifier. Le plus souvent le terme de fable renvoie a une structure du discours. Par consequent, l'idee repandue est que tous les discours peuvent etre transformes en fable. Le mode fabulistique n'est plus alors qu'un langage degrade, de la a penser qu'il s'agit d'une sous-culture une culture d'esclave, considerant son auteur Esope un esclave, le pas est vite franchi.

Esope dont le portrait dresse par Himerios est tres suggestif dit que: <<Esope non seulement faisait rire par ses fables, mais son visage et sa voix etaient objet de risee et de moquerie. Esope etait le plus laid de ses contemporains; il avait la tete en pointe, le nez camard, le cou tres court, les levres saillantes, le teint noir, d'oo son nom qui signifie negre; ventru, cagneux, voute, il surpassait en laideur le Thersite d'Homere; mais chose pire encore, il etait lent a s'exprimer et sa parole etait conhise et inarticulee>> (11) Gregory Nagy (12) introduit a partir du nom d'Esope meme un parallele semantique: <<Ais-opos peut signifier qui a une mine vile>>. N'est-ce pas ces traits si caracteristiques qui permettent de l'identifier sur une coupe attique decoLiverte a Vulci representant un personnage difforme comme le propose l'archeologue O. Jahn (13)?

Cependant, <<si l'on ne discerne pas et n'examine pas attentivement ces symboles, si on ne les comprend pas grace a une interpretation serieuse, les choses dont ils parlent pourront sembler -a ceux qui les ecoutent- risibles et sottes, fables de petites vieilles pleines de commerages et de balivernes>>: cette problematique posee par Jamblique dans la vie de Pythagore (14) poLirrait s'appliqtier a la fable. Trop simple, voire simpliste par l'histoire racontee, il s'agit toujours oli presque d'animaux qui s'affrontent oli qui rivalisent pour survivre, garder le pouvoir ou y acceder. Obscure, enigmatique, elle est codee au point d'empecher toute lecture. Qui ne prendrait pas en compte le codage initial se ferait prendre au piege de la parole. Une parole inspiree, venue du fond des ages qui serait l'expression profonde et enfantine a la fois d'une litterattire des origines. Litterature des origines dont l'esclavage ferait partie integrante. Pourtant, sous Cronos, lorsque les animaux parlaient et vivaient en bonne intelligence avec les humains, l'esclavage n'existait pas.

Les fables temoignent ou plutot temoigneraient par leur construction meme du statut servile de leur auteur Esope un esclave. "L'image d'Esope est en fait un compose d'une serie de traits qui en font l'oppose d'un homme grec, dont on sait que l'ideal est d'etre kalos kagathos, beau et bon, ces deux qualites etant indissociables. Or Esope n'est pas grec mais barbare; ce n'est pas un homme libre, mais un esclave; il est a la fois laid et difforme. En somme Esope est un etre humain imparfait, presque un animal (15)>>. Dans ce portrait, Francois Lissarague insiste bien sur le double statut d'inferieur et de barbare ou de barbare donc d'inferieur induit par les textes produits et les temoignages historiques dont nous disposons.

Dans le discours grec et en particulier dans celui d'Herodote (II, 134), l'idee d'associer le fabuliste esclave a une patrie, pays d'esclaves et a un pays de rustres analphabetes est absolument necessaire. En effet, cet ancrage de la Thrace (16) dans l'imaginaire grec institue a la fois une realite celle de l'esclavage et son expression orale les fables et celui qui les raconte le fabuliste. Cet imaginaire met en rapport la <<sagesse barbare d'Esope>> qui s'effectue par transmission orale et la culture subalterne de l'esclave. Si Esope represente le double inverse de sages tels Pythagore ou Zalmoxis alors effectivement ses fables mises tardivement par ecrit peuvent rendre compte de la realite de l'esclavage et de l'ordre esclavagiste.

2. Quelques fables renvoient directement a la thematique de l'esclavage:

Dans la galerie de portraits d'Esope entre les voyageurs (15 occurrences) qui sont les plus nombreux, les bergers (10 mentions), les paysans (10 mentions), les oiseleurs, les medecins, les servantes et les esclaves ne figurent pas dans l'index des metiers et occupations. Cependant, en dehors du personnage d'Esope lui-meme esclave, des hetaires (1 mention, Loayza: 31, Chambry: 52), d'une veuve et de ses servantes (Loayza: 55--Chambry: 89), du mari et de sa femme acariatre (17) (Loayza: 95 - Chambry: 49) oo il est question explicitement de serviteurs (oiketas), dans les autres textes ils ne sont pas mentionnes comme tels. Dans la fable du mari et de sa femme acariatre, bouviers et bergers font partie de ces oiketas. Peut-on pour autant considerer que tous les bergers et bouviers mentionnes sont esclaves? Les humains decrits sont essentiellement des pativres, des petites gens: bucheron, anier, pecheurs, ivrogne, etc.... Cependant, aLicun portrait d'esclave n'emerge reellement, tout au plus peLit-on parler de situations d'esclavage. Une exception cependant celle des servantes et de letir maitresse.

La femme et ses servantes (Loayza 55, Chambry 89)

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Une femme veuve et dure a la tache avait des servantes qu'elle eveillait la nLiit, au chant du coq, pour les faire travailler. Celles-ci epuisees par Lin labeur sans relache, resolurent d'etrangler le coq de la maison: elles le tenaient en effet pour responsable de leurs maux, puisqu'il reveillait leur maitresse avant l'aube. Elles le firent donc, mais leur sort n'en fut que plus rude- car la maitresse, privee du coq qui lui donnait l'heure, les tirait du lit encore pkis tot.

Dans ce recit mettant aux prises des servantes et leLir maitresse, ce qui est mis en valeur c'est la durete de la tache. Celle-ci n'est pas imputee directement a la maitresse mais au coq qui semble etre responsable. L'assassinat dti coq ne met pas fin d'ailleurs a leur condition, bien au contraire! Toutefois, ce qu'il faut noter c'est la volonte des servantes de ne pas se resigner a leur sort. Faisant erreur quant a la cause de leur malheur, elles n'en sont pas moins actives. L'assassinat dLi coq se fait apres concertation, il y a consensLis sur l'action a mener. Le but n'etant pas de parvenir a un affranchissement mais seulement de revenir a une situation phis <<normale>> entre les servantes et leur maitresse. Dans ce cas, il n'y a pas de contestation de l'esclavage mais il n'est pas question non plus de se resigner a l'arbitraire. Peut-on dire que le but avoue de ce recit est de faire accepter sans mot dire la condition inferieure des esclaves? Si leur lot commun est de souffrir sous les ordres d'une maitresse fut-elle abusive alors pourquoi mettre en scene cette tentative de resistance? Peut-on dire que le resultat de leur action remet en cause toute forme de rebellion possible? Comment prendre en compte la nature domestique du coq agent volontaire/involontaire des desirs de la maitresse? Le coq lui-meme n'estil pas la representation animale de l'esclave?

Dans un autre contexte cette fois, Esope lui-meme est mis en scene:

Esope au chantier naval (Loayza 8, Chambry 19)

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Un jour qu'il avait du loisir, le fabuliste Esope entra dans un chantier naval. Comme les ouvriers le raillaient et le mettaient au defi de repliquer, Esope entreprit de leur raconter qu'autrefois n'existaient que l'eau et le chaos; mais Zeus, qui voulait que se manifeste en outre l'element terrestre, invita la terre a engloutir la mer par trois fois. La terre s'y attaqua donc une premiere fois, et fit surgir les montagnes; la deuxieme fois elle engloutit la mer, elle decouvrit les plaines- <<s'il lui plait d'epuiser l'eau une troisieme fois, votre art ne servira plus a rien>>.

Daniel Loayza, explique dans la note qui accompagne ce texte (note 10 p 256-257), que "cette fable isolee et sans posterite est la seule de tout le recueil a avoir pour heros le fondateur du genre. Pour lui, "la raison pour laquelle les ouvriers se moquent d'Esope est obscure. S'il faut vraiment chercher a se l'expliquer, peut-etre faut-il, compte tenu de la conclusion du recit mythique d'Esope, prendre ici le mot schole en mauvaise part: c'est alors son oisivete que les ouvriers reprocheraient au fabuliste, qui leur demontrerait que leur occupation est plus precaire qu'ils ne le crient. Cette nuance pejorative de schole est cependant peu frequente. Peut-etre raillent-ils sa laideur?" Dans cette fable au moins le lien n'est pas fait entre Esope et l'esclavage, si l'on en croit Daniel Loayza, c'est meme le contraire. En effet, si ce qui est reproche a Esope est son oisivete, cela sied mal a un esclave.

Des personnages humains incarnent cette situation d'esclavage mais aussi certains animaux, comme le renard et le singe disputant de leur noblesse Loayza 14 (Chambry 39) (18).

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Un renard et un singe, tout en cheminant de conserve, disputaient de leur noblesse. L'un et l'autre en detaillaient les quartiers lorsqu'ils arriverent devant des tombeaux. Le singe en les contemplant, poussa un profond soupir. Au renaid qui lui en demandait la cause, le singe indiqua les monuments: "Comment retenir mes larmes" repondit-il, "quand j'ai sous les yeux les steles des affranchis et des esclaves de mes peres? "Tu peux mentir tranquille" retorqua le renard: personne ici neva se lever pour te contredire!

Ici, il n'est question que d'animaux et de steles et pourtant interviennent les mots doulon et eleutheron, ce qui constitue une exception dans le recueil esopique. En effet, le renard comine le singe sont deux animaux vivant dans la proximite des humains, tous deux renvoient a une animalite sauvage dont la sauvagerie est somme toute relative et surtout domesticable. Dans une autre fable, il est question des singes que l'on prend comme compagnons pour agrementer un voyage en roer (Loayza: 73, Chambry: 305). Peut-on dite que ce recit soutient l'esclavage? Est-ce vefitabIement une situation dont on peut sortir? S'agit-il egalement d'une justification d'un comportement d'esclave? N'est-ce qu'une ruse rhetorique? Qui represente le renard ou le singe? Faute de connaitre le contexte d'enonciation ou du moins une des utilisations de cette fable, il est tres hasardeux de conclure.

Apres ce detour par le monde animal, revenons dans le monde humain, avec ce texte qui s'intitule: le perfide (Loayza 28, Chambry 55)

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Un pauvre here malade et mal en point fit le voeu de sacrifier aux dieux une hecatombe de boeufs s'ils lui rendaient la sante, Les dieux qui voulaient l'eprouver, lui accorderent un prompt retablissement: l'homme put quitter le lit. Comme li n'avait pas de vrais boeufs, il en faconna avec du suif, qu'il brula sur un autel avec ces mots: "Recevez mon voeu, o divinites!". Les dieux voulurent lui rendre la monnaie de sa piece, et l'inviterent en songe a se rendre sur le rivage: il devait y trouver son prix-- mille drachmes attiques. Fou de joie, notre homme courut a la plage. Il y tomba sur des pirates qui l'enleverent-- et lorsqu'ils le vendirent, il trouva bien son prix de mille drachmes.

Sans aborder ici les differents aspects religieux, que faut-il comprendre? Qu'un homme pauvre peut au mieux esperer rester pauvre et en bonne sante?

Il ne s'agit pas, au debut de l'histoire tout au moins, d'esclavage. Cependant, on peut supposer, au vu du trait final, qu'il etait de condition libre. Son voeu n'est pas de sortir de la pauvrete mais de recouvrer la sante. La fortune inesperee qui lui est promise en songe et, surtout le fait de ne plus etre malade, lui fait prendre au serieux le message divin. Que veulent les dieux, lui donner une lecon d'honnetete? Ou plus simplement, est-ce la deception eprouvee a l'odeur de cent boeufs de suif qui les conduit a se moquer de lui?

Dans le contexte grec, si la guerre fournit un contingent d'esclaves important et regulier, la piraterie est, elle aussi, un moyen d'approvisionnement non negligeable. Dans certaines regions piraterie et brigandage sont meme de veritables specialites nationales (19). Aucun homme libre n'est a l'abri de tomber en servitude et ce quelque ce soit sa sante. Il est meme tres probable qu'un homme libre, meme pauvre mais en bonne sante, a davantage de risque d'etre enleve par des pirates pour devenir esclave, qu'un pauvre here, qui plus est malade, comme dans cette histoire.

Le prix de mille drachmes correspond probablement a une fortune (20) pour un homme pauvre ce qui explique son faible discernement. Dans ce cas, l'esclavage constitue une punition divine, c'est le chatiment pour s'etre moque des dieux.

Pour les deux derniers exemples que nous etidierons, la question de l'esclavage se pose de maniere metaphorique. En effet, il ne seta pas directement question d'esclavage ou de liberte mais de regard sur une "servitude volontaire" liee a la necessite de survivre pour le loup qui prend sous le joug la place du boeuf (Le loup et le laboureur, Loayza: 38, Chambry: 64) et de choix d'une liberte plus risquee mais pleine de promesses dans le cas des chevres sauvages et des chevres domestiques(Le chevrier et les chevres sauvages, Loayza: 6, Chambry 17).

Dans ces deux derniers textes, la metaphore de l'esclavage prend la forme d'une discussion entre animal sauvage d'une part et animal domestique ou laboureur d'autre part. Cette rivalite est doublee d'une necessite, celle de trouver sa pitance en quantite suffisante pour survivre. Nous les analyserons successivement.

Le loup et le laboureur (Loayza: 38, Chambry: 64)

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Le loup et le laboureur

Ayant detele ses boeufs, un laboureur les menait boire. Un loup affame qui cherchait sa pitance rencontra la charrue. Tout d'abord, il lecha les deux pieces du joug (21), puis insensiblement vint a y glisser le cou; enfin incapable de s'en degager, il traina la charrue dans le sillon. A son retour, le laboureur s'exclama devant ce spectacle: "Mauvaise bete, si seulement tu renoncais a piller et a nuire pour te consacrer au travail de la terre!"

Cette image du loup affame est interessante car, pousse par la necessite, ce n'est pas une proie qu'il choisit mais un instmment de labour. Seule sa faim le guide et c'est elle qui le met sous le joug. Est-ce le joug de l'esclavage ou seulement celui de la necessite?

Le loup choisit de se mettre momentanement sous le joug, ce qui ne fait pas de lui un animal de labour, ce que d'ailleurs le laboureur lui fait bien remarquer. Le loup animal sauvage "gagnerait" a devenir un auxiliaire du laboureur, cela lui assurerait une subsistance quotidienne au lieu de ses rapines qui ne sont pas toujours fructueuses. En echange, il devrait offrir une contrepartie, sa liberte. Effet de metaphore? Reflet d'une realite socio-economique?

Peut-on rappeler que luste avant l'archontat de Solon, a Athenes, les menaces de servitude puis d'esclavage sont acceptees par les plus pauvres des citoyens, au moins dans un premier temps, car ils trouvent ainsi un moyen de se preserver de la faim sinon de la mort (22). Cette image du "loup-laboureur" n'est pas unique dans le recueil esopique. En effet, dans la fable intitulee le loup et le cheval (23), le loup propose au cheval de l'orge, qu'il a trouve dans un champ, en arguant qu'il preferait la reserver au cheval plutot que de la manger lui-meme. Dans ces deux exemples, le loup est presente comme proche de l'homme. Cette proximite spatiale, le loup accede aux champs cultives et ne se cantonne pas aux forets et aux espaces sauvages, le rapproche de l'homme. Predateur concurrent du berger, c'est aussi un animal bien connu, pour ne pas dire habituel, du monde paysan (24). Que penser alors de cette situation pour le moins insolite d'un predateur qui se voudrait animal domestique? Sa faim est telle qu'il est pret a faire n'importe quoi, y compris troquer sa liberte momentanement le temps de recevoir en echange de son labeur de la nourriture?

Dans ce demier texte, il ne s'agit plus de loup mais de chevres et pourtant la question est aussi celle de la liberte ou de la domestication.

Le chevrier et les chevres sauvages (Loayza: 6, Chambry 17) [TEXTO IRREPRODUCIBLE EN ASCII.]

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Un chevrier qui menait paitre ses chevres s'apercut que des chevres sauvages s'etaient jointes a elles; au soir, il entreprit de les ramener toutes a sa grotte. Le lendemain, comme une violente tempete l'empechait de les conduire comme de coutume au pacage, il prit soin d'elles dans la grotte: a celles qu'il possedait, il accorda tout juste de quoi ne pas souffrir de la faim; aux chevres etrangeres, il offrit une ration plus consequente, dans l'intention de seles approprier. Lorsque le beau temps fut revenu, il les mena toutes au paturage; les chevres sauvages gagnerent alors les hauteurs et s'enfuirent. Comme li leur reprochait leur ingratitude, elles qui l'abandonnaient apres avoir joui d'un traitement de faveur, les chevres se retournerent et lui firent cette reponse: "Raison de plus pour rester sur nos gardes: car si tu nous a preferees a ton troupeau de toujours, nous que tu ne connaissais que d'hier, il est clair que si de nouvelles chevres viennent se joindre a toi, tu feras plus grand cas d'elles que de nous."

Apres ce rapide tour d'horizon, il ne semble pas si evident de conclure que la fable est une litterature de soumission a l'ordre esclavagiste.

3. LES FABLES: UN SAVOIR DE RESISTANCE, UNE LITTERATURE DE SUBVERSION?

Considerer la fable comme un savoir est deja en soi une prise de position. En effet, si l'on n'assimile pas immediatement fable et rhetorique, et si on ne fait pas de la fable un moyen simple et commode pour convaincre rapidement, alors la question du savoix qu'elle vehicule et transmet se pose.

Bien souvent ces recits courts utilisent des traits zoologiques connus et le comportement animal peut etre lu a differents niveaux. Au premier niveau, ces recits fourmillent de connaissances zoologiques diverses que l'on retrouve d'Esope a Elien en passant par Aristote. Au second niveau, ce qui frappe c'est la maniere dont les roles sont repartis entre les differents protagonistes. Enfin, la question qui demeure ouverte au final, c'est ce que signifie le propos raconte et le sens qu'il faut ou faudrait y lire. La publication sous forme de recueil a l'epoque hellenistique ne retient que des textes et non leur situation d'enonciation. Or la question est d'importance car selon le contexte, selon l'auditoire, la lecture peut reveler un sens different, voir meme, oppose.

De fait, les animaux respectent un ordre social, mais tout depend de la position de celui qui raconte et les effets escomptes ne sont pas toujours ceux qui sont reellement produits. Si l'on utilise une fable en situation comme, par exemple, celle de la femme et de ses servantes, que vont penser les servantes? Et quel serait le but d'une maitresse qui conterait cette fable, une incitation au travail acharne? Une invitation au meurtre? Qu'en retiendraient les servantes concernees? Que toute rebellion est inutile? Qu'il vaut mieux accepter sans rechigner sa situation? Pour la maitresse, il va de soi que raconter cet apologue serait une forme d'avertissement. En meme temps, cela suppose que marres et esclaves participent d'un langage commun, d'une culture commune. Pourtant, si l'on prend l'exemple bien connu de la fable des membres et de l'estomac, racontee par Menenius Agrippa aux plebeiens retires sur l'Aventin, cela n'est pas si clair. Dans cettesituation, Menemius Agrippa souhaite mettre fin a la revolte. Faisant cela, il presuppose une egalite de fait entre plebeiens et patriciens, les uns comme les autres etant indispensables a l'ensemble. Comme le souligne Jacques Ranciere: "le probleme est que Menenius Agrippa doive leur dire cette fable. La superiorite est ruinee deja en son fondement quand il lui faut expliquer aux inferieurs pourquoi ils sont inferieurs.(...) Mais le dilemme se retourne quand les inferieurs veulent reprendre l'apologue a leur compte pour dixe eux-memes leur egalite (25)". Pour lui, "derriere la morale de la fable, illustrant l'inegalite des fonctions dans le corps social, il y avait une tout autre morale, inherente au fait meme de composer une fable.(...) Le rapport du representant de la classe superieure aux membres de la classe inferieure s'y suspendait a une autre relation, celle du conteur a ses auditeurs." (26) Cette citation un peu longue de Jacques Ranciere illustre pour une part la question qui se pose lorsque l'on veut absolument demontrer que la seule grille de lecture possible pour les fables est une grille sociale etablie par les puissants, les marres au detriment des faibles, inferieurs voixe esclaves.

En effet, si l'on considere tous les textes cites, precisement, ils ne disent rien de la conduite a tenir ni pour le maitre ni pour l'esclave. Chaque auditeur peut choisir le role et le personnage qui lui conviennent dans l'instant meme oo la fable est racontee. La fable instaure entre celui qui raconte et celui qui l'ecoute un dialogue, une relation, une mediation qui ouvre une breche et permet le questionnement. Il ne s'agit pas a proprement parler d'une contreculture meme si quelquefois l'ane triomphe du lion et la brebis l'emporte sur le loup.

Parce qu'elle introduit une distance, au sens brechtien du terme, et donc un moment de reflexion, la fable au lieu de conduire a une acceptation sans condition d'une realite sociale, aboutit a une veritable analyse en situation. Par exemple pour le chevrier et les chevres sauvages, le chevrier met en place tout ce qui fonde les rapports entre le maitre et l'esclave notamment par le biais de la nourriture, cependant les chevres sauvages ne sont pas dupes, elles ont deja exprime par leur fuite leur propre analyse de situation.

Dans ces textes, le risque majeur serait de prendre les representations pour des pratiques effectives et de considerer le texte de maniere univoque. La fable peut etre lue comme la metaphorisation d'un savoir social (27), elle renvoie a une autre maniere de dire l'histoire et a une autre forme d'ecriture de l'histoire. Raconter une fable en situation, c'est prendre le risque de l'histoire, c'est a dite de l'engagement. Dans sa partie narrative, la fable n'impose pas de sens, le corps de la fable ne signifie rien en sol, ce qui la laisse ouverte a de nombreuses interpretations en fonction du contexte oo elle est utilisee. L'auditeur comme l'interprete ne sont pas libres de dire ou d'entendre n'importe quoi, ils ont des points d'appui dans le contexte du moment pour valider leur interpretation. Enonce en situation, il signifie plus que ce qu'il dit litteralement. Les rheteurs de la periode hellenistique, qui, pour chaque fable, ont introduit une morale, avaient bien percu cette difficulte (28). La fable peut satisfaire le maitre qui y voit un texte moral en meme temps que l'esclave, pour qui elle delivre un autre message. Car, en fait elle ne raconte rien, elle ne fait que mettre en situation et c'est l'auditeur qui fait le texte et doit l'investir. Personne n'a besoin de lui dire ce qu'il doit penser, la mise en situation si elle opere constitue deja une reponse elaboree. L'efficacite du texte met en jeu un savoir applique et interventionniste qui peut faire resistance. Savoir en resistance, savoir de resistance car la fable peut dite sans dite. Elle conteste l'ordre social par le fait qu'elle institue une egalite entre l'auteur et l'auditeur. Son contenu subversif passe par l'impossibilite d'etablir une hierarchie dans le discours.

Si l'on considere ces propos non pas tant depuis la Grece antique que depuis le monde contemporain, on peut constater que le plus souvent l'utilisation du discours fabulistique intervient dans des moments de difficultes politiques oo la parole libre conduit a l'emprisonnement. Que l'on prenne comme reference le Chiapas ou l'Algerie contemporaine, les textes du SousCommandant Marcos ou de certains journalistes algeriens, cette facon de raconter l'evenement n'est pas neutre.

CONCLUSION:

De la figure d'Esope aux textes cites, le chemin est balise de nombreuses zones d'ombre. Publies en dehors de leur contexte et de leurs lieux d'intervention, ces recits n'en finissent pas de nous interpeller. Animaux sauvages, domestiques s'ils deviennent provisoirement domestiques c'est uniquement pour gagner leur part de nourriture. De la a aliener leur liberte, le pas ne se franchit pas si facilement. Temoin des situations d'oppression comme pour la maitresse et ses servantes, ou le perfide, il ne s'agit pas toutefois d'entrer dans un plaidoyer contre l'esclavage. Temoigner de cette realite sous la forme d'un apologue, constitue un debut possible de mise en cause de l'ordre etabli.

Fecha de recepcion: 16-09-07

Fecha de aceptacion definitiva: 17-07-07

(1.) Herodote, Enquete, II, 134 traduction de A. Barguet: Car elle (Rhodopis) a vecu un tres grand nombre d'annees apres les rois qui ont laisse ces pyramides, cette Rhodopis etait d'origine thrace, esclave d'Iadmon fils d'Hephaistopolis, un Samien et compagne d'esclavage d'Esope le fabuliste. Car Esope appartient lui aussi a Iadmon, en voici la meilleure preuve: lorsque pour obeir a l'oracle, les Delphiens firent a plusieurs reprises demander par des herauts qui voulait recevoir le prix du sang du pour le meurtre d'Esope, la seule personne qui se presenta pour le reclamer fut un autre Iadmon, fils d'un fils du premier. Donc Esope fut lui aussi esclave d'Iadmon.

(2.) Nous n'aborderons pas ici la notion d'auteur, on peut d'ailleurs se demander a la suite de Nagy, G. et de Loraux, N. si <<il n'est pas vain de s'accrocher a la notion d'auteur... Il n'est d'autre auteur que le poete generique dont l'identite est produite par la tradition poetique singuliere qui s'attache a son nom, c'est a dire par l'activite poetique a l'oeuvre, de generation en generation... Ces hypotheses qui conduisent a une remise en question radicale de la notion d'auteur, il n'y a pas de sujet, tout juste la fiction vraie d'un poete emetteur-recepteur, a la fopis traverse par le chant et actif metteur en mots>> Nagy, G.: Le meilleur des Acheens. La fabrique du heros dans la poesie grecque archaique, Paris, Seuil, 1994

(3.) Depuis le volume de la Fondation Hardt consacre a la fable antique (La Fable. Entretiens sur l'Antiquite classique, xxx. Vandoeuvres: Fondation Hardt, 1984 et les differents ouvrages devenus classiques de N0.igaard, M.: La fable antique, 2 tomes, Copenhague, 1964-1967 mais aussi de Rodriguez Adrados F.: Historia de la fabula greco-latina, t. I-III, Madrid, 1978-1987, plusieurs auteurs se sont interesses au personnage Esope et a ses recits comme Nagy, Gregory 1994 op. cit. mais aussi Legras, B. Morale et societe dans la fable scolaire grecque et latine d'Egypte, CCG, VII, 1996, pp. 51-80; Lissarague, F. 1998 et Tardieu, M. et dernierement Zucker, A. Sur les fables esopiques: Morale de la fable et morale du recit, Anthropozoologica, 36, 2002, pp. 37-50 sans oublier les differentes etudes que j'ai menees dans le cadre du Girea 2001 en collaboration avec Valtchinova, G. ou dans d'autres publications.

(4.) Selon le titre d'un article de Lissarague, F.: le portrait d'Esope, une fable archeologique in (dir.) Desclos, M.-L.: Biographie des hommes, biographie des dieux, 1998, p. 129-.

(5.) Aristophane est l'auteur qui mentionne le plus souvent Esope explicitement ou par l'intermediaire d'une de ses fables (Guepes, 566, 1446; Paix, 129; Oiseaux, 470). Cependant, il n'est pas le seul pour le Veme siecle avant notre ere, Herodote, Eschyle et Sophocle cite des fables esopiques.

(6.) Voir notre etude sur la fable l'aigle et le scarabee a paraitre dans les Actes du colloque sur le Symbolisme animal, Villejuif, nov. 2002.

(7.) Alciphron, Lettres de pecheurs, de paysans, de parasites et d'hetaires, traduit et edite par Ozanam, A.-M.: La Roue a livres, Paris, 1999.

(8.) Voir a ce sujet Legras, B., op. cit., CCG, VII, 1996, pp. 51-80.

(9.) Nous avions etudie cette question Sylvie Vilatte et moi-meme pour un colloque sur l'animalite a propos des insectes. Cet article a ete publie dans la revue Anthropozoologica. Par ailleurs, Nagy, G.: op. cit., p. 328, note 4 developpe un point de vue similaire sans toutefois poser la question du rapport entre ce recit et un mythe degrade: <<Quand un ainos comme l'aigle et le scarabee est coupe de son contexte narratif, il peut fonctionner simplement comme une histoire naturelle expliquant pourquoi les aigles et les scarabees se reproduisent a des saisons differentes>>. Pour une analyse de ce motif Yves Cambefort peut etre sollicite.

(10.) Nagy, G.: op. cit., p. 284, [seccion]19.

(11.) Himerios, Discours, XIII, 5 cite par Lissarague, F. : op. cit., p. 133.

(12.) Nagy, G.: op. cit., p. 363, [seccion]6, N. 6

(13.) Lissarague, F.: op. cit., p. 135.

(14.) Jamblique: Vie de Pythagore, 105.

(15.) Lissarague, F.: op. cit., p. 134.

(16.) Je vous renvoie a l'article que nous avions presente Galia Valtchinova et moi-meme a propos des routes symboliques de l'esclavage dans le cadre du colloque du GIREA publie en 2001.

(17.) Loayza 95 p. 116. <<Un homme dont la femme se montrait trop dure envers toute la maisonnee voulut savoir si elle en usait de meme avec les serviteurs de son pere (fit kai pros tous patroous oiketas). Il trouva donc un pretexte plausible pour l'envoyer chez ce dernier. Quelques jours plus tard, a son retour, il voulut savoir quel accueil lui avaient fait les gens de la maison. "Les bouviers et les bergers me jetaient des regards noirs (oi boukoloi kai oi poimenes me upeblepontd)", repondit-elle. "Eh bien, ma femme! "lui dit-il, "si tu etais odieuses a ceux qui sortent les troupeaux des l'aube et ne rentrent que le soir, que dire de ceux avec lesquels tu passais toute la journee? (ei toutois apekhthoii oi orthon men tas poimnas exelaunousin).

(18.) Babfius dorme une version abregee de ce texte qui semble remomer a Archiloque Epode VII. Dans le fragment BXV de Xenophane de Colophon poete-philosophe presocratique de la fin du VIIeme, on trouve un texte qui pourrait etre un parallele: "Cependant si lei boeufs, les chevaux et les lions avaient aussi des mains et si avec ses mains lis savaient dessiner et savaient modeler, les oeuvres qu'avec art seuls les hommes faconnent, les chevaux forgeraient des dieux chevalins, et les boeufs donneraient aux dieux une forme bovine: chacun dessinerait pour son dieu l'apparence, imitant la demarche et le corps de chacun. Traduction de Dumont in les Presocratiques, Paris, Gallimard, Bibliotheque de la Pleiade, 1988, p. 118.

(19.) THUCYDIDE 1, 5, 3.

(20.) Le prix des esclaves a Athenes en 411 avant notre ere d'apres une inscription varie de 72 a 240 drachmes. MEIGGS, H. et LEWIE, D. Selection of greek historical inscriptions, No 79.

(21.) Nous reprenons ici la traduction de Daniel Loayza. Cependant, il faut remarquer que dans le texte grec initial sont mentionnes dans la meme expression l'animal de trait (ton tauron) et le joug (dzeuglas). Cette periphrase (tas ton tauron dzeuglas perieleike) met sur le meme plan l'animal et la piece de bois qui sert a le maintenir.

(22.) Voir a ce sujet, le dossier rassemble par REBUFFAT, F. dans: La Grece archaique, documents 750-450, Editions SEDES, Paris, 1996, p 119-133.

(23.) Voir la fable 154 Loayza-Chambry 225, p 161. "Un loup qui traversait un champ y avait trouve de l'orge. Comme il ne pouvait s'en nourrir, li poursuivit sa route. Ayant croise un cheval, il le conduisit jusqu'au champ: il y avait disait-il, trouve de l'orge, mais plutot que de la manger lui-meme, il la lui avait reservee: il aimait tant entendre ses machoires! "A d'autres, mon cher!" lui retorqua le cheval: "si les loups pouvaient manger de l'orge jamais tu n'aurais sacrffie ton ventre a tes oreilles!"

(24.) Pour plus de details surce sujet voir la these de MAINOLDI, C., L'image du loup et du chien dans la Grece ancienne d'Homere a Platon, Paris, Ophrys, 1984 et en particulier le chapitre VII, p 201-212. En ce qui concerne les fables, les textes qui mettent en scene le loup comine protagoniste (22 fables en tout) le presentent le plus souvent comme un mauvais ruse qui succombe lui-meme a la ruse d'un autre. Il est toujours affame ou a la recherche de nourriture, ce qui determine son attitude. Souvent, il ne parvient pas a son but. Dans la moitie descas, 11 fables, il est en echec soit parce que sa mse a ete dejouee soit paree que son adversaire etait plus puissant ou plus ruse que lui. Une seule occurrence le montre rassasie et une autre comme pret a partager. Nous sommes tres loin ici de l'image du loup analysee par DETIENNE, M. et SVENBRO, J. (1979) et de celle mise en valeur par SCHNAPP, A. dans "Le chasseur et la cite. Chasse et erotique dans la Grece ancienne", Paris, Albin Michel, 1997.

(25.) Cf. RANCIERE, J.: AUX bords du politique, Le Seuil, Paris, 2004, p. 140.

(26.) RANCIERE, J.: op. cit., p. 159.

(27.) Cf. ANNEQUIN, J., Metaphore de l'esclavage et esclavage comme metaphore, p.109-119 in BRULE, P., et OULHEN, J.: Esclavage, guerre, economie en Grece ancienne. Hommages a Y. Garlan, Presses Universitaires de Rennes, 1997.

(28.) Je vous renvoie a mon article publie dans les DHA, supplement 1, 2005, pp. 33-52.

Marie-Claude Charpentier

Universidad de Besancon, marie-claude.charpentier@univ-fcomte.fr
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Author:Charpentier, Marie-Claude
Publication:Studia Historica. Historia Antigua
Date:Jan 1, 2007
Words:7130
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