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La "sagesse des temps": le tresor d'Atala.

Le sous-titre allechant d'Atala--"les amours de deux Sauvages dans le desert" (247)--passe sous silence le tresor precieux a decouvrir au fin fond du desert americain. Quelle surprise donc quand le jeune sauvage Chactas, tout emerveille, apercoit la "sagesse des temps" tracce sur de vieux chenes. Plus inattendue encore est la "mysterieuse harmonic" (91) qu'il devine entre cette sagesse en forme de vers d'Homere et de sentences de Salomon, le vieux Solitaire qui les avait graves, et les vieux chenes qui lui servaient de livres. De meme, le lecteur discerne d'abord le souvenir mediateur trace a travers le roman, puis il redonne vie a ce souvenir.

Les surprises vont s'accumulant. Sous peu, le jeune Chactas visite le village de la Mission, petite utopie aux valeurs republicaines, dirigee de loin par le vieux pere Aubry. Le lendemain, ce meme vieillard vante les unions ineffables du temps de la Genese, unions que le [XIX.sup.e] siecle entendait a sa facon, nous le verrons. Tels sont quelques-uns des souvenirs etonnants confies par le vieux Chactas a son fils adoptif Rene, sans rapport apparent aux "amours". Ils sont d'autant plus remarquables que le vieux narrateur, admirateur jadis des valeurs republicaines, valorise en sa personne le lien d'ascendance politique entre le Grand Siecle et l'Ancien Regime plus recent. D'apres une note de l'auteur, le nom Chactas signifie "la voix harmonieuse" (43).

Par la faute peut-etre du sous-titre, les jeunes personnages accaparent l'interet quasi total des lecteurs, rejetant dans l'ombre les vieux(1). On exige cependant plus d'eclairage des que le heros apparait comme un lieu textuel ou les rapports assument une fonction constitutive. Malgre la floraison d'etudes chateaubrianesques signalee deja en 1978 par Charles Porter, et sa propre analyse geniale des problemes de composition d'Atala (1, 83-89), et malgre la presence evidente des themes du souvenir et des temoignages, dont le cycle se prolonge dans les Natchez,les critiques ne se sont interroges jusqu'ici ni sur le role precis des souvenirs personnels et culturels transmis de pere en fils, ni sur les vieillards en tent que receptacles, vehicules et voix de la sagesse, ni sur les rapports entre les souvenirs textuels et le lecteur. Chateaubriand a dote la vieillesse d'un pouvoir dont on ignore la nature, les origines et la fonction. Nous proposons une rehabilitation du vieux Chactas et du pere Aubry, par le biais d'une etude de leurs roles dans Atala. Tout en prenant des formes nettement differentes, ces representations s'interpenetrent et dependent autant des conflits narres du "Recit" que du "code" elabore des le "Prologue".

En premier lieu, nous examinons les presentations des deux vieillards, ainsi que les traits qui les constituent. Ceux du pere Aubry etant en correlation etroite avec le deroulement du drame, nous employons d'abord une methode plus descriptive qu'analytique. Le personnage du narrateur, en revanche, exige une analyse du systeme des messages textuels faconne par Chateaubriand, afin de bien guider la participation du lecteur. Nous relevons donc, pour terminer cette partie, deux elements essentials de ces messages textuels, a savoir les contrastes inscrits dans le paysage narratif et les prefigurations, tout en observant l'emploi qu'en fait le vieux narrateur. En deuxieme lieu, nous nous voyons en mesure de cerner les roles complementaires et redempteurs des deux personnages. Nous signalons a plusieurs reprises comment ces roles ont prise sur le lecteur, et sur sa conscience historique. En dernier lieu, nous relevons une interpretation de la valeur redemptrice du souvenir, fondee sur l'image ultime de l' "Epilogue".

Chactas et le pere Aubry: souvenirs et prefigurations

La presentation toute classique du vieux Chactas accentue l'opposition d'attributs et la nature interieure des conflits. "Il y avait parmi ces Sauvages un vieillard nomme Chactas . . ." (43). D'une part, nous dit le narrateur, ce vieillard est comme tous les hommes, ayant achete la vertu par l'infortune; d'autre part, il en est different, et superieur--le patriarche et l'amour des deserts. Dans le passe, les malheurs ont cotoye les bonheurs. Galerien libere en France et presente a Louis XIV, il avait assiste aux fetes de Versailles, aux tragedies de Racine, et aux oraisons funebres de Bossuet. En un mot, le jeune Sauvage avait contemple la societe "a son plus haut point de splendeur" (43). II avait aussi converse avec les grands hommes de ce siecle. Pour Fenelon, qui l'avait bien recu, il eprouve toujours un sentiment de reconnaissance. A l'heure actuelle, Chactas jouit du repos, bien que le ciel l'ait frappe de cecite; une jeune fille l'accompagne, comme une Antigone, comme une Malvina. Malgre ce malheur recent, et les nombreuses injustices eprouvees a cause des Francais qu'il aime cependant, il a adopte Rene. Les tribus indiennes lui portent grand respect, le conseil des vieillards ou des anciens nommes "Sachems" vient de le designer commandeur de l'expedition de la chasse au castor. Une nuit, alors que tous dorment au fond des pirogues, que les voiles de peaux de betes font remonter le Meschacebe, continuant ainsi le voyage vers l'amont deja entrepris par Rene, le vicillard entame pour son fils le recit de ses aventures. Retenons les caracteres distinctifs de Chactas: vieillesse, sagesse, vertu, dignite, "amour", patriarche et commandeur; decrepitude et cecite, signes de la fin prochaine; malheurs et bonheur dans le passe, repos present; ressemblance avec "tous les hommes"; et victime particuliere du ciel. Nous allons voir que "le paysage narratif" qui precede le portrait, et qui forme avec lui le "Prorogue", prefigure et prepare les traits les plus saillants(2). Ce faisant,il etablit un ensemble de signes qui rend le lecteur capable d'interpreter le "Recit".

La presentation du vieux pere Aubry, age de soixante-seize ens, ne ressemble en rien a celle de Chactas. Le pere surgit juste apres une anacoluthe, la premiere dans ce court roman. Roland Barthes souligne la fonction de cette rupture de construction dans son essai sur la Vie de Rance, ou elle parait souvent (New Critical Essays 47). Ici, apres qu'une "rupture remplace la rapture", selon la belle expression d'un critique, elle indique l'explosion de signification nouvelle. En l'occurrence, nous voyons naitre et se deployer, a la faveur de l'anacoluthe, un langage tout nouveau, celui de la raison, bien different du langage passionne du narrateur et d'Atala, victime, elle, d' "une passion plus mortelle que tous les poisons ensemble" (107).

En fait, l'anacoluthe marque la chute, aux pieds du couple, d'un arbre abattu au plus fort d'un orage qui remplissait la foret de soufre et de lumiere, tout comme l'orage des passions remplissait les deux jeunes coeurs, et que le suspense chez le lecteur atteignait son paroxysme. Il faut remarquer l'elan de passion et d'extase du vieux narrateur se souvenant de l'epouse dans ses bras, en presence de l'Eternel: "superbes forets qui agitiez vos lianes et vos domes comme les rideaux et le ciel de notre couche, pins embrases qui formiez les flambeaux de notre hymen, fleuve deborde, montagnes mugissantes, affreuse et sublime nature" (82-83). L'apparence subite du vieux pretre, ainsi que ses premieres paroles, apaisent les passions; "l'orage meme dans le ciel semblait s'eloigner a sa voix" (85). Atala se jette a ses pieds. Le jeune idolatre croft faire un songe, tent la charite de l'ermite lui semble au-dessus de l'homme.

Des que le vieux Solitaire, une petite lanterne a la main, sort des tenebres de la fores a la recherche des "pauvres enfants", on entend parler raison: le vieillard pourvoit aux besoins des jeunes, il fournit des explications, des indications et des prieres courses et claires, et il raisonne Chactas. A Atala, il explique qu'il faut offrir ses souffrances a Dieu, tout en posant une question qui interpelle le lecteur: "il vous rendra le repos. Voyez fumer ces forets, secher ces torrents, se dissiper ces nuages: croyez-vous que celui qui peut calmer une pareille tempete, ne pourra pas apaiser les troubles du cocur de l'homme?" (87). La montee a la grotte du missionnaire symbolise le triomphe difficile de la raison sur les passions. Rappelons que chez cet homme des anciens jours, les passions ont ete gueries, et que "tout en lui avait quelque chose de calme et de sublime" (86).

Bien que le pere Aubry temoigne, voire incarne, l'ascendant de la raison sur les passions, il ne prend pas pour autant le ton autoritaire, a quelques exceptions pres. Une fois il demande pardon. Une autre fois, de "fortes paroles" lui echappent: "Partez, ame chretienne: allez rejoindre votre Createur!" (116). Rien de plus humble que ce pasteur retire sous sa grotte de crainte que sa presence ne gene les honnetes yens d'en dessous, petit troupeau de la Mission a qui il avait fait entendre la parole de paix(3). Loin des hommes, il admire Dieu dans la grandeur des solitudes, et il se prepare a la mort que lui annoncent ses vieux jours. Depuis quarante annees il s'immole chaque jour au service de Dieu et des hommes. Mais a-t-il accompli de bonnes ocuvres? "La gloire n'en doit point retomber sur les pretres", proteste-t-il. "Que sommes-nous, faibles solitaires, sinon de grossiers instruments d'une ocuvre celeste?" (84-85). II se volt soldat suivant son chef qui, la croix a la main, le front couronne d'epines, marche devant au secours des hommes, tous freres et infortunes. Ce qu'il fait, lui serviteur, est fort peu de chose. Devant le lit d'Atala, il maintient que Dieu n'a pas de serviteur plus indigne que lui.

A maintes reprises au cours du "Recit", les situations conflictuelles font ressortir les verites, en particulier l'opposition entre la preexcellence de la vieillesse et les insuffisances de la jeunesse, representee par le pere Aubry et Chactas. Atala, bien sur, renverse l'opposition: en annoncant au jeune Sauvage qu'elle ne sera jamais son epouse, elle declare que la douceur des chevreaux et la sagesse des vicillards sont moins plaisantes et moins fortes que les paroles du bien-aime. A l'entree noire de la grotte, quand aucune voix ne repond aux cris de Chactas, le coeur religieux mais fletre par soixante-seize annees se montre bien plus courageux que toute l'ardeur de la jeunesse de Chactas: celuici reste dehors plein de terreur pendant que le vieux pere entre. Devant le lit de la mourante, le pere Aubry reagit violemment au blaspheme du jeune Sauvage, et a sa question insultante, "Homme, pretre, qu'es-tu venu faire dans ces forets?" (101). D'une voix terrible, il deploie toute sa volonte: il veut ggsauver le blasphemateur, dompter ses passions et l'empecher d'attirer sur lui la colere celeste. Comment ce jeune homme, a peine entre dans la vie, sans marques de souffrances, sans versus, qui n'a pas supporte d'injustices, ni rendu service, ni fait du bien, qui n'offre que des passions, ose-t-il accuser le ciel? Quand il aura passe trente annees exile sur les montagnes, comme lui-meme, il comprendra qu'il ne salt rien, qu'il n'est rien. Ses paroles foudroyantes le rendent semblable a un Dieu, aux yeux du malheureux joune homme accable d'une telle majeste. Neanmoins, le saint vieillard se garde de rien imposer a Chactas. Ni culpabilite, ni croyance, ni promesse, ni rite religieux ne lui seront prescrits. Quand la mort d'Atala change son "sort", le pere Aubry le renvoie consoler sa mere; il s'instruira dans la religion d'Atala quand il en trouvera l'occasion.

Sans s'eriger le moins du monde en maitre, le pere Aubry fait tous ses efforts pour convaincre les jeunes des moyens de resoudre les conflits. Il offre au couple une place au milieu du troupeau, il promet d'instruire Chactas et de le donner a Atala pour epoux quand il sera digne de l'etre. Quand la consecration d'un mariage s'avere impossible, il appelle "peu de chose" (108) la perte de ce monde. D'ailleurs, qutest-ce que "cette folie que la jeunesse appelle amour? Illusion, chimere, vanite, reve d'une imagination blessee!" (110-11). Les inconstances du desir sont plus nombreuses que les vagues roulees par la mer lors d'une tempete.

D'ailleurs, raisonne le saint homme, les belles amours ont deja eu lieu, au temps de la Creation. Une preterition evoque l'inceste: "Je ne vous parlerai point des mariages des premiers-nes des hommes, de ces unions ineffables, alors que la socur etait l'epouse du frere, que l'amour et l'amitie fraternelle se confondaient dans le meme coeur, et que la purete de l'une augmentait les delices de l'autre" (109-10). T.M. Pratt estime comme nous que le pere Aubry evoque les plaisirs secrets des relations illicites (47). Selon Doris Kadish, cet amour, ou amitie, est la resolution des oppositions politiques et sexuelles, bien qu'au debut du [XIX.sup.e] siecle, "ces unions ineffables" ne prennent qu'une forme symbolique "ineffable". La perte du pere dans Atala, comme dans Rene, symbolise donc la perte du systeme patriarcal, monarchique, et religieux. Le desordre social provenant d'une part de la Revolution et d'autre part des espoirs republicains se reflete dans une sexualite feminine debridee au sein de la famille. Par sa celebration des "unions ineffables" et par son insistence a plusieurs reprises sur le rapport "frere" et "soeur", le pere Aubry affirme, voire encourage, nous semble-t-il, de facon implicite la synthese dont parle Kadish: un melange de masculin et de feminin, d'amour fraternel et paternel, de religion et de revolution, de monarchic et de republicanisme (Politicizing 81-88).

Quant au mariage, le vieux pretre prend une position categorique: depuis le bonheur originel, il se remplit de soucis, de reproches mutuels, d'inquietudes, de peines secretes. Aussi la femme se marie-t-elle en pleurant. Vu les de ux epoux indiens qui venaient de recevoir des mains du pretre la benediction nuptiale, nous jugeons ses paroles a Atala une forme de raisonnement destine a vaincre l'empire chez elle de la passion, et a lui faciliter le passage vers le ciel. Ici, comme ailleurs, le pere Aubry, raisonneur incomparable, nous semble adapter ses conseils aux besoins immediats de son ouaille.

A la difference des embrassements des hommes d'ici-bas, ceux du celeste epoux ne finiront jamais, declare le saint. Il invite Atala, rose mystique, digne servante, a reposer sur le sein de Jesus-Christ, et a s'asseoir "parmi toutes les filles qui ont sacrifie leur beaute et leur jeunesse au service de l'humanite, a l'education des enfants et aux chefs-d'oeuvres de la penitence" (112). Le flambeau de la religion a la main, l'ermite semble preceder l'agonisante dans la tombe, "pour lui montrer les secretes merveilles" (113). Aussi l'humble grotte se remplit-elle de la grandeur du trepas chretien.

Le comportement du vieux Chactas se lit moins facilement. Alors que les situations conflictuelles font ressortir le pere Aubry et son role dans le drame, c'est le systeme textuel forme de traits, de contrastes et de prefigurations qui met peu a peu en lumiere le vieux Chactas, des la premiere echappee de vue du paysage narratif. Aux structures semantiques profondes, ce paysage se decouvre d'abord tres eloigne dans ltespace, et surtout dans le temps, tout comme Chactas, qui avait assiste aux tragedies de Racine, et comme le roman lui-meme, qui embrasse six generations. Les vastes etendues, comme la figure du vieillard, se rapprochent au fur et a mesure que le lecteur se rapproche du "Recit". Au beau milieu de ce paysage narratif apparait le bison charge d'annees, couche parmi les hautes herbes, apres avoir fendu les flots a la nage. Vous lecteurs, nous dit le narrateur, le prendriez pour le dieu du fleuve qui jette sur la grandeur de ses ondes, et sur la sauvage abondance de ses rives, un oeil satisfait. Sa barbe est antique et limoneuse, son front, orne de deux croissants. Autour du dieu du fleuve, la description en style classique se compose d'unites binaires contrastees, voire opposees, comme certains traits chez Chactas. Des periodes moment en crescendo jusqu'au virage execute a l'aide d'une subordonnee d'opposition ou d'une epephoneme. Par exemple, la phrase, "Mats la grace est toujours unie a la magnificence dans les scenes de la nature" (40), effectue un tournant: d'un coup, notre regard quitte le "Nil des deserts" qui entrame vers la mer les cadavres des pins et des chenes, pour voir remonter sur les deux courants lateraux des iles flottantes.

Les memes contrastes penetrent jusqu'au niveau lexical. Un vocabulaire de violence, de vieillesse et de mort bouillonne dans les fleuves gonfles des deluges de l'hiver--"tempetes", "vagues ecumantes", "eaux debordees", "limon", "vases", "debris", "abattu", "arbres deracines", "echoue", "cadavres des pins et des chenes", "pyramides des tombeaux indiens"--tandis qu'un vocabulaire tout autre decrit la remonte des lies flottantes paisibles, bucoliques, accueillantes et retirees, qualites que renforce le rythme decrescendo de la derniere phrase: "Des serpents verts, des herons bleus, des flamants roses, de jeunes crocodiles s'embarquent passagers sur ces vaisseaux de fleurs, et la colonie, deployant au sont ses voiles d'or, va aborder endormie dans quelque anse retiree du fleuve" (40). Quand Chactas et Rene s'assieront tout a l'heure sur la poupe de la pi rogue qui remonte le Meschacebe, le lecteur eprouvera un sentiment de deja vu. Remarquons sur l'autre bord des lianes traversant des bras des rivieres, et les "ponts de fleurs" ou le magnolia eleve, au sein de ces massifs, son cone immobile. Lequel des deux vocabulaires l'emporte? Il est impossible de le dire, tent les oppositions s'equilibrent. Notons cependant que c'est le Meschacebe charriant les cadavres qui eleve la voix en passant sous les monts.

Ce texte elabore, en fait, des messages peu defferents du "code monument" que Michael Riffaterre a dechiffre dans "l'idiolecte" chateaubrianesque. Les mots decrivant un monument signifient quelque chose d'autre qui ne releve que du contexte donne. Selon Riffaterre, rappelons-le, le texte fonctionne comme le programme d'un ordinateur pour donner au lecteur l'experience de l'unique. Les mots ineffacables sur la destruction physique des etres et des choses etablissent entre les wines et celui qui medite sur elles un rapport mutuel, de sorte que l'ecriture, tout en enoncant une destruction, represente la victoire du monument sur la wine (7-27, 127-151)(4). Les messages du paysage narratif d'Atala serviront de la meme maniere au vieux Chactas pour la transmission du souvenir mediateur.

Les oppositions qui s'equilibraient dans le paysage narratif perdent l'equilibre dans le desert, s'entrechoquent et entrent en conflit. Le souvenir de Chactas les anime et les presse, comme le souffle active le feu. Tout en tirant le drame de cette mysterieuse faculte, Chateaubriand, a travers le vieux narrateur, continue a elaborer les messages textuels. Le lecteur apprend avant tout le respect prioritaire du a ce qui est vieux. Mille procedes enseignent la haute valeur de cette qualite omnipresente, par exemple, les suspenses tranches par les paroles de sagesse d'un pere adoptif, par la mise en vigueur d'un usage antique, ou par l'apparition d'un vicillard; les souvenirs bibliques, telle l'"antique histoire" d'Agar, arrivee il y a bien longtemps, "alors que les hommes vivaient trots ages de chene" (72); et les symboles du mal propres a reveler le courage et la lucidite des vieux, tel le large crocodile nourri dans les eaux d'un puits qui ressemble, selon la derriere reflexion du narrateur, au coeur humain. Le procede le mieux reussi, ce sont les comparaisons qui illuminent le role par excellence des vieux, c'est-a-dire leur alliance avec les jeunes via l'enfantement du souvenir, cette "sagesse des temps" decouverte par le jeune Sauvage en compagnie du pere Aubry. En depit des apparences, les vieux et les jeunes peuvent s'accorder, apprend le joune captif admirant les Sachems ennemis: comme les vieux oiseaux des bois, "ils melent encore leurs vieilles chansons aux airs nouveaux de leur jeune posterite" (50). Une autre comparaison rend plus explicite le rble du vieillard. Le vieux pretre explique qu'en son absence aux reunions religieuses, c'est un vieillard qui le remplace pour faire la priere, "car la vieillesse est, comme la maternite, une espece de sacerdoce" (96). Le vieux Chactas comprend cet apophtegme mieux maintenant qu'autrefois, grace a son grand age, et a son role de confier ses souvenirs au fils adoptif. Enfanter est douloureux, que l'on mette au monde un enfant ou un souvenir. Rappelons le cri contracte par la douleur que le recit de la mise au tombeau arrache au narrateur: "O mon fils, il eut fallu voir un jeune sauvage et un vicil hermite, a genoux l'un vis-a-vis de l'autre dans un desert, creusant avec leurs mains un tombeau . . . " (122). Accompagne de devouement, I'enfantement implique le sacrifice, offrande inestimable aux yeux du vieux pretre.

II faut attendre cette mise au monde douloureuse du souvenir pour entrevoir l'envergure des oppositions inscrites dans le texte. Wile atteint sa plus grande ampleur aux interruptions du recit suivies des apostrophes qui visent bien sur le lecteur. "O mon fils, reprit-il enfin, tu vois que Chactas est bien peu sage, malgre sa renommee de sagesse. Helas, mon cher enfant, les hommes ne peu sont deja plus voir, qu'ils peuvent encore pleurer!" (53). Narrant son histoire, mais oblige de s'interrompre; jouissant du repos, mais afflige; renomme pour la sagesse, mais peu sage: Chactas aveugle volt, et le souvenir devenu mediateur fait revivre au present le drame du passe.

Chactas entrecoupe souvent sa narration pour s'epancher le coeur, a la defference du vieux pretre qui ne laisse pas de parler raison, malgre ses sanglots de compassion. La preterition introduisant "Les Funerailles" n'est qu'un exemple: "Je n'entreprendrai point, o Rene, de te peindre aujourd'hui le desespoir qui saisit mon ame . . . " (117). De tels epanchements rehaussent le role du pretre, voue, lui, a elever les sentiments. Des larmes "d'admiration et de tendresse" ont saisi le jeune homme, aux premieres paroles du missionnaire (85). Son admiration ne cessait de s'accroitre, tent le serviteur du grand Esprit s'empressait aupres des necessiteux, en bon pasteur: "Le pasteur marchait devant nous, benissant ca et la, et le rockier, et l'arbre, et la fontaine, comme autrefois, selon le livre des Chretiens, Dieu benit la terre inculte en la donnant en heritage a Adam" (95). Mettre le pere Aubry a la place de Dieu paraissait peut-etre trop ose, aussi le narrateur ajoute-t-il l'image de Sem, qui s'avancait avec ses enfants a travers le monde, le soleil merchant en avant. A nouveau, le lecteur se volt interpelle: "ne te rappelle-t-il pas ces holocaustes d'Israel, fumant perpetuellement sur les hauts lieux, devant le Seigneur?" (107). Bien avant Hugo, la sublimite de l'image provoque un frisson sacre.

L'emotion de Chactas nous parait prefigurer la nouvelle sensibilite religieuse lancee par Chateaubriand, suscitee ici par le pretre. Jeune sauvage, il ne douse point qu'au moment ou l'on s'est prosterne, le grand mystere ne se soit accompli. Dieu est descendu sur la terre, "car je le sentis descendre dans mon coeur" (94). Une telle presence merveilleuse au fond du coeur constitue sans douse la preuve par excellence des harmonies de la nature, harmonies que le vieux pretre rend manifestes. A l'heure supreme, "une force surnaturelle" contraint Chactas a somber a genoux devant le lit d'Atala (115). Lorsque le pretre tire le vase sacre de son tabernacle, le jeune homme croft "voir Dieu luimeme sortir du flanc de la montagne" (116). Au terme du recit de la mort, le vieux narrateur, inonde de pleurs, entend la terre lui crier des questions sur sa propre descente dans la tombe, et sur l'heure ou il pense enfin embrasser la religion divine, pour retrouver apres la mort son Atala.

En depit des epanchements du jeune Sauvage et des raisonnements du pere Aubry, l'antagonisme essential, a savoir, "les combats des passions et des vertus dans un coeur simple" (127), s'etend jusqu'au moment supreme. A nouveau, la parole tranquille du vieillard apaise les passions dans le sein d'Atala. Le vieux pretre, dont les rides du front montrent "les belles cicatrices des passions gueries par la vertu et par l'amour de Dieu et des hommes", salt "se faire entendre a notre jeunesse" (86, 107), explique Chactas. Sa religion lui fournit des accents plus tendres et plus brulants que les passions memes des jeunes. Remarquons que le narrateur implante tres tot dans l'esprit du lecteur la crainte des consequences nefastes de la passion. "Ou nous conduira cette passion?" (56), demande Atala. Le jeune Sauvage s'ecrie, "Qu'ils sont incomprehensibles

les mortels agites par les passions!" (57). Tel un aiguillon, cette exclamation sert a stimuler le lecteur angoisse: il veut a tout prix penetrer le mystere.

Le lecteur reussit a percer le mystere et a discerner la "sagesse des temps" grace aux prefigurations, c'est-a-dire aux souvenirs textuels vehicules en grande partie par le vieux Chactas charge de rappels et d'evocations. Certaines prefigurations relevent des descriptions statiques; d'autres dependent des descriptions qui impliquent deja l'action, comme les descriptions balzaciennes. Des elements du paysage narratif du "Prologue" reapparaissent dans l' "Epilogue", servant a la fois d'inclusion, procede tres employe par les classiques, et de cloture. Les themes de la mort, la guerre et l'exil ebauchent un mouvement circulaire, mais sans l'affermir, laissant imaginer un changement de direction. Les emportements effectues par le grand fleuve ou par le passe lointain--l'emportement du pere de Chactas prefigure les morts recentes--donnent du relief aux images plus heureuses, en particulier celle du denouement, qui met les vieillards au milieu de la marche, ou ils cheminent entre les saintes reliques, restes des aieux, et leur posterite, c'est-a-dire, precise le "voyageur", "entre les souvenirs et l'esperance, entre la patrie perdue et la patrie a venir" (136). Les depouilles d'Atala et du pere Aubry, enveloppees dans des peaux d'ours et reposant sous la tete de Chactas, la nuit, engendrent des songes d'amour et de vertu semblables, a n'en pas douter, a la felicite celeste eprouvee le premier jour chez le pere Aubry. Une chanson se repete en echo: "Heureux ceux qui n'ont point vu la fumee des fetes de l'etranger, et qui ne se sont assis qu'aux festins de leurs peres" (76-77). Le cri ultime du vieux pere martyrise, que les Indiens ennemis punissent en lui plongeant un fer rouge dans la gorge, rappelle la chanson de mort qu'entonne le jeune captif Chactas. Les femmes de la tribu ennemie prefigurent la pitie tendre du vieil ermite. L'esperance recommandee par les peres apparait sous la forme apotropaique d'un arc-en-ciel, et comme une source limpide au milieu des marais corrompus. Une antanaclase accentue combien la couche sur le "lit d'argile" (122) est differente de la couche qu'avait esperee Chactas. L'admiration qu'eprouvent souvent les jeunes exiles pour les merveilles de la nature prepare le sublime atteint lors du drame sur lequel veille le pretre, comme la fuite prefigure le passage a la mort, et comme l'immolation a laquelle Chactas rechappe prefigure celles d'Atala et du pere Aubry. Le desir du vieux Lopez de remettre le fils adoptif dans les bras maternels prefigure la recommendation du pere Aubry d'aller consoler sa mere, qui le pleure tous les jours et qui a besoin de son appui. Employees souvent par le vieux narrateur lui-meme, ces prefigurations introduisent le lecteur dans le mystere, et l'aident a bien lire les rapports qui constituent les roles des deux vieillards.

Les roles complementaires et redempteurs des vieillards

Etant donne ces rapprochements, nous sommes en mesure de cerner de plus pres les roles des vieillards. Les antitheses regnantes du roman ne produisent point de roles d'opposition ou de confrontation, tent s'en faut. Aucun role ne parait autonome, tant il est evident que les fonctions dependent des autres lieux textuels. En fait, une certaine complementarite, voire une interpenetration des roles des deux vieillards se manifeste: tous les deux, par exemple, ancrent le recit dans un temps et dans un espace d'immense profondeur; ils dirigent tous les deux le lecteur, souvent de facon explicite, par les conseils prodigues a l'intention des jeunes; ils servent tous les deux la fin noble de conciliation, le vieil Indien confiant l'histoire a Rene, l'Europeen civilise, et le vieux pretre, mediateur par excellence, voulant dompter les passions afin que soient ouverts les passages entre le Ciel et la terre; et ils presentent tous les deux le christianisme, sous des angles pourtant differents.

Notre etude a mis en evidence la haute valeur, et les allusions multiformes, accordees a la vieillesse. On ne saurait trop insister sur cette valorisation. En vertu des traits que nous avons remarques au debut, dont la vieillesse ellememe vient en tete, le vieux Chactas a droit a la parole. Son role magistral est de narrer ses souvenirs pour son fils adoptif, au moyen d'un ensemble de signes que le lecteur maitrise petit a petit; de ranimer le passe avec ses conflits et ses malheurs multiples, ses moments de joie et d'angoisse, ses espoirs; de lui rendre sa chaleur et ses sentiments; de lui imposer de la coherence, en accord toujours avec les messages textuels; et de fournir le materiel necessaire a son interpretation. Les elements mythiques de la fuite de Chactas et d'Atala, par exemple, peuvent etre interpretes comme un rite de passage aux trots etapes (James Hamilton, "Ritual Passage"). Le souvenir, qui parle de pleine autorite, est d'autant plus imperieux que le vieillard ne peut ni voir ni se promener sans son Antigone. Bien que ses yeux restent fixes sur le passe, il lui arrive d'interrompre le recit et de s'epancher aupres de Rene, ouvrant largement un coeur ou se heurtent la melancolie, les regrets et les passions peu amorties.

Indirectement, le vieux narrateur interpelle le lecteur pour lui montrer la voie a suivre dans un pays changeant et si riche en symboles que les critiques parlent volontiers d'allegories. Nous avons remarque l'art qu'il deploie pour se faire comprendre. Quant a son role didactique, nous suivons James Hamilton qui releve l'art de la persuasion pascalien. Selon cette methode rhetorique, on reflechit une verite contre son contraire afin d'eclairer et de rehausser le dilemme humain et, si possible, de provoquer un changement d'attitude en faveur du bien. Que Chactas omette de se convertir au christianisme illustre, selon Hamilton, la difficulte qu'eprouve le lecteur a accomplir une synthese des verites, et a interioriser les valeurs morales ("Ideology" 31-35).

L'apparition du pere Aubry figure a merveille son role dans le dilemme. Au plus haut point de l'orage, le vieux pretre, fort de la faculte de la raison, de ses propres victoires sur les troubles du coeur et des moyens de resoudre les conflits, entreprend le role de soustraire au danger le "frere" et la "soeur". Alors que le narrateur avait montre les personnages en proie aux conflits du passe, conflits tels que exil/retour, nature/societe, passion/raison, esclavage, emprisonnement/liberte, guerre/paix, ancienne societe/nouvelle societe, le vieux solitaire, revelant a la fois une grande hauteur de vues et une compassion infinie, fait l'impossible pour prodiguer mille secours et pour resoudre les conflits. Pretre et prophete, il instruit les ignorants, effectue le pardon, les nouveaux passages et l'introduction a la compassion, a l'esperance, et au merveilleux chretiens, ainsi qu'au "royaume de Jesus-Christ" ou se maintient "la charite fraternelle" (96)(5). Dans une grande mesure, c'est l'introduction aux valeurs republicaines fondees sur la religion naturelle, garantie elle-meme contre la concentration du pouvoir.

Il revient au role du narrateur de relever le paradoxe: celui qui parlait raison n'aura pas raison a la fin. Les chaudes larmes que verse le vieux Chactas dementent les raisonnements sur les inconstances du coeur par lesquels le pretre esperait apaiser la passion d'Atala mourante. Nous sommes capables d'etre longtemps malheureux; l'homme n'est pas destine a oublier ce qu'il aimait naguere, a preuve, le recit passionne narre pour le fils adoptif. Grace a l'association etroite du pere et du fils, le roman, mieux qu'aucun beau monument, assure le souvenir des "amours de deux Sauvages" au coeur des autres aventures indiennes embrassant pas moins de six generations. Ses lecteurs auront peut-etre des reves "d'amour et de vertu" (136), comme Chactas, la nuit, les precieux restes sous sa tete; ou ils entendront plutot, peut-etre, une voix de lamentation telle que la voix elevee du Meschacebe passant sous les monts. Alors sera exaucee la priere supreme du vieux pretre: "ne lui laisse de ses malheurs, que d'humbles et utiles souvenirs" (119). La priere interpelle encore une fois le lecteur.

Le vieux Chactas a commence son recit au bord de la pirogue remontant le Meschacebe. Renee avait remonte le Meschacebe jusqu'aux Natchez, comme les iles flottantes remontent le long des rivages, au paysage narratif. Selon Jean-Claude Berchet, la conscience historique de la generation de Chateau-briand opposait la nature (jeunesse du monde) a la civilisation (sa vieillesse), de sorte que progresser, c'etait remonter le temps. Assumer l'histoire souffrante et mourtriere de la France revolutionnee, et la reconnaitre pour sienne, posaient a Chateaubriand d'enormes difficultes. Encore fallait-il incarner le tragique de cette histoire "pour acceder a la lumiere", selon Berchet. Rappelons que l'Enchanteur ne concevait le reel que pris dans le reseau des signes de la memoire collective (102-3, 108). Dans Atala, le role des vieillards s'avere indispensable a tous ceux qui entreprennent la remonte.

L'image ultime de l'"Epilogue", celle de la marche des Natchez exiles, renforce et precise ce role essentiel de la reconnaissance. La forme paratactique de la description souligne le parallelisme entre les saintes reliques portees par les jeunes guerriers, en tete de la marche, et les nouveau-nes portes par les epouses, qui la ferment. Au milieu cheminent les vieillards, tels les ponts naturels du "Prologue" et du "Recit"(6). Ainsi, l'apophtegme du pere Aubry, "la vieillesse est, comme la maternite, une espece de sacerdoce" (96), se trouve-til actualise a la fin du texte. L'aspect religieux du defile suggere en plus qu'en transmettant le passe a la jeune generation, les vieux permettent au lecteur de participer au sublime. Neanmoins, le sentiment qu'ils evoquent n'est ni le frisson sacre du au souvenir des holocaustes d'Israel ou du trepas chretien, ni le bouleversement qui emporte Chactas interpellant "la sublime nature": "ne putes-vous cacher un moment dans vos mysterieuses horreurs la felicite d'un homme!" (83). Il ne ressemble pas non plus au saisissement de coeur qui fait somber "des larmes d'admiration et de tendresse" (85) des yeux du jeune Sauvage, aux paroles du missionnaire. Le sublime qui ferme le texte nous semble provenir plutot d'un accord eleve, merveilleux, pareil au balancement des oppositions entrevu dans le paysage narratif, ou a la guerison des passions dont temoignent "les belles cicatrices" (86) chez le vieux pretre, ou encore aux ponts naturels et humains. Grace a son association avec les vieillards, le lecteur participe lui aussi a cette "je ne sais quelle mysterieuse harmonie" (91) que le jeune Sauvage, sur le chemin de la Mission en compagnie du pere Aubry, devine entre la sagesse des temps, les vers ronges de mousse, le vieux Solitaire, et les vieux chenes du desert americain.

Oeuvres citees

Barthes, Roland. New Critical Essays. New York: Hill and Wang, 1980.

--. S/Z. Paris: Seuil, 1970.

Berchet, Jean-Claude. "Un Voyage vers soi." Poetique 53 (1983):91-108.

Bowman, Frank Paul. French Romanticism: Intertextual and Interdisciplinary Readings. Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1990.

Chateaubriand, Francois-Rene de. Atala, Rene, Les Aventures du dernier Abencerage. Ed. Pierre Moreau. Paris: Gallimard, 1971.

Girard, Rene. Mensonge romantique et verite romanesque. Paris: Grasset, 1961.

Hamilton, James F. "The Ideology of Exoticism in Chateaubriand's `Atala', An Eighteenth-Century Perspective." Exoticism in French Literature. French Literature Series, Vol.13. Columbia, South Carolina: Univ. of South Carolina Press, 1986.

--. "Ritual Passage in Chateaubriand's Atala." Nineteenth-Century French Studies 15:4 (1987): 385-93.

Hamon, Philippe. Texte et ideologie, valeurs, hierarchies et evaluations dans l'oeuvre litteraire. Paris: Presses Universitaires de France, 1984.

Kadish, Doris Y. Politicizing Gender: Narrative Strategies in the Aftermath of the French Revolution. New Brunswick: Rutgers University Press, 1991.

--. "Symbolism of Exile: The Opening Description of Atala." French Review 55:3 (1982): 358-66.

O'Neil, Mary Anne. "Chateaubriand's Atala: A Study of the French Revolution." Nineteenth-Century French Studies 2:1-2 (1993-94): 1-14.

Porter, Charles A. Chateaubriand: Composition, Imagination, and Poetry. Stanford French and Italian Studies, Vol. 9. Saratoga, California: Anma Libri, 1978.

Pratt, T.M. "Chateaubriand's Atala and LeSuire's America." Nineteenth-Century French Studies 21:1-2 (1992-93): 42-56.

Riffaterre, Michael. La Production du texte. Paris: Seuil, 1979. (1.) Selon Roland Barthes (New Critical Essays 42), la vieillesse n'est plus un age litteraire, le vieillard est peu souvent un heros de roman, il n'existe plus ni d'image du vieux, ni de philosophie de la vieillesse, peut-etre parce que le vieillard est indesirable.

(2.) Selon Roland Barthes (S/Z 14), "trait" peut avoir "le pouvoir de se rapporter a des mentions anterieures, ulterieures ou exterieures, a d'autres lieus du texte (ou d'un autre texte): il ne restreindre en rein cette relation..."

(3.) Nous sommes tout a fait d'accord ici avec le jugement de Doris Kadish. A son avis, les "patriarches" dans Atala paraissent faibles en autorite. Elle qualifie le roman de "pue patriarcal" (Politicizing Gender 77-78).

(4.) Philippe Hamon recommande une etude de la distribution, de la fonction et du fonctionnement des multiples appareils evaluatifs qui s'inscrivent dans la "poetique de l'echelle", ou dans la "poetique du normatif" (59-60). Nous verrons, au "Recit", qu'une seule optique, celle du vieux Chactas narrateur, range les lieux testuels privilegies, et dissimule en meme temps le "desir triangulaire" analyse par Rene Girard (11-57). (5.) La nature et le lieu du Royaume celebre dans le Genie etaient sujet de debats, selon Frank Paul Bowman (33). A son avis, le topos merite des recherches: les debats sur le lieu et le temps de l'avenement du Royaume manifestent jusqu'a quel point le socialisme consistait en une secularisation des valeurs religieuses.

(6.) Par l'allusion a Moise et par les paroles sur l'esperance et sur "la patrie a venir" qui accompagnent cette derniere image, Chateaubriand a surement voulu suggerer, affirme Mary Anne O'Neil, quoique peut-etre de facon subtile et ambigue, qu'un peuple vaincu peut survivre aux vicissitudes de l'histoire, surtout quand il reste fidele a son passe (11-12).
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Title Annotation:text is in French
Author:Freed, Marianne T.
Publication:The Romanic Review
Date:Mar 1, 1996
Words:6222
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