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La basilica forensis du municipium Claudium Baelo. Monument et histoire.

The Basilica Forensis of the Municipium Claudium Baelo. Monument and History

C'est au IIe siecle av. J.-C. que les edifices designes sous le nom de <<basilique>> (1) prirent forme et identite a Rome, en liaison avec la place du forum Romanum, et en Italie. Les noms des magistrats romains a l'origine de leur construction servirent a les designer officiellement: Porcia pour Caton, Aemilia pour Lepide, Sempronia pour le pere des Gracques, Iulia pour Cesar. Le monument fut revetu tres tot dans l'Vrbs d'une signification politique: donner corps a de tels batiments exprimait le pouvoir et le prestige d'un magistrat et augurait favorablement de sa lignee. Parallelement, le contenu architectural de la basilique ne correspondit a aucune fonctionnalite predeterminee autre que celle de son caractere public (2). Le traite de Vitruve atteste que la basilica forensis etait entree dans une phase nouvelle de son histoire au sortir des guerres civiles: le modele de celle qu'il fit batir a Fano, la colonia Iulia Fanestris, en fournit une illustration (3). Entre utilite et temoignage d'une dignitas urbaine, la basilique civile et municipale d'une petite cite provinciale conferait aux expressions architecturales une dimension politique, sociale et culturelle au diapason du centre monumental de loppidum.

Sous l'Empire, les basifiques ornaient les forums des cites de l'Italie et des provinces occidentales dans une proportion difficile a chiffrer, due en partie au hasard des decouvertes et des programmes de fouille. L'Afrique du Nord, la Gaule Narbonnaise, les Trois Gaules, les Germanies, les provinces Iberiques offrent les exemples les plus nombreux. Leur type differe des monuments orientaux, limites a quelques exemplaires a ce jour, qui conjuguaient en des termes autres les langages formules par la basilique de Belo inseree dans ses contextes politiques et urbains municipaux et locaux (4). Dans la mesure ou l'edifice qui nous concerne est anterieur au modele erige sous Trajan a Rome, la basilica Vlpia, ce sont les developpements en Italie et dans les provinces occidentales jusqu'a l'epoque flavienne qui peuvent apporter les elements de comparaison les plus eloquents et souligner peut-etre aussi des ecarts.

Peut-on dire que la basilique de Belo constituait un evenement architectural et urbain relativement rare a l'epoque de sa construction ou apparait-elle, au contraire, comme un cas parmi d'autres et quelles explications pourraient en etre proposees ? Les activites qu'elle abrita peuventelles etre definies avec la precision souhaitable et rendent-elles compte de l'existence meme du monument et de ses architectures exterieures et interieures ? Comment les articulations de l'edifice basilical avec le forum et l'urbanisme municipal refletaient-ils les realites et l'ideal politiques de la cite portuaire devenue municipe claudien ? Jusqu'a quel point la basilique de Belo etait-elle un instrument de mesure du dynamisme, du rayonnement et de l'importance de la ville et de son territoire ? S'il est indeniable que le statut de municipium rend compte des traits essentiels et marques par la tradition romano-italique d'un urbanisme monumental tel que celui de Baelo Claudia, les progres de la recherche historique invitent a ne pas enfermer le site dans un schema construit a l'avance et modelise a l'exception de quelques nuances aisement reperables et comprehensibles par definition.

1. INCLUSION ET EXPANSION D'UN EDIFICE ROMAIN (FIG. 1)

Un catalogue des basiliques dans l'Occident romain attestees par les sources textuelles, les inscriptions et les fouilles archeologiques ne contient qu'une information relativement modeste qui laisse penser a priori que la basilique, a l'instar du theatre puis de l'amphitheatre, n'existait pas dans toutes les cites, loin de la. Cependant, les differentes sources se completent et attirent l'attention sur le fait que sans telle ou telle categorie de document telle ou telle basilique civile resterait inconnue ou n'aurait pas fait l'objet de recherches sur le terrain. L'inventaire minutieux, indifferent dans un premier temps a la chronologie du batiment, permet seul d'apporter des informations sur ce point, dans un sens ou dans l'autre.

a. Basiliques et urbanisationprovinciale

C'est archeologiquement que la liste relative aux provinces iberiques est le plus fournie, ce qui ne veut pas dire qu'elle est entierement fiable ni ne pose des problemes d'inclusion et d'interpretation. Elle demeure restreinte sachant que les identifications des constructions a une basilique ne sont pas toujours possibles ni totalement assurees (5). Il n'est pas etonnant par ailleurs que la ville d'Italica ne figure pas dans l'inventaire car aucune place du forum n'y a ete localisee ni exploree qu'il s'agisse de la uetus urbs ou de la colonie Elienne (6). Si la basilique coloniale de Tarragone, datee prudemment de la periode augusteenne, a ete definie et etudiee (7), Merida (Augusta Emerita), malgre la presence de plusieurs places publiques, n'a livre jusqu'a present aucune structure apparentee avec certitude a un tel monument (8). Cordoue (Corduba), dont le forum colonial n'a ete localise qu'assez recemment et donne encore lieu a de nombreuses suppositions en raison des difficultes d'une exploration archeologique systematique, aurait livre les vestiges d'une basilique precoce, d'epoque republicaine (9). Saelices (Segobriga), Cuenca, dont le forum n'a ete mis au jour qu'apres la publication de l'ouvrage de A. Nunnerich-Asmus, possedait une basilique augusteenne situee a l'est de la place (10). Saragosse (Caesaraugusta) comportait un forum, ennoye dans la vieille ville aujourd'hui, dont la basilique n'est restituee que par vraisemblance. Au Portugal, la ou la localisation des forums est connue, l'emplacement de basiliques eventuelles a ete repere sur le terrain: a Tomar (Sellium), la basilique s'ouvrait sur la place et etait jouxtee par une petite curie selon les fouilleurs (11); a Co'imbre (Aeminium), remarquable par ses cryptoportiques, la basilique aurait ete identifiee au nord du forum (12); a Condeixa-a-Velha (Conimbriga), le debat sur la chronologie et les identifications des constructions permet de douter de l'existence eventuelle au nord de la place d'une premiere basilique a deux nefs flanquee d'une aedes et donne des arguments en faveur d'un edifice basilical sur le cote est du forum, plus tardif en ce cas (13). A Evora, a Bobadela, Oliveira do Hospital, a Mirobriga la place du forum a ete exploree mais les monuments qui la bordaient ne sont pas identifies avec certitude. Les exemples pourraient etre multiplies a loisir dans l'ensemble des trois provinces (14). Il est observable que les regions aux architectures de granit de l'ouest et du nord-ouest de la peninsule ont moins bien conserve les vestiges de ces grands monuments que celles des secteurs calcaires et mediterraneens sans que s'impose une explication (15). La plupart des transformations politiques et juridiques des communautes locales durent y attendre la periode flavienne.

Aeminium illustre parfaitement les insuffisances coutumieres de l'information disponible. Archeologiquement localise par hypothese dans le contexte du forum, l'edifice basilical, flavien, y est situe en fonction d'un plan possible et d'une existence averee dans l'epigraphie tardive par le biais d'un petit autel a son genie (16). Malgre une documentation epigraphique sur l'evergetisme municipal et les constructions publiques relativement abondante, les basiliques des cites de Betique ne sont pour ainsi dire pas mentionnees (17). Les quelques textes epigraphiques recenses sont en general posterieurs aux Julio-Claudiens et sont souvent beaucoup plus tardifs. Une Cornelia (?) Anulla offrit a sa cite d'Abdera une basilica cum hypaethro a l'epoque antonine (18). La formule fait echo a celle d'une inscription de Casares (Lacipo), Malaga, mentionnant une crypta et un hypaetrum dedicaces au divin Auguste par un notable local (19). A Grenade (Iliberris), entre 150 et 200, l'affranchi Persee, a l'occasion de son election au sevirat, fit don de balustrades en bois, rampes (trabeculae) et piliers (postes) pour les entrecolonnements (intercolumnia) du forum et de la basilique (20). L'embellissement impliquait la presence anterieure du monument, peut-etre datable de l'epoque flavienne. Enfin, c'est aussi pour l'orner que le sevir L. Clodius Montanus fit revetir de marbre, vers le milieu du IIe siecle, le sol de la basilique de Singili Barba (21).

b. Presence d'une basilique et statut civique

Sur un plan geographique, les donnees rassemblees sont autant le reflet des explorations archeologiques effectives que des decisions regionales en matiere de mise en valeur et de conservation des vestiges. L'exemple de la basilique de Belo, non reperee par P. Paris en raison du contexte global du deroulement des operations archeologiques (22), atteste le role nouveau de programmes de recherche portes aussi par les pouvoirs publics et les institutions universitaires dans le developpement des fouilles et la conservation des vestiges. L'identification de l'edifice des 1971, malgre une exploration limitee a un sondage (23), resulta et de l'emplacement des vestiges autour du forum et du trace des axes des rues, cardo et decumanus. La mise au jour fut un argument non negligeable pour stimuler la poursuite du travail archeologique appelant des mesures administratives concernant la disponibilite des terrains (24). Il apparait donc, malgre ce que pourrait faire penser une approche superficielle des dossiers, que la question des basiliques provinciales de forum demeure tres lacunaire et remplie d'incertitudes. Il n'est ainsi pas etonnant que l'echantillon disponible privilegie la province de Betique et ignore totalement ou presque, en dehors de Clunia, le quart Nord-Ouest de la peninsule, etant entendu que la Lusitanie avec les exemples dAeminium, Conimbriga, Sellium et Capera est proportionnellement surrepresentee. Les edifices construits dans les cites de l'est de l'Espagne Citerieure ne sont jusqu'a present guere plus nombreux: Emporiae, Tarragone, Sagonte (25), Bilbilis, Valeria, Segobriga en constituent seuls actuellement les exemples les plus fiables. La carte dessinee rappelle les difficultes rencontrees autrefois concernant la municipalisation et l'octroi du droit latin aux cites des provinces Iberiques d'epoque romaine. Elle rejoint aussi l'observation que les mots de municipium et de colonia n'etaient pas systematiquement en usage dans toutes les regions et qu'en Betique les cites latines y recouraient plus volontiers qu'ailleurs (26).

La basilique forensis faisait theoriquement partie integrante, des Auguste, des monuments publics des cites municipales ou coloniales provinciales, a l'instar de l'Italie et de Fano. Glanum et Ruscino en Gaule Narbonnaise, tout comme Clunia ou Conimbriga avaient regu le statut de ville latine quand elles furent dotees d'un forum incluant une basilique (27). Malgre ce qui a pu etre afirme, un lien etroit fut tisse a partir du milieu du Ier siecle av. J.-C. entre condition politique et juridique d'une communaute civique et presence d'une basilique forensis, ce qui implique de ne pas considerer comme des basiliques au sens technique des monuments apparentes existant dans des agglomerations peregrines et souvent assimilables a des portiques couverts (28). Dans l'etat actuel de nos informations, il n'est pas demontrable que toutes les cites des provinces occidentales de droit latin aient fait installer sans exception un edifice basilical jouxtant leur forum ni que la basilique, lorsqu'elle etait presente, ait ete construite des le debut de la mise en place du centre monumental dont l'achevement pouvait demander plusieurs decennies. Toutefois, differents exemples enumeres precedemment, tels Conimbriga, Vxama, Clunia, Sellium ou Aeminium, suggerent, dans la peninsule Iberique au moins, un lien etroit a partir d'Auguste entre promotion juridique et developpement monumental faisant une place a une basilique posterieure au modele vitruvien, ce qui ne signifie pas imitant servilement ce modele (29). Les villes de droit romain semblent avoir adopte la basilique comme un monument statutaire a l'egal de la curie ou d'un temple. Ce n'est pas par hasard que Vitruve congut son projet pour Fanestris, ce qui signifie qu'il accompagna les evolutions de son temps et ne fut pas a l'origine de l'essor urbain des basiliques publiques (30). En revanche, qu'il ait ete lu ou non par les divers architectes responsables des constructions dans les cites provinciales, l'influence modulee et adaptee de ses preceptes fut sans doute reelle par le biais d'un enseignement visant a la formation de specialistes auxquels les cites avaient recours passant avec l'un ou l'autre, simplement local ou voisin ou renomme, un contrat.

Une interpretation raisonnee de la basilique de Belo ne peut pas ignorer ces questions toujours delicates car tributaires de donnees qui paraissent le plus souvent tres insuffisantes. La chronologie de l'edifice conserve partiellement ne saurait faire de doute concernant le point de depart, ce qui signifie que les travaux ont commence sous Claude, probablement dans les annees quarante et auraient du etre acheves au plus tard au debut des annees soixante (31). Comme l'indiquent la description des structures et les blocs mis au jour, sans oublier l'etude architecturale, le monument de Belo etait une basilique publique a plan simple, integree a l'espace monumental du forum conformement a un schema repandu des l'epoque julio-claudienne. Son edification fut etroitement solidaire d'un statut politique precis et aucune basilique de cite peregrine n'a ete identifiee en Betique a cette haute epoque. Pline l'Ancien place Baelo dans la liste des oppida sans autre qualificatif, ce qui exclut le droit latin et indique, sans aucun doute possible, une agglomeration stipendiaire (32). Il est donc plus que vraisemblable que le choix d'une basilique publique monumentale ait ete opere seulement lors de l'accession de la communaute au rang de municipe claudien. Les structures augusteennes reperees a l'emplacement de la future basilique ne correspondaient donc sans doute pas a un edifice precedent de meme nature. Suivant une logique comparable, il est peu probable que le forum de la ville stipendiaire de Conimbriga ait comporte une premiere basilique au sens propre, c'est-a-dire non assimilable a un portique couvert de quelque forme qu'il fut, et c'est avec l'octroi du droit latin, impliquant une evolution des institutions et du gouvernement local, que fut edifiee sur le cote est une basilique a trois nefs (33). A Ampurias (Emporiae), la transformation augusteenne du forum correspondit a la modification du statut de la cite devenue probablement un municipium romain malgre l'absence de mention formelle de ce titre dans les sources (34). Un edifice designe par les fouilleurs comme <<basilique>> fut ajoute sur le cote oriental. Cependant, la salle a deux nefs ouverte sur la place ne correspond pas exactement a la basilica forensis classique (35).

Ce qu'il est convenu d'appeler le forum triparti, propre aux provinces occidentales a partir de la fin de la Republique et du debut de l'Empire, compose du temple, de la place et de la basilique disposes selon un axe longitudinal trace plus ou moins rigoureusement, definit, approximativement toutefois, le type monumental dont participait la basilique claudienne de Belo (36). Ce schema general, fonde sur la fermeture croissante des places publiques isolees des autres insulae de la ville, supporta de nombreuses variantes dues a la topographie, aux choix locaux, aux conditions de l'edification du centre monumental congue en une fois (rarement) ou par etapes successives. Quoi qu'il en soit, la forme et la distribution spatiale des constructions publiques du municipe Claudien de Baelo offrent une composition moins repandue qu'il n'y parait, ce qui attire l'attention et sur le faible nombre de references fiables en matiere d'urbanisation et de transformation urbaine des sites peninsulaires entre Cesar et Claude (37) et sur l'importance de l'histoire locale de Voppidum Baelo, de son installation originelle a l'achevement du nouvel urbanisme renove vers le milieu du Ier siecle ap. J.-C. et peu apres.

2. BASILIQUE ET GRAMMAIRE MUNICIPALE

L'emplacement, les dimensions, l'aspect architectural et urbain de la basilique des Baelonenses dependirent en premier lieu de la topographie du site, une etendue presque plane au pied d'une falaise morte dessinant un ressaut utilise pour l'installation de la terrasse des temples surplombant la place du forum (Fig. 1) (38). Des sondages raisonnes et systematises ont permis de deceler des traces d'occupation dites <<romaines>> relativement precoces des la fin du IIe siecle et plus encore dans les premieres decennies du Ier siecle av. J.-C. Ces vestiges concernent principalement les activites de production et d'echange du premier etablissement. Un temoignage indiscutable en est fourni par le texte de Strabon, dependant ici de Posidonius, signalant les taricheiai ou cuves a garum et salaisons de Belo comme caracteristiques de cet etablissement (39).

a. Questions de prototypes et de regles

Ce n'est pas avant Auguste que fut ebauche sur le site un premier urbanisme dont l'extension et la configuration demeurent imprecises: une muraille fut alors mise en place (40) et le perimetre monumental de la phase posterieure comportait partout des restes de cette epoque sous les edifices mis au jour (41). Le fait n'est pas propre a Baelo dans la region ni en Betique d'une maniere generale. L'urbanisation dut attendre la pax augusta: les chefs-lieux des cites ou oppida prirent forme sous l'influence des elites locales soucieuses d'acceder a l'autonomie civique (42). Baelo a l'image d'autres cites nouvellement urbanisees ne regut pas le droit latin que rien n'autorise a lui attribuer dans la documentation, pas meme l'existence d'une muraille attestee dans nombre de cites peregrines de meme epoque (43): elle fut rangee dans la categorie provinciale des ciuitates peregrinae, en droit etrangere a la cite romaine mais disposant officiellement de l'autonomie politique (ciuitas). Dans ce contexte, il est hasardeux de proposer un urbanisme deja identique a celui de la periode claudienne et l'arasement des structures anterieures destine a leur substituer les nouveaux edifices se retrouve a Emporiae, a Conimbriga, a Munigua, a Igaedis voire a Capara (44). La description et l'analyse archeologiques des vestiges anterieurs a la basilique posent un certain nombre de questions difficiles a apprecier avec l'exactitude souhaitee (45). Il semble exclu qu'il se soit agi d'une basilique du type de celle qui fut construite ensuite et qui retient notre attention. Les donnees suggerent la presence d'un espace portique ouvert sur la place dont le mur de fond au sud correspondrait au mur de fondation de plus de 30 metres rencontre sous le sol de beton de tuileau: il n'est pas possible de dire si ce mur etait aveugle ou s'il portait aussi une colonnade et la solution du mur de fond d'un portique est admissible. Quoi qu'il en soit, les vestiges et le site suggerent un lieu couvert, ce qui ne veut pas dire entierement clos, destine a accueillir les activites commerciales (46). S'il en etait ainsi, il est comprehensible que l'accession au rang de municipium ait conduit a transformer les structures de fond en comble, ce que parait indiquer la non reutilisation des fondations anterieures. Il est probable, a l'aune d'autres exemples, que la configuration augusteenne de la ville ait ete differente de celle de la ville municipale. La reconstruction complete du centre monumental dix ans apres un tremblement de terre eventuel de force et d'epicentre inconnu, est peu conforme aux habitudes enregistrees en pareil cas et neglige la crainte de reoccuper rapidement un site aussi gravement malmene puisqu'il aurait fallu tout reconstruire a solo (47). La promotion municipale, comme ailleurs, jamais associee a une catastrophe, demeure le contexte le plus vraisemblable et avere sur de nombreux sites, un delai de quelque cinq ou six decennies seulement pour entreprendre de refonder l'image de la ville n'etant pas inedit, loin de la (48).

La basilique etait devenue un chapitre architectural reglementaire de la grammaire municipale monumentale au moment de sa construction <<claudienne>> (49) a Belo, ce qui n'etait pas encore le cas sous Auguste. Comme nous l'avons vu, l'edifice evolua dans sa conception avec Vitruve se transformant en un espace clos autonome par rapport au forum proprement dit (50). Il est remarquable que la basilique claudienne ait ete en accord avec un certain nombre de preceptes de l'architecte de Fano relatifs a son emplacement et a certaines des dispositions internes et que parallelement elle s'en soit separee sur des points qui ont ete consideres comme essentiels jusqu'a present (51). La simplicite est le trait dominant de l'organisation architecturale de l'edifice, barlong et non oblong, sans orientation axiale de la salle constituee d'un espace rectangulaire de 575 [m.sup.2] delimite par un peristyle de vingt colonnes, sans nef centrale a proprement parler puisque le deambulatoire ou peristasis (la <<galerie peripherique>>) (52) ne dessine pas de nefs laterales (53). Les portes d'acces, ouvertes sur les longs cotes, etaient au nombre de quatre (54): celle qui communiquait avec la <<place meridionale>>, d'une largeur de 2,07 m, etait installee dans l'axe vertical du monument; la fagade nord, ouvrant sur le forum en comportait trois. Les deux portes laterales est et ouest, de 2,15 m et 2,08 m, etaient placees dans l'alignement des petits cotes de la colonnade. L'entree principale de 2,63 m, occupant dans l'intervalle la position axiale a l'oppose de l'entree meridionale, etait precedee de deux massifs barrant de chaque cote de la porte a deux battants le trottoir meridional non portique de la place. Bases ou piedestaux, il n'est pas possible, en l'absence de blocs ou sculptures autorisant une deduction quelconque, de se representer ce que pouvait etre l'aspect monumental de l'entree (55). Deux portes supplementaires, plus petites, donnaient acces a l'etage: la premiere, en fagade sur le forum etait large de 1,02 m, l'autre, disposee a l'interieur entre le mur ouest de la salle et l'escalier mesurait 1,175 m. Les marches, larges de 2,03 m, permettaient ainsi de monter a l'etage soit directement a partir du trottoir sud du forum, soit en empruntant le passage par la grande salle (56).

Le monument de Belo se distinguait du <<modele>> de Fanestris par divers traits. Vitruve enumere un certain nombre de regles qu'il faut relire concernant les basiliques dites <<normales>> (57):

<<Le site de la basilique doit etre adjacent au forum et etre etabli a l'endroit le plus chaud possible, afin qu'en hiver les hommes d'affaires (negotiatores) puissent s'y reunir sans avoir a supporter le mauvais temps. On n'etablira pas leur largeur a moins du tiers ni a plus de la moitie de la longueur, sauf si la configuration du site l'interdit et contraint a changer et modifier les proportions. Si le site est plus developpe en longueur, on etablira les chalcidiques aux extremites, comme dans la basilique Julia Aquiliana.

Il parait necessaire de donner aux colonnes des basifiques une hauteur egale a la largeur de leurs portiques. Le portique mesurera le tiers de ce qui est prevu pour l'espace central. On etablira au niveau superieur des colonnes plus petites qu'au niveau inferieur, comme il a ete ecrit plus haut. Il parait de meme necessaire que le support place entre les colonnades superieure et inferieure soit d'une hauteur reduite du quart par rapport a celle des colonnes du niveau superieur, de fagon a ce que ceux qui se promenent a l'etage de la basilique soient invisibles pour ceux qui traitent leurs affaires (negotiatores)>>.

Le positionnement de l'edifice de Belo obeissait au conseil formule dans le traite. La notion d'endroit le plus chaud semble cependant relative ici: le caractere maritime et venteux du site impliquait que la basilique elle-meme ait constitue un element de protection contre l'humidite hivernale et les bourrasques violentes, les chaleurs de l'ete lui conferant peut-etre en outre un role d'abri rafraichissant, ce qui etait, a vrai dire, surtout le cas des basiliques <<ouvertes>> (58). Le monument contribuait a faire du forum lui-meme un lieu sous abri. Les proportions ne respectaient pas strictement la regle de l'architecte puisque la largeur etait superieure a la moitie de la longueur, mais la clause sur l'influence du site peut expliquer ce qui n'etait qu'un leger decalage. La recherche de l'harmonie savante des proportions entre la hauteur des colonnes et la largeur de la galerie n'est pas davantage observee (59): celle-ci mesurait la moitie et non le tiers de l'espace central et la hauteur de la colonnade, d'environ 5,385 m ne suivait ni le rapport avec la largeur du deambulatoire ni avec les entrecolonnements (60). On note egalement que la basilique possede normalement un etage, ce qui etait bien le cas, et que le confort recherche etait principalement celui des negotiatores dont la fonction ou l'occupation, comme nous le verrons (61), ne se reduisait pas a celle de <<commergant>>.

Vitruve complete la description d'une basilica en consacrant plusieurs paragraphes au monument de Fano (62). Il y souligne une nouvelle fois l'importance de l'equilibre entre longueur de 120 pieds (un peu moins de 40 m) et largeur de 60 pieds (un peu moins de 20 m) d'un rapport de un a deux. Les portiques lateraux sont en terrasse et couverts d'un plancher mais l'architecte ne devoile pas comment etait congu precisement l'etage, garde le silence sur l'escalier et son emplacement et ne definit pas la toiture (63). En revanche, il integre une abside ou exedre rectangulaire dotee d'un podium ou estrade concave destinee a accueillir le tribunal et ce qu'il appelle l'aedes Augusti. Comme le note C. Saliou (64): <<Le plan de la basilique de Fano est donc caracterise par l'association d'un corps principal barlong, emboitant un rectangle interieur delimite par des colonnes (65), et d'une sorte d'exedre hors reuvre surelevee, formant tribunal ... Le tribunal de la basilique de Fano se confond, d'apres Vitruve, avec un espace consacre a Auguste>>. Il est observable que la basilique de Belo ne correspond ni a l'un ni a l'autre des types enumeres par Vitruve. Malgre des traits se rapprochant de la construction de Fanestris, il n'y avait, ni tribunal, ni exedre, ni aedes Augusti. Ni le monument de Pompei ni celui d'Herdoniae ne fournissent non plus le modele et a Glanum la fagade sur la place, les bases des colonnes et les chapiteaux, l'acces a l'etage non preserve, la scenographie ne sont guere comparables. Comme l'indiquent C. Ney et J.-L. Paillet (66), le monument basilical de Belo, offrait sous de nombreux rapports des traits inclassables qui suggerent qu'en la matiere aucun monument n'etait exactement semblable a un autre, ne serait-ce qu'en raison de l'environnement et de la chronologie, c'est-a-dire de l'histoire. Il est egalement remarquable que la curie ou salle de reunion des decurions, occupant le milieu du cote ouest de la place, n'ait ete en relation directe ni avec les temples ni avec la basilique malgre ce qui avait ete ecrit (67).

b. Un lieu complementaire de l'administration municipale

Entre la mention des negotiatores et de l'aedes Augusti evoques par Vitruve, la basilique a ete pergue comme un forum couvert, prolongement de la place en aire ouverte, consacre aux affaires au sens large mais surtout commerciales, et comme un espace exprimant la subordination des activites publiques, notamment judiciaires, au pouvoir du prince objet d'un culte (68). L'idee essentielle est celle d'une evolution traduite par le monument vitruvien de Fano conduisant a ce que J.-M. David a appele <<la surdetermination par le contexte architectural>> (69), c'est-a-dire a une restriction de sens par l'accentuation symbolique de la legitimite sacree de la personne imperiale garante de l'ordre et de l'harmonie et maitresse du pouvoir.

Avant de proposer un bilan raisonne, il est necessaire de reprendre un inventaire des materiaux documentaires. Comme il a ete deja dit, la surprise tient a l'absence de tribunal et a la relative fermeture du batiment devenu autonome, opposant au forum desormais la solennite relative de sa fagade et de sa porte ornementee, et relie a la <<place meridionale>> par un seul passage menage dans un mur dont on ne sait s'il etait aveugle ou non. Les observations tirees de l'etude architecturale contribuent efficacement a mieux faire connaitre l'ordonnancement de l'espace interieur (70). Avant toute chose, la grande salle parait congue comme un lieu de reunion dote d'une galerie de circulation peripherique autorisant l'activite simultanee de divers groupes de personnes (71). Le role de l'etage et de ses galeries a l'air libre ou non n'est pas definissable en l'absence de certitudes sur ces questions (72). Les trois pieces sous l'escalier, auxquelles on n'accedait seulement par la porte basse donnant sur la ruelle occidentale, ne peuvent pas se preter non plus a une conclusion ferme: entre des cellules pour prisonnier dont la solution parait edictee par la fonction judiciaire de l'edifice et des caves ou soupentes permettant de remiser du materiel, il n'est pas actuellement possible de choisir (73). L'axe de circulation interieur, constitue par la ligne joignant la porte meridionale et l'entree principale du mur en fagade sur la place, n'avait d'utilite reelle que si les portes etaient laissees ouvertes ou non fermees a clef. En revanche, l'existence de bancs lateraux au nombre de six, localises deux a deux dans les murs est, ouest et sud sous forme de renfoncements de 0,33 a 0,33 m et d'une tablette de marbre de 0,07 m d'epaisseur, situee a une hauteur de 0,47 m du sol, indiquent la confection de banquettes qu'il serait hasardeux de confondre avec des haltes pour promeneurs fatigues, meme si le calcul, sur la base d'une largeur de 2,36 m, aboutit a quatre personnes simultanement (74). Une deuxieme categorie de panneaux en creux, beaucoup moins profonds et d'une largeur de 2,07 m, est disposee differemment: on en compte deux sur chacun des longs murs et un en position axiale sur les petits cotes. Il pourrait s'agir de lieux d'affichage ou de fixation au mur de reglements (75).

En dehors de ces amenagements, la basilique comportait differentes bases de statue (76). Leurs traces ont ete conservees en plus grand nombre que sur le forum et l'ornement statuaire de la grande salle etait dans son dernier etat relativement complexe. L'entrecolonnement des colonnes XII et XIII conservait encore plusieurs assises d'une base qui, au moment de l'effondrement du batiment, supportait toujours une statue de Trajan taillee entierement dans un marbre d'Almaden de la Plata (77). On recense quatre autres emplacements ou restes de bases devant la colonne VIII, dans l'axe median de la colonne d'angle XI et, symetriquement par rapport a la statue imperiale centrale, une base plus grande dans l'axe median de la colonne d'angle XIV, une derniere enfin entre les colonnes XV et XVI. En revanche, retrouvee en surface, la statue feminine acephale egalement en marbre d'Almaden de la Plata d'une hauteur conservee de 1,74 m, ce qui laisse supposer, avec la tete rapportee, une hauteur d'environ 2 metres (78), ne peut pas etre rangee d'emblee au nombre des effigies qui ornaient la basilique. Le vetement et la longueur du balteus tombant du bras, le format superieur a la taille humaine suggerent une divinite ou une imperatrice plutot qu'une matrone honoree sur la place du forum (79). Dans ces conditions, un doute subsiste sur l'emplacement originel sachant que le traitement simplifie du dos indique probablement que la statue etait placee contre un mur ou une colonne dans une niche ou sous un portique. La position sur le ventre au moment de la decouverte, la cassure en deux morceaux jointifs font penser surtout a un acte volontaire d'abandon et donc a une origine exterieure a partir d'une localisation assez peu eloignee, ce qui ne favorise pas, dans le contexte monumental, l'identification a une divinite (80).

L'epigraphie n'est pas d'un grand secours. Cinq inscriptions seulement proviennent de la basilique (81). Elles sont toutes fragmentaires et ont ete trouvees sauf exception hors stratigraphie. Le no. 57, identifie comme un fragment tres modeste d'une eventuelle titulature imperiale, ne saurait etre rattache au piedestal de la statue de Trajan dont la plaque inscrite, en marbre tres probablement, apposee sur la base a ete recuperee, brisee et livree sans doute ensuite a un four a chaux. Le no. 18 se rapporte a une dedicace sur plaque de marbre dont l'auteur serait un Cornelius Silanus. Decouvert dans le niveau d'effondrement de l'edifice, il convient de lui attribuer une origine externe vraisemblablement. Si l'on se rapporte a l'Annexe des hommages adresses en Betique a Trajan (82), il est notable que toutes les dedicaces sont dues a la communaute locale et non a des initiatives individuelles et, a ce titre, privees ou liees a l'obtention d'un honneur. Les fragments de bronze portant les no. 8 a 10 ont ete trouves dans le secteur des fabriques de salaison (no. 8) et dans le portique ouest du forum pres de l'angle nord-ouest de la basilique (no. 10). Ils confirment les destructions dont ils firent l'objet dans le but de recuperer le metal et dissuadent de faire de la basilique un lieu d'affichage designe des reglements et documents sur bronze. Le tabularium conservait les doubles des copies. Il constitua egalement une source possible pour ces fragments metalliques. Leur decouverte rappelle simplement que la vie locale etait encadree par la loi que nul n'etait cense ignorer.

La communis opinio attribue volontiers la construction d'une basilique a la generosite d'un evergete. En dehors de Rome, il est tres rare que les monuments publics portent une epithete rappelant la personne ou la famille a l'origine de la decision. Parmi les exemples, peu nombreux, de basiliques associees a des documents a caractere evergetique, aucun ne fait etat d'une donation privee. Les liberalites personnelles concernent uniquement des ameliorations, des ornements et des embellissements. Il est notable egalement que les hommages a Trajan (Annexe), oh qu'ils aient ete installes ensuite dans le centre monumental ou dans un lieu public autre, l'aient ete aux frais de la communaute et a l'initiative de l'ordo local. Les ouvrages urbains a caractere public dependirent en grande majorite des instances municipales sous le controle des decurions qui avaient la responsabilite des finances (Vaerarium), de la surveillance et de l'entretien des batiments et de l'utilisation du sol public. Il est donc tres vraisemblable que les decisions de faire elever la statue de Trajan dans la basilique, la commande du piedestal et de la sculpture selon le modele retrouve, la prise en charge des travaux aient resulte d'une initiative officielle qui se traduisit par un decret dont les termes exposaient les motifs, decrivaient l'effigie, precisaient la forma ou texte de (inscription (83). Le dedicant fut donc ou la communaute des Baelonenses ou le municipium Claudium Baelonensium. Les motifs manquent ainsi que la date. Meme si l'echantillon conserve des dedicaces a Trajan privilegie statistiquement la fin du regne entre 114 et 117, la certitude que des hommages plus precoces existerent interdit de placer le monument de Belo dans une tranche chronologique plutot que dans une autre (84). Des circonstances variees etaient a l'origine de ces hommages aux empereurs: anniversaire de naissance (dies natalis), anniversaire de l'avenement (dies imperii), remerciements pour des bienfaits (Annexe, no. 2), voeux pour une victoire ou une expedition, etc. L'initiative locale donnait lieu parfois a une ambassade a Rome meme pour informer l'empereur et obtenir son accord (85). Le choix de la basilique pour l'hommage a l'empereur souleve des questions plus complexes sur lesquelles il nous faudra revenir.

c. Une salle sans tribunal ?

Le bilan documentaire est relativement maigre et, jusqu'a un certain point, n'en dit guere plus que le bref passage de Vitruve a propos de l'edifice de Fano (86):

<<Il en est de meme du tribunal qui se trouve en ce temple et dont la forme incurvee figure un hemicycle tronque; l'ouverture de cet hemicycle est de quarante-six pieds en largeur, la profondeur de sa courbure est de quinze pieds, en sorte qu'entre ceux qui se trouvent devant les magistrats et ceux qui traitent leurs affaires dans la basilique il n'y ait nulle gene>>.

La basilique n'etait pas un lieu du gouvernement a proprement parler. Elle etait censee abriter les activites des citoyens et des etrangers de passage et garantir la protection judiciaire de ceux qui la reclamaient. Le vocabulaire de Vitruve attire l'attention: il parle de negotiantes apres avoir utilise precedemment negotiatores; il indique que les justiciables ou les plaignants se trouvaient apud magistratus et non apud iudices. Il laisse entendre que l'activite judiciaire est venue se greffer sur les transactions des negotiatores plutot que l'inverse. Les negotia et les negotiatores ou negotiantes, termes derives du verbe negotiari, suscitent des debats et des mises au point regulieres en raison d'un champ semantique large, source de diverses ambiguites (87). Negotians, plus rare, est tres vite devenu synonyme de negotiator, lequel indique une specialisation professionnelle au service de l'economie. Il faut imaginer tres certainement que la basilique hebergeait principalement la part <<noble>> des echanges: les ventes aux encheres, les adjudications des travaux publics ou prives, les livraisons de nourriture en etaient un aspect. Les negotiatores y accomplissaient leurs transactions, negociaient cargaisons et transport, partage des benefices, calendrier des livraisons, etc. Les changeurs et banquiers devaient etre egalement presents dans le deambulatoire, facilitant les changes eventuels et surtout les depots et les prets a interet (88). Les affranchis remplagaient ou representaient sans doute le patron au cours des negociations et des prospections visant a deceler les bonnes affaires. Il ne leur etait pas interdit de s'engager aussi pour leurs affaires personnelles.

Negotia et justice n'avaient pas partie liee par definition. Il s'agissait davantage d'activites publiques courantes qui s'etaient longtemps deroulees en plein air mais qui obeissaient a des regles fixees ou adoptees par l'autorite politique locale. La basilique permit a la justice d'etre soustraite aux nuisances et aux attroupements du forum. L'activite publique --les negotia au sens large--et donc la justice etait soumise a un calendrier d'origine religieuse qui en limitait l'exercice aux jours dits fastes. Des considerations d'ordre religieux presidaient de la meme maniere a la determination des jours appeles <<nefastes>> auxquels s'ajoutaient certaines fetes (feriae). Les periodes d'election suspendaient egalement les proces et les tribunaux. Rien n'interdit de penser que l'edifice etait ouvert au public pour s'abriter ou s'y promener en particulier a l'etage lors des fetes et a l'occasion des ceremonies publiques au forum. L'usage de magistratus par Vitruve introduit une ambigu'ite. Le magistrat, c'est-a-dire l'edile ou le duumvir, disposait du pouvoir (potestas) de juridiction mais ne tenait pas obligatoirement le role du juge: dans la basilique, il preparait le plus souvent les proces avec les parties en cause, fixait les regles de droit et la categorie des juges adaptee au litige si une autre forme d'accord n'etait pas envisageable ou possible. Il est theoriquement admissible que la basilique ait permis d'accueillir solennellement en certaines circonstances le proconsul de la province residant a Cordoue ou son legat: nous n'en avons aucune attestation et le petit municipe de Belo n'avait pas le statut de ville d'assises reserve aux chefs-lieux de conventus, en l'occurrence Gades ou les Baelonenses devaient, comme le dit par ailleurs Pline l'Ancien qui ne juge pas utile de les citer a cette occasion (89), se rendre pour plaider en cas de necessite.

La basilique des Beloniens, a la difference de celle de Fanestris, ne renfermait pas un tribunal permanent, integre aux structures de l'edifice et constitue d'une estrade surelevee ou podium dont la forme variait et n'etait pas toujours en hemicycle. La localisation axiale de la statue de Trajan entre les deux colonnes medianes du petit cote ouest evoque en revanche un lien entre Auguste et le tribunal chez Vitruve (90). Rapprochees de l'emplacement d'autres bases symetriques, il est logique de proposer a son pied l'installation d'une estrade amovible en bois. La signification politique et symbolique de cette scenographie interieure etait evidente pour tous. La personne imperiale etait garante de l'autonomie locale fondee sur la concorde des citoyens. En revanche, l'empereur d'Italica, place parallelement au capitole, ne regardait pas vers l'aedes Iouis mais lui montrait son profil, ce qui en modifiait assurement la portee politique et symbolique (91). Pourquoi, en ce cas, Trajan et non Auguste, Claude ou meme Domitien ? Il n'y a aucune explication definitive mais certaines donnees peuvent etre exclues (92). Rien n'autorise a affirmer que le corps mis au jour appartenait a un autre empereur, en particulier Claude, comme il n'est pas prouve que la refection de la tete a partir d'une tete de Domitien ait signifie que l'empereur flavien y avait precede Trajan (93). Les observations archeologiques, le type de la statue, la presence d'une inscription elevee pour l'occasion invitent a penser que le monument fut entierement congu pour l'hommage a l'empereur d'Italica (94). Il n'est bien sur pas exclu en theorie qu'une figure imperiale anterieure ait occupe la salle voire le meme emplacement, ce qui n'est pas non plus obligatoire. Il est probable, cependant, que la cite de Baelo Claudia avait obtenu, peut-etre meme en relation directe avec la basilique, un beneficium de Trajan dont la reputation d'empereur excellent (optimus), sanctionnee par la consecratio finale scella le destin dans la basilique, lieu de iustitia et de concordia plutot que de pietas.

La notation de Vitruve sur l'aedes Augusti etait integree a un contexte historique precis, celui de la mise en place de la maiestas d'Auguste au cours des premieres annees de son pouvoir, accompagnee officiellement de la mise en avant de son Genius superieur a celui du commun des mortels. Cette <<piece>> n'etait pas un lieu religieux, un templum, mais un locus non consacre, une demeure abritant une effigie imperiale et non un dieu (95). La statue n'a pas ete choisie au hasard et transmet un message original qui n'evoque ici ni le Genius ni le culte imperial, car il s'agit de l'Auguste vivant dont la personne etait certes sacree mais non l'objet d'un culte permanent. L'empereur magistrat, en toge, portant dans la main gauche sans doute un rouleau, incarnait le respect du ius et la iustitia fondee sur la concordia et le consensus omnium. Au lieu de la capsa censee contenir les archives ou les volumina, normalement placee a la gauche du personnage, une cornucopia est representee, non pas portee sur le bras gauche mais disposee au pied de Trajan, a droite. La corne d'abondance symbolisait la prosperite et le bonheur ce qui evoque l'agriculture, l'age d'or, mais aussi les affaires (negotia), les echanges, le commerce et rappelle la premiere fonction de la basilique. Le caractere sacre de la personne imperiale n'impliquait en rien que toute image ou representation signifiat evocation du culte imperial, a plus forte raison du vivant de la personne imperiale (96). Celui-ci, outre qu'il n'etait que la part auguste du culte public romain, n'etait pas separable des honneurs a Jupiter (97) et aux autres grandes divinites protectrices de Rome. Ce n'est pas devant la statue de Trajan qu'etaient effectuees les prieres et les offrandes inseparables de l'exercice des activites engageant la communaute tout entiere dont la justice constituait une part. Trajan ne faisait pas face en l'occurrence, nous l'avons dit, a Jupiter protecteur de Rome mais semblait communiquer par son regard et sa majeste sa <<force tranquille>> a la salle.

La basilique de Belo n'avait pas ete programmee pour exprimer on ne sait quelle concurrence avec les lieux d'exercice du pouvoir municipal qu'etaient la curie, les locaux reserves aux duumvirs et aux ediles et a plus forte raison les temples. Malgre J.-Ch. Balty, la basilique n'etait pas a proprement parler une salle de reunion des magistrats et anciens magistrats et l'association a une curie tenait a d'autres motifs, Vitruve n'evoquant jamais cet aspect (98). La taille d'un monument n'etait pas obligatoirement le signe d'une superiorite hierarchique ou symbolique. Les reglements municipaux tels que celui d'Irni permettent de replacer l'activite judiciaire dans le contexte de l'autonomie municipale. Sous cet eclairage et seulement la, le pouvoir judiciaire local y apparait comme limite et soumis au controle du gouverneur provincial, ce que refletent les amendes et les niveaux des peines infligees par les instances locales competentes (99). La basilique temoignait seulement que l'exercice de la justice etait un element de la liberte des citoyens et qu'elle etait administree conformement a leurs interets. Il n'y avait donc pas d'emplacement predetermine de l'edifice en fonction d'un langage politique code et structure. Ce n'est qu'en fonction d'une disposition definitivement arretee du centre monumental que, comme les autres edifices municipaux, la basilique participait, avec des significations variables, a la mise en scene des rapports de pouvoir au sein de la communaute.

3. BASILIQUE ET COMPOSITION URBAINE

Inseree dans le centre monumental dont elle s'est averee formellement et structurellement a la fois autonome et solidaire, la basilique revetit une fonction architecturale et politique precise au creur de la ville ou oppidum. Sa place, son volume, son environnement monumental sont autant de traits qui composent une histoire ecrite a l'aune de celle du municipe, qu'elle peut peut-etre contribuer a illustrer mieux que d'autres constructions publiques sur plusieurs points, en incitant a mieux cerner les contextes et les ambitions des citoyens de Belo.

a. Un monument pour une petite cite municipale (100)

L'edifice mesurait, 35,83 x 19,95 m hors reuvre, soit 714,80 [m.sup.2]. Parmi ceux de dimensions voisines mais non identiques, on recense Cosa (101), Ardea (102), Herdoniae (103), Sagonte (104), Valeria (105). Les basiliques d'Ampurias (106), Bilbilis (107), Clunia (108), Pompei (109), Tarragone (110) avaient une surface bien superieure. Conimbriga, etonnamment etroite, occupait une superficie sensiblement moindre (111). Le tableau de C. Saliou (112) integre le rapport longueur/largeur qui se situe pour les vingt-cinq exemples retenus entre 1,32 a Cosa et 4,65 pour la basilica Paulli (ex Fuluia) sans les tabernae et les portiques. Le rapport moyen est de 2,1 et correspond a la basilica Iulia du forum romain, celui de la basilique de Fanestris s'elevant a 1,54. Belo est le seul monument dans la tranche 1,8 et la fourchette entre 1,6 et 2 ne comporte, outre celui du municipe claudien, qu'Ardea. Tous les exemples inferieurs a 2 ne depassent pas 50 m en longueur, sauf Fano avec 50,32 m et sont, en dehors d'Ardea et dHerdoniae, sous la limite des 40 m. Les taux calcules a Sagonte et a Valeria s'etablissent respectivement a 2 et a 2,3. Sans qu'il y eut une regle stricte, il est notable que les taux les plus importants tiennent dans l'ensemble a la longueur superieure a la moyenne de l'edifice, soit au-dela de 45 m et souvent de 50 m, les deux basiliques de l' Vrbs, longues de 93 et 107 m, faisant figure d'exceptions. La dimension courante parait correspondre a une longueur comprise entre 30 et 45 m associee a une construction peu etiree (113). Par ailleurs, le monument de Baelo obeissait a un modele repandu d'ordonnancement de la colonnade interieure, la forme des bases pouvant varier cependant. La combinaison de quatre colonnes sur les petits cotes et de huit sur le long cote pour un total de vingt colonnes se rencontre le plus frequemment dans des salles d'une longueur comprise entre 29 (Saepinum) et 50 metres (Fano) (114). Le rapport entre longueur et largeur n'influait pas non plus sur la formule retenue pour la colonnade: Saepinum, Herdoniae, Roselle, Baelo, Valeria, Ruscino dont les coefficients variaient de 1,6 a 2,5 en temoignent.

Chronologiquement, il n'y a pas d'evolution lineaire qui signifierait que les monuments les plus anciens auraient comporte certaines caracteristiques internes et auraient ete plus modestes ni qu'il y ait eu, avec le temps, une tendance affirmee a l'augmentation des dimensions et des volumes. Un dernier element merite d'etre signale, evoque par A. Nunnerich-Asmus mais non par C. Saliou: la relation objective entre les dimensions du forum et celles de la basilique. La basilique dans le contexte de la place et des constructions adjacentes attirait a priori l'attention par son format superieur a celui de beaucoup d'autres monuments voisins. Elle occupait surtout, selon les regles suivies par les architectes anciens, un volume plus ou moins imposant dans le paysage monumental du centre politique de la ville municipale. Toutefois, la visibilite a volume egal dependait aussi du choix de la localisation autour du forum et de l'environnement monumental. Il est evident que les disponibilites offertes par le site et les choix des elites locales jouerent dans un sens ou dans l'autre: Baelo Claudia ne pouvait ni sur le plan topographique ni sur le plan historique rivaliser avec Pompei ou Verone. Plus la place etait etendue plus la basilique avait tendance a occuper un espace superieur aux dimensions moyennes exposees ci-dessus (Ampurias, Aquilee, Bolsena, Clunia). Pourtant, le rapport fonde sur les longueurs de la place et du monument etait fluctuant comme le signalent les exemples de Luni (80/60), Aquilee (115/89,20), Ardea (120/45,80), Clunia (160/83), Valeria (86/43,80), Verone (168/40) (115).

Dans la mesure ou de nombreux monuments ne sont restituables qu'en plan, etant entendu que celui-ci est parfois incompletement conserve sur le terrain, les hauteurs des colonnades et la configuration exacte des parties hautes n'etant pas connues, il est difficile de se faire une juste idee et de l'elevation tant exterieure qu'interieure et des volumes compares des edifices, qu'il s'agisse des autres batiments publics du forum ou des basiliques de cites exterieures eloignees ou proches. A Belo, dixsept des vingt bases des colonnes du premier ordre ont ete trouvees in situ et dix-neuf enregistrees pour dix-neuf chapiteaux d'ordre ionique a base attique (116). Grace aux tambours jointifs effondres, notamment ceux de la colonne XI, la hauteur de la colonnade de la salle a pu etre evaluee a 5,385 m (117). Il faut tres probablement ajouter un entablement en bois d'une hauteur de 1,29 m et exclure des arcs. D'un point de vue theorique, en respectant les proportions ideales entre premier et second ordre, la colonnade de l'etage est evaluee ou a 3,447 m ou, suivant un mode de calcul different, a 4,039 m. C. Ney et J.-L. Paillet prefereraient la solution d'un rapport legerement superieur aux deux-tiers mais les arguments, surtout meteorologiques, ne sont pas, nous l'avons dit, absolument decisifs. En outre, il ne serait pas certain que les deux colonnades aient ete superposees (118). Quoi qu'il en soit, il s'agit seulement, a ce stade, d'evaluer de maniere approximative ce qu'etait la masse volumetrique moyenne du batiment et la hauteur du faite de la toiture. Il ne semble pas disproportionne de tabler sur une hauteur a partir du sol d'au moins douze metres, soit autour de 2,5 fois la largeur du portique peripherique de la salle hypostyle (119).

Comme le rappelle P. Gros, il n'y a pas d'attestation de basilique avant l'epoque augusteenne dans les provinces occidentales (120). La basilique de Pompei, datee du IIe siecle avant J.-C., offre un exemple precoce, en Italie, mais d'une typologie et d'une conception un peu differentes, semble-til (121). Outre la question chronologique, les types de couverture du deambulatoire en appentis ou a l'air libre, la visibilite ou non vers l'interieur de la salle, la configuration de l'etage accessible ou non par un escalier offraient des combinaisons variees qui defient la comparaison, ce que confirme l'ambigu'ite des solutions admissibles architecturalement sur ces points pour la basilique de Belo. Il faut, en outre, tenir compte de ce que la place du forum de Baelo Claudia n'etait en realite bordee que de deux portiques paralleles, ouest et est, sachant que le cote nord etait congu de telle sorte qu'une porticus forensis en n n'y etait pas concevable. C'est certainement par souci de symetrie et d'equilibre que les batisseurs ont fait l'impasse sur un eventuel portique au sud en avant de la basilique, lui preferant un trottoir et une entree principale visant a mettre la fagade, sans doute un peu severe, en valeur. Au moment de l'installation de la basilique claudienne, le lien entre basilique et portique s'etait distendu et l'etage, meme en terrasse a l'air libre, n'avait sans doute pas pour objet de reintroduire en fagade une forme de colonnade rappelant celle des por tiques (122).

La notion de monumentalite apparait, a l'analyse, comme relative et ne renseigne pas sur l'utilite ni l'usage d'espaces sans destination directement perceptible architecturalement, qu'il s'agisse de la salle rectangulaire ou des structures etagees caracterisees par une construction en lanterneau destinee a laisser passer la lumiere et a eclairer les parties hautes. L'epais sol en opus signinum, compare a d'autres revetements dalles en marbre ou en calcaire, semble correspondre a une conception surtout pragmatique de l'entretien quotidien du batiment et de sa conservation en etat de fonctionnement acceptable en prevision des jours d'ouverture pour quelque motif que ce fut. La sobriete du decor semble avoir ete la regle egalement dans la basilique de Belo. Comme le montre la statue de Trajan, le marbre blanc et les placages n'etaient pas absents, ce que confirment aussi les <<banquettes>> ou les encadrements des niches interieures. Cependant, les chapiteaux ioniques conserves et quelques bases indiquent que le travail de finition avait ete confie au stuc ce qui laisse supposer que le stuc revetait egalement les murs interieurs, au moins les parois construites en calcarenite bleue et plus vraisemblablement la totalite de la structure batie (123). Les chainages en calcaire coquillier ou en calcarenite jaune ne devaient pas etre apparents. Il en allait de meme a l'exterieur si l'on en juge d'apres les vestiges de stucage ayant livre sur le petit cote est, le long de la ruelle, une inscription sous forme d'un graffiti (124). Rien ne permet d'affirmer que les monuments etaient passes au lait de chaux ni qu'ils etaient proteges des intemperies et du soleil a l'aide d'une autre technique jugee plus efficace ou plus satisfaisante (125). Les fragments de marbre numidique ou de stuc peint rencontres lors de la fouille dans la couche recouvrant le sol (126) proviendraient de l'interieur de la basilique dont le decor interne etait certainement sobre et exhalait un parfum d'austerite. Ici pas de marbres multicolores, pas de bases de colonne en marbre aux veines sombres ou rosees, pas de jeu sur le dallage dont la geometrie en damier et en losange imitat les caissons d'un plafond.

Le monument de Belo n'atteignait pas la dignitas et la uenustas dont s'enorgueillissait Vitruve pour sa basilique (virtuelle) de Fanestris. Ni imposante par ses dimensions, ni luxueuse, ni caracterisee par des audaces architecturales, la basilique de Baelo Claudia offrait un cadre finalement moins spacieux (525 [m.sup.2]) que beaucoup d'autres et peu hierarchise, dont le role etait d'accueillir un public plus ou moins large souhaitant non pas deambuler ou se promener comme sur la place du forum dont l'edifice etait desormais separe au prix de ce que P. Gros a appele une <<conversion vers l'interieur>> (127). L'idee de <<place publique couverte>> ne convient donc pas davantage. Il est difficile de definir l'image d'ensemble qui se degageait a l'exterieur et a l'interieur: les proportions ne devaient pas etre particulierement harmonieuses et equilibrees ni elegantes. J.-L. Paillet avance meme l'idee d'un batiment trapu. Comme le souligne C. Saliou, <<l'heureuse repartition des masses>> et l'impression d'elevation et de hauteur naissait pour Vitruve, une fois a l'interieur de la salle, de l'absence de plafond interdisant de porter le regard jusqu'aux combles et au faite non perceptible de la place. En l'absence de difficultes d'identification et de complexite du plan observable ailleurs, la basilique de Baelo Claudia souleve surtout un probleme de reconstitution en elevation que les comparisons ne peuvent pas aider a resoudre pleinement (128). Dire que Glanum est le modele le plus proche de Belo n'est pas sans risque d'erreur au terme de l'analyse (129): l'elevation proposee pour l'edifice de la petite cite latine de Narbonnaise dont les assises conservees sont maigres est en partie fondee sur des hypotheses et ce n'est qu'a partir de cette solution jugee recevable qu'est proposee la possibilite d'une conception identique a Baelo, ville maritime aux bords de l'Ocean, ce qui n'est pourtant pas le cas de Glanum (130).

Chaque monument pris isolement est un defi scientifique et methodologique pour qui veut mesurer ce qu'il a pu representer et exprimer. La <<monumentalite>> est, en outre, une notion relative et en partie subjective. C'est pourquoi, une juste evaluation passe in fine par un jeu de miroir et, si l'on veut, la mise en scene monumentale par lesquels l'edifice s'integrait localement et nulle part ailleurs. Comment dechiffrer les correspondances et les liens entre batiments publics au centre d'une petite ville municipale des rives du Detroit qui etait a sa maniere un <<bout du monde>> ?

b. Harmonie, equilibre, hierarchisations

Il est devenu presque habituel de regarder le forum de Baelo Claudia comme un modele de forum ferme dont l'origine remonte a la fin de la Republique et au debut de l'Empire. Le schema qui aurait preside a l'amenagement du centre monumental semble etre celui d'une place portiquee et close dominee dans le fond, en avant d'un des petits cotes, par un temple et barree de l'autre par une basilique monumentale (131). L'idee qui predomine dans cette perspective est celle de la preeminence croissante du religieux au diapason ou sous la pression, on ne sait, du culte imperial vecteur de la puissance et de la superiorite de Rome (132). La basilique devait son positionnement au choix d'une formule tirant profit de sa masse, imposante par definition, plus qu'a sa dimension politique et constituait un instrument naturel d'equilibre architectural des volumes renforgant l'impression d'ordre, de dignitas et de paix. Cette analyse parait confortee par l'adjonction precoce de curies integrees ou attenantes a la basilique (133): la personne de l'empereur et le culte imperial symbolisaient le rassemblement des citoyens autour du maitre de Rome, protecteur de l'Empire et protege des dieux par l'effet de sa pietas et de ses vertus incomparables. L'ordonnancement voulu est dans cet esprit guide par l'ideologie et suit les bonnes regles romaines du seul Vitruve (134). Le forum augusteen respectait de meme a Conimbriga les trois fonctions hierarchisees, religieuse, politique et commerciale, d'od la justification d'une basilique (135). La place flavienne de loppidum, objet d'une nouvelle <<revolution>> urbaine, restituee par J. ALARCAO et R. Etienne finit par gommer tout ce qui ne magnifiait pas l'empereur et sa majeste au point d'imiter les forums imperiaux (136).

Sous les pierres qui ne parlent pas seules, l'histoire ... Ce dont il s'agissait, et qui est toujours d'actualite, participait de la glorification de Rome capable, avec le temps, de convaincre et de seduire les provinciaux par ses villes monumentales transformees sans exclusive en petites Rome. L'exaltation de la Ville et de sa puissance est une tendance lourde de l'archeologie et de l'histoire de l'art pour des raisons qui ne sont pas toutes de bonnes raisons qu'il n'y a pas lieu d'expliciter ici. Les notions modernes de <<propagande>>, d'ideologie, de cuite imperial comme instrument exclusif de domination deforment assurement la perception qui est la notre des villes et des architectures romaines, ne serait-ce qu'en les limitant a un message suppose et donc en l'appauvrissant. C'est avec les seuls yeux du curieux desinteresse qu'il faut, au contraire, tenter de decrypter le paysage monumental susceptible de faire mieux comprendre ce que finit par signifier la basilique, independamment d'un discours preetabli qui ne pouvait pas ignorer la realite locale, ses contraintes et ses limites. il n'est bien sur pas question de nier les articulations symboliques et spatiales entre les monuments du forum ni de recuser la hierarchisation bien etablie des pouvoirs religieux, politique et commercial (137). Le fait que le centre monumental de Belo ne puisse pas etre considere comme modelisable n'est pas contradictoire avec la constatation qu'il nous propose pour le moment un des exemplaires parmi les plus complets dans les provinces occidentales de l'Empire romain (138).

Le forum de Baelo Claudia, comme la basilique, reproduisait des formules plus anciennes de mise en ordre des espaces fonctionnels dans le contexte d'un forum ferme. L'urbanisme en est coherent et etait congu pour s'adapter a un reseau quadrille de rues. Le centre monumental compact se situe en effet au nord du decumanus maximus reliant les deux portes est et ouest et jouxte le cardo principal prolonge par la rue a colonnes, les deux axes se croisant a l'angle NE de l'insula du forum. Du cote ouest et nord les deux rues, cardo occidental et decumanus nord, delimitent l'espace sur lequel ont ete installes les temples et des constructions voisines encore non identifiees, dont le lien avec les sanctuaires n'est pas perceptible en l'etat actuel des recherches. L'ensemble, qui inclut le macellum au sud-ouest est contenu dans un grand rectangle de pres d'1,5 ha dont la place dallee occupe approximativement le centre. L'espace public officiel represente ainsi un peu plus du dixieme de la superficie totale de la ville intra muros evaluee a environ 12 ha (139). Outre l'existence d'un axe longitudinal triparti deja mentionne et compose des temples et de leurs abords, de la place et de la basilique prolongee par une esplanade meridionale bordee de constructions sur ses deux cotes ouest et est, l'espace public ainsi organise combinait les trois entites ou institutions jugees socialement utiles et indispensables a l'existence meme d'une communaute pacifiee et policee: au nord les dieux, a l'ouest les dieux et les pouvoirs civiques epaules au sud par la basilique judiciaire ouverte aussi aux negotiatores, a l'est les boutiques dont l'activite fut modifiee par la construction posterieure du marche a viande et au poisson. Des inconnues existent encore dans le tableau et la domus au sud des boutiques, prolongee par le batiment detecte au sud-est en arriere de la basilique pourrait ajouter une note inedite a l'ensemble.

L'emplacement des temples avait ete soigneusement etudie, conformement a l'enseignement de l'architecture du temps dont le principe, en ce cas, derivait certainement du schema romain ancien selon lequel le temple de Jupiter avait ete installe sur la colline du Capitole en surplomb du forum du peuple romain (140). Les trois cellae etablies sur leur podium formaient a Belo un <<capitole>> selon les editeurs, ce qui exclut un temple dit du culte imperial dont l'existence individualisee, nous le reverrons, n'etait pas une necessite. Comme il a ete ecrit, divers elements et comparaisons militent en faveur d'une telle identification (141). Les temples haut perches sur la terrasse exprimaient la domination des dieux comme patrons et protecteurs privilegies de la communaute municipale. Les divinites n'etaient pas indifferentes. Jupiter presidait aux destinees de la res publica des Romains. Il attestait le lien etroit qui unissait religieusement les Beloniens et la cite caput de l'Empire, l'Vrbs gardienne de la paix et de l'autonomie locale. Sans qu'il faille invoquer obligatoirement le precepte vitruvien, il est incontestable que les dieux surveillaient efficacement les espaces urbains tout en offrant aux voyageurs arrivant par terre ou par mer une visibilite rassurante et favorable. Le temple d'Isis occupait l'espace libre de l'esplanade a l'est du capitole des les annees 60-70. Sa presence ne saurait surprendre dans une ville maritime a une epoque oh le culte, meme marque par ses origines egyptiennes, avait ete integre a la religion publique de la cite, illustration parmi d'autres de sa vitalite en Occident sous l'Empire (142). L'analyse metrologique etablit que l'aire cultuelle englobait le gradin hebergeant la fontaine et la tribune aux harangues flanquee a l'ouest et a l'est d'un sacellum, s'il s'agit bien de cela (143). Il y eut quelques reamenagements signales par le decalage entre l'axe de la fontaine et celui de la tribune. Quoi qu'il en soit, les demeures des dieux occupaient l'esplanade nord et la terrasse, situee a l'avant en contrebas, etait le lieu de la parole politique subordonnee a l'accord divin.

La dificulte du schema triparti tient a l'exclusion qu'il implique de la plupart des instances de decision dans la cite. Le forum de Belo montre qu'il n'y avait de solution que locale. L'entree principale et pour ainsi dire unique sur la place etait situee a l'ouest entre ce qui etait, nous l'avons vu, la curie et un deuxieme batiment, plus petit mais de plan semblable, correspondant sans doute ou a une salle des magistrats ou a une schole de college. Cet agencement n'est pas le plus frequent et, tenant compte de l'emplacement du macellum, des boutiques et d'autres constructions situees sur le portique ouest, il est visible que le souhait de tout regrouper dans un minimum d'espace se referait a une tradition ancienne etrangere aux forums imperiaux: les exemples qui viennent a l'esprit sont Pompei, Sagonte, Herdoniae. Aucun n'offre exactement la meme physionomie et la basilique n'evoque pas celle de Belo. Cela est d'autant plus vrai que la basilique de Baelo Claudia ne se contentait pas de barrer la place au sud et de lui conferer un aspect ferme, preserve des agitations et des rumeurs de ceux qui marchands ou travailleurs manuels s'affairaient au cours de la journee. Elle constituait un trait d'union et une separation a la fois entre le forum et la <<place meridionale>> sur laquelle se tenait, en outre, l'edifice dit <<aux deux escaliers>> (144). En venant du decumanus au sud, on accedait a cette place par un escalier a quatre degres. Peut-on la definir comme un vestibulum marquant l'acces a la basilique ou au contraire ne doit-on pas la considerer comme un amenagement autonome tourne vers le decumanus ? Une unique entree vers la salle hypostyle de la basilique invite a ne pas choisir: sans avoir la certitude que l'edifice aux deux escaliers pouvait servir de tribune de vente publique aux encheres, force est de constater que, flanquee a l'est de l'edicule a abside constitue de trois pieces, posterieur a la basilique contre laquelle il s'appuie (145), la place regulait les attentes de ceux qui voulaient avoir acces a la basilique a la fagon d'un <<vestibule>> (146). L'idee d'un lieu relie aux activites commerciales et marchandes non loin du macellum est theoriquement admissible et seduisante (147). Il n'y a toutefois guere d'exemple comparable et <<le volume de cette terrasse peut etre considere comme un podium destine a une certaine mise en scene des monuments qu'elle porte ...>> (148), dont l'acces a la basilique.

On ne saurait exagerer la coherence architecturale et symbolique des espaces et de leurs articulations fonctionnelles (149). Elle etait surtout theorique et jouait sur quelques principes simples, reconnaissables meme en l'absence d'un schema preetabli. Les monuments attestent qu'ils possedaient aussi une autonomie architecturale et spatiale conforme a la diversite des activites necessaires a la bonne marche d'une cite provinciale qui explique que tous les forums ne se ressemblaient pas, pas davantage que toutes les basiliques. Malgre des hierarchies evidentes, le discours monumental ne se reduisait pas a cette seule logique et le forum constituait une ville dans la ville. Le theatre n'etait pas sous le controle des temples pour des motifs qui ne tenaient pas qu'a l'architecture. Le macellum aurait ete la cause du recul des boutiques mais rien n'indique que leurs activites correspondaient a celles d'un marche tel que celui-la. Leur abandon portait atteinte a l'ordonnancement de la place et a la symetrie des portiques. L'adjonction au pied de la terrasse des temples du <<sacellum>> situe a l'ouest mais non identifie comme tel clairement rappelle que des evolutions intervenaient regulierement et adaptaient les constructions aux espaces disponibles et aux conjonctures. En d'autres termes, Belo n'etait ni Rome ni une simple imitation de Rome pour des raisons comprehensibles. Enfin, les modeles ne recevaient pas partout le meme accueil de la part des elites locales malgre les effets de la mode et des influences imprevisibles. Dans cette perspective, la basilique de Baelo Claudia n'apporte que peu de donnees et d'informations decisives et nouvelles. En bonne methode, choisir de comparer un monument a des monuments prestigieux c'est deja courir le risque de deformer les perspectives de ce qui ne traite que d'une petite ville du monde romain comme il y en avait des centaines, moins bien servies que Belo par le hasard des conservations.

Les vraies questions ne peuvent pas recevoir de reponse faute d'elements pertinents en nombre suffisant. Comment utilisait-on effectivement la basilique a Belo, a quelles occasions et dans quelles conditions ? Quand lui faisait-on jouer un role conforme a la dimension symbolique du centre monumental et quel etait-il alors ? Si le schema d'un etage a deux terrasses, paralleles aux places situees de chaque cote, est celui qu'il faut retenir, comment concilier l'idee d'un lieu ouvert a un public libre d'aller et venir avec les acces peu commodes et controles que constituaient l'escalier et le systeme a deux portes etroites qui y conduisaient ? Faudrait-il imaginer qu'en certaines circonstances la foule se pressait aux etages pour ne rien manquer du <<spectacle>> politique (150), religieux, festif ou ludique qui se deroulait au forum ? (151) La notion de <<forum couvert>> est-elle satisfaisante et les trois baies donnant sur la place portiquee et dallee demeuraient-elles ouvertes en permanence ? Il parait plus raisonnable, a rassembler tous les temoignages disponibles, de considerer que la basilique etait limitee aux activites publiques associees a la justice et aux affaires. De meme que l'empereur Auguste avait decrete que ne devaient frequenter le forum Romain que des citoyens en toge (152), de meme il est probable que les personnes concernees par les activites judiciaires et les negociations diverses qui s'y deroulaient avaient seules l'autorisation de s'y rendre regulierement, la foule des curieux n'etant sans doute que rarement empressee et rarement admise.

L'adoption de valeurs civiques et municipales par les elites locales n'est pas en cause (153). La maniere de se les approprier etait plus decisive et reposait en grande partie sur la richesse des notables et sur leur dynamisme. C'est en cela que la notion de <<romanisation>> occulte plus qu'elle n'eclaire des procedures sociales et culturelles complexes qui refletaient la diversite des situations et des reponses apportees par chacune des cites (154).

c. Urbanisme et dominantes culturelles: criteres <<romains>> et dimension locale

Les recherches archeologiques participent aujourd'hui pleinement de l'ecriture de l'histoire et, comme celle-ci, ne peuvent donc pas ignorer les exigences methodiques et epistemologiques d'une historiographie consciente d'elle-meme et de ses limites inevitables qu'il faut essayer de repousser chaque fois que c'est possible. L'erudition bien comprise jointe au respect des methodes propres a chaque discipline ne suffit pas. L'interpretation raisonnee fondee sur la combinaison de donnees tres variees est la cle d'un approfondissement qui ne va jamais sans risques d'erreurs ni revisions dechirantes. Une histoire globale de la basilique de Belo se doit a la fois d'illustrer ces evolutions scientifiques et d'inciter a mieux fonder les conclusions. Venant apres la publication de plusieurs monuments individualises (macellum, capitole, temple d'Isis) l'etude de la basilique ne doit pas s'arreter aux coherences ni aux chronologies etroites dont l'appreciation est en partie subjective mais doit au contraire chercher a tirer profit de diversites tout aussi sensibles, appuyees sur une connaissance renouvelee des villes de la periode romaine et de la vie municipale des provinces de la peninsule Iberique. Le livre de la fouille est par definition silencieux et ignore de nombreux contextes. L'etude archeologique est irremplagable pour permettre de mieux poser les questions et de progresser. Les reparations, ameliorations, remises en etat successives, les ravalements nous echappent ou ne peuvent etre que suggeres. Force est de constater que nous ignorons tout des ateliers, des ouvriers, des architectes et de leur statut, des decideurs qui imaginerent le centre monumental et effectuerent les constructions au fur et a mesure des financements et des disponibilites. Il n'est pas prouve, loin de la, qu'ils avaient lu Vitruve ni que leur culture, leur formation, les materiaux a leur disposition les aient portes a l'innovation.

Par son plan, sa position, son aspect clos et ses dimensions, par ses chapiteaux ioniques absents des autres monuments beloniens (155), la basilique claudienne dont il est peu probable qu'elle ait ete precedee par un premier monument basilical, pose la question de l'urbanisme et des conceptions qui ont pu prevaloir, ce qu'a bien mis en evidence P. Gros (156). La question nait de l'etude des chapiteaux confrontes a la chronologie issue des stratigraphies: un decalage semble exister entre des colonnades dites <<augusteennes>> et ce qui aurait ete attendu a l'epoque claudienne. Avant de reflechir a cette derniere <<evidence>>, il convient d'exposer les lignes essentielles du dossier. Il y a donc <<anachronisme>> selon certains, d'un demi-siecle au moins. P. Sillieres a meme formule, sans reserve aucune, des reponses qui lui paraissent incontestables: le tremblement de terre aura entraine une reconstruction a l'economie au moyen d'une recuperation systematique des materiaux ou aura ete suivi d'une pieuse fidelite aux decors initiaux sur le modele des elements ayant echappe au naufrage (157). P. Gros a fait remarquer que cette conclusion ne pouvait guere valoir pour un monument plus tardif, le macellum: a s'en tenir aux comparaisons relatives au travail de la pierre et aux ornementations le marche rencontre des echos importants dans l'Italie du Ier s. av. J.-C. (surtout a partir des annees 50) et dans la peninsule Iberique d'epoque julioclaudienne au sens le plus large (Auguste-Neron). Des critiques emises par des specialistes du decor et de ses chronologies ont conduit a des tentatives, jugees infructueuses a ce jour, pour serier les productions de Baelo selon des sequences malgre tout evolutives chronologiquement. Comme l'ecrit P. Gros, <<l'aspect resolument archaique du travail demeure insurpassable>> (158). Le caractere augusteen des chapiteaux de la basilique paraitrait en outre le plus probable sachant toutefois qu'il n'est jamais aise de comprendre ce qui prime, a l'heure des datations, du style ou du contexte ni quels sont leurs fondements factuels (159). Mais le specialiste de l'architecture romaine ajoute que la basilique correspond a une nouvelle programmation qui ne se superpose pas avec la construction anterieure dont l'identification demeure incertaine (160).

Une etude recente des bases et des chapiteaux rappelle que le premier ordre etait constitue de <<bases attiques sans plinthe, de futs lisses, de chapiteaux ioniques a balustre, qui sont pour l'instant les seuls chapiteaux ioniques de Baelo et d'un entablement a corniches modillonnaires. Le decor des modillons, dont on ne connait que la forme ebauchee dans la pierre, parait original>> (161). Les observations effectuees pour le moment impliquent un manque d'homogeneite des bases qui devrait s'expliquer par des differences de chronologie. Un examen attentif montre egalement qu'au moins un chapiteau ionique differe des autres par certains details de sa decoration: il s'agit de celui de la colonne X dont les balustres sont associes a un decor de feuille d'acanthe. Le chapiteau no. 356, enfin, taille dans une calcarenite plus foncee que les autres, pourrait, du fait de simplifications, suggerer une restauration (162). Si les <<rangs d'oves avec leurs fleches reliees aux coquilles par un tenon horizontal semblent difficilement anterieurs a l'epoque flavienne>> (163), il faudrait considerer que la basilique ne fut pas achevee en une fois ou dut subir des reparations au cours des decennies suivant l'inauguration. Les arguments stylistiques contraignent a la prudence et il ne saurait etre question d'affirmer peremptoirement quoi que ce soit sur les evolutions du centre monumental en dehors du fait que l'octroi du rang municipal a engendre un programme de grands travaux destines a remettre a plat l'ensemble du secteur. La recherche des chronologies est en outre restrictive et enserre la reflexion dans un carcan qui interdit parfois de detecter les vraies questions. Est-ce l'idee que les villes municipales sont inconcevables sans une imitation des modeles romains qui doit l'emporter ou, sans parler de <<provincialisme>>, n'etait-il pas logique qu'une cite modeste, eloignee de Rome et de ses productions impertales, pour laquelle nous n'avons pas de sites voisins a comparer, ait en fonction de ses traditions locales, de ses moyens financiers et de sa dignitas relative choisi les solutions que lui proposerent des architectes dont l'art et la culture n'egalaient pas forcement ceux de Vitruve et des specialistes mis au service des empereurs ? Sans parler de maladresse ni de bricolage, il convient de rappeler l'importance des traditions pour des societes romaines de l'empire qui n'avaient guere les moyens de compter sur autre chose que sur leur bonne volonte, les materiaux et les artisans locaux.

Au vrai, meme si les recuperations ont pu etre importantes, il est surprenant que, malgre la preservation remarquable des vestiges du site, l'epigraphie locale soit si peu loquace sur les magistrats, les decurions et leurs familles, sur leurs rapports avec les empereurs et leur domus, sur leurs initiatives en matiere de monumentalisation et surtout d'embellissement. Sans doute ne connait-on pas les villae du territoire ni donc les mausolees mais la aussi il est etonnant qu'aucune inscription de notable n'ait ete retrouvee dans les <<necropoles>> alors que les humbles ont mieux survecu. Le monument de Pupius Vrbicus comporte un indice peu souligne jusqu'a present (164): en depit du decret de l'ordo, ce sont les parents qui ont offert le piedestal et la statue et non des collegues, des personnes privees influentes ou la cite par le biais de laerarium ou d'une collecte, ce qui pourrait temoigner du dynamisme de l'ideal civique et de solidarites bien vivantes entre notables locaux (165). Il n'est pas question d'affirmer que les responsables de la communaute des Beloniens n'etaient pas conscients de leur devoir d'illustrer leur municipe ni de leur implication etroite dans le maintien de la dignitas de leur cite de rang municipal. Il s'agit de dire que la municipalisation flavienne avait fini par rendre banal un statut autrefois juge plus prestigieux sans compter la moindre urbanisation de cette section littorale de la province et l'evolution des relations avec la province voisine de Tingitane dont Belo n'avait pas, malgre Strabon, le monopole. Faut-il par ailleurs envisager dans une cite maritime un poids particulier des affranchis et des etrangers dont les comportements etaient peut-etre differents de ceux des notables d'autres cites ?

L'archeologie est par definition une tranche d'histoire locale et la <<romanisation>> est un concept ou vague et donc superficiel ou deformant (166). Les jugements sur le retard, l'archai'sme, la modernite, la beaute et la dignite impliquent une forme d'histoire lineaire dont l'ideal romain, assurement evolutif, serait la cle constante. Les cartes de l'urbanisation montrent pourtant que rien n'allait du meme pas selon les regions, voire au sein de memes regions provinciales. De toute evidence, il n'y eut pas a Belo de grandes familles tentees par l'entree dans l'aristocratie romaine et a ce titre portees par une ambition qui les poussait a imiter Rome a tout prix. L'environnement politique constitua en outre un facteur non negligeable: les cites s'epanouissaient dans une rivalite plutot pacifique avec leurs voisines. Les emules firent certainement defaut aux Baelonenses. Le rang de municipium Claudium n'avait rien d'exceptionnellement prestigieux. Ce qui apparait comme un <<archaisme>> n'etait probablement pas pergu de cette maniere et notre regard d'aujourd'hui souligne surtout une distance incontestable entre nos etats modernes et l'Empire romain.

La combinaison recherchee ici entre les apports de l'archeologie et des autres disciplines dans le cadre d'une reflexion historique centree sur une petite ville du littoral atlantique de la province romaine de Betique debouche sur des conclusions de methode et sur de nouvelles interrogations. Il est sensible, a l'analyse, que les exemples voisins et comparables a la basilique de Baelo Claudia et a son environnement global font defaut quand il s'agit de trouver des reponses sures et indiscutables. La tendance est donc de forcer les traits apparents et de ce strict point de vue le nom meme de Baelo Claudia, unique en Betique et dans les autres provinces peninsulaires pousse a une recherche de l'originalite. C'est oublier qu'en Mauretanie Tingitane voisine, avec laquelle le municipe entretenait des relations favorisees par la geographie, Volubilis regut une promotion au rang de municipe romain a la suite de la creation de la province. La nature et la proximite tiraient Belo vers la mer et l'autre cote du Detroit (167). C'est dire que trop d'inconnues masquent encore la comprehension objective d'une histoire fragmentaire.

La basilique etait un monument etroitement lie a la conception heritee de Rome de la cite provinciale et de son autonomie civique. Cet aspect est illustre principalement par les modalites de son integration dans le centre monumental de la ville et par ses variations architecturales malheureusement en partie dependantes d'hypotheses difficilement verifiables, ce qui est le lot de tout dossier traitant de l'Antiquite. Toutes ces donnees ont ete prises en compte et proposent une conclusion oubliee mais formulee tres tot au moment de la campagne de fouille. Baelo entretenait des relations bilaterales avec les autorites romaines a l'image des autres communautes autonomes des provinces. Appelee Claudienne et n'ayant jamais songe a renier ce qualificatif, la ville a fait eriger dans la basilique une statue a Trajan dont l'origine provinciale ne saurait en aucun cas justifier cette decision. Le vainqueur des Daces ne fut pas le dernier empereur et Belo poursuivit son histoire longtemps encore. La question devient a nouveau inevitable: l'epoque de Trajan n'a-t-elle pas signifie a Belo une etape decisive, celle de l'achevement, apres un demi-siecle de la confection du centre monumental qui avait acquis sa forme definitive, l'empereur ayant pu contribuer par un bienfait quelconque a scander cette evolution ou symboliser par un effet de la volonte des notables la satisfaction d'etre une cite accomplie ?

Fecha de recepcion: 15-7-2015; aceptacion definitiva: 27-5-2016

Patrick LE ROUX

Universite Paris XIII

leroux.patrick@club-internet.fr

ANNEXE

Hommages a Trajan en Betique: inscriptions (168)

1. CIL, II, 1028 = 5543 = CIL, [II.sup.2], 7, 887 a et 888. V(--) (Azuaga, Badajoz). Deux bases jumelles dont la premiere ne porte pas le titre Parthicus, rajoute sur la deuxieme a une place qui n'est pas celle qui convient: texte retenu.

Imp. Caesari/diui Neruae f/Neruae Traiano/optimo Aug. Ger/ Parthico/Dacicopontif/maxim. tribun./potes[t]XVIIII imp. XI/ cos. VIp. p./d. d. m. F. V(-)/p. p. f d.

Date: 115 p. C. 168 168

2. CIL, II, 1640 = 1641 = [II.sup.2], 5, 252. Iliturgicola (Cerro de las Cabezas, Cordoue). Plaque de marbre mouluree. Ch. ep. en creux.

In honorem imp./Neruae Traiani Cae/saris Aug. Germ. Dacici/ex beneficis eius pecunia/publica d. ordinis factum et dedicatum.

Date: entre 102 et 114 p. C.

3. CIL, II, 2010 = [II.sup.2], 5, 846. Nescania (Valle de Abdalajis, Malaga). Base de calcaire

Imp. Caesari/diui Neruae f N[er]/uae Traiano Aug./Ger Dacico vac./pont. max. trib./pot. XIII imp. VI cos./VIp. p., optumo/ maxsumoque/principi Nescanienses d. d.

Date: 114 p. C. (les puissances tribuniciennes sont fautives le sixieme consulat datant de 112).

4. CIL, II, 2054 = [II.sup.2], 5, 730. Aratispi (Cauche el Viejo, Malaga). Piedestal de calcaire local. Inscription dans un cadre moulure aujourd'hui en mauvais etat de conservation.

Imp. Caesari diui Neruae f/diuo Traiano optumo/Aug. Germ. Dacico Parthico/pontif. max. trib. potest. XXI imp./XIII cos. VI pater (sic) patriae optumo/maxumoque principi con/seruatori generis humani/res publica Aratispitanorum/decreuit diuo dedicauit.

Date: 117 p. C. (quelques mois apres l'annonce de la mort de l'empereur).

5. CIL, II, 2097 = [II.sup.2], 5, 295. Cisimbrium (Zambra, Cordoue). Aujourd'hui perdue. Bloc de marbre blanc. Probablement une base de statue equestre d'apres les dimensions rapportees.

Imp. Caesari/diui Neruae f/Neruae Traiano op/timo Aug. Germ. Dacico/Parthico pontif. max. trib./pot. XVIII imp. VII cos. VI/ patri patriae municipes.

Date: automne 114 p. C. (malgre le titre de Parthicus).

6. CIL, II, 2352. Iulipa (Zalamea, Badajoz).

Imp. Caesari/diui Neruae f/Neruae Traiano/Aug. Germ. pont. max. trib. pot. IIII cos./IIII/munic. Iulipense/d. d.

Date: 101 p. C.

7. AE, 1987, 499. Saepo (Olvera, Cadix). Piedestal de marbre blanc decore a l'arriere d'un trophee de boucliers et javelots, a droite d'une couronne a lemnisques, a gauche d'un palmier finement sculpte, charge de fruits.

Imp. Caes. d[iui Ner]/uae f Ne[ru]ae Traiano/[optimo A]ug. Ger. Daci/co Part(h)ico pont. max./trib. pot. XIIX imp. X/cos. VI p. p./ res p. Saeponensium/statuam triump(h)alem/ex d. d. dedit.

Date: 114 p. C.

II est difficile de tirer des enseignements d'un dossier mince et temoignant de la necessite de ne pas limiter l'etude aux inscriptions sans integrer la liste des statues. Il apparait toutefois que Trajan beneficia en Betique d'hommages dans une proportion qui ne fut pas exceptionnelle et qui exprima la satisfaction d'un gouvernement juge favorable et non une fierte envers son origine provinciale.

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* Le texte a pour origine un chapitre destine au volume Belo IX paru en 2014 (voir la bibliographie) et non integre finalement. L'etude privilegie les questions de methode et du lien entre le raisonnement archeologique et l'ecriture de l'histoire a propos d'un monument urbain antique bien identifie. Belo IX, desormais paru, a ete mis a profit.

(1.) Pour une presentation architecturale succincte du type monumental: GINOUVES 1998, p. 88-91.

(2.) GROS 1996, p. 235-238, fait le bilan des origines et indique que l'atrium regium dont le qualificatif <<royal>> a ete hellenise a l'epoque de Plaute est tres probablement la source du succes d'un mot qui a Rome ne derivait donc pas de la stoa basilike hellenistique.

(3.) VITRUVE, Archit, V, 1, 6: basilicarum quo genere coloniae Iuliae Fanestri collocaui curauique faciendam.

(4.) GROS 1996, p. 240-259. NUNNERICH-ASMUS 1994.

(5.) NUNNERICH-ASMUS 1994, p. 157-218, recense vingt exemples possibles, dates de la fin de la Republique et des debuts de l'Empire, en Italie, a l'exception de Rome, pour un nombre de cites superieur a quatre cents. La peninsule Iberique occupe, les pages 219-247 et offre une dizaine de sites seulement s'agissant de la meme tranche chronologique. Segobriga et Aeminium parmi d'autres sont absents, faute d'une documentation architecturale satisfaisante au moment de l'elaboration du livre, mais appartiennent assurement a l'inventaire des forums dotes d'une basilique (voir a Segobriga desormais le guide destine au visiteur des vestiges et date en dernier lieu de 2010: aussi infra n. 10). Une methode empirique largement mise a contribution faute de vestiges eloquents ou de fouilles programmees, se fonde sur les axes des rues pour determiner l'emplacement du forum puis, dans ce contexte, tenter de reperer un batiment susceptible de correspondre a une basilique: ce n'est pas infaillible et c'est meme parfois risque. On rappellera l'exemple de Saint-Bertrand de Comminges dont le macellum fut au depart, malgre une fouille, identifie comme basilique judiciaire (cf. GROS 1996, p. 249).

(6.) Promue au rang de colonie sous Hadrien, la cite prit le nom de son <<fondateur>>, Aelius, et s'appela desormais colonia Aelia Augusta Italica: voir CABALLOS RUFINO 2010. Voir pour le <<forum hypothetique>>: PENA JURADO 2007, p. 334-337 en particulier.

(7.) Par exemple MAR-RUIZ DE ARBULO 1987, p. 31-44. L'ensemble architectural associe au culte imperial provincial n'est pas pris en compte ici dans la mesure ou le complexe de la ville haute en forme de terrasse relevait d'une organisation differente de celle d'un forum municipal.

(8.) ALVAREZ-NOGALES 2003, qui retrace les doutes et les incertitudes successives sur les identifications des architectures ou la notion meme de forum et plus particulierement de <<forum de la colonie>>. La reconstruction ideale de J.-C. Golvin restitue une basilique a l'ouest du temple, ce qui n'est confirme par aucune donnee archeologique sure a ce jour.

(9.) Sur les hypotheses et les incertitudes entre autres: PANZRAM 2002, p. 148-152. La basilica de Cordoue est mentionnee par le BellumAlexandrinum, 52, 2 a la date de 48 av. J.-C., ce qui explique les essais plus ou moins justifies d'identification de vestiges susceptibles de convenir.

(10.) Segobriga 2007, p. 12 et 35-39.

(11.) ALARCAO 1993, p. 218.

(12.) CARVALHO et al. 2010, p. 70-86.

(13.) ALARCAO-ETIENNE 1977; ALARCAO-ETIENNE-GOLVIN dans ETIENNE-MAYET 1997, p. 49-68. ROTH-CONGES 1987, p. 711-751.

(14.) On pense en particulier a Capera/Capara dont le forum est bien localise ainsi qu'une possible curie, outre une eventuelle basilique a confirmer: CERRILLO MARTIN DE CACERES 1998, p. 77-92. Id. 2010 p. 127-136. A completer egalement par la monographie de NUNNERICH-ASMUS 1996.

(15.) Les recherches se heurtent a de nombreuses difficultes en partie consecutives a la superposition des agglomerations depuis l'Antiquite et a la presence de la ville moderne. Les precautions methodologiques devraient etre redoublees, mais le desir de reconstitution semble inversement proportionnel aux traces conservees. GARCIA MARCOS-VIDAL ENCINAS 1990, p. 382-385, ont cru pouvoir restituer une basilique vitruvienne avec aedes Augusti au voisinage de ce qui serait le forum. Ils sont suivis par BALTY 1991, p. 616-617 et fig. 287. GARCIA MARCOS-VIDAL ENCINAS 1998, p. 922 se montrent plus prudents et ne proposent plus d'y reconnaitre une basilique, a plus forte raison vitruvienne. NUNNERICH-ASMUS 1994, n'integre pas Astorga dans la liste des basiliques peninsulaires.

(16.) AE, 1972, 243: Genio/basele/cae s[a/crum--/ex uoto ou a. l. p. ?].

(17.) Voir la these inedite de GOFFAUX 2001, 1, p. 456-470 et 2, p. 6-169. Voir egalement MELCHOR GIL 1994.

(18.) HEp, 2, 22: [Corne ?]lia L. f Anulla mater sacerdo[s--b]as[ili]cam cum hypa[ethro--] etc.

(19.) AE, 1981, 504: Diuo Augusto/Q. Fabius Q. f Varuspontif/Vuir cryptam hypaetrum d. s. p. d. dedicauit. Voir aussi VITRUVE, Archit, V, 9, 2; 6; 9: l'adjectif hypaet(h)rus, a signifie a l'air libre qu'il s'agisse de promenades (ambulationes), de lieux (loca) ouverts. Hypaetrum est substantive au neutre ici, semble-t-il. Cf. ETIENNE 1981, p. 135-142 p. 135-142 (= Itineraria Hispanica, 2006, p. 61-68 et particulierement p. 64-65).

(20.) CIL, [II.sup.2], 5, 633 = HEp, 3, 182: [--lib.] Ser. Perseus ob honorem VIuiratus fori et basilicae in[tercolumnia ? cum ca]ncellis et trabaeclis et postibus pecunia sua ex[or]nata <d>edit. Les postes ne sont pas ici des jambages de porte mais correspondent vraisemblablement aux poteaux soutenant les grilles des balustrades (cancelli).

(21.) CIL, [II.sup.2], 5, 794: L. Clodiu[s--M]ontanus Singil. uetus [--]/ob honorem [--]atus solum basilicae marmor[e strauit ?--]/etc.

(22.) PARIS-BONSOR-LAUMONIER-RICARD-DE MERGELINA 1923, alors qu'il pensait que Baelo Claudia etait une colonie et non un municipe en raison de l'emploi du feminin dans le texte de L'Itineraire d'Antonin, 407, 3. Voir aussi Le ROUX [2016], online.

(23.) Voir BELO IX p. 5-6.

(24.) Voir GARCIA y BELLIDO-NONY 1969, p. 465-478. RICHARD-LE ROUX-PONSICH 1972, p. 571-578.

(25.) Voir NUNNERICH-ASMUS 1994, p. 239 et surtout ARANEGUI et AL. 1987, p. 90-92.

(26.) La question est complexe et repose sur la connaissance au cas par cas des dossiers dans lesquels l'archeologie ne tient que peu de place par la force des choses: cf. LE ROUX 2010, p. 126 en particulier.

(27.) ARANEGUI-HERNANDEZ-LOPEZ Pinol 1987, p. 90-92. Voir VITRUVE 2009, p. 124: suivant P. Gros, C. Saliou considere que la formule adiuncta foris <<adjacente aux forums>> signale la position secondaire de la basilique et sa dependance par rapport au forum ce qui voudrait dire que les basiliques n'etaient que des <<structures d'encadrement>>. GROS 1996, p. 240, precise qu'au debut de l'Empire la basilique n'est <<encore que le prolongement du forum>>, et donc qu'une evolution se produisit sur ce point ensuite. Concernant le monument de Glanum et le forum: GROS-VARENE 1984, p. 21-52 qui situent la monumentalisation a l'epoque augusteenne avec de bons arguments.

(28.) Les problemes de vocabulaire, complexes, font toujours l'objet de debats: il y a des basiliques dans les camps, des basiliques associees a des demeures privees ou independantes d'un forum sans oublier l'ambigu'ite difficile a lever parfois entre certains portiques et les basiliques de forum: Gros 1996, p. 235-237; SALIOU 2009, p. L-LI.

(29.) Il convient d'etre tres prudent et de ne pas inferer d'un statut d'un oppidum l'identite d'un monument ni d'un monument, peut-etre identifiable comme une basilique qu'il n'etait pas obligatoirement, un statut de ville non peregrine. En la matiere, aucune norme n'est assuree et nous n'avons acces qu'a des pratiques locales. L'evolution des centres monumentaux tend a associer le type de la basilique de forum a un statut municipal sans exclure d'autres cas de figure.

(30.) SALIOU 2009, p. 124: <<Le developpement consacre aux basiliques par Vitruve s'inscrit donc pleinement dans l'actualite de la construction publique de son temps>>.

(31.) Voir BELO IX p. 137-138. Deux questions demeurent: les arguments qui ont servi autrefois a dater la basilique de Claude-Neron sont recuses malgre un materiel inchange allant toujours dans ce sens. La methode qui consiste a unifier les conclusions de l'ensemble monumental a partir de donnees partielles ne parait pas satisfaisante. On observe, par exemple, que la datation du <<capitole>> est situee entre 50 et 65 apr. J.-C. (Belo VII). Il est concevable que tout n'ait pas ete bati en meme temps et qu'un decalage assez long ait ete plutot la norme, ne serait-ce que pour des raisons materielles et financieres. Il est genant de devoir penser que la chronologie a ete modifiee depuis les premieres datations pour justifier un tremblement de terre hypothetique et indatable a dix ou vingt ans pres et non atteste avec certitude par un document quelconque (meme archeologique) a plus forte raison comme destructeur.

(32.) NH, III, 7: Ex his digna memoratu aut Latio sermone dictu facilia ... portus Baesippo, oppidum Baelo, Mellaria ... Il n'est pas precise si Baelo etait cite parce que digne de memoire (sa situation geographique en etant vraisemblablement la cause: voir PLINE L'ANCIEN, NH, V, 2 a propos du trajet le plus court evalue a 30 mille pas, soit pres de 45 km, entre Tingis et Baelo) ou parce que de nom aise a prononcer en langue latine. Toutefois Baelo est oppidum sans la qualification de portus laissee a Baesippo, ce qui suggere que c'est l'absence de probleme de prononciation qui valut a l'agglomeration l'inclusion dans la liste. Le propos etonne a tort dans la mesure ou, malgre Strabon, Bailon n'etait pas a proprement parler un portus mais une anse abritee (sauf par temps de <<Levante>>): ce sont sans doute les salaisons qui caracterisaient avant tout la ville littorale. Oppidum porte aussi sur Mellaria, egalement oppidum stipendiarium parmi les 120 villes de cette categorie que comportait la Betique selon la source (augusteenne) de Pline. L'absence de toute mention autre, en particulier de surnom honorifique, ne laisse aucun doute sur son statut peregrin avant la promotion claudienne au rang municipal. Cf. deja LE ROUX 2008, p. 569-594. Aussi LE ROUX [2016], online.

(33.) ETIENNE-ALARCAO-GOLVIN 1997, p. 49-68 (= Itineraria Hispanica, 2006, p. 453-464). L'interpretation du dossier ne parait pas entierement convaincante quelle que soit la logique retenue. Dans un cas, la domination de Rome et le culte imperial semblent tenir une place excessive et de principe dans le contexte d'une lecture plus ideologique qu'archeologique et historique. Dans l'autre, les vestiges, trop imprecis, ne peuvent fonder de maniere sure une hypothese architecturale modelisee. Depuis trois decennies, les donnees ont evolue et une remise a plat a caractere historiographique fait encore defaut.

(34.) Voir en particulier IRC, III, no. 13-186 et WIEGELS 1985, p. 112-113. Les institutions mentionnees dans l'epigraphie du Ier siecle av. J.-C. sont, sans aucun doute, de type romain et municipal, ce qui n'est pas le cas a Belo ou l'on ne dispose d'aucune inscription precoce. Pompei conservait encore des hommages d'epoque augusteenne et meme anterieurs lors de l'eruption du Vesuve.

(35.) SANMARTI-GREGO 1987, p. 55-60. MAR-RUIZ DE ARBULO 1990, p. 145-164. Gros 1996, p. 220-221. NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 37, p. 219-221, parle avec prudence de <<sogennante basilika>>.

(36.) Voir GROS 1996, p. 220-223. Cf. infra n. 68, n. 122 et n. 127. Il faut eviter toutefois de ramener les schemas et plans a un modele uniforme. Sous des apparences communes, la variete et la diversite l'emportent le plus souvent.

(37.) LE ROUX [2016], online. Sur un plan methodologique, la faiblesse de l'echantillon disponible associe aux comparaisons qui n'en sont pas toujours enferme la reflexion au lieu de l'ouvrir. Les disciplines archeologiques, comme les autres, construisent leur objet et ne produisent pas des donnees scientifiquement incontestables. Les fluctuations des datations et des conclusions architecturales en temoignent en permanence. Les progres des recherches sont dependants d'un changement epistemologique necessaire, mais non suffisant, aujourd'hui.

(38.) BELO IX p. 9-12. SILLIERES 1995, p. 20-21.

(39.) STRABON, III, 1, 8 (outre la traversee jusqu'a Tingis pour une epoque ou n'existaient pas de ports de passagers mais des embarquements a la demande). DOMERGUE 1973, p. 101-104; SILLIERES 1995, p. 52-53; GARCIA VARGAS-BERNAL CASASOLA 2008, p. 133-181.

(40.) SILLIERES 1995, p. 73-77, propose un bilan surtout fonde sur des techniques de construction qui, a Belo, posent des questions chronologiques difficiles en raison de decalages observes pour d'autres edifications (cf. infra p. 127-129). Voir en outre ALARCON CASTELLANO 2006, p. 60-78, qui a conclu, en se fondant sur la doctrine deja etablie, a la datation augusteenne de la Porte de Carteia fouillee partiellement des P. Paris. Des excavations recentes par A. Arevalo et l'equipe chargee du site ont permis d'avancer archeologiquement mais la publication est encore en cours.

(41.) SILLIERES 1995, p. 54-55. Il convient de noter qu'oppidum ne veut pas dire chez Pline et sous l'Empire <<ville fortifiee>> mais <<agglomeration>> sans autre connotation.

(42.) LE ROUX 1995, p. 64-70 et 83-87 (voir aussi la traduction en castillan avec mise a jour, Barcelone, Bellaterra, 2006) et LE ROUX 2010, p. 107-110.

(43.) Voir HOURCADE 2003, p. 295-324.

(44.) Voir les donnees et leurs limites dans NUNNERICH-ASMUS 1994, p. 219-247. Aussi supra n. 13 et 14.

(45.) Voir supra, n. 23. Ni les structures reconnues ni le mobilier autre que la ceramique et l'instrumentum ne sont suffisamment representes pour autoriser quelque conclusion que ce soit. Voir aussi BELO IX p. 121-124.

(46.) Les activites liees a la peche et soulignees par Strabon (voir supra n. 39), le premier forum non dalle (SILLIERES 1995, p. 103), le decalage entre l'organisation des espaces republicains et augusteens et le futur secteur meridional du forum suggerent que plus qu'a un urbanisme civique l'on avait affaire sous Auguste a une place destinee a faciliter les activites economiques de production et d'echange principalement.

(47.) LE ROUX [2016], online. Bien que d'ordre non factuel, cet argument doit etre associe a l'idee que ou la destruction n'est pas integrale et l'on garde ce qui a resiste ou rien n'est utilisable et on reconstruit plus loin mais a l'ecart de l'ancien site comme a Agadir apres 1960. Enfin la modeste Baelo, non citee par Dion Cassius, n'avait pas de raison de susciter l'attention particuliere de Claude en cas de catastrophe: les villes d'Orient, secouees par les guerres civiles et appartenant au monde grec etaient autrement prestigieuses: voir DELRIEUX 2012, p. 261-274. Neron ignora Pompei en 62 malgre Poppee et malgre sa popularite dans la ville (ETIENNE 1966, p. 13-14). D'autres cites voisines, Herculanum, Nuceria, Naples meme furent touchees. L'idee qui devrait prevaloir est celle d'un seisme tres limite si le phenomene, non detecte par les sismologues, doit etre retenu.

(48.) Voir aussi infra n. 127. On citera Emporiae, Conimbriga, voire Bracara Augusta. Le raisonnement fonde sur un etonnement devant une reconstruction dans un laps de temps juge trop court est subjectif et ne correspond pas a une realite qui n'etait pas la notre et relevait de circonstances plus complexes que celles d'une catastrophe naturelle. Il est tout aussi etonnant qu'aucun document, textuel, epigraphique ni aucune statue d'epoque augusteenne n'aient ete conserves ni qu'aucun texte posterieur n'ait signale une catastrophe a la faveur du recit des evenements de Mauretanie Tingitane. Pomponius Mela, originaire de la region est muet. L'exemple parfois invoque de Paphos est tout sauf demonstratif des consequences possibles d'un tremblement de terre: DION CASSIUS, LIV, 23, 7, dit qu'a la suite de la catastrophe, par un decret special d'Auguste, la cite fut autorisee a porter son nom, ce qui veut dire que ce n'etait pas la coutume et que la ville peregrine ne requt, par ailleurs, en dehors de cet honneur sollicite, aucun privilege politique modifiant son statut. Quant a affirmer que l'omission de la tribu rajoutee (si c'est de cela qu'il s'agit mais tardivement de toute maniere: cf. LE ROUX 2009, p. 163-174) disqualifie l'inscription de Pupius comme temoignage du nom officiel de Baelo c'est contraire a toutes les regles averees des inscriptions honorifiques municipales de la Betique et d'ailleurs sans aucune portee, sachant qu'en outre l'ITINERAIRED'ANTONIN, 407, 3, la qualifie de Baelo Claudia.

(49.) Sous Claude selon BELO IX mais voir supra n. 23. L'adjectif <<claudien>> associe dans le vocabulaire historique les regnes de Claude et de Neron, ce qui est de toute faqon plus conforme a la mise en place progressive des edifices de l'epoque municipale.

(50.) SALIOU 2009, p. 122-133.

(51.) Les preceptes topographiques de Vitruve sont si vagues qu'il est toujours possible de les reconnaitre un peu partout: ainsi, les temples du capitole sont-ils bien sur une petite eminence par rapport a la place mais ils n'occupent evidemment pas le point le plus eleve du site.

(52.) NEY-PAILLET 2006, p. 105. Voir surtout pour l'ensemble des descriptions et donnees chiffrees: BELO IX p. 16-57 (Pierre Sillieres).

(53.) On rappellera ici que les dimensions hors cxuvre de l'edifice basilical sont de 35,83 X 19,95 m, que la salle mesurait interieurement 31,5 x 18,5 m ce qui representait un rapport entre la longueur et la largeur egal a racine de 3.

(54.) NEY-PAILLET 2006, p. 97. Les donnees qui suivent sont empruntees a ces auteurs. Voir aussi SILLIERES 1995, p. 107-113.

(55.) Les exemples comparables semblent manquer autant que l'on puisse le savoir.

(56.) NEY-PAILLET 2006, p. 108.

(57.) VITRUVE, Archit., V, 1, 4-5 (traduction d'apres C. Saliou). Sur le qualificatif de <<normale>>: Gros 1996, p. 235.

(58.) L'argumentation sur ce point est fragile dans la mesure ou nous savons mieux qu'auparavant que le climat change et que la situation pouvait etre differente il y a 2000 ans: la secheresse etait sans doute moindre qu'aujourd'hui.

(59.) La largeur de la galerie peripherique etait de 4,24 m (entre le mur et la colonne); la largeur de la cour centrale a ete mesuree a 9 m x 22,5 m de longueur.

(60.) Voir NEY-PAILLET 2006, p. 97-101: pour la hauteur de colonne enregistree, l'entrecolonnement devrait etre egal a 3,029 m, ce qui correspond a l'entraxe des colonnes transversales mais non a l'entraxe longitudinal variant de 3,185 a 3,20 m.

(61.) Voir infra p. 109-111.

(62.) VITRUVE, Archit, V, 6-10.

(63.) MAGGIORI 2003, p. 294, souligne les difficultes dues aux imprecisions ou ambigu'ites du texte. Il est frequent de proposer une couverture etagee en accord avec un edifice clos.

(64.) SALIOU 2009, p. 151.

(65.) VITRUVE, Archit, V, 1, 7 precise toutefois que deux colonnes ont ete omises pour <<eviter qu'elles empechent de voir le pronaos du temple d'Auguste qui est place au milieu du long cote de la basilique, regardant le milieu de la place et le temple de Jupiter>>.

(66.) NEY-PAILLET 2006, p. 130-133 plus particulierement.

(67.) BALTY 1991, p. 314-318, no. 9, accepte comme curie l'edifice dit aux deux escaliers au nom de la relation spatiale supposee entre les deux constructions. Il n'y a cependant pas de circulation averee entre les deux monuments et il est tres vraisemblable que la curie soit le batiment bordant la grande entree face a l'arc qui interrompait l'ordonnancement du portique ouest: SILLIERES 1995, p. 114-115. Les typologies sont parfois trompeuses et demandent a etre appliquees prudemment.

(68.) GROS 1996, p. 215 et p. 267, a propos des forums et des curies, et SALIOU 2009, p. 154.

(69.) DAVID 1983, p. 235.

(70.) NEY-PAILLET 2006, particulierement p. 99-107, constitue la premiere mise au point malgre quelques observations discutees ensuite par BELO IX supra n. 52.

(71.) Il ne s'agit pas d'une <<salle des pas perdus>>, car ce n'est pas ce qu'il convient d'appeler une salle d'attente comme c'est aujourd'hui le cas dans un Palais de justice ou ce hall donne acces a diverses <<chambres>> ou a des services administratifs, vrais lieux des activites.

(72.) NEY-PAILLET 2006, p. 130-132, choisissent avec prudence la solution d'un promenoir ouvert sur les deux longs cotes et un escalier non couvert. Meme prudence chez SILLIERES 1995, p. 110-111. GROS 2006, p. 89-90, suit ces conclusions qui semblent confirmer le decalage chronologique de la basilique claudienne par rapport aux modeles architecturaux en vigueur a la date de sa construction. Cf. GROS 1996, p. 248. Voir desormais Belo IX p. 54-57.

(73.) NEY-PAILLET 2006, p. 107-108.

(74.) BELO IX p. 32-33 qui suggere des bancs pour les utilisateurs de la salle dans le cadre de leurs activites ce qui suppose un lieu reserve, non accessible par tous en permanence.

(75.) Voir aussi infra p. 107-108. BELO IX p. 33-34 n'exclut pas des panneaux d'affichage mais note que les renfoncements ne sont pas tous identiques et que certains pouvaient contribuer a la decoration ou porter une plaque inscrite (dont aucune trace n'a ete signalee cependant).

(76.) LE ROUX 2008, p. 575-578: aucune base ne pouvait servir a l'installation du siege (la sella) du magistrat et tenir lieu de tribunal, malgre NEY-PAILLET 2006, p. 104. Ajouter BELO IX, p. 30-31.

(77.) Presentation complete dans BELO IX p. 59-71 et surtout p. 64-71 concernant l'etude stylistique par M.-P. Darblade-Audoin dont les conclusions suivent les modes actuelles en matiere de statuaire imperiale romaine et des portraits.

(78.) LOZA AZUAGA 2010, p. 119-135 et plus particulierement p. 123-129. Les bras manquent et avaient ete fabriques egalement de maniere independante. Pour la description detaillee du vetement et de la posture: voir p. 124-125 et desormais BELO IX p. 147-148 (M.-P. Darblade-Audoin). La statue aurait pour origine une statue d'Aphrodite du Ve s. av. J.-C. dite <<Hera Borghese>> et entrant dans le groupe Themis (<<la loi divine>>, la deesse de la justice) et figurant sans doute ici une imperatrice julio-claudienne.

(79.) LOZA AZUAGA 2010, p. 128-129 qui date la <<matrone>> de la periode claudienne et n'exclurait pas Livie ou Agrippine la Jeune, bien qu'il ne s'agisse que d'une hypothese possible. Le raisonnement est tributaire de l'histoire juridique du site faute de mieux, rien n'interdisant, semble-t-il, une datation flavienne. L'argument du cingulum dont la representation, ici absente, serait le propre des statues posterieures a l'epoque julio-claudienne parait plus fragile. La statue aurait orne une maison du IVe s. installee apres l'abandon de l'edifice (BELO IX p. 148).

(80.) La statue est a rapprocher de plusieurs sculptures connues et particulierement de Merida: supra n. 78 et 79.

(81.) BELO V p. 113. Elles correspondent aux numeros 18, 51, 57, 58, 68.

(82.) Voir infra pp. 131-132.

(83.) Voir quelques references et exemples qui le suggerent ou le demontrent dans DI STEFANO MANZELLA 1987, p. 121-134.

(84.) Cf. BELO IX supra n. 77. Le type auquel appartiendrait la tete correspondrait, par la coiffure et le remploi d'une tete de Domitien victime de la damnatio memoriae (si l'observation est justifiee), aux portraits anterieurs a la guerre dacique: BELTRAN FORTES 1999, p. 258-259 et aussi BELO IX p. 69-71 qui suit P. Leon.

(85.) Pour les provinces iberiques, en dernier lieu parmi d'autres: TORREGARAY PAGOLA 2013, p. 309-331.

(86.) VITRUVE, Archit, V, 1, 8: Item tribunal quod est in ea aede hemicyclii schematis minoris curuatura formatum; eius autem hemicyclii in fronte est interuallumpedes XLVI, introrsus curuaturapedes XV, uti qui apud magistratus starent negotiantes in basilica ne impedirent.

(87.) Voir en particulier VERBOVEN 2007, p. 89-118. Il est entendu que negotium s'oppose a otium (repos ou loisir, CICERON) et englobe toute forme d'activite publique ou privee (d'affaire) au service de la collectivite: BENVENISTE 1969, p. 139-147. La dimension economique, celle des affaires commerciales et financieres est dominante et chez Vitruve correspond sans aucun doute a cet emploi technique.

(88.) Sur ces questions: ANDREAU 2001, p. 72-94 en particulier.

(89.) PLINE L'ANCIEN, NH, III, 15 ou Baesippo figure cependant.

(90.) Une base entre les deux colonnes en avant du tribunal existait a Pompei dans le dernier etat, au moment de l'ensevelissement de l'edifice par l'eruption du Vesuve.

(91.) Voir infra pp. 114-115.

(92.) Cf. BELO IX p. 59-71 (M.-P. Darblade-Audoin), indique que les calcei de l'empereur mettent l'accent sur le senateur et le consul (p. 68). Le corps du togatus entre dans une serie qui serait datable de Neron-Domitien (p. 69).

(93.) Sur une tete reutilisant un portrait de Domitien, BELO IX p. 69-70. Neron est-il inconcevable en ce cas ? La tendance a retrouver des tetes de Domitien sous chaque tete de Trajan n'est pas sans exces et repond a une mode fondee sur des arguments stylistiques quantitativement modestes. Pour le Trajan de Baelo Claudia, cf. BERGMANN 1997, p. 139-153 et particulierement p. 140-142. Pourquoi Trajan et non Nerva ? Meme si la tete a ete retravaillee, la statue recuperee pouvait provenir du forum de la curie, d'un autre edifice, d'une place ou d'un portique. Comme on verra, la presence d'un Trajan eut peut-etre une signification autre et eclairerait les evolutions de l'urbanisme dans le petit municipe.

(94.) LE ROUX 2008, p. 588-590.

(95.) GROS 1996, p. 220-221, rappelle que le debat sur les liaisons entre camps et forum ferme n'a plus de raison d'etre car les deux formules n'ont aucune filiation averee entre elles. Les principia des camps tendent aussi a marquer la difference sur le plan religieux entre architecture militaire et civile: cf. REDDE 2004, p. 442-462, qui avec d'autres ecarte la presence de statues imperiales avant le milieu du IIe siecle parmi les enseignes dont les principia etaient la chapelle par excellence.

(96.) Voir LE ROUX 2008, p. 590.

(97.) D'ou l'insistance de Vitruve sur la position de l'aedes face a l'aedes louis; la rhetorique fait ici merveille plus que la precision technique du langage religieux.

(98.) BALTY 1991, p. 255: <<Leur caractere commun de salle d'assemblee des magistrats conduisit sans doute a les grouper du meme cote du forum ... Une etape supplementaire ... consista a les additionner l'un a l'autre, voire a les integrer en un monument plus vaste ou les deux salles gardaient leur fonction propre au sein d'une architecture nouvelle>>. Cependant, il est possible qu'a l'occasion de reunions publiques ne mettant en cause aucune decision, la salle de la basilique ait ete preferee a la curie a laquelle elle ne pouvait pas etre systematiquement substituee, n'etant pas un templum.

(99.) Le reglement flavien indique sur les competences locales, en matiere de condamnation, un plafond de 1000 HS sous forme d'une amende (multa), ce qui correspondait a un droit de coercition mineure: LE ROUX 1991, p. 112-113.

(100.) NUNNERICH-ASMUS 1994, p. 254 (Tableau en Appendice) qui compare les dimensions des forums et celles de leurs basilique sans autre critere que l'absence de piece additionnelle (curie, exedre, aedes, etc.). Les donnees chiffrees sont le plus souvent difficilement comparables, car il n'est jamais precise si les reperes incluent ou non systematiquement certains elements tels que portiques, trottoirs, etc. (a Belo meme la place dallee selon les modes de delimitation est evaluee a 37 m x 30 m sans les trottoirs est et ouest mais en incluant le trottoir meridional ou a 32, 20 sans ce trottoir). En outre, une comparaison rigoureuse doit tenir compte de la situation de l'edifice par rapport a la place et du type de la basilique, oblong ou barlong, ce que fait cependant le tableau de SALIOU 2009, p. 123. P. 128-129, elle deplore egalement les inconsequences des sources chiffrees qui contrarient la comparaison et elle ne propose des dimensions et proportions que limitees aux basiliques.

(101.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 12, p. 169-171. Date: IIe s. av. J.-C. Dimensions: 36 x 29 m. Le monument, n'est pas vraiment comparable a celui de Belo et les proportions en sont differentes: voir SALIOU 2009, p. 125 pour un plan restitue.

(102.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 5, p. 162. Date: 100-80 av. J.-C. Dimensions: 45,80 x 23,80 m. Basilique du type de celle de Cosa. Elle est localisee au nord-est sur le long cote de la place de forme carree (120 x 120 m).

(103.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 19, p. 180-181. Date: epoque republicaine. Dimensions: 47,05 x 29,04 m. Precedee par des constructions du IIe s. av. J.-C., la basilique augusteenne ou tiberienne possede une abside rectangulaire sur le long cote oppose au forum. Colonnade: 20 colonnes ioniques reparties en 8 x 4.

(104.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 46, p. 239. Date: augusteenne. Dimensions: 40 x 20 m. Plan: type a peristasis. Aire centrale: 10 m en largeur et les couloirs du deambulatoire de chaque cote 5 m. Colonnade: 24 colonnes reparties en 10 x 4.

(105.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 49, p. 245-246. Date: peut-etre claudienne. Dimensions: 43,80 x 19 m. Colonnade en n.

(106.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 37, p. 219-221. Date: augusteenne. Dimensions: 50 x 8,40 m. Peu de vestiges. Basilique en position surelevee par rapport au forum, comme a Veleia et a Verone en Italie du Nord.

(107.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 39, p. 224-226. Date: augusteenne. Dimensions: non mesurables. Forum: 48,64 x 44,88 m.

(108.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 40, p. 228-229. Date: claudienne ? Dimensions: 83 x 25,50 m. Tribunal ?: podium de plus de 6 x 6 m faisant corps avec les deux colonnes centrales du petit cote et posterieur a elles.

(109.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 22, p. 184-189. Date: 130/120 av. J.-C. Dimensions: 67 x 25 m. Salle axiale de 28 colonnes colossales. Communiquait avec le forum par un chalcidicum situe a l'oppose du tribunal.

(110.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 48, p. 242-245. Date: augusteenne ? Dimensions: 74,80 x 27,60 m.

(111.) NUNNERICH-ASMUS 1994, no. 41, p. 229-231. Date: ou augusteenne ou flavienne ? Dimensions: 33/39,50 x 5,50 m, soit environ 184 [m.sup.2] au maximum.

(112.) SALIOU 2009, p. 128-129.

(113.) SALIOU 2009, p. 130.

(114.) SALIOU 2009, tableau p. 128-129.

(115.) NUNNERICH-ASMUS 1994, Appendice non pagine, tableau initial non numerote.

(116.) NEY-PAILLET 2006, p. 113. FELLAGUE 2010, p. 278-279.

(117.) NEY-PAILLET 2006, p. 112-113.

(118.) NEY-PAILLET 2006, p. 120-124. Cf. BELO IX, p. 46-52.

(119.) Cf. SALIOU 2009, tableau p. 123. La hauteur de la basilique vitruvienne s'elevait a 50 pieds, soit un peu moins de 15 m.

(120.) GROS 1996, p. 248.

(121.) L'existence d'un etage y repose sur les structures restaurees au-dessus du tribunal lui-meme restitue mais il n'a ete identifie ni escalier d'acces ni vestiges indiquant la forme et la structure de la couverture.

(122.) GROS 1996, p. 248, sur la liaison entre le rythme de la colonnade des portiques du forum et celui de la fagade a colonne des basiliques que ce soit au sol ou a l'etage.

(123.) Meme observation pour le macellum: BELO III p. 141. Il est raisonnable de considerer que les chainages etaient aussi enduits.

(124.) BELO V, no. 98: <<sur le lit de pose du stuc>>: [--]st an scieru[nt ?--]/Auitus.

(125.) Il n'y a pas d'indices a ce jour que ce fut la la technique employee sur l'ensemble du site concernant les edifices publics.

(126.) Malgre BELO IX, l'experience directe de la fouille montre qu'il n'etait pas toujours possible de distinguer couche d'abandon et apports posterieurs lies a la destruction de l'edifice.

(127.) GROS 1996, p. 252.

(128.) Pour un bilan des hypotheses, BELO IX, p. 45-57.

(129.) GROS 2006, p. 89-90, se fonde sur sa propre restitution de l'elevation (voir supra n. 27, p. 95), en partie hypothetique, de la basilique de Fanestris pour rapprocher les deux monuments: ce n'est pas entierement satisfaisant en bonne methode.

(130.) Il n'est pas possible d'ignorer que les architectes, comme l'indique Vitruve, etaient sensibles a l'environnement y compris geographique et climatique et ne limitaient pas leurs analyses a la topographie.

(131.) WARD-PERKINS 1970, p. 1-19: l'idee d'un modele importe a partir de Gaule Cisalpine est aujourd'hui abandonnee au profit d'une evolution complexe liee au depart au forum romain. Le schema triparti n'a pas ete remis en cause cependant. Voir desormais GROS 1996, p. 207-234, sur les forums et leurs developpements italiques et provinciaux.

(132.) GROS 1996, p. 212-216.

(133.) BALTY 1991, p. 255-256.

(134.) ALARCAO-ETIENNE 1976, p. 178 (= Itineraria Hispanica, p. 389): <<L'architecte urbaniste etait tenu de respecter la regle, que rappelle Vitruve, selon laquelle le temple majeur d'une cite doit etre construit sur le point le plus eleve de la ville>>.

(135.) ALARCAO-ETIENNE 1976, p. 171-185, en particulier p. 177-178 = 2006, p. 381-394 et p. 388-389. On notera aussi p. 394: <<elle (Rome) cherche a recuperer les elites qui communient dans le culte imperial ...>>.

(136.) ALARCAO-ETIENNE, Itineraria, 2006 [1979], p. 401: <<Le nouveau statut de la ville, maintenant nommee Flavia Conimbriga, exigeait un forum plus monumental. Celui d'Auguste a donc ete arase et, sur ses ruines, le forum flavien a ete bati en l'honneur de la maison imperiale et pour feter la dignite municipale de la ville. Que la vie commerciale ait ete chassee du nouveau forum ne doit pas nous surprendre. Il ne nous semble pas davantage anormal que le nouveau forum n'ait pas fait de place a l'administration: il exalte la fonction religieuse a l'image du forum imperial>>.

(137.) Il ne doit y avoir la aucune reference aux trois fonctions dites <<indoeuropeennes>>.

(138.) Voir aussi GROS 2006, p. 80. <<Complet>> ne veut pas dire <<modelisable>>.

(139.) C'est une proportion importante en apparence mais, au regard d'autres villes et des espaces urbains d'aujourd'hui, la place des monuments publics apparait comme relativement modeste: Pompei, Merida ou Nimes, plus etendues, offraient des centres monumentaux plus importants en superficie.

(140.) Voir supra n. 134 la remarque de Vitruve qui parait dictee par l'amenagement du centre romain.

(141.) Voir BELO VII. Il convient toutefois de preciser que l'identification de ces types de sanctuaire a un capitole ne fait pas l'unanimite aujourd'hui.

(142.) Cf. BELO VIII, 2008. Les sanctuaires conserves, peu nombreux, ne rendent pas compte de la diffusion reelle du culte revelee par l'epigraphie.

(143.) SILLIERES 1995, p. 95, dont le propos est influence par l'identification du forum a <<une place pour le culte imperial>>, ce que ne demontrent pas les statues de magistrats associees aux petits edifices. Il est suivi par GROS 2006, p. 82, sans que la preuve soit faite de la fonction des <<sacella>> supposes, designes sous ce nom a cause d'un autel anepigraphe.

(144.) Mesurant 13,40 m x 9,82 m, il s'ouvre directement sur les marches communiquant avec le decumanus. Constitue d'un vestibule et d'une piece axee sur une base placee au fond, il comporte deux escaliers symetriques d'acces a un etage. Le mur de la basilique servait d'appui a l'ensemble.

(145.) SILLIERES 1995, p. 126-127: l'edifice aux deux escaliers est, lui aussi, adosse a la basilique et donc posterieur, ce qui n'autorise aucune datation autre qu'hypothetique en l'absence de donnees explicites issues de la fouille (MCV, XI, 1975, p. 514-516, P. Rouillard).

(146.) NEY-PAILLET 2006, p. 95, proposent l'hypothese d'un uestibulum associe a une fonction liee aux activites commerciales.

(147.) Malgre SILLIERES 1995, p. 127-128, un forum uenale, notion floue et creee recemment (GROS 1996 l'ignore), est improbable (pourquoi des escaliers a quatre degres en ce cas et pourquoi un lieu aussi eloigne de la mer ?), tout comme est exclue une <<place des corporations>> a la maniere d'Ostie que la configuration de la place n'evoque pas.

(148.) NEY-PAILLET 2006, Ibid.

(149.) Il faut introduire des nuances liees a la chronologie, des decennies etant necessaires pour ordonner l'ensemble.

(150.) La place du forum servait probablement de saepta les jours de vote et accueillait la proclamation des resultats ou se couvrait de monde lors de la convocation d'une contio par l'un des magistrats.

(151.) WELCH 2007, p. 30-71, montre que les spectacula du Forum Romanum anterieurs aux monuments durables etaient des structures en bois prefigurant les amphitheatres en pierre. Il est peu probable que le forum ait ete utilise a Belo, meme occasionnellement, pour des jeux de gladiateurs, ce qui veut dire que la basilique n'a pas pu jouer non plus le role de lieu privilegie pour des spectateurs convies a des munera. L'espace en etait de toute maniere trop etrique. Il est notable que le long du littoral entre Algesiras et Cadix aucun amphitheatre n'est associe a l'une ou l'autre des cites, semble-t-il. Par ailleurs, le theatre offrit un lieu de divertissement contemporain de l'erection de la basilique: voir Sillieres 1995, p. 129-144. S'il y avait eu un amphitheatre, il serait etonnant qu'il ait entierement disparu surtout lorsque l'on tient compte de la conservation du theatre. L'amphitheatre de Conimbriga non encore degage avait ete repere depuis longtemps. Que l'histoire locale n'ait pas conduit a un projet de construction d'amphitheatre parait plus justifie qu'il s'agisse d'un trait culturel ou d'une question financiere: Gros 1996, p. 323-341 particulierement.

(152.) SUETONE, Auguste, 40, 8.

(153.) Il convient d'ajouter que ce fonds commun etait diversement requ et developpe selon les cites et les circonstances.

(154.) NUNNERICH-ASMUS 1994, p. 138 remarque avec pertinence: <<Die fruhkaiserlichen Basiliken Hispaniens weisen sie nicht als eine einheitliche Gruppe aus>>. Le propos ne se limite pas aux epoques julio-claudiennes ni aux basiliques. Il suffit de regarder aussi les edifices presentes comme des curies.

(155.) Ce qui est en general passe sous silence au profit des chapiteaux dits <<composites>> juges plus eloquents. Voir desormais l'etude approfondie et nouvelle de D. FELLAGUE dans BELO IX, p. 149-215: l'etude piece par piece souligne la complexite des donnees et appelle a ne tirer aucune conclusion jugee evidente.

(156.) GROS 2006, p. 79-92, qui qualifie cependant la <<doctrine>> mise en place de <<montages ingenieux mais laborieux>> (p. 83). Les chronologies qu'il suit sont toutefois en cours de modification malgre l'absence de donnees nouvelles decisives. Elles tendent a durcir encore les arguments mais ne font pas disparaitre les questions posees, au contraire.

(157.) SILLIERES 2006, p. 37-60. Voir desormais BELO IX, p. 149-215, qui nuance fortement ces idees.

(158.) GROS 2006, p. 85. La notion d'archaisme est peut-etre mal choisie: on sait que le style des chapiteaux corinthiens juge le plus canonique est situe par certains au IIe s. ap. J.-C., sous l'Empire romain, malgre une creation de l'ordre au debut du IVe siecle avant J.-C. au plus tard. BELO IX privilegie la notion de <<refection>> pour le deuxieme ordre et considere que les chapiteaux ioniques sont contemporains de la construction de l'edifice.

(159.) Il est par exemple fragile de <<creer>> un urbanisme municipal augusteen a Belo sur la base d'une pretendue promotion augusteenne par le droit latin dont il n'existe aucun indice, pas meme la supposee tribu Galeria comme le montre l'exemple de Labitolosa.

(160.) GROS 2006, p. 90.

(161.) FELLAGUE 2010, p. 275 et BELO IX.

(162.) FELLAGUE 2010, p. 290-291 et BELO IX.

(163.) FELLAGUE 2010, p. 293 et BELO IX.

(164.) BELO V, no. 14 = no. 11 dans LE ROUX 2009, p. 163-174.

(165.) La formule aere conlato n'existe que sous une forme restituee dans l'epigraphie du site a ce jour BELO V, no. 16 = ZPE, 87, 1991, p. 133-136 (S. Lefebvre).

(166.) La reflexion suggere aujourd'hui de ne pas utiliser le terme, sauf necessite expresse, dans la mesure ou il tend a figer plus qu'a eclairer les interpretations historiographiques.

(167.) Aujourd'hui, il convient de dire qu'aucun indice n'existe d'un statut de municipe romain pour Belo. C'est l'exemple de Volubilis qui avait en partie induit cette conclusion a laquelle il faut renoncer. En outre, les recherches en cours du <<programme Detroit>> tendent a modifier la perception trop empirique des problemes.

(168.) Les milliaires sont exclus par principe, car ils n'ont pas de rapport direct avec la vie municipale. Ne sont, en outre, pris en compte que les documents epigraphiques surs, qu'il s'agisse de l'identite de l'empereur ou de celle des dedicants. CIL, II, 1114, d'Italica, trop fragmentaire, n'a pas ete retenu. Il n'y a aucun doute, a chaque fois, sur la presence d'une statue, non retrouvee. Les statues sans leur inscription, comme c'est le cas pour Baelo, sont encore moins nombreuses que l'inverse. Enfin, a Regina, situe a Los Paredones pres de Casas de Reina dans la province de Badajoz, la ville ou oppidum citee epigraphiquement comme telle et comme res publica avait le statut de municipe--desormais atteste formellement sur une plaque votive en bronze inedite et mentionnant le genius municipii sans que l'on sache qui accorda le rang municipal--plusieurs textes fragmentaires d'inscriptions a Trajan sont toujours en cours de publication par J. Saquete Chamizo et la tete de l'empereur a ete retrouvee dans un puits, a 6,5 m de profondeur, a proximite du forum. Voir aussi LE ROUX 2008, p. 577-578.

(169.) Ne sont cites que les travaux mentionnes dans les notes infrapaginales. Pour une bibliographie plus complete: voir les differents volumes sur Belo publies par la Casa de Velazquez.

Leyenda: Fig. 1: Le centre monumental de Baelo Claudia et la basilique entre la place du forum et la Place merdidionale (d'apres S. Dardaine et alii, Belo VIII. Le sanctuaire d'Isis, p. 5, fig. 4).
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Author:Le Roux, Patrick
Publication:Studia Historica. Historia Antigua
Date:Jan 1, 2016
Words:24375
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