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La << belle salle >> du Maramures.

Presente dans presque toutes les maisons de villages roumains, la piece ou les habitants mettent les objets de la plus haute valeur, la plupart fabriques de leurs mains, est l'espace festif par excellence, espace qui se trouve a l'ecart du quotidien. Dans cette salle sont exposes des objets charges d'un sens particulier: meubles, tapis, couvertures, serviettes, des coussins avec des taies d'oreillers brodees a la main ou tissees, les plus belles icones, des assiettes en email. Cette piece contient egalement la dot de la fille qui est soit placee dans des coffres, soit exposee sur les murs. Les evenements les plus importants de la vie des gens se passent a l'interieur de cette piece, surtout ceux qui ont trait a certains << rites de passage >> (Van Gennep 1996) ; c'est la que sont recus les invites lors de noces ou de baptemes ; une bonne partie de la noce se passe encore dans cet espace, et c'est egalement dans cette piece que l'on se retrouve apres les enterrements. Quelles que soient les occasions, cette salle doit etre toujours propre et prete a recevoir les gens de passage. Cet espace apparait donc comme le lieu ou se deroulent un ensemble de rites de passage et d'agregation qui structurent les relations et les rapports sociaux.

Dans la region du Maramures (1) en Roumanie, cette salle porte plusieurs noms qui expriment tous la primaute de cette piece sur les autres au travers de denominations telles que << belle salle >> ou << bonne salle [camera buna] >> / << belle/bonne maison [casa buna] >>. << La salle de devant [camera dinainte] >> et <<la grande maison [casa mare] >>, ou d'autres encore qui .expriment l'importance de cette salle par ses dimensions. << La salle avec la " ruda " [camera/casa cu ruda] >>, une denomination qui met l'accent sur un ancien element de decoration de la maison rurale traditionnelle--la culme, appelee la ruda [poutre] dans le Maramures, soit une poutre suspendue, d'un diametre de dix a douze centimetres, qui longe le mur le plus long de la salle et sur laquelle on accroche des tissus dans un ordre specifique.

On la nomme encore << la salle de fetes >> et de << la parade [camera de sarbatori ; camera de parade] >>, insistant alors sur le fait que cette piece est utilisee pour des activites collectives et est le lieu d'exposition du privee au public.

Un autre nom utilise depuis plus recemment est << la salle "habillee a la mode paysanne" [camera "imbracata taraneste"] >>, ou bien << la salle "paysanne" [camera "taraneste"] >> tout court, qui exprime une certaine attitude duale qui definit le monde rural contemporain : d'une part, il y a l'attitude << traditionnelle >>, selon laquelle la piece est un prolongement de l'etre humain et qui a donc besoin << d'etre habillee >>, comme tout objet present dans l'espace villageois ; d'autre part il y a l'attitude << moderne >>, qui fait que les sujets ont un regard exterieur sur eux-memes, creant ainsi un metadiscours, en se construisant euxmemes comme des paysans, face aux autres personnes qui visitent leur maison.

Cet article, tire d'une enquete de terrain (2) dans deux villages de la region du Maramures, porte sur l'analyse de cette << bonne salle >>, ses fonctions et usages sociaux, mais aussi sur son organisation, en essayant de comprendre la dynamique du monde rural contemporain. Dans cette etude, je vais me concentrer sur la position de la << belle salle >> dans l'ensemble de la maison et plus precisement, sur un seul element, la ruda [poutre suspendue]--sa position dans la << belle piece >>. L'analyse principale cible notamment l'organisation et la dynamique entourant les objets qui se trouvent sous cet element de decoration, mais aussi sur les usages de la salle pendant les rites de passage, en particulier, les noces.

L'analyse est fondee, d'un cote, sur des sources historiques : la documentation de musees et les descriptions tirees de livres d'ethnographie classique, et surtout sur des entretiens menes avec les acteurs locaux, ainsi que sur des observations directes de l'utilisation actuelle de la << belle salle >>.

Cette recherche a ete realisee pendant les annees 2001, 2004-2005 et 2006, dans la region appelee << pays de Maramures >> (3) ou << Maramures historique >> qui est divisee, du point de vue des pratiques culturelles, en sous-regions, selon << les particularites des phenomenes culturels et artistiques >> (Zderciuc 1963 : 7). Cette division est presente aussi dans l'organisation de la << belle salle >>, par des particularites qui peuvent etre observees dans les villages situes aux abords des rivieres qui traversent le departement: les rivieres de Mara, Iza, Cosau et Viseu. Les deux localites qui font l'objet de la presente recherche : Salistea de Sus (en 2002 : 5482 habitants) et Ieud (en 2002 : 4442 habitants), sont situees dans la Vallee de l'Iza. Les regles d'organisation de la << belle piece >> sont similaires dans les deux localites, malgre certaines differences, ce qui souligne l'importance pour les gens d'affirmer une identite differenciee, par rapport aux membres d'une autre communaute locale.

La << belle piece >> dans le Maramures, temoigne d'une societe traditionnelle et moderne a la fois : c'est a dire dont les habitants suivent les regles de vie transmises a travers les generations, et qui, dans le meme temps, vivent dans un monde en changement constant et ou apparaissent de nouvelles valeurs. C'est un monde qui est mis sous le signe du passage, un passage a un monde melange, dont les anciennes lacons de vivre coexistent avec les nouvelles. Les habitants des villages, qui appartiennent a un milieu social regi selon d' << anciennes >> regles de vie, parfois << reinventees >> (Hobsbawm & Rangers), vont travailler dans d'autres regions, et surtout dans d'autres pays, pour revenir ensuite dans leur lieu de residence avec un peu d'argent. Cette migration souligne les problemes lies a la subsistance et a la possession d'argent. Ce phenomene entraine des changements qui vont se refleter dans les choix que ces gens font tous les jours et ce, meme dans le choix d'avoir une ruda dans la << belle salle >>. La << piece de devant >> est decoree avec des objets faits a la main par les femmes au foyer, et au travers lesquels les gens des deux localites expriment leur attachement aux regles communautaires. Mais, en meme temps, il y a la des changements visibles dans l'organisation et dans l'ornementation des objets qui nous eloignent d'une interpretation en termes d'ancestralite et de purete << des habitudes paysannes >>.

De belles maisons avec de << belles salles >>

La maison et ses alentours ont toujours ete le centre de la vie sociale, culturelle et economique des individus. L'habitat domestique est une << unite sociale complexe >>, un << phenomene total de vie sociale >> (Cristescu-Golopentia 2002 : 34) qui, de par sa signification, est une des instances de socialisation primordiale liee a la dynamique complexe de la definition de soi en tant qu'acteur appartenant a un groupe social et culturel donne. La maniere dont les agents sociaux construisent les maisons (individuellement ou collectivement, avec la famille, etc.), la facon dont ils occupent l'espace, la signification qu'ils lui donnent et la facon dont ils utilisent, produisent et donnent une signification aux objets (selon l'age, le sexe et le statut social), tout cela est revelateur de la culture dans laquelle ils vivent et qu'ils produisent: une culture en pleine transformation, mais aussi conservatrice par certains aspects.

Pour comprendre ce milieu et les influences que subit la << belle salle >>, il faut s'appuyer sur l'observation de la maison. Il faut specifier que la maison est visible de l'exterieur, ce qui, dans le cadre d'une logique d'economie de prestige, facilite l'expression du statut social au public, a la difference de l'interieur de la maison qui releve du prive.

Gavrila H., de Ieud, 67 ans, explique ceci selon un principe meritocratique (selon lequel les acteurs plus importants et les plus meritants par leur travail dans la communaute etaient aussi les plus riches):
 Ceux qui etaient pauvres n'avaient pas
 [deux pieces dans la maison], au contraire, ceux qui
 avaient une position materielle meilleure, qui
 etaient de bons fermiers, ils avaient deux pieces,
 une entree et un office (Gavrila H. 2005).


Les maisons en bois constituees de deux pieces, une entree et un office pour les alim en ts, porta ient le nom de << m aison desnemesi [casa nemeseasca] >> (Nistor 1980 : 13), marquant ainsi la position sociale elevee de ces personnes dans la communaute, car les nemesi, les nobles paysans (ordre social qui a ete quasiment detruit pendant la periode communiste) etaient aussi les plus riches du village. a l'epoque, dans la hierarchie de la communaute, il y avait une correlation entre la position sociale et le pouvoir economique.

Sous l'impulsion du communisme et apres sa chute et l'integration de structures capitalistes, l'organisation sociale a change. L'architecture de la maison a egalement change. Les nouvelles maisons a etages, les maisons en briques sont devenues de plus en plus frequentes dans les localites de la region, des les annees 1970. Comme a Ieud et a Salistea de Sus, les terres ont ete collectivisees et le premier aspect de la propriete privee (avec les terres), sur laquelle s'appuyait la hierarchisation entre acteurs, etait precisement la maison. Une des raisons pour laquelle les maisons a etages ont commence a etre construites dans les annees 19701980, s'explique par le fait que les nouvelles normes d'architecture communistes l'imposaient (dans les villages il etait interdit de batir des maisons avec un seul niveau), fait qui est aussi mentionne par Gail Kligman (1998). Or, une autre explication est offerte par les gens de la communaute:
 Probablement qu'ils ont vu de belles maisons ou
 ils sont partis [travailler]. Ils sont rentres avec
 de l'argent et, comme il n'etait plus
 possible d'acheter des terres ou trop d'animaux,
 ils ont investi cet argent dans une belle maison
 (Simion I. 2001).


Aujourd'hui, quelques-uns regrettent d'avoir construit une maison en brique, pour des raisons pratiques : a la question de savoir s'ils n'auraient pas prefere une maison en bois a l'instar de nombreuses personnes, Anuta I. le souligne : << Si j'avais su qu'elle serait si froide, j'aurais construit [une maison] en bois >> (Anuta I. 2005).

Le fait est qu'il faut avoir une maison et, selon les croyances populaires, qui sont aussi l'expression symbolique des normes sociales, dans sa vie, un homme doit planter un arbre et egalement construire une maison (Vlad 2002 : 473). Pour les habitants des deux localites, il est bien connu que lors d'un mariage, la maison est traditionnellement la contribution des garcons, mais, depuis recemment, cela n'est plus systematique, comme explique Maria V., 52 ans:
 Avant c'etait comme ca : le garcon apportait la
 maison et la fille la dot. Avant c'etait comme ca.
 Par exemple, mon mari n'avait pas de maison, et mon
 pere n'a pas accepte ca. Si a 25 ans il n'a toujours pas
 de maison, ce n'est pas un homme.... Maintenant, vous
 savez, il y a peu d'enfants dans une famille ... et dans
 de nombreux cas les deux maries ont chacun une maison et
 vont la ou ils veulent. Mais normalement c'est le garcon
 qui doit en avoir une ... et ceux qui sont
 paysans font tout pour avoir une maison. Les filles ne
 veulent pas aller vivre avec les belles-meres. Elles veulent
 avoir leur maison, etre independantes (Maria V. 2005).


Les maisons visitees pendant notre recherche de terrain representent presque toutes les types de constructions qui peuvent etre rencontrees dans la region rurale du Maramures. Toutes ces maisons avaient une << belle salle >> dans un autre endroit dans la maison. Dans les lignes suivantes je vais illustrer les differents types de constructions avec les maisons les plus representatives.

Dans les anciennes maisons, comme dans les maisons de la region du Maramures observables dans les Musees de villages de Baia Mare et de Bucarest (ou il y a meme une maison de Ieud), lorsqu'elles comprenaient deux pieces et une entree, la << belle salle >> constituait la plus grande piece, parce qu'elle etait le plus souvent utilisee pour les reunions de famille et il etait donc necessaire d'avoir beaucoup d'espace pour que tous puissent y loger. La localisation de la << salle de devant >> dependait de la position de la maison par rapport a la rue et aux points cardinaux (l'arriere de la maison est traditionnellement orientee vers le Nord)'. La salle festive doit normalement etre << dans la partie plus obscure >>, comme Maria C. (50 ans, Salistea de Sus) l'explique.
 La chambre ou le proprietaire passe la plupart
 de son temps doit etre orientee vers la rue, puisque
 le paysan aime voir et communiquer, voir ce que se
 passe dans la rue, qui passe, qui arrive (Maria C. 2006).


Dans les deux localites, je suis eg.alement entree dans quelquesunes des anciennes maisons en bois. A Ieud la maison d'Irina C. (75 ans, Ieud), en etait un bon exemple. Elle y vivait avec son mari, Toader, et une de ses filles, Anuta. Ils etaient la quatrieme generation a vivre dans cette maison:
 Le grand-pere de mon pere, Toader Valenari, c'est lui
 qui a construit la maison. Je suis au quatrieme rang
 des hommes qui y vivent (Toader C. 2005).


Selon eux, cette maison a plus de 180 ans. Elle occupe un perimetre d'environ quatorze metres de long et sept metres de large. La << salle de devant >> est de sept metres carres. Elle est decrite par les informateurs comme << la grande maison >>. La porte etait fermee a cle, preuve qu'on y entrait rarement. Les petits-fils d'Irina, par exemple, alors en visite, n'ont pas eu le droit d'y entrer, alors que je prenais des photos de cette piece.

Dans les deux localites, on peut observer aussi des maisons en brique et en beton qui suivent en partie les regles dites traditionnelles d'organisation de l'espace et de delimitation des pieces. Un exemple de maison de ce type est la maison de Maricuta C. de Ieud, 36 ans, qui vit la avec son mari (qui part la plupart de l'annee travailler en Italie) et ses cinq enfants. Dans sa maison, construite entre 1988 et 1990, il y a trois pieces, une entree et un office. La << grande salle >> est de cinq metres sur quatre et est situee dans la partie droite ; on y accede depuis l'entree.

La maison qui fait la transition entre maison a un seul niveau et maison a etage est la maison de Gavrila H. de Ieud, 67 ans et de sa femme, loana H., 62 ans. Celui-ci est sculpteur sur bois et restaurateur d'eglise et de maison en bois et est tres connu en Roumanie. Dans sa famille, comme il l'explique, il est la troisieme generation de sculpteurs de bois, metier qu'il a egalement appris a ses quatre fils. Il a travaille pendant plusieurs annees au Musee du Maramures, a Sighetu Marmatiei, mais est a present retraite. Dans sa residence domestique, il y a deux maisons en bois. Une a ete construite en 1912 : elle comporte une entree et deux pieces ; c'est la ou vit la famille de son plus jeune fils (quatre personnes). L'autre maison a ete construite en 1981 et un etage y a ete ajoute il y a quatre ans. Cette fois, la << salle avec la ruda >> est la plus petite piece de la maison ; elle fait deux metres sur deux metre cinquante, et se trouve a l'etage.

Les autres maisons sont toutes en brique et s'etendent sur deux niveaux. La << piece " paysanne " >>, dans ce dernier cas--les maisons a etage--, est uniquement decorative et est normalement situee a l'etage. C'est le premier pas vers sa disparition, comme chez Florica P. de Salistea de Sus, 42 ans, qui vit dans une maison batie en 1984, sur deux niveaux, ou, meme s'il y a des textiles accroches dans la maison, ils ne sont pas exposes dans une salle speciale, il n'y a plus de << belle salle >>, comme explique au debut.

Au moment de choisir les maisons pour analyser la << salle "habillee a la mode paysanne" >>, j'ai essaye de voir diverses maisons qui puissent donner une image assez complete de la constitution de la << belle salle >> et de sa localisation dans la maison. Il apparait en effet que la << belle salle >> se trouve dans des endroits differents selon les maisons. Pour les maisons n'ayant qu'un rez-de-chaussee, le plus frequent est d'avoir la << belle salle >> a l'oppose de la rue. Il y a une delimitation spatiale entre festif et quotidien qui s'opere sur le plan horizontal. Pour les maisons a etage, cette division de l'espace physique peut etre mise en valeur dans une analyse verticale de l'espace. Dans tous les cas, sauf celui de lleana V. de Salistea de Sus, la << belle salle >> est situee a l'etage. Nous pourrions donc etablir que les activites quotidiennes ont lieu au rez-de-chaussee pour des raisons pratiques, et que, pendant les fetes et celebrations familiales, quand l'espace quotidien ne peut pas se transformer en espace festif, l'etage revet alors cette fonction. Pour les gens de la region de Maramures l'espace ou il est traditionnellement possible de vivre le festif, est la << belle piece >>. Il est donc evident que si la distinction << quotidien/festif >> est representee de maniere verticale; c'est une salle de l'etage qui doit etre << habillee >>, selon les regles d'organisation << traditionnelles >>, et etre ainsi nommee << la belle salle >>.

<< Habiller >> la << belle salle >>

La << belle salle >> passe d'une piece a l'autre dans la maison. Aussi, les objets qui se trouvent dans les maisons changent d'une forme et sont places a d'autres endroits, car il est evident que l'interieur d'une maison << ne peut jamais etre considere comme fini, mais est un milieu soumis a une evolution permanente >> (Stoica et Doaga 1977 : 12). En premier lieu, il faut remarquer que dans la << salle de devant >>, la plupart des objets sont des textiles. Cette piece est decoree surtout avec des tissus, qui sont tous faits dans la maison, par la mere de famille et ses filles, en conformite avec les normes de la communaute:
 Tous sont faits dans la maison ; il n'est pas question
 d'acheter un tapis. C'est meme une honte d'aller
 acheter [des tissus] (Viorica I. 2001).


Comme nous le montrerons, l'association des objets et leur agencement sont determines par << un schema constant, d'un caractere stereotype >>, qui suit quelques principes (Bobu Florescu et Petrescu 1969 : 183). Je vais a present analyser les objets qui sont presentes sous la ruda de la << belle salle >>, et de voir quels sont les objets qui respectent ce << schema constant >>, soit les objets que je nomme << objets forts >>, et quels sont les objets qui ne le respectent plus et qui temoignent d'une evolution permanente. Je vais nommer << objets faibles >> les objets qui operent le passage vers une autre forme d'organisation, et qui vont probablement au fil du temps etablir une autre << tradition >> en devenant des objets de pratiques partagees.

La ruda

Des l'entree dans une << belle salle >> traditionnelle, le coin avec le plus d'effet est le mur avec la ruda et les lits (Zderciuc 1963 : 17). La ruda est un ancien element de decoration de l'interieur paysan, nomme culme dans d'autres regions, et qui, au cours du XIXe siecle a ete generalise dans les regions de Moldavie, du Maramures, dans le Nord-ouest de la Transylvanie, au Banat et en Hunedoara (Zderciuc, Petrescu et Banaseanu 1964 : 14).

La ruda est donc une poutre suspendue au plafond, longeant le mur le plus long de la piece--le mur << de derriere >> -- sur laquelle on agence dans un ordre specifique diverses categories de tissus. C'est sur cette poutre qu'est aussi exposee la dot des filles. La ruda est ainsi vue comme << un des signes exterieurs les plus visibles de la situation materielle et de la position sociale des habitants de la maison >> (Zderciuc 1963 : 15) et, dans le meme temps, c'est une offre, comme sur un marche, dans la circulation des femmes-filles.

Tel que signale par Boris Zderciuc (1963), la ruda connait des variantes en fonction des sous-regions de la region du Maramures. Ieud et Salistea de Sus sont deux localites situees dans la meme vallee : la Vallee d'Iza. Les regles generales d'organisation y sont similaires malgre quelques variations. Il y a pourtant des differences dans l'organisation, qui sont le signe d'une volonte d'exprimer des particularites et une appartenance a une communaute specifique.

A Ieud (voir photo no.1), la ruda contient quatre couches d'objets. La premiere couche est constituee de couvertures appelees lati. Ce sont des couvertures en laine, tissees avec des fils de laine plus gros du type des couvertures qui se mettent sur les lits et qui sont tissees selon la meme technique, connue sous le nom de cerga. Ces couvertures specialement faites pour la ruda, ont des motifs geometriques qui sont appeles crangi dans le village. Les lati sont placees en largeur, elles se plient et une des extremites est placee par-dessus la poutre. Pour cette raison il faut avoir plusieurs lati pour couvrir la poutre en fonction de la longueur du mur. Pour la ruda d'Irina C., 75 ans, longue de sept metres, il a ete necessaire d'y accrocher cinq lati. Pour la ruda d'Anuta D., 23 ans, longue de quatre metres, il en a fallu quatre, dont une a ete repliee davantage par manque d'espace. Chez Gavrila H., 67 ans, il y a seulement deux lati, et chez Maricuta C., 36 ans, il y a quatre lati. Partout ou je suis allee j'ai constate la presence de lati avec des motifs geometriques, donc c'est un des objets forts qui font partie de la pratique partagee et ne changent ni de forme, ni de position.

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Au-dessus il faut mettre des nappes, nommees fatoi, qui sont realisees a base de chanvre au metier a tisser, et qui comportent des motifs dans la partie inferieure, la seule partie visible. Il est necessaire, dans ce cas aussi, de fabriquer plusieurs draps, qui sont ensuite unis par de la dentelle faite a la main ou, c'est la cas depuis recemment, achetee. La partie inferieure de ces nappes peut etre ornee avec de la dentelle appelee colti et qui peut egalement etre achetee. Le seul endroit ou il n'y avait pas de dentelle dans la partie inferieure, c'etait chez Gavrila H., mais par contre, chez Anuta D., la dentelle etait aussi grande que les ornements. Les nappes sont les premiers elements de la ruda qui operent le passage vers une autre regle : ce sont des objets forts, par rapport a leur position et leur presence sur la poutre, mais, comme il est possible de le voir, les ornements changent de composition, car sur le meme drap on peut voir apparaitre des ornements geometriques et floraux, comme dans le cas de Maricuta C., et il peut y avoir ou non de la dentelle ou de la broderie.

Sur les nappes il faut mettre les tapis, toujours en largeur. Les tapis de ruda sont consideres comme les plus beaux et plus importants tapis de la maison. Ils sont faits specialement pour decorer la ruda. Dans certains villages ils sont nommes rudas (denomination que l'on retrouve aussi a Ieud : Maricuta C., parlant de son tapis sur la ruda, a utilise ce terme). Traditionnellement, dans la vallee d'Iza, le tapis utilise pour orner la ruda est dispose en largeur, plie en deux au milieu, une des parties etant placee sous la poutre. Il est necessaire de mettre plusieurs tapis pour couvrir toute la poutre : ainsi, pour la ruda d'Irina C., il a fallu utiliser cinq tapis, et pour la ruda de Gavrila H., seulement deux.

Dans ce village les tapis utilises pour la ruda ont des motifs geometriques. Comme explique Gavrila H., si quelqu'un veut faire un tapis pour la ruda et qu'il n'a pas de modeles d'ornements, il doit aller a l'eglise ou se trouve une belle collection de tapis qui respectent la specificite locale pour s'en inspirer, placant ainsi les acteurs dans un processus de legitimisation par le respect de la tradition :
 Il est de coutume dans le village que si un membre
 de la famille decede, le pere ou la mere, l'on place
 une icone et un tapis sur le cercueil. Au fil des annees,
 vous vous rendez compte combien de tapis il y a dans
 nos eglises.... Et qu'est-ce que les femmes font ? Si
 elles ne trouvent pas de modele ailleurs, elles prennent
 des motifs d'anciens tapis de l'eglise.... Ma soeur, par
 exemple, avant de se marier, il y a cinquante ans, elle
 n'avait aucun modele, je ne l'ai jamais oublie, et mon
 pere, qui avait la de de l'eglise dans la Plaine,
 y est alle et a porte un tapis de l'eglise pour que ma
 soeur prenne le modele (Gavrila H. 2005).


Gavrila H. donne egalement l'exemple de sa femme qui a vendu sa ruda et sa dot. Il explique:
 Voila comment Ioana, ma femme a fait : elle a fait
 une copie de la dot qu'elle a recue de sa mere, et
 qu'elle avait vendue au musee de Sighet. Immediatement
 elle s'est rendu compte, grace a moi, qu'elle avait fait
 une erreur, mais elle en a fait une copie, avec les
 memes modeles, les memes ornements, en prenant des
 tapis de l'eglise du village (Gavrila H. 2005).


Sur la ruda, tout en haut, tous disent que l'on met des oreillers longs, nommees capataie, avec des ornements qui sont places a une seule extremite de l'oreiller. Des taies d'oreiller sont egalement realisees au metier a tisser, et cette fois elles ont des ornements floraux. Mais dans des situations que j'ai pu observees, les oreillers n'etaient pas mis sur la ruda : ils etaient << descendus >> et disposes sur le lit, ce qui nous porte a croire qu'il faut considerer les oreillers comme des objets faibles.

A Salistea de Sus (voir photo no. 2), la ruda se trouve toujours sur le mur le plus long de la salle et, dans quelques cas, sur la moitie du mur perpendiculaire, comme il m'a ete permis de constater dans quelques maisons (chez Maria I., 65 ans, Maria Ch., 46 ans, et Maria C., 50 ans).

Dans cette ville, la ruda comporte six couches. Les couvertures forment la premiere couche. Ici, elles portent le meme nom que pour les couvertures qui se mettent sur les lits : cerga. Ces couvertures ont aussi des ornements. Traditionnellement, il y avait, comme a Ieud, des ornements geometriques, mais que je n'ai trouves que dans le cas de Maria V., 52 ans (voir photo no. 3). C'est un cas specifique, puisqu'elle est originaire de Dragomiresti, le village voisin, et qu'elle s'est mariee a Salistea de Sus et a organise sa << belle salle >> comme dans son village natal. Pour cette raison, et du fait des intentions de Maria V., cette << salle avec la ruda >> est particuliere, car elle est toute ornee de tissus qui comportent seulement des motifs geometriques. Dans toutes les autres maisons a Salistea de Sus, selon la tradition locale, la couverture a des modeles floraux ; elle se voit tres peu, parce qu'elle est couverte par les nappes qui composent la couche suivante. Du point de vue de leur presence sur la ruda, les couvertures constituent des objets forts. Les couvertures deviennent objets forts par rapport aux ornements, parce que les modeles floraux sont consideres comme traditionnels par les sujets, et c'est ce qu'ils les montrent pour exemplifier leur tradition. Comme a Ieud, on dispose la couverture en longueur, puisqu'il faut mettre sur la ruda plusieurs cergi (chez Maria V., il y avait trois couvertures ; chez Ileana V., aussi trois couvertures ; chez Maria I. il y avait quatre couvertures, etc.).

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Au-dessus des couvertures, il faut mettre les nappes, nommees aussi fatoi et lepedeaua, et qui sont faites a base de chanvre, au metier a tisser, et qui comportent des motifs dans la partie inferieure et dans quelques cas des broderies (comme chez Ileana V., Maria V., Anisia L. et Maria Ch.). Comme a Ieud, elles sont tissees et etroites, et il faut qu'elles soient liees entre elles par de la dentelle. Les ornements des nappes sont composes de motifs floraux, a l'exception bien sur de la ruda de Maria V. Dans certains cas, les nappes de cette couche n'ont pas d'ornements, comme chez Maricuta V. et Maria I., ou il s'agit de nappes simples. Comme dans le cas des couvertures, il est possible de les considerer comme des objets forts, de point de vue de leur presence et de la facon dont elles sont ornees.

La couche suivante est composee d'une toile de laine, mise en longueur, avec des ornements en forme de carreaux ; cette toile est la meme que celle utilisee pour les besaces [desagi], elle est d'ailleurs appelee desagi. Dans le Maramures, il y a des besaces pour tous les jours ; certaines comportent des carreaux, combinant seulement le blanc et le noir, d'autres sont reservees aux jours de fetes et combinent le blanc, le noir et le rouge. Chaque village a son propre modele de besaces. Ainsi il est possible de differencier les gens entre eux et d'etablir quel est leur village d'origine, comme l'expliquaient Simion I. (avril 2001) et Viorica I. (avril 2001). Sur la ruda les gens mettent seulement la toile de besaces de fete, qui, a Salistea de Sus, comporte des carreaux plus grands que celle de Dragomiresti et que Maria V. a mis sur sa ruda. Cette couche est composee d'un objet fort : la toile de besaces, qui ne change ni de forme, ni de composition. Au-dessus il faut mettre de nouveau des nappes, fatoi, qui ont les specificites des nappes de la deuxieme couche.

Dans les maisons ou residaient des personnes agees (Maria I., 65 ans, et Ion Simion V., 74 ans) et dans le cas de Anisia L., 51 ans, la ruda n'a pas ces deux dernieres couches (toile de besaces et une autre couche de nappes) : elle est identique a la ruda de Ieud, avec quatre couches.

Sur toutes ces couches, on met les tapis. De meme qu'a Ieud, le tapis pour la ruda se place en largeur, plie en deux au milieu, une des parties etant. mise sous la poutre. Il est necessaire de mettre plusieurs tapis pour couvrir toute la poutre : ainsi, pour la ruda de Maria V., il y avait trois tapis ; chez Ileana V., aussi trois tapis ; chez Maria I., il y avait quatre tapis ; chez Maricuba V. il y avait toujours trois tapis ; chez Maria Ch, il y avait quatre tapis; Anisia L. avait trois tapis et Ion Simion V. avait trois tapis.

En ce qui concerne les ornements a Salistea de Sus, il est possible de comprendre leur fonctionnement a differentes etapes. Chez Maria V., qui est nee a Dragomiresti et qui a fait sa ruda comme cela se fait dans son village, les tapis ont des ornements geometriques. Ce type d'ornements est celui qui se faisait aussi anciennement a Salistea de Sus. Dans les maisons ou vivaient des personnes agees, chez Maria I. et chez lon Simion V., les tapis sont dans une etape transitoire, qui combine des ornements floraux avec des formes geometriques, et, dans quelques cas, on trouve meme des fleurs de forme geometrique. Selon les villageois, la derniere etape, plus recente, a commence il y a vingt ans (Simion I. 2001). Maintenant les tapis ont des ornements floraux tres naturalistes, ce qui donne le caractere specifique local. Comme Maria V. l'explique, elle a fait sa << piece "habillee a la mode paysanne" >> et la ruda comme cela se fait dans son village : seulement avec des tissus a ornements geometriques. Elle dit que les gens viennent voir sa "chambre", pour comparer avec la ruda de Salistea :
 Les gens viennent aussi par curiosite, pour
 comparer Salistea a Dragomireloti.... Par exemple, ma
 belle-soeur qui est ma voisine, a la
 ruda, mais comme elle se fait en Salistea, bien
 sur, avec des fleurs. Et il y a des personnes qui
 viennent et comparent (Maria V. 2005).


Dans cette situation, quand les regles anciennes d'ornementation sont abandonnees et les nouveaux ornements sont consideres emblematiques pour la localite, le tapis est passe d'objet faible est devenu un objet fort.

En haut sur la ruda, il faut, aussi, mettre les oreillers longs, nommes capataie, dont les taies d'oreiller ne comportent des ornements qu'a une seule extremite, et qui sont places de telle sorte que ces ornements se voient. La toile des oreillers est faite au metier a tisser, et les extremites sont brodees a la main avec des ornements floraux. Dans les dernieres annees, est apparue la mode de broder ces oreillers blancs avec des ornements blancs ou de mettre au lieu de la broderie en couleurs de la dentelle blanche.

Sur la ruda les femmes mettent des oreillers longs brodes de fleurs en couleurs et, si possible dans les memes nuances que le tapis qui se trouve en dessous, en alternance avec des oreillers a broderie ou dentelle blanche (chez Ileana V., Maricuta V. et Anisia L.). Dans les maisons ou il y a des personnes agees, les oreillers disparaissent ; il reste seulement les taies d'oreiller. Chez Simion V. on a alterne celles qui ont des ornements floraux et celles qui sont a dentelle blanche, et chez Maria I., les taies d'oreiller ont des ornements floraux et des dentelles. Les oreillers sont des objets forts pour ce qui est de leur presence et de leurs ornements floraux (devenus traditionnels ici), et, dans le meme temps, des objets faibles comme on peut le constater par le dynamisme actuel qui influe sur le changement des ornements. Dans les maisons ou il y a des personnes agees, les oreillers disparaissent pour ne laisser que les taies d'oreiller qui, dans ce cas, deviennent des objets faibles.

Comme nous venons de le montrer, les regles d'organisation de la ruda sont similaires dans les deux localites. Ainsi, a Salistea de Sus, il y avait la ruda de Maria V., nee a Dragomiresti, qui a decore la poutre comme dans son village natal, un autre village situe sur la Vallee de l'Iza ou la ruda suit les memes regles d'organisation. Mais il y a des differences par lesquelles s'affirme l'importance de l'appartenance a une communaute. Au-dela du nombre de couches (quatre pour Ieud et six pour Salistea de Sus et Dragomiresti), et au-dela des ornements (geometriques pour Ieud et Dragomiresti et floraux pour Salistea de Sus), il y a des differences concernant l'arrangement des objets sur la ruda. A Ieud (et Dragomiresti), les objets pendent moins dans l'espace entre la ruda et le lit qui est en dessous (ou se met un autre tissu). Comme Maria V. l'explique,
 La difference est la suivante : chez nous
 [id est Dragomiresti] l'arrangement est plus court
 et chez eux [id est Salistea de Sus] plus
 long. Chez nous on met des tapis sous la ruda, et a
 Salistea de Sus, on ne met rien, parce que la ruda va
 jusqu'au lit. [Chez nous] on met de la
 toile de besaces seulement pour ne pas voir le mur
 nu (Maria V. 2005).


Dans les maisons ou il n'y a plus de ruda, celle-ci est remplacee par des tapis qui sont mis directement sur les murs et sur lesquels on dispose une icone qui est encadre par un essuie-mains brodee, comme il est possible de le voir dans les maisons de Anuta I., Ioana B., Anuta V. et Maricuta P. Les tapis qui sont mis sur les murs, une pratique recente selon Boris Zderciuc (Zderciuc 1963 : 14), sont les memes tapis qui se font pour la ruda et leurs ornements sont les memes que ceux pour la ruda.

Passer les fetes dans la << belle salle >>

Les objets qui sont sous la ruda et dans la << belle salle >> suivent un ordre donne, << on ne peut pas les mettre seulement sur les murs >> (Anisia L. 2001). On perpetue ainsi une tradition. Ceci serait, neanmoins, une analyse incomplete si l'on ne tentait pas de comprendre l'ensemble de la salle et de la ruda, au travers de son contexte d'utilisation et des pratiques des acteurs.

A present, je souhaiterais essayer de repondre a la question de savoir quand et comment les gens de Salistea de Sus et de leud utilisent la << belle piece >>, a travers les observations directes et les descriptions que les gens font pour repondre a cette question, en concentrant l'analyse sur les rituels de noces.

Une premiere fonction essentielle de la << salle de devant >> est celle de recevoir les hotes ou les gens de passage:
 La, dans cette piece, des gens de toutes les categories
 sociales sont entres : pretre, docteur, ingenieur,
 professeur, paysan. Ils ont ete bien
 recus dans cette piece. Pour cette raison l'homme
 simple a essaye de la garder toujours propre,
 nettoyee (Garvila H. 2005).


Meme s'il n'y a pas de poele, quand il y a des visiteurs, les gens en amenent un pour se chauffer. Recevoir les visiteurs dans la << belle salle >>, ou ils peuvent aussi dormir, leur montrer ce qu'il y a de mieux dans la maison, tout cela temoigne de l'hospitalite des gens de Maramures, soulignant ainsi l'importance de cet espace qui prend une fonction sociale et montre le statut de son proprietaire. Les visiteurs sont associes a la fete, parce que l'habitant du Maramures est heureux d'avoir des hotes. Il dit que si personne ne lui rend visite, c'est qu'il n'a pas de bonne reputation (Florica E 2001).

Il est possible de voir un transfert du familial au festif, car les membres de la famille qui n'habitent plus dans la meme maison ou dans le meme village sont recus eux aussi comme les visiteurs, dans la belle salle. Si, lorsqu'ils habitaient dans la maison, il leur etait interdit de dormir dans la << belle salie >>, il leur est desormais possible de le faire.

Ainsi, dans cette piece est concentre tout ce qui est exclu du quotidien. Elle represente l'espace festif par excellence, ou on n'entre que rarement, un espace qui reste virtuel, ouvert pour tout evenement familial important.

Effectivement, dans tous les entretiens on trouve cette association de la << salle de devant >> avec le temps de la fete. Les actions profanes, quotidiennes sont interdites dans cet espace, comme Viorica I. (2001) l'explique : << on ne peut pas rester la, faire quelque chose d'autre, faire a manger par exemple, ou dormir >>. Comme Ileana V. le declare : << pour nous qui sommes des paysans, la salle avec la ruda est la plus festive de toute la maison, de tout ce que nous avons >> (Ileana V. 2005).

Pour cette raison, toutes les fetes de famille et les fetes calendaires (comme Paques, Noel) sont celebrees dans cette salle. Les mots de Toader C. resument l'utilisation de la << belle salle >> :
 Quand nous avons des noces et quand nous avons
 des enterrements. Tu peux faire une noce la-bas. Quand
 une personne est morte, elle est portee dans cette
 piece, ou nous n'habitons pas, ou il n'y a pas de feu.
 Nous ne faisons pas de feu si nous n'y sommes pas.
 Seulement pendant les fetes. a Noel, si on fait quelque
 chose, on fait du feu (Toader C. 2005).


Ileana V. raconte comment apres la mort de sa belle-mere, le corps de cette derniere est reste dans cette piece :
 Ma belle-mere a vecu avec nous.... Elle vivait dans
 la cuisine et, quand elle est morte, elle disait
 << ils vont me mettre dans la maison, la
 ou est la ruda, ou c'est le plus beau >>.
 Et c'est la qu'on l'a mise, la ou etait la
 ruda (Ileana V. 2005).


Un autre exemple est celui de Ion Simion V., qui declare qu'au moment de son enterrement, il va etre mis dans cette piece, puisque c'est la plus festive. En guise de dernier hommage, le defunt, habille de ses meilleurs vetements, parfois meme realises specialement pour cette occasion, est veille dans la plus belle salle de la maison.

Lo nooe dons Io << belle so//e >>

Mais mon enquete s'est egalement concentree sur les rites de noces. La << belle salle >>, qui porte partout les signes de la noce, est l'espace le plus utilise pendant ce rite de passage. Un exemple, tres significatif, est le fait que Anuta D. de Ieud a mis sur la ruda son bouquet de mariee, puisqu'elle venait de se marier en 2004 (voir photo no. 4). Comme la ruda donne a voir la dot des filles, son geste devient symbolique. L'assimilation de la poutre suspendue, et les objets qui la composent, a la mariee est evidente dans le discours de Maria V., mais aussi dans celui de Maricuta V., de Salistea de Sus. Elles ont fait une belle comparaison entre les vetements de la mariee et les couches de la ruda :
 La ruda se fait comme la mariee de jadis. La mariee de
 jadis avait des bas, puis une robe, puis de nouveaux
 des bas, de nouveau une robe et puis la jupe paysanne
 (zadia). Apres tout ca, la veste de laine. Et
 c'etait comme ca la mariee de jadis, il faut la
 ruda comme ca aussi. Au debut il faut mettre les
 couvertures en laine, apres les nappes. Apres
 les nappes, les besaces, apres les besaces, une nappe,
 apres la nappe, les tapis et tout en haut, les
 oreillers (Maricuta V. 2005).


[ILLUSTRATION OMITTED]

Traditionnellement, tous les moments de la noce se passent a l'interieur de la maison, et dans la belle salle :
 Tout commence et tout finit dans la << belle salle >>.
 Dans le jour de la noce ... tout commence le matin.
 Beaucoup d'agitation, beaucoup de monde. Beaucoup de
 fatigue.... Et tout commence dans la << grande
 maison >>, dans la << belle salle >>, qui est bien
 rangee pour recevoir les invites (Viorica I. 2005).


Les meubles sont deplaces dehors, il ne reste plus que la table, les banquettes et les chaises pour que les invites aient de la place. Et, bien sur, s'il y a la ruda, cela reste sur les murs. Meme aujourd'hui il y a beaucoup de personnes qui viennent seulement pour voir la mariee, ou le marie, et qui regardent et discutent aussi de la beaute et des richesses de la ruda.

Mais tout commence le soir d'avant, quand les autres jeunes du village viennent a la maison des jeunes qui vont se marier. a la maison du marie--les jeunes garcons vont preparer << la banniere >> :
 Il y avait autant la coutume de coudre
 << la banniere >> et de danser << la banniere >>. Avant
 la noce il y avait la dance de << la banniere >>.
 Tous les garcons aidaient : ils apportaient des perles,
 des foulards, des serviettes, des bandes de tous les
 couleurs. Et ils preparaient << la
 banniere >> (Maria V. 2005).


Pendant ce moment il y a de la musique, des chansons, des acclamations en vers qui sont sur le meme theme: la separation du marie du groupe social des jeunes garcons.

Le jour de la noce, chez la mariee il y a la preparation de la couronne de la mariee, preparee par les amies de la mariee. Il y a aussi de la musique, des acclamations:
 Toutes les acclamations sont sur le meme
 theme : la mariee qui pleure, la mariee qui va
 quitter sa famille, ses amis. Toutes les acclamations
 sont assez tristes. Il n'y a pas beaucoup de joie
 dans ce moment. Beaucoup de femmes pleurent, peut-etre
 se rappellent-elles leur experience (Viorica I., 2005).


Un des moments les plus importants de la noce c'est << la demande des pardons >>, marquant le rite de passage des noces (voir photo no. 5). Les maries sont chacun dans leur maison avec toute leur famille presente dans la << belle salle >>. Le marie (ou la mariee) est assis derriere la table (sur laquelle il y a une gimblette decoree avec de basilic et des fils rouges), et a ses cotes il y a les parrains. Il/elle demande pardon, premierement a ses parents, pour les erreurs qu'il/elle avait fait pendant son enfance et pendant le temps quand il/elle vivait avec ses parents. C'est un moment necessaire pour recevoir le pardon des parents et leur benediction. Ensuite, il/elle demande pardon aux autres membres de sa famille. Toute cette scene, telle qu'observee en 2006 a la noce de Nicolae M., se passe dans la belle salle.

Il y a cinquante ans, apres la ceremonie religieuse, la fete de la noce se passait dans la maison : la mariee allait avec ses invites et sa famille chez ses parents, et le marie, chez lui :
 A la noce, chacun a sa maison. La famille de la
 mariee chez elle, celle du marie chez lui. Ils
 mangeaient, ils dansaient, et puis, a un moment,
 vers le matin, quelques personnes [de la famille
 du marie] etaient choisies pour aller chercher
 la mariee (Maria V. 2005).


[ILLUSTRATION OMITTED]

Quand la mariee vient chez le marie, les deux sont assis dans la << belle salle >>, la plus belle salle. La noce se deroulait dans toute la maison, mais les maries se trouvaient dans la << belle salle >>.
 Quand on organisait les noces dans la maison, il n'y
 avait pas assez d'espace pour tous dans cette salle.
 Et si tu n'avais pas une place la-bas
 ... Les gens racontaient : J'etais a la noce,
 mais j'ai eu une place dans l'autre salle ! Et
 ca valait beaucoup (Maria C. 2006).


La place u les invites etaient assis pendant la noce exprimait leur position sociale par rapport a la famille qui fetait la noce. Pour les personnes agees, la meilleure place etait en dessous de la ruda :
 Les personnes agees etaient en dessous de la ruda,
 puisqu'ils ne dansaient pas. Les jeunes etaient assis
 vers l'interieur de la salle, et a cote etaient
 assises les personnes agees qui aimaient voir les
 jeunes de la famille danser. En dessous de la ruda
 c'etait une place d'honneur pour les
 vieux (Maria V. 2005).


La dimension de la salle est donc d'une grande importance. Une bonne position sociale impliquait des obligations normatives plus grandes, car la famille etait plus grande et devait donner l'exemple dans la communaute. Pour ce moment-la, si tu avais une grande famille, il faillait que tu construises une maison avec une grande << belle salle >>. Gavrila H. raconte comment, pour les noces de sa fille, il est alle parler avec son voisin qui avait une << belle salle >> plus grande, pour qu'il y fasse la noce:
 En 1983, quand j'ai fait les noces de ma
 fille, j'ai su que les invites n'auraient pas assez
 de place dans ma belle salle, parce que j'avais une
 piece de cinq metres sur cinq. J'ai su qu'ils
 n'allaient pas tous entrer parce que j'avais invite
 mes collegues du musee et les villageois, et
 alors j'ai parle avec un homme qui habite ici,
 derriere ma maison. C'est un bon voisin, il a une
 grande piece, de six metres sur six. << Stefane, me
 laisserais-tu [ta belle salle], je vais te payer s'il
 faut >>. << Je n'ai pas besoin d'argent, tu peux faire
 le repas de noce ici >>. Et j'ai fait
 la noce chez mon voisin (Gavrila H. 2005).


Ces dernieres annees, comme les noces sont de plus en plus grandes, puisque des personnes de l'exterieur de la communaute y participent aussi, il y a de plus en plus d'invites, et les invites n'ont plus assez de place dans une piece. Ainsi, les noces ont lieu maintenant dans le Foyer Culturel, situe au centre du village. Meme la les villageois mettent des tissus et decorent les murs avec des tapis.

La fin de la noce, un autre moment important de passage, se deroule toujours dans la << belle salle >>, meme aujourd:hui, quand les noces ne passent plus entierement dans la maison.
 Vers cinq heures, quand il n'y a plus personne, les
 mariees vont a la maison. Ils montent dans une voiture
 et vont a la maison du marie. Dans la belle salle,
 la-bas, ils sont recus par la mere du marie. C'est la
 que la belle-mere transforme la mariee en epouse
 (Viorica I. 2005).


C'est la pratique de mettre le foulard sur la tete de la mariee: le passage symbolique d'une categorie sociale (jeune fille non mariee), a une autre (jeune femme mariee).

Conclusion

Ieud et Salistea de Sus sont des communautes qui fonctionnent selon les regles << traditionnelles >> qui << ont toujours fait partie de la conscience de soi [des gens] >> (Kligman 1998:11), etant incluses dans les pratiques quotidiennes de vie. Il y a des coutumes bien preservees. Il y a toujours des maisons et des eglises qui sont construites en bois, outre celles qui sont anciennes et qui font que le Maramures est connu dans le monde entier. Beaucoup de personnes (plus de femmes que d'hommes) portent encore des vetements qui suivent des regles traditionnelles, et ce costume devient une marque d'appartenance, une preuve materielle et une revendication qu'ils appartiennent a la region du Maramures : << On peut reconnaitre les gens du Maramures par les vetements >> et, si ca se perdait, << on ne serait plus du Maramures, personne ne pourrait plus nous reconnaitre >> (Anisia L. 2001)). Les maisons sont ornees avec des tissus faits par les femmes elles-memes : dans toutes les salles il est possible de trouver des objets faits a la main.

Neanmoins, il y a des signes de changement partout, non seulement dans la << belle salle >>, mais dans toutes les pratiques culturelles. La plupart des coutumes se sont adaptees aux changements economiques et sociaux. L'architecture des villages a beaucoup change dans les trente dernieres annees, et l'on construit desormais des maisons en briques et en beton avec des etages parfois en bois. Les vetements ont change et il y a des innovations dans les pieces vestimentaires traditionnelles, influencees par d'autres modes. Les objets qui decorent la maison sont de plus en plus modernes : il y a divers appareils electroniques qui sont achetes le plus tot possible (toujours selon le desir d'etre a la mode), et qui temoignent d'une << tendance a redefinir le soi a travers les biens possedes >> (Kligman 1998 : 11).

Du point du vue de la culture materielle, de sa signification et de son usage, il y a un melange entre la tradition et l'innovation, lie a l'affirmation de l'appartenance d'un individu a une communaute et a celle de son statut social.

Ainsi, tout passage vers une autre regle communautaire depend du fort accrochement aux traditions et de l'ouverture vers l'innovation, en lien avec le contexte d'utilisation, de creation et de leur signification. Par exemple, les femmes tissent et font une << belle piece >> pour se conformer aux regles de leur communaute ; elles font leur propre dot, mais elles le font aussi pour affirmer leur propre individualite, car chaque << salle de devant >> est unique en son genre, et elles tissent surtout pour affirmer leur position sociale, mise en valeur surtout pendant les evenements qui se deroulent dans cet espace. La piece qui a ete le sujet de cette analyse devient, ainsi, un discours important sur le soi ; elle communique l'attachement a la fois aux traditions, et a la modernite.

La dynamique de la << belle salle >> est eloquente quant a la dynamique de la culture des gens pour lesquels elle est toujours importante. La << belle salle >> est un aspect culturel specifique et toujours vivant, qui n'est pas fige dans un modele unique, et qui a encore de la valeur et de la signification pour les habitants de leud et Salistea de Sus. La << bonne salle >> est toujours d'actualite, elle s'adapte a des necessites nouvelles, elle change, mais dans le meme temps, elle reste immuable.

References

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Kligman, Gail, 1998, Nunta mortului. Ritual, poetica si cultura populara in Transilvania. lasi, Polirom.

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Zderciuc, Boris, Paul Petrescu et Tancred Banateanu, 1964, Arta populara in Romania. Bucarest, Meridiane.

Entrevues

Anisia L., 47 ans, Salistea de Sus, 18 avril 2001

Anuta D., 23 ans, Ieud, 2 fevrier 2005

Anuta I., 57 ans, Salistea de Sus, 23 janvier 2005

Anuta V., 60 ans, Salistea de Sus, 20 janvier 2005

Florica P., 38 ans, Salistea de Sus, 19 avril 2001 ; 19 janvier 2005.

Gavrila H., 67 ans, sculpteur en bois, retraite, leud, 1 fevrier 2005

Ileana V., 43 ans, Salistea de Sus, 20 janvier 2005

Ioana B., 66 ans, Salistea de Sus, 21 janvier 2005

Ioana H., 62 ans, Ieud, 1 fevrier 2005

Ion Simion V., 70 ans, retraite, Salistea de Sus : 18 avril 2001 ; 21 janvier 2005

Irina C., 75 ans, leud, 2 fevrier 2005

Maria C., 50 ans, Salistea de Sus, 26 decembre 2006

Maria Ch., 46 ans, Salistea de Sus, 20 janvier 2005

Maria V., 52 ans, institutrice, Salistea de Sus, 22 janvier 2005

Maria V., 53 ans, institutrice, Salistea de Sus, 18 decembre 2005

Maricuta C., 36 ans, Ieud, 2 fevrier 2005

Maricuta P., 30 ans, Salistea de Sus, 22 janvier 2005

Maricuta V., 64 ans, Salistea de Sus, 22 janvier 2005

Simion I., 52 ans, professeur d'histoire, Salistea de Sus, 19 avril 2001

Toader C., 78 ans, Ieud., 2 fevrier 2005

Viorica I., 22 ans, etudiante de Cluj-Napoca, Salistea de Sus, 1 avril 2001

Viorica I., 26 ans, juriste, Salistea de Sus, 20 decembre 2005

(1.) Je remercie Antoine Heemeryck pour sa correction d'une version anterieure de ce texte et pour ses conseils nombreux. Je reste seule responsable du contenu de ce texte.

Le Maramures [se lit << Maramurech >>] est un departement situe dans le Nordouest de la Roumanie, divise en quatre regions differentes du point de vue folklorique et ethnographique, traditionnellement surnommes << pays >> : << le pays de Lapus >> dans la partie de sud-est, << le pays de Codru >> dans la partie de sud-ouest, << le pays de Chioar >> dans la partie centrale-sud, et << le pays de Maramures >> dans la partie du nord. Ce dernier << pays >> est aussi nomme << Maramures historique >>, et donne son nom a tout le departement. La region ethnographique du Maramures est delimitee au nord et nord-est par les Montagnes de Maramures (1500-2000 m), dans le sud-est par les Montagnes Rodnei (2000 m) et dans le sud par les Montagnes Tibles-Oas-Gutai (10001400 m). Dans le Nord, sur 60 km, se trouve la riviere Tisa, qui represente aussi la frontiere avec l'Ukraine, dont fait parti les deux-tiers de l'ancien << Maramures historique >> comme cela est atteste dans des documents, a partir du XIVe siecle jusqu'en 1920 (Filipascu : 1945).

(2.) La recherche de terrain a debute en 2001 et s'est poursuivie pendant l'hiver 2004-2005 et l'hiver 2005-2006. C'est une recherche fondee sur des methodes interpretatives, mettant l'accent sur la maniere dont les sujets comprennent et percoivent le role et l'organisation de la << belle salle >>. J'ai utilise des techniques qualitatives, comme l'entretien semi directif, et l'observation participante. Pour trouver les maisons ou il y a des salles << habillees a la mode paysanne >>, je me suis laissee porter par les conseils des gens des villages pendant les entretiens et lors de rencontres dans la rue. De cette maniere j'ai pense trouver les << belles salles >> que ces gens considerent representatives pour la communaute. En tout, j'ai visite dix-sept maisons a Salistea de Sus et j'ai fait douze entretiens semi directifs ; et j'ai vu sept maisons a Ieud et ai conduit quatre entretiens semi directifs.

(3.) Les principales activites de travail des acteurs dans les deux villages sont l'agriculture et l'elevage des animaux. Pendant la periode communiste, Salistea de Sus et Ieud ont ete collectivises, ce qui a impose des changements sociaux d'une grande violence. La systematisation a eu lieu non pas parce qu'il y avait un riche terrain agricole, mais pour detruire, comme l'ideologie le demandait, la classe des paysans possesseurs de terres, les nemesi, descendants des familles paysannes nobles de la region (Kligman 1998 : 26). Une autre raison, qui explique cette attaque de l'Etat-parti, est le poids de l'Eglise greco-catholique dans les agencements micro-politiques et microsociaux, qui, apres 1989, a repris son rang d'autorite (Kligman 1998 : 26). La collectivisation crea dans cette region de larges modifications economiques, sociales, culturelles et politiques. La societe rurale se trouva face a des impositions politiques violentes. Apres la chute du communisme, les gens ont repris leurs terres, et avec elles, ils se sont reapproprie un mode de vie inspire par des pratiques anciennes, qui se sont inserees, avec d'autres regles sociales, dans les changements qui portent vers une societe moderne.

Anamaria IUGA

Musee du paysan romain, Bucarest, Roumanie

Anamaria Iuga was born in Baia Mare, Romania, and is a PhD candidate in ethnology at Babes-Bolyai University in Cluj-Napoca. She studied philology in the Ethnology Department (1995-1999), and graduated with an MA in cultural anthropology (1999-2001) from Babes-Bolyai University and l'Ecole Doctorale en Sciences Sociales d'Europe Centrale et Orientale in Bucarest (2004-2005). She has conducted research in the areas of material culture and rural heritage, and customs and rituals of Northern Transylvania. She has published in several journals such as Echinox et Orma (Cluj-Napoca), Memoria ethnologica (Baia Mare), Calendarul Maramuresului (Baia Mare), Transilvania (Sibiu), Martor (Bucharest) as well as in two edited books: Prezente feminine. Studii despr femei in Romania and Reflection of Man. She currently works as a researcher at the National Romanian Peasant Museum in Bucharest. anaiuga@gmail.com

Anamaria Iuga, originaire de Baia Mare (Roumanie), est doctorante en ethnologie a l'Universite Babes-Bolyai de Cluj-Napoca en Roumanie. Elle a entrepris des etudes de Philologie au departement d'ethnologie (1995-1999), et un Master d'anthropologie culturelle (1999-2001) a l'Universite Babes-Bolyai ainsi qu'a l'Ecole Doctorale en Sciences Sociales d'Europe Centrale et Orientale, AUF, Bucarest (2004-2005). Elle a participe a des recherches sur les themes de la culture materielle et du patrimoine rural, ainsi que des coutumes et rituels du Nord de la Transylvanie. Elle a publiee dans des revues telles qu'Echinox et Orma (Cluj-Napoca), Memoria ethnologica (Baia Mate), Calendarul
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Title Annotation:research on 'formal rooms' in family life in Romania
Author:Iuga, Anamaria
Publication:Ethnologies
Geographic Code:4EXRO
Date:Mar 22, 2009
Words:9614
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