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LA CONDITION D'OUVERTURE ET L'ETAT D'ELANCEMENT VERS: METAPHYSIQUE DE LA VIE CHEZ HEGEL.

THE OPENNESS CONDITION AND THE STATE OF BEING ORIENTED TOWARDS: A METAPHYSICS OF LIFE IN HEGEL

LA CONDICION DE ABERTURA Y EL ESTADO DE DIRECCION HACIA: METAFISICA DE LA VIDA EN HEGEL

<<Hegel est a l'origine de tout ce qui s'est fait de grand en philosophie depuis un siecle,--par exemple du marxisme, de Nietzche, de la phenomenologie et de l'existentialisme allemand, et de la psychanalyse>> Maurice Merleau-Ponty (1966: 109-122) (1).

Il serait bien pretentieux a l'interieur du present exercice de discuter l'ensemble des sens, des objets ou des formes de pensee qui s'articulent a une reflexion philosophique qui se declare metaphysique. De la meme maniere, il serait bien pretentieux aussi d'essayer l'elaboration d'une approche historique au terme de metaphysique, ou bien d'entrecroiser differentes discussions afin de propulser une autre comprehension d'un probleme en metaphysique. Notre pretention est plus restreinte. Nous voulons proposer une lecture metaphysique de trois problemes que croisent le coeur de la Phenomenologie de l'esprit (2), en tant que discours qui essaie de comprendre l'emergence de la totalite du reel. Les trois problemes que nous aborderons sont: a) la condition d'ouverture constitutive de l'esprit; b) l'etat d'elancement Vers: le Desir; et c) la condition d'ouverture et l'etat d'entraine vers: la VIE.

Mais avant d'aborder les problemes qui nous interessent, il faut justifier la possibilite de notre lecture metaphysique de la Phenomenologie de l'esprit. A notre avis, il y a au moins deux arguments--exterieurs a la phenomenologie--qui nieraient la valeur de notre effort, et deux arguments --de la Phenomenologie--qui appuieraient la realisation d'une lecture metaphysique de l'oeuvre capitale de Hegel et de nos trois problemes.

Un premier argument contre notre entreprise serait la caracterisation de la position typiquement antimetaphysique de Hegel. A plusieurs reprises dans son l'ouvrage, le philosophe de Stuttgart fait reference a l'ancienne metaphysique comme un savoir historique depourvu d'interet (Cfr. Hegel, 2010: 7). Seulement, soulignait Hegel, la philosophie postcritique peut conduire la conscience a la forme la plus haute du savoir et faire tomber l'ensemble des demonstrations caracteristiques de la metaphysique dogmatique, en tant que savoir etranger aux possibilites memes de la connaissance (3).

La caracterisation precedente de la position de Hegel pourrait rendre evident la pretention naive de notre entreprise, mais nous voudrions repondre que cette caracterisation est assez limitee. Le systeme hegelien--a l'egal d'autres systemes philosophiques de cette epoque-la--dirige ses critiques vers la forme speculative que constitue de l'ancienne metaphysique, mais, en meme temps, suppose la possibilite d'une metaphysique postcritique capable de comprendre les problemes traditionnels a partir de la force interpretative caracteristique de la connaissance (4).

Un deuxieme argument qui pourrait nous empecher de continuer notre entreprise se trouve au debut de !'introduction au concept generale de logique (Cf. Hegel, 2010: 23). D'apres Hegel, la philosophie critique kantienne avait deja transforme la metaphysique en logique en apportant un sens essentiellement subjectif aux determinations logiques, cependant, cette transformation n'etait pas suffisante car elle restait enracinee dans un subjectivisme qui enfermait la conscience. La philosophie postcritique, affirmait Hegel, doit radicaliser l'image de la metaphysique comme logique et liberer la conscience de ce subjectivisme essentielle qui suppose la conscience comme incapable de s'elever et d'examiner les choses comme elles sont en soi et pour soi--comme ce qui est logique et purement rationnel(Cf. Hegel, 2010: 30).

La figure d'une conscience capable de s'elever et d'examiner les choses comme elles sont en soi et pour soi, affirmait Hegel, garantit la possibilite de franchir la limite transcendantale que la logique critique de Kant avait imposee a la connaissance de l'absolu (5). Hyppolite comprend bien ce franchissement de la limite transcendantale ou, en d'autres termes, cette transformation radicale de la metaphysique en logique. Selon le philosophe francais, il est fondamental de comprendre que le systeme de Hegel a l'intention de reduire <<[...] la metaphysique a la logique [...]>> a travers deux presupposes: <<il n'y a pas de second monde, il y a un Logos et une vie speculative absolue >> (Hyppolite, 1961: 69-87).

Mais pour quoi insister dans notre entreprise? Un premier argument en faveur de notre lecture, c'est de comprendre la Phenomenologie hegelienne dans un sens principalement metaphysique. A notre avis, la Phenomenologie de l'esprit est une oeuvre principalement metaphysique--qui precede a la Science de la logique--car elle traite de l'emergence de l'etre qui nous apparait (6) et qui se revele phenomenologiquement (7).

Si notre affirmation est valide, nous pourrions dire que la metaphysique hegelienne est un effort rationnel pour comprendre les principes qui constituent la totalite du reel en supposant que la realite meme est totalement rationnelle. Apres tout, ce qu'on appelle le systeme hegelien n'est que l'effort de l'esprit pour obtenir une rationalisation integrale du reel, tel que l'avait propose Leibniz sous la formulation de la fondation-en-raison (Begrundung) (8).

Un deuxieme argument qui justifierait une lecture metaphysique se trouve dans la construction meme de la Phenomenologie de l'esprit. La Phenomenologie est une oeuvre qui reflete le drame de l'esprit qui a chaque fois arrive a une synthese plus large--d'une region plus grande du reel--sans arriver veritablement a l'absolu. L'histoire de ces syntheses est la vie meme de l'esprit qui se pose comme absolu dans chaque epoque sans avoir une pleine conscience--au moins dans plusieurs moments de son developpementde sa condition de moment synthetique qui s'articule a l'histoire complete de l'humanite.

Cela est la conscience metaphysique qu'apporte la Phenomenologie de l'esprit: une verite qui se declare comme explicative de la totalite du reel a l'interieur d'une epoque est, en suivant Hegel, la demarche caracteristique de l'esprit qui s'etend vers l'absolu a partir de sa propre finitude. << Cet etrela (Dasein), cet etre dans le temps, n'est pas seulement un moment de la connaissance individuelle en general qui comme tel est essentiellement fini, mais aussi un moment du developpement de l'Idee philosophique dans l'element du penser >> (Hegel, 1970 :53).

Si nous acceptons les arguments justifiants une lecture metaphysique, il nous est possible d'enoncer les trois problemes qui seront objets de notre recherche et qui se derouleront en trois parcours a partir de deux figures cordonnees: la condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers. Dans le premier parcours, nous essaierons de caracteriser la condition d'ouverture et, sommairement, l'etat d'elancement Vers qui caracterise l'esprit individuel au niveau de la certitude sensible; dans la deuxieme demarche nous examinerons l'etat d'elancement Vers comme Desir; et, finalement, nous nous ferons une reelaboration generale de nos deux figures en tant que conditions qui rendent possible la VIE de l'esprit.

1. La condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers: l'esprit individuel

Ce que nous nous proposons d'aborder ici est la comprehension hegelienne de la condition d'ouverture et de l'etat d'elancement Vers en tant que conditions de possibilite de l'experience de l'esprit. Nous ne voulons pas faire une presentation generale des mouvements de l'esprit (subjectif, objectif et absolu) constitutifs de la philosophie de Hegel. Notre intention est celle d'explorer la possibilite de l'experience a partir de nos deux figures (ouverture et elancement Vers) afin de caracteriser l'argument metaphysique qui lui est subjacent. Commencons la reconstruction de nos deux figures.

Au cours de la Preface a la Phenomenologie de l'esprit, Hegel distingue la realite (Realitat) de la condition effective de la realite (Wirklichkeit). Tandis que la premiere est essence ou apparence (9), la deuxieme (Wirklichkeit) est la manifestation de l'unite concrete qui se deploie dans le temps contenant en soi ce qu'Aristote appelle la possibilite (Sovagrc) (Aristote, Meta, Liv. IX, 25-1045b a 29-1046). De la meme maniere que le germe contient en puissance toutes les qualites de l'arbre, elle n'est pas encore l'arbre-meme comme realite effective (Wirklichkeit). Meme si le germe contient l'arbre en puissance, il n'est pas espace-temporellement (Ici et Maintenant) l'unite concrete: Arbre (Hegel, 1970: 123). Il est vrai que le germe n'est pas l'Arbre, mais il est indeniable que le germe est deja une unite concrete (en soi-meme) traverse par une orientation Vers qui determinera la facon de son deploiement. Le germe, et toute autre chose, est une unite concrete traversee par une rationalite qui se deploiera progressivement d'une facon determinee.

D'apres Hegel, la rationalite qui croise le coeur de la realite effective devoile la possibilite du savoir de l'esprit. L'esprit rationnel est capable de saisir la realite (Wirklichkeit), car la realite se deploie rationnellement dans le temps et dans l'espace et, car il (l'esprit) est capable de sentir les developpements progressifs de l'unite concrete qui est ancree au centre de l'immediatete (Cf. Hegel, 2012: 59). Ainsi, la realite effective est, notait Hegel, la scene qui heberge deux unites distinctes en sa capacite de sentir: l'esprit individuel et la chose. Bien que les deux soient soumises a l'immediatete du temps, l'une des deux peut sentir d'une facon specifique en prenant distance et en se placant en face de ce qu'elle n'est pas.

Mais, comment est-elle constituee l'unite concrete qui sent ? Hegel caracterise l'unite concrete qui sent a partir de deux conditions propres de l'esprit. Suivant le philosophe de Stuttgart, ce qui sent se trouve constamment Ouverte et Elancee Vers les objets du monde. A cause de cette condition originelle (ouverte), l'unite qui sent est bien soumise a l'immediatete fugace du temps, mais elle est originalement disposee (elancee Vers) a sortir a la decouverte de ce qu'elle n'est pas (non-etre) (Cf. Hegel, 2012: 132). La condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers qui caracterise ce qui sent, en suivant de pres l'auteur de la Phenomenologie, sont la preuve 9 incontestable de l'orientation originelle de Y esprit singulier vers l'exterieur, etant donne que seulement ce qui sent peut se trouver face a un objet enracine dans l'espace et dans le temps.

En mots de Hegel:

On n'est pas cense concevoir l'absolu, mais le sentir et le contempler, ce n'est pas le concept, mais le sentiment qu'on en a et ce qu'on en contemple qui sont censes a la fois mener les debats et etres enonces. [...] ce n'est pas le concept, mais extase, ce n'est pas la froide progression de la necessite de la chose, mais la fermentation de l'enthousiasme qui sont censes etre la tenue et l'expansion et avancee continue de la richesse de la substance (Hegel, 2012: 61-62).

L'esprit est deja ouvert et entraine Vers des le debut de l'experiencememe, et ces figures sont les responsables de cette sorte de la relation qui s'etablit entre ce qui sent et ce que ne sent pas. D'apres Hegel, au debut de l'experience l'individu sent la chose comme ce qui est. La chose est une immediatete simple qui garde en soi une telle puissance et richesse de sens qui permettra--a l'interieur de la relation--l'emergence de la certitude sensible (Cf. Hegel, 2012: 130).

Cette premiere figure caracterise l'experience de l'esprit en une forme double. D'un cote, chaque unite concrete se trouve dans la pure immediatete qui n'est que l'immediatete du temps; et, de l'autre cote, chaque unite concrete est intermediaire d'une autre, car chacune d'elles depend de l'existence de l'autre. << J'ai la certitude, notait Hegel, par l'intermediaire d'un autre, la chose; et celle-ci est pareillement dans cette certitude par l'intermediaire d'une autre, savoir, de Je. >> (Hegel, 2012: 131).

Concentrons un peu plus dans la deuxieme forme de la caracterisation de l'experience: l'intermediation. Meme si la constitution de l'individu singulier qui sent n'affecte pas la condition essentielle de la chose en sa verite (etre), il faut reconnaitre que c'est dans l'intermediation que la chose se rend certitude sensible dans la scene de l'individu. De cette maniere, la chose emerge comme quelque chose d'essentielle a la relation d'intermediation car elle est un etre veritable pour l'individu qui sent. Pour sa part, l'esprit n'est pas un etre veritable comme la chose. Tandis que la chose EST dans sa veritable immediatete, l'esprit est seulement quelque chose en relation, il est seulement par rapport a la chose qui est essentiellement veritable et necessaire.

Ce que rend evident la phenomenologie de Hegel--dans ce moment d'elevation de l'esprit--avec i) la relation intermediaire et avec ii) la condition inessentielle de l'esprit est, principalement, la nature negative du caractere de l'ouverture et de l'etat d'elancement Vers. Pour Hegel, ce que comprend initialement l'individu singulier est qu'il est ouvert et elance Vers ce qu'il n'est pas (non-etre). La forme de son ouverture est negative etant donne qu'elle (l'ouverture) permet a la conscience de se comprendre uniquement en termes de non-etre, en termes de difference.

Cependant nous ne pouvons pas traiter directement le probleme de la negativite dans le moment present de notre recherche. Maintenant il est indispensable d'approfondir dans la caracterisation de l'immediatete qui enfonce l'esprit dans l'espace (Ici) et le temps (Maintenant), car l'intention de notre premier parcours est celle de comprendre la veritable puissance de la condition d'ouverture et d'enoncer l'etat d'elancement Vers.

Dans un premier moment de la conscience (par rapport a), affirmait le philosophe de Stuttgart, l'individu singulier (Pur Je) est soumis dans l'immediatete. Il n'apercoit et il ne sent que la chose comme un ce qui EST, comme un ensemble de sensations vigoureuses et particulieres (10). Arretons un moment dans la description cette situation. Pour l'individu singulier qui voit un arbre, Ici est l'arbre, Ici sont ces branches et ces fruits. Mais s'il tourne la tete la verite de la realite immediate (Ici-Arbre) disparait: l'Ici n'est pas un arbre. La realite est pour lui--et maintenant--une maison.

D'apres Hegel, cette caracterisation phenomenologique demontre que ce que nous nommons comme l'Ici ne disparait pas; il perdure au cours de la disparition de la maison, de l'arbre, etc. L'Ici, comme condition de l'experience, est indifferent au fait de l'unite concrete maison ou arbre. La chose s'avere de nouveau comme simple intermediaire qui est en train de s'elever comme quelque chose d'universel et de generale dans l'horizon de l'individu singulier (11).

Ainsi, la figure de l'individu singulier qui a ete illustree veut caracteriser ce qui est enfonce dans le mouvement changeant de la realite dans laquelle le Je se trouve lie par tous ses sens, principalement, notait Hegel, par le regard. Pendant le deplacement de ses sens, l'individu singulier se decouvre au coeur de l'immediatete regnante qui se manifeste comme une pluralite des choses intermediaire. L'arbre qui etait vu pour l'individu singulier est Maintenant non-arbre car son regard s'est deplace. Maintenant il y a une maison devant lui, et au moment qui suit, la maison aura disparu de son horizon et sera nonmaison (12).

De l'analyse de cette relation immediate et intermediaire Hegel attire une conclusion surprenante et fondamentale pour sa phenomenologie. La certitude sensible est la verite d'un Je qui se trouve, a cause de sa condition d'ouverture, dans l'immediatete: Ici et Maintenant (Hegel, 2012: 136). Ainsi, et depuis cette reconstruction generale de la certitude sensible et de la condition d'ouverture qui la rend possible (la certitude sensible), il nous est legitime d'attirer plusieurs conclusions, mais seulement deux qui concernent notre recherche (13):

a) La forme de la condition d'ouverture: a l'interieur de l'immediatete le Je se devoile comme ce qui est face aux choses-la. Il decouvre i) que les choses sont a lui dans le mouvement de son regard et de ses sens en general (Sens), et ii) que l'experience qu'il a des choses du monde est traversee par la fugacite du temps. Ce qui est pour lui Ici et Maintenant (14)--ne le sera pas au moment suivant--au moins de la meme maniere-, car ce qui se maintient n'est pas la pluralite de Maintenant-s et Ici-s qui coulent dans la pure immediatete; ce qui se maintient, affirmait Hegel, est quelque chose d'universelle qui depend de la forme de la condition d'ouverture et de l'etat d'elancement Vers les choses.

b) La condition de dirigee de la condition d'ouverture: L'individu singulier (Je), qui est face a une unite concrete, tourne le dos a plusieurs autres unites qui sont pour lui non-etre (non-arbre, nonmaison). D'une certaine facon, le multiple etre-autre qui est en haut, en bas et ainsi de suite (Cf. Hegel, 2012: 137)--qui est la pluralite du monde meme et qui est par rapport a la condition d'ouverture et a l'etat d'elancement Vers-, rend evident la condition inessentielle et negative de l'intuition. La chose-la (immediatete essentielle) emerge Maintenant et Ici comme un non-etre qui est dans l'horizon spatio-temporel de l'individu singulier. Ainsi, l'esprit singulier ne sent pas et ne contemple que les choses qu'il <<determine dans la negativite de l'action >> (Hyppolite, 1961: 33) ou, a ce niveau de notre discussion, qu'il determine dans la negativite de la penseememe (non-moi).

Avant d'avancer a notre deuxieme demarche, nous voulons denoncer le restreint de notre expose lequel s'est limite a la certitude sensible. Cependant il est important de noter, une autre fois, que le but de notre recherche--dans ce premier parcours--n'etait que d'explorer la possibilite de l'experience, a partir de nos deux figures coordonnees, afin de caracteriser l'argument metaphysique qui lui est subjacent. En d'autres termes, nous voulions presenter la condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers en tant que conditions qui caracterisent le destin de l'esprit, car l'esprit individuel sent d'une facon determinee.

2. L'etat d'elancement Vers: le Desir

Nous avons deja parle de la certitude sensible afin de caracteriser ce qui constitue la condition originaire de l'individu singulier. Maintenant nous essaierons d'explorer l'emergence de la conscience de soi et sa relation avec le desir sans nous eloigner de nos figures coordonnees: la condition d'ouverture et de l'etat d'elancement Vers. Eclairons, avant de continuer, que dans le systeme hegelien toutes les conditions et figures spirituelles, qui rendent possible la complexite de la vie humaine, sont la depuis le debut en tant que possibilites. Tant la conscience de soi que le desir sont la depuis le debut.

A partir de cet eclairement initial, nous pourrions affirmer que la Phenomenologie de l'esprit est un discours philosophique qui essaie de comprendre les developpements de ce qui est originairement en puissance (en soi) et ce qui se deploie pendant la vie de l'esprit (pour soi). L'individu singulier est, des l'origine, traverse par ce qu'il est en soi et qui se deploiera d'une facon rationnelle sous les formes de conscience de soi, le travail, l'histoire et la culture qui ne sont que des manifestations de l'esprit en devenant absolu a moment present. Cette comprehension se constitue dans la teleologie qui traverse l'ouvrage phenomenologique de Hegel: tout ce qui est pour soi est la depuis le debut. Autrement dit, l'individu contient en puissance des determinations qui donneront la forme a sa relation avec ce qui est exterieur a lui.

A partir de cette teleologie hegelienne nous pourrions tirer une hypothese provisoire: si tout est la depuis le debut, il ne nous reste que nous mener nous-memes a l'origine afin de comprendre ce qui se deploie a present. Nous avons voyage deja a l'origine de la relation entre l'individu singulier et la chose-la en prenant comme fil conducteur la figure de l'ouverture comme la condition de toute l'experience. A ce moment-la, l'individu etait face a la chose-la qui etait pour lui au cours de l'experience sensible. Il a gagne dans cette position une comprehension negative et differenciee de ce qu'il n'est pas. Il est par opposition non-ceci, non-arbre, non-maison. Cependant, la vitalite de ce <<non>> termine par qualifier la realite privative de l'experience et par demontrer la force negative (15) de la conscience naturelle. Elle est incapable de saisir le mouvement de la pluralite qui coule dans le temps et l'espace (16). La conscience naturelle nie ce qu'elle ne peut pas saisir (17).

Cependant, l'incapacite de saisir qui caracterise la conscience naturelle exige a la reflexion phenomenologique de se mener vers une nouvelle figure de l'esprit. D'apres Hegel, le << Je est a la fois le contenu de la relation et l'acte de la relation; il est lui-meme face a une autre chose, en meme temps qu'il gagne sur cet autre, qui pour lui, tout aussi bien, est uniquement luimeme>> (Hegel, 2012: 188).

Que le Je se comprenne soi-meme comme le contenu de la relation et l'acte de la relation seulement pourrait signifier qu'il tombe a l'interieur d'un premier moment de la conscience de soi: << Elle [la conscience] a pour essence et objet absolu Je >> (Hegel, 2012: 198). La conscience de soi emerge comme savoir de soi-meme: Je contenu et Je acte. Mais quelle sorte de savoir est-il si la conscience de soi est opposee uniquement au monde sensible? Quel est la valeur d'un savoir simple comme: <<Je suis Je>>?

La valeur de cette nouvelle figure est capitale pour la Phenomenologie et pour notre recherche en metaphysique. La conscience de soi emerge comme l'expression du Desir, elle est (elle-meme) DESIR (Cf. Hegel, 2012 : 189). Elle VEUT devenir essentielle, singuliere et identique a soi-meme par opposition a tout ce qu'elle n'est pas (negation). Elle VEUT se poser comme contenu et activite de la totalite du reel, en tant qu'elle a pour essence et objet absolu son propre Je.

A la difference de la conscience naturelle qui caracterisait la certitude sensible, la conscience de soi sait deux objets: a) des objets de la certitude sensible et b) de soi-meme en tant qu'essence veritable qui est par opposition a l'objet nie. Plus clairement dit, tandis que la conscience naturelle est une sorte de conscience face aux objets de la certitude sensible, la conscience de soi emerge comme l'effort de la conscience pour se prendre soi-meme comme son propre objet.

La force de la conscience est, affirme Judith Butler, la capacite caracteristique de la conscience de soi de se penser soi-meme comme differenciee, comme capable de saisir le mouvement plural qui coule dans le temps et l'espace et que la conscience naturelle n'etait pas capable de saisir (Cf. Butler, 2001: 51). Mais, affirmait Hegel dans le [seccion]426 de l'Encyclopedie des sciences philosophiques, l'auto-conscience est encore enracinee dans l'immediatete, raison pour laquelle elle est encore singularite et desir appetitif. Pour elle l'objet n'oppose aucune resistance parce qu'il est un en soi qui ne peut pas s'elever a la condition de soi-meme.

De cette maniere, dans son etat plus originel l'esprit est tant condition d'ouverture, qu'etat d'elance Vers, ou en termes de Hegel: DESIR (18). A present, il faut rendre evident la veritable valeur de ce que nous avons appele l'etat d'elancement Vers, car c'est dans ce moment-la de l'elevation de l'esprit qu'il gagne sa figure presque complete. Nous ne sommes pas uniquement ouverts a la realite sensible de l'objet, nous sommes elances Vers l'objet d'une facon desiderative. Pour la conscience de soi l'objet depourvu de memete est la-bas pour etre devore et detruit dans le mouvement du desir qui a pour but la satisfaction egoiste.

De cette facon, nous pourrions affirmer que la position phenomenologique de Hegel (19) comprend bien l'esprit comme ce qui est ontologiquement ouvert, et pulsionnellement elance Vers. Pour l'individu singulier, l'objet est objet du desir et non seulement une chose-la representee. Il VEUT s'imposer sur l'objet et satisfaire son desir, etant donne que--et a cause du deploiement de l'etat d'elancement Vers--le soi est devenu Vie (20) desiderative et son objet du desir est rendu vivant. Pendant la realisation de sa satisfaction, la conscience de soi s'impose comme autonome face a l'objet et trouve dans sa consommation une autre forme de verite: la satisfaction (21).

Ainsi, nous sommes arrives a l'origine de l'etat d'elancement Vers. Il est, en termes de Hegel, Desir oriente, mais il est encore Desir animal. Il est necessaire pour notre recherche d'arriver a notre troisieme parcours: l'etat d'elancement Vers comme DESIR humain. Mais avant d'arriver a notre troisieme parcours, nous voudrions tirer trois conclusions fondamentales a notre recherche :

a) L'etat d'elancement Vers et son objet: D'apres Hegel, la conscience de soi obtient son expression sensible comme Desir, qui n'est pas une autre chose que la forme de ce que nous avons appele l'etat d'elancement Vers. L'objet qui etait pour elle simple savoir negatif--dans la figure de la certitude sensible (condition d'ouverture)-, est devenu vivant a l'interieur du courant de la Vie de la conscience de soi qui est Elancee Vers son objet du DESIR. Meme si le Desir est initialement appetit animal, comme affirme Butler en suivant Gadamer, il sera, posterieurement Desir reflexif et intentionnel: DESIR. Ainsi, la conscience de soi gagne un objet du DESIR phenomenologiquement distinct de l'objet qui avait gagne dans la scene de la certitude sensible.

b) L'autonomie de la conscience de soi: L'individu s'elance Vers un objet qui est distinct de lui et que ne lui resiste pas, etant donne qu'il est <<depourvu>> de memete, d'affirmation et de liberte. Cette condition de <<depourvu>> permet a l'individu de se declarer comme autonome face a la chose--de la certitude sensible--et de se diriger, d'une facon desiderative, Vers un Objet qui est, a partir de maintenant, enracine dans la fluidite de la Vie de la conscience.

c) L'objet devient vie pour la conscience: Ainsi, la condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers emergent comme les puissances (ovvajuic), les plus originales de l'esprit et se constituent, a notre avis, dans l'un des points plus importants de l'engagement phenomenologique hegelien. L'etat d'elancement Vers est donc la scene oo l'objet devient Vie pour la conscience. La pomme--ou n'importe quel autre objet--qui est face a la conscience de soi se constitue comme objet du desir et non comme chose-la. La chose a ete objet pour la conscience naturelle qui apercevait sensiblement en tant qu'ouverte; mais maintenant, la chose est objet du desir pour une conscience de soi qui VEUT en tant qu'elance Vers (Cf. Hegel, 2012: 195 ss).

De cette facon, nous sommes arrives a la caracterisation generale des figures de condition d'ouverture et de l'etat d'elancement Vers comme les formes qui rendent possible l'experience de la conscience. Maintenant nous devons arriver a la scene finale de notre recherche: Deux consciences ouvertes et elances Vers se sont rencontrees dans la scene du monde.

3. La condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers: La reconnaissance

Dans le deuxieme parcours de notre recherche, nous avons presente l'emergence de la conscience de soi comme l'effort de l'esprit pour se distinguer de l'objet et comme le Desir de la conscience qui VEUT--en tant que sentiment egoiste--se remplir de la vitalite renouvelable de la nature qui est devenue Vie. Cependant, la conscience de soi n'est pas encore arrivee a la figure la plus parfaite (22). La conscience de soi est--dans un premier momentseulement mouvement desideratif qui s'affirme comme distincte de la chosela et, en tant que mouvement desideratif, elle s'affirme comme activite qui s'approprie l'objet qui ne lui offre aucun resistance.

Mais, qu'est-ce qui lui est arrive a la conscience de soi--ouverte et elance Vers--au moment de se trouver face a une autre conscience de soi qui est aussi ouverte et elancee Vers ? L'intention de notre recherche n'est pas --dans un sens strict--de repondre a cette question-la. Notre but principal est de suivre la reflexion hegelienne de l'emergence de l'autre conscience afin d'apporter a l'elaboration de nos deux cordonnees de lecture: la condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers. Cependant, pour arriver a notre but nous parcourons sommairement la dialectique du maitre et de l'asservi (23) oo se trouve une premiere reponse a ces questions-la. Quelle est donc la reponse partielle a ces questions ?

La Phenomenologie hegelienne soutient une comprehension individuelle, active et vitale de la conscience de soi. Elle est en principe une auto-conscience qui se prend comme objet sans se savoir comme VIE.

Cette conscience de soi inachevee, qui <<Se prendre comme objet>> sans se savoir comme VIE, exige a l'auteur de la Phenomenologie une nouvelle reelaboration de la conscience comme conscience Vivante. <<La conscience de soi [affirmait Hegel] ne parvient a sa satisfaction que dans une autre conscience de soi >> (Hegel, 2012: 194), autrement dit, la conscience de soi est possible seulement A TRAVERS une autre conscience de soi qui s'affirme dans sa propre liberte, ou d'une autre maniere, en mots de Hegel : <<La conscience de soi est en soi et pour soi en ce que, et par le fait qu'elle n'est qu'en tant que quelque chose de reconnu (Hegel, 2012: 195).

Mais quelle est la signification de l'image <<quelque chose de reconnu>> que Hegel vient de presenter? D'apres le philosophe de Stuttgart, la conscience se constitue comme: A TRAVERS DE. Elle est, dans la scene de la certitude sensible, A TRAVERS DE l'objet; dans la scene de la certitude de soi, A TRAVERS DE l'objet du Desir; et, dans la scene de l'Autonomie ou non autonomie de la certitude de soi (24), A TRAVERS D'une autre conscience capable aussi de s'affirmer. Cette derniere scene sera, depuis le moment present, l'objet de notre recherche.

Dans notre deuxieme chapitre nous avons presente de facon generale comment la conscience de soi se satisfait A TRAVERS DE la consommation et destruction de l'objet du Desir, et nous avons devoile comment le mouvement destructif permet a la conscience de soi de s'auto-affirmer comme un moi qui Veut. Maintenant, et grace a notre demarche, nous pouvons affirmer que le mouvement du Desir qui croise la conscience de soi n'exprime que la direction originelle de l'etat d'elancement Vers. La conscience de soi se dirige Vers la destruction et la consommation de la realite objective afin de se satisfaire.

Au debut, la conscience de soi ne Veut que survivre en se satisfaisant comme n'importe quel autre animal. Cependant, la conscience de soi sera amenee plus loin de la scene de la consommation car la condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers ont une directionalite propre et caracteristique. Il est vrai que la conscience de soi Veut rester en Vie en satisfaisant ses desirs (appetits) propres; malgre cela, l'esprit singulier est capable de franchir la limite du Desir appetitif et risquer sa VIE pour satisfaire ses DESIRS nonanimaux (25).

Auparavant, nous etions au niveau du Desir en general. Maintenant il est temps de nous engager avec l'elaboration succincte du DESIR en tant que DESIR qui porte sur un autre DESIR (26). Autrement dit, il faut arriver au moment oo la conscience de soi s'elance Vers une autre conscience de soi qui est aussi ouverte et elancee vers.

Kojeve a bien compris, en suivant Hegel, que la pluralite des Desirs de l'animal est le derriere-plan sur lequel l'individu s'eleve comme DESIR qui porte sur un autre DESIR (27). La conscience de soi, qui etait pour elle-meme essence et objet absolu (JE), tombe--dans un deplacement de son regardsur une autre conscience qui se resiste et s'affirme comme absolue JE. Chacune, affirmait Hegel, a une certitude de soi-meme, mais ce qui s'eleve devant ses yeux--l'autre individu--se constitue comme la preuve qui la rend inauthentique ou, au moins, douteuse.

L'individu face a un Autre individu ne peut pas se garantir comme essence absolue de la totalite du reel, car elle comprend immediatement la nature differente de cet objet qui s'eleve devant de son regard. Elle n'est pas auto-affirmation de soi, depuis ce moment-la, elle est quelque chose qui est face a une autre conscience qui s'auto-affirme. Les deux consciences qui s'opposent entrent en contradiction, parce que l'identite de sa certitude de soi se rend naive. Chacune d'elles veut recuperer son identite, et rapidement comprennent que la mort de l'Autre doit arriver s'elles VEULENT preserver son unite avec soi-meme (28). En mots de Hegel :

Elles doivent aller a ce combat, parce qu'elles doivent fournir la preuve et la verite, en autre et en elles-memes, de la certitude qu'elles ont d'elles-memes, d'etres pour soi. Et c'est seulement par la mise en jeu de la vie qu'est aussi eprouvee et averee la liberte, qu'il est eprouve et avere que l'essence, pour la conscience de soi, ce n'est pas l'etre, ce n'est pas la facon immediate dont elle entre en scene, ce n'est pas qu'elle s'abime dans l'extension de la vie, mais le fait qu'en elle rien n'est donne qui ne soit pas pour elle moment evanescent, qu'elle n'est pas que pur etre pour soi (Hegel, 2012 : 199).

La figure du combat a mort devient donc essentielle a notre lecture de la Phenomenologie de l'esprit, parce que s'affirmer comme capable de se mener a la lutte rend evident i) le destin de l'homme et ii) la difference ontologique entre la conscience de soi et la chose-la depourvu d'autoaffirmation. Le destin de l'Homme est la liberte, pour le dire comme Fichte. Dans cette metaphysique de la liberte, la conscience ne peut que se mener au combat pour s'affirmer comme Vie et comme Vivant. Si elle reste pour etre consommee par une autre conscience, elle emergera comme identique a une chose sans memete et sans liberte. Ainsi et pour etre reconnue, chaque auto-conscience tendra Vers l'elimination de la Vie de celui qu'il considere inessentiel; la vie de ce personnage autonome qui est face a elle.

De cette maniere, les deux figures qui traversent notre recherche (la condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers) arrivent a un deuxieme moment de developpement. Meme si nous avons caracterise la condition d'ouverture comme la forme de la sensibilite qui rend possible l'experience de l'individu face a une chose-la; maintenant elle se devoile comme possibilite de souffrir la mort ou la douleur, en d'autres termes, l'esprit singulier est ouvert tant a l'experience des objets qu'a la violence, a la douleur et a la perte de la Vie pendant le combat a mort.

De la meme maniere que la condition d'ouverture gagne une autre caracterisation, l'etat d'elancement Vers, qui a ete decrit comme la forme du desir qui rend l'individu quelque chose vivant et les choses-la objets du desir, gagne une autre caracterisation. L'etat d'elancement Vers emerge comme la force vivante de la conscience de soi qui VEUT s'auto-affirmer face a une Autre conscience qui se declare capable de lutter pour gargariser sa propre unite.

D'apres Hegel, qu'un individu puisse se mener au combat signifie qu'il est capable de s'ecarter reflexivement de son desir naturel, lie originalement a la conservation et a la satisfaction de l'appetit animal, pour se rendre un homme sujet de reconnaissance. Un homme qui est mort sans se combattre et sans s'affirmer comme capable de s'ecarter de ses appetits, est mort comme un animal, tandis que celui qui a mene au combat est sujet de reconnaissance. L'autre conscience sait, dans la scene de la lutte, que l'Autre est distinct des choses-la depourvues de memete et d'auto-affirmation.

En ce sens Hegel disait: <<dans cette experience [la lutte a mort], il advient a la conscience de soi que la vie lui est aussi essentielle que la pure conscience de soi>> (Hegel, 2012: 200). La vie est devenue essentielle pour la conscience parce que c'est dans l'ecoulement de la VIE oo se trouvent les objets du DESIR vraiment humains. Ce que l'homme VIVANT VEUT vraiment est le DESIR d'un Autre Etre qui VEUT.

Nous aimerons nous mener plus loin dans notre recherche afin de redimensionner le comportement de nos deux figures coordonnees (la condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers) dans l'histoire et la culture. Nous aimerions arriver a la caracterisation de nos figures coordonnees i) par rapport au travail compris comme la scene de domination qui rend possibles les objets culturels et ii) par rapport aux apprentissages de l'esprit qui est ouvert a la realite historique et culturelle. Mais pour la presente enquete cela serait impossible et, malgre notre DESIR, il nous reste seulement d'enoncer quelques notes generales de notre recherche et d'elaborer quelques conclusions du present chapitre. D'abord, presentons quelques conclusions tirees du present chapitre :

a) La condition dialectique de la conscience: la caracterisation du Desir appetitif nous a permis de devoiler la direction que prend l'etat d'elancement Vers. La conscience est elancee Vers une autre chose qu'elle-meme; un objet qu'elle Veut consommer et detruire. De cette maniere, ce qui se rend evident dans cette relation entre la conscience et Y objet du desir est la condition dialectique de la conscience. Elle est seulement possible A TRAVERS D'une autre chose ou par rapport a une autre chose, soit l'objet de la certitude, soit l'objet du desir ou soit une Autre Conscience de soi.

b) Signification de la condition d'ouverture et de l'etat d'elancement Vers: de la meme facon que l'esprit est ouvert aux choses-la, il est ouvert aussi a la souffrance qui peut produire le combat a mort. Depuis le debut du combat, la conscience de soi ne peut que sentir l'incertitude de sa nouvelle position comme AUTRE. Elle est un soi-meme qui cherche son unite et sa realisation ATRAVERS DE l'imposition de son DESIR sur une Autre conscience qui s'affirme comme Sujet.

c) La VIE: le redimensionnement de nos deux figures coordonnees nous a permis d'arriver a ce qu'on pourrait appeler laMetaphysique de la vie chez Hegel. La VIE est arrivee a la Phenomenologie comme le mouvement d'un DESIR qui VEUT un Autre DESIR. Ce mouvement est possible parce que l'esprit a gagne une certaine autonomie de ses appetits animaux et parce qu'il decouvre la nouvelle scene du DESIR: le DESIR VIVANT VEUT le DESIR d'un Autre VIVANT. La VIE VEUT la VIE.

Ainsi, et depuis de la presentation de quelques conclusions generales tirees du chapitre precedente, nous devons diriger notre dernier effort a la caracterisation generale de ce que nous appellerons la Metaphysique de la VIE, en prenant comme figures centrales la condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers.

Notes

Le but de cette de derniere partie n'est qu'enoncer la signification generale de ce que pourrait etre appele metaphysique de la VIE. Il est possible que pour completer une ebauche de cette metaphysique il soit necessaire de nous mener jusqu'a la fin de la Phenomenologie de l'esprit afin de comprendre la multiplicite qui se deploie dans la realite historique de l'esprit. Cependant, cette lecture depasserait le but de la presente recherche et, comme nous l'avons dit, en suivant Hegel, si tout est la depuis le debut, il ne nous reste que de nous mener nous-memes a l'origine afin de comprendre ce qui se deploie a present.

De cette maniere nous voulons affirmer que la VIE chez Hegel est comprise comme la scene oo coulent et se developpent tout ce qui etait en puissance (en si) a l'origine. La VIE est dans ce sens, le deploiement de l'esprit qui se realise grace a la transformation de son Desir appetitif en DESIR REFLEXIF. Autrement dit, d'apres Hegel la VIE est la possibilite d'un Etre capable de franchir les premiere figures de la condition d'ouverture et de l'etat d'elancement Vers et de se placer comme Sujet du Desir qui porte sur un autre DESIR.

Si les deux figures constitutives de l'esprit individuel--ouverture et elance--disparaissent, la VIE serait impossible au moins de la meme maniere. La condition d'ouverture et l'etat d'elancement Vers donnent a l'esprit sa forme dialectique car la conscience de soi est seulement possible A TRAVERS DE. De cette maniere, et comme conclusion bien partie, la metaphysique de la VIE chez Hegel peut etre comprise comme un effort rationnel pour comprendre les principes qui constituent la totalite du reel, a partir de la recherche philosophique des mouvements qui constituent la conscience qui VEUT REFLEXIVEment.

doi:10.11144/Javeriana.uph31-62.cemh

RECIBIDO: 17.10.13 ACEPTADO: 30.11.13 DISPONIBLE EN LINEA: 30.06.14

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JUAN PABLO RAMIREZ GIRALDO *

* Universite de Montreal, Quebec, Canada.

La presente etude est le resultat des recherches realisees sous la direction du professeur Jean Grondin dans le seminaire << Ontologie et metaphysique >> dirige aux etudiants de doctorat dans l'universite de Montreal (Automne, 2012). Je remercie les suggestions realisees pour le professeur Grondin a cet article.

Para citar este articulo: Ramirez Giraldo, J.P. (2014). La condition d'ouverture et l'etat d'elancement vers : Metaphysique de la vie chez Hegel. Universitas Philosophica, 31(62), 71-93. ISSN 0120-5323; ISSN en linea 2346-2426; doi:10.11144/Javeriana.uph31-62.cemh

(1) Note prise de: G. Jarczyk et P-J. Labarriere, 2005: 61.

(2) Nous concentrerons nos efforts dans la section La certitude sensible, de la partie A, de la Phenomenologie de l'esprit, et dans le paragraphe Autonomie et non autonomie de la conscience de soi; maitresse et servitude, de la section La verite de la certitude de soi, de la partie B du meme ouvrage.

(3) D'apres Bernard Mabille, Hegel declare la metaphysique comme dogmatique pour deux raisons: <<D'une part, parce que, faute de s'interroger par la relation pensee-etre, elle va <<tout droit aux choses >>, les identifie a son propre penser subjectif et reflexif ou identifie sa pensee a l'etre [...] elle est dogmatique d'autre part, dans son stylo ou son geste de pensee>>. Voir: Mabille, 2004: 183.

(4) Il faut reconnaitre que << L'ancienne metaphysique n'interroge que la forme canonique de la proposition <<S est P>>, et reduit ainsi l'activite de penser a la determination de la convenance ou ce la non convenance de predicats a un sujet. La metaphysique generale consiste a considerer <<les determinations de pensee comme les determinations fondamentales de choses>> [.] exprimees comme des proprietes essentielles >> voir: Mabille, 2005: 131.

(5) Nous appellerons indistinctement esprit singulier ou individu singulier aux differents moments de la conscience qui constituent l'emergence du sujet hegelienne.

(6) D'apres Dominique Janicaud, la Phenomenologie de l'esprit est un << ouvrage eminemment metaphysique>> car il <<pote la conscience jusqu'a la point divine de sa spiritualite, mais dont la specificite [.] est d'etre <<la presentation du savoir en son apparaitre>>. En ce sens, ce qui s'y revele phenomenologique [.]>>. Voir: Janicaud, 1999: 119.

(7) <<Certes, il ne s'agit pas d'une phenomenologie erigee en methode autonome comme ce sera le cas chez Husserl, mais il n'y a aucune raison de nier que le recueil des figures de la certitude sensible, de la perception, de la conscience de soi, etc., selon leurs modes d'apparition, merite d'etre reconnu comme phenomenologie en un sens qui ne soit pas seulement nominal>> (Janicaud, 1999: 119).

(8) Voir: Heidegger, 1976: 228-229.

(9) La philosophie de Hegel marque clairement une disjonction entre effectivite (Wirklichkeit) et realite (Realitat). La realite n'etant pas reflechie en soi, n'a pas de verite; aussitot que la realite effective est la manifestation de l'Idee en tant que concept effectivement reel. Voir : Vieillard-Baron, 2005.

(10) Comme affirme Wahl dans son cours de 1959 dedie a la Logique de Hegel, faire une exploration de l'idee d'etre determine exige une comprehension generale de la dialectique : etre-neant-devenir. D'apres Wahl, meme si l'affirmation de Hegel au debut de la science de la logique << L'etre comme determination se devoile comme neant >> n'eclaircit pas trop le sens d'etre determine, elle-meme apporte beaucoup a la reflexion sur l'horizon de comprehension de ce qu'est l'etre determine: quel sorte d'existence est cet etre ? Chez Hegel, en tant que nous ne pouvons pas affirmer aucune chose d'un sujet indetermine (en tant qu'il ne devienne pas encore), il est necessaire que l'existence de cet etre soi la determination (etre-la). Un etre determine doit etre quelque chose qui se revele dans le devenir et de cette maniere, qui se revele comme ce qu'il n'est pas, car le mouvement negatif regne aussi sur la condition changeante du temps. En plus, note Wahl, en tant que l'etre determine devienne et qu'il existe sous la forme de la determination, la forme de son apparition est l'immediatete dans laquelle il emerge dans une forme brumasse et generale. De cette maniere, l'etre determine est, d'apres Hegel, le premier terme, c'est-a-dire, l'etre determine est ce qui apparait face a quelqu'un dans son devenir. Elle est l'unite de l'etre et de non-etre qui se constitue comme unite primitive et concrete d'une multiplicite de determinations. Voir: Wahl, 1959: 8-15.

(11) Demonstration phenomenologique de l'espace, dans un sens hegelienne de phenomenologie. Voir: Hegel, 2012: 133.

(12) Demonstration phenomenologique du temps, dans un sens hegelienne de phenomenologie. Voir: Hegel, 2012: 136.

(13) Nous reconnaissons la borne de cette recherche et les limites qu'elle nous impose. Cependant, la description succinct de cette premiere relation entre le Je (pur Je) et chose (ceci), bien que ne soit pas suffisent nous permettra de comprendre en termes generales l'emergence de la Negativite chez Hegel.

(14) La philosophie de Hegel comprendra l'espace (Ici) et le temps (Maintenant) comme les formes universelles de l'intuition, en autres termes, comme l'structure rationnel de toute connaissance sensible. Voir: Hyppolite, 1961:34

(15) Tandis que l'adjectif << negatif >> veut caracteriser, dans le systeme hegelien, le mouvement contradictoire qui constitue l'absolument sujet---par rapport a realite qui disparait dans l'immediatete-, le nom negativite designe l'horizon de realisation dont le travail negatif de l'esprit s'accomplit--dans son parcours vers le concept (Begriff)--.

(16) Voir: Butler, 2001: 51.

(17) A cause de l'extension du present travail nous n'avons pas presente tous les moments de l'esprit car cela deborderait de notre recherche qui veut seulement traiter trois des problemes propres de la Phenomenologie de l'esprit de Hegel.

(18) Ainsi, nous avons caracterise nos deux figures cordonnees: la condition d'ouverture et l'etatd'entraine Vers. Tandis que la premiere exprime la possibilite de l'experience d'objets qui sont Ici et maintenant dans la courante de la realite objective; la deuxieme emerge comme la force du DESIR qui nous entraine Vers la consommation et la destruction de la chose-la, afin de nous satisfaire.

(19) On comprend cette position phenomenologique, comme la construction rationnelle qui essaie de comprendre l'emergence de la totalite du reel.

(20) Dans ce moment-la, la Vie en minuscule represente la Vie de la conscience de soi, et chez Hegel la VIE seulement arrivera a la fin de la dialectique de la maitresse et la servitude

(21) Voir: Hegel, 2012: 189---193; Hegel, 1986: [seccion]428 ss.

(22) Il faut souligner que la presente recherche n'arrivera pas a la figure, la plus parfaite de l'esprit car cela deborderait de la limite du present exercice.

(23) Voir: Hegel, 2012: 195 ss.

(24) Section A du chapitre IV de la Phenomenologie.

(25) La capacite de la conscience de soi de franchir les Desirs animaux gagne, chez Hegel, une importance vitale pour la comprehension de la VIE humaine. L'homme est libre parce qu'il est capable de risquer sa vie pour ses DESIRS non essentielles a la survivance de l'animal qu'il est en principe. La vie, notait Hegel, est la position naturelle de la conscience, tandis que la mort est la negation naturelle. L'homme est capable, en ce sens, de s'opposer a la position naturelle de sa propre conscience pour se gagner comme humain. Voir: Hegel, 2012: 199.

(26) Nous distinguons le Desir comme appetit animal du DESIR proprement humain. Le premier caracterise le Desir d'objet, tandis que le DESIR caracterise le DESIR qui porte sur un autre DESIR. Cette distinction hegelienne aura des implications tres particulieres dans la psychanalyse proposee par Lacan. Voir: Butler, 2001: 225 ss.

(27) D'apres Kojeve: "Human Desire must be directed toward another Desire. For there to be human desire, then, there must first be a multiplicity of (animal) desires. In Other words, in order that self-conscious-ness be born from the Sentiment of Self, in order that the human reality come into being within the animal reality, this reality must by essentially manifold". Voir: Kojeve, 1980: 5.

(28) Voir: Hegel, 2012: 199.
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Title Annotation:texto en frances
Author:Ramirez Giraldo, Juan Pablo
Publication:Universitas Philosophica
Article Type:Ensayo
Date:Jan 1, 2014
Words:9001
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