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La distinction entre tombeaux de famille et tombeaux hereditaires en droit romain classique. I/la position de gaius.

La sepulture et les rites funeraires romains ne se congoivent pas dans une optique individualiste. Ils constituent les fondements d'un rite de passage qui met en evidence un processus d'integration post mortem au groupe social (1) dont les parametres relevent de la religio (2) et du droit, envisages dans une dimension collective. Comme l'affirme J. Scheid en conclusion de son enquete sur la signification des rites funeraires: <<cet evenement (le deces) ne peut etre vecu et maitrise qu'a travers la mediation de tout le groupe familial, voire de toute la communaute>>. (3) Les morts ne sont pas oublies et ils demeurent inscrits au creur de la vie presente, le monumentum etant le support de la memoria et de la posterite du defunt. (4) Cette derniere recele un double sens. D'abord elle s'adresse a tous et montre que les morts restent inscrits au centre de la vie sociale. Meme si les loci religiosi sont tres strictement separes des zones d'habitation dans un souci rigoureux de distinction entre le territoire des vivants et celui dedie aux morts, (5) l'usage romain bien connu d'etre enterre le long des routes, souvent dans des tombeaux fastueux pour les couches aisees de la population, (6) souligne que le defunt veut attirer l'attention des vivants. En somme, pour un Romain, la pire des choses n'est pas de mourir mais de sombrer dans l'oubli apres le trepas. Ensuite, le mort fait l'objet d'une prise en charge familiale qui va bien au-dela des funerailles et de l'attribution d'une juste sepulture rituelle. Conformement a l'ideologie funeraire romaine, le culte des morts s'opere dans la duree et ses exigences prennent la forme de fetes et de rituels precis periodiquement renouveles au cours desquels le role de la familia et de son representant direct, le pater, sont marques.

Les deux fetes des morts prevues par le calendrier religieux romain, (7) les Dies Parentales ou Parentalia, qui interviennent a la fin de l'annee du 13 au 21 fevrier, et les Lemuria, des 9, 11, et 13 mai, parfois considerees comme opposees du point de vue liturgique, feraient en fait partie d'un ensemble complet de rites inegalement conserves. (8) Les Parentalia (9) se decomposent en plusieurs phases: le banquet des Feralia, les rites en l'honneur de Tacita et la cara cognatio, les Caristia. Le repas funeraire est compose d'aliments particuliers. Il est pris a la lumiere des torches sur la tombe, partage entre les vivants et les morts qui font l'objet de libations, et il a pour fonction de iusta soluere dis manibus. (10) Quant aux Lemuria du mois de mai, il s'agit d'un curieux rituel au cours duquel le paterfamilias se leve a minuit et jette des feves noires derriere lui en pronongant a neuf reprises la formule bien connue <<je jette ceci et me rachete, moi et les miens avec ces feves>>. (11)

Le support physique de l'assimilation des morts au monde des vivants est le tombeau qui, en tant que support du culte funeraire et receptacle du corps ou des ossements, demeure le symbole de l'ideologie funeraire romaine. Le type de sepulcre considere comme traditionnel pour les Romains de l'epoque classique est le tombeau de famille que le fondateur prevoit pour lui et pour les siens mais, de meme que la forme des sepultures romaines recouvre, suivant les epoques et les provinces, une variete quasi-infinie, (12) les sources juridiques evoquent un autre type de sepulcre: la tombe hereditaire.

La distinction romaine entre tombeau hereditaire et familial s'inscrit dans un souci d'encadrement juridique de la matiere funeraire, autant qu'elle souligne le lien recurrent entre la sepulture d'un cote et la familia et l'hereditas de l'autre. (13) La premiere mention de la separation de ces deux types de tombes dans les sources juridiques classiques est attribuee a Gaius:

Gaius lib. 19 ed. prov. D. 11, 7, 5: Familiaria sepulcra dicuntur, quae sibis familiaeque suae constituit, hereditaria autem quae quis sibi heredibusque suis constituit. (14)

Ce texte est extrait du commentaire sur l'edictum provinciale (15) de Gaius et ne pose pas, a la difference de textes posterieurs qui traitent de la question, de veritable probleme d'interpretation. Une premiere remarque s'impose compte tenu de l'reuvre dont le fragment est extrait: si l'on considere que tous les commentaires de Gaius sur l'edictum provinciale ne sont pas melanges a ceux concernant l'edictum praetoris, la distinction entre tombeau hereditaire et familial ne se limite pas au seul territoire de Rome mais doit etre etendue au droit provincial. La formulation directe--a chaque type de sepulcre correspond un mode de fonctionnement juridiquemontre qu'il s'agit d'une classification acquise et assumee par le droit impliquant une large utilisation sociale de ces deux types de tombeaux. Pourtant les donnees epigraphiques, meme si elles sont sur ce point difficiles a interpreter avec precision a cause d'une terminologie parfois incertaine (16) qui donne lieu a controverses, (17) laisseraient croire que les tombeaux hereditaires sont assez rares, en particulier sur le territoire de Rome. (18) Les sources juridiques se feraient donc l'echo d'une pratique provinciale peut-etre assez peu repandue aux alentours de l'Urbs. Cela expliquerait que l'on ne trouve pas trace de la distinction dans les commentaires de l'Edit du preteur. Il faut tout de meme preciser que c'est la sepulture dite individuelle qui domine largement dans le monde romain. La sepulture familiale est plus rare et correspond a un lieu de regroupement de la famille elargie. (19)

Il est difficile de savoir si Gaius fait reference a un monument pur, c'est-a-dire encore vide de corps, ou a un sepulcre religieux qui contient un ou plusieurs defunts. L'emploi du trisyllabique sepulchra est assez troublant car il fait reference a une sepulture religieusement fondee selon l'usage romain, laquelle doit contenir de maniere effective un corps pour beneficier du regime juridique des res religiosae. Il faut certainement comprendre ici ce terme comme la transcription de la volonte initiale du fondateur, qui entend a plus ou moins long terme rendre le terrain religiosus apres la depose d'un ou de plusieurs corps, et non comme la transcription du critere propre au ius civile qui requiert l'illatio effective du corpus. En effet, pour le droit civil, un emplacement ou un edifice qui ne contient pas de corps n'est qu'un monumentum ou un cenotaphium (20) qui ne beneficie par, selon les regles classiques, de la religiosite.

Le mot sepulchra ne suppose pas un type particulier de sepulture ou a un mode defini de traitement du cadavre: inhumation ou incineration. (21) Le terme est neutre et il figure l'endroit ou l'on entend deposer les restes du defunt. D'ailleurs, a l'epoque de Gaius, soit grossierement vers le milieu du IIeme siecle de notre ere, les deux rites romains, celui de l'inhumation et celui de l'incineration semblent coexister dans des proportions diverses. Lors de cette periode, la sensibilite romaine semble se montrer favorable a la pratique de l'inhumation. (22) La cremation est traditionnellement reservee aux grands personnages, (23) c'est le cas par exemple de l'apotheose imperiale. (24)

L'emploi a deux reprises du present de l'indicatif pour le verbe constituere renvoie a l'action du dominus en temps que fondateur du tombeau et il n'est pas considere en tant qu'inferens. Il n'est pas non plus fait reference a une quelconque introduction passee, presente ou future, d'un corpus dans le sepulchrum. Cela n'exclut pourtant pas le fait que le jurisconsulte ait du trancher un litige juridique qui concernait le depot d'un defunt non souhaite par le fondateur ou dont la qualite ne permettait pas l'acces au sepulcre. Mais le texte est bref, certainement epure par les compilateurs, et ne souffle mot d'un eventuel litige juridique. La distinction enoncee est sans aucun doute la premiere disposition d'une decision qui a ete en partie supprimee par les compilateurs ou qui n'etait pas connue d'eux. En effet, la distinction n'a que peu d'interet en elle-meme, independamment des categories juridiques auxquelles elle fait reference car ce sont celles-ci qui determinent, en fonction de la qualite du pretendant, la possibilite ou l'impossibilite d'acceder au sepulcre.

Du reste, l'evaluation de la religiosite de la tombe est secondaire ici par rapport a la differenciation dont il est fait etat et qui ne concerne pas l'inalienabilite des res religiosae. (25) Cette inalienabilite suit, dans ses grandes lignes, le regime juridique des res divini iuris et trouve un temperament, en cas de cession, dans le respect de la fonction sepulcrale du tombeau. En effet, la destination juridique (familiale ou hereditaire) voulue par le fondateur pour le tombeau demeure une disposition d'ordre prive qui n'est pas susceptible de rentrer en conflit avec les dispositions generales du ius civile prevoyant une obligation generale de maintenir la destination sepulcrale de la tombe.

Le verbe constituere est utilise de maniere reguliere par la langue juridique, en particulier a la troisieme personne du present de l'indicatif. (26) Cet emploi souligne implicitement, mais de maniere indeniable, l'autorite et le pouvoir decisionnel du paterfamilias sur la structure familiale. C'est bien le pater qui est le chef du culte familial et qui, en matiere funeraire comme dans bien d'autres domaines, est competent pour fonder un sepulcre dans un fundus sur lequel il possede le dominium. La dedicace d'un territoire a destination sepulcrale aux dieux Manes doit etre comprise comme une derivation du dominium exerce par le proprietaire du fonds qui sera le support du futur locus religiosus. Au risque d'etre redondant, le verbe constituere est ici employe a deux reprises par Gaius. Il renvoie a la volonte expresse du fondateur et a son desir d'attribuer le droit de sepulture a des individus determines. Constituere depasse done tres largement le simple <<achevement de la construction du tombeau et sa delimitation plus ou moins arbitraire". (27) Si la sepulture en general repond a un besoin collectif d'encadrement de la matiere funeraire, la distinction posee par le jurisconsulte souligne une certaine forme d'individualisme dans le processus de la fondation d'un tombeau. Le dominus du terrain, sur lequel la sepulture est fondee, est libre, suivant le droit exclusif qu'il exergait sur la totalite du fundus, d'attribuer un tombeau a qui bon lui semble en ouvrant l'acces aux personnes de son choix, (28) qu'il s'agisse de sa famille, de ses futurs heritiers ou encore d'un ami proche. (29) La pratique de l'ascia funeraire montre aussi l'affirmation d'une certaine individualite ou <<personnalisation>> devant la mort et elle pourrait symboliser la construction d'un monument nouveau erige a l'intention du titulaire de la dedicace sepulcrale. (30) La dedicace sub ascia qui indiquerait que le monumentum a ete commande avant la sepulture (31) rejoint la possibilite fort pratiquee de pourvoir personnellement par avance a ses funerailles.

L'agencement <<symetrique>> du texte--chaque type de sepulture est envisage a la suite de la sequence ternaire quae quis sibi--souligne la rigueur analytique du raisonnement juridique et le fait que les deux types de tombeaux relevent chacun d'une thematique particuliere: la familia ou l'hereditas. Avant d'entrer dans l'analyse de ces notions combinees avec la matiere sepulcrale, il convient d'apporter deux precisons. De ce texte bref, on ne peut dire si la classification enoncee par Gaius est exhaustive ou s'il est fait reference a deux categories de tombes parmi bien d'autres. Ainsi, un tombeau ne serait donc pas necessairement soit de famille soit hereditaire. (32) Et cela est, a vrai dire, assez logique car la construction juridique n'est la que pour donner des cadres a la volonte du fondateur (33) a laquelle les regles de transmission du tombeau ne doivent pas porter atteinte.

Il convient de garder a l'esprit que la distinction entre sepulture familiale et hereditaire ne touche a priori que les fondations sepulcrales des classes aisees, car un tel statut ne peut avoir pour support immobilier qu'un monumentum ou a defaut un fundus assez vaste pour recevoir les corps des heritiers ou des membres de la famille. Cela conforte une idee recurrente qui guide en general l'analyse des sources juridiques. Comme l'avait deja vu A. Bayet, (34) dans sa grande etude sur la mors voluntaria, le droit romain est un droit des hommes libres reserve a une elite. (35)

Au niveau des droits qui peuvent etre exerces sur les tombes, la distinction se revele assez simple. La regle consideree comme caracteristique du droit classique (36) est la suivante: sont dits--familiaux les tombeaux etablis par le fondateur pour lui et sa propre famille; sont dits --hereditaires--les sepulcres edifiees par le fondateur pour lui et ses heritiers. (37) L'acces a la premiere categorie est reservee aux descendants agnatiques, (38) heritiers ou non, car c'est la destination familiale qui assure, de generation en generation, la devolution particuliere du tombeau. La seconde forme est reservee aux heritiers testamentaires ou ab intestat, et ce independamment de tout lien de parente. (39) Sa destination particuliere est theoriquement achevee avec l'intromission du dernier des heritiers designes par le fondateur. De meme, la tombe de famille a accompli sa fonction particuliere apres la mort de tous les descendants et affranchis du fondateur. A ces deux categories correspondent des sequences linguistiques qui rendent compte de la volonte de celui qui fonde le tombeau: la tombe familiale est fondee sibi familiaeque suae et la tombe hereditaire est fondee sibi heredibusque suis. En somme, le ius sepulchri familiaris appartient indistinctement a tous les membres de la famille tandis que les sepulchra hereditaria sont destinees a ceux qui ont des iura hereditaria. Au type de fondation sepulcrale familiale correspondent des formules epigraphiques types (40) portant des defenses expresses d'introduire le corps de celui qui n'a pas le droit de sepulture ou encore des prohibitiones alienandi. (41) Les formules les plus connues et les plus anciennes qui dateraient du IIeme s. av. J. C (42) sont H. M. H. N. S (43): hoc monumentum heredem non sequetur et H. M. H. E. N. S hoc monumentum heredem exterum non sequetur. (44) Elles viennent concurrencer des variantes assez rares comme H. M. H. F. EX. NON--Hoc monumentum heredem familiae exterae non sequetur--presentes dans la necropole du port d'Ostie. Cette derniere formule vise sans aucun doute l'exclusion d'un heres fiduciarius exterus. (45) Elle serait donc une extrapolation de la clause H. M. H. E. N. S, et offrirait une explication de exterus (46) qui insiste sur la necessite d'etre familiaris pour avoir acces au tombeau. (47) D'autres variantes ont ete trouvees sur des inscriptions Galloromaines rurales, citons par exemple H. M. H. N. S. N(ec). H(eredum). H(eredes) (48) (il s'agit d'un complement de la formule H. M. H. N. S. par <<ni aux heritiers de nos heritiers>> pour insister d'autant plus sur le caractere familial perpetuel du tombeau (49)) ou encore H(aes) O(pera) S(ive) L(ocus) H. N. S. (50) On trouve aussi, mais assez rarement, H(oc) m(omnumentum) a(d) h(eredem) n(on) p(ertinet). (51) Ces formules rejoignent celles qui indiquent que le tombeau ne doit pas sortir du nom de la famille ne de nomine exeat (52) Non seulement le tombeau, mais aussi les jardins et cepotaphes ou loci cohaerentes qui jouxtent les sepulchra suivent normalement le regime juridique (familial ou hereditaire) voulu par le fondateur ou la fondatrice. (53) Il faut songer, en ce sens, a une des fondations privees de type familial les plus connues: celle de Pompeia Mousa dans l'Egypte greco-romaine. (54) Les tombeaux hereditaires sont, quant a eux, logiquement frappes des initiales H. M. H. S: hoc monumentum heredem sequitur. (55)

Il est du reste assez logique que l'ineluctable rupture occasionnee par la mort trouve un denouement, un support, dans les deux institutions romaines qui symbolisent respectivement la perennite d'un nom, d'un renom (la familia) ou d'un patrimoine (l' hereditas). Suivant la logique de la vie, et nonobstant un taux de mortalite infantile extremement eleve, (56) c'est le paterfamilias qui s'eteint le premier. Celui qui s'apprete a rejoindre le royaume des Manes, apres avoir regne sa vie durant sur la familia et la domus, entend par le biais d'actes de (derniere) volonte prolonger son existence et celle des siens dans la memoire des vivants. (57) La perpetuation de cette memoria est l'enjeu essentiel du sepulchrum. En effet, le tombeau consacre la memoire et l'eternite d'un nom de meme que celui d'une famille. Quant au testamentum, corollaire de l'hereditas, et produit direct du droit prive, il est le moyen donne par les institutions juridiques pour mettre en muvre la perennite du patrimoine familial. (58) Par rapport au testament pretorien, c'est le testamentum per aes et libram, base sur l'utilisation du procede de la mancipatio, qui symbolise le mieux le souci d'immortalite du de cujus. (59) Le testament est un acte que le Romain doit accomplir au cours de sa vie et il en est de meme pour la gestion de son tombeau. (60) En ce sens, certaines formules epigraphiques qui materialisent la volonte du defunt prouvent indubitablement l'existence d'un testament (61) et l'existence de curatores testamentan (62) Les Romains deployaient une energie certaine a organiser et a amenager par avance leur lieu de sepulture ainsi qu'a prevoir leurs funerailles. Bon nombre d'inscriptions precisent que le defunt lui-meme a supporte les frais de sa sepulture (63) meme si parfois des proches s'en chargeaient posterieurement au deces. (64) Le fondateur d'un tombeau veillait donc scrupuleusement a designer ceux avec qui il partagerait le repos eternel. Autant que le regime juridique des res religiosae, le phenomene successoral est particulierement complexe a Rome en raison de la tres grande liberte laissee aux particuliers pour l'etablissement du testamentum (65) dont les seules limites sont fixees par le respect de l'officium et de la pietas (66) On peut dire, dans une certaine mesure, que le testament est a la vie juridique ce que le tombeau est a la vie sociale: c'est un moyen de conforter un noyau relationnel (social ou juridique) autour de celui qui n'est plus. Ainsi les Romains redoutaient-ils de mourir intestati (67) de meme qu'ils pouvaient redouter d'etre prives de sepulture. (68)

La question qui vient immediatement a l'esprit est celle de la configuration sepulcrale la plus ancienne. Un premier indice est visible dans l'enonce meme du texte car ce dernier pourrait suivre un ordre chronologique: Gaius pourrait commencer par definir le type de sepulture traditionnel (familial) avant de definir une variante plus recente (la sepulture hereditaire) mais l'indice est tres mince et suppose une extreme rigueur de la part du juriste.

Le tombeau familial, dont il n'est pas inutile ici de retracer l'existence, est issu d'une forme plus ancienne: le tombeau gentilice. La societe gentilice etait basee sur l'idee d'une repartition tribale et territoriale du sol. (69) Cette structure, preponderante dans la formation de Rome en temps que <<cite-etat>>, resulte sans aucun doute de tres nettes influences etrusques, (70) et on se souviendra que la fondation de la tribu urbaine est attribuee a Servius Tullius et date donc de l'epoque de la royaute etrusque.

Apres la mort, cette construction sociale et territoriale (72) se prolonge dans la forme sepulcrale d'un tombeau commun a la gens. Celui-ci est une sorte de continuation postmortem de la <<propriete>>--ou plus exactement de la possession voire d' "il godimento>> accorde sur l'ager publicus--du territoire initialement accorde a la gens. (73) Cette propriete ne doit pas etre entendue au sens technique. Il ne s'agit pas d'un ordonnancement juridique base sur le dominium (74) et donc pas d'une mainmise collective de la gens au sens propre de type communio.

Dans la litterature latine figurent de nombreuses traces du sepulcre gentilice (75) qui traduisent la grande importance accordee par les Romains a ce type de tombeau, dont les inscriptions rappellent la destination. (76) Il etait sans doute possible d'exclure du sepulcre des personnes jugees indignes comme dans le cas assez connu et plutot tardif de la tombe de la gens Julia (17) ainsi que le relate Suetone. (78) Les sepultures gentilices se sont maintenues assez tard au cours de la periode classique, ce qui pourrait indiquer une certaine persistance dans les mentalites de l'ancien systeme clanique et communautaire, (79) au moins dans l'aristocratie romaine. L'usage d'une tombe commune au groupe s'accompagne deja de l'habitude de separer les morts des vivants en conservant les restes des trepasses a une certaine distance des lieux d'habitation. A titre d'exemple, il faut citer les donnees relatives au sacer campus Horatiorum rapportees par Martial, (80) qui concernent un terrain utilise comme sepulture collective privee par la gens Horatia. G. Franciosi a isole les diverses phases historiques de l'organisation gentilice et correlativement, des divers types de sepultures correspondantes. (81) Il demeure toutefois assez difficile de dater precisement l'apparition du monumentum gentilicium.

Alors que la sepulture commune a la gens, sepulchrum commune, entrainait une sorte de parite sociale devant la mort, le monument gentilice, qui apparait sans doute dans la premiere phase de l'epoque republicaine, symbolise une distinction sociale et l'usage du monumentum funeraire devient, alors, un element de prestige. (82) La concession d'un terrain sepulcral aux elements les plus representatifs de la gens est une sorte de reconnaissance du pouvoir politique conquis sur le groupe. Avec la desagregation de la gens et la disponibilite economique de certains terrains, (83) se developpe la sepulture per agros qui sera reservee aux seuls membres de la familia. Cette mutation aurait ete favorisee par une distribution des terres en vue de developper l'agriculture romaine (84) vers le milieu de l'epoque republicaine. Mais le phenomene est complexe et le premier sepulcre familial connu dans l'histoire de Rome, celui des Cornelii Scipiones traditionnellement date la fin du 4eme siecle (85) ou du debut du 3eme siecle d'apres P. Coarelli, (86) est le resultat de Emancipation d'une grande famille de sa gens d'origine. Cependant, il convient de preciser que ce type de tombeau reste encore rare a cette epoque (87) mais marque pourtant le debut d'une longue coexistence entre le tombeau familial et le tombeau gentilice. Cette evolution et cette separation sont, sans aucun doute, le resultat, ainsi que l'a bien vu G. Franciosi, (88) de nombreux facteurs sociaux. C'est dorenavant la famille qui est le noyau institutionnel interne de la societe romaine. (89) L'eclatement social de l'ancienne gens voit l'eclosion, a travers des transformations sociales et politiques, d'une nobilitas composee a la fois des anciens patriciens issus des vieux groupes gentilices et d'une elite plebeienne. Cette nouvelle force s'appuie dorenavant sur la famille agnatique et non plus sur la structure sociale gentilice, par rapport a laquelle il convient de s'emanciper. A mesure que l'idee de famille prend le pas sur celle de gens, ces transformations s'accompagnent de l'emergence progressive d'un nouveau type de sepulcre qui accompagne ces mutations sociales: le tombeau de famille. (90) L'exemple des Scipions montre parfaitement l'affirmation d'une ideologie funeraire dite familiale, comme en temoignent les interventions structurelles operees sur le monumentum familial (91) qui prenait a peu pres la forme d'un carre, situe a proximite de la Via Appia. Dans ses restructurations et ses amenagements successifs, la tombe des Scipions peut etre consideree comme le prototype de la tombe familiale romaine et comme le symbole de la predominance de cette nouvelle structure sociale dans l'ideologie funeraire. A la fin de la Republique et au debut du Principat, la sepulture familiale est extremement rependue et les premiere formules expresses de devolution familiale d'un tombeau (H. M. H. N. S), qui datent environ du debut du second siecle av. J. C., ainsi que l'usage regulier du cognomen sur les inscriptions sepulcrales sont tres largement attestees. (92)

L'apparition veritable et la reelle diffusion du sepulcre hereditaire est aussi difficile a dater avec precision. Sur la base des temoignages epigraphiques, F. de Visscher situe la naissance du tombeau hereditaire vers le iiieme s. avant notre ere. O. Sacchi indique en ce sens qu'il n'existe pas de veritable distinction entre le tombeau de famille et le tombeau hereditaire avantce moment. Les theses de P. Bonfante, (93) et surtout celles de M. de Dominicis--fondees sur la resistance de la structure familiale romaine ainsi que sur le caractere religieux et presque <<sacre>> de la sepulture afferente--selon lesquelles les sepultures hereditaires n'auraient pas existe a l'epoque republicaine, semblent excessives et contredites par certains usages romains. On pense par exemple a la possibilite pratique pour l'heres extraneus d'etre charge des sacra familiaria. (94) Le lien entre Yhereditas et les sacra se retrouve aussi dans le fameux principe sacra cum pecunia qui souligne que la mort d'un des membres de la familia, en l'occurrence celle du pater repute etre le chef du culte, ne devait pas entrainer l'interruption des sacrifices particuliers (95) meme si ce dernier n'avait pas de descendance. Cette regle essentielle sans doute reprise au droit pontifical (96) par les Scaevola au dire de Ciceron, met en evidence un rapport etroit existant entre le systeme de devolution des biens du defunt et la charge du culte familial. Cette jurisprudence pontificale remonterait d'apres F. de Visscher, au iiieme s. avant notre ere. Elle etablirait une regle sensiblement nouvelle qui deroge, en theorie, au necessaire maintien des sacra dans la familia: <<la charge des sacra suivrait desormais la pecunia": (97) Ainsi se detache nettement ici le caractere fondamentalement patrimonial ou economique de cette disposition qui marque l'intrusion du ius civile dans le droit pontifical. (98) Si l'on considere l'enjeu fondamental des sacra, il faut remarquer ici une derogation assez nette au principe qui enongait la necessaire perpetuite des sacra privata dans la famille, ainsi que le prescrivaient les normes pontificales. (99) Mais ce nouveau principe a surtout pour but, non pas de soustraire les sacra a un membre de la famille, mais de les mettre entre les mains d'une personne qui aura les moyens de les assumer, afin que le culte familial ne tombe pas en desuetude. il s'agit donc d'une mesure de preservation. Ajoutons qu'il est tres probable que l'heres charge des sacra soit presque toujours un membre de la familia. Les sacra presentent egalement un lien avec l'heredite car le culte est un vecteur de droit qui va participer a l'elargissement de celle-ci au sens ou l'heres va succedera <<in locum et ius>> au defunt. (100) Ainsi, il apparait que les sacra font partie integrante de Yhereditas. (101) Le culte prive de la familia est assure par le paterfamilias et ses continuateurs a la direction du groupe familial assureront aussi le bon deroulement des sacra. Ce culte prive comprenait le service rendu aux defunt qui demeurait une des composantes essentielles des sacra privata. Pour ce faire, le principe exigeait que chaque famille se perpetue en ligne male par le sang ou par l'adoption et ceci en conformite avec l'ideologie funeraire romaine prise en sa globalite. (102)

Si les tombeaux familiaux sont apparus vers le debut du ineme s., il est fort possible que les tombeaux hereditaires datent de la fin du IIIemes. ou du commencement du IIeme siecle av. J. C. A la vue de ces quelques observations, il n'est pas douteux que la distinction dont fait etat Gaius au D. 11, 7, 5 lui soit tres anterieure et singulierement ancree dans les habitudes funeraires.

NOTES

(1.) G. Franciosi, Famiglia e persone in Roma antica, Turin, 1989, p. 113-116, a bien montre que tres tot, dans le cadre de la structure gentilice, la sepulture constituait <<un forte elemento di aggregazione del gruppo, quasi la proiezione al di la della vita della compagine gentilizia. La sua importanza e sottilinea dagli scrittori latini>>. Cette idee resulte de sources litteraires bien connues: Ciceron, De off., 1, 17, 55 Magnum enim, eadem habere monumenta maiorum, iisdem uti sacris, sepulchra habere comunia. L'orateur condamne l'ensevelissement d'un mort extra sacra et gentem, cf. De leg. 2, 22, 55 Iam tanta religio est sepulchrorum, ut extra sacra et gentem inferri fas negent esse, idque apud maiores nostros A. Torquatus in gente Popilia iudicavit. Voir aussi G. Franciosi, Sepolcri e riti ... op. cit., p. 37-38. Il faut aussi considerer que certaines representations visibles sur les tombeaux, sont des expressions flagrantes de l'appartenance a un groupe social de reference. Il est permis de penser ici a l'exemple des cavaliers qui figurent sur la tombe Querciola de Tarquinia qui pourrait dater de la fin Veme-debut IVeme siecle avant notre ere. Ainsi les quatre cavaliers representes par paire dans une position bien en vue, ne sont pas veritablement des combattants mais des individus lies a une caste, a un groupe dont <<le signe de reconnaissance est l'appartenance a la cavalerie>>, d'apres l'expose de J. R. Jeannot, A propos des cavaliers de la tombe Querciola. Developpement d'une nouvelle <<cavalerie>> a l'aube du IVe siecle ?, in MEFRA, 107, 1995, 1, p. 13-31, en particulier p. 29-30.

(2.) Sur les enjeux intrinseques au culte familial, voir l'expose de J. Scheid, Religion et piete a Rome, 2e ed., Paris, 2001, p. 29-34 et du meme auteur, La religion des Romains, Paris, 1998, p. 67, au sujet du caractere familial des rites funeraires. L'aspect social est aussi souligne par le fameux banquet funeraire qui revet une symbolique particuliere; cf. sur cette question: C. Compostella, Banchetti pubblici e banchetti privati nell'iconografia funeraria romana del 1 secolo d. c., in MEFRA, 104, 1992, p. 659-689. L'auteur indique que ces scenes ne relevent pas forcement de la pietas familiale mais de la reconnaissance d'un statut public. Le repas serait offert, dans certains cas determines, en l'honneur du magistrat decurion a l'occasion d'une fete publique et non privee.

(3.) J. Scheid, Contraria facere. Renversements et deplacements dans les rites funeraires, in AION, 6, 1984, p. 138.

(4.) Ulpien lib. 25 ed. D. 11, 7, 2, 6 Monumentum est, quod memoriae servandae gratia existat. Sur le tombeau en tant que symbole de la memoire du mort, voir H. Lavagne, Le tombeau memoire du mort in F. Hinard (dir.), La mort, les morts et l'au-dela dans le monde romain. Actes du colloque de Caen, 20-22 nov. 1985, Caen, 1987, p. 159-165.

(5.) Voir, parmi d'autres, J. Scheid, La religion des Romains, Paris, 1998, p. 138140.

(6.) On pense par exemple ici au monumentum de la famille senatoriale des Plautii qui est de dimension assez imposante (23 m. de circonference et 18 m. de diametre). Pour un bon expose, se reporter a W. Eck, Rome and the Outside World: Senatorial Families and the World They Live in, in B. Rawson, P. Weaver, The Roman Family in Italy. Status, Sentiment, Space, Oxford, 1999, note 11, p. 73-99. D'autres exemples de tombeaux monumentaux--tumuli familiaux--, comme les tumuli d'Ellscheid, Strotzbusch ou Bill ont ete mis en evidence par H. Cuppers, Sepultures et cimetieres ruraux en pays trevire, in A. Ferdiere (dir.), Monde ... op. cit., p. 81-88. Certaines sepultures familiales <<encloses>> etudiees comportent jusqu'a 60 sepultures et les grands tombeaux fastueux cotoient des tombes plus modestes. Ce materiel sepulcral atteste de la <<mixite>> d'une societe regionale composee de grands proprietaires terriens, d'exploitants de la classe moyenne et de petits fermiers. Voir aussi les travaux de L. Flutsh-P. Hauser, L 'ensemble funeraire d'Avanches <<en Chaplix>> (Vaud, Suisse), in A. Ferdiere, Monde.op. cit., p. 99103. Les tombeaux monumentaux sont generalement places de maniere a s'imposer a la vue des vivants et conditionnant le paysage, cf. X. Lafon-A. M. Adam, Des morts chez les vivants? Tombes et habitat dans la France du nord-est, in A. Ferdiere, Monde des morts, monde des vivants en Gaule rurale, Tours, 1993, p. 120. Il faut egalement noter que certaines series d'edifices funeraires romains, comme les monuments a edicules sur podium, sont remarquables par leurs dimensions. Ces edifices etaient constitues d'un haut podium en forme de naiskos de forme quadrangulaire, de tholos circulaire ou de niche prostyle. Voir a ce sujet le livre de H. Von Hesberg, Romische Grabbauten, Darmstadt, 1992, p. 121 sq. et P. Gros, L'architecture romaine, Paris, 2001, p. 399 sq. Le choix de ce type de monuments, qui apparaissent sans doute au cours du 1er s. avant notre ere, est sans doute propre aux elites municipales des villes italiennes et a leur histoire religieuse et intellectuelle. Voir sur ce point le bel expose de P. Gros, Les monuments funeraires a edicule sur podium dans l'Italie du 1er S. av. J. C., in D. Vaquerizo (ed.), Espacios y Usus Funerarios en el Occidente Romano, Cordoba, 2002, p. 13-32.

(7.) Du point de vue du droit, il convenait d'amenager par divers procedes un droit d'acces au tombeau, en particulier si ce dernier se trouvait in loco alieno. Il etait possible de vendre une parcelle contenant des sepultures sans que ces dernieres ne fassent partie de la vente. Apres la vente, l'acces au tombeau etait assure par un droit de passage iter ad sepulchrum attribue au titulaire du ius sepulchri. Sur cette question voir: R. Danielli, In tema di iter ad sepulchrum in Studi Albertario, 2, Milan, 1953, p. 301-314; B. Biondi, Passo necessario in Studi Besta, 1, Milan, 1939, p. 267 sq. et F. de Visscher, Le droit des tombeaux romains, Milan, 1963, p. 83-92.

(8.) I. R. Danka, De feralium etLemurionum consimili natura in Eos, 64, 1976, p. 1967-1968; voir aussi avec quelques nuances J. Scheid, Contrariafacere.op. cit. p. 117-139, en particulier, p. 133-136. Sur les fetes des morts en general, voir J. Champeaux, Le religion romaine, Paris, 1998, p. 141-144.

(9.) J. Scheid, Contraria ... op. cit., p. 133. Sur les Parentalia et les aspects de ce rituel voir J. Ruepke, Wann Feierte Ovid die Feralia ? Zu Ov. Fast. 2, 567 F. in MH, 51, 1994, p. 97-102; B. Liou-Gille, Divinisation des morts dans la Rome ancienne in RBPH, 71, 1993, p. 107-115; J. Scheid, Die Parentalien fuer die Verstorbenen Caesaren als Modell fuer den roemischen Totenkult, in Klio, 75, 1993, p. 188-201; M. Lejeune, Capoue, Iovilas de terre-cuite et iovilas de tuf in Latomus, 49, 1990, p. 785-791 et enfin P. Grimal, Une critique meconnue du stoicisme chez Lucrece in REA, 59, 1957, p. 72-75.

(10.) Ovide, Fastes, 2, 569; Macrobe, Sat., 1, 13, 3.

(11.) On trouvera une description complete de ce rituel dans J. Scheid, Contraria.op. cit., p. 135, cf. aussi J. Champeaux, op. cit., p. 142-143.

(12.) Voir parmi d'autres F. de Visscher, Le droit ... op. cit., p. 3-15.

(13.) Sur ce theme, les discussions et les analyses doctrinales ont ete nombreuses. Pour contenir la presente contribution dans des dimensions acceptables, il n'etait pas possible de reproduire et de discuter dans le detail toutes les theories emises. Le lecteur voudra donc bien se reporter aux references citees ci-dessous. Pour l'etude de la distinction entre le tombeau de famille et le tombeau hereditaire, il n'est guere utile de remonter plus loin que l'analyse de T. Mommsen, Zum romischen Grabrecht in ZSS, R. A., 16, 1895, p. 203-220 (= Gesammelte Schriften, 3, Berlin, 1907, p. 198 ss.); M. Morel, Le sepulchrum. Etude de droit romain, Grenoble, 1928; voir bien sur F. de Visscher, Le droit des tombeaux romains, Milan, 1963, p. 93-102 et 103-127 (protection des tombeaux de famille); F. Fabbrini, Res divini iuris, in NNDI, 15, Turin, 1968, p. 510-565, en particulier p. 556 au sujet de la destination juridique du sepulcre; G. I. Luzzato, Sepolcro in NNDI, 17, Turin, 1970, p. 31-33 (bibliographie p. 31), surtout p. 32; la courte notice de V. Arangio-Ruiz, Iura sepulchrorum (Roma) in SDHI, 5, 1939, p. 619-620. A. Palma, Sepolcro e sepoltura (dir. Rom) in ED, 42, Milan, 1990, p. 1-18, p. 4-8. Une autre etude fondamentale menee par un specialiste de la question: S. Lazzarini, <<Sepulchrum familiare>> e <<ius mortuum inferendi>> in Studi Biscardi, 5, Milan, 1984, p. 217-237, en particulier p. 217-220 sur la distinction des types de tombeaux. Ce travail est complete par le livre du meme auteur paru quelques annees plus tard Sepulcra familiaria. Un'indagine epigrafico-giuridica, Padoue, 1991, 129 p. Les principales sources analysees dans cette derniere etude sont D. 11, 7, 5; 11, 7, 6 (nous analyserons plus loin ces deux textes); 13, 7, 6 pr.; 47, 12, 3, 3; PS, 1, 21, 8; 1, 21, 6, auxquelles s'ajoutent quelques inscriptions comme CIL, 6, 8432; 5, 8725; 5, 8732; 6,3554; 6, 11446; 6, 14672; 14, 1271; 14, 1153; 14, 4768; 14, 5176. A consulter egalement, toujours du meme auteur: CIL, X, 2244. Sepulcrum, fiducia, multa, in Atti del III seminario romanistico gardesano. Promosso dall' istituto milanese de diritto romano e storia dei diritti antichi, 22-25 ottobre 1985, Milan, 1988, p. 483-497. Voir aussi A. Albertario, Sul contenuto del <<ius sepulchri>>, in Rendiconti del'Istituto Lombardo di Scienze e Lettere, 1910, 43, p. 533-541 et surtout du meme auteur, Sepulchra familiaria e sepulchra hereditaria, in Studi di diritto romano, 2, p. 1-27. Cette derniere contribution, deja ancienne mais toujours tres precieuse, est essentiellement basee sur la mise en evidence d'interpolations (au sujet de ce travail, voir F. de Visscher, op. cit., p. 93-94 et surtout la note 2), l'eminent remaniste italien fait un point precis sur la doctrine anterieure a son epoque et sur laquelle nous ne reviendrons pas, ou peu, en dehors des opinions les plus significatives (pour la discussion des theses de Pernice, Ferrini ou encore Karlowa, nous renvoyons aux travaux du maitre italien). Voir aussi V. Scialoja, Teoria dellaproprieta nel diritto romano, 1, Rome, 1928, p. 170-179.; E. Costa, Cicerone giureconsulto, 1, Rome, 1964 (ed. originale, Bologne, 1927), p. 48 et 243-245. Voir encore C. Bedushi, Hereditatis Aditio. I. L'accetazione dell' eredita nel pensiero della giurisprudenza romana classica, Milan, 1976, p. 95-118 (Chap. 7 L'esercizio del ius sepulchri). Il s'agit de la premiere partie d'une etude consacree a l'acceptation de l'heredite dans le cadre de la jurisprudence romaine classique; le second tome concerne l'epoque postclassique (voir aussi le c. r. de cet ouvrage par P. Leuregans in RHD, 57, 1979, p. 259-261); P. Bonfante, Corso di diritto romano, 6, Milan, 1974 (reimp. ed. de 1930), p. 91-224; A. Guarino, Diritto privato romano, 12eme ed., Naples, 2001, p. 324-325. Les deux syntheses solides de l'ecole allemande doivent aussi etre consultees: M. Kaser, Zum romischen Grabrecht, in ZSS, R. A. 95, 1978, p. 15-92, p. 37-60 (IV Arten der Graber. Sepulchrum familiare et V Sepulchra hereditaria. Verdrangung der sep. Familiaria) et R. Dull, Studien zum romischen Sepulkralrecht in Festschrift Schulz, 1, Weimar, 1951, p. 192-208, p. 203-208 (V. Arten der sepulchra, insbesondere sepulchra familiae et VI Ius sepulcrorum, ius sepulchri). A consulter aussi, M. de Dominicis, Sulla distinzione dei <<sepulcra>> in D. 11, 7, 2, 5, in Ann. Fac. Giur., 45, Perouse, 1933, p. 67-69; Il <<ius sepulchri>> nel diritto successorio romano in Scritti Romanistici, Padoue, 1970, p. 197-222=RIDA, 13, 1966, p. 177-204; outre les deux textes fondamentaux qui distinguent le sepulcre familial du sepulcre hereditaire (D. 11, 7, 5 et D. 11, 7, 6), cette derniere contribution de M. de Dominicis est basee sur l'etude d'inscriptions funeraires: CIL, 6, 7474; 6, 212-82; 6, 15840; 14, 1279; 5, 6066; 6, 13652; 14, 527; 14, 1357; 10, 2614; voir aussi, du meme auteur, Ancora sul "fragmentum tuderdinum>>, in RIDA, 12, 1965, p. 265-278. Voir J. L. Murga, Nulidad o ilicitud en la enajenacion de las <<res sacrae>> in AHDE, 41, 1971, p. 555-538, surtout p. 565; Un posible regimen juridico especial para los sepulcros romanos en Egipto in RIDA, 31, 1984, p. 233-281 ; H. Van Der Brink, "Ius fasque>> in Labeo, 16, 1970, p. 140-176, en particulier p. 169; G. Galeno, Su una iscrizione funeraria ostiense, in, Labeo, 27, 1981, p. 33-36; G. Gandolfi, Sulla evoluzione della <<hereditas>> alla luce del regime dei <<sacra>> in SDHI, 21, 1955, p. 223-248. Il s'agit d'une etude portant sur le livre 2 du De leg. De Ciceron; J. Santa-Cruz Teijeiro, De iure sepulchrorum in Estudios clasicos, 8, 1964, p. 140-145, p. 145; E. F. Bruck, Foundations for the Deseased in Roman Law, Religion, and Political Thought in Scritti Ferrini, 4, Milan, 1949, p. 2-42; Y. Thomas, Mariages endogamiques a Rome. Patrimoine, pouvoir etparente depuis l'epoque archaique in RHD, 58, 1980, p. 345-382; G. Longo, Sul diritto sepulcrale romano in Iura, 15, 1968, p. 145-154 et aussi le c. r. du romaniste italien au sujet du livre de F. de Visscher, Le droit ... op. cit. supra. in Iura, 15, 1964, seconde partie, p. 342-352, p. 347-349. G. Longo est egalement l'auteur d'une synthese sur le droit funeraire proposee a l'occasion d'un expose prononce lors de la XX session de la SIDHA cf. Le droit funeraire romain dans son developpement historique in Scritti Giuffre, 1, Milan, 1967, p. 635-642, en particulier p. 635. On trouvera aussi de nombreuses donnees dans les trois volumes diriges par G. Franciosi (cur.), Ricerche sulla organizzazione gentilizia romana, 1, 2 et 3, Naples, 1984 (tome 1), 1988 (tome 2) et 1995 (tome 3): les contributions les plus utiles pour notre theme sont celles de G. Franciosi, Sepolcri e riti de sepoltura nelle antiche <<gentes>> dans le tome 1, p. 37-80; celle de A. Romano, Dai <<pater gentis>> ai "patres>> dell 'organizzazione cittadina. Note sul fondamento della leadership arcaica dans le tome 1, p. 83-117; celle de G. Franciosi, Esogamia gentilizia e regalita latina. L '<<externus heres>> e la successione oblica, tome 3, p. 53-68, celle de L. Minieri, <<Mores>> et <<decreta gentilizia>>, tome 3, p. 123-168, surtout p. 143-146 et, enfin, O. Sacchi, Il passagio dal sepolcro gentilizio al sepolcro familiare e la successiva distinzione tra sepolcri familiari e sepolcri ereditari dans le tome 3, p. 171-218. En dernier lieu, voir les nombreuses contributions sur le concept de famille a Rome dans B. Rawson-P. Weaver (ed.), The Roman Family in Italy. Status, Sentiment, Space, Oxford, 1999. On trouvera enfin quelques renseignements sur notre theme dans la breve contribution de A. Buisson, in A. Ferdiere (dir.), Le monde des morts en Gaule rurale a l'epoque romaine: l'apport des textes litteraires et epigraphiques in Monde des morts, monde des vivants en Gaule rurale. Actes du colloque ARCHEA/AGER (Orleans 79 Fevrier 1992), Tours, 1993, p. 23-28 (bibliographie p. 28), en particulier p. 26-27. En dernier lieu: S. Panciera (cur.), Libitina e dintorni. Libitina e i luci sepolcrali. Le lege libitinarie campane. Iura sepulchrorum:vecchie e nuove iscrizioni. Atti dell 'XIRencontre franco-italienne sur l 'epigraphie, Rome, 2004.

(14.) Se sont exprimes tout particulierement sur ce texte: S. Lazzarini, <<Sepulchrum familiare ... op. cit., p. 218-219; A. Palma, Sepolcro ... op. cit., p. 3; F. de Visscher, Le droit ... op. cit., p. 92-93; M. Kaser, op. cit., p. 37 et 51-53; M. Lauria, De ara victoriae virginibusque vestalibus, in SDHI, 50, 1984, p. 235-280, surtout p. 247; E. Albertario, Sepulchra familiaria et sepulchra hereditaria, in Studi.op. cit., p. 1-27; M. de Dominicis, Il<<ius sepulchri>> ... op. cit., p. 197-199; C. Bedushi, op. cit ..., p. 95-96. Sur ce texte envisage dans l'reuvre de Gaius, voir O. Diliberto, Considerazioni intorno al commento di Gaio alle XII Tavole, in Index, 18, 1990, p. 403-434, en particulier p. 433.

(15.) Cet edit fixait les competences des gouverneurs de province ainsi que celles de leurs legats en matiere de droit civil. L'uniformisation du droit dans les provinces senatoriales a ete rendue possible grace a cet edit qui est aussi a la base de l'homogeneisation juridique au sein des provinces impertales. On trouvera un expose sur l'reuvre de Gaius et une bibliographie au sujet de ses commentaires par D. Liebs in K. Sallman (ed.), Nouvelle histoire de la litterature latine, l'age de la transition 117-284, Paris, 2000, p. 213-222. Sur cette partie de l'reuvre de Gaius, voir A. Guarino, Gaio e l'<<edictum provinciale>> in Iura, 20, 1969, p. 154-171(=Pagine di diritto romano, 4, Naples, 1994, p. 279-295). Pour l'auteur, les commentaires de Gaius pourraient concerner l' edictum praetoris et pas seulement l'edictum provinciale. Cela sera aussi vrai pour les juristes posterieurs comme Paul, Pomponius et Ulpien lorsque l'Empire sera soumis a un droit homogene. Voir aussi M. Bretone, Una mano estranea sul commento di Gaio all'editto provinciale, in Melanges Magdelain, Paris, 1998, p. 39-46. En conclusion, l'auteur indique que certaines dispositions de l' edictum provinciale, et notamment celles concernant la notion d' hereditas restitua ou le mode et les limites de la restitutio dans la rei vindicatio, ont pu faire l'objet de modifications. Quoi qu'il en soit, le present texte D. 11, 7, 5 n'a, sans aucun doute, pas fait l'objet d'ajouts de la part des compilateurs. D'ailleurs, la critique interpolationiste, representee essentiellement par E. Albertario, n'a pas suspecte ce texte alors que tous les fragments au sujet des sepultures hereditaires et familiales (excepte D. 11, 7, 2, 5) auraient fait l'objet de gloses importantes d'apres cet auteur. Les interpolations mises en evidence par E. Albertario sont admises dans leur totalite par F. de Visscher, Le droit des tombeaux romains ... op. cit., p. 93-94. Enfin, le commentaire de l'edictum provinciale par Gaius a fait l'objet d'une traduction par le romaniste espagnol specialiste des actiones utiles: E. Valino, El commentario de Gayo al Edicto Provincial. Edicion, traduccion y notas, Valence, 1979, 145 p.

(16.) A. Palma, op. cit., p. 6.

(17.) Pour G. Longo, De Visscher F. Le droit des tombeaux romains in Iura, 15, 1964, p. 347-348, les sepulcres hereditaires sont largement attestes dans bon nombre de regions de l'Empire: Syrie, Gaule Narbonnaise, provinces belges et aussi a Rome. Toutefois, l'auteur ne cite pas de materiel epigraphique pour etayer ses dires. D'ailleurs, il se contredit lui-meme en affirmant dans une autre contribution <<Le iscrizioni funerarie provano il numero limitato di sepolcreti ereditari anche a Roma>>. Cf. Sul diritto sepolcrale romano in Iura, 15, 1964, p. 144 in fine.

(18.) M. de Dominicis, Sulla distinzione dei sepulchra in Ann. Fac. Giur. Perugia, 11, 1933, p. 63-97, en releve une trentaine mais ces exemples semblent tres douteux a F. de Visscher, Le droit ... op. cit., p. 97. Sur les nombreuses inscriptions du port d'Ostie, le romaniste belge ne voit qu'un seul cas de tombe hereditaire (cf. p. 98). L'auteur met aussi en garde contre certaines subtilites intrinseques a la volonte du fondateur qui peuvent induire l'analyste en erreur. Ce n'est pas parce qu'un heritier est designe comme beneficiaire du ius sepulchri que l'on peut en deduire automatiquement que la tombe est par nature hereditaire. En somme, la destination d'un tombeau depend de la clause generale qui fixe sa destination. Pour le fondateur, il est possible d'ouvrir une tombe familiale a un heritier nommement designe par lui comme tel sans pour autant remettre en cause le regime general de la tombe.

(19.) Sur ces points, voir A. Buisson, Le monde des morts.op. cit., p. 27.

(20.) Sur la portee du cenotaphe dans le monde romain, cf. Y. Thomas, Corpus ossa aut cineres. La chose religieuse et le commerce in Micrologus, 7, 1999, p. 8183. Voir aussi G. Longo, Le droit funeraire romain ... op. cit., p.637. Pour les sources cf. D. 11, 7, 2, 6 (Ulpien lib. 25 ed.) ou encore D. 11, 7, 6, 1 (Ulpien lib. 25 ed) et D. 1, 8, 6, 5 (Marcien lib. 3 inst).

(21.) F. de Visscher, Le droit ... op. cit., p. 17-42. Sur ce theme on consultera aussi le livre de C. de Filippis Cappai, Imago mortis. L 'uomo romano e la morte, Naples, 1997 (c. r. par G. Susini in Epigraphica, 60, 1998, p. 342); pour la Gaule: C. Foulcher, Typologie des tombes et societes dans le sud de la Gaule du Ier au IIIeme siecle ap. J. C., in Pallas, 33, 1987, p. 101-118, et aussi G. Franciosi, Sepolcri.op. cit., in Ricerche..., 1, p. 35-80; quelques remarques du meme auteur dans Famiglia e persone in Roma antica, Turin, 1989, p. 115. Les deux rites connus de la Rome antique ont bien evidemment precede la creation du sepulcre familial et hereditaire. La premiere mention juridique de cette coexistence nous est indirectement donnee par l'interdiction d'ensevelir ou de bruler un mort au sein de la cite, cf. XII Tables 10, 1, cf. P. F. Girard-F. Senn, Les lois des Romains, Tome 2 des Textes de droit romain, Naples, 1977, p. 46. La regle originelle se trouve dans un passage bien connu de Ciceron, De leg. 2, 23, 58 Hominem mortuum inquit lex in XII Tabulis, in urbe ne sepelito, neve urito. Cette norme se retrouve dans le monde grec, cf. A. Moulignier, Le Pur et l 'Impur dans la pensee et la sensibilite des Grecs jusqu'a la fin du IV eme siecle av. J. C., Paris, 1950, p. 76-81 mais des exceptions a ce principe existent, c'est le cas de Sparte, ou le legislateur legendaire Lycurgue n'aurait pas interdit d'enterrer des morts dans la ville d'apres Plutarque, Lycurgue, 27, 1. Sur ces questions: N. Richer, Aspects des funerailles a Sparte, in Cahiers du Centre G. Glotz, 5, 1994, p. 51-96. Voir aussi A. Allara, Corpus et cadaver, la gestion d'un nouveau corps in F. Hinard-M. F. Lambert (ed.), La mort au quotidien dans le monde romain, Paris, 1995, p. 69-79, en particulier les conclusions de l'auteur sur la fonction de l'ensevelissement dans la societe romaine, p. 79. Ce rite aurait pour fonction de <<recomposer>> le corps et ainsi de s'opposer a sa dissolution naturelle. Il est possible que la preference pour l'un ou l'autre rite puisse varier, en fonction de l'epoque ou de la region. Ainsi W. A. M. Hessing, Necropoles indigenes de la zone alluviale des Pays-Bas (50 av. J. C.-300 ap. J. C.), in A. Ferdiere (dir.), Monde ... op. cit., p. 105-120. indique avoir recense, dans une etude regionale concernant les rites funeraires des peuples <<romanises>> dans la civitas batavorum, environ 2000 sepultures nees pour l'essentiel, du rituel de l'incineration. L'incineration sur un bucher distinct de la sepulture definitive est assez repandue en Gaulle lyonnaise et narbonnaise, cf. les mises au point de V. BelH. de Klijn-S. Motte-G. Vicherd, Cinq ensembles funeraires ruraux du HautEmpire dans le nord de la Narbonnaise et le sud-est de la Lyonnaise, in A. Ferdiere, Monde ... op. cit., p. 199-208. Notons aussi que les cenotaphes pouvaient etre construits a la limite de l'arc pomerial de la cite comme c'est le cas du mausolee des Julli a Glanum, au pied des Alpilles, cf. P. Gros, Le mausolee des Julii et le statut de Glanum, in Rev. Arch., 1, 1986, p. 65-80, p. 67-68.

(22.) F. de Visscher, Le droit des tombeaux romains, Milan, 1963, p. 41.

(23.) Il est possible de decouvrir bon nombre de renseignements a ce sujet dans la Vie des douze Cesars de Suetone. Ainsi Jules Cesar a beneficie d'un magnifique bucher au champ de Mars, a proximite du tombeau de Julie. Un lit de pourpre lui fut dresse dans un oratoire face a la tribune aux harangues (cf. Suetone, Div. Jul., 84). Auguste fut incinere au Champs de Mars, ou un ancien preteur crut voir la forme du defunt monter au ciel (cf. Suetone, div. Aug., 100). Il faut noter qu'une importante etude a ete consacree par H. Von Hesberg et S. Panciera a l'etude du Mausolee d'Auguste Das Mausoleum des Augustus. Der Bau und seine Inschriften, Munich, 1994, le point est notamment fait sur les personnes qui ont ete exclues du monumentum et sur celles dont on sait qu'elle y ont repose. Bref c. r. de l'ouvrage dans l'AE, 1994 (paru en 1997), p. 71-72. Sur l'etat actuel de ce monument, voir P. J. E. Davies, Death and the Emperor. Roman Imperial Funerary monuments from Augustus to Marcus Aurelius, Cambridge, 2000, p. 13-19. L'ouvrage contient de fort belles representations du mausolee, fig. 2 et 3 p. 14-15 ainsi que l'essai de reconstruction bien connu par H. von Herberg, fig. 4 p. 16. Le corps de Tibere, escorte par des soldats, pour eviter les outrages de foule, fut lui aussi brule lors de funerailles solennelles (cf. Suetone, Tib., 75 in fine). Le sort reserve au cadavre de Caligula est singulier: d'abord a demi brule clandestinement dans les jardins de la famille Lemia, il fut enseveli sous une fine couche de terre et de gazon. Son corps fera, un peu plus tard, l'objet d'une exhumation par ses sreurs et sera incinere avant de beneficier d'une sepulture. (cf. Suetone, Cal., 49). L'historien donne des renseignements lacunaires sur la mort de Claude: Suetone, Claude, 65 indique seulement qu'il fut enseveli avec la pompe solennelle due aux souverains. Galba, apres avoir ete assassine, beneficia de funerailles intimes pratiquees dans ses jardins sur la voie Aurelienne par son econome Argivus. Suetone n'evoque pas, a son sujet, une eventuelle cremation (cf. Galba, 20). Othon fut rapidement enseveli apres s'etre suicide; Suetone ne parle pas non plus de cremation (cf. Otho., 10).

(24.) Sur les funerailles impertales voir J. C. Richard, Recherches sur certains aspects du cuite imperial: les funerailles des empereurs romains aux deux premiers siecles de notre ere, in ANRW, 2, 16, Berlin-New-York, 1978, p. 1121-1134, et du meme auteur: Les funerailles des empereurs romains aux deux premiers siecles de notre ere. Essai de mise au point, in Klio, 62, 1980, p. 461-471. A consulter egalement, le chap. 3 intitule Les funerailles des Empereurs du livre de S. Benoist, Rome, le prince et la cite, Paris, 2005. On y trouvera quelques elements sur le faste funeraire octroye aux grands personnages comme Sylla qui fut honore par 210 corbeilles d'offrandes.

(25.) C'est la depose du corpus qui est le facteur predominant, du point de vue juridique, pour assurer l'inalienabilite des sepulchra. Sur cette question, voir parmi d'autres, Y. Thomas, Corpus ... op. cit. p. 73-112, en particulier, p. 74. Les textes fondamentaux sont cites notes 3-5; voir aussi la synthese de A. Palma, op. cit. p. 3-4 <<Una iusta sepoltura esige la deposizione del corpo nella terra ... La tomba come cosa religiosa era incommerciabile ...>>. En dernier lieu voir l'expose de M. Ducos, Le tombeau, locus religiosus, in F. Hinard-M. F. Lambert (ed.), La mort au quotidien dans le monde romain, Paris, 1995, p. 138-139.

(26.) Le traitement informatique fait etat de 91 utilisations au Digeste. A titre d'exemple 24, pour Ulpien, 15 pour Paul. Gaius lui-meme l'utilise a plusieurs reprises, cf. D. 1, 1, 9; 14, 5, 1.

(27.) M. Morel, Le sepulchrum.op. cit., p. 34-35.

(28.) C'est le cas bien connu de l'evergete de Sarsina qui donne un terrain pour la sepulture des pauvres en excluant toutefois ceux qui ont exerce la profession de gladiateur ou qui se sont pendus. Cf. CIL, 11, 6528=ILSDessau 7846.

(29.) CIL, XIV, 667=Thylander, Inscr. Du port d'Ostie, Lund, 1952, 1, p. 28. L'inscription porte <<posterisque eorum et Aurelio Romani amico suo>>; voir aussi CIL, VI, 10240= FiRa, 3, no. 80 h, p. 244 le texte contient la mention <<... et P. Aelio Natali amico karissimo et Aeliae Restituae libertae ...>>; CIL, 6, 14672= FIRA, III, no. 80, l, p. 245 <<... et Laelio Apeliti clienti karissimo quem boluerit donationis causa sarcofagum eligat sibi, opter quod in tam mana (magna) clade non reliquerit>>. Le fondateur pouvait aussi se reserver le droit de proceder a de nouvelles designations, cf. CIL, 6, 8432=ILS Dessau 1526.

(30.) Voir le livre de F. de Visscher, Le droit des tombeaux romains, Milan, 1963, p. 277-294 (bibliographie complete sur la question p. 277 note 2. Il ne manque que le travail de S. Ferri, Sub clupeo, sub hasta, sub ascia, in Rendiconti Acc. Naz. Lincei, Cl. Sc. Morali stor. E filol., ser. 8, vol. 18, 1963), l'etude en question s'appelle Monumentum sub ascia dedicatum et reprend un expose anterieur de l'auteur paru sous le meme titre in Rendiconti della Pont. Accad. Di Archeologia Romana, 28, 1956-1957 (paru en 1958), p. 69-81. Pour une version <<synthetique>> de cette recherche: F. de Visscher, L 'ascia funeraire, in RIDA, 10, 1963, p. 213-220. Sur le role fondamental de l'ascia dans la dedicace du monumentum, voir J. J. Hatt, La tombe gallo-romaine, Paris, 1951, p. 65-107. Il semble assez clair que la reference a l'ascia soit independante de la dedicace a une divinite precise car cette mention concerne le destinataire present ou futur du tombeau (cf. F. de Visscher, L'ascia..., p. 215). Sur l'ascia, voir aussi le livre de B. Mattson, The Ascia Symbol on Latin Epitaphs, Goteborg, 1990 (Studies in Mediterranean Archeology and Literature, 70) et le c. r. de l'ouvrage par T. Gestrin in Arctos, 29, 1995, p. 200-201; c. r. egalement par M. Dondin-Payre in AC, 62, 1993, p. 438-440. En dernier lieu, voir S. Lazzarini, Sul significato giuridico di <<deasciare>> ed <<exacisclare in Rivista archeologica dell 'antica provincia e diocesi di Como, Fasc., 160, 1978 et la bibliographie proposee par S. Panciera, Deasciare-Exacisclare-Exasciare in Latomus, 19, 1960, p. 701 note 1.

(31.) M. Kaser, Zum romischen.op. cit., p. 31, suivi par Y. Thomas, corpus..op. cit., p. 81.

(32.) F. de Visscher, Le droit ... op. cit., p. 96. L'auteur, qui se fonde sur de tres solides donnees archeologiques (rappelons que le savant belge a passe plus de vingt ans a la direction de L'Academica Belgica de Rome pour diriger les fouilles d'Alba Fucens), souligne l'extreme variete et diversite des tombes romaines qui vont de la simple urne enfouie dans le sol aux gigantesques monuments des grandes familles comprenant jardins et cepotaphes. Du point de vue du droit, le seul point commun de ces sepultures est de pouvoir beneficier de la protection juridique propre aux res religiosae. Les formes multiples des tombeaux etaient donc canalisees par une protection juridique unique essentiellement basee sur le critere physique de l'illatio du corps. Sur ce point, voir par ex. Y. Thomas, Corpus ... op. cit., p. 78. La casuistique romaine n'a evidemment jamais fait un expose exhaustif des tombeaux mais s'est plus particulierement attardee sur les cas problematiques. Ainsi, il existait des formes de tombeaux dits personnels et ouverts a des beneficiaires nommes expressement par le fondateur qui, du point de vue du droit, ne devaient pas poser probleme. En effet, les difficultes sont nees tres certainement des subtilites inherentes aux notions de familia ou d' hereditas appliquees au droit funeraire.

(33.) Les remarques de G. Longo vont en ce sens, cf. Sul diritto.op. cit., p. 145.

(34.) A. Bayet, Le suicide et la morale, Paris, 1922, p. 309.

(35.) Voir sur ce theme A. Guarino, Il diritto e i mistagoghi in Atti. Acc. Nap., 95, 1984, p. 241-259 (=Iusculum Iuris, Naples, 1985, p. 11-37). Au sujet de l'adage <<nul n'est cense ignorer la loi>>, l'auteur indique que le principe n'avait aucune raison d'etre dans la societe romaine archaique et republicaine. Cette idee etait aussi loin d'etre normative sous le principat. Ce n'est qu'avec l'avenement du pouvoir politique absolu, sous les Severes, que l'application de la loi est reservee aux souverains, par l'intermediaire de ses fonctionnaires, tous puissants vis-a-vis de sujets qui, soit ignorent les lois, soit sont incapables de les comprendre. Voir aussi les nombreuses contributions de A. Guarino, rassemblees dans un important volume, au sujet de la jurisprudence a l'epoque du principat (d'Auguste a Diocletien): Le ragioni del giurista. Giurisprudenza e potere imperiale nell 'eta del principato romano, Naples, 1983. On consultera particulierement les p. 27-93 (Gli aspetti giuridici del principato).

(36.) Cf. par ex. M. de Dominicis, Il ius sepulchri ... op. cit., p. 427 et deja E. Albertario, <<Sepulchra familiaria.op. cit., p. 15-17; P. Bonfante, Corso di diritto romano..op. cit., 6, p. 138-140; O. Sacchi, op. cit., p. 209; F. de Visscher, Le droit.op. cit., p. 94, indique lui aussi que la distinction posee par Gaius est typique du regime classique des sepulchra.

(37.) C. Beduschi, Hereditatis aditio, 1, Milan, 1976, p. 95 et deja E. Albertario, Sepulchrafamiliaria.op. cit., p. 26-27.

(38.) Sur les composantes de la famille agnatique cf. A. Dernburg, Diritto di famiglia e diritto dell' eredita, Turin, 1905, p. 3-12 et le fameux texte de Gaius, 3, 10.

(39.) F. de Visscher, Le droit..op. cit., p. 94; A. Palma, op. cit., p. 5. Voir aussi A. Berger, Encyclopedic Dictionary of Roman Law, Philadelphie, 1953, p. 533 "A sepulcrum was familiare, when it was designated by its owner in his testament as a grave for himsef and the members of his family (household); il was hereditarium when it was destinated only for the testator and his heirs (heredes)". Il faut noter que la distinction juridique entre le sepulcre familial et le sepulcre hereditaire ne rend pas compte, en ce qui concerne la premiere categorie, des subtilites et distinctions dans la maniere d'organiser ou non sa succession. On sait parfaitement que la devolution ab intestat n'etait pas forcement tres souhaitable dans la mesure ou le droit donnait les moyens au testateur de mettre precisement en reuvre la devolution de son patrimoine selon sa volonte. D'ailleurs Ulpien, lib. 20 Sab. D. 38, 16, 1 pr. (Intestati proprie appellantur, qui cum possent tetamentum facere, testati non sunt. sed et si, qui testamentum fecit, si eius hereditas adita non est vel ruptum vel irritum est testamentu, intestatus non improprie dicetur decessisse ...) definit la succession ab intestat de maniere negative par rapport a la devolution des biens reglee par testament. Ainsi le testamentum peut etre compris comme une sorte de devoir social, au moins dans les classes aisees au sein desquelles les patrimoines familiaux etaient consequents.

(40.) Pour un expose d'ensemble des parties essentielles des inscriptions funeraires, voir R. Cagnat, Cours d'epigraphie latine, 2eme ed., Paris, 1899 (reimp. 2004), p. 246-249.

(41.) A titre d'exemple, voir C. G. Bruns, FIRA, Tubingen, 1958, p. 334-335; voir aussi la Sentence de Senecion De sepulcris, cf. p. 405 no. 187 (a propos de CIL, X, 3334=Dessau ILS 8391) dans le meme volume ou encore P. F. Girard, Textes de droit romain, Paris, 1967, p. 908.

(42.) F. de Visscher, Le droit ... op. cit., p. 101.

(43.) Bien evidemment l'utilisation de ces sigles ne se limitent pas au territoire de Rome, voir pour la Gaule: CIL, XII, 66; 352; 5767 ou encore XIII, 5613.

(44.) Sur ces formules voir F. de Visscher, op. cit., p. 101-102; S. Lazzarini, Sepulcrum familiare.op. cit., p. 231-232. L'expose le plus complet est celui de A. Garcia Valdecasas, La formula H. M. H. N. S. en las fuentes epigraficas romanas, Madrid, 1929, p. 37 sq ... La romaniste espagnole etablit une subtile distinction entre la clause H. M. H. E. N. S et la clause H. M. H. N. S. La premiere est typique des tombeaux familiaux en ce qu'elle a vocation a exclure le heritiers etrangers qui ne font pas partie de la famille. Les conclusions de l'auteur mettraient en evidence que, des l'epoque imperiale les Romains avaient perdu la conscience de la distinction entre les sepulcres familiaux et hereditaires. Voir aussi C. C. Mierow, Hoc monumentum heredem non sequitur: an Interpretation in TAPHA, 65, 1934, p. 163-177. La these de l'auteur semble suivre les observations formulees par Garcia-Valdecasas. Neanmoins d'apres F. de Visscher, Le droit ... op. cit., p. 101 note 15, on trouve aussi cette derniere formule H. M. H. N. S sur des tombes familiales, sur celles qu'on laisse aux affranchis lorsqu'on n'a pas de descendance (CIL, 6, 9010= Dessau ILS 8267 ou encore 6, 23838=Dessau ILS 8309), a charge pour les anciens esclaves de s'acquitter de la tombe jusqu'a leur mort.

(45.) V. Arangio-Ruiz, Minima de negotiis in Studi Paoli, Florence, 1956, p. 1-9, en particulier p. 7-9.

(46.) F. de Visscher, Le droit ... op. cit., p. 102 in fine. L'auteur suit l'opinion de V. Arangio-Ruiz.

(47.) Voir sur ce point G. Calza, La necropoli del porto di Roma nell' Isola Sacra, Rome, 1940, p. 277.

(48.) Cf. CIL, XIII, 485.

(49.) Peut-etre s'agit-il la d'une precaution du fondateur pour eviter que le dernier membre de la famille, lui-meme heritier (le cumul des deux conditions n'etait pas rare), ne legue le tombeau a un etranger pour perpetuer les sacra, au mepris du regime voulu par le fondateur qui voulait privilegier la purete du culte en le conservant au sein de la familia.

(50.) Cf. CIL, XIII, 2494.

(51.) CIL, VI, 18312; AE, 1986 (paru en 1989), 27.; et une inscription revisee par S. Orlandi, in S. Panciera (cur.), Libitina.op. cit., p. 255. Pour l'auteur, la derniere lettre de l'inscription est un p et non un b, il faudrait retranscrire la derniere ligne par ... H(oc) m(onumentum a(d) h(eredem) n(on) p(ertinet) plutot que par.... non b(--) comme le pensait le premier editeur.

(52.) CIL, VI, 1825=ILS Dessau 1888; CIL, VI, 3472; 7457; 9485=ILS Dessau 7296; CIL, VI, 10026; 10219=ILS Dessau 8226=FIRA III, no. 82 a; CIL, VI, 10243; 10246; 10848; 11781; 13195; 13023; 13785; 15080; 15221; 16177; 18435; 19319; 19844=ILS Dessau 8275; CIL, VI, 21925; 22303; 22348; 22421; 25771; 25961; 26340; 26940; 27883; 28318=ILS Dessau 8282; CIL, VI, 29912; 29931; 29939; 29962; 30556; 30567; 33160; 36693; 38164. D'autres exemples aussi dans S. Panciera (cur.), Libitina.op. cit., p. 373-375.

(53.) Ces jardins ne beneficient pas, d'apres les regles du ius civile, du statut de res religiosae neanmoins ils peuvent etre proteges par des clauses stipulant une defense expresse d'aliener, voir C. G. Bruns, FIRA, Tubingen, 1958, p. 377-378; cf. aussi par ex. chez les jurisconsultes classiques: Macer au D. 11, 7, 31, 1 Monumentum autem sepulchri id esse, divus Hadrianus rescripsit, quod monumenti, id est, causa muniendi eius loci factum sit, in quo corpus impositum sit. Itaque si amplum quid aedificari testator jusserit, veluti in circum porticationes, eos sumptus funeris causa non esse; et aussi un texte bien connu d'Ulpien au D. 11, 7, 2, 5. On trouvera un rappel synthetique de ce principe par Y. Thomas, Corpus ... op. cit., p. 77-78. Sur les fondations funeraires annexes aux tombeaux, voir F. de Visscher, La fondation funeraire de Iunia Libertas d'apres une inscription d'Ostie in Studi S. Solazzi, Naples, 1949, p. 542-553=Le droit des tombeaux romains, Milan, 1963, p. 239-241; du meme auteur, Les fondations privees en droit romain classique in RIDA, 2, 1955, p. 197-218; La fondation funeraire d'un citoyen romain en Phrygie (85 ap. J. C.) in RIDA, 12, 1965, p. 247-255.

(54.) Le monumentum support de l'inscription daterait, d'apres la graphie, du 2eme ou du 3eme siecle de notre ere. La mention du prefet Marcus Mettius Rufus permet de situer le proces vers les annees 89 a 91 apres J. C.; voir F. de Visscher, Le droit ... op. cit., p. 200-201 (bibliographie par rapport a l'edition de l'inscription p. 198 note 6). L'expose de l'auteur reprend en substance une contribution ancienne intitulee Le jardin de Mousa, Une fondation funeraire greco-romaine d'Egypte in RIDA, 6, 1959, p. 179-207. A consulter aussi, au sujet de cette inscription, V. Arangio-Ruiz, Il gardino funerario di Pompea Musa e le sue vicende in Melanges Meylan, 1, Lausanne, 1963, p. 1-18=Studi epigrafici e papyrologici, Naples, 1974, p. 655-672. L'usage d'entourer le tombeau d'un vaste jardin etait sans aucun doute pratique en Gaule. On n'a qu'a songer, pour s'en persuader, au fameux testament du Lingon, qui concernait une fondation funeraire dans l'actuelle campagne bourguignonne. La mention des topiarii et des pomaria atteste clairement cet etat de fait. Sur cette question voir A. Buisson, Le tombeau du Lingon. Etude du cadre architectural et archeologique, in Y. Le Bohec, Le testament.op. cit., p. 63-72, en particulier, p. 65-66.

(55.) C. Fadda, Concetti fondamentali del diritto ereditario romano, 2, Milan, 1949, p. 39 et 230. Mais certains exemples sont delicats a interpreter, ainsi une inscription presentee par S. Orlandi, in S. Panciera (cur.), Libitina.op. cit. p. 218220 porte H(oc) m(onumentum) h(eredem) (vacat) sequetur. La place laissee vacante par le lapicide laisse planer le doute sur la volonte exacte du fondateur de la tombe. Voir aussi CIL, VI, 2247 11451; 21282; 27839; 28010 il est question ici d'un locus: l(ocus) h(eredem) s(equetur), et non d'un monumentum; CIL, VI, 35438; 38697a=JJIRP 951; 38697b=ILLRP 951; 39625; 9164, il s'agit d'une variante:et her/edibus suis; CIL, VI, 12064; 14929; 15144; 17278; 17562; 19997; 22649; 22775; 23745; 23353; 24393; 25519; 25972; 26763; 27024; 27500; 27849; 27948; 38747 ... etc. D'autres exemples dans S. Panciera, Libitina.op. cit., p. 372-373.

(56.) Les etudes demographiques sont assez nombreuse pour la Rome antique. Citons, par exemple, parce qu'elle s'appuie sur du materiel epigraphique sepulcral, celle de W. Suder, L 'utilizzazione delle iscrizioni sepolcrali romane nelle ricerce demografiche, in Rivista Storica dell' Antichita, 1975, p. 217-228. Il faut aussi convenir que l'etude anthropologique d'une necropole peut apporter des informations consequentes sur une population determinee. On se reportera, en ce qui concerne la Gaule rurale, a l'expose de L. Buchet, Les habitants de la Gaule rurale, societe des morts, societe des vivants: apports de l 'anthropologie, in A. Ferdiere (dir.), Monde des morts, monde des vivants en Gaule rurale. Actes du colloque ARCHEA/AGER (Orleans, Conseil Regional, 7-9 fevrier 1992), p. 17-22. Outre les structures biologiques et demographiques (p. 18-19), il est possible d'etudier l'esperance de vie, mais les calculs sont tres dependants du volume de la population. L'etude des conditions de vie et des attitudes therapeutiques souligne l'existence d'une connaissance medicale elementaire qui prend parfois la forme d'operations spectaculaires (trepanations, reduction d'une luxation ou immobilisation a la suite d'une fracture). Les inscriptions funeraires ne sont cependant pas considerees comme une base suffisante pour mener une etude demographique solide sur les legionnaires, d'apres un specialiste de la demographie antique, auteur de plusieurs etudes sur la question. Il s'agit de W. Scheidel, Rekruten und Uberlebende: Die demographische struktur der romischen Legionen in der Prinzipatszeit, in Klio, 77, 1995, p. 232-254. Un examen de plusieurs listes de soldats montre que pres de la moitie de soldats engages ne survivaient pas au long service militaire de la legion. Voir aussi le c. r. de ce travail in AE, 1995 (1998), p. 29 no. 48.

(57.) Sur l'enjeu du ius imaginum en temps que memoire genealogique, cf. Polybe, Hist., 6, 53; Pline, Hist. Nat.35, 2 ou encore les vers de Virgile, En., 6, 735-740.

(58.) Le testament pouvait bien evidemment contenir bon nombre de dispositions funeraires comme en temoigne l'examen du testament du Lingon. Sur ce precieux document on consultera: E. V. Ljapusstina, Le testament du Lingon fut-il une inscription funeraire ? in VDI, 226, 4, 1998, p. 156-164 en russe (avec resume en anglais); Y. Le Bohec, Sepulture et monde rural dans le testament du Lingon, in A. Ferdiere (dir.), Monde des morts, monde des vivants en Gaule rurale. Actes du colloque ARCHEA/AGER (Orleans, Conseil Regional, 7-9 fevrier 1992), p. 29-35 indique que rien ne prouve que le testament du Lingon fasse connaitre une inscription ainsi que l'indique la communis opinio. Voir aussi, du meme auteur, Le sentiment de la mort chez les Lingons in F. Hinard-M. F. Lambert (dir.), La mort au quotidien dans le monde romain, Paris, 1995, p. 243-253. Les conclusions de l'auteur (p. 253) mettent en evidence une <<specificite et une variete du sentiment de la mort>> chez un des plus grands peuples du nord de la Gaule; voir d'une maniere generale sur les Lingons: G. Drioux, Cultes indigenes des Lingons, Paris, 1933. La forme de survie postmortem envisagee rappelle, en dehors de quelques traits symboliques propres aux traditions gauloises, les conceptions romaines de l'au-dela. Le Lingon du testament souhaitait passer l'eternite dans une sepulture representant un domaine en miniature. Cela se comprend: les Lingons des inscriptions correspondent a une elite qui a bati son influence sur la romanisation. Il s'agissait d'un peuple dont la richesse avait frappe Frontin (Strat., 4, 3, 14 Lingonum opulentissima civitas) et l'archeologie confirme l'existence de demeures presumees luxueuses caracterisees par l'adjonction de thermes prives et de riches decors de mosaiques et de marbre. D'autres tombeaux lingons attesteraient de la richesse de ce peuple comme le grand mausolee et l'ensemble monumental decouvert en Cote d'Or, a Nod-sur-Seine dans les annees 80, cf. R. Paris, Nod-surSeine. Decouverte d'un edifice funeraire, in Memoires de la commission des Antiquites de la Cote-d'Or, 32, 1980-1981, p. 83-83 et plus recemment E. Renard, Les monuments funeraires de Nod-sur-Seine (Cote-d'Or), in A. Ferdiere (dir.), Monde ... op. cit., p. 247-251. Il faut noter que la lecture du testamentum met en evidence le role preponderant de la familia du mort pour lui assurer la posterite et le salut eternel. Pour l'edition de ce texte, conserve dans un manuscrit de la bibliotheque de Bale, et, en verite, assez mutile (seulement 2 feuillets sur au moins 5 nous ont ete conserves), voir A. Kiessling, Anecdota basileensia, 1, Akademisches Programm. 1863, p. 4-5 et beaucoup plus recemment P. Sage, Le testament du Lingon: remarques sur le texte et son interpretation, in Y. le Bohec, Le testament du Lingon. Actes de la journee d'etudes du 16 Mai 1990 organisee au Center d'Etudes Romaines et Gallo-romaines de l'Universite Lyon III, Lyon, 1991, p. 17-40 (bibliographic, p. 85-86). Pour la datation, Y. Le Bohec, Le testament du Lingon et le Lingon du testament, in Y. le Bohec, cit. supra, p. 40-55, en particulier p. 45-46, propose une fourchette de datation assez large (entre 70 et 212, vraisemblablement dans la seconde moitie du second siecle) qui embrasse presque toute la deuxieme moitie de l'epoque classique. Outre les difficultes evidentes que pose l'interpretation du texte, on y trouve des donnees d'une remarquable precision concernant la construction du monumentum funeraire et son eventuelle refection, sur ceux qui doivent acquitter les depenses pour l'edification et l'entretien de la tombe ou encore sur les rites et les funerailles. Pour l'etude des formules juridiques de ce testament, voir P. Sage, op.cit., p. 22-23. Certaines expressions propres aux droit (in annos singulos, praestare, vestarii nomine...) mettent en evidence une influence marquee de la langue juridique dans ce testamentum. Elles indiquent assez clairement l'intervention d'un homme de loi qui a mis en forme les volontes du testateur. Les principaux aspects juridiques de ce testamentum on ete mis en evidence par A. Callore, Aspetti giuridici del testamento di un Gallo dei Lingoni, in Y. le Bohec, cit. supra, p. 73-83. Ils sont de quatre types et concernent la defense d'alterer le locus religiosus, l' iter ad sepulchrum, la manumissio testamento et la nomination des curatores.

(59.) Sur les successions en general, la bibliographie est abondante et parfois quelque peu repetitive. On consultera la chronique de R. Sotty in RHD, 78, 2000, p. 381-384 pour un c. r. analytique de la litterature recente sur la question.

(60.) Il est ainsi frappant de constater chez Pline une reprobation vis-a-vis de ceux qui organisent leur existence au jour le jour, cf. Epis., 55, 4; 7, 18, 5; 9, 3, 2. L'ami de Ciceron, Cornelius Nepos, Arist., 3, 2 souligne lui aussi, de maniere indirecte, l'importance de pourvoir soi-meme a ses funerailles.

(61.) Il s'agit de formules types integrees a l'epitaphe qui vont de la mention generale ex testamento, cf. par ex. CIL, XII, 134; 138; 223; 990; XIII, 406; ILGN ; 828 aux fomes abregees T(estamento F(ieri) I(ussit), cf. ILGN, 19; CIL, XII, 17; 192, 338; 989; 2463; 2722; 2737; 2804 ou T(estamento) P(oni) I(ussit), cf. CIL, XII, 2316; 2317; 2320; 2368; 3002; T(estamento) I(ussit) S(ibi) F(ierit), cf. CIL, XIII, 5613.

(62.) Cf. ILTG, 308.

(63.) Cela est perceptible dans les formules de suo (CIL, XII, 236; 321; XIII, 1444; 1549; 2555; 11667; ILGN, 535) ou de suapecunia (CIL, XII, 4188).

(64.) Il pouvait s'agir de la famille proche ou par exemple de colliberti, cf. CIL, XII, 4076.

(65.) Au sujet du debat sur la preponderance de la succession ab intestat ou testamentaire a Rome, voir M. Humbert, Le remariage a Rome. Etude d'histoire juridique et sociale, Milan, 1972, p. 190. Dans le bilan de son travail sur la famille romaine (cf. p. 295-298), l'auteur conclut, avant d'aborder le theme de la famille dans le monde chretien, en mettant en evidence le principe du respect de la liberte de la devolution des biens a l'epoque classique.

(66.) Le controle social imposait au testateur de pourvoir en priorite a la subsistance de ses enfants. Ces derniers, s'ils etaient leses, pouvaient intenter, y compris contre leur mere, une action pretorienne--la querela inofficiosi testamenti afin de faire casser le testament en vue de l'application des regles de succession ab intestat. Sur ce recours, vraisemblablement ne comme moyen processuel a l'epoque de l'approbation du codicille et du developpement du fideicommis pour rehabiliter l'heritier legitime desherite sine iusta causa, voir J. Klima, Querella inofficiosi testamenti in Atti Congresso Verona, 3, Milan, p. 91-98; bel expose aussi par M. Marrone, Sulla natura della <<querela inofficiosi testamenti>> in SDHI, 21, 1955, p. 74-122, qui est l'auteur de plusieurs contributions sur ce theme. Le point est fait dans son livre Querella inofficiosi testamenti. Lezioni di diritto romano, Palerme, 1962. On consultera aussi sa notice Querella inofficiosi testamenti in NNDI, 14, Turin, 1967, p. 670-673.

(67.) Cette idee est mise notamment en evidence par H. Levy-Bruhl, Observations sur le regime successoral des XII Tables in Nouvelles etudes sur le tres ancien droit romain, Paris, 1947, p. 31-50, p. 47.

(68.) E. Jobbe-Duval, Les morts malfaisants <<laruae, lemures>> d'apres les croyancespopulaires des Romains, Paris, 1924, p. 17-38.

(69.) Cf. Tite-Live 1, 43, 12 et Festus-Paul., p. 47 L. Voir sur cette question l'expose de G. Franciosi, Andreas Alfoldi e il problema delle tribu gentilizie in Ricerche sulla..op. cit., 3, 1995, p. 3-23. Les tribus se decomposaient en groupes urbains et rustiques. Le rapport entre la tribu et les pagi est assez marque chez Festus-Paulus, p. 102 L. Lemonia tribus a pago Lemonio appellata, qui est a porta Capena via Latina et p. 403 L. Subura regio Romae a pago Succusano vocabulum traxit, quod ei vicinum fuit.

(70.) Voir les conclusions de G. Franciosi, Andreas Alfoldi ... op. cit., p. 23,

(71.) G. Franciosi, Andreas Alfoldi.op. cit., p. 4.

(72.) Au sujet du rapport entre le culte gentilice et le sol occupe par le groupe, voir l'etude de M. Fiorentini essentiellement axee sur les sacra gentilizia et les sacra privata: Ricerche sui culti gentilizi, Rome, 1988, p. 130-142 (c. r. de cet ouvrage par G. Franciosi in Iura, 39, 1988, p. 185-190 et par J. Poucet in TR, 60, 1992, p. 471-472) et aussi Festus p. 22 L. Aureliam familiam ex Sabinis oriundam a sole dictam putant, quod ei publice a populo Romano datus sit locus in quo sacra faceret soli...

(73.) G. Franciosi, <<Gentiles Familiam habento>>. Una riflessione sulla cd. proprieta collettiva gentilizia in Ricerche, 3, 1995, p. 37-49 (conclusions p. 48-49). On peut sans doute deceler dans le fonctionnement de la structure gentilice, plutot que dans la communio romaine, plus classique et plus rigoureuse du point de vue du droit, les premices de l'idee allemande de genossenschaft mise en evidence par le travail monumental d'O. Von Gierke, Das deutsche Genossenschaftrecht, 4 Bande., Berlin, 1868-1913. Cet auteur utilise globalement cette notion pour decrire l'etat allemand ideal. La notion de Genossenschaft concerne l'idee de jouissance et de communaute. Les themes que reprennent Gierke et son predecesseur G. Beseler (cf. par ex. le premier ouvrage de l'allemand ou il est question de Genossenschaft: Die Lehre von den Erbvertraben. 2 Bande, Bd. 1, Gottingen, 1837 et Bd. 2 Gottingen, 1840, son livre le plus complet sur la question est Volksrecht und Juristenrecht, Leipzig, 1843) sont globalement ceux d'une communaute d'interet au sein de laquelle peine a emerger l'interet individuel. Il en resulte un certain egalitarisme qui fait penser a celui qui anime, des siecles plus tot, l'idee de la sepulture commune a la gens pour l'epoque romaine. Face a la mort, l'homogeneite des sepultures sur un terrain propre a la gens met parfaitement en valeur une volonte sociale profondement egalitaire au sein du groupe. Le mort n'est pas traite de maniere individuelle mais comme une composante de la structure gentilice. La simple sepulture, avant l'apparition du monumentum gentilicium, est un vecteur d'egalite sociale par dela la mort. Sur le caractere representatif de la sepulture par rapport a la vie du groupe, voir l'expose complet de G. Franciosi, Sepolcri e riti ... op. cit., p. 38-40 ; et, avant lui P. de Francisci, Primordia civitatis, Rome, 1959, p. 54-56, qui parle d' <<il costume dei vivi di reunirsi in villagi, ai quali corrispondono la necropoli dei loro morti>> et qui commente ensuite largement l'enjeu de ce principe.

(74.) G. Franciosi <<Gentiles ... op. cit., p. 49.,

(75.) Suetone, Tib., 1 sur la gens Claudia; Suetone, Nero, 50, sur la gens Domitia; Velleius Paterculus, 2, 119, 5 ou encore Valere-Maxime, 9, 2, 1 et Orose, Adv. Pag., 5, 21, 7sur la gens Lutetia. Voir d'une maniere generale O Sacchi, Dal sepolcro gentilizio al sepolcro familiare in Ricerche ..., 3, p. 172-175.

(76.) CIL, XI, 1362 ... ultimo gentis suae; voir aussi T. Mommsen, Zum romischen Grabrecht.op. cit., p. 205 et la note 6.

(77.) Cf. Tacite, Ann., 16, 6 Corpus (Poppaea) non igni abolitum, ut Romanos mos, sed regnum externorum consuetudine differtum odoribus conditur, tumuloque Juliorum infertur. Il n'est pas sur que l'expression tumuloque Juliorum, dans ce texte, fasse expressement reference au tombeau gentilice de la gens Julia. Il pourrait s'agir, comme l'a bien remarque O. Sacchi, Dal sepolcro.op. cit., p. 175-176, d'une reference <<soltando alla sepoltura della famiglia di Augusto>>. En fait, l'introduction des corps de certains personnages pose probleme pour etablir le veritable caractere du tombeau (cf. p. 176 in fine). M. Dondin-Payre, Choix et contraintes dans l'expression de la parente dans le monde romain, in Cahiers du Centre G. Glotz, 5, 1994, p. 127-162, p. 161-162, emploie le terme de <<tombeau gentilice>> au sujet du tombeau de la gens Julia et indique (p. 161) que <<l'exclusion des tombes reservees aux porteurs du nom equivaut a un reniement par la famille qui juge que ses valeurs ont ete bafouees>>.

(78.) Suetone, Aug., 101: Iulias filiam neptemque, si quid iis accidisset, vetuit sepulcro suo inferi. Les exclues sont designees par leur nomen et non leur lien de parente, cf. M. Dondin-Payre, op. cit., p. 162.

(79.) Voir a ce sujet l'exemple du tombeau de la gens Flavia, cf. O. Sacchi, Dal sepolcro.op. cit., p. 177-178.

(80.) Martial 3, 47, 1-6 Capena grandi porta qua pluit gutta/Phrygium que Matris Almo qua lavat ferrum,/Horatium qua viret sacer campus/et qua pusilli fervet Herculis fanum,/Faustine, plena Bassus ibat in raeda,/omnis beati copias trahens ruris. L'emploi ici de sacer pour designer le campus est assez etonnant car les sepultures etaient des res religiosae dans la tradition romaine et non des res sacrae. Ce qui n'exclut pas que la religion des morts puisse revetir un caractere sacre dans le cadre de la famille ou de la gens, caractere completement independant de celui attribue par nature aux choses qui faisaient l'objet d'une consecratio publique aux puissants dieux de Rome. L'emploi du terme sacer, pour designer le campus, est sans doute une reference au fait que chaque gens avait ses divinites et ses sacra propres. En ce sens Festus oppose les sacra publica aux sacra privata dont font partie les sacra gentilicia. Cf. Festus, p. 284 L. Publica sacra, quae publico sumptu pro populo fiunt, quaeque pro montibus, pagis, curis, sacellis:at privata, quae pro singulis hominibus, familiis, gentibus fiunt.

(81.) G. Franciosi, Sepolcri e riti di sepoltura ... op. cit., p. 37-40 et aussi Famiglia epersonne.op. cit., p. 114-115.

(82.) O. Sacchi, op. cit., p. 188-189.

(83.) O. Sacchi, op. cit., p. 197.

(84.) Cf. O. Sacchi, op. cit., p. 199 et la note 84.

(85.) O. Sacchi, op. cit., p. 203.

(86.) F. Coarelli, Guide archeologique de Rome, Trad. Fr., Paris, 1994 (ed. originale Rome, 1980), p. 115. Pour l'eminent archeologue, le fondateur de la tombe serait Lucius Cornelius Barbatus, consul en 298 av. notre ere ou son fils. La position du sarcophage de Barbatus indique qu'il s'agissait de la premiere depose d'un corps. La tombe, sans doute construite du vivant de Barbatus daterait plutot du IIIeme siecle avant notre ere.

(87.) O. Sacchi, op. cit., p. 203.

(88.) G. Franciosi, Storia di <<gentes>> e storia di famiglie. Una messa a punto storico-cronologica in Ricerche sulla.2, Naples, 1988, p. 21.

(89.) O. Sacchi, op. cit., p. 200 in fine.

(90.) Voir en ce sens O. Sacchi, op. cit., p. 202 et la note 94.

(91.) Se reporter a l'etude particulierement minutieuse de F. Coarelli, Il sepolcro degli Scipioni in D. Arch., 6, 1972, p. 36-106, en particulier a partir de la p. 82. Voir aussi l'expose de l'auteur au sujet du tombeau des Scipions, cf. Guide archeologique de Rome.op. cit. p. 112-116. Le sarcophage conserve au Musei Vaticani de Scipion Barbatus, fondateur du tombeau, daterait de 280 av. J. C. On en trouvera une belle representation dans F. de Visscher, Le droit ... op. cit., planche 4 entre les p. 8 et 9.

(92.) Voir l'expose de O. Sacchi, op. cit., p. 208-209.

(93.) P. Bonfante, Corso di diritto romano, 6, Le successioni, Milan 1974 (reimp. de l'ed. de 1930), p. 136.

(94.) O. Sacchi, op. cit., p. 216-219. Il convient de noter que la charge des sacra constituait parfois une contribution financiere importante pour celui a qui cela incombait. Aussi la conservation <<ideale>> du culte dans la famille (cf. Ciceron, De leg., 2, 47) pouvait souffrir certaines exceptions. L'institution du principe sacra cum pecunia (cf. Ciceron, De leg., 2, 50) remediait a cet etat de fait dans la mesure ou l'heritage permettait de prendre en charge les depenses cultuelles. En meme temps, le bon deroulement des sacra pouvait se trouver compromis lorsque les descendants du fondateur, ou ses proches, etaient sans ressource pour les assumer correctement.

(95.) Il faut de meme noter que l'heritier pouvait vouloir echapper a la charge que representait l'accomplissement des sacra grace a certaines subtilites juridiques. Des exemples existent dans les pieces theatrales de Plaute, Captivi, a. 1, sc. 4 et Trinummus, a. 2, sc. 4.

(96.) A la regle fondamentale du droit pontifical, P. Mucius Scaevola et surtout son fils Q. Mucius Scaevola, a la fois Grand Pontife et eminent jurisconsulte maitre en droit pour Ciceron-, (cf. a ce sujet la notice de J. P. Coriat Jurisconsultes romains, in D. Alland-S. Rials, Dictionnaire de la culture juridique, Paris, 2003, p. 880-883, en particulier p. 881 sur les Scaevola pere et fils.) ajoutent quelques dispositions techniques, cf. Ciceron, de leg. 2, 21: si le legataire s'arrange pour recevoir moins qu'il ne reste a tous les heritiers, il n'est plus tenu aux sacrifices. Concemant les donations, la regle est differente: une disposition liberant le donataire des sacrifices doit etre ratifiee par le paterfamilias donateur. Cette legere evolution normative, et ce glissement des normes pontificales vers le ius civile, est assez recent a l'epoque de Ciceron si l'on considere que le De Legibus, inacheve, a ete commence vers 51 av. J. C., soit peu apres l'reuvre juridique des Scevola pere et fils. Sur ces passages bien connus de Ciceron, il existe quelques etudes tres solides et bien documentees: E. F. Bruck, Uber das recht im Rahmen der Kulturgeschichte, Berlin-Gottingen-Heildelberg, 1954, p. 24-45; G. Gandolfi, Sulla ... op. cit., p. 223-248; la premiere partie du chap. 3 du livre de R. J. Goar, Cicero and the State Religion, Amsterdam, 1972, p. 78-95, en particulier p. 83-84; F. Fontanella, Ius pontificum, ius civile e ius naturale in De Legibus, 2, 45-53, in Athenaeum, 84, 1996, p. 254-260, bibliographie p. 254 (la romaniste est aussi l'auteur d'un autre article en deux parties sur Ciceron: Introduzione al De Legibus di Cicerone, in Athenaeum, 85, 1997, p. 487-530 et 86, 1998, p. 179-208); A. J. B. Sirks, Sacra, Succession and the Lex Voconia, in Latomus, 53, 1994, p. 273-296; A. Watson, The Law of Succession in the Later Roman Republic, Oxford, 1971, p. 4-7. En dernier lieu, F. Van Haeperen, Le College pontifical, 3e s. a. C-4e s. ap., Bruxelles-Rome, 2002, p. 333-335.

(97.) F. de Visscher, Le droit des tombeaux romains, Milan, 1963, p. 131-133. Le savant affirme que la regle pontificale rapportee par Ciceron etait specifiquement romaine, car d'autres cites comme Arpinium conserverent la regle heredem sacra non secuntur, d'apres Caton, Orig., 2, 28 Si quis mortuus est Arpinatis, eius heredem sacra non secuntur, et aussi d'apres Priscianus, Inst. Gramm., 7, idem in eodem: si quis mortuus est Arpinatis, eius heredem sacra non secuntur. Sur le principe sacra cul pecunia, voir aussi A. D'Ors, <<Sacra cum pecunia>> (sobre Cic. De leg. 2, 19-21) in Estudios Santa Cruz Teijeiro, 2, Valence, 1974, p. 137-156. Sur Gaius III, 154a on consultera L. Gutierrez-Masson, La carga de los sacra y la usucapio pro herede en relacion con el consortium ercto non cito in Atti del III Convegno di Copanello su <<Roma tra oligarchia e democrazia>> (Appendice), Naples, 1989, p. 275-280; F. Sini, Dai "peregrina sacra>> alle "pravae et externae religiones>> dei Baccanali: alcune riflessioni su <<alieni>> e sistema giuridicoreligioso romano in SDHI, 60, 1994, p. 49-73; J. M. Pailler, Les Bacchanales: une affaire de famille in J. Andreau-H. Bruhns (dir.), Parente et strategie familiale dans l'Antiquite romaine, Rome, 1990 (coll. EFR. 129), p. 7783. Voir aussi et surtout A. J. B. Sirks, Sacra ... cit supra, in Latomus, 53, 1994, p. 273-296; M. D'Orta, Saggio sulla "Heredis institutio>>. Problemi di origine, Turin, 1996, p. 52-61; sur la tutelle des sacra: F. D'Ippolito, Forme giuridiche di Roma arcaica, Naples, 1998, p. 266-268; D. P. Harmon, The Family Festivals of Rome in ANRW, 2, 16, Berlin-New-York, 1978, p. 1592-1603; R. Villers, Quandoque bonus dormitat Homerus. Fustel de Coulanges et le droit romain des successions in Index, 15, 1987, p. 31-40; M. Lauria, Penus, penus legata in Studi e ricordi M. Lauria, Naples, 1983, p. 544-555 (=Rendic. Acc. Napoli, 49, 1975, p. 233-244).

(98.) Cette intrusion n'emporte, a l'evidence, pas l'adhesion de Ciceron qui pose clairement la question au De leg. 2, 52: ... quod ad jus pontificum civile appetatis? L'orateur indique que la regle, suivant laquelle la charge des sacrifices accompagne l'argent, est exclusivement pontificale. En meme temps, il faut bien constater que cette nouvelle norme soumet indirectement les sacra privata, associes a la devolution des biens, au regime voulu par le testateur.

(99.) Sur la perpetuite des sacra, cf. Ciceron, De leg., 2, 9, 22-25 Sacra privata perpetua manendo. Deorum manium jura sancta sunto. Hos leto datos, divos habento: sumptus in ollos luctumque minuunto. L'expose de Ciceron, qui indique le caractere perpetuel des sacra avant de s'interesser aux Manes, souligne le caractere fondamental du culte familial rendu aux morts.

(100.) Voir, a ce sujet, l'expose de B. Biondi, Obbietto dell'antica <<hereditas>> in Iura, 1, 1950, p. 150-191. L'hereditas comprenait, a l'origine, essentiellement des choses corporelles considerees en une entite unique et complexe. Cette conception archaique laissera place, grace a l'evolution sociale, a une hereditas plus large qui depasse l'idee des res corporales pour aboutir a une situation ou l'heritier se trouve substitue au defunt, dans le cadre d'une sucessio in locum et ius. Voir, sur l'evolution de l'hereditas: G. Gandolfi, Sulla evoluzione della <<hereditas>> alla luce del regime dei <<sacra>> (Cic. De Legibus, 2, 19-20, 47-49), in SDHI, 21, 1955, p. 223-248; G. Franciosi, I creditori e l'obbligo dei <<sacra>>, in Synteleia Arangio-Ruiz, Naples, 1964, p. 643-647: dans cette contribution, basee essentiellement sur l'etude de Ciceron, De leg., 2, 20, 49, l'auteur indique (p. 647) que <<il creditore che avesse soddisfatto le proprie ragioni sul patrimonio ereditario era stato per secoli obbligato ai sacra nella sua qualita di erede; ora continuava a risponderne pur se questo titolo non gli competeva piu>>. Le romaniste poursuit en indiquant que de telles conclusions s'entendent par rapport a des transformations de l'usucapio pro herede nees du contraste jurisprudentiel; du meme auteur, voir le chapitre 2 L'<<hereditas>> e i <<sacra>> dans Usucapiopro herede. Contributo allo studio dell'antica hereditas, Naples, 1965, p. 73-130.

(101.) U. Zilletti, in NNDI, 16, Turin, 1957, p. 304-306 (bibliographie abondante p. 304-305). Voir aussi l'expose de P. Bonfante, Corso, 6 ... op. cit., p. 141-142

(102.) J. Bayet, Histoire politique etpsychologique de la religion romaine ... op. cit., p. 72-76. En realite, le culte des morts se fait aussi sous la tutelle de l'Etat, sans doute, a cause du danger potentiel qu'ils font peser sur la communaute. J. Bayet resume tres bien les caracteres ambivalents de la religio des morts; cf. p. 76 <<En fait, la mentalite commune des Romains restait obstinement a la croisee de trois postulats: les Manes, de fajon globale, font peser sur toute la vie un vague malaise; chaque famille doit maintenir son rite funeraire gentilice et reserver aux siens la tombe qui est leur demeure; l'Etat, pour le bien public, surveille et garantit, sans acception de personnes, la religio des tombeaux et la paix des defunts. Le souci collectif encadre les sentiments et les gestes prives>>.

ARNAUD PATURET

Arnaud.Paturet@ens.fr

CNRS UMR 7074 CTAD/ENS Paris
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Article Details
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Author:Paturet, Arnaud
Publication:Contemporary Readings in Law and Social Justice
Article Type:Essay
Date:Jan 1, 2014
Words:15328
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