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L'urbain : un entre-deux historiographique. Les villes italiennes a l'epoque contemporaine. Parcours de lectures a travers les themes de l'historiographie recente.

Abstract

The essay deals with some crucial points in the historiographical discussion about Italian towns. It begins by considering rural society's ability of resistance and bow this resistance has conditioned the historiographical analysis of the relationship between town and country areas. It continues to discuss how the decline of the historiographical model of classical Meridionalism and the rise of the Third Italy model has reawoken bistoriographical interest in Southern towns and North-eastern Italian middle-sized centres. It proceeds with the explanation of how the dialectics of both the administrative history of the centre and periphery and of the political cultural history of the construction of local identities and the processes of nationalization have given us a key to the understanding of contemporary Italian towns. Finally there is a brief discussion about how Italian historiography has dealt with the relationship between the physical, social, and representative morphology of towns.

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Resume

L'article aborde certains noeuds du debat bistoriographique actuel sur les ville italiennes. Il analyse d'abord la capacite de resistance de la societe rurale et la maniere dont celle-ci a conditionne i'hlstoriographique du rapport ville/campagne. It explique ensuite comment le declin du paradigme historiographique du meridionalisme classique et l'affirmation du modele de la troisieme Italie ont reactive l'interet pour les villes meridionales et les centres de l'Italie du Nord-Est. Puis, l'article explique comment la dialectique de l'histoire administrative entre le centre et la peripherie et celle de l'histoire politico-culturelle entre construction des identites locales et processus de nationalisation ont represente une cle de lecture de la ville italienne contemporaine. Enfin, l'article aborde brievement comment l'historiograpbie italienne a confronte le rapport entre morphologie physique, morphologie sociale et morphologie des representations de la ville.

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L'air de la campagne, l'air de la ville et l'air du temps

Dans son recent ouvrage consacre a l'histoire des campagnes italiennes a l'epoque contemporaine, Giacomina Nenci souligne comment l'histoire agraire a represente la cle de lecture privilegiee de l'histoire nationale, entre les annees cinquante et soixante-dix. Sa remarque renvoie directement au debat politique et historiographique qui a eu comme figures principales Emilio Sereni et Rosario Romeo, et a oppose les lectures marxistes et liberales de la formation de l'etat national. Derriere Sereni, il y a la pensee d'Antonio Gramsci; derriere Romeo, celle de Benedetto Croce. Ces deux lectures fondent leurs differentes interpretations sur le lien etroit entre la question agraire, la formation de l'assise industrielle et la construction de l'etat-Nation. Emilio Sereni a vu dans l'echec d'une reforme agraire et dans la permanence de puissants residus feodaux les signes de la faiblesse du marche national et de la dependance de leconomie du Sud face a celle du Nord, et les limites du developpement democratique du pays. Rosario Romeo, a l'inverse, a souligne comment, a partir de l'unite, l'agriculture a fourni les capitaux necessaires a l'organisation des grandes infrastructures territoriales et a la creation d'un marche national moderne, en conjuguant croissance economique et developpement des institutions liberales. Ce debat a et repris et renove par Luciano Cafagna et Giorgio Bonelli, dont les contributions, moins liees a la polemique politique, confirment le role central et preponderant joue par les campagnes et par les couches agricoles dans la formation de l'ltalie contemporaine. Luciano Cafagna nie la formation d'un marche national et souligne la presence de marches regionaux au nord et au sud du pays, qui n'etablissent aucun dialogue entre eux et conservent une forte autonomie par rapport aux marches internationaux. Prenant comme point de depart les marches regionaux decrits par Cafagna. Bonelli, pour sa part, met en evidence la faible productivite de l'agriculture italienne, sa transformation capitaliste inachevee et son incapacite a soutenir le poids demographique des classes paysannes. Il impute en outre a l'emigration transatlantique et a la demission des emigrants la fonction de reequilibrage de l'economie nationale (2).

Comprise dans une acception large, l'histoire de l'agriculture, qui integre celle des couches sociales, des frontieres et des modes d'organisation politique et syndicale, qui passe par celle des formes du paysage, des modes de conduction, des contrats et des techniques agrenomiques, et qui aboutit a l'histoire des orientations productives, de la transformation des produits et des commerces, a continue de jouer un role central dans le debat sur l'histoire nationale. Publies par l'editeur Marsilio et diriges par Piero Bevilaqua, les trois volumes de l'histoire de l'agriculture italienne contemporaine constituent une synthese de toutes ces etudes qui met en relation la dimension de l'activite humaine (le travail physique, les pratiques, les savoirs agronomiques, mais egalement l'action politique et institutionnelle) avec la transformation des espaces agricoles (3).

Il peut sembler paradoxal, voire un peu provocateur, de commencer une reflexion sur l'histoire urbaine de l'ltalie contemporaine en partant de la position centrale que revet la campagne dans le debat historiographique. Ce paradoxe semble moins evident si l'on considere qu'en Italie ont toujours coexistes, d'une part, un fort polycentrisme urbain de matrice preindustrielle sur lequel se sont greffes les processus d'urbanisation lies a l'industrialisation et, d'autre part, un rythme lent de de ruralisation de la societe et de l'economie, lie a la capacite generale de resistance du monde agraire, autrement dit a l'absence d'une transformation globale de l'utilisation de la terre dans un sens capitaliste (4). Au [XIX.sup.e] siecle, selon les calculs de Paolo Malanima (5), l'ltalie represente encore l'espace le plus urbanise d'Europe, situe au quatrieme rang derriere l'Angleterre, les Pays-Bas et la Belgique. Or, le taux d'urbanisation de l'ltalie (calcule sur ta base des municipalites de plus de 20 000 habitants) ne depasse le seuil de cinquante pour cent qu'a partir de 1960. Il accuse ainsi un retard d'environ cent ans par rapport a l'Angleterre et de trente ans par rapport a la France (6).

La comprehension de la force de resistance du poids demographique, culturel, economique et politique de la campagne dans l'histoire italienne a ete un des enjeux fondamentaux de l'historiographie nationale. Elie est consideree par certains comme une limite aux processus de modernisation et de democratisation de la nation. D'autres voient en elie une ressource essentielle qui a contribue a l'adoption d'une voie originale de developpement et de modernisation, effectuee sans fractures traumatisantes. Quoiqu'il en soit, l'histoire de la ville n'a pu renoncer a se rapporter a celle de la campagne. Elie a du se mesurer aux modes et aux temps suivant lesquels l'urbain a affirme son hegemonie sur le rural. Il lui a egalement fallu evaluer la capacite de la campagne a conditionner la vie economique, politique et culturelle de la ville bien au-dela du [XIX.sup.e] siecle.

L'analyse des rapports ville-campagne tire son origine de deux hypotheses fondatrices differentes, issues des reflexions de Carlo Cattaneo et d'Antonio Gramsci (7). Le premier a ecrit dans l'elan donne par le processus d'unification nationale et le second, dans les prisons fascistes. Selon Cattaneo, le rapport entre la ville et sa campagne se definit en termes de proximite physique, d'echange economique et culturel, de relations infra-structurelles, d'organisation des espaces, d'hegemonie et de controle des dynamiques territoriales de la part de la ville au regard de la campagne. Pour Gramsci, le rapport se fait plutot entre ouvriers et paysans, entre industriels et proprietaires fonciers, techniciens de l'industrie du nord et avocats des villes meridionales, entre le nord et le sud de la nation. C'est la dynamique des blocs sociaux, des alliances politiques et des hegemonies culturelles. C'est surtout la force des couches agricoles retrogrades qui s'impose sur la faiblesse des bourgeoisies urbaines, en bloquant le mouvement d'avancee de la democratie.

L'analyse intellectuelle aura une grande retombee sur le projet politique de ces deux auteurs. Pour Cattanee, le polycentrisme urbain tire sa force du rapport organique au territoire agricole, fondement de l'idee federale qu'il theorise et revendique alors et qui sera cependant repoussee par les choix centralisateurs de l'etat unitaire. Pour Gramsci, du rapport ville-campagne derive la position centrale dans le calendrier politique national de la question meridionale elevee au rang d'enjeu national, de la reforme agraire, de la distribution de la terre aux paysans.

C'est dans l'une ou l'autre de ces deux filieres de travail--la premiere pouvant etre definie comme geographico-territoriale et la seconde, socio-politique--que se sont rangees les analyses successives du rapport historique entre ville et campagne, au detriment d'une analyse globale de l'urbain. Dans la deuxieme moitie des annees soixante-dix, les etudes d'Alberto Caracciolo, d'Alberto Mioni et de Lando Bortolotti ont inscrit cette approche territoriale dans la culture urbanistique et historiographique italienne (8).

Bien que l'etude du rapport ville-campagne en tant que telle demeure fondamentale, c'est surtout l'evaluation de la capacite que detient l'un des deux poles de coordonner, de diriger et de controler les processus d'organisation du territoire qui est l'indice des changements sensibles de la culture historiegraphique. Par ailleurs, l'extreme variete du monde rural et urbain italien (les << cent villes >> et les << cent Italies agricoles >>) ne permet pas de construire et d'arreter un modele unique du mode d'agencement de ces rapports complexes dans les differentes parties du pays. On peut tout au plus tenter un inventaire des points de vue.

Carlo Cattaneo reconnait dans l'histoire italienne une superiorite de la ville sur la campagne qui s'est manifestee a travers l'influence culturelle, economique et sociale de la premiere sur la seconde. Se referant a cette approche, Carlo Pazzagli a intitule << La terre des villes >> (La terra delle citta) son etude sur les campagnes toscanes du [XIX.sup.e] siecle, en soulignant la << fonction genetique >> jouee au Moyen age par les villes vis-a-vis de la campagne, leur role << de generateur des systemes territoriaux et regionaux >> (9). Dans l'introduction a l'histoire de l'agriculture contemporaine, Piero Bevilaqua voit se refleter << l'ombre de la ville >> a travers la ramification territoriale des grands systemes agraires italiens. L'historien met en lumiere les processus nen agraires de longue duree qui ont forge l'espace de la campagne. Processus qui sont parfois le produit de l'intervention de l'etat, comme dans le cas du quadrillage systematique imprime sur le territoire par la centurie romaine, mais qui sont surtout le resultat de dynamiques decisionnelles qui partent de la ville. Avec leur culture et leurs capitaux, les villes ont pense et produit aussi bien l'espace de la ferme que celui de la metairie (10).

On peut cependant trouver dans l'historiographie contemporaine des lectures qui renversent une telle approche. Se referant aux realites de l'ltalie a la charniere des [XIX.sup.e] et [XX.sup.e] siecles, Silvio Lanaro a propose de facon radicale et provocatrice d'inverser le sens du celebre postulat formule par Cattaneo, en posant << la campagne comme principe ideal des histoires italiennes >>. Avec un renvoi specifique a l'aire de la plaine du Po, ii souligne la capacite qu'ont les forces productives et culturelles de la campagne d'organiser la vie de la cite et dechiffre le systeme urbain de ce territoire comme une fonction << de mise en propriete capitaliste de l'agriculture developpee >> et non l'inverse (11). Dans les descriptions de Lanaro (qui utilise des sources litteraires), c'est la campagne qui envahit l'espace physique de la ville et les ideologies ruralistes qui innervent des processus culturels qui sont a proprement parler urbains. Les elites agraires conjuguent l'innovation agronomique, le dynamisme entreprenarial et le productivisme, tantot par l'autoritarisme corporatiste et antisyndical, tantet par le cooperatisme commercial et de credit, en idealisant l'hegemonie proprietaire sur la societe locale et nationale. Aux images habituelles de l'urbanisation des campagnes se substituent celles, desuetes, de la ruralisation des villes.

En suivant une ligne d'interpretation analogue, les deux urbanistes Giancarlo Consomi et Gabriella Tonon ont reconsidere la these de Cattaneo sur la domination traditionnelle de la ville sur la campagne en partant de l'aire Iombarde ou cette domination apparaissait demontree et irrefutable (12). Ils soutiennent ainsi que la formation de l'agglomeration milanaise ainsi que la consolidation des hierarchies urbaines de la region sont loin d'etre le produit d'un principe unique et univoque d'organisation spatiale qui emanerait de la ville en direction des campagnes, mais bien plutot le resultat d'un processus osmotique et interactif dans lequel le role de protagoniste des classes agricoles est plein et entier (13).

Cette capacite qu'ont les aires agricoles de conditionner les equipements manufacturiers et urbains vaut non seulement pour les zones developpees de l'agriculture riche mais aussi et surtout pour les espaces ou prevaut le regime du metayage. Pensons, d'une part, aux etudes de Sergio Anselmi sur les Marches qui reevaluent les pratiques d'amenagement du territoire produites par cette forme contractuelle et, d'autre part, a la litterature recente consacree a la troisieme Italie, qui lie la Iocalisation des districts d'entreprises de la seconde moitie du [XX.sup.e] siecle a la preexistence dans ces lieux du systeme du metayage (14).

Du point de vue de l'historiographie generale, ce croisement entre ville et campagne, entre couches agricoles et urbaines a donne vie a deux paradigmes de lecture de l'histoire nationale. Decline sur le versant politique et social, lie a la lecture gramscienne et confirme par la sociologie de la modernisation, le premier paradigme montre du doigt les aspects autoritaires et antidemocratiques et insiste sur la lenteur de la modernisation italienne, influencee par la puissance que les elites traditionnelles agraires exercent sur des bourgeoisies urbaines encore fragiles. Decline sur le versant economico-territorial, le second paradigme voit dans les interdependances entre le monde des champs et le monde de l'usine, entre ville et campagne, dans la formation des districts industriels dans l'espace urbain autant que rural, dans le role de la famille paysanne, dans le reseau de ressources humaines, techniques et financieres localisees dans les petites et moyennes agglomerations, les caracteres d'un capitalisme base sur la petite et moyenne industrie, qui a pu produire un developpement exempt de fractures.

Bien que l'histoire de la ville italienne contemporaine puisse revendiquer des ascendances prestigieuses et se faire forte des reflexions de Cade Cattaneo sur la << ville comme principe ideal des histoires italiennes >>, elie a eu du mal a s'imposer comme espace autonome, autorise a interpreter les grandsthemesfondamentauxdel'historiographienationale, et pas seulement parce que la campagne I'a forcee a se mesurer a ses propres dynamiques economiques, culturelles et politiques.

Selon Ernesto GaIN della Loggia, la perte du caractere central des villes comme element identificateur de l'histoire nationale coincide avec la formation de l'Etat unitaire. Le polycentrisme urbain et l'enorme diversite d'institutions culturelles sociales et politiques exprimee par les villes italiennes, qui representaient a la fois l'heritage des processus originaux de construction du territoire national et une importante ressource idenditaire pour le futur etat national, sont effaces par l'emergence et la predominance du bipolarisme nord-sud qui devient le parametre spatial dominant pour l'explication historique, et par le choix centralisateur de l'Etat unitaire seul autorise a incarner l'esprit national, GaIN della Loggia soutient qu'une << fracture objective >> s'est produite entre l'identite nationale, qui s'etait historiquement formee sur le polycentrisme urbain, et celle du nouvel etat italien edifiee sur d'autres principes (15). L'histoire de la ville italienne contemporaine se trouve affectee par cette hypothese.

Si le fait de suivre l'histoire de ces trois points nodaux de l'itineraire national (dualisme nord-sud et question meridionale, centralisme/autonomie, rele des villes dans les processus de nationalisation) permet de mesurer l'importance des villes dans la construction de l'identite nationale, il peut aussi servir a evaluer les variations de la courbe d'interet que l'historiographie contemporaine leur porte. Dans cette perspective, la maniere dont ces trois noeuds se denouent, dans la derniere decennie du [XX.sup.e] siecle, semble redonner a la ville un role central, comme en temoignent l'etude de la crise du meridionalisime classique et l'affirmation du modele des Trois Italies dans les etudes historiques, sociologiques et economiques; les recherches sur les sociographies urbaines et le regain d'interet dont temoigne l'historiographie administrative recente pour les espaces d'autonomie des administrations locales; l'attention que les disciplines urbanistiques et historiques accordent a la construction des identites urbaines dans la dialectique entre les dimensions locale et nationale, et a la place et au role pris par Rome dans l'ensemble de ces processus.

Nord/Sud ... Un passage au Nord-Est a partir des annees 1980, l'etude des villes du Sud italien prend a nouveau un caractere central grace a la reflexion critique menee par tout un secteur de l'historiographie italienne qui va a l'encontre des interpretations du meridionalisme classique. Du point de vue de l'histoire urbaine, le merite de cette polemique revisionniste est de rompre avec un des plus puissants stereotypes que l'historiographie meridionaliste a entretenu a l'egard du Sud : l'image d'une region foncierement agricole caracterisee par une articulation sociale bipolaire trop elementaire, constituee, d'un cote, par la propriete fonciere absenteiste, de l'autre, par les paysans pauvres (16).

Sur ce modele bipolaire se sont elaborees des lectures meridionalistes sophistiquees d'orientation politique opposee. La lecture gramscienne et la lecture liberale s'articulaient toutes deux autour du role majeur a la fois politique et economique des couches agricoles, dominees ou dominantes, et ont fait des villes meridionales et des couches sociales qui les habitaient un sujet marginal et subsidiaire de la recherche historique, depourvu d'une capacite explicative autonome vis-a-vis des mecanismes de transformation historique.

Dans les recherches qui ont pris ces modeles comme point de depart, la description des grandes villes a ainsi prevalu comme lieu de consommation parasitaire des rentes des grands proprietaires fonciers et des centres de moyenne dimension, comme dortoirs de masse d'ouvriers agricoles se deplacant journellement de leur lieu de residence a leur lieu de travail (auxquels l'italien attribue le nom de pendolari), depourvus des fonctions et de la morphologie elementaires de l'agregat urbain, La rente fonciere et le travail agricole sont restes les agents principaux de la vie paysanne, tandis que ie monde complexe des bourgeoisies productives et professionnelles urbaines a endosse le role de sujet politique subalterne au profil sociographique amorphe.

A partir des annees 1980, un nouveau filon de recherche a renverse les donnees principales de cette lecture. A l'epoque, les processus d'urbanisation et de modernisation acceleres de la societe meridionale, conjugues a la marginalite du role de la propriete fonciere apres la reforme agraire et a la croissance contemporaine des couches urbaines, posent de nouvelles questions qui stimulent les enquetes sur les racines lointaines de ces phenomenes. Les villes et leurs habitants deviennent des sujets de l'histoire du mezzogiomo, tandis que l'attention portee aux campagnes se deplace de la grande propriete cerealiere vers l'agriculture intensive des oliviers, des vignes et des agrumes; l'interet historiographique, auparavant occupe a explorer les formes du retard et de l'absence de developpement de l'univers rural, se concentre desormais sur la valorisation des elements de dynamisme des villes et des campagnes (17).

Au meme moment, les deplacements de la discipline vont dans la meme direction. L'histoire urbaine francaise joue un role important dans la definition de la fonction centrale des villes comme objet de la recherche. L'avancee theorique que constitue la reconnaissance de l'autonomie des processus d'urbanisation par rapport aux processus d'industrialisation ramene au centre de l'attention les couches moyennes urbaines comme produit typique du developpement de la ville du [XVIII.sup.e] siecle. Les artisans, les commercants, les membres des professions liberales et les employes des villes du Sud se presentent a l'oeil de l'historien comme des cas parmi d'autres de bourgeoisies non entrepreneuriales europeennes. En outre, l'attention portee a la dimension demographique quantitative dans la definition du rang des villes dans la construction des hierarchies urbaines permet de mettre en evidence la solidite, meme faible et heterogene, de l'armature urbaine meridionale, en soulignant le role central joue par les villes dans la construction du territoire du sud de l'ltalie (18).

Par ailleurs, il y a dans la nouvelle historiographie consacree au mezzogiorno la prise en compte du fait que les processus de modernisation de la societe europeenne n'ont pas suivi un parcours progressif et lineaire, caracterises qu'ils furent par le croisement de l'ancien et du nouveau dont le Sud peut etre un bon laboratoire (19). Les categories de l'analyse du sous-developpement et du retard de croissance ont ainsi laisse la place a celles de la modernisation difficile ou de la modernisation ralentie.

Ces dernieres permettent d'explorer les modes specifiques d'integration de cet espace dans les circuits de l'economie capitaliste, en stratifiant les figures sociales et les structures urbaines et territoriales qui portent en elles les connotations de la rencontre difficile entre la modernite et la tradition. Cette historiographie a ainsi abandonne l'idee d'un Sud economiquement et culturellement homogene en mettant en evidence, a l'interieur du territoire meridional, la diversite des cadres economiques, environnementaux et culturels sur la base de l'intensite et de la qualite de l'integration aux marches internationaux, aux circuits culturels nationaux et europeens, avec les relations politiques et administratives supra-locales.

En resume, la poussee de modernisation des villes du Sud, dans une conjoncture longue embrassant les xviiie et [XIX.sup.e] siecles, est dictee par deux facteurs essentiels, le premier de caractere economique, le second institutionnel. Dans le premier cas, on parlera d'insertion dans les circuits marchands des espaces de developpement industriel du nord de l'Europe, en tant qu'exportatrice de produits agricoles de qualite. La participation aux echanges internationaux, dans les limites caracteristiques d'une economie peripherique, invalide le stereotype d'une societe sans marche, encourageant les etudes des bourgeoisies urbaines liees a l'entreprise et au commerce, en concentrant les recherches sur le developpement des villes portuaires et marchandes, sur la creation de nouvelles hierarchies urbaines et de nouvelles complementarites entre espaces territoriaux urbains et ruraux (20). Dans le second cas, il s'agira d'integrer les nouvelles dynamiques entre pouvoirs centraux et pouvoirs locaux, determinees par la formation de l'Etat administratif des royaumes bourbonien puis piemontais, ce qui rend caduc un autre stereotype sur le Sud comme societe << sans Etat >>, en promouvant les etudes sur la classe politique et administrative des villes et sur les processus de modernisation urbaine produits par la dialectique centreperipherie (21).

De concert avec cette nouvelle approche historiographique, on exhorte a ne pas surestimer les aspects dynamiques et modemisateurs lies aux << conditionnements externes >> et a ne pas negliger pour autant les aspects lies aux << conditionnements internes >> de la societe meridionale, autrement dit la faible articulation des forces sociales et l'exiguite de l'assise productive et du marche (22). Cette saison historiographique a permis de remettre la ville du Sud au centre du debat et a paradoxalement encourage la revalorisation du role de la ville la ou la campagne avait traditionnellement le dessus.

Parallelement a la crise historiographique du meridionalisme classique, se precisait la crise du modele dualiste du developpement. La reponse au dualisme a consiste en Italie en une politique des mesures exceptionnelles basee sur l'idee d'etendre le modele productif fordiste des regions avancees a celles moins developpees pour permettre a ces dernieres de parvenir au niveau des premieres. Cette politique prejugeait d'une vision uniforme de l'espace qui pouvait faire abstraction des specificites locales, en ceci que le modele gagnant degageait son propre rendement non du rapport avec le territoire de reference, mais de son organisation verticale et de la capacite d'optimiser les economies internes d'echelle.

A partir de la seconde moitie des annees 1970, surgissaient les premiers symptomes de la crise du modele fordiste, et la presence de noyaux consistant de petites et moyennes entreprises localisees dans le Nord-Est, le long de la ligne adriatique et dans le nord du pays, devenait en meme temps plus evidente. C'est dans ce contexte que s'affirmera le nouveau modele des Trois Italies (23).

Sergio Conti et Fabio Sforzi mettent en lumiere deux moments charnieres du parcours qui amene du dualisme Nord/Sud au modele des Trois Italies (24). Ce parcours permet de renouveler la vision de l'organisation des espaces territoriaux nationaux et offre un nouveau paradigme du developpement. Le premier passage correspond a la reconnaissance de l'existence d'une troisieme Italie, caracterisee par la presence de la petite et moyenne entreprise. Le second coincide avec l'utilisation du paradigme interpretatif du district industriel comme alternative au paradigme fordiste, au moyen duquel il est pris acte du caractere central des economies externes de localisation par rapport aux economies internes d'echelle (25).

L'espace uniforme et abstrait servant de support au fordisme est ainsi substitue par l'espace dense de relations materielles et immaterielles des << systemes locaux >> espace a l'interieur duquel se construisent les conditions du developpement de l'entreprise. Le territoire cesse de n'etre que le simple support du deploiement des activites productives pour devenir la condition d'existence de la vie economique. Le territoire de la troisieme Italie et des districts se caracterise par une forte integration entre ville et campagne, ou la matrice historique du monde rural s'identifie a la famille agricole autonome, qu'elle corresponde a la petite propriete ou a la location et plus souvent encore a la metairie, tandis que celle de la ville est constituee par des noyaux d'activites commerciales et artisanales traditionnelles.

Cette integration est construite sur la presence d'un dense reseau d'infrastructures et de services (banques, ecoles, universites, centres commerciaux, hopitaux), ainsi que sur l'echange reciproque de valeurs culturelles et de connaissances productives. Dans ce contexte, le role joue par la famille comme lieu d'accumulation du capital, de transmission des savoirs techniques et de regulateur du marche du travail apparait central. La tentative d'integration du revenu par le travail a domicile et la migration alternante constituent les elements essentiels du profil de ceux que l'on nomme les metayers metallos et les ouvriers paysans. Si bon nombre de specialistes de la troisieme Italie preferent toutefois mettre l'accent sur le role de la metairie comme generatrice du modele (26), il convient ici de relever l'attention importante portee a la fonction des villes comme << activatrices du processus >> (27).

Nous pourrions ainsi dire que ces villes petites et moyennes composees en reseau, qui parsement l'ltalie du Centre et du Nord et que Gramsci qualifiait de << villes du silence >>, expression d'une bourgeoisie fortement connotee de caracteres ruraux et faiblement consciente de sa mission progressiste, prennent dans la perspective retracee ici le role d'acteur principal d'une << transition douce >>, << lente >>, << sans fracture >>. Loin d'avoir represente un obstacle a leur developpement, le lien avec la campagne a, au contraire, signifie un enracinement aux vertus propulsives qui caracterisent le modele italien du developpement.

Si l'importance prise par l'etude des processus de developpement local a ramene la ville au centre de l'attention des economistes et des sociologues et a pousse les urbanistes a abandonner une approche trop fonctionnaliste, elie a paradoxalement ete negligee par les historiens. Andrea Colli souligne qu'en depit de la surenchere pratiquee sur les racines historiques, les etudes sur la societe locale et sur les districts manquent encore d' << une perspective historique de caractere analytique >>. Aurelie Alaimo montre comment a l'evidence les theoriciens des districts ont dialogue avec toutes les sciences sociales mais ont neglige, sauf quelques rares exceptions, les themes de l'historiographie du monde contemporain, a savoir les bourgeoisies urbaines, l'autonomie des collectivites locales, les aspects symboliques et culturels des identites urbaines (28).

De vastes champs d'enquete restent donc ouverts. L'histoire des institutions urbaines actives dans l'economie, la finance, la formation, la culture et l'aide sociale, l'histoire de la culture associative bourgeoise, mais plus generalement l'histoire des politiques municipales de solidarite produites par les souscultures catholiques et socialistes (29), representent bien plus que de simples reperes fondamentaux d'ou faire partir la reconstruction des contextes relationnels positifs, generateurs des economies externes des districts. Elles contribuent de maniere essentielle a l'histoire des relations sociales en milieu urbain et a l'histoire de la construction sociale de l'espace urbain.

Centre/peripherie. Local/national. Decomposition et recomposition des cadres d'analyse

Une autre cle qui ouvre sur l'histoire de la ville est a chercher du cote de l'histoire sociale et de l'histoire de l'administration. Ce terrain d'enquete se revele particulierement fertile lorsque les deux disciplines cessent de s'ignorer mutuellement pour se conjuguer et faire de la ville batie le produit de l'interaction sociale et non plus le simple decor de l'activite humaine.

Sur le versant de l'histoire sociale, l'attention est portee sur la stratification de la societe urbaine entre les [XIX.sup.e] et [XX.sup.e] siecles, lorsque les lents processus d'ascension sociale des couches bourgeoises locales font pendant au declin graduel de la noblesse (30). La consistance des elites locales s'articule avec l'affirmation des bourgeoisies liberales, commerciales et industrielles et des nouvelles bureaucraties liees au developpement des structures administratives, tandis que la noblesse, une fois dechue des privileges de matrice feodale, conserve son role parmi les elites locales, autant par les valeurs sociales et culturelles qu'elle peut encore incarner que par sa capacite de gestion du patrimoine economique. Les villes italiennes du [XIX.sup.e] siecle se presentent comme un lieu d'hybridation entre les residus tenaces de l'ancien regime et les nouveautes dont est porteuse la nouvelle societe bourgeoise. Si, d'un cote, on constate des processus d'adaptation de l'aristocratie aux comportements economiques et aux valeurs bourgeoises, de l'autre, il est possible de noter, dans certaines composantes de la bourgeoisie, une tendance a la reproduction de modeles economiques et sociaux consolides de matrice aristocratique.

La distinction entre bourgeoisie de l'argent (entrepreneurs et marchands), bourgeoisie du savoir (professions liberales et techniciens), bourgeoisie de la terre (proprietaires) permet d'articuler le cadre de l'univers bourgeois des villes italiennes. De la superposition et du croisement de ces figures se degage la particularite des differentes realites urbaines. Etant bien entendu que l'attention est portee pour l'essentiel sur la reconstruction des patrimoines, l'interet historiographique se tourne de plus en plus vers la dimension culturelle plutot queconomique et plus precisement vers la formation de l'identite bourgeoise. C'est dans le cadre specifique de la formation culturelle, des modeles de vie et de relations, que la bourgeoisie tend a produire des mecanismes de distinction sociale vers ie haut et vers le bas. Cette approche renvoie directement a la dimension urbaine. En effet, la ville est par excellence le lieu des relations culturelles et sociales et des processus d'education et de formation qui definissent la culture bourgeoise. Attentive aux conclusions de l'historiographie europeenne, l'historiographie italienne a ainsi formule une serie de questions visant a definir le profil socio-professionnel des elites urbaines italiennes.

Les modalites de formation des patrimoines mobiliers et immobiliers, la mise en oeuvre des strategies familiales visant a eviter l'eparpillement des patrimoines, la propension plus ou moins grande a l'investissement et au risque, l'existence ou non de processus de desenclavement et de deruralisation du patrimoine a la charniere de la grande crise, telles sont les questions les plus frequemment retenues pour tenter de donner la mesure de la modernite presente dans les comportements economiques (31). L'analyse de l'intensite, de la frequence et de la qualite des formes d'interaction sociale des individus en milieu urbain, l'histoire des pratiques de deference/reverence qui legitiment le statut bourgeois par rapport aux couches subalternes, la participation a la vie associative, basee sur des mecanismes d'integration sociale, definissent les temps et les modes de la formation de l'identite bourgeoise. Le mouvement associatif aristocratique et ferme de Turin, son equivalent milanais ouvert a l'integration entre bourgeoisies et aristocraties, les cercles interclasses de la Romagne ou encore l'exclusivisme des cercles de la bourgeoisie montante sicilienne, constituent le cadre des formes diversifiees de socialisation dans les villes italiennes (32).

Toujours dans le cadre de la ville, un interet particulier est porte au monde du proletariat urbain qui apparait articule et distinct : d'une part, les premieres aristocraties ouvrieres, caracterisees par la fierte du metier et par un monde associatif fonde sur les criteres de dignite, de decorum, de respectabilite et de secours mutuel; d'autre part, les ouvriers non qualifies (les classes dangereuses), resultat de l'immigration interieure et du declassement d'une infime couche d'artisans et de commercants qui vivent aux marges physiques et morales de la ville bourgeoise et qui alimentent, par des comportements associes a une logique du besoin et du conflit plutot qu'a celle du decorum et de l'integration, ta crainte de la modernite. C'est aussi le cas des categories repandues de l'ouvrier-paysan etudiees par les historiens de l'epoque protoindustrielle qui transferent dans les villes des modeles et des cultures d'habitat, de consommation et de travail etrangers au milieu urbain, en conditionnant l'organisation de l'espace (33). La ville apparait ainsi comme un lieu de stratification eminemment complexe.

Les elites citadines sont etudiees non seulement afin d'arreter une definition des profils socio-culturels mais aussi dans l'espoir de pouvoir, a terme, preciser le role de mediation qu'elles jouent entre la societe et l'etat (34). Ce sont en l'occurrence les notables qui, a travers l'exercice des fonctions administratives et politiques, monopolisent la representation des besoins et des interets des societes locales. L'histoire sociale croise sur ce terrain l'histoire administrative, Cette derniere a en effet recemment revise et relativise la centralisation radicale attribuee a l'Etat liberal par l'historiographie precedente, en montrant l'ecart entre le projet centralisateur et sa mise en oeuvre concrete. Selon Stefano Sepe, la politique centralisatrice << n'a pas entierement fonctionne >> et a subi << bon nombre d'exceptions (35) >>.

La definition proposee par Raffaele Romanelli d'une << organisation administrative centralisee sur un centre faible >> permet de bien saisir la portee de cette revision (36). Elle met l'accent, d'une part, sur l'affaiblissement lent mais progressif du role du prefet, par la cession de parts de controle du territoire aux structures peripheriques de chaque ministere et, d'autre part, sur le renforcement des fonctions de liaison entre centre et peripherie jouees par les representations parlementaires locales qui soutiennent le prefet dans son action de reception des demandes provenant des differentes realites locales. Le rapport entre centre et peripherie ne semble donc pas soustendu par un modele hierarchique qui partirait d'un centre politique pour moderniser et homologuer une peripherie a la traine, mais plutot par une multiplicite de relations dialectiques entre l'impulsion uniformisante du centre et les poussees excentriques et particularistes des peripheries.

Dans ce contexte relationnel, les pratiques de negociation entre centre et peripherie pour l'allocation des ressources materielles et symboliques, negociations qui entament le statut tendanciellement unificateur du systeme administratif national, prennent un relief historiographique particulier en dessinant une hierarchie nouvelle de particularismes citadins. La faculte politique que les villes avaient d'influencer les decisiens de l'administration centrale, a travers les deputes et les prefets, devient ainsi un des criteres pour mesurer la distribution des fonctions et des ressources qui recomposent les relations sociales ainsi que la forme physique de la ville et du territoire.

L'aptitude a repondre aux interets individuels et cellectifs exprimes par les colleges electoraux qui pouvait avoir cette trame dense et diffuse de mediations clientelistes gerees par les notables locaux formerait, d'apres Alberto Banti et selon cette perspective, une caracteristique essentielle du systeme politique de l'ltalie de la fin de ce siecle (37). Dans son histoire de la bourgeoisie italienne, Banti a decrit l'univers fragmente et diffus des notabilites, leur profond enracinement dans le territoire local et le particularisme et le clientelisme qui caracterisent l'action politique. En outre, il a retrace le parcours difficile vers l'acquisition d'un point de vue national, realise autour d'une serie de mythes, de symboles et de discours nationaux et patriotiques capables de recomposer sur le plan culturel, emotionnel et symbolique la mosaique sociale et territoriale. Aussi, l'etude des cursus d'homologation et de nationalisation des elites renvoie-t-elle au localisme comme matrice originelle de l'univers bourgeois du notable italien.

Les etudes recentes sur les fetes et les rites nationaux d'llaria Prociani et de Brune Tobia, ainsi que les recherches de Carlotta Sorba sur le theatre melodramatique du risorgimento, demontrent que le local et le national demeurent deux poles de l'identite italienne qui ne s'excluent pas et tendent au contraire a s'integrer et a coexister (38). a partir de l'Unite, des lors que les elites locales s'inserent au circuit plus ample de l'etat national, elles eprouvent le besoin de s'enraciner dans le tissu local, conscientes d'en retirer leur principale legitimite politique. Marco Meriggi definit ce processus comme le << besoin de participer a la modernite nationale par une forte identite municipale >> (39)

Il s'agit d'un filon de recherche prometteur qui doit se tourner aussi vers l'etude du fascisme et montrer comment, durant les vingt annees qu'a dure le regime mussolinien, lorsque les espaces d'autonomie municipale sont reduits radicalement du fait de l'abandon du systeme electif pour les charges de maire et de conseillers municipaux, et que les processus d'uniformisation culturelle se sont intensifies a travers la multiplication des rites, des mythes et des symboles nationaux, la construction des identites municipales et regionales fut alors vecue, alimentee et legitimee par son incorporation aux grands enjeux de la construction nationale (40).

En plus de mettre en lumiere le role d'une pluralite des savoirs autour desquels se construit la ville contemporaine, le conflit qui s'ouvre au tournant du [XX.sup.e] siecle entre amateurs d'art et theoriciens de l'hygiene releve par Guide Zucconi, permet d'eclairer deux formes differentes d'integration ideologique des localites au sein de la nation (41). Les elites locales redefinissent leurs caracteres de distinction/appartenance a la nation a travers, d'une part, la construction de leur propre identite autour de la tutelle et de la mise en valeur d'un patrimoine fait de memoires historiques et de presences menumentales, unique et caracteristique de leur tradition locale et, d'autre part, l'adhesion enthousiaste a la modernite. Cette derniere se manifeste dans les codes culturels de l'hygiene et de l'innovation.

Les rhetoriques de la modernite ont aussi une fonction de soutien des processus de speculation immobiliere et d'amenagement du territoire. Elles participent egalement a la grande entreprise d'homologation et tracent des parcours culturels egaux pour tout le territoire national. Par ces rhetoriques, les elites locales offrent a la communaute des administres de puissants elements d'agregation identitaire, construites sur l'idee de la participation aux benefices du progres et de l'amelioration de la qualite de vie en milieu urbain. Souvent, l'acces a la modernite est vecu en competition avec d'autres villes avec, a la cle, l'orgueil de la primaute. Ces rhetoriques se conjuguent avec celles de la tradition. Ces dernieres qui veulent devoiler, sauvegarder et promouvoir des espaces et des lieux urbains, distinguent, separent et specifient l'apport de la localite a la construction de la nation sur la base de la specificite du patrimoine historique monumental. En ce sens, les elans de production identitaire sont etroitement lies aux processus de constructions physique et symbolique de la ville.

Ici, il convient de mentionner l'attention renouvelee envers les aspects symboliques du developpement urbain et monumental de Rome, et envers le role joue par la capitale dans les processus de nationalisation, comme miroir de l'identite nationale. Dans sa recente histoire de la << Rome contemporaine >>, Vittorio Vidotto place cet aspect au premier plan par rapport a la cle de lecture traditionnelle du developpement urbanistique de la ville eternelle, fondee sur le critere de la speculation immobiliere et de la deterioration des banlieues (42).

La dimension urbaine devient ainsi le cadre privilegie pour l'etude des relations entre le local et le national, entre le centre et la peripherie, et ce, dans une double perspective qui regarde, d'une part, du cote des processus politiques et culturels a travers la dialectique entre construction des identites locales et nationalisation des peripheries et, d'autre part, du cote de l'histoire administrative explorant la dialectique entre les espaces d'autonomie et les formes imposees de centralisation.

Cette dialectique definit la forme physique de la ville, sa morphologie sociale et les processus culturels de construction de l'identite urbaine qui l'animent. Elle met aussi en jeu les pouvoirs et les savoirs qui en elle operent, ainsi que les conflits et les liens qui sont, a travers eux, generes. L'attention se porte vers les pouvoirs locaux, l'analyse des conflits politiques et administratifs pour l'attribution des budgets communaux et pour l'acces aux financements nationaux. Recemment, elle s'est aussi tournee vers le role des services techniques de la commune comme lieu pivot de la planification et de l'administration de l'espace urbain (43). La construction des lieux de sociabilite bourgeoise (theatres, bords de mer, avenues, villas et jardins municipaux, marches), la production des equipements en reseaux (aqueducs, egouts, illuminations au gaz et a l'electricite, tramways), les demolitions massives des remparts eu de quartiers insalubres, les agrandissements urbains et les constructions d'habitations sociales, la decouverte et la tutelle des zones archeologiques et monumentales sont autant d'aspects de la realite physique de la ville qui cristallisent des valeurs symboliques et economiques, et dans lesquels se materialisent les relations qui se deploient sur un plan horizontal, entre classes sociales urbaines, et vertical, entre les administrations locales et l'Etat (44).

A ce type de relation, il faut ajouter le reseau de rapports que tissent entre elles les communes italiennes, a travers des or ganismes institutionnels comme l'Association nationale des communes italiennes (ANCI), fondee en 1906 dans le but de preserver l'autonomie municipale, ou a travers de frequents echanges informels de projets et d'informations qui nourrissent la circulation des savoirs urbains (45). A l'interieur de ce tissu dense de relations, la vie des municipalites italiennes entre les [XIX.sup.e] et [XX.sup.e] siecles s'esquisse ainsi extremement vive et dynamique.

L'autre champ sur lequel s'est attardee l'historiegraphie recente est celui des savoirs urbains. Deux filieres d'etude s'affrontent et ce n'est que recemment que leurs resultats respectifs ont commence a converger (46). La premier filiere se deploie dans le giron de l'histoire de l'urbanisme et veut reconstruire, par un travail reflexif, les racines multiples de son propre statut scientifique et son processus de formalisation et d'institutionnalisation lent et tardif. Ingenieurs, architectes, techniciens municipaux, medecins hygienistes, economistes, demographes, historiens de l'art expriment des savoirs et des competences qui agissent dans la ville et qui contribuent a former la discipline urbanistique a travers un parcours qui debute entre les [XIX.sup.e] et [XX.sup.e] siecles, et s'affirme durant le fascisme. En 1929 la naissance de l'Istituto Nazionale di Urbanistica (INU) constitue une etape fondamentale dans le processus de creation et de legitimation de la figure de l'urbaniste, porteur d'un savoir nouveau et dote d'un statut disciplinaire a part entiere (47).

La seconde filiere correspond au champ de l'histoire socio-politique et administrative. Elle souligne comment des savoirs techniques, nes de l'administration publique, de l'ingenierie et de la demo-anthropologie, sont amenes a faire face a la complexite grandissante de la gestion urbaine : immigration et demande de logements economiques, croissance des infrastructures et municipalisation des services, expansion et formation de la rente, questions d'hygiene et de sauvegarde des quartiers anciens. Ces savoirs trouvent leur terrain d'action au sein des municipalites dont ils animent l'activisme et le dynamisme (48).

Le fascisme est defini par ces deux filieres Comme point de rupture et de changement. D'une part, il recompose, a travers le role de l'INU et de l'activite de Gustavo Giovannoni et de Giorgio Piccinato, la segmentation des competences urbanistiques autour de la figure de l'architecte, comme synthese de connaissances techniques, scientifiques et historiques. Ce resultat est interprete comme l'echec d'une approche exclusivement socio-economique adoptee par la culture scientifique italienne traditionnelle, dans l'analyse et la gestion du fait urbain. D'autre part, le tournant centralisateur des annees vingt correspond au transfert d'une serie de competences relatives au territoire des mairies vers les organismes publics et parapublics qui oeuvrent a l'echelon national. C'est ce que l'historiographie administrative italienne appelle l'entificazione du fascisme, sur la base d'organismes et d'institutions publiques ou apparentees au service public (l'ente en italien).

Les themes de la reforme sociale, depuis la question de l'habitat jusqu'aux imperatifs sanitaires en passant par le releve statistique des besoins qui, a l'epoque liberale, avaient represente le pivot de l'action municipale, passent desormais entre les mains de nouveaux organismes, sans aucun controle democratique. IIs sont confies a une nouvelle bureaucratie de parti et a des techniciens formes dans le climat de grande ferveur municipale, caracteristique des premieres annees du [XX.sup.e] siecle, et maintenant cooptes par le fascisme. La tension vers la modernite sociale qui avait grandi a la marge se deplace vers le centre et nous nous trouvons alors devant l'echec patent de cette culture municipale et assistons a la victoire du centre sur la peripherie.

Des hommes, des pierres et des representations

Revenons a notre point de depart, c'est-a-dire a l'histoire des campagnes envisagee comme le pendant ou l'emule de l'histoire urbaine, pour faire l'observation suivante : alors que la premiere est parvenue a conjuguer, non sans difficultes et incertitudes, l'histoire des sujets sociaux, des savoirs agronomiques et des transformations physiques du territoire, autrement dit l'histoire des hommes et celle de la terre, la seconde peine a s'engager dans une voie analogue et l'on note a quel point il est encore difficile en Italie de faire se rencontrer ceux qui ont competence a parler des hommes et ceux qui ont competence a parler des pierres.

En ce sens, l'histoire de la ville a produit un grand nombre de revues specialisees, de series editoriales et de monographies de grande valeur mais elle est encore loin de pouvoir pretendre faire la synthese de la pluralite des champs disciplinaires qu'elle embrasse (49). Il ne faut pas voir dans cette observation un jugement de valeur negatif mais plutot la reconnaissance d'une grande pluralite des modes d'acces a l'histoire urbaine et un element de richesse et d'originalite de la tradition italienne. il convient enfin de souligner l'affirmation d'un nouveau filon de recherche sur la production sociale de l'espace urbain qui a pour modele l'historiographie francaise, et qui semble a meme de restituer tout son caractere central et son autonomie a la ville comme objet d'etude.

Les indications les plus claires dans cette direction nous parviennent de Carlo Olmo (50). On releve dans ses ecrits trois modeles dominants dans les facons de faire l'histoire urbaine. Le premier modele, de matrice fonctionnaliste et produit de la culture urbanistique, envisage de reduire l'espace aux fonctions qui se jouent en son sein et d'interpreter ces fonctions comme le produit de processus rationnels. Le deuxieme modele, de matrice architectural, lit l'histoire urbaine comme histoires de produits architecturaux en accentuant aussi bien l'interpretation symbolique que les pratiques de classification et d'identification des constructions, a travers les codes stylistiques et les analyses morphologiques et typologiques. Le troisieme modele apprehende la ville et l'espace urbain comme simple decor des processus sociaux, politiques et economiques vis-a-vis desquels il reste substantiellement indifferent et neutre. A ces modeles, l'auteur oppose une histoire urbaine qui reconquiert toute son autonomie par rapport a l'urbanisme, l'architecture et les sciences sociales en mettant au centre de la reflexion l'autonomie de son champ d'analyse, ou encore la capacite que l'espace urbain a de resister a des processus qui tendraient a le rendre 1) rationnel, selon les actions volontaires des hommes, 2) pleinement dechiffrable, selon des codes morphologiques et typologiques predefinis, 3) neutre, par rapport aux actions qui s'y deroulent. Au contraire, l'espace urbain est le produit de l'interaction et de la mobilite sociales et physiques, des contradictions et des conflits qui s'y jouent, definissant de facon tout a fait originale les temps et les modes de la production de sa valeur economique, de sa forme physique et de sa signification symbolique.

A l'interieur de ce parcours, une filiere d'etude explore en remontant jusqu'au [XIX.sup.e] siecle les racines d'une pratique de rationalisation de l'espace urbain qui trouvera sa pleine mise en oeuvre a la charniere des [XIX.sup.e] et [XX.sup.e] siecles et dans la codification de la discipline urbanistique. Les codes culturels de decorum et d'hygiene publique, les alignements d'edifices, l'uniformite des perspectives, qui deviennent norme sociale, esthetique et de construction dans les plans d'urbanisme, definissent les nouvelles hierarchies physiques et symboliques des espaces citadins, en se heurtant a une pratique d'usage des espaces faite d'usurpations, de transgressions, de resistances, d'abus et d'autonomie qui s'opposent a ces formes de rationalite. Pour ces lectures, le statut de l'espace urbain est le produit du conflit entre norme et transgression, tout comme sa representation est le produit de la dialectique entre regard externe et interne. La construction des identites urbaines parait etre le resultat d'un croisement entre la representation reflexive des elites locales, qui selectionnent en fonction de leurs pratiques administratives et sociales, des discours et des images sur les espaces et les lieux de la cite, et le regard externe (du voyageur etranger, de l'autre, de l'antagoniste, du paysan et de l'Etat) qui charge ces territoires d'autres stereotypes, de codes culturels et d'attentes. Cette dialectique interne-externe engendre ainsi, par conflit ou par integration, au travers d'approximations successives, de variantes, d'augmentations et de reductions, l'image d'une ville qui pour cette raison n'est pas le reflet immediat de la realite mais plutot le produit d'une interaction sociale (51).

En observant le territoire du mezzogiorno, Biago Salvemini fait une mise en garde contre ces reconstructions historiques qui lisent en terme d'homogeneite necessaire les relations entre les << morphologies physiques >>, les << morphologies sociales >> et les << morphologies des identites et des representations de l'espace >>. II nous invite en meme temps a saisir << les deconnexions >> entre l'espace, ses habitants et ses representations, autrement dit la resistance et le caractere irreductible d'un espace qui a amoncele ses formes en plusieurs siecles, a s'adapter aux exigences immediates de son utilisation productive et symbolique. La tache de l'historien du territoire consiste a identifier et dechiffrer les logiques a la base de ces << deconnexions >> (52).

En se penchant sur les metropoles, Paolo Capuzzo a recemment souligne le caractere central de l'interaction entre morphologie physique et morphologie sociale. L'histoire urbaine definit ainsi son cadre d'analyse a l'interieur de l'etude de la tension entre les necessites de la forme physique preexistante et celle, innovatrice continue, vers sa transformation (53). Les cultures, les interets (forts et faibles, diffus et organises), les pouvoirs et les savoirs de la ville qui appellent une transformation de la forme physique pour l'adapter a leurs propres rationalites, sans toujours y parvenir, creent souvent une anomalie, qui devient ainsi le vestige de volontes inabouties. Voici un des premiers ecarts dont l'histoire urbaine doit rendre compte. Chaque histoire de ville doit en outre pouvoir doser soigneusement les proportions entre ce qui est unique et ce qui appartient exclusivement au territoire etudie, et ce qui, au contraire, est a relier a des processus plus globaux et possede des caracteres homogenes par rapport aux cycles de la politique, de l'economie et de la culture nationale et internationale. L'incongruite entre le specifique et le general constitue le second ecart que l'histoire urbaine se doit d'expliquer.

Ces recherches, en partant de l'autonomie et de la resistance de l'espace, permettent de recuperer la vaste production d'histoire economique, sociale et administrative, ainsi que d'histoire de l'architecture et de l'urbanistique, auteur d'une proposition d'histoire urbaine entendue comme histoire de la production sociale de l'espace.

La dialectique centre-peripherie, la place des pouvoirs publics et des savoirs urbains a l'interieur de cette dialectique, le rapport entre la restauration des identites locales et les processus de nationalisation, les interactions ville-campagne, le role des marches internationaux pour les villes du Sud et la fonction des productions de ressources relationnelles pour les villes de la troisieme Italie, tels sont les themes engranges par l'historiographie de la derniere decennie marquant de toute evidence un retour de la ville au centre de l'attention. Ce sont ces memes themes, enfin, qui permettent aujourd'hui de mesurer la coherence, les ecarts et les deconnexions entre les pierres, lea hommes et les representations de l'Italie des cent villes et des cent Italies agricoles.

Notes

(1.) Giacomina Nenci, Le campagne italiane in eta contemporanea. Un bilancio storiografico (Bologne : II Mulino, 1997).

(2.) Pour une synthese recente du debat, voir J. A. Davis, << Mutamenti di prospettiva sui cammino dell'Italia verse ii xx secole >>, dans P. Ciocca, G. Toniolo, dir., Storia economica d'Italia. 1. Interpretazioni (Rome-Bari : Laterza, 1998), 196-259.

(3.) Piero Bevilacqua, dir., Storia dell'agricoltura italiana in eta contemporanea (Venise : Marsilio, 1989-1991), 3 vol. : 1. Spazi e paesaggi (1989); 2. Uomini e classi (1990); 3. Mercati e istituzioni (1991).

(4.) A. De Bernardi, << Citta e campagna nella storia contemporanea >>, dans Storia dell'economia italiana. 3. L'eta contemporanea : un paese nuovo (Turin : Einaudi, 1991), 251-78.

(5.) Paolo Malanima, << Italian cities 1300-1800. A quantitative approach >>, Rivista di Storia economica 14 (1998), 91 126.

(6.) Alberto Mioni, Le trasformazioni territoriali in italia nella prima eta industriale (Venise : Marsilio, 1976), 159 suiv.

(7.) L. Gambi, << La citta e l'organizzazione dello spazio in Italia >>, dans Capire l'Italia. Le citta (Milan : Touring Club Italiano, 1978), 8; Antonio Gramsci, II Risorgimente (Turin : Einaudi, 1949), 95 suiv.; Carlo Cattaneo, La citta come principio (Venise : Marsilio, 1972).

(8.) Alberto Caracciolo, Dalla citta preindustriale alla citta del capitalismo (Bologne : II Mulino, 1975); Mioni, Le trasformazioni territoriali in Italia; Lando Bortolotti, Storia citta e territorio (Milan : Franco Angeli, 1976).

(9.) Carlo Pazzagli, La terra delle citta. Le campagne toscane dell'Ottocente (Florence : Ponte delle Grazie, 1992), 17, 20 et 28.

(10.)Piero Bevilacqua, << Tra Europa e mediterraneo, l'organizzazione degli spazi e i sistemi agrari >>, dans Bevilacqua, dir., Storia dell'agricoltura italiana in eta contemporanea, vol. 1, 5-36.

(11.) Silvie Lanaro, << La campagna organizza la citta? >>, Meridiana 5 (1989) : 53. Sur les bourgeoisies agricoles de la plaine du Po, voir Alberto M. Banti, Terra e denaro, Un borghesia padana dell'Ottocento (Venise : Marsilio, 1989); Salvatore Adorne et Carlotta Serba, dir., Munieipalita e borghesie padano tra ottocento e noveeento. Alcuni casi di studio (Milan : Franco Angeli, 1991).

(12.) Giancarlo Consonni et Gabriella Tonon, << La terra degli ossimori. Caratteri del territorio e del paesaggio delia Lombardia contemporanea >>, dans D. Bigazzi et Marco Meriggi, dir., Storia d'Italia. Le regioni dall'Unita a oggi. La Lombardia (Turin : Einaudi, 2001), 72-91.

(13.) Ce reequilibrage des dynamiques relationnelles en faveur de la campagne est repris par Andrea Colli, specialiste de la proie-industrie lombarde, dans son rapport entre agriculture et manufacture : << Alle radici del modello lombardo. Agricoltura, manifattura, industria tra Ottocento e Novecento >>, dans Luciano Cafagna et N. Crepax, dir., Atti di intelligenza e sviluppo economico (Bologne : II Mulino, 2001), 205.

(14.) Sergio Anselmi, Mezzadri e terre nelle Marche. Studi e ricerche di storia dell'agricoltura tra Quattrocento e Novecento (Bologne : Patron, 1978); C. Carboni, << La terza Italia >>, dans Lezioni sull'Italia repubblicana (Rome : Donzelli, 1994), 161-75.

(15.) Ernesto Galli della Loggia, L'identita italiana (Bologne : II Mulino, 1998), 65-66.

(16.) G. Giarrizzo, Mezzogiomo senza << meridionalismo >> (Venise : Marsilio, 1992); Piero Bevilacqua, Breve storia dell'Italia meridionale, dall'Ottocento a oggi (Rome : Donzelli, 1993). Pour une comparaison avec l'historiographie anglosaxonne et francaise, voir R. Lumley et J. Morris, dir, The New History of the Italian South : The Mezzogiorno Revisited (Exeter : University of Exeter Press, 1997) ainsi que M. Matard, << Quelques tendances de l'Histoire economique et sociale du Mezzogiorno contemporain >>, Sud 1 (1991) : 10 suiv.

(17.) G. Barone, << Mezzogiomo ed egemonie urbane >>, Meridiana 5 (1989) : 13-47; N. Antenacci, << Le citta rurali dell'Italia meridionale, nel xix e xx secolo. Rassegna critica e prospettive di ricerca >>, Societa e storia 71 (1996) : 109-31 ; Aurelio Musi, dir., Le citta del mezzogiorno nell'eta moderna (Naples : Esi, 2000); S. Lupo, II giardino degfi aranci (Venise : Marsilio, 1990).

(18.) Voir les volumes sur les regions meridionales dans Storia d'Italia. Le Regioni dall'Unita a oggi, en particulier : Piero Bevilacqua et A. Placanica, dir., La Calabria (Turin : Einaudi, 1985); M. Aymard et Giuseppe Giarrizzo, dir., La Sicilia (Turin : Einaudi, 1987); Biagio Salvemini et L. Masella, dir., La Puglia (Turin : Einaudi, 1989); Paolo Macry et Pasquale Villani, dir., La Campania (Turin : Einaudi, 1990); ainsi que G. De Matteis, << II tessuto delle cento citta >>, dans Pasquate Coppola, dir., Geografia politica delle Regioni italiane (Turin : Einaudi, 1997), 197.

(19.) Alfio Signorelli, Tra ceto e censo. Studi sulle elite urbane nella Sicilia dell'Ottocento (Milan : Franco Angeli, 1999).

(20.) Biago Salvemini, Linnovazione precaria. Spazi, mercati e societa nel Mezzogiorno tra Sette e Ottocento (Reine : Donzelli, 1995); Alberto M. Banti, << Gli imprenditori meridionali : razionalita e conteste >>, Meridiana 6 (1989) : 63-89.

(21.) G. Barone, << Egemonie urbane e potere locale (1882-1913) >>, dans Aymard et Giarrizzo, dir, La Sicilia, 191-370; E. lachello, << Centralisation etatique et pouvoir local en Sicilie au XIXe siecle >>, Annales E.S.C. 1 (1994) : 241-66.

(22.) C. Trigilia, << Mercato e societa locale nelle regioni meridionali >>, Societa e storia 49 (1990) : 675-85; P. Pezzino, << Quale modernizzazione per il mezzogiorno >>, Societa e storia 37 (1987) : 649-74.

(23.) A. Bagnasco, Tre Italie : la problematica territoriale dello sviluppo italiano (Bologne : II Mulino, 1977); A. Bagnasco, La costruzione sociale del mercato. Studi sullo sviluppo di piccola impresa in Italia (Bologne : II Mulino, 1988); G. Fua et C. Zacchia, dir., Industrializzaziona senza fratture (Bologne : II Mulino, 1983); E. Franzina. La transizione dolce, atone del Veneto tra 800 e 900 (Verone : Cierre, 1990).

(24.) Sergio Centi et Fable Sforzi, << II sistema produttivo italiano >>, dans Coppola, dir., Geografia politica delle Regioni italiane. 278-336,

(25.) G. Beccatini, Mercato e forze locali: il distretto industriale (Bologne : II Mutine, 1987); S. Brusco, Piccole imprese e distretti industriali (Turin : Rosemberg & Sellier, 1989).

(26.) Carboni, << La terza Italia >>, 161-75.

(27.) A. Bagnasco, Tracce di comunita (Bologne : II Mulino, 1999), 94.

(28.) Aurelio Alaimo, Una'altra industria? Distretti e sistemi locali nell'Italia contemporanea (Milan : Franco Angeli, 2002), 12; Andrea Colli, Legami di ferro, Storia del distretto metaflurgico e meecanieo lecchese tra Ottocento e Novecento (Rome : Donzelli, 1999), 5.

(29.) P. L. Porta, dir., Milan e la cultura economica nel xx secolo. 1. Gli anni 1890-1920 (Milan : Franco Angeli, 1998); G. Piluso, << Piccole banche e sistemi Jocali in Lombardia dall'Unita al miracole economico >>, dans Cafagna et Crepax, dir., Atti di intelligenza e sviluppo economico, 349-424; C. Accomero et E. Della Piana, fl regio Museo industriale di Turin tra scienze sociali e diffusione del buon gusto (Turin : Crisis, 2001); G. Sapelli, Comunita e mercato. Socialista cattolici e govemo economico municipale agfi in/zf dal xx seeolo (Bologne : II Mulino, 1986).

(30.) Marco Meriggi, << La borghesia italiana >>, dans J. Kocka, dir., Borghesie europee defl'Ottocento (Venise : Mars/l/o, 1989); Luciano Cafagna, << Borghesia >>, dans Enciclopedia delle scienze sociali (Rome : Istituto dell'Enciclopedia Italiana, 1991), vol. 1,555 suiv.; M. Salvati, << Classi medie >>, dans B. Bongiovanni et N. Tranfaglia, dir., Dizionario storico dell'Italia unita (Rome-Bari : Laterza, 1996), 148-57; Alberto M. Banti, Storia della Borghesia italiana. L'eta liberale (Rome : Donzelli, 1996). Sur les aristocraties, voir Les noblesses europeennes au [XIX.sup.e] siecle (Rome : Ecole francaise de Rome, 1988); le fascicule monographique de Meridiana 19 (1994) dedie a la Nobilta; G. Jocteau, Nobili e nobilta nell'Italia unita (Rome-Bari : Laterza, 1997).

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(45.) O. Gaspari, L'Italia dei municipi. II movimento Comunale in eta liberale (1879-1906)(Rome : Donzelli, 1998).

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(49.) Voir le recent bilan de D. Calabi, << La storia urbana in Italia >>, Citta e storia. Bollettino defl'associazione italiana di storia urbana 2 (2002), 8-11.

(50.) Carlo Olmo, Le nuvole di Patte, Quattro lezioni di storia urbana (Milan : Franco Angeli, 1995); Carlo Olmo et B. Lepetit, dir., Le citta e le sue storie (Turin : Einaudi, 1995); Carlo Olmo, << La sfida delle regole. La storia urbana tra nuovi naturalismi e antichi funzionalismi >>, Contemporanea 4 (1998) : 791-803.

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(52.) Biagio Salvemini, << Sui presupposti materiali dell'identita locale in antico regime : le citta della Puglia centrale fra xvi e xviii secolo >>, dans Musi, dir., Le citta del mezzogiorno nell'eta moderna, 13-24; Biagio Salvemini, << Luoghi di antico regime. Costruzione dello spazio nella storiografia francese >>, Storica 9 (1997) : 8-62.

(53.) Paolo Capuzzo, << La nostalgia dell'ordine sociale morfologia urbana e riformismo sociale >>, Storia urbana 96 (2001) : 7-33; Paolo Capuzzo, << Ingegneria sociale e morfologia urbana : Londra e Berlino : 1870-1930 >>, dans Adorno, dir., Professionisti citta territono, 25-48.

Salvatore Adorno, Ph.D. (Contemporary History), teaches Urban and territorial history in the Faculty of Architecture at the University of Reggio di Calabria and Contemporary History in the Faculty of Literature at the University of Catania. His research deals with the history of urban and agrarian elites and the relationship between technical cultures and territory changes. He has written contributions to various publications such as Annali della Storia d'Italia (Einaudi, 1996) and he has recently edited Professionisti citta e territorio (Gangemi, 2002).

Salvatore Adorno, Docteur en recherche (Histoire contemporaine), enseigne Histoire de la ville et du territoire dans la Faculte d'Architecture de Reggio Calabria et Histoire contemporaine dans la Faculte de Lettres de Catane. Sa production scientifique est relative a l'histoire des elites urbaines et agraires de l'age contemporain et au rapport entre les cultures techniques et les transformations du territoire. If a collabore a de nombreuses initiavies editoriales dont Annafi della Storia d'Itaha (Einaudi, 1996). Recemment, il s'est occupe du volume Professionisti citta e territorio, (Gangemi, 2002).
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Author:Adorno, Salvatore
Publication:Urban History Review
Geographic Code:4EUIT
Date:Sep 22, 2003
Words:10702
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